L'Afrique au risque de son union

Conférence exceptionnelle

Rencontre-débat du 4 juin 2012

Introduction

Jean-Claude Cousseran, secrétaire général de l'ADI
Jean-Claude Cousseran, secrétaire général de l'ADI

Jean-Claude Cousseran, secrétaire général de l’Académie diplomatique internationale, souhaite, au nom de son Altesse l’Agha Khan, Président de l’ADI, la bienvenue au président Jean Ping dans les locaux historiques de l’Académie. C’est un honneur pour cette Académie que d’accueillir pour la deuxième fois le Dr Jean Ping. Lors de sa première visite, ses auditeurs avaient été très impressionnés par son énergie, la pertinence de ses réflexions. Connaissant l’intérêt du public d’aujourd’hui pour l’Afrique, J.-C. Cousseran se dit persuadé qu’il écoutera avec beaucoup de passion et d’intérêt le sujet qu’il a choisi : « L’Afrique au risque de son union » et assure le Dr J. Ping que l’Académie l’accueille avec considération et amitié. Il passe ensuite la parole au Président de la CADE.

Jean-Loïc Baudet, Président de la CADE, se dit heureux que cette rencontre avec le président Jean Ping puisse se tenir dans ce cadre merveilleux et en remercie vivement monsieur Cousseran qui a bien voulu donner rapidement son accord. Il remercie le Dr J. Ping d’avoir permis cette rencontre exceptionnelle et prononce quelques mots sur la CADE pour les auditeurs qui ne la connaissent pas encore bien. Il rappelle que cette association a été créée il y a une quinzaine d’années pour porter un autre regard sur l’Afrique et les Africains. A l’époque, l’afro-pessimisme faisait des ravages et altérait complètement la perception qu’avaient nos compatriotes de ce continent. La CADE est issue d’un groupe de personnes qui se sont rassemblées pour lutter contre les idées préconçues et faire prévaloir l’image d’une Afrique dynamique et tournée vers son avenir. C’est dans ce cadre que la CADE organise chaque mois une rencontre débat à l’ENA portant sur des thèmes à portée culturelle, économique ou politique.

Il passe la parole à Julien Mbem, essayiste et éditeur, qui connait bien le président J. Ping, et qui a bien voulu le présenter au public.

Jean Ping est au départ un universitaire. Docteur d’Etat en sciences économiques de l’Université Paris-1 Panthéon Sorbonne, il intègre l’UNESCO en 1972 comme fonctionnaire international, institution dans laquelle il reste en fonction jusqu’en 1978. Après un bref passage à l’ambassade du Gabon en France comme premier Conseiller, il est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire et délégué permanent de la République du Gabon auprès de l’UNESCO. Pendant cette période, il assiste à de nombreuses négociations où l’Afrique est partie prenante, portant en particulier sur les enjeux importants que sont la gestion des biens culturels et surtout l’affirmation de l’Afrique dans le monde avec des débats tels que la négociation d’un nouvel ordre mondial de la communication et de l’information.

De 1984 à 2007, il intègre l’appareil d’Etat du Gabon à la tête de plusieurs ministères régaliens et en particulier, pendant huit années consécutives, comme ministre des affaires étrangères jusqu’au moment où il est élu Président de la Commission de l’Union Africaine le 1er février 2008. Ce qu’il faut retenir de ce parcours, c’est que dans l’intervalle, il se sera retrouvé au sein de grandes instances internationales, notamment à la tête de la 59e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, du groupe africain de l’UNESCO et de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. J. Mbem a d’abord connu le président J. Ping par ses idées, car malgré son métier de diplomate et la difficile distanciation entre l’action au quotidien et la réflexion, il a publié quelques ouvrages. Le premier « Mondialisation, paix, démocratie et développement : l’expérience gabonaise » où il élabore une réflexion, à partir du cas d’école du Gabon, sur le tournant que prend le continent africain à l’aube des grandes mutations globales. Il estime que face aux paradigmes dominants, la modernité politique, la naissance de la démocratie, l’Afrique doit trouver sa voie mais en restant en phase avec les évolutions incontournables du monde. Une année après son élection à la tête de l’Union Africaine, J. Ping publie « Et l’Afrique brillera de mille feux », ouvrage qui brille par son optimisme. « Ce titre prophétique n’est-il pas démenti aujourd’hui ? » interroge J. Mbem.

L'Afrique au risque de son union

Jean Ping président de l'UA
Jean Ping président de l'UA

« Excellences, Mesdames et Messieurs,

Au lendemain du 1er Sommet de l’Union africaine sur sa diaspora dans le monde, tenu il y a un peu plus d’une semaine et à l’issue duquel ont été réaffirmées la détermination et la volonté du Continent, de ses dirigeants et de la diaspora africaine mondiale de tout mettre en oeuvre pour renforcer l’unité et l’identité africaines en vue du développement du continent, je suis particulièrement heureux de pouvoir participer à cette rencontre dont je remercie tous les organisateurs.

Je ne peux en effet que me réjouir de l’occasion qui m’est ainsi offerte d’apporter ma contribution aux réponses à bien de questions qui sont au coeur de toutes les préoccupations, du dirigeant au simple citoyen, comme, « l’Afrique et l’Union Africaine dans le nouveau contexte mondial » ou plus simplement « quelle place pour l’Afrique dans la gouvernance mondiale ?», sinon « l’Afrique est-elle capable de s’unir pour se construire collectivement et saisir les opportunités du nouveau contexte mondial » ? Car en fait, au-delà du thème, c’est bien de perspective africaine de gouvernance qu’il s’agit !

L’on peut d’autant plus se poser ces questions que les évènements de l’année 2011 ont parfois testé la solidité de l’unité de l’Afrique et son aptitude à faire prévaloir ses vues sur certaines questions d’intérêt vital pour le continent, comme on a pu le déplorer. Ces événements ont quelquefois aussi, mis à rude épreuve certains de ses instruments et partant, sa capacité de gestion et de résolution de crises. Enfin, ils ont rappelé l’attention sur les processus mis en oeuvre pour l’avènement d’un avenir meilleur pour l’Afrique et ses populations.

Il s’agit évidemment de consolider l’édifice encore en construction qu’est l’Union africaine. Il s’agit aussi de travailler à la mise en oeuvre effective des engagements pris par nos dirigeants, en termes de gouvernance, de démocratie et de respect des droits de l’Homme ainsi que de lutte contre la corruption. Il s’agit également d’imprimer une plus grande dynamique à l’effort visant à mettre un terme aux conflits et à pérenniser la paix. Il s’agit surtout d’oeuvrer à l’accélération du processus d’intégration. Il s’agit enfin de poursuivre l’action engagée pour que l’Afrique puisse faire entendre sa voix sur la scène internationale et efficacement défendre ses intérêts. Toutes ces questions peuvent chacune faire l’objet d’un débat. Je vais donc essayer de les survoler pour vous permettre de poser ensuite des questions.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Dans la perspective de la réalisation des multiples missions assignées à la Commission, organe exécutif de l’Union africaine, elles ont été regroupées en quatre secteurs principaux d’intervention ou piliers stratégiques sur la base desquels sont établis nos plans et programmes. Il s’agit de paix et sécurité, de développement, intégration et coopération, de valeurs partagées, et enfin de renforcement des capacités institutionnelles et humaines de la Commission ». Jean PING ne s’étendra pas sur le quatrième pilier car il s’agit en fait de renforcer les capacités de la Commission pour remplir les missions assignées par les autres piliers.

« Ces quatre piliers s’articulent autour d’un véritable outil de travail qu’a élaboré la Commission pour une période quadriennale, à savoir le Plan Stratégique 2009-2012, feuille de route de la Commission pour cadrer ses actions dans une démarche de travail fondée principalement sur la subsidiarité et la complémentarité dans ses relations de travail avec les CER (Commissions économiques régionales), les États membres et ses partenaires au développement, sans oublier les principes d’obligation redditionnelle et de transparence ainsi que d’obligation de résultats (RBM) auxquels nous sommes tenus. Notre objectif ultime étant de favoriser l’émergence d’une Afrique à l’abri de la peur et à l’abri du besoin, une Afrique prospère, bien gouvernée, en paix, qui serait dirigée et gérée efficacement par ses propres citoyens et qui représenterait une force créative et dynamique sur la scène internationale. Ce Plan stratégique contribue également à aider les États membres de l’UA à se rapprocher le plus possible de la plupart des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Il représente enfin, un instrument de renforcement de cohésion, de solidarité et d’unité de l’Afrique.

 Le premier pilier stratégique ou Paix et sécurité

L’Afrique, dont nous cherchons l’intégration pour en faciliter l’unification et l’unité est un continent qui a été terriblement éprouvé par des conflits. En effet, au lendemain de la chute du mur de Berlin particulièrement, alors qu’un nouvel ordre mondial marqué par l’instauration de la démocratie s’instaurait, le continent africain connaissait subitement l’émergence d’un désordre quasi généralisé, dû à la multiplication et à l’intensification de conflits d’un nouveau genre. De nombreux pays membres de l’Union africaine sont passés par l’épreuve de ces conflits armés et violents dont certains ont profondément interpellé la conscience de la communauté internationale. Pensez donc ! En moins d’un quart de siècle, près d’une vingtaine de conflits, internes pour la plupart ont fait de notre continent celui qui comptait le plus grand nombre de morts dont 5 millions en RDC et 1 million après le génocide au Rwanda, (près de la moitié de ceux résultant de conflits dans le monde); c’est également celui où l’on a recensé le nombre le plus élevé de réfugiés soit près de 3 millions sur les 10,5 millions répertoriés mondialement en 2009, sans oublier ceux qui sont handicapés ou traumatisés à vie, générale- ment des femmes et des enfants à cause directement et indirectement de conflits armés.

Cette situation d’une Afrique dévastée par les conflits a profondément marqué l’agenda et la vision de l’Union africaine. Soucieuse d’instaurer un environnement sociopolitique plus stable et plus favorable au développement économique et social de l’Afrique, l’Union africaine s’est appliquée non seulement à créer les conditions du rétablissement de la paix là où elle est menacée, mais aussi celles de sa consolidation, de l’instauration de la sécurité, et de la stabilité considérées comme des conditions sine qua non d’un développement durable. C’est ainsi que l’UA a très tôt entrepris la formulation d’une approche globale dans la gestion des questions de paix et de sécurité sur le continent. Cette approche a consisté à doter le continent des organes politiques et des instruments techniques pertinents regroupés sous l’appellation « Architecture continentale de paix et de sécurité » ou APSA.

L’APSA repose sur le Conseil de paix et sécurité, le Groupe des sages, le système continental d’alerte rapide, la Force africaine en attente (FAA), le Fonds pour la paix et la coopération avec les Mécanismes régionaux de prévention, de gestion et de règlement des conflits liés avec l’UA par un Mémorandum d’entente. Toutes ces composantes à l’exception de la FAA, sont pleinement opérationnelles. La FAA, véritable colonne vertébrale de l’Architecture et dont le mandat couvre tout le champ de la gestion des crises, de la prévention des conflits à la consolidation de la paix, en passant par leur règlement le sera à l’horizon 2015 ». J. Ping précise qu’aucun continent, pas même les Nations Unies, ne dispose d’un tel dispositif.

« Je voudrais aussi rappeler que l’UA n’a souvent pas attendu la conclusion d’un accord de cessez-le-feu entre belligérants, (comme c’est souvent le cas pour les Nations unies) pour intervenir en vue de créer une dynamique visant à faciliter un processus de paix. La Mission conduite par l'UA au Darfour ou «The African Union Mission in Sudan» (AMIS), entre 2004 et 2007, avant que le relais ne soit pris par l’Opération hybride UA/Nations unies, et l'Opération en cours en Somalie avec l’AMISOM, sont deux exemples récents qui témoignent de cette volonté politique et de cette détermination de l’UA. Il convient aussi de souligner que l’AMISOM est une force multinationale totalement africaine dont les effectifs en personnel vont atteindre 17 731 hommes. Ces opérations ont été conçues comme des outils pouvant précisément aider à enclencher une dynamique favorable à l’émergence d’un processus de paix dont la consolidation requiert patience et persévérance.

De même, l’UA est intervenue au Burundi dans des circonstances d’incertitude et de risques, après la signature des Accords d’Arusha de 2002, alors même que le mouvement armé le plus important de l’époque ne s’était pas associé à ces Accords. La Mission de l’UA au Burundi (MIAB) a grandement contribué à la stabilisation de la situation et, par sa présence, facilité le déploiement subséquent d’une Opération des Nations unies. En outre, la libération de l’ile comorienne d’Anjouan, en 2008, d’un régime illégal et sécessionniste s’est réalisée, à l’initiative de l’UA, l’Opération armée Démocratie pour les Comores, dans des conditions remarquables au moyen d’une action militaire menée par deux contingents fournis par deux de ses États membres, le Soudan et la Tanzanie. Enfin, il convient de rappeler que ce sont des contingents africains, déployés par l’organisation continentale d’alors (l’OUA) qui avaient permis de préparer le déploiement de la Mission des Nations unies au Congo (MONUC), après la signature de l’Accord de Lusaka, en juillet 1999.

Les faits de l’histoire récente, et en cours, ont prouvé que l’appropriation par l’Afrique du processus de règlement des conflits et des crises sur le continent comporte une valeur ajoutée indéniable dont pourraient profiter toutes les Parties à un processus de paix et ceux qui les accompagnent. C’est dans ce contexte qu’il convient de relever en le soulignant les dangers d’une méconnaissance de ce rôle spécifique qui devrait être dévolu à l’UA dans le règlement des conflits et des crises sur le continent. Il en a ainsi été de l’incompréhension qu’a connue l’approche de l’UA visant à trouver une solution à la crise en Libye, de la part de nombre de ses partenaires internationaux, y compris les Nations unies. La Feuille de route de l’UA pour la mise en oeuvre de laquelle notre organisation a demandé en vain l’accompagnement de la communauté internationale est plus actuelle que jamais, et ce, au regard de la stabilité à long terme de la Libye, de la réalisation des aspirations légitimes de son peuple, et de la paix, de la sécurité et de la stabilité de l’ensemble de la région ». Le président J. Ping dit avoir attiré à plusieurs reprises l’attention de ses partenaires. Il est allé à Washington, à Londres, à Bruxelles, partout pour présenter sa feuille de route et on a ignoré les préoccupations du continent et ce qui était prévisible qu’il arriverait au Mali. Mais quelqu’un a dit que les grandes nations occidentales réagissent en fonction des états d’âme de leurs opinions et du chauvinisme de leurs médias, souligne-t-il en intitulant l’année 2011 « Eclipse sur l’Afrique».

« Aujourd’hui, il convient de se féliciter de l’évolution globalement positive de la situation d’ensemble de l’état de paix et de sécurité en Afrique. L’Angola, le Burundi, le Congo, la République Centrafricaine, le Liberia, le Rwanda, la Sierra Leone, le Tchad et les Comores, pour ne citer que quelques exemples, témoignent de cette dynamique encourageante qui se traduit par des progrès notables dans le règlement des conflits, dans les processus de consolidation de paix et dans les processus de sortie de crise sur le continent. Je peux affirmer qu’il ne reste pratiquement plus que deux conflits majeurs en Afrique, en Somalie et au Soudan ». La crise du Mali vient de compliquer cette situation, ajoute J. Ping.

Il est clair que, malgré les efforts ainsi déployés, nous restons confrontés à de nombreux et graves défis parmi lesquels je relèverais le terrorisme, la drogue, les trafics en tout genre et la piraterie. Concernant précisément le phénomène de la piraterie, devenu un commerce florissant et propulsé dans l’actualité en raison de sa recrudescence depuis 2008 et au coeur des préoccupations de la communauté internationale pour ses effets dramatiques, la Commission a pu finaliser une Stratégie Africaine Intégrale pour les Mers et les Océans - horizon 2050, plus connue sous son appellation anglaise « Africa’s Integrated Maritime Strategy » ou « Twenty-Fifty AIM Strategy ». Axée sur la création de richesses, cette stratégie, pilotée de bout en bout par des experts africains, pose les bases de l’émergence d’une pensée géostratégique et géopolitique sur la problématique des enjeux et défis que nous pose la « maritimité » de notre continent. En effet, s’il est notoire que les potentiels de notre espace maritime sont colossaux, y compris en matière d’exploitation de minerais sousmarins et d’énergies marines, force est de reconnaître que l’Afrique a perdu, durant les cinq dernières décennies, plusieurs centaines de milliards de dollars US, dus entre autres, à la pêche illicite et la surpêche, au trafic illégal de produits pétroliers, et autres crimes environnementaux.

Les contraintes financières, particulièrement en ce qui concerne le déploiement des opérations de soutien à la paix ne doivent pas être occultées. A la différence des Nations unies, l’UA ne dispose pas en effet d’un système de financement prévisible fondé sur des contributions obligatoires pour ses opérations de soutien à la paix. Nous nous en remettons à des contributions volontaires, qui, par leur nature, font peser une grande incertitude sur la conduite des opérations de l’UA ». J. Ping ouvre ici une parenthèse. On oublie souvent la Somalie. En 1993, les Nations unies se sont engagées dans une opération conduite par l’administration du président Bush père. En vertu du principe « zéro mort », il a suffi qu’il y ait un mort pour qu’on laisse le pays à lui-même pendant une vingtaine d’années. L’Union africaine a estimé qu’on ne pouvait pas laisser un tel pays à la dérive et les chefs d’Etat ont pris la décision d’intervenir. Les difficultés ont été grandes pour obtenir les troupes et les financements nécessaires à l’opération. Il a fallu que survienne la piraterie maritime et la menace sur la route principale du pétrole pour que les grandes nations se rendent compte que la sécurité mondiale était menacée. Depuis la conférence de Londres, tout ce qui était demandé a été accepté. J. Ping garantit que la guerre de Somalie sera gagnée et que le pays redeviendra un Etat souverain comme les autres.

►« Le deuxième pilier stratégique ou Valeurs partagées

L’année 2012 a été proclamée Année des Valeurs Partagées. Centrées autour de la démocratie, de la bonne gouvernance et des Droits de l’Homme, celles-ci sont au fondement de notre Union. Des avancées certaines ont été enregistrées dans notre marche vers une bonne gouvernance économique et politique ainsi que vers la démocratie et l’on se rend compte qu’au-delà des défis qui restent posés, la tendance générale est encourageante.

Cela se reflète notamment dans l’établissement du cadre politique comme en témoignent par exemple, la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance qui est entrée en vigueur depuis le 15 février dernier, la Convention de l’Union africaine sur la protection et l’assistance des personnes déplacées en Afrique, la Charte africaine sur les valeurs et les principes du service public et de l’administration et la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption pour ne citer qu’elles, (le continent dispose de plus d’une dizaine de textes normatifs dans le domaine), sans omettre le processus en cours d’élaboration de l’Architecture africaine de gouvernance (AAG) et l’établissement de la Plateforme de gouvernance africaine en tant que mécanisme de coordination sous-jacent de ladite architecture.

Au regard de ce que j’ai pu constater au cours de ces quatre dernières années, et des perspectives souhaitées par les États membres, on sent que d’énormes progrès s’accomplissent dans de nombreux domaines de la bonne gouvernance ; ils comprennent par exemple la diminution de la corruption ainsi que la mise en place de systèmes permettant d’assurer transparence et responsabilité des gouvernements. L’Afrique compte maintenant un plus grand nombre de régimes démocratiques par rapport au début des années 1980, où seulement une poignée de pays étaient acceptés ou reconnus comme tels. Les différents scrutins qui ont eu lieu dans nombre d’États membres au cours de ces dernières années malgré les difficultés et insuffisances qui ont pu être observées ça et là, témoignent de l’enracinement progressif de la démocratie pluraliste sur notre continent ». J. Ping rapporte ici ce qu’ont dit les membres du Congrès américain qu’il a rencontrés : les affrontements armés post-électoraux au Kenya témoignent précisément de l’ancrage de la démocratie dans ce pays. Les populations n’acceptent plus d’être frustrées par les résultats des élections.

« Si la tendance générale est donc positive, il demeure que de nombreux défis se posent encore et que cette marche vers la bonne gouvernance et la démocratie ne se fait pas sans écueil. La plupart de ces problèmes ont pu se refléter dans des violences postélectorales qu’ont connues plusieurs États membres – en moins grand nombre certes – et dans certains changements inconstitutionnels de gouvernement. Sur ce plan, l’UA a su être très ferme dans la défense des valeurs partagées et comme beaucoup peuvent en témoigner, un principe de tolérance zéro est appliqué aux changements anticonstitutionnels de gouvernements. Voyez ce qui s’est passé en Guinée, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire, à Madagascar et au Mali maintenant.

De fait, il faut reconnaître que la construction démocratique est un travail en cours. Elle ne doit jamais être considérée de manière linéaire dans la mesure où les avancées des cinquante dernières années nonobstant les reculs, montrent que sur de nombreux fronts, grâce à notre histoire unique, nous avons accompli de grands progrès, allant plus loin que de nombreuses autres régions du monde. L’UA a en effet sur la question de la gouvernance, des principes et une doctrine qu’aucun autre Continent ni Organisation voire même les Nations Unies ne possède ». A titre d’illustration, J. Ping souligne que lorsqu’il y a eu un coup d’Etat au Honduras, rien n’a été fait car l’Organisation des Etats américains n’a pas le droit d’intervenir. Aucune organisation régionale n’a pu tenter de résoudre les problèmes soulevés par les coups d’Etat survenus en Thaïlande ou aux Fidji. En Afrique ont été mis en place une doctrine, des instruments qui lui permettent d’intervenir directement.

Au sein de l’UA, trois instruments politiques condamnent clairement le changement anticonstitutionnel de pouvoir dans les pays africains, notamment la Déclaration de Lomé sur le cadre de la réaction de l’OUA au changement anticonstitutionnel de gouvernement (Lomé, Togo, juillet 2000), l’Acte constitutif de l’Union africaine (Lomé, Togo, juillet 2000) et la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (Addis-Abeba, Éthiopie, janvier 2007).

Concrètement, dès qu’une crise éclate, le Président de la CUA condamne puis le Conseil de paix et de sécurité se réunit pour suspendre (systématiquement j’allais dire) le pays, examiner la question et décider des mesures à prendre : outre le fait d’exiger le retour de l’ordre constitutionnel, des sanctions ciblées, comme le gel des biens et l’interdiction de voyager, sont imposées contre les auteurs de coups d’Etat dans le but de faciliter la restauration de la gouvernance constitutionnelle et démocratique. Peuvent aussi être envisagés, l’envoi d’une médiation et éventuellement la constitution d’un Groupe international de contact. Ce fut le cas pour les pays comme la Mauritanie, le Tchad, le Niger, la Guinée et c’est encore le cas de Madagascar et récemment, du Mali ». Dans le cas de la Guinée, l’Union africaine a demandé à la Cour pénale internationale d’envoyer une mission. Elle a adressé une centaine de noms à l’ONU et à l’Union Européenne pour que des sanctions soient appliquées en particulier à la suite des évènements du 28 septembre au stade de Conakry.

« Concernant ce qui s’est passé en Afrique du Nord, les soulèvements populaires qui s’y sont déroulé, sont venus souligner, la profondeur et la force des aspirations de nos peuples à la liberté, à la démocratie et à la bonne gouvernance. Les changements intervenus en Tunisie et en Égypte ont été accueillis comme annonciateurs de la nécessité de consolider la démocratie en Afrique. Comme l’a si justement souligné le Conseil de paix et de sécurité [de l’Union Africaine], lors de sa réunion du 26 avril 2011, ils devaient être saisis comme une occasion pour les États membres de renouveler leur engagement en faveur de l’Agenda de l’UA pour la démocratie et la gouvernance et de mettre en oeuvre les réformes socio-économiques qu’appellent les circonstances.

Il nous a fallu à ce sujet faire preuve de créativité en fondant notre action non pas sur une lecture littérale et dogmatique des textes existants mais sur la nécessité de contribuer à la réalisation de l’objectif d’ensemble poursuivi par l’UA, à savoir la consolidation des processus de démocratisation sur le continent. Les décisions prises par notre Conseil de paix et de sécurité dès janvier 2011 s’agissant de la Tunisie et à partir de février pour ce qui est de l’Égypte, en sont une illustration éloquente. Je ne peux alors que me féliciter du fait que l’Union africaine, avec l’ensemble des États membres, dans un esprit de cohésion, de large consensus et de pragmatisme soit parvenue à trouver des solutions idoines pour accompagner de bout en bout, ces deux pays frères vers une transition constitutionnelle et démocratique harmonieuse.

Maintenant si vous le permettez, je voudrais revenir brièvement sur la Libye ; la différence et la difficulté étaient que si le mouvement a commencé comme un peu partout par des manifestations pacifiques qui furent très durement réprimées, ce que l’UA a tout de suite condamné ; mais très vite cela a dégénéré en affrontement fratricide avec, craignait-on à ce moment-là, des risques de partition, de guerre civile et même de « somalisation ». La feuille de route que le CPS a proposée dès le début de la crise, le 10 mars 2011, soit 7 jours avant la décision du Conseil de Sécurité de l’ONU, était claire et précise. Elle prévoyait notamment comme objectif ultime de l’Union, de répondre aux aspirations légitimes du peuple libyen à la démocratie, à l’État de droit, à la bonne gouvernance et au respect des droits humains, je répète, de répondre aux aspirations légitimes du peuple libyen à la démocratie, à l’Etat de droit, à la bonne gouvernance et au respect des droits humains.

Cette feuille de route qui demeure toujours valable aujourd’hui, a été superbement ignorée par la Communauté internationale qui a préféré les bombardements. Dès la fin des hostilités, je me suis rendu non seulement dans tous les pays d’Afrique du Nord, membres de l’UA et dans tous les autres pays voisins de la Libye mais aussi à Tripoli. Le message que j’ai passé était partout le même, à savoir, l’UA entend contribuer avec tous les autres partenaires :

  •  Un, à la consolidation de la Paix, à la stabilisation et à la réconciliation nationale dans le pays, c’est-à-dire en Libye;
  • Deux, à l’amélioration et à la normalisation des relations entre la Libye et tous ses voisins, et même au-delà.

Le troisième pilier stratégique à trois dimensions ou développement, coopération, intégration

Au titre de ce volet, les efforts africains vers les objectifs de coopération, d’unité et d’intégration ont été notamment axés sur les projets phares de l’Union tels qu’ils figurent dans le Plan stratégique 2009-2012. Les réalisations les plus marquantes sont certainement :

  • le lancement de l’Université panafricaine que nous avons initié en 2009 et dont les trois premières facultés ouvriront leurs portes dès l’année académique 2012- 2013,
  • l’appui aux centres d’excellence pour la formation professionnelle,
  •  la création en 2010 du Corps des Jeunes Volontaires de l’Union qui a été opérationnel l’année dernière en 2011 lors du Sommet de Malabo consacré à l’autonomisation de la jeunesse africaine,
  • l’entrée en phase opérationnelle du Programme du développement des Infrastructures en Afrique (PIDA), la mise en oeuvre de la Décision de Yamoussoukro sur le transport aérien, les projets de développement d’inter connectivités aéroportuaire, ferroviaire, maritime et fluvial, les projets d’intégration des réseaux énergétiques et des télécommunications ainsi que des TIC,
  •  le regroupement de trois blocs régionaux en une seule Zone de Libre Echange (Free Trade Area COMESACAE- SADC), un arrangement considéré à juste titre comme précurseur à la réalisation de l’intégration économique totale du Continent. Comme on le sait, les régions concernées constitueront un espace économique englobant 26 pays représentant la moitié des pays membres de l'Union africaine (UA) et un peu plus de 58 % en termes de contribution au PIB et de 57 % de la population totale de l'Union africaine. A rappeler dans ce cadre que l’opérationnalisation d’une Zone de libreéchange continentale (ZLEC) est prévue à l’horizon 2017 et que nos Chefs d’Etat et de Gouvernement ont recommandé que la CEDEAO, la CEEAC et l’UMA fassent un arrangement similaire à celui des 3 blocs susmentionnés,
  • le programme CAADP ou Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA) qui constitue une source de fierté pour l’Union, puisque graduellement, de plus en plus d’Etats membres ont pris les dispositions nécessaires pour mettre en oeuvre le programme conformément aux engagements pris au Sommet de Maputo en juillet 2003,
  • l’adoption du Programme Minimum d’Intégration (PMI) avec un plan d’action, qui seront mis en oeuvre sur trois phases de quatre ans chacune. [Le PMI a pour objectif d’accélérer la mise en oeuvre de l’Agenda de l’intégration en assurant une plus grande harmonie entre les activités mises en oeuvre aux niveaux régional et continental par la Commission de l’Union africaine et les Communautés économiques régionales.]
  • le processus en cours de la mise en place des trois institutions financières panafricaines prévues par l'Acte constitutif de l'Union africaine, à savoir: la Banque centrale africaine, la Banque africaine d'investissement et le Fonds monétaire africain,
  • de nombreuses réalisations dans les domaines social, sanitaire, culturel, scientifique et technologique, comme le programme CARMMA sur la réduction accélérée de la mortalité maternelle, la mise en oeuvre de la Stratégie régionale africaine pour la nutrition, les programme en appui de la mise en oeuvre de l’Appel d’Abuja sur la lutte contre le VIH/SIDA, la Tuberculose, la Malaria et les autres maladies infectieuses, à la population et à la santé reproductive, au développement du sport et à l’encadrement de la Jeunesse, la promotion des droits des personnes vulnérables, etc.

S’agissant particulièrement de l’environnement, nous devons surtout mettre en relief que sur impulsion de l’Union africaine, l’Afrique est allée unie à Copenhague, Mexico, Durban et bientôt Rio+20, pour y parler d’une seule voix. C’est un acquis considérable et vous imaginez bien que cela ne s’est pas fait sans difficulté (voyez l’Europe) mais nous y sommes arrivés et nous comptons bien continuer dans cette voie pour faire la même chose lors d’autres négociations internationales d’intérêt stratégique pour notre continent.

D’ailleurs, il est avéré maintenant que de plus en plus la voix de l’Union africaine se fait entendre et sa place dans le concert des nations est de plus en plus reconnue. C’est normal et logique vous en conviendrez avec moi. En effet, l’Afrique qui compte plus d’un milliard d’habitants, aura également un marché d’1,4 milliard de consommateurs en 2020/2025. Elle dispose en outre de 22 % de la superficie mondiale des terres émergées encore incultes, 30,3 millions de km2, soit dix fois l’Europe, dix fois l’Inde, quatre fois les Etats-Unis d’Amérique et trois fois la Chine et demeure l’un des plus grands réservoirs de matières premières de la planète, sans parler de nos surfaces de terres arables.

Certes me direz-vous, surtout ceux qui connaissent bien le continent ou pour ceux qui y ont quelquefois voyagé, l’Afrique ne jouit encore ni d’une intégration physique et humaine ni d’une harmonisation de ses politiques publiques. Or, à l’unité de l’Afrique sur la scène internationale doit nécessairement correspondre une certaine unité physique du continent pour lever les obstacles constitués par exemple par les 165 frontières qui fragmentent et cloisonnent le potentiel de son énorme marché commun en 54 Etats dont certains ont à peine 100 000 habitants. Et l’Afrique ne peut envisager son développement et son arrimage au train de la mondialisation que si elle s’intègre de manière à constituer une force sur l’arène internationale. C’est tout à fait vrai.

Mais il est vrai aussi qu’une nouvelle géographie de la croissance est en train de se dessiner et un consensus de plus en plus large se dégage sur le décollage économique que l'Afrique est sur le point d'opérer et sur le fait qu'elle pourrait devenir dans un proche avenir, l’une des locomotives qui tirera la croissance mondiale.

Cette conviction procède essentiellement de certains facteurs : des ressources naturelles abondantes, une forte croissance démographique et une population jeune, un environnement macro-économique global amélioré, des réformes institutionnelles stratégiques opportunes, une gouvernance et un climat des affaires en progrès dans bon nombre de pays et l’augmentation de l’IDE ces dernières années.

Dans ce cadre, malgré une conjoncture internationale difficile, marquée par de nombreuses crises dont une crise économique mondiale aiguë, il faut relever la forte capacité de réaction des pays africains dont les économies ont bien résisté à la crise, amorçant même une reprise en 2010. Ainsi, sur les quinze économies ayant la croissance la plus rapide dans le monde d'aujourd'hui par exemple, dix se trouvent en Afrique. L'Afrique en outre, est en voie de devenir de plus en plus attractive pour les investissements et une destination sûre pour les capitaux internationaux. Les investissements directs étrangers en Afrique ont augmenté, passant de 9 milliards de dollars en 2000 à 62 milliards de dollars en 2009 et devraient maintenir cette progression dans le futur proche. Les investissements de portefeuille ont également été vigoureux, et ont atteint 22 milliards de dollars en 2010.

Plus réconfortant encore, cette croissance ne se limite pas aux pays riches en ressources naturelles; de nombreux autres pays africains qui ne possèdent ni pétrole ni ressources minérales, connaissent également une forte croissance. La composition et la destination des exportations sediversifient de plus en plus : en 2009, les produits manufacturés ont représenté respectivement 10 % et 27 % des exportations africaines vers la Chine et la Corée du Sud. Libérer le potentiel économique de l’Afrique s’avère donc non seulement à notre portée mais constitue aussi un devoir que nous Africains, avons l’obligation de réaliser afin de générer les ressources nécessaires au financement du développement du continent et à l’éradication de la pauvreté. Comment y parvenir, comment procéder d’autant plus que les taux de croissance en hausse ne se traduisent pas toujours par un développement humain durable. La croissance par exemple n’a pas encore donné lieu à une forte création d’emplois ni à une réduction de la pauvreté.

Tout en soulignant alors la place centrale que tient le renforcement des Infrastructures au coeur de l’Agenda de l’intégration continentale, avec toutes les mesures prises à cet effet, j’ajouterais que c’est aussi le moment pour l’Afrique de conforter son choix pour l’économie verte, afin de garantir un développement durable, eu égard notamment au réchauffement climatique qui ne laisse plus aucun choix à l’agriculture africaine. Nos richesses en énergie renouvelable (hydroélectrique, éolienne et solaire), pourraient constituer un levier important pour notre développement économique, notamment en ce qui concerne toujours la création d’emplois, la lutte contre la pauvreté et la famine.

Sur un autre registre, les chiffres réalisés bien qu’élevés, demeurent inférieurs à la croissance moyenne de 7 % jugée nécessaire pour atteindre les OMD. Nous devrons donc mettre les bouchées doubles pour renforcer et accélérer davantage une croissance plus durable et plus inclusive. Dans cette voie, il est clair que le continent fait face à un certain nombre d’obstacles et de contraintes exigeant des mesures urgentes, résolues et concertées à de nombreux égards, comme par exemple assurer la stabilité politique, réduire les crises politiques, promouvoir un climat des investissements attractif, développer le capital humain et les infrastructures, renforcer la sécurité alimentaire, augmenter la productivité agricole, le tout dans une dynamique d’intégration régionale en favorisant notamment l’essor du commerce intra-africain. C’est d’ailleurs dans ce sens que s’inscrit le thème central de nos assises statutaires de cette année, à savoir, « le commerce, en particulier intra-africain », au vu des opportunités considérables d’échanges transfrontaliers de produits alimentaires, produits manufacturés de base et services qui demeurent inexploitées en Afrique et qui lui feraient gagner des milliards de dollars de revenus.

Nous devons tenir compte également du fait que la crise financière mondiale a compromis la fiabilité de certaines sources de financement extérieures. En outre, la croissance économique du continent s’est nettement ralentie en 2011, s’établissant à 2,7 % contre plus de 5 % en 2010, en raison principalement de l’intensité et de la persistance de la crise sociale et politique dans certains pays d’Afrique du Nord suite à la révolution arabe. Mais la croissance économique pourrait reprendre fortement en 2012, pour autant que la stabilité politique revienne en Afrique du Nord et que l’économie mondiale sorte du ralentissement actuel et de la crise de la dette.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Après cette revue de quelques points saillants des trois piliers du Plan Stratégique quadriennal à travers lequel l’Union Africaine par le biais de sa Commission cultive, promeut et développe l’intégration, le développement, l’unité, la solidarité et l’identité africaines, permettez-moi de conclure mon intervention par les quelques réflexions ci-après :

Notre débat de ce soir se situe entre trois Sommets très importants au regard de la gouvernance mondiale: celui du G8 qui s’est tenu à Camp David les 18 et 19 mai dernier, celui du G20 qui aura lieu à Mexico, les 18 et 19 de ce mois de juin et enfin celui de Rio+20 annoncé du 20 au 22 de ce même mois. Vous savez certainement que depuis quelques années, l’Afrique est invitée régulièrement aux Sommets du G8 et du G20. Nous ne pouvons que nous en féliciter. Mais là où le bât blesse c’est que jusqu’à maintenant, l’Afrique n’est pas toujours membre de plein droit de ces Instances. Quand on nous consulte au G8, nous sommes simplement invités à nous exprimer lors d’une session de deux heures. Quant au G20, c’est tout juste si on considère l’Afrique, pourtant un continent fort de 54 Etats, avec tout ce qu’elle représente maintenant et ses potentialités : on nous y concède un strapontin et encore !

Au nom de quel principe l’Afrique doit-elle être exclue d’instances qui débattent du sort et de l’avenir de ce grand village planétaire qu’est la terre? Comment concevoir par ces temps qu’un tel continent ne soit pas consulté, entendu ni écouté et ne fasse pas partie ni des membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies ni du G8 ni du G20 qui sont devenus maintenant les sphères de décisions mondiales ? En fait, le traitement des affaires du monde se déplace de plus en plus du Conseil de Sécurité vers le G8 et le G20; or l’Afrique ne fait partie ni du G8 ni du G20, encore moins du Conseil de sécurité des Nations Unies à titre permanent avec les prérogatives que cela suppose ! Alors que l’Union européenne en est membre, à côté de 5 pays européens que sont l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et la Russie. A ce jour, pour certains, l’Afrique s’apparente encore plus à un objet de préoccupation qu’à un acteur dans la conduite des affaires mondiales, y compris celles qui la concernent au premier chef !

Or, les mutations survenues dans le monde et la conjoncture mondiale commandent que l’Afrique ait voix au chapitre pour donner au moins sa vision d’une situation qui l’affecte aussi. Elle ne doit pas simplement avoir à supporter des réformes qui viendraient à être prises sans qu’elle ait voix au chapitre ou pire, comme c’est toujours le cas, à son détriment. N’étant plus le continent déclassé géopolitiquement que les Afropessimistes persistent à considérer comme une cause perdue, l’Afrique, désireuse de participer effectivement à toutes les négociations internationales pour l’élaboration des règles de gouvernance économique mondiale et l’amélioration légitime de la représentation des pays africains dans les institutions Internationales comme le FMI et la Banque Mondiale, le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Pour ma part, je dirais que dans un monde qui a abordé un tournant capital et décisif de son histoire et à l’occasion de la redistribution des cartes dans la compétition multipolaire pour l’exercice de la puissance sur le plan international, compétition issue des bouleversements de la hiérarchie mondiale avec notamment l’arrivée des pays émergents, l’Afrique au regard de ses immenses atouts et aussi des enseignements tirés de ses erreurs passées, peut légitimement s’inscrire dans la durée dans ce reclassement stratégique. Il s’agit alors de renforcer la crédibilité et la légitimité de la gouvernance mondiale sur la base des données réactualisées. Acteur d’un échiquier planétaire en profonde reconfiguration, l’Afrique se cherche, se construit tout en affirmant désormais son identité et doit raison garder, au coeur de toutes les grandes manoeuvres tissées dans l’arène mondiale. Malgré la gageure, je reste optimiste car l’Afrique a su jeter des bases solides et représentera sûrement dans toute sa diversité culturelle et dans toutes ses potentialités, le plus grand chantier du monde, voire une locomotive mondiale. A juste titre, quelqu’un avait dit et j’emprunte ses paroles : « un nouveau train quitte la gare en Afrique (…) et nous ferions bien de monter à son bord ou il partira sans nous ».

Je vous remercie de votre attention ».◘

Dr Jean Ping

Echanges

Henri Senghor, ambassadeur honoraire et administrateur de la CADE
Henri Senghor, ambassadeur honoraire et administrateur de la CADE

Jean-Loïc Baudet remercie le président Jean Ping de son exposé qui éveillera chez les auditeurs beaucoup d’échos. Il le remercie en particulier d’avoir consacré la priorité, dans son discours, au problème de la paix et de la sécurité d’abord, et à celui des valeurs partagées ensuite. Ce sont deux aspects que l’on connaît sans doute moins bien. Si on faisait un retour 20 ans en arrière, à l’heure de l’OUA, on serait tout à fait déphasé par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. Car à l’heure actuelle, au sein de l’Union Africaine, les pays partagent leur histoire et se sont donnés les moyens d’intervenir pour éviter des situations préjudiciables non seulement à la société dans son contexte politique, mais aussi à son développement. On voit maintenant que la communauté internationale fait confiance à l’Union africaine pour régler les problèmes politiques, et c’est souvent en s’appuyant sur l’Union africaine que l’Union européenne ou les pays américains cherchent à intervenir en Afrique non pas avec les moyens qu’on se donnait il y a 20 ans, mais en donnant les moyens à l’Union africaine. C’est la reconnaissance du poids que prend l’UA dans le règlement des problèmes intraafricains. Le président J. Ping faisait ressortir les atouts qui sont grands du potentiel africain. Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, l’Afrique ne représente que 3 % du commerce mondial. Mais la croissance africaine fait naître beaucoup d’espoirs dans les pays occidentaux qui connaissent, eux, une faible croissance. On est dans une phase qui va faire émerger petit à petit l’Afrique comme un interlocuteur qui a sa voix à faire entendre dans le concert des nations, en particulier très prochainement à l’occasion du sommet Rio+20, sur la biodiversité et le changement climatique.

Henri Senghor, ambassadeur honoraire et administrateur de la CADE, qui a été une des chevilles ouvrières de cette rencontre, pose quelques questions d’ordre politique au président J. Ping.

Quels sont les éléments de souveraineté que les Etats africains délèguent en totalité ou en partie à l’Union africaine et quelle est la limite du droit d’ingérence de l’UA dans les affaires intérieures des Etats membres ?

Jean Ping répond qu’il existe la charte de l’UA qui stipule dans son article 4 un certain nombre de principes. L’un d’eux affirme la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats. Il est aussitôt atténué par un autre article qui indique en particulier qu’en cas de génocide, de crime contre l’humanité, de crime de guerre, l’UA a le droit d’intervenir sans autorisation de l’Etat concerné. C’est un transfert important de souveraineté vers l’UA. Alors que dans le reste du monde, les organisations régionales sont impuissantes à intervenir en cas de coup d’Etat, sauf si l’Etat concerné en fait la demande, en Afrique, l’intervention de l’UA est automatique, le Conseil de sécurité et de paix suspend le pays, qui est appelé à restaurer l’ordre constitutionnel. C’est par exemple ce qui s’est passé en Guinée qui n’avait pratiquement jamais connu d’élection démocratique depuis son indépendance et qui a élu pour la première fois démocratiquement son président. L’UA travaille avec les organisations sous-régionales : CDAO, Ligue arabe (dans le cas de la Mauritanie), la SADEC (dans le cas de Madagascar). Seule, Madagascar n’a pu revenir, après trois ans de discussions, à l’ordre constitutionnel. J. Ping raconte que lorsqu’il est allé en Mauritanie après le coup d’Etat, il s’est fait chahuter, la population lui demandant ce qu’il venait faire dans un Etat souverain. Il a fait comprendre aux contestataires qu’il ne faisait qu’exercer les prérogatives qui sont celles du président de la Commission.

Que pouvez-vous nous dire de l’évolution des régimes politiques des pays africains de l’espace francophone, comparée à celles des pays africains anglophones, lusophones, araboberbères?

J. Ping répond qu’il n’est pas simple de comparer ces régimes. Chacun a élaboré sa constitution en s’inspirant de celle de son ancienne métropole. Aujourd’hui, la constitution kenyane s’inspire davantage de celle des Etats- Unis que de celle du Royaume-Uni ; elle est de celles qui suscitent le plus d’espoirs, mais son application n’est pas facile. Il est à noter que les conférences nationales des années 90 ne se sont déroulées que dans les pays francophones. A la suite de sa conférence nationale, le Bénin a mis en place un régime que l’on considère comme celui où la démocratie semble la plus avancée. D’autres pays, en revanche ont connu des avancées et des reculs. En RDC, les problèmes sont nombreux et démontrent qu’il ne suffit pas d’organiser des élections pluralistes pour instaurer la démocratie. La tendance est que l’organisation des élections pluralistes est de plus en plus perfectionnée permettant à chaque candidat d’avoir des résultats incontestables. L’évolution démocratique des pays arabes a été plus tardive qu’en Afrique subsaharienne ; mais la récente vague des printemps arabes va plus loin que ce qui y a été constaté dans les années 90. Une petite poignée de pays anglophones étaient considérés depuis toujours comme démocratiques (Afrique du Sud, Botswana). Les pays lusophones tels que le Cap-Vert, São Tomé, ont eu des expériences vraiment démocratiques malgré les coups d’état à São Tomé, mais l’alternance y a été préservée.

La longue marche de l’Afrique vers la démocratie ne saurait se réduire au seul multipartisme et à la tenue d’élections libres et transparentes impliquant tous les courants politiques. Ne convient-il pas, pour assurer le bon fonctionnement de la démocratie que les pays du continent définissent clairement le statut et les moyens donnés à l’opposition, c’est-à-dire aux minorités politiques qui s’organisent souvent sur une base ethnique ou religieuse, ce qui pose problème dans le débat politique ?

Il existe traditionnellement en Angleterre un statut de l’opposition. Celui-ci tend à diffuser en Afrique anglophone où l’opposition est associée à la gestion des instruments de la transition (comme au Kenya et au Zimbabwe). C’est moins évident dans les pays francophones (il n’y a pas de statut de l’opposition en France). L’organisation de partis minoritaires sur une base ethnique est un problème grave dont les chefs de partis ont conscience. Mais, selon J. Ping, les choses vont et doivent changer. Il cite un contre-exemple qui est celui de la Somalie où il n’existe qu’une seule ethnie mais où l’opposition devient clanique. Concernant l’intrusion de la religion dans la politique, les régimes islamiques d’Afrique subsaharienne sont modérés. Ils sont davantage issus du soufisme que des traditions radicales des chiites. Au Sénégal, le président Senghor, catholique, a pu diriger sans problème ce pays à majorité musulmane. Au Gabon, le président musulman dirige le pays où les musulmans sont très minoritaires, ce qui ne pose pas de problème particulier. Pour J. Ping, la tolérance en matière de religion est reconnue alors qu’au Moyen-Orient la question religieuse est source de haine et de grandes ruptures en matière de gouvernance.

Une réflexion est-elle en cours, en Afrique, concernant le respect de la limitation du nombre de mandats électifs ? Comment interpréter l’irruption d’un islamisme radical dans les pays du Sahel ? Il semble que les évènements qui s’y déroulent actuellement risquent de remettre en question les caractéristiques de l’Islam noir. Un large débat est souhaité par certains intellectuels pour définir ses caractéristiques propres.

La réflexion sur la limitation du nombre de mandats est au coeur des préoccupations de l’UA. La charte africaine de la démocratie et de la gouvernance qui vient d’être ratifiée le prévoyait mais cette disposition a été retirée du texte définitif. Après tout, cette limitation n’existe pas en Europe, sauf en France. En Afrique, la limitation du nombre de mandats s’inscrit progressivement dans les constitutions et de plus, le peuple tend systématiquement à les limiter. Quant à la question religieuse, J. Ping la retourne malicieusement à H. Senghor dont les compétences sur le sujet sont reconnues.

J.-L. Baudet pose à son tour une question d’ordre économique au président J. Ping :

Les pays africains ont fait le choix de construire l’Union à partir de communautés économiques régionales, et le chemin aussi bien que les institutions s’inspirent de la construction de l’Union européenne. Il y a, vous l’avez fait remarquer, des instruments originaux dans l’Union africaine sur le terrain politique, et sur le terrain économique, il y a deux outils qui paraissent importants sur lesquels je souhaiterais que vous vous exprimiez : le NEPAD, d’un côté, et la BAD, de l’autre qui sont tous les deux dans l’orbite de l’UA. Comment envisagez-vous leur avenir et leur part dans la construction de l’Union africaine ?

Jean Ping répond qu’il est vrai que l’on a essayé de calquer la construction de l’UA sur celle de l’UE. Mais il y a deux écoles. Il y a celle qui préconise de construire l’Union à partir de la base, donc à partir des organisations économiques régionales. A l’inverse, il y a celle qui estime qu’il faut la construire en partant du sommet, à partir d’un gouvernement central, étape décisive vers des Etats- Unis d’Afrique. Ces deux écoles qui s’affrontent ne paraissent pas à J. Ping totalement contradictoires. Ces deux approches sont présentes, même si le principal défenseur de la seconde, le colonel Kadhafi, n’est plus là pour la défendre.

S’agissant du NEPAD, celui-ci vient d’abord d’une initiative du président Mbeki d’Afrique du Sud, intitulée Renaissance africaine qui supposait un certain nombre de conditions, comme la bonne gouvernance, la démocratie. Le président Wade, du Sénégal, s’est à son tour impliqué et a souhaité ajouter une approche économique. Ces deux approches complémentaires ont fusionné et le NEPAD a été créé avec cinq pères fondateurs : Algérie, Egypte, Nigeria, Afrique du Sud et Sénégal. Mais le NEPAD qui concurrençait l’UA a été totalement intégré à cette dernière, devenant une sorte d’agence destinée à mettre en oeuvre la politique économique du continent. C’est le président de la Commission qui nomme son directeur.La BAD est une organisation totalement indépendante. C’est une banque d’investissement créée à l’image des autres banques d’investissement dans le monde, avec une forte impulsion de la Banque mondiale. Son capital appartient pour moitié au continent et pour moitié à des bailleurs de fonds internationaux qui siègent dans ses instances. L’UA travaille avec la BAD pour financer les investissements et la coopération marche très bien.

La parole est donnée à la salle pour poser d’autres questions.

L’Agence Française de Développement (AFD) lors d’une assemblée récente, a décidé de mettre en place de nouvelles conditionnalités pour l’aide au développement. Il s’agit d’inscrire l’évaluation des projets en direction de l’Afrique dans les demandes de financement. Le même intervenant fait par ailleurs une suggestion : inscrire dans l’agenda de l’UA la transparence électorale comme une priorité. Pour cet intervenant, l’UA est une union intergouvernementale et non l’union des peuples et ces derniers doivent pouvoir s’exprimer librement lors d’élections transparentes, ce qui donnera une légitimité aux chefs d’Etat et aux commissaires de l’UA qu’ils nomment.

J. Ping convient que la transparence est indispensable pour que les élections soient crédibles. La gouvernance continentale africaine repose sur l’exécutif qu’est la Commission. Une forme de légitimité pourrait être introduite au parlement panafricain comme pour le parlement européen mais à condition qu’il ait les mêmes droits ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. L’UA a en sus du parlement un organe judiciaire, la cour des peuples, la cour des droits de l’Homme qui est un organe indépendant. Il lui manque une cour criminelle qui est en cours d’introduction. Pour ce qui est de l’évaluation, il est normal qu’un organisme qui octroie des crédits soit en capacité d’évaluer les projets.

Une intervenante intervient sur la crise institutionnelle qui prévaut en Guinée Bissau après l’assassinat en 2009 du président de la République. Quelle est la position de l’UA sur ce sujet ?

La situation en Guinée Bissau est complexe, convient J. Ping. La drogue semble avoir infesté tous les rouages politiques du pays et les îles sont plus ou moins sous le contrôle des mafias tout comme l’armée. La conséquence a été l’assassinat sauvage du président Vieira. On a commencé à se pencher sur cette grave situation en réformant l’armée qui est issue de la guérilla. Mais cette réforme n’a pu à ce jour être opérée.

Quel est l’état d’avancement des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) à l’horizon 2015 ? Quelles sont les vraies perspectives des relations entre la Chine et l’Afrique ? Quelles solutions pour un retour à l’ordre constitutionnel au Mali ?

Nous serons loin, en 2015, d’avoir atteint les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Certains pays l’ont atteint, d’autres pas. Sur les relations entre la Chine et l’Afrique, J. Ping rappelle que ce sont les Européens qui ont développé la Chine en y investissant massivement. A l’époque de l’afropessimisme, l’Afrique n’était pas attractive. Des compagnies françaises créées en Chine viennent maintenant investir au Gabon. Un pays comme Singapour recevait à lui seul plus d’investissements directs étrangers que l’ensemble du continent africain, Afrique du Sud exceptée. Aujourd’hui, les investissements chinois sont plus importants en Europe qu’en Afrique. Il y a aujourd’hui des pays qui ont des surplus d’épargne : Inde, Chine, Corée du Sud, pays du Golfe. Le G20 réuni en Corée avait recommandé que ces surplus servent aux pays qui ont des besoins en investissements (Europe, Afrique). Le président de la Commission de l’UA fait campagne pour attirer en Afrique ces investissements.

La situation du Mali est extrêmement complexe. L’UA sait faire face au coup d’Etat et l’a condamné et a appuyé les sanctions décidées par la CDAO ; par contre, la situation au nord du pays est plus compliquée, entre la rébellion qui réclame l’indépendance de l’Azawad et les différents mouvements salafistes qui réclament un khalifat et l’application de la charia. Une réunion est prochainement prévue en Côte d’Ivoire avec la CDAO et les pays du champ : Algérie, Mauritanie, Niger, Mali plus la Libye d’où proviennent les Touareg qui étaient intégrés dans l’armée de Kadhafi et qui ont compliqué la situation. Les solutions seront à trouver entre chefs d’Etat, le Conseil de sécurité et l’Union européenne car on est face à des problèmes de terrorisme de portée internationale.

Une intervenante dénonce, au nom de la diaspora, les comptes bancaires et les résidences luxueuses que certains présidents, ministres et hauts fonctionnaires s’autorisent hors du continent. Présidente de la Coordination du fondement de la nouvelle constitution du Mali, elle s’indigne que l’Assemblée Nationale du Mali ait voté une révision constitutionnelle sans consultation de la base au nom d’une gestion consensuelle. Car le Mali est en effet un pays de consensus où les diversités ethniques et religieuses vivent en harmonie.

J. Ping indique à cette intervenante que le sommet de la diaspora qui s’est tenu il y a quelques jours en Afrique du Sud et qui était préparé depuis sept années, était, pour la diaspora, une occasion de s’exprimer. En ce qui concerne les comptes bancaires des chefs d’Etat en Europe, il considère que l’anonymat bancaire transforme certains pays en receleurs. Mais cette situation est en train d’évoluer et de plus en plus, les fonds déposés en banque dont on ne connait pas l’origine sont refusés.

Le président de la CADE clôt cette séance en remerciant le président Jean Ping de sa brillante prestation et en lui garantissant que ses efforts pour la paix en Afrique seront suivis avec beaucoup d’intérêt.■

Philippe Mathieu