Cycle II : « La libération de la capacité d’entreprendre en Afrique »

4. « Comment améliorer les relations entre entreprises étrangères et PME locales en Afrique ? »

Présentation

De gauche à droite : Alain Viry, Roland Portella, Cécile Carlier et Anthony Bouthelier © CADE
De gauche à droite : Alain Viry, Roland Portella, Cécile Carlier et Anthony Bouthelier © CADE

Jean-Loïc Baudet, Président de la Cade, ouvre cette rencontre en remerciant le Conseil Régional d’Île-de-France pour son accueil. L’objectif du débat est d’examiner la manière dont peuvent s’articuler entreprises étrangères et PME africaines qui se trouvent parfois engagées dans des actions de sous-traitance. C’est un problème complexe que des professionnels vont tenter d’éclairer. Il signale l’existence de la charte adoptée lors du sommet Afrique- France de Nice qui régit les interventions des entreprises françaises et européennes en Afrique. Il passe la parole à Roland Portella, administrateur de la Cade et organisateur de ce cycle de rencontres.

En introduction, R. Portella précise que la thématique abordée n’est pas particulière aux rapports entre Europe et Afrique. Cette problématique des relations entre grandes entreprises et PME est mondiale. Ces dernières multiplient les opérations de lobbying auprès de l’Union Européenne, de la France, pour que les grandes entreprises les laissent accéder à certains marchés. Il présente les intervenants qui vont traiter le sujet. Alain Viry est Président du Conseil de Surveillance du Groupe CFAO, vice-Président du Comité Afrique du Medef, ancien PDG du Groupe CFAO de 1997 à 2009. Cécile Carlier est responsable Afrique subsaharienne et consultante industrielle à l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI). Anthony Bouthelier est Président délégué du Conseil Français des Investisseurs en Afrique (CIAN), administrateur de l’AFD et de quelques entreprises africaines, ancien administrateur du Groupe Pechiney, ancien Directeur général de Péchiney-Afrique de l’Ouest et de Pechiney-Pacific.

Les points faibles des relations grandes entreprises-PME locales

Alain Viry © CADE
Alain Viry © CADE

Alain Viry fait part de l’expérience de la CFAO. Ce groupe présent dans 40 pays, dont 32 en Afrique, a grandi très vite autour de quatre activités principales : distribution automobile, de médicaments, activités de services et industrielles. Il emploie 10.000 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros. Les représentants du groupe dans les différents pays constatent différents points faibles dans les relations entre le groupe et les PME locales. Celles-ci recouvrent une large gamme de soustraitance dans l’immobilier, les entreprises de bâtiment, les services de gardiennage, de personnel temporaire. Ce sont également des transporteurs, des petites entreprises d’importation et de commerce souvent efficaces et complémentaires.

● Des difficultés d’accès au crédit pour les PME, soit parce qu’elles manquent de fonds propres, soit, malgré l’esprit volontaire et la compétence de l’entrepreneur, du fait des difficultés à accéder à des conditions de crédit acceptables. Les chiffres sont éloquents : quand les grandes entreprises obtiennent en terme de crédits « spot » des taux de 4 % au Cameroun, une PME bien gérée obtient 10 % pour la même durée et le même type de prêt. Ces difficultés, liées au fonctionnement du système bancaire en Afrique, ne sont pas propres au continent mais y ont des conséquences plus importantes.

● Pour traiter avec une grande entreprise, il faut avoir fait face à ses obligations fiscales. C’est un point discriminant pour accéder aux marchés. Certaines grandes entreprises renoncent par exemple à sous-traiter avec des entreprises locales parce qu’elles ne reversent pas leurs cotisations sociales.

● Au Mali, un responsable signale les difficultés à trouver des PME soustraitantes qui ont des méthodes de travail qui permettent de travailler avec eux. Ces entreprises ont besoin d’énormément d’assistance en matière de gestion, de planification du fait de formations très insuffisantes.

● Le manque de prévoyance et la mauvaise anticipation des conditions du marché privent les entreprises locales des avantages qu’ils pourraient trouver sur les marchés.

● Plus généralement, une difficulté des PME africaines est l’insuffisante capacité à asseoir une vision d’entreprise à 2 ou 3 ans, ce qui ne leur permet pas de bénéficier des intéressants potentiels de croissance qui existent sur de nombreux marchés africains.

● A partir du témoignage d’un responsable de cabinet d’architecture concernant l’automobile qui travaille avec la CFAO, il ressort qu’il est indispensable que les entreprises africaines se dotent d’un responsable qualité, qui n’existe pas actuellement. Ce témoin précise que dans les appels d’offres, il ne prend pas le mieux-disant, mais le moins-disant. Il a en effet expérimenté qu’il valait mieux utiliser des artisans de bonne qualité mais au profit desquels on met en place un encadrement qui leur permet de travailler avec méthode. On obtient ainsi une productivité et des résultats souvent meilleurs qu’avec le mieux-disant.

La question des méthodes, des « process » et de qualité pour satisfaire aux exigences du rapport qualité/ prix d’une grande entreprise est fondamentale. Il faut être capable de soumissionner un marché en ayant des calculs de prix de revient bien faits, de façon à ne pas être amené à tricher dans l’exécution des marchés. Lorsqu’il y a des besoins de financer un fonds de roulement, il faut anticiper soit par des financements bancaires, soit par des conditions de règlement pour la durée d’exécution du marché, ce qui est facilité si l’entreprise est adossée à un client solvable.

R. Portella intervient en demandant si les relations entre PME et grandes entreprises restent strictement dans le cadre du marché ou si l’Etat s’implique pour améliorer leurs compétences. Dans certains pays, une législation impose l’ouverture des marchés aux PME. Qu’en pense le CIAN ?

Anthony Bouthelier se dit très prudent quand on parle d’Etat. Souvent quand celui-ci veut intervenir dans l’organisation d’une entreprise, c’est pour y mettre des gens à lui. C’est parfois le même problème pour une grande entreprise. Au Cameroun, chaque fois qu’il faut renouveler le Directeur général d’Alucam-Socatral, il y a un bras de fer avec le gouvernement camerounais qui veut nommer un membre éminent de l’administration, ce que chaque fois Pechiney refuse. Cette méfiance est partagée par les actionnaires et le personnel de l’entreprise.

 

Les bourses de sous-traitance

Cécile Carlier © CADE
Cécile Carlier © CADE

Cécile Carlier intervient sur la mission de l’ONUDI en Afrique. Cette agence technique a pour vocation d’aider le développement des PME/PMI en Afrique. L’intervenante se propose de mettre en lumière quelques programmes développés par l’ONUDI dans ces pays en les illustrant de cas concrets. Deux grands programmes sont développés sur la thématique de la sous-traitance et sur celle du développement des PME à travers l’effet de levier induit par l’implantation, localement, de grands groupes.

Les bourses de sous-traitance

Les bourses de sous-traitance visent à développer, sur le modèle français, des centres d’information, de mise à niveau, de veille informationnelle et de promotion des PME locales, d’un pays, d’une région, de manière à ce que ces dernières puissent offrir leurs capacités en matière de sous-traitance. Un premier type de bourse consiste à mettre les PME africaines en capacité de sous-traiter sur le marché mondial en les mettant en contact avec des donneurs d’ordre lointains ; ça n’a pas marché. Ces bourses ont donc été revues entièrement. Aujourd’hui, ces bourses essaient de mettre en contact des PME locales avec des grands groupes implantés localement : faire du local avant de faire du global. Ces bourses existent en Afrique du Sud, au Ghana, au Nigeria, en Côted’Ivoire et au Sénégal. Les grands groupes qui ont investi dans ces pays peuvent rechercher des sous-traitants et des fournisseurs. Il s’agit d’aider les PME à répondre aux appels d’offre, à respecter des délais, à dialoguer avec un acheteur, et surtout à maintenir le cap et se développer, ce qui intègre la problématique du financement. Ces bourses de sous-traitance et de partenariat sont en train d’être revisitées par l’ONUDI. On les met en relation avec d’autres organisations de type institutionnel dans les pays, puisque l’ONUDI travaille sur demande au service des gouvernements africains pour le développement du secteur privé. L’ONUDI travaille é g a l e - m e n t avec les agences de promo t i o n de l’investissement qui sont les portes d’entrée pour les investisseurs étrangers. L’idée est de faire en sorte que ces agences connaissent le potentiel de sous-traitance des PME/PMI locales et de leur faire savoir qu’on est en mesure de les rapprocher des soustraitants et de mettre ces derniers à niveau. Une enquête est actuellement menée dans le cadre d’Africanet auprès des investisseurs étrangers et des PME locales pour évaluer les liens établis entre eux. Les résultats sont très variables d’un pays à l’autre - l’Afrique anglophone étant sensiblement plus avancée - et seront présentés au sommet Afrique-France de Tripoli.

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© http://bstp-ci.com/content.aspx?bstp=missions

Mise à niveau et normalisation

Le second programme est un programme de mise à niveau et de normalisation. Initié en Tunisie, il se développe maintenant avec d’autres institutionnels et agences de développement comme l’AFD, au Cameroun, au Sénégal et au sein de l’UEMOA. Ce programme est essentiel car il apporte une aide au diagnostic sur les méthodes qualité. Il est beaucoup plus orienté sur les industries de soustraitance que sur les prestataires de services et forme des experts en qualité de manière à bâtir une offre de services en matière de certification. Cela permet aux sous-traitants des grands groupes d’intégrer les chaînes de valeur de production. Mais les PME reconnaissent qu’elles ont à faire un pas en avant important mais elles ne disposent pas des financements pour faire les investissements nécessaires. Plusieurs voies sont explorées pour surmonter ce handicap : regroupements d’entreprises au sein d’un GIE*, solutions de financement qui ne soient pas des crédits bancaires. L’ONUDI négocie sur place avec les banques pour la mise en place de fonds de mise à niveau, et avec le gouvernement camerounais, pour subventionner l’investissement matériel. C’est difficile ; les banques sont prêtes à faire des efforts avec des crédits à taux bonifié ou des fonds d’investissement spécialisés capital-risque sur des thématiques d’investissement pour la mise à niveau des entreprises soustraitantes de grands groupes. C. Carlier cite quelques exemples concrets. Au Cameroun, l’ONUDI échange avec Rio Tinto pour la mise en place de programmes de mise à niveau. Elle travaille avec Areva, au Niger, qui a investi dans un outil de capital-risque créé avec différents entrepreneurs nigériens et des investisseurs capitalrisque français. Elle a également travaillé avec Orange-Mali pour la mise en place d’une imprimerie de qualité, à qui elle apporte la compréhension du cahier des charges en lui permettant de développer une offre de qualité qui n’existe pas au Mali. Un autre sujet intéressant est le traitement des déchets, en particulier des déchets électroniques. Comment aider la création de PME se positionnant sur ce marché en développement ?

R. Portella indique que le Ministre de l’industrie de Côte-d’Ivoire essaie de mettre en réseau toutes les bourses en train de se constituer, estimant que le marché ne doit pas être que national mais régional. Qu’en pensez-vous ? C. Carlier répond qu’il n’y a peut-être pas besoin de bourses de soustraitance dans tous les pays. Mais il faut des centres, dans des pays dont le marché industriel est significatif, avec des relais dans tous les pays. C’est une réflexion qui est menée au sein de l’UEMOA à laquelle l’ONUDI est associée.◘

* Groupement d’intérêt économique

L’environnement des affaires

Anthony Bouthelier © CADE
Anthony Bouthelier © CADE

Anthony Bouthelier plante d’abord le décor de son intervention. Selon lui, les pays africains se caractérisent par un environnement des affaires très difficile, ce qui explique qu’il y a très peu de PME étrangères car elles ne peuvent pas gérer cet environnement, contrairement aux grandes entreprises. Il y a également peu de PME locales « officielles » parce que nombre d’entre elles appartiennent au secteur informel, ce qui rend très difficiles les relations entre grandes entreprises étrangères et PME locales, car leur structure pose problème. Si les grandes entreprises sont nécessaires au développement de l’Afrique, ce n’est pas suffisant parce que les richesses qu’elles créent ne percolent pas dans le tissu social. Ce sont les PME qui permettent leur diffusion dans la population. En d’autres termes, les taux de croissance avantageux (4 à 5 %) n’ont aucune signification en terme de développement puisqu’ils sont le fruit d’entreprises minières et pétrolières en bonne santé, mais ils ne signifient pas que la population vit mieux.

A. Bouthelier illustre ensuite l’activité de « mineur de bauxite » du groupe Péchiney. La bauxite est exploitée en Guinée. Elle est ensuite transformée en alumine en Guinée même, et depuis 50 ans c’est la seule usine d’alumine du continent africain. Cet alumine est envoyée au Cameroun qui produit de l’électricité, ce qui permet de recueillir l’aluminium par électrolyse. Les 2/3 de cet aluminium camerounais vont sur le marché mondial et 1/3 est laminé sur place par la Société camerounaise de laminage, puis diffusé dans de nombreuses petites usines qui fabriquent des ustensiles de cuisine, des tôles ondulées, des bacs, etc… . Il s’est passé la chose suivante : Péchiney a grandi et sa direction générale ne souhaitait plus gérer de Paris de petites unités industrielles. Progressivement, l’entreprise a cédé ses usines de casseroles à des entrepreneurs locaux. Cet exemple révèle le rôle de catalyseur que peut jouer l’investisseur étranger pour la création de PME et d’un tissu industriel local.

A. Bouthelier rend compte d’une autre expérience. Le premier Directeur général d’Alucam, un Camerounais, souhaitait favoriser l’entreprenariat local. Il a arrêté de fabriquer des tôles ondulées et a cédé le matériel à quatre entrepreneurs locaux. Ces derniers sont immédiatement passés dans le secteur informel. Cet exemple est intéressant mais dramatique, car le gouvernement camerounais y a perdu des recettes fiscales et les entreprises concurrentes du Gabon restées dans le formel ont été pénalisées.

A Bouthelier montre d’autres exemples de freins à l’investissement des PME comme l’interdiction faite aux investisseurs étrangers en Algérie de détenir plus de 49 % des sociétés créées dans le pays. Cette mesure archaïque décourage les PME et les grands investisseurs internationaux. Un industriel africain implanté à Strasbourg et fabricant de cosmétiques à l’usage des femmes africaines renonce à fabriquer au Cameroun à cause, dit-il, de la corruption et de l’insécurité judiciaire. A cet égard, les grandes entreprises qui travaillent avec les PME locales protègent ces dernières des défaillances de leur environnement.

R. Portella fait remarquer qu’il y a en Afrique une classe d’entrepreneurs de plus en plus importante et qui fait du bon travail avec des grands groupes ou parce qu’ils accèdent à certains marchés. A. Bouthelier en convient tout en précisant que cela touche surtout les pays où l’environnement des affaires est favorable. Il ajoute que ces entrepreneurs sont parfaitement capables de fonctionner sans les grandes entreprises. Sur la charte des entrepreneurs présentée au sommet Afrique- France qui est sensée améliorer les relations entre les grands groupes et les PME locales, A. Viry précise que ce document a été présenté lors de l’atelier RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise) dans une enceinte politique. C’est un document de circonstance avec lequel on ne peut être que d’accord. Mais c’est comme si on demandait aux entreprises africaines d’appliquer les lois françaises qui concernent les entreprises publiques ou du Cac 40. C’est en décalage avec la réalité.

A. Bouthelier rappelle que la pratique du RSE est très ancienne et que ce sont les entreprises du nord de la France qui ont créé la sécurité sociale à la fin du XIXe siècle, ce qui a été repris par le gouvernement en 44/45. Il ajoute que le pouvoir politique s’imagine qu’il doit dire aux entreprises ce qu’elles doivent faire. Cela fait longtemps que les grandes entreprises se conduisent bien en Afrique et qu’elles constituent, selon lui, un modèle d’Etat de droit pour les Africains. Au G 20 de Toronto, il a été suggéré, en marge de la conférence, que les crédits consentis par la Banque Mondiale soient réservés à ceux qui respectent un code de bonne conduite, ce qui vise les investisseurs chinois qui absorbent 40 % de ces crédits.◘

LE DEBAT

Questions : - Une question porte sur les différences de compétences entre un pays comme le Cameroun et le Mali. Ne pourrait-on pas assurer la mobilité de ces compétences ?

- Un responsable de « Développeurs sans frontière » illustre un des dispositifs mis en place par les grandes entreprises pour soutenir le démarrage des PME. Auchan a créé le réseau « Entreprendre » qui mobilise de l’argent privé ou public et l’expertise de patrons chevronnés pour accompagner les créateurs d’entreprises et pour l’octroi de prêts d’honneur. Il cite également le réseau des « Business Angels ». Tous ces outils soutenus par le privé et accompagnés par les acteurs publics sont en train d’être dupliqués sur le plan international. Qu’en pensez-vous ?

- Un autre intervenant se déclare moins pessimiste en particulier pour certains pays du Sahel. Dans une rencontre antérieure de la Cade, il était ressorti qu’au Burkina-Faso, où il y a très peu de grandes entreprises, il y a des PME solides, qui marchent très bien. Il y en a également au Mali, souvent, il est vrai, dans le secteur informel. Les grands groupes agroindustriels de Côte-d’Ivoire entraînent autour d’eux énormément de planteurs locaux qui se sont bien développés.

Réponses : A. Viry répond sur les réseaux. Concernant « Développeurs sans frontières », l’idée était d’avoir dans le groupe CFAO, une pépinière et de participer à des fonds ayant pour vocation de pénétrer un tissu des PME/PMI très vivant. En Afrique subsaharienne, les conditions d’entrée sur les marchés sont très libérales mais les contraintes ont besoin d’être réduites.

C. Carlier revient sur les difficultés de formation qui expliquent les différences en matière de compétences entre pays. Une enquête réalisée auprès des investisseurs en 2005 a montré le décrochage du Mali par rapport au Cameroun en ce qui concerne les formations. Les échanges de compétence Sud-Sud existent mais cela n’empêche pas qu’il y a à faire, au Mali, un saut important pour la formation de base. Concernant les réseaux, tous les outils sont les bienvenus. C. Carlier a travaillé sur un incubateur d’entreprises basé en France à l’intention de ceux, qu’ils appartiennent ou non à la diaspora, qui veulent créer leur entreprise en Afrique. Elle a constaté un changement : de nouvelles générations d’entrepreneurs arrivent qui ne sont plus centrés uniquement sur le commerce. Il s’agit de personnes sorties d’écoles prestigieuses qui comprennent ce qu’est le capital, ce qu’est l’association de partenaires au sein du capital d’une entreprise. On sort petit à petit de la construction d’entreprises familiales pour entrer dans un actionnariat d’entreprise. C’est la porte ouverte à de nouveaux outils. Cette nouvelle génération d’entrepreneurs qui ont vécu en Europe a des référentiels européens. Ils sont déstabilisés lorsqu’ils se retrouvent dans leur environnement d’origine et sont peu enclins à travailler avec des gens qui n’ont pas les mêmes référentiels. Dans les incubateurs, on n’a jamais réussi à associer quelqu’un de la diaspora à quelqu’un du pays. Il y a une grande méfiance réciproque.

A. Bouthelier pense que la création d’entreprises n’est pas qu’un problème d’argent. Concernant l’expatriation des compétences, il cite l’usine de casseroles de Guinée qui est dirigée par un Camerounais. Le CIAN se préoccupe actuellement du système de retraite des expatriés africains. Il corrèle le dynamisme du tissu de PME au Burkina-Faso avec sa bonne note en terme d’environnement des affaires (3/5 au lieu de 1,9/5 en Guinée).

Questions : - Un intervenant soulève un point non évoqué dans les interventions. Comment accompagner le développement local et l’entreprenariat si les élus n’agissent pas sur le développement des infrastructures ?

- Une question concerne la privatisation d’entreprises nationales, comme les télécoms ou les phosphates au Sénégal. Cette dernière entreprise mixte qui marchait très bien a fait faillite et a été rachetée par un Indien qui a du mal à la rétablir.

Un consultant d’une société de conseil évoque des questions culturelles. La culture entrepreneuriale est à adapter à l’environnement. Concernant le capital, il y avait en Afrique une culture de l’honneur.

Aujourd’hui, on est dans l’ère de la contractualisation. Est-on prêt à former et à informer les opérateurs pour leur adaptation. Il indique par ailleurs qu’il a travaillé à la simplification des dossiers d’appels d’offre pour favoriser l’accessibilité aux marchés.

Réponses : A. Viry croit fondamentalement qu’il n’y a pas d’exception africaine. Il n’y a pas de raison de demander à l’Afrique de travailler différemment ; les règles du jeu, en matière de vie économique, sont globales. Mais il y a des étapes pour y parvenir par l’éducation et la formation. Concernant l’aspect culturel, la CFAO organise des formations pour ses agents affectés en Afrique.

C. Carlier indique que l’ONUDI travaille avec l’Agence de promotion des investissements qui joue un rôle sur tout ce qui concerne les grands travaux et les infrastructures mais qu’elle ne travaille pas avec cette agence concernant les PME. Il existe des programmes d’appui à la formation dans les domaines du bâtiment et des travaux publics. Pour répondre à la question sur les privatisations, c’est une demande de la Banque Mondiale dans le cadre du processus de désendettement. Pour Y. Bouthelier, cette politique de la Banque Mondiale a fait des dégâts considérables en Afrique. L’idéologie ne doit pas se mêler à la réalité des affaires. Il cite un diplomate selon lequel l’Afrique est la seule partie du monde où le sousdéveloppement est encore un défi à l’échelle du continent. Partout ailleurs, Asie, Amérique Latine, le sousdéveloppement devient une exception. Pour lui, une des causes de cette spécificité est que le lien prévaut sur le droit. Quand il y a une vraie rente de pouvoir, il ne peut pas y avoir de culture entrepreneuriale. Ce n’est pas un problème culturel mais d’organisation politique. Concernant l’environnement contractuel, le code de l’honneur n’est pas incompatible avec le droit contractuel.

Questions : - La réussite des grandes nations s’est faite dans le cadre de la définition d’une politique industrielle. Celle-ci est inexistante en Afrique.

- Un intervenant qui a travaillé sur des projets de reboisement en Casamance témoigne de la grande capacité de mobilisation des Africains sur les problèmes d’environnement.

Réponses : C. Carlier répond qu’une politique industrielle est nécessaire. Le Cameroun a commencé à en élaborer une. Elle a été mise à mal par les nouvelles stratégies des organisations internationales. L’ONUDI, qui est une agence technique et non un bailleur de fonds, s’est emparé du dossier primordial de l’accès à l’énergie dont le coût est prohibitif, en promouvant les énergies vertes et le développement d’industries plus propres moins consommatrices d’énergie. La problématique reste la confiance et le financement. Dans le domaine agro-industriel, le retour sur investissement est sur le long terme et la recherche-développement est longue et coûteuse. La volonté de le faire revient aux gouvernements et aux organisations qui les soutiennent.

Le débat n’a pas caché les difficultés et les enjeux encore considérables auxquels il faut faire face. Mais on sent aussi que les choses bougent avec l’arrivée ne nouveaux acteurs mieux formés, une forte mobilisation des structures d’appui et des grands groupes eux-mêmes qui ont compris l’intérêt qu’ils ont à s’appuyer sur un tissu local de PME performant. On a vu également que lorsque l’environnement des affaires était de qualité, les entreprises locales se développaient. Par ailleurs, l’évolution du secteur informel pourrait être très rapide avec le développement des systèmes d’information. Et il faut signaler, comme l’a fait A. Viry, que l’entreprenariat est très vivant dans beaucoup de sociétés africaines et qu’il y a en Afrique la même proportion d’entrepreneurs que dans les autres pays du monde.

Philippe Mathieu

 

Pour plus d’information sur les bourses de sous-traitances consulter le site :

http://www.unido.org/index.php?id=o4547