5. "Entrepreneuriat des femmes africaines dans le contexte international"

Cycle I :« Femmes, genre, familles et lien social. Représentation et réalité »

 

Rencontre-débat du 13 février 2013

Présentation et introduction

Jean-Loïc BAUDET, président de la CADE, présente quelques mots de bienvenue pour cette 5ème séance du cycle consacré aux femmes. Il rappelle que les femmes africaines tiennent sur tous les plans, familial, social et économique une place éminente, mais précise qu’il sera question ce soir de les présenter sous l’angle de l’entrepreneuriat : car si les femmes sont connues pour leur rôle dans le secteur informel de l’économie, elles ont aussi leur place dans le secteur formel des petites, moyennes et grandes entreprises.

Sylvie Koffi, journaliste à RFI et médiatrice de la rencontre-débat, présente les intervenantes : Niamoye Diarra, de la CADE, qui est journaliste-documentariste et présidente de l’AFIC/Co parents Diaspora (Association Femmes Inter Cultures) ainsi que Habibatou Maïga, qui est juge au Mali. Les autres intervenantes invitées ont malheureusement dû se désister.

Sylvie Koffi introduit les diverses problématiques qui seront abordées dans cette séance : quels sont les blocages auxquels doivent faire face les femmes entrepreneurs ? Le système des micro-crédits, majoritaire hier, at- il atteint aujourd’hui ses limites, en particulier quand il s’agit d’accroître son entreprise et de la faire entrer dans le marché ? Les femmes ne pourraient-elles pas sortir des secteurs traditionnels dans lesquels on les retrouve presque systématiquement, à savoir les soins infirmiers, les denrées alimentaires, la mode ou l’artisanat, pour être parties prenantes dans des secteurs plus modernes et innovants comme le sont les technologies de l’information ou les énergies vertes et solaires ? Les femmes sont-elles pénalisées par un manque d’information ou de formation ? Car enfin, s’il est bien admis et reconnu que la présence des femmes dans l’économie réduit la pauvreté, elles ne sont pas encore perçues comme des acteurs économiques à part entière et elles sont souvent empêchées d’avancer réellement comme elles le souhaitent.

La rencontre débat va s’articuler entre la projection du documentaire « Femmes d’avenir, rencontre des femmes de l’UEMOA avec les femmes espagnoles à Bamako », qui constituera l’essentiel de la première partie et un long temps d’échange, engagé ensuite presque aussitôt avec la salle, et pour lequel Niamoye Diarra et Habibatou Maïga seront les interlocutrices

"Femmes d'avenir"

Madame Françoise Sy :

« La femme africaine est notre racine de baobab »

Le documentaire projeté, « Femmes d’avenir», réalisé par Niamoye Diarra et Pierre Corman, correspond à une demi-heure de synthèse sur plus de six heures de tournage, lors de la rencontre internationale des femmes chefs d’entreprise de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) qui s’est tenue à Bamako en 2010. Cette rencontre réunissait des femmes entrepreneurs de quatorze pays de l’Ouest africain et des femmes entrepreneurs espagnoles, à l’initiative de Madame Françoise Sy, Ivoirienne vivant entre l’Espagne et le Mali.

Madame Sy, présidente de cette assemblée, ouvre le colloque en se réjouissant de voir un tel rêve se réaliser: ce rassemblement à Bamako, rendu possible grâce à la collaboration du Mali et de l’Espagne qu’elle remercie vivement, et qui est la preuve chez les femmes chefs d’entreprise de leur force, de leur intelligence, de leur courage, et de leur refus de la peur.

Les témoignages retenus dans cette synthèse peuvent se lire à travers cinq thématiques :

  • Rendre visibles les compétences féminines : c’est une recommandation de l’ONU que de reconnaître la diversité hommes/femmes, race/ origine. L’identification des talents féminins commence à entrer dans les moeurs : on a vu l’exemple de dix-huit présidents de grandes entreprises françaises appelés à établir un listing de leurs « femmes capables ». Les femmes doivent donc pouvoir se mettre mieux en valeur, par exemple par le développement des réseaux.
  • Travailler à la réinsertion, par l’entreprise, de femmes maudites par la maladie : il s’agit d’un exemple d’action-santé au Burkina Faso, la lutte contre le problème des fistules obstétricales. Cet accident, consécutif à un accouchement, est considéré comme une maladie honteuse. La fistule obstétricale marginalise les femmes qui en sont frappées, et qui se voient socialement exclues, tant par les maris que par l’entourage. Au point que certaines, victimes de dépression, peuvent être conduites au suicide. Le travail de réinsertion sociale de ces femmes inclut donc les chefs de village et les maris. Il se fait actuellement sur cinq provinces et concerne environ 100 femmes par province, des femmes malades et des femmes guéries. Ces dernières deviennent des relais qui contribuent à identifier les autres. Aujourd’hui 245 femmes attendent d’être opérées. C’est par le travail et la création d’activités génératrices de revenus que se fait leur réinsertion : par exemple, la fabrication du beurre de karité, qui a permis de dégager un chiffre d’affaires conséquent. Ces actions sont soutenues par l’Etat et le Ministère de la santé, en collaboration avec l’Assemblée nationale : une loi a été votée pour que les hommes ne chassent plus les femmes victimes de fistules obstétricales, et des discussions sont en cours sur ce sujet au Bénin, au Mali, au Sénégal, au Togo, au Niger.
  • Créer son entreprise dans les secteurs qui se développent : l’exemple proposé vient du secteur hôtelier/tourisme, en Gambie, pays dans lequel l’industrie hôtelière est en pleine phase de développement. Les femmes ont dans ce secteur de plus en plus d’influence : mais c’est pour elles un défi d’y réussir parce qu’elles ont du mal à accéder à la propriété, qu’elles ont des difficultés pour obtenir des prêts bancaires et qu’elles manquent de formation. Le double problème de l’hôtellerie, c’est à la fois la qualité et les prix. Les taux d’emprunts sont très élevés ainsi que les coûts de l’électricité et de l’eau. Les femmes ont besoin de soutiens européens pour le développement de leurs projets : ainsi une fondation espagnole a permis une dizaine de microfinancements. L’intervenante rappelle que les femmes africaines travaillent durement et sont des partenaires de confiance. Elle a elle -même un hôtel de dix chambres et prévoit une extension à quarante chambres.
  • Encourager les initiatives : Femmes Initiatives et Libertés est une association malienne qui lutte contre la pauvreté et l’exclusion des femmes sous toutes leurs formes. Elle oeuvre à la formation, à la sensibilisation et à l’insertion des jeunes filles et des femmes. Elle initie à la démocratie et à la vie politique, elle dispense des formations en droit ou en informatique, aide à la création de sites Internet afin que les femmes puissent véhiculer leurs messages. Elle forme aussi à l’agriculture. Elle promeut l’entrepreneuriat féminin et incite à la création d’entreprises.
  • Harmoniser la législation : une jeune juriste présente l’OHADA, Organisation pour l’Harmonisation du Droit des Affaires. C’est une organisation africaine unique au monde, qui regroupe 17 pays, lesquels se référent tous aujourd’hui à des actes uniformes concernant le droit commercial, le droit des transports, la sûreté des investissements, les procédures simplifiées pour les créances, l’environnement juridique et judiciaire des affaires. L’OHADA est une réussite et est en train de s’étendre aux Caraïbes avec l’OHADAC. L’OHADA assoit l’environnement des affaires et joue un rôle d’accompagnement pour éviter les clivages.

« La femme africaine est notre racine de baobab » : ce sera le maître-mot de la conclusion de Madame Sy, à la fin de ce colloque, conclusion qui pourrait se résumer ainsi : « Avec les femmes, l’Afrique, qui doit être ellemême l’acteur de son propre développement, regorge de ressources humaines, disponibles, inexploitées à souhait. En travaillant avec nos « soeurs espagnoles », dans un échange du donner et du recevoir, en opérant ensemble, nous allons arriver très loin, et je vous en remercie. »

Le documentaire s’achève sur un défilé de haute couture contemporaine, où le talent des stylistes africains et la beauté des tissus se conjuguent avec, liberté, fantaisie et brio !

LE DEBAT

Un paradoxe : besoin d’entreprises mais freins à la création

Sylvie Koffi : « Alors que les pays africains ont tant besoin de bras en effet, est-ce qu’on pourrait analyser ces freins à l’entrepreneuriat féminin ? Les difficultés à obtenir la confiance des banquiers, les préjugés sur le rôle de la femme, qui doit « rester à la maison »…

Habibatou Maïga. La première question à lever concernant ces freins, c’est celle des outils financiers. Il est vrai qu’on peut se demander si les outils juridiques sont suffisants pour que les femmes puissent devenir des chefs d’entreprise à part entière. Mais en plus des outils juridiques, il faut des outils financiers, et même si les femmes sont fiables, la crédibilité n’est pas un critère suffisant pour les banques : c’est une base qui ne leur suffit pas, il leur faut des garanties, celle de biens immobiliers par exemple, ce que les femmes n’ont pas. Sans parler de la formation, qu’elles n’ont pas et dont elles ont besoin.

Sylvie Koffi : Quelles pourraient être les recommandations pour appuyer les changements, les progrès, au niveau des échanges Afrique-Europe par exemple ?

Le débat est ouvert au cours duquel, derrière les questions ou interventions du public, on pourra retrouver en filigrane plusieurs pôles de réflexion :

  • Quel modèle entrepreneurial adopter entre l’économie libérale et compétitive et l’économie sociale et solidaire ?
  • Comment, en Afrique, concilier travail et vie familiale ? Préjugés et tradition.
  • Les moteurs pour l’économie de demain : les outils juridiques et financiers, l’opportunité des réseaux.
  • Les liens Afrique-Europe : devenir jeune entrepreneur pour une femme dans la diaspora.

Quel modèle d’entreprise ?

Régine Gillet-Tchos, présidente de l’APEJ (Agir pour l’Emploi des Jeunes en Afrique et en France) et chef d’entreprise elle-même. Lorsque l’on parle d’entrepreneuriat, on doit rappeler qu’il ne peut pas y avoir d’« improvisation » dans ce domaine, il faut être formé dans sa branche et il faut savoir créer. Une formation diplômante, c’est tout un parcours : si l’on part du système D, ça ne marche pas, il faut être en phase par rapport aux moyens, avoir des fonds au départ, avoir de la disponibilité car la création d’une entreprise consomme beaucoup de temps. Tout cela doit être soutenu et encouragé par l’assentiment de l’entourage et par les réseaux. En Afrique, trop souvent, on se sous-estime, on sous-estime l’acte de création, l’acte de gestion : mais si vous êtes responsable, vous allez y arriver !

Martine N’Diaye, Sénégalaise. Au Sénégal, on ne peut pas dire que les femmes restent à la maison, elles sont dehors, mais elles font tous les petits boulots. 80 % des emplois sont dans l’informel, les petits boulots sont pour tout le monde, et le problème du financement, il est pour tout le monde aussi, pas seulement pour les femmes. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas d’adéquation entre l’emploi et la formation. En Afrique, on n’a pas les armes pour créer des structures classiques d’entreprise, donc dans ces conditions, quel type d’entrepreneuriat envisager, qui soit différent du modèle classique ? Ne faut-il pas concevoir un entrepreneuriat d’un un autre type, un modèle coopératif ?

Odile Merckling. N’y a-t-il pas aussi quelque part une limite imposée par les circuits de la finance internationale ? Elle écrase les aspirations et les formes d’économie qui pourraient être autonomes. L’économie devrait pouvoir être au plus près des besoins de la population. C’est ce que j’ai montré dans un ouvrage publié récemment Parcours professionnels de femmes immigrées et de filles d’immigrés, L’Harmattan, Juin 2012. [Présentation de l’ouvrage par l’éditeur : Ces parcours professionnels de femmes immigrées et issues de l'immigration sont évoqués à partir des résultats d'une enquête de terrain. Ils conduisent souvent ces femmes du travail informel à un emploi précaire, à temps partiel et sous-déclaré. L'accès à une évolution professionnelle se révèle difficile, même pour les plus diplômées. L'accès à l'autonomie des femmes constitue un vecteur essentiel de l'intégration des populations issues de l'immigration et du développement d'un espace de l'interculturalité].

Discrimination hommes - femmes, préjugés et traditions

Madame Maïga. Pour la femme, concilier entrepreneuriat et vie de famille n’est pas impossible, elle le peut si on lui offre des opportunités. Mais en Afrique se pose aussi la question de la discrimination, c'est-à-dire qu’il faut à la femme l’autorisation de son mari pour pouvoir créer son entreprise.

Niamoye Diarra. Dans les marchés, oui, les femmes sont là, avec leurs enfants en bas âge, donc elles font les deux à la fois. Le documentaire projeté en octobre 2012, Femmes rurales du Mali, montrait aussi que les femmes savent s’organiser en coopératives. Dans le travail féminin, il ne s’agit ni de perdre sa dimension de femme, ni d’imiter les hommes.
Mais on pourrait aussi poser le problème de la langue pour l’accès à la formation : il y a des hommes, qui sans avoir été un seul jour à l’école, se sont révélés de très grands commerçants. Ceux-là sont tout naturellement aidés, au niveau de l’entrepreneuriat, par l’ensemble du système, par les rôles et les déterminismes sociaux.

La femme est toujours mise au défi de réussir sur les deux plans de son ménage et de son entreprise. En Europe, cela tend à s’amenuiser, l’Histoire a profondément influencé le statut moderne de la femme, tout particulièrement à partir de la Première Guerre Mondiale.

Un auditeur, du Togo. Dans ce pays, 80 % de l’activité commerciale est le fait des femmes. En Afrique de l’Ouest, les femmes ont un réel pouvoir économique, par exemple avec le commerce du tissu. Donc les femmes entreprennent et savent le faire, mais ce que le film montre à juste titre, c’est que ce n’est pas forcément dans le secteur formel, et c’est là qu’il faut encourager le travail des femmes : elles ont besoin de formation, elles ont besoin d’augmenter leurs capacités créatrices. Pour s’ouvrir sur l’international, par exemple avec l’exportation du beurre de karité, il faut appartenir au secteur formel.

Une auditrice, qui se réfère au Rwanda, présente le problème des veuves, créatrices de micro entreprises, mais que mettent en péril des quantités de difficultés : sans compter les obstacles de la législation et du fisc, elles doivent se battre terriblement pour conserver la propriété de ce qu’elles ont gagné, par rapport à la famille et même par rapport aux voisins.

Régine Gillet-Tchos. Le problème est souvent qu’on ne tient pas les comptes. L’écriture comptable est quelque chose de rigoureux, « on ne peut pas sortir de l’argent comme ça, par exemple pour soigner l’enfant de la voisine ». C’est la porte ouverte aux risques de faillite, et il faut rappeler l’importance des comptes.

Niamoye Diarra. Il faut en effet que les règles de gestion soient claires, car il existe toujours un conflit et du « chantage » par rapport à quelqu’un qui semble gagner de l’argent.

Une intervenante souligne qu’en ce qui concerne la viabilité des petites entreprises féminines, celles-ci sont bien souvent mises à mal par le poids de la tradition et de la culture, sans compter les problèmes de corruption. Et comme dès le départ au niveau de l’éducation, il y a scission entre hommes et femmes et discrimination, d’une manière plus générale, nous manquons de confiance en nous. Et nous ne faisons pas forcément confiance à nos semblables. Donc on se tourne vers les Occidentaux, on préfère parfois traiter avec eux, au lieu de se tenir la main pour avancer.

L’intervention suivante, d’un auditeur qui se présente comme peul d’origine mauritanienne, revient sur le poids des traditions, qui est parfois handicapant. La femme, par tradition est toujours tenue en bride, d’abord par ses parents, puis par son mari, et Par exemple, elle ne peut pas entreprendre un voyage d’affaires, elle sera considérée comme libertine. La femme qui n’a pas d’enfants est maudite et si alors elle entreprend, elle est bannie. Sans rejeter la tradition, il faut reconnaître que certaines choses sont mauvaises. En ce qui concerne les enfants, ils ne doivent pas être considérés comme un handicap mais ils doivent améliorer la situation : il faut transformer le handicap en avantage.

Concilier travail et vie de famille

Question suivante : « Y a-t-il une si grande différence entre ce qui se passe en Afrique et ce qui se passe chez nous en France, dans ce problème des enfants pour les femmes ? » Partout, c’est une tradition millénaire du rôle de la femme que de s’occuper des enfants et de tenir la maison et cela n’a pas empêché les femmes de travailler : elles l’ont toujours fait, que ce soit s’occuper des bêtes, de la terre, du petit commerce ou du petit artisanat. En Occident, c’est l’évolution du monde économique qui a modifié les formes de garde des enfants et le rôle du père. N’oublions pas que les femmes et les enfants sont des êtres sociaux et qu’une société doit se donner les moyens d’élever ses enfants. Actuellement, en Afrique, se pose-t-on ce genre de question sur l’éducation des enfants et à qui elle revient ?

Sylvie Koffi : Pour « l’élevage » des enfants, existe-t-il en Afrique des systèmes de garde, des structures spécifiques ? Par exemple, au Burkina Faso, il existe des crèches informelles….

Niamoye Diarra. En Afrique, l’éducation des enfants est pensée collectivement. Une femme qui rapporte de l’argent peut être aidée dans le cadre d’un système familial. Et à la ville, il existe le système des « bonnes », qui aident beaucoup à la maison.

Il y a des solutions : par exemple, la mise en réseaux

Intervention d’une ingénieure diplômée de Télécom Nancy et MBI Oxford en entrepreneuriat social. « Après qu’on a abondamment parlé des problèmes, je voudrais parler de solutions et en aborder quelquesunes.

La première de ces solutions, c’est la mise en réseaux. En ce qui concerne l’efficacité des réseaux, on assiste par exemple sur la Toile depuis 2009 à un véritable buzz sur la possibilité d’entreprendre autrement et sur l’entrepreneuriat social, qui met l’humain au coeur de l’entreprise. C’est une opportunité énorme pour L’Afrique et pour l’entrepreneuriat féminin.

La deuxième solution concerne le financement, et la nécessité d’établir des ponts entre les porteurs de projets et les investisseurs. Actuellement tout un courant d’ « d’impact investors » se développe, des investisseurs patients et moins agressifs sur les taux d’intérêt. Ces investisseurs sociaux, dont certains sont réunis en ce moment même au Palais Brongniart, disent souvent qu’ils sont prêts à investir mais qu’il n’y a pas de projets. Ne pourrait-il y avoir un travail de mise en relations entre ces « impact investors », qui ont de l’argent et qui disent ne pas trouver de projets, et les jeunes créateurs/créatrices d’entreprise ? N’est-il pas temps de faire le lien entre eux pour comprendre ce qu’ils appellent un projet ?

La troisième solution, enfin, concerne le développement de la formation tout au long de la vie. La formation, ça prend du temps, et c’est très important. Comme on l’a dit, on voit de grands entrepreneurs, qui n’ont pas été scolarisés et qui réussissent très bien, et il y a comme eux des femmes, aussi, qui ont du flair et des compétences, sans formation initiale : mais les formations complémentaires doivent pouvoir apporter quelque chose, et là encore on pourrait évoquer le rôle des réseaux dans l’échange des savoirs. Il faudrait parler d’une formation tout au long de la vie et la mettre en pratique ».

Intervention d’une personne du Conseil régional d’Île de France, chargée de la mise en réseau, de la formation et de l’accompagnement à la formation, pour la création d’entreprises par des jeunes de la diaspora : travaillant au sein d’un service qui s’occupe d’égalité et de lutte contre les discriminations elle insiste sur cette notion de projet et reprend cette notion de mise en réseaux, très importante.

Elle évoque la 2ème édition de l’opération « Créatrices d’avenir », organisée autour de métiers d’habitude masculin. Il y a en effet une montée en puissance des projets, qui est là.

L’actualité au Mali introduit la question religieuse en fin de rencontre

Niamoye Diarra. En ce qui concerne le poids des traditions, il est sûr qu’il est là. Mais il faut aussi observer que depuis une quarantaine d’années, s’ajoute un expansionnisme musulman islamiste, qui est énorme en Afrique et qui assigne encore plus les femmes à rester à la maison. Par exemple au Mali, ils ont mis en échec le nouveau Code de la famille, qu’ils jugeaient trop favorable aux femmes et ont réussi à faire reculer la loi, alors qu’il y avait eu de réelles avancées. On constate que les petites filles travaillent beaucoup mieux à l’école, mais mieux vaut pour elles un rapide mariage, avec un homme qui pourra déjà avoir deux ou trois femmes…

Madame Maïga rappelle que la nouvelle loi favorable aux femmes a été effectivement votée par l’Assemblée, mais ensuite sous la pression de la rue, elle n’a pas été promulguée. Le Haut Conseil Islamique du Mali (HCIM) avait réussi à mobiliser dans les manifestations des femmes souvent recrutées parce que dominées …

Pour finir, Niamoye Diarra émet l’avis que le défilé montré dans le documentaire pourrait bien aujourd’hui être jugé comme infâmant … Et rappelle que ces derniers mois, à Gao et Tombouctou, les femmes qui tenaient leurs étals au sol sur les marchés n’avaient même plus le droit de se baisser, risquant des coups de fouet, leur posture étant jugée indécente ou provocatrice.

En définitive, le débat a cheminé un peu librement en cours de séance, sans forcément aborder toutes les questions envisagées au départ, mais donnant largement la parole à un auditoire très concerné et participatif.

Chantal Wallon