Cycle « Lieux et territoires de mobilisation des ressources futures »

2. « Les terroirs africains comme lieux de développement »

Sommaire

Présentation

Après la première rencontre-débat du cycle annuel « Lieux et territoires de mobilisation des ressources futures », qui portait sur le village africain comme «lieu de vies », cette deuxième rencontre- débat a pour thème « Les terroirs africains comme lieux de développement ».Ces « vies » impliquent d’être soutenues par un cadre socio - administratif adéquat et dynamisées par des activités économiques rémunératrices. Les intervenants décriront le rôle des acteurs de ces cadres socio – financiers et nous éclaireront sur les capacités villageoises à produire du développement.

Georges Courade, géographe, directeur de recherche à l’IRD, ouvre la séance en annonçant le film de la SIDI* (Solidarité Internationale pour le Développement et l’Investissement), organisme de financement du CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement). Le film portera sur une région rurale au Sénégal. Puis il présente les trois intervenants : Jean-Pascal Pichot, rédacteur en chef des « Cahiers d’études et de recherches francophones – Agriculture » ; Jean- Claude Devèze, qui s’est occupé des opérations de développement à l’Agence Française de Développement (AFD) ; enfin, Samba Sylla, membre du Groupe de recherche et de réalisations pour le développement rural (GRDR). Réunion préparée par Robert Ginésy

Le micro - crédit dans 400 villages sénégalais

Les responsables devant les trois caisses. Photo SIDI
Les responsables devant les trois caisses. © SIDI

Le film de la SIDI, « Pour un financement solidaire avec l’UGPM » (Union des Groupements Paysans du Méckhé), est réalisé par Guy Spica. Il se déroule principalement à Payène, un petit village sénégalais situé près de Méckhé, à 120 kilomètres au nord-est de Dakar, et s’ouvre sur l’assemblée générale de la « Mutuelle de solidarité », sous l’arbre à palabres.

La mutuelle de solidarité est un système de financement de proximité, inventé en 1995 par les paysans, avec l’appui du Conseil National de Coordination des Ruraux et de la SIDI. Aujourd’hui, il est répandu dans plus de 400 villages au Sénégal.

Par comparaison avec la tontine, forme traditionnelle de prêt en Afrique, la mutuelle de solidarité possède un fonctionnement plus formel (tout est écrit) et, surtout, les prêts sont accordés en fonction de besoins reconnus. Chacun paye une cotisation forfaitaire, qui constitue une épargne et qui permet la constitution d’un capital commun, servant à alimenter les prêts. L’assemblée générale se réunit tous les mois, et c’est à cette occasion que sont prises toutes les décisions. Par ailleurs, chaque assemblée générale débute par la vérification des fonds contenus dans les caisses. En effet, les cotisations sont réparties entre trois caisses : la caisse verte pour les petits prêts, la caisse rouge pour les dépenses de solidarité et d’urgence et la caisse bleue pour les mouvements de fonds avec l’extérieur et les institutions de financement.

Les objectifs des mutuelles sont d’une part, de doter les villageois d’une autonomie financière, d’autre part, d’engendrer un regain de solidarité entre eux. Surtout, il s’agit d’aider les paysans dans le contexte difficile de la crise de l’arachide ou dans les périodes de sécheresse et de lutter contre l’exode rural, qui en est la conséquence.

Avec les prêts de la mutuelle, les femmes pourront acheter du milou du sorgho, pour les transformer et les revendre, ou des moutons, pour les engraisser et les revendre. Ces prêts peuvent aussi être une aide à l’établissement d’un petit commerce. Dans le cas de Modou Ndiaye, paysan, ils lui ont permis de réparer sa charrette et de reprendre son activité d’élevage ovin et bovin au village. Il peut donc à présent rester près de sa famille. Auparavant, il devait s’absenter neuf mois par an pour travailler, car les criquets pèlerins - dont une tonne, soit seulement une petite fraction d’un essaim moyen, consomme autant de nourriture que 2.500 personnes - avaient rendu toute agriculture impossible.

L’UGPM, créée en 1985 par des mouvements villageois, apporte également une formation au développement durable et un appui technique aux producteurs. Elle compte aujourd’hui plus de 4.500 membres et forme des organisations similaires dans les pays voisins. De plus une « Caisse rurale d’épargne et de crédit » a été lancée en 1999.

Un autre apport important est l’aide aux ménages : la SIDI a amené l’ordinateur au village avec un logiciel qui permet d’aider les familles et chacun de leurs membres, à contrôler leurs dépenses et leurs recettes afin d’équilibrer leur budget.

Enfin, l’UGPM a mis en place un programme « soudure et endettement », qui propose, entre autres, des activités culinaires, le but étant de sensibiliser les villageois à la nécessité d’utiliser des produits locaux, plus riches et moins coûteux. Basée sur la confiance, l’Union contribue à la cohésion sociale.

Le film se termine sous l’arbre à palabres par une scène festive mêlant chant et danse.

Une forme d’épargne populaire

Laurent Chéreau. © cade
Laurent Chéreau. © cade

Après le film, Laurent Chéreau, responsable de la communication de la SIDI, revient sur certains points. Il définit tout d’abord son organisation comme une « société financière solidaire » : il s’agit d’une société financière, car c’est une véritable entreprise, mais elle est solidaire, car son but n’est pas lucratif. En France, la SIDI repose sur l’épargne solidaire et l’on compte entre 5 et 6.000 souscripteurs. Ses activités, qui relèvent tout à la fois du micro - crédit et de la micro - finance, se développent pour répondre à un nombre croissant de besoins.

L. Chéreau rappelle ensuite que les mutuelles de solidarité (Muso) ont été inventées par les paysans euxmêmes, pour pallier les inconvénients de la tontine. Par ailleurs, la SIDI a aidé à améliorer le système, et notamment à lutter contre les défauts de gouvernance. La SIDI a aussi « exporté » les Muso. Elles sont actuellement présentes jusqu’en Haïti et à Madagascar et même dans la région des Grands Lacs, malgré les guerres. Elles comptent au total plus de 100.000 bénéficiaires de par le monde.

Mais la SIDI intervient aussi dans d’autres domaines. Ainsi, par exemple, il y a 3 - 4 ans, elle a contribué avec l’UGPM à la mise en place d’un système d’électrification rurale. Elle propose également des panneaux solaires à la location / vente. Ceux-ci, avec l’argent autrefois dépensé en bougies et pétrole, seront remboursés en 6 à 10 ans. Un autre effet bénéfique est que la famille est soudée autour de l’ampoule et que les enfants peuvent désormais mieux étudier.

Le développement en partant des savoirs paysans

Jean-Pascal Pichot. © cade
Jean-Pascal Pichot. © cade

Pour Jean-Pascal Pichot, on assiste actuellement à un changement de paradigme scientifique en agronomie qui correspond à un changement d’attitude. Malgré certaines résistances toujours en vigueur dans les organismes de recherche et avec l’aide des ONG, on constate un abandon progressif de la démarche dirigiste globale : le savant se met à l’écoute du paysan et tire parti de la diversité des milieux, des savoirs et des savoirfaire pour innover. En un mot, c’est le retour au local.

Cela a pour corollaire une nouvelle prise en compte de l’espace et du temps. En effet, toutes les sociétés ont une histoire et il faut en premier lieu s’attacher à comprendre d’où viennent les sociétés rurales. Il est donc fondamental d’écouter les anciens, pour connaître les fondements de l’organisation sociale, dans laquelle la diversité des milieux, une richesse en soi, est aussi construite socialement. Les droits d’accès à la terre et aux puits, par exemple, varient grandement d’un pays à l’autre, selon qu’il s’agit d’agriculteurs ou d’éleveurs. Selon J.-P. Pichot, des politiques favorables doivent être mises en place, pour que les communautés de base disposent de droits et des moyens financiers de les exercer ; c’est-àdire qu’il faut des États de droit, décentralisés efficacement.

Mais les espaces villageois sont aussi des lieux de confrontation des projets. De nombreuses tensions existent : entre les autochtones et les migrants, entre les agriculteurs et les éleveurs et entre différentes façons de percevoir les ressources ou d’utiliser la biomasse. A ce propos, J.-P. Pichot souligne que ces espaces ne sont pas limités et que les problèmes ne peuvent, par conséquent, être résolus par des marquages de frontières sur les arbres, par exemple. C’est pour cela que des plateformes de confrontation entre des intérêts opposés sont indispensables.

Ensuite, il faut noter que les espaces villageois sont des « construits sociaux évolutifs », les facteurs d’évolution étant d’une part les migrations, surtout vers l’Afrique, avec les financements qu’elles apportent et le retour des jeunes, et d’autre part les médias. De fait, l’attraction de la ville et l’appel des marchés urbains a provoqué une évolution des systèmes de production et de cueillette. Parallèlement, les contraintes climatiques et économiques ont provoqué le remplacement des céréales par l’arachide et le manioc.

Un certain nombre de problèmes graves se posent aux systèmes de production villageois. Les agriculteurs ont bien développé des solutions alternatives, tels les parcs arborés qui ont montré leur longévité, mais celles-ci ne sont pas soutenues, les systèmes d’appui à l’agriculture (organismes de crédit public et de distribution des intrants, semences et engrais), ont pratiquement disparu. De fait, les structures de soutien portent surtout sur les cultures industrielles, le coton et les palmiers par exemple, parce qu’elles sont destinées à l’exportation. Par ailleurs, les activités de transformation, jusqu’alors réservées aux femmes, sont en train d’être récupérées par les hommes (comme le beurre de karité au Burkina). Enfin, faute d’engrais, les sols sont appauvris, mais une fois régénérés, les anciens propriétaires veulent rentrer en possession de leurs terres, engendrant de nombreuses tensions autour du foncier.

Il existe cependant quelques points positifs. Par exemple, il n’y a pas, contrairement à ce que l’on entend, de déforestation en Guinée. Au contraire, on assiste à une croissance de la forêt. A côté de la diffusion de cultures externes (manioc - il est arrivé du Brésil -, maïs, pomme de terre, riz indica), se maintiennent les cultures internes (mil, sorgho, riz glaberrima, igname). Enfin, les Africains ne constituent pas une société de survie, comme on le croit trop souvent. Ils sont des consommateurs avisés, qui ont leurs préférences, ce qui est propice au développement de produits locaux sur les marchés régionaux. Ces derniers sont cultivés presque biologiquement et mériteraient d’être labellisés.

Avant de conclure, J.-P. Pichot met en garde contre le crédit solidaire, qui peut mener à l’endettement et au surendettement, voire au servage, comme cela peut s’observer à Pondichéry. Pour cette raison, les paysans doivent absolument garder la maîtrise sociale de l’innovation. Dans ce contexte, ceux qui viennent de l’extérieur avec de bonnes idées (les experts, les ONG) ont à monter des partenariats entre les collectivités, les organisations professionnelles, les groupements d’entreprises, de manière à métisser savoirs endogènes et exogènes et à privilégier les formules créatrices d’emplois pour dépasser le système informel. Tout cela implique que les politiques publiques assurent un cadre législatif et administratif sécurisant.

La gestion des ressources naturelles : un équilibre délicat

Jean-Claude Devèze. © cade
Jean-Claude Devèze. © cade

Selon Jean-Claude Devèze, la gestion locale des ressources naturelles est un enjeu majeur pour l’avenir des agricultures familiales. Pour démontrer sa thèse, J.-C. Devèze a articulé sa présentation autour de trois points : la mobilisation des ressources naturelles et humaines disponibles, leur gestion peu efficace et l’équilibre à trouver pour améliorer cette gestion.

Il rappelle la définition du terroir par les géographes, c’est-à-dire une portion de territoire appropriée, aménagée et utilisée par un groupe humain pour sa subsistance. Sur ce terroir, les ressources naturelles principales sont l’eau, les sols, la faune et la flore. C’est moins le manque de ressources qui est problématique qu’une mauvaise maîtrise de ces ressources. Celle de l’eau est difficile en raison d’une pluviométrie soumise aux aléas climatiques, de gaspillages dans l’irrigation, d’utilisations excessives des nappes phréatiques, d’une répartition non rationnelle dans les bassins fluviaux internationaux. A Madagascar, on essaie de pallier ces défauts : autour du lac Alaoutra, les bassins versants vont être aménagés en recourant à des associations de gestion de terroirs, mais leur avenir n’est pas assuré.

Des questions se posent. Comment articuler l’action individuelle dans les exploitations familiales et la gestion collective des ressources ? Selon la FAO, la moitié seulement des terres arables est exploitée, mais celles qui restent sont généralement fragiles : qui les cultivera ? Quelle position l’Afrique adopterat- elle par rapport aux conventions internationales sur la biodiversité ou la désertification ?

L’exemple du Mali Sud, appuyé sur le système de production coton / vivrier, montre comment sont gérées les ressources aux niveaux des exploitations agricoles et des terroirs. Là, existe une étroite association entre l’agriculture et l’élevage dans trois domaines: la traction animale, la fumure animale, les ressources fourragères qui sont parfois problématiques. Ainsi on remarque que l’ager (ie. la zone de culture) est fixé autour des villages et ses rendements sont stables ; le saltus (ie. la zone de pâturage) est surexploité par les troupeaux ; le sylva (ie. l’espace forestier) est également surexploité près des villes. Le couple coton / vivrier est remis en cause. Les paysans riches cultivent les bas-fonds, se mettent à l’horticulture. Les agriculteurs faisant de l’élevage, les éleveurs se trouvent marginalisés. Il y a donc diversification des exploitations.

Alors, quelle est l’autorité la plus adéquate pour gérer les terroirs et leurs ressources naturelles ? En prenant en compte le fait que les réalisations individuelles (compost, haie…) ont plus de succès que les réalisations collectives (travaux antiérosifs…), faut-il confier la gestion des ressources aux agriculteurs, aux autorités locales traditionnelles ou à des organismes spécialisés ? Un rôle accru des communes est souhaitable. Finalement, l’exploitation agricole doit tenir compte des capacités et des spécificités locales et de la sécurisation de son environnement. Un équilibre est à trouver entre protection des sols et surexploitation, stratégie anti-risque et intensification des productions, gestion de la durée et priorité aux opportunités. La gestion des terroirs africains s’inscrit dans une variété de dualités : collective / familiale, répartition agro - sylvo - pastorale, villages / villes, pouvoir centralisé / contre-pouvoirs, propriété foncière / autres formes de droits fonciers. Le nouvel intérêt des gouvernements pour l’exploitation familiale est contredit par leurs souhaits d’agro - entreprises qui développeront la production.

Néanmoins, en guise de conclusion, J.-C. Devèze estime que ce juste dosage doit s’effectuer dans un cadre dynamique proche du local en confiance avec les autorités politiques et les leaders professionnels. Des délibérations dans les villages permettraient de construire une territorialité vécue dans la durée. En fait chacun doit se remettre en cause au niveau personnel, pour mieux agir ensemble au niveau social.

Une forme d’épargne populaire

Samba Sylla. © cade
Samba Sylla. © cade

Samba Sylla offre son témoignage personnel sur le village africain, entité géographique organisée et ouverte et cela depuis des générations. Cette organisation repose sur des liens étroits entre les acteurs. Elle est basée sur la confiance et le dialogue, même s’il existe des problèmes d’ordres technique et politique. Le chef de village, responsable du groupe, prend les décisions en concertation avec les chefs de famille, qui ont un rôle de conseillers. Dans ce cadre existe également une instance spirituelle avec pour référent l’imam du village. Les activités de production, fondées sur l’agriculture et l’élevage, se développent avec d’autres acteurs incontournables comme les femmes, qui sont à la fois au sommet et à la base, ou les artisans.

Cependant, un village est en lien constant avec l’extérieur, avec les villes ou bien à l’occasion du marché hebdomadaire inter - villageois, lieu de retrouvailles où les producteurs achètent et vendent et où le troc est pratiqué. L’organisation du village évolue avec le temps, elle tient compte de l’émigration : 12 millions de Maliens, 4 à l’étranger, essentiellement en Afrique, 120.000 seulement en France, où les migrants ont recomposé leur village avec sa diversité et sa solidarité. Dans les années 70 / 80, le GRDR et des étudiants ont apporté à ces agriculteurs la formation nécessaire pour répondre aux compétences demandées dans les entreprises. Le contact n’est pas perdu avec le village d’origine. Il s’exprime à travers des programmes d’écoute (eau, santé, éducation, piste rurale… tout ce qui pose problème), d’accompagnement et de travail en commun. C’est ainsi que dans la décentralisation, on trouve beaucoup d’anciens migrants.

Pour conclure, S. Sylla nous rappelle qu’il faut toujours partir du village et adapter les méthodes d’exploitation agricole en fonction de l’environnement local. En combinant la motivation des acteurs, la mise en place de politiques volontaristes et l’adaptation des innovations techniques, le terroir africain a de l’avenir.

Le débat

A propos de l’organisation du village africain, S. Sylla précise que les activités agricoles ne sont pas les seules à structurer les zones rurales : l’artisanat, les services, la pêche, le commerce sont également d’importants secteurs économiques.

Une autre question touche à la controverse concernant le choix entre cultures associées et monoculture. J.-P. Pichot explique que, dans la majorité des cas, les paysans favorisent la diversité des pratiques, en particulier dans les zones tropicales humides. Au Sahel, en revanche, le choix est plus complexe et le manque d’innovation pousse les agriculteurs à s’orienter vers des systèmes antirisque.

Pour ce qui est des modes de production de l’huile de palme, il en décrit le processus, qui n’est pas industriel. Le choix des graines et de la pulpe des palmiers à presser et à chauffer influe sur la qualité de l’huile ; son goût varie selon l’origine du végétal ; le mode de fabrication diffère d’une région à l’autre… Autant de facteurs de différenciation du produit sur les marchés.

Interrogé sur l’influence des villages en développement sur les espaces urbains, J.-C. Devèze répond qu’elle se situe surtout au niveau de l’agriculture péri - urbaine, voire même intra - urbaine, par suite de l’extension de la ville, comme à Lagos ou à Kinshasa. Les rapports et les échanges ville / campagne vont dans les deux sens.

Plusieurs questions portent sur le rôle des acteurs globaux dans l’aménagement du terroir, notamment l’État et la Banque Mondiale. J.-C. Devèze considère que l’État doit jouer un rôle plus important dans le financement de l’aménagement des terroirs africains. Si beaucoup de projets sont en cours et l’État souvent bailleur de fonds, la gestion seule des terroirs est insuffisante ; elle doit être couplée avec un programme global de développement économique en relation avec les populations intéressées. Il faut plus de cohérence et une volonté plus affirmée des acteurs locaux. Dans ce domaine, deux problèmes apparaissent : la difficulté de faire effectivement aboutir un projet et l’existence d’organisations essentiellement préoccupées par leurs propres intérêts.

Quel est le rôle des ressortissants africains en France ? S. Sylla explique que beaucoup d’activités d’associations africaines en France sont orientées vers des communes rurales africaines avec qui elles entretiennent des liens étroits. Ce transfert de compétence est dû au phénomène de décentralisation, complété par un processus de regroupement des villages pour former une « commune » plus facile à gérer. A sa connaissance il n’y a pas d’aides au développement de l’agriculture familiale pour les migrants qui souhaitent repartir en Afrique afin de gérer une exploitation.. Cependant des aides existent pour les associations loi de 1901 ou les groupes de migrants, mais elles ne sont pas centrées sur le développement familial.

Une dernière question porte sur le bilan des plans nationaux de lutte contre la pauvreté proposés par la Banque mondiale. J.-C. Devèze est sceptique. Il déplore l’absence de réponses différentes selon les spécificités, les problèmes et selon les moyens des pays concernés, alors qu’il faut impliquer les populations, lorsque l’on fixe des politiques de ce type. La régionalisation en cours en Afrique de l’Ouest peut susciter une émulation entre les politiques nationales, mais elle risque d’être trop éloignée de la réalité et de la diversité du monde rural.■

Louise Brun, Émilie Chassagnard, étudiantes de Sciences Po.