LA PAGE ECONOMIQUE 103

VITALITE DES VILLES AFRICAINES

L’association « Métropolis », qui rassemble les responsables des métropoles de plus d’un million d’habitants, a tenu, pour la première fois depuis 22 ans, son assemblée générale dans l’espace africain, à Antananarivo du 19 au 22 septembre 2007. L’an prochain plus de la moitié de la population mondiale vivra dans des villes et en 2030 ce sera 61 %. L’Afrique est actuellement relativement moins urbanisée (41 % comme l’Asie) contre 81 % en Amérique du Nord et 74 % en Europe. Mais son taux de croissance étant le plus rapide (3 à 4 % annuel), elle sera à 53 % en 2030. Il y a donc urgence à analyser et à essayer de commencer à résoudre les problèmes socio-économiques à affronter... et qui se posent déjà : accueil de tous ces nouveaux urbains, transports, assainissement, collecte des déchets, viabilisation des quartiers défavorisés, sécurité... Les infrastructures sont essentielles et nécessitent des financements qui font cruellement défaut. Ce fut la préoccupation fondamentale de l’assemblée, qui a lancé l’idée d’une Banque des Villes.

Les métropoles sont de toutes tailles. On constate que les urbanistes s’intéressent beaucoup aux villes moyennes. Délaissées par la concurrence entre les investissements internationaux qui s’orientent vers les plus peuplées, ces villes attirent les migrants. En Afrique de l’Ouest elles ont permis de stabiliser les migrations. Elles assurent aussi un certain équilibre dans la relation ville - campagne et contribuent à l’évolution du monde rural.

Centre commercial et assainissement

Tous les types d’activité se trouvent dans ces villes. A Soweto, faubourg de Johannesburg, s’est ouvert fin septembre le plus grand centre commercial d’Afrique. Il comptera jusqu’à 200 magasins sur 65.000 mètres carrés pour un investissement de 92 millions de dollars. Son concepteur, commerçant dans le township dès 1950, a pressenti, il y a trente ans, l’évolution de la population constituée essentiellement à l’époque par la main-d’œuvre noire de l’Afrique du Sud blanche. Il a trouvé des capitaux et son rêve est devenu réalité. La clientèle est une classe moyenne qui émerge. Elle ne représente maintenant qu’environ 3 millions d’habitants sur une population totale de 48 millions, mais elle dispose de 28 % du pouvoir d’achat du pays.

Dans un autre domaine, la capitale de la Mauritanie se lance dans une vaste opération d’assainissement. Nouakchott a la réputation, vérifiée, d’être très sale. Ses habitants en subissent les inconvénients et ses responsables n’ont pas su faire face au développement exponentiel d’une ville quasi inexistante il y a cinquante ans et qui compte aujourd’hui près d’un million d’âmes. Pour beaucoup, elles ont été chassées de leurs zones de nomadisation par des sècheresses successives et se sont sédentarisées en conservant les habitudes des grands espaces. Une société française, qui travaille déjà au Maroc, a obtenu un contrat de 10 ans pour l’enlèvement des ordures ménagères et leur traitement dans un centre d’enfouissement technique (créé sur financement Banque Mondiale) situé à une quinzaine de kilomètres. Le volume des déchets est estimé à 110.000 tonnes / an et la rémunération de l’opérateur est de près de 60 euros la tonne. Le contrat prévoit la formation et le recrutement de 650 employés locaux. L’opération a commencé début septembre pour couvrir toute la ville en janvier 2008.

Pris dans l’actualité du mois de septembre, ces deux exemples montrent l’importance économique des éléments concrets de l’urbanisation.

Des champs dans la ville

L’agriculture urbaine est une facette du développement, qui réduit la précarisation alimentaire de populations issues du monde rural. D’après une étude de 1993, 15 à 20 % de la nourriture mondiale seraient produits en zone urbaine. En 1994, 90 % des légumes consommés à Accra étaient cultivés dans la ville. En 1999, Dakar fournissait 60 % des légumes et 65 % de la volaille consommés au Sénégal. Cette ruralisation concerne d’abord les plus démunis pour lesquels l’alimentaire représente 50 à 70 % de leur budget, puis ceux qui veulent arrondir leurs fins de mois pour un faible investissement. Car ces productions ne sont pas seulement consommées en famille. Elles sont aussi commercialisées, telles qu’elles ou cuisinées, et parfois vendues aux restaurants voisins. Pour les « aider à couvrir une part plus importante de leurs besoins alimentaires », la FAO a lancé le programme « Ravitaillement des villes », qui concerne de nombreux pays dont neuf en Afrique.

Cette “Agriculture urbaine et périurbaine” (AUP) ne concurrence pas l’agriculture rurale qu’elle complète pour tous les produits périssables, qui ne supporteraient pas le coût et la lenteur des transports. Par contre il y a concurrence dans le domaine foncier entre habitat et zone verte. Les besoins de la construction immobilière exercent une forte pression. Parfois les autorités les privilégient, car un terrain constructible a plus de valeur qu’une terre agricole.

Cette activité crée des emplois (20 % de la main d’œuvre urbaine en Tanzanie) tant directs qu’indirects. Elle est intégrée dans le système économique et écologique urbain et apparaît comme un des ces facteurs de créativité, mal ou pas pris en compte dans les statistiques, qui, les ignorant, donnent de l’Afrique une image toujours paupérisée.

Robert Ginésy 

NDLR : L’essentiel des informations utilisées dans cette page est puisé dans l’hebdomadaire “Marchés Tropicaux et Méditerranéens”.