LA PAGE ECONOMIQUE 104

La Banque mondiale redécouvre les vertus de l'agriculture

Lors de son assemblée générale annuelle qui s’est tenue en octobre à Washington, la Banque Mondiale a publié, notamment, deux documents qui intéressent l’Afrique-subsaharienne, à propos de l’agriculture d’une part et des investissements d’autre part.

Dans son rapport annuel, intitulé « l’agriculture au service du développement », elle préconise de faire une plus large place à ce secteur « pas seulement pour la sécurité alimentaire, mais aussi pour stimuler la croissance économique globale et ainsi donner à ces populations (229 millions de ruraux) de nouvelles voies pour sortir de la pauvreté ».

Les crédits vont augmenter

Depuis vingt ans les investissements dans ce domaine ont été insuffisants, les privés comme les publics qu’ils soient bi- ou multilatéraux, ainsi : 4 % seulement des crédits accordés au titre de l’APD. La Banque elle-même n’a attribué à l’agriculture mondiale que 12 % de ses engagements globaux, soit 2,9 milliards de $ annuels, en 2005 et 2006. En 2007, les crédits sont passés à 3,1 milliards de $ dont 580 millions pour l’Afrique-subsaharienne.

Elle critique ouvertement les aides dont bénéficie le secteur agricole dans les pays de l’OCDE et apporte ainsi des arguments aux ACP dans leur résistance à la signature des Accords de Partenariat Economique. A ce propos, signalons que lors de la réunion de coordination annuelle de la CEDEAO le 19 novembre à Abuja au Nigeria, son président a « déploré un processus qui aurait dû renforcer l’intégration de la région et qui menace de la diviser » entre PMA et les autres pays.

Le rapport fait bien sûr sa place aux nécessités de la protection de l’environnement : pénurie d’eau, déboisement, dégradation des sols, pollutions de toutes natures... Mais curieusement il donne comme exemple d’une agriculture rentable, l’horticulture. Or au Kenya, si elle rapporte beaucoup, elle exige aussi beaucoup d’eau et reste sans effet sur la sécurité alimentaire du pays.

Dans le monde c’est d‘ailleurs « l’insécurité alimentaire » qui se développe. En Afrique en particulier, les importations alimentaires, qui sont pour une large part agricoles, devraient doubler d’ici 2030. Cette projection onusienne est d’ailleurs fondée sur une progression démographique très certainement sous-évaluée.

La Banque insiste donc pour que les investissements augmentent, afin que l’agriculture devienne un véritable moteur du développement. Encore faut-il qu’ils soient réellement structurants. Les fonds de pension, notamment américains, qui commencent à apparaître dans l’agriculture, en pays émergents ou non, ne sont pas habitués à ce secteur de l’économie. Leurs objectifs étant essentiellement financiers, leurs méthodes d’action bousculeront peut-être les modalités traditionnelles d’investissement, car ils veilleront sans doute davantage à ce que le développement agricole s’intègre au développement de la croissance, afin de mieux rentabiliser leurs capitaux.

Une croissance durable

D’ores et déjà, tous secteurs confondus, le rapport sur les Indicateurs du développement en Afrique (IDA) montrent une croissance durable, après la récession de 1975 / 85 et la stagnation de 1985 / 95. Elle est comparable à la moyenne du reste du monde, avec des écarts considérables : 2,2 % au Zimbabwe et 30,8 % en Guinée équatoriale.

Confirmant en quelque sorte cette bonne tenue des indices macroéconomiques, le secrétaire d’Etat américain au commerce s’est rendu fin novembre à Accra. Il a annoncé la mise à la disposition de douze Etats anglophones et francophones (Côte d’Ivoire, Gabon, RDC, Madagascar) de trois fonds d’un total de 750 millions de dollars, destinés à renforcer leurs marchés financiers pour attirer les capitaux étrangers.

Statistiquement la situation parait bonne, quoique très diversifiée. Mais elle ne pourrait se maintenir sans une amélioration de l’environnement des affaires et la mise à niveau des infrastructures, car actuellement la croissance est plus instable et plus coûteuse en Afrique qu’ailleurs. Par rapport à leurs concurrents asiatiques, les entreprises y bénéficient certes d‘une main d’œuvre bon marché, mais supportent des surcoûts indirects, découlant notamment des irrégularités de la fourniture d’énergie et de la cherté des transports. Ce sont deux témoignages d’infrastructures déficientes. Les besoins non satisfaits en ce domaine sont estimés à 22 milliards de $ par an, soit 5 % du PIB africain. L’impérieuse nécessité d’agir dans ce secteur est heureusement aujourd’hui largement reconnue et des études sont en cours pour l’interconnexion routière, ferroviaire et électrique entre Etats. Tels étaient, s’en souvient-on ?, les objectifs de base du NEPAD.

Dans ce contexte favorable, le regain d’intérêt pour l’agriculture sera d’autant plus opportun, qu’il ne défavorisera pas les cultures vivrières au profit des cultures industrielles.

Robert Ginésy 

NDLR : L’essentiel des informations utilisées dans cette page est puisé dans l’hebdomadaire « Marchés Tropicaux et Méditerranéens ».