1. « Etre une femme africaine aujourd'hui »

Cycle I: « Femmes, genre, familles et lien social. Représentations et réalité »

Rencontre-débat du 20 octobre 2011

Présentation

De gauche à droite : O. Kouyaté, C. Lasserre-Rasoazanamanana, O. Merckling et N. Diarra © CADE
De gauche à droite : O. Kouyaté, C. Lasserre-Rasoazanamanana, O. Merckling et N. Diarra © CADE

Après un mot de bienvenue, Jean- Loïc Baudet, président de la CADE, introduit ce nouveau cycle de rencontres-débats : « Femmes, genre, familles et lien social. Représentations et réalité ». Cycle ambitieux, attendu, et non traité depuis longtemps, il devrait, sur six rencontres en deux ans, donner toute sa place à l'importance des femmes africaines et au rôle stratégique, souvent négligé ou trop peu visible, qu'elles jouent dans leurs sociétés, aussi bien dans la sphère privée que dans la sphère publique.

Cette première rencontre est organisée en deux temps :

Une première partie présentera des travaux de recherche universitaire et sera animée par Claudie Lasserre-Rasoazanamanana, secrétaire générale de la CADE.

Intervenantes : Oumou Kouyaté, chercheur en anthropologie à l'EHESS, présidente du Collectif des Ivoiriens de France pour la Démocratie et les Droits Humains (CIFDDH) et Odile Merckling, écrivaine, chercheur, socio-économiste, qui a participé aux travaux de plusieurs laboratoires de recherches sur les thèmes du travail, des migrations et du genre. Elle est membre du Collectif national pour le droit des femmes.

Une deuxième partie présentera des témoignages de femmes africaines vivant en France et engagées dans la vie associative, et sera animée par Niamoye Diarra, présidente de l'association AFIC/ Coparents Diaspora et administratrice de la CADE. Intervenantes : Bintou Diop, association Afrique O’Douze, Maba Tandia, militante féministe, interprèteexpert judiciaire, Mame Lissa Guèye, association Papa Guèye Fall-Balago.

Première partie : exposés

Claudie Lasserre-Rasoazanamanana © CADE
Claudie Lasserre-Rasoazanamanana © CADE

En ouverture à ce grand cycle consacré au rôle des femmes, Claudie Lasserre-Rasoazanamanana rappelle que le 7 octobre dernier, le prix Nobel de la Paix 2011 a été décerné à trois femmes dont deux Africaines, pour leur rôle dans la lutte nonviolente pour la sécurité et le droit des femmes. Les deux lauréates africaines sont Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia depuis 2005 et sa compatriote libérienne Leymah Gbowee, activiste non-violente, dont les actions ont contribué à mettre fin aux guerres civiles qui ont ravagé le pays entre 1989 et 2003. Avec elles, c'est la Yéménite Tawakkul Karman qui a aussi été récompensée par le comité Nobel1. L'attribution de ce prix prestigieux, marque d'une reconnaissance mondiale, est un événement très fort pour toutes les femmes d'Afrique.

Alors aujourd'hui, être une femme africaine, est-ce synonyme de fierté ? de responsabilité ? de combat ? Et quelles sont, en même temps, les aspirations ou les frustrations? C'est ce que le tableau que vont tenter de brosser les intervenantes de cette soirée devrait éclairer.

Un exemple : la Côte d'Ivoire

Oumou Kouyaté, Ivoirienne, ouvre sa communication par des remerciements et un hommage : des remerciements à la CADE, qui donne la parole à « la majorité silencieuse » des femmes, un long hommage à sa mère, ses tantes, ses soeurs, et à toutes ces femmes de son entourage ou de son quartier, porteuses de tant d'énergie, qui ont pu être brimées pour la plupart d'entre elles dans leur quotidien, par une puissance masculine ou coloniale leur déniant leurs droits.

Les Ivoiriennes à l'épreuve de leurs émancipations : parcours historique

Oumou Kouyaté © CADE
Oumou Kouyaté © CADE

Son exposé « Les Ivoiriennes à l'épreuve de leurs émancipations » nous propose de suivre un fil historique : l'ère précoloniale et coloniale, la période « mono-partiste » sous la présidence d'Houphouët- Boigny, entre royauté et conservatisme du pouvoir, et aujourd'hui, acquis et perspectives : que reste-t-il à conquérir, l'émancipation est-elle toujours d'actualité ?

La Côte d'Ivoire a été créée par la colonisation à la fin du XIXe siècle. A l'ère précoloniale, elle était constituée de royaumes, chefferies, unités politiques composites relativement autonomes les unes des autres. Son statut de colonie, décrété en 1893, a impliqué l'apprentissage d'une unité, d'une culture commune. Mais qu'en était-il auparavant ?

Volontairement O. Kouyaté va focaliser son propos sur la région Sud de la Côte d'Ivoire, région qui, selon l'histoire légendaire, a été peu à peu conquise après des querelles successorales par la Reine Abla Pokou, du groupe Akan, venue du Ghana voisin, et qui a importé avec elle la tradition du matriarcat : elle rappelle que par conséquent, les Ivoiriens du Sud, au même titre que leurs voisins Ghanéens, descendants des groupes Akan - Ashanti, ont toujours accordé une place de choix aux femmes, leur donnant la parole et leur conférant leur part de responsabilité dans les prises de décision. L'influence occidentale, depuis les premières colonisations et avec en particulier l'implantation du christianisme, a eu peu à peu raison de cette tradition d'origine et imposé le patriarcat : ceci a commencé dès le XVe siècle, avec l'arrivée tout d'abord des Portugais, puis au long des siècles suivants, des Hollandais, Anglais et Espagnols. Cette influence s'est encore accentuée avec la politique d'extension française de Louis-Philippe (1830 – 1848) et le 1er traité passé en 1842 avec le roi des Abourés. Enfin, après la Conférence de Berlin (1884-85), l'instauration du colonat en 1893 a marqué la toute puissance de cette influence.

On sous-estime en général la part de la résistance féminine à la colonisation. En particulier dans sa deuxième phase, la plus brutale, conduite par l'administrateur colonial, Gabriel Angoulvant, désireux d'aller vite à ses fins et par la manière forte. L'histoire, du point de vue des vaincus, montre alors une résistance farouche des femmes, « ces guerrières akan », comme les avait surnommées l'administrateur Maurice Delafosse, femmes en charge, au moment des exodes et des massacres, de la survie des familles, de l'éducation des enfants, des productions agricoles. C'est là l'ancrage de la tradition africaine des associations féminines. Les civils du colonat, de même que les militaires ou les missionnaires, qui fonctionnaient sur leurs clichés occidentaux, ont longtemps refusé de reconnaître aux femmes un rôle actif, qu'il soit économique ou politique. Mais, à l'heure du Front Populaire, un décret de 1937 va impulser la création des associations « culturelles » : alors les femmes, déjà regroupées, vont malicieusement en profiter et y recréer les espaces politiques qui leur avaient été retirés, constituant même des groupes de lobbying. Ainsi en 1948, elles participent activement à la mobilisation pour le RDA, (Rassemblement Démocratique Africain), en 1949, elles organisent une « marche des femmes » pour la libération des époux, des frères, des fils, emprisonnés par la colonisation.

Faute de temps, O. Kouyaté termine son exposé par un certain nombre de constatations :

  • Les femmes ivoiriennes aujourd'hui : combatives et agissantes, mais parfois manipulées, et, trop souvent encore, victimes des hommes. Depuis l'Indépendance, les femmes ont acquis une véritable importance comme « missionnaires des partis politiques », sorte de missi dominici. En 1977, la première femme ministre de Côte d'Ivoire a été nommée. A la période des ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque mondiale, la « transparence » par rapport aux femmes a été imposée et, à côté des ONG de développement, les ONG de genre se sont multipliées. Cette année, au moment du conflit Gbagbo - Ouattara, la marche des femmes à Abidjan a eu toute son importance. Mais il ne faut pas non plus se leurrer : même s'il y a eu cette quête d'égalité en politique, c'est une vue de l'esprit de croire qu'il y a adéquation entre les textes institutionnels, qui en seraient les garants, et la réalité, qui en est loin. Certaines femmes sont aussi le jouet des partis, qui les manipulent, qui en font leurs « guerrières » et les rendent « louves de leurs consoeurs », relayant pour les hommes des discours de haine ou de violence… D'autres encore restent les victimes de cette violence, sans parler des viols de guerre, dont on ne dit jamais qu'ils peuvent aussi être le fait, par exemple, de certains casques bleus…
  • Au final, où en sont les femmes ivoiriennes, africaines? Difficile de conclure. Seulement dire, selon les mots de C. Lasserre- Rasoazanamanana, que le combat n'est pas fini, que c'est une histoire de longue marche et de combativité, intimement liée à l'histoire du continent.

Etre femme africaine en France

Odile Merckling © CADE
Odile Merckling © CADE

La parole est donnée à Odile Merckling sur le thème des femmes migrantes et du travail précaire. Son exposé reposera sur les recherches et conclusions publiées dans son dernier livre Femmes de l'immigration dans le travail précaire (éd. L'Harmattan, juillet 2011), tout en se concentrant sur la question des femmes africaines. Il s'agira de parler de ces femmes qui, résidant en dehors de leurs pays d'origine, soutiennent en même temps leur propre famille restée sur place.

Quête d'autonomie contre travail précaire

Les femmes immigrées sont rentrées massivement sur le marché du travail en France voici une vingtaine d'années. Dans leur situation fréquente de femmes seules, ou bien seules avec enfants, ou face au chômage des hommes, elles ont dû acquérir leur autonomie financière, et le taux d'activité des femmes africaines migrantes, venant des pays hors Maghreb, a fortement augmenté, contrairement à ce que l'on croit souvent.

  • De 15 à 64 ans, elles sont 65 % d'actives, à peine moins que les Françaises de naissance, qui sont 66 %.
  • 55 % d'entre elles sont Ivoiriennes ou Camerounaises, 36 % sont Maliennes. Il s'agit donc pour la majorité d'Africaines issues des anciennes colonies.

Dans le taux d'activité, on doit comprendre « emploi » et « recherche d'emploi » : or le taux de chômage des femmes africaines est très élevé, entre 28 % et 43 % selon les pays d'origine, contre 12 % pour les femmes immigrées d'origine européenne.

Les trois quarts de ces femmes travaillent dans le commerce de détail, les services marchands rendus aux entreprises, via l'intérim et la soustraitance, les services aux particuliers, l'hôtellerie/restauration et enfin les services d'action sociale, la santé, l'enfance, où elles sont aides à domicile, gardes d'enfants, auxiliaires parentales. En réalité, plus de la moitié travaille en tant que personnel de service sur des emplois non qualifiés. Mais il existe une spécificité pour les femmes africaines issues des anciennes colonies de la France : celles qui sont nées avant 1960, ont pu réintégrer la nationalité française (ndlr : nées dans la Communauté française, elles n’avaient pas à être « naturalisées »), ce qui a facilité leur insertion, en particulier dans les emplois publics. De même, les femmes ou les jeunes femmes qui ont pu être scolarisées en français, en particulier celles qui ont poursuivi leurs études et obtenu leurs diplômes en France, sont relativement « favorisées » par rapport aux autres. Par ailleurs, les diplômes africains, dans les secteurs santé ou action sociale par exemple, ne sont souvent pas reconnus en France. Et depuis 1990, il y a de moins en moins de possibilité de titularisation pour elles dans la fonction publique.

Une situation d'accueil qui s'est durcie, un travail qui s'est émietté, des femmes qui s'organisent

Depuis 1974, l'immigration de travail est officiellement interdite et la venue des Africaines comme l'obtention de leur titre de séjour ont été rendus beaucoup plus difficiles qu'avant, surtout depuis Schengen et Maastricht, qui ont par ailleurs instauré une libre circulation dans l'espace européen. Mais de nombreuses associations ont oeuvré pour améliorer ces situations et élargir en particulier le droit d'asile, par rapport à l'oppression et aux conditions faites aux femmes dans leur pays (excision, polygamie, violences de guerre...). Cependant, depuis l'an 2000, la situation ne fait que s'aggraver : elles n'obtiennent que des visas de courte durée, et le long séjour accordé auparavant au vu du regroupement familial ne l'est plus aujourd'hui qu'au vu de la preuve d'une embauche et d'un statut salarié.

Ces femmes sont souvent arrivées seules, et diplômées pour 58 % d'entre elles : c'est ce qu'indique une enquête menée au sein du Réseau pour l'Autonomie des femmes réfugiées et immigrées. Souvent ces femmes exercent un travail informel. En dépit de mesures fiscales favorables, elles sont sujettes à un très grand émiettement des emplois : temps partiels courts, emplois sousdéclarés, sans compter les excès qu'engendre l'externalisation de toutes les tâches peu qualifiées avec les sous-traitances en cascade ou les mises en franchise. Ce qui était auparavant « exceptionnel » est devenu la norme de notre nouveau modèle économique, mais les femmes africaines ne veulent pas accepter ces formes d'emploi précaire et cette marchandisation. Beaucoup sont actives dans des associations ou syndiquées. Elles ont souvent été très présentes dans de nombreux conflits sociaux qui ont touché la restauration rapide, le nettoyage, la distribution, voire les collectivités locales. C'est un phénomène assez nouveau. On les a vues tenaces en 2008 dans la très longue grève des salariés sans-papiers.

C. Lasserre-Rasoazanamanana remercie pour ce tableau complet des femmes migrantes sur le marché du travail en France, femmes souvent aux premières loges du travail précaire ou émietté, mais qui se donnent les moyens de revendiquer une plus grande équité.

Deuxième partie : table ronde

G à D : M.L. Guèye, B. Diop, M. Tandia et N. Diarra © CADE
G à D : M.L. Guèye, B. Diop, M. Tandia et N. Diarra © CADE

Niamoye Diarra, Présidente de l'association AFIC/Coparents Diaspora et administratrice de la CADE, présente à son tour la table ronde où sont invitées à la rejoindre, pour parler du vécu des femmes africaines en France, Bintou Diop, de l'association Afrique O Douze, Maba Tandia, interprète –expert judiciaire et militante féministe, et Mame Lissa Guèye, fondatrice de l'association Papa Guèye Fall- Balago.

Afrique O’Douze : valoriser les compétences des femmes, les soutenir dans l'éducation de leurs enfants

Bintou Diop, Mauritanienne / Sénégalaise, vit en France depuis 20 ans. Elle anime dans le 12ème arrondissement de Paris l'association Afrique O Douze, dont l'objectif est de lutter contre la stigmatisation des femmes africaines immigrées. Constatant que ces femmes vivent souvent entre elles et en cercle fermé, l'association a pour but de les ouvrir à la culture française, d'améliorer leurs capacités d'intégration, de favoriser la communication avec leurs enfants scolarisés. L'association se soucie aussi des problèmes de travail de ces femmes migrantes : précarité, conditions difficiles, hygiène, et souvent problèmes de déclassement professionnel pour les femmes diplômées, et crainte d'affronter le marché du travail.

B. Diop donne, l'exemple parmi d'autres, d'une femme titulaire d'une maîtrise d'économie, qui, s'étant présentée à Pôle Emploi, se vit proposer quelques mois plus tard un service d'entretien dans une école. Alors qu'il y a des femmes médecins, ingénieurs, voire ministres sur le continent africain, cette dévalorisation est ressentie d'autant plus.

Les deux axes essentiels de l'association sont donc, d'une part la valorisation des compétences des femmes et d'autre part le soutien à l'éducation des enfants : les mauvais résultats scolaires, le manque d'encadrement de ces enfants (dont les mamans travaillent le plus souvent aux heures où ils auraient besoin d'elles), les difficultés qui s'accentuent à l'adolescence où la plupart décrochent après la classe de 4ème et traînent dans la rue sans alternative, constituent le souci majeur. L'association rencontre les directeurs et directrices d'école pour instaurer un suivi des familles, éviter la délinquance future et permettre à ces enfants de trouver leur place dans la société.

Association Africa O'Douze
S/C Mme Ibrahima
6, square Georges Contenot 75012 Paris
Courriel : yerimayo@yahoo.fr

Expertise auprès des tribunaux : défendre l'égalité, l'autonomie, l'épanouissement des femmes

Maba Tandia © CADE
Maba Tandia © CADE

Maba Tandia, Malienne, travaille comme expert et interprète auprès des tribunaux, pour accompagner les femmes africaines plaignantes dans des affaires souvent liées à la polygamie ou l'excision. Avec la création de l'AFEMAF (Association des Femmes Maliennes de France) elle fait partie en France des pionnières en ce qui concerne le combat des femmes africaines. Peu de femmes travaillaient à l'époque, la majorité des hommes s'opposaient à leur émancipation, les femmes devant s'occuper de la maison et des enfants. Cela lui a valu d'être convoquée par les autorités maliennes au pays, pour rendre des comptes, mais elle ne s'est jamais départie de ses engagements : l'égalité, l'autonomie et l'épanouissement des femmes.

Son rôle de consultante interculturelle et d'expert auprès des tribunaux l'amène à mesurer les énormes problèmes qu'ont les familles par rapport aux enfants, à la méconnaissance de leur culture d'origine, à la scolarité et à la délinquance, ce qui rejoint le propos de Bintou Diop. Il y a un travail colossal à faire, pour lequel des rencontres comme celle d'aujourd'hui, qui permettent d'expliquer les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes africaines en France, sont indispensables.

Association Papa Guèye Fall : retrouver sa culture d'origine, transmettre l'histoire des pères

Mame Lisa Guèye © CADE
Mame Lisa Guèye © CADE

Mame Lissa Guèye, Sénégalaise, a fondé une association d'un autre genre, à laquelle elle a donné le nom de son grand-père Papa Guèye Fall.

Cet homme a eu deux vies : une vie civile, comme enseignant sorti de la prestigieuse Ecole normale William Ponty2, de Gorée, et une vie militaire, ayant fait les deux guerres mondiales comme engagé militaire. En 1941, fait prisonnier, il réussit à s'évader grâce à l'aide de résistants français, l'opération de faire évader des prisonniers noirs étant particulièrement difficile. Il a raconté dans un récit extraordinaire ce rapport d'évasion époustouflant, et Mame Lissa Guèye a retrouvé au fond d'une malle ce récit de guerre, en réalité récit de paix, de solidarité et d'ouverture. L'histoire de cette vie s'est imposée pour elle comme opportunité et support pour le dialogue et la transmission intergénérationnelle des valeurs. Suite à cette découverte, elle a voulu témoigner auprès des enfants de la diaspora, et revenir à la culture de ses grandsparents, qui l'ont corrigée d'un grand nombre de préjugés à l'égard de la culture française.

Son association a pour but de faire entendre de tels témoignages aux enfants, « afin qu'ils soient fiers de ce qu'ils sont ». « Nous ne sommes pas riches mais nous sommes riches de nos valeurs ». Ainsi conclut-elle, en ajoutant que « le racisme relève de la méconnaissance de l'Autre ».◘

Association Papa Guèye Fall - Balago
13, rue de Béthisy
93130 Noissy-le-Sec
Courriel : pgf.balago@gmail.com

Le temps restant pour le débat est infiniment court et l'auditoire va s'en sentir forcément frustré. Il faut bientôt rendre la salle !

Quelques personnes, hommes d'abord! femmes ensuite!, vont faire entendre ensemble à travers leurs réactions diverses, ce quelque chose du statut de la femme africaine, qui lui confère une valeur toute particulière :

  • Dans les langues maternelles africaines, il n'y a pas de mot pour dire le genre. Tout être humain est une « personne ». Ainsi, pour désigner un homme ou une femme, on dit « la personne ». Il y a égalité. Sauf en ce qui concerne le caractère sexuel, où la femme est alors une « femelle » (ndlr : voir l'anglais : female), perçue comme faible et soumise.
  • Même si l'homme africain n'aime pas que la femme ait le dernier mot et même s'il redoute la femme surdiplômée !, de nombreuses zones en Afrique sont restées matriarcales : la femme africaine y garde son nom et ne prend pas celui de son mari.
  • La dot en Afrique est payée par l'homme : cela ne veut pas dire qu'il achète la femme ! Cette dot représente au contraire la valeur intrinsèque de la femme. De même, la coutume veut qu'après une fâcherie, l'homme soit obligé de refaire la cour à sa femme, c'està- dire qu'il l'honore.
  • Les femmes sont des facteurs de paix, de lien. C'est la vertu de toute femme, d'où qu'elle vienne, de « réenchanter le monde ». Les femmes africaines, elles aussi, sont fières des vertus de leur féminité, malgré toutes les difficultés.

NOTE : La CADE invite les auditeurs et lecteurs qui le souhaiteraient à formuler questions ou contributions par écrit, à l'avance sur les prochaines conférences-débats, permettant ainsi peut-être de mieux répondre aux attentes.

Chantal Wallon

_____________________________________________

2 Note sur l' école William Ponty de Gorée : L’École normale William Ponty est l'école normale fédérale de l’Afrique- Occidentale Française (AOF) qui a formé (avant l’ère des Indépendances), la plupart des instituteurs, médecins et cadres d’Afrique de l'Ouest, dont de nombreux ministres et chefs d’État ou de gouvernement, tels que Félix Houphouët-Boigny, Modibo Keïta, Hubert Maga, Hamani Diori, Sylvanus Olympio, Mamadou Dia ou Abdoulaye Wade. Plus de 2.000 élèves, surnommés « Pontins », en sont issus.

L’école a changé plusieurs fois de dénomination, de statut et de localisation : créée à Saint-Louis en 1903, elle est transférée sur l’île de Gorée en 1913, puis à Sébikhotane, près de Rufisque, en 1937. L’institution se perpétue après l’indépendance, mais perd de sa spécificité avec les réformes du système éducatif, puis la multiplication des Écoles de formation d’instituteurs (EFI). Source Internet Wikipedia