LA PAGE ECONOMIQUE 101

Plus de capitaux, moins d'aide publique

Le dernier rapport de la Banque mondiale publié en mai 2007, « Global Development Finance » (GDF), souligne que l’argent privé, les IDE (Investissements Directs Etrangers ), est désormais durablement le principal financeur du développement des pays émergents, qui comprennent, entre autres, le Brésil, la Chine et l’Inde. En 2006 ils ont absorbé la moitié des IDE dirigés vers les pays en développement, qui se sont élevés à 647 milliards de dollars. L’Afrique a reçu seulement 39 milliards. Entre 2005 et 2006, la hausse a été de 17 % contre 34 % entre 2004 et 2005. Cette diminution s’inscrit dans une évolution qu’envisage le rapport.

La bonne croissance mondiale des quatre dernières années, l’augmentation constante des prix des matières premières, une forte présence de liquidités expliquent ces investissements dans des pays qui ont su engager les réformes nécessaires à normaliser leur économie. Ils se sont protégés contre leur vulnérabilité à la volatilité des taux de change, des taux d’intérêt et des flux de capitaux. Ils ont amassé des réserves en devises considérables. Ils remboursent leurs dettes publiques extérieures avant terme et font appel désormais au marché intérieur.

Des pays africains font aussi des efforts dans le sens d’une plus grande normalité. Après la période troublée des élections qui ont abouti à des institutions stables, la RDC s’est engagée sur quelques mesures propres à montrer au Fonds Monétaire International (FMI) qu’elle voulait respecter une certaine orthodoxie dans la gestion des ressources économiques ; réforme de la Banque Centrale ; création de centres des impôts, collecte des taxes douanières, etc... Dans les pays qui ont bénéficié de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) les dépenses sociales sont quatre à cinq fois supérieures à celles consacrées au service de la dette, les crédits pour la lutte contre la pauvreté ont pratiquement doublé. Par ailleurs le Nigeria a profité de la hausse du pétrole pour reconstituer ses réserves de change.

Réduction de l’aide publique

La Banque Mondiale estime néanmoins que les capitaux privés ne peuvent remplacer totalement les crédits publics, notamment pour les pays les plus pauvres qui ne les attirent pas, faute de ressources minérales conséquentes. Or l’aide publique (APD) a reculé de 5,1 % entre 2005 et 2006, passant de 106 à 103 milliards de dollars. Pour l’Afrique, l’aide a été en 2006 de 28 milliards de dollars, en augmentation apparente de 23 %, mais de 2 % en réalité, en décomptant les annulations de dette. Les promesses du Sommet du G 8, qui s’est déroulé en Ecosse en 2005, n’ont donc pas été tenues, qui prévoyait de doubler l’aide à l’Afrique d’ici 2010. Pourquoi le renouvellement de ces promesses en Allemagne cette année serait-il plus suivi d’effets ? D’après le Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE, les programmes 2007 et 2008 resteront inférieurs aux objectifs.

Le FMI en déficit

Le GDF parle de « renversement de tendance », car, selon lui, la croissance actuelle ne durera pas et celle des pays émergents est arrivée à son sommet. En effet la hausse des matières premières s’essoufflera. Le pétrole et les métaux non ferreux ont déjà commencé à baisser.

Autre renversement, celui de la position des institutions de Bretton Woods. Depuis 60 ans elles encadrent les économies du Sud, et aussi indirectement leur vie sociale et politique avec les Plans d’ajustement structurel, qui n’ont pas été entièrement inutiles d’ailleurs. Or les remboursements anticipés de dettes et le moins grand nombre de prêts accordés leur coûtent cher. La Banque mondiale est ainsi passée, entre 2005 et 2006, de la position de prêteur net « positif » de 2,5 milliards de dollars à celle de prêteur « négatif » de 2,4 milliards de dollars. Elle a donc besoin de ressources supplémentaires. La situation est la même pour le FMI dont le flux des prêts était négatif de 25 milliards de dollars en 2006.Comme il finance une partie de ses activités sur les remboursements, il a publié un exercice en déficit de 105 millions de dollars pour 2006/2007.

Dans les deux cas, des réformes sont demandées et même prévues, mais elles sont difficiles à mettre en œuvre, tant l’adaptation à un autre aspect de la mondialisation est peu admissible au Nord. Aujourd’hui les économies des pays émergents apparaissent plus prospères que celles des pays industrialisés.

On ne prête qu’aux riches ! L’Afrique peut ne pas paraître concernée, mais, fort heureusement elle sera entraînée, plus ou moins rapidement selon les Etats et les régions, en fonction de leur capacité à adapter leurs spécificités aux standards planétaires.

Robert Ginésy 

NDLR. L’essentiel des informations utilisées dans cette page est puisé dans l’hebdomadaire « Marchés Tropicaux et Méditerranéens ».

Projets d'équipement rural au Mali

Depuis de nombreuses années le CEPAZE (Centre d’Echanges et Promotion des Artisans en Zone à Equiper) travaille avec les paysans du Sahel pour les aider à se doter des équipements techniques adaptés à leur type de production.

Dans trois régions du Mali (Kéniéroba, N’Dinina, Sokourani) ses projets actuels concernent plusieurs centaines de familles. Les prototypes de machines manuelles, ou à traction animale, doivent être élaborés sur place, puis entretenus par les utilisateurs dans le cadre de coopératives qui s’engagent à diversifier leurs productions, à créer des emplois et à exporter leurs produits.

Très bien accueillis par les autorités locales, ces projets supposent un financement de départ qui serait ensuite remboursé. L’association recherche des appuis auprès des autorités françaises de la coopération.

R. G.