LA PAGE ECONOMIQUE 102

Les productions du sol - mines et agriculture - devraient se valoriser

Depuis 2003 les cours des matières premières n’ont cessé de monter. Dans son rapport Global Dévelopment Finance 2007 paru en mai, la Banque mondiale envisageait l’arrêt de cette tendance. Aujourd’hui les experts privés, tels ceux de la Société Générale, pensent que cette hausse continuera mais moins rapidement. Les facteurs de hausse existent en effet toujours : d’une part la loi de l’offre et de la demande, d’autre part la spéculation

La croissance mondiale, même ralentie, se poursuivra, notamment celle générée par la Chine et les autres pays émergents. Face à cette demande, si l’offre augmente, ce n’est que lentement. En Afrique par exemple, de nombreux projets de prospection ou de lancement d’exploitation n’entreront en production que dans plusieurs années: bauxite au Togo; uranium en Mauritanie, Guinée, RDC., Ouganda ; manganèse au Burkina Faso; fer au Sénégal et au Togo....

Chaque ressource minérale suit son rythme propre pour arriver à une sorte de plafond, appelé par les experts “bornes de fluctuation”. Ainsi l’étain a atteint le 31 juillet son cours le plus élevé depuis 1989, il a baissé début août. Le nickel était le 3 août à 45 % en dessous de son record historique du 9 mai. L’aluminium, le zinc sont restés stables. Le plomb a progressé de presque 90 % depuis le début de l’année, il dépasse l’aluminium, mais en 2008, l’offre devrait être excédentaire. La hausse du cuivre serait durable. Il en est de même du charbon, qui constitue pour longtemps la première source d’électricité (40 %), d’autant que les principaux consommateurs sont les principaux producteurs et qu’ils connaissent les plus fortes croissances: Chine, Inde, Russie. Dans ces variations, les Etats africains se trouvent concernés, selon le type de minerai qu’ils abritent.

Le pétrole aurait, lui, atteint ses bornes de fluctuation. Les prix ont augmenté par crainte d‘une pénurie du produit raffiné, et non de celle du pétrole brut. En réaction, des projets de raffineries ont été lancés. Ils ne seront opérationnels que dans plusieurs années. Cela a, semble-t-il, suffit pour que le prix du pétrole cesse de monter : il devrait se stabiliser entre les “bornes” 55 $ / 75 $.

La seconde cause de hausse réside dans la spéculation, qui, toujours aléatoire, est devenue imprévisible. En effet depuis 2005/2006 les fonds de pensions ont investi le marché des matières premières et ont contribué à sa hausse. Or leurs objectifs et leurs procédés étant plus financiers qu’industriels, on ne peut prévoir l’avenir.

Les biocarburants

Preuve de cette réduction des risques et donc des profits, les investisseurs se tournent vers des secteurs qui n’ont pas atteint leur plafond, comme l’agriculture. Plusieurs facteurs convergent pour une hausse des produits agricoles : une augmentation globale de la demande, en particulier celle en biocarburants, quelques mouvements spéculatifs, des conditions climatiques défavorables.

L’édition 2007 des « Perspectives agricoles » reprend les conclusions de la FAO et de l’OCDE selon lesquelles le boom des biocarburants devrait provoquer une hausse importante des prix des produits alimentaires. Les oléagineux, la viande et les produits laitiers devraient augmenter dans les deux ans à venir, puis se stabiliser, relativement, jusqu’en 2016/2017. Nestlé fait la même analyse en la liant à la situation florissante des matières premières. De son côté, l’OCDE affirme que “ces perspecti- ves économiques n’ont depuis longtemps jamais été aussi positives pour l’Afrique”. Actuellement le continent est importateur net de produits agricoles, qui vont donc augmenter notamment pour les citadins. Il faudrait que l’agriculture africaine, dont dé- pend plus de la moitié des emplois, accroisse sa productivité dans les mêmes proportions pour limiter les inconvénients annoncés.

De leur côté les biocarburants ouvrent un nouveau marché, d’autant que les terres arables disponibles sont très importantes. Mais plusieurs problèmes se posent. Ils peuvent tendre à la monoculture au détriment des cultures vivrières. Ils se conçoivent sur de grandes superficies non accessibles à l’agriculteur moyen. Ils exigent de grandes précautions pour protéger l’environnement. En Ouganda, un tiers de la plus grande forêt primaire leur serait consacré, menaçant les réserves d’eau du lac Victoria, qui manqueraient à l’irrigation et à la production électrique. Au Bénin, un projet envisage la conversion de 300.000 hectares de palmiers à huile; un autre promeut la culture du jatropha, plante miracle à croissance rapide comme source énergétique, qui est toutefois toxique pour l’homme, mais utilisable pour le bétail après désintoxication. En Tanzanie, le jatropha est aussi proposé et intéresserait des investisseurs anglais et allemands; la canne à sucre, qui est un meilleur fournisseur d’éthanol, serait plantée sur les actuelles rizières au préjudice des petits planteurs.

Ces perspectives en noir et blanc peuvent être une chance, valable, si on maîtrise toutes les dérives possibles. Elles montrent que les richesses minières et agricoles de l’Afrique ont un avenir semé d’embûches. 

Robert Ginésy 

NDLR. L‘essentiel des informations utilisées dans cette page est puisé dans l‘hebdomadaire « Marchés Tropicaux et Méditerranéens ».