Le temps de l'Afrique

Compte-rendu de la rencontre-débat du 9 septembre 2010

Présentation

Les auteurs, Jean-Michel Severino, ancien directeur général de l’Agence française de développement (AFD) et Olivier Ray, chercheur au département de la stratégie de l’AFD, sont venus expliquer pourquoi ils ont écrit ce livre-document, dont ils espèrent faire partager la nouvelle image de l’Afrique subsaharienne qu’il apporte. Ousmane Blondin Diop, diplomate, membre de la délégation du Sénégal auprès de l’UNESCO, fera entendre la voix des Africains.

Jean-Michel Severino

Jean-Michel Severino  © CADE
Jean-Michel Severino © CADE

A l’ouverture de cette première rencontre débat de l’année 2010 / 2011, Jean-Loïc Baudet, président de la CADE, présente l’orateur, Jean-Michel Severino, « homme d’expérience, d’action et de réflexion », qui a consacré toute sa carrière au développement, à la Banque mondiale, à la Coopération, puis à l’Agence Française de Développement (AFD), qu’il a dirigée pendant 9 ans. En commençant, ce dernier précise que « Le Temps de l’Afrique », a été écrit à quatre mains, avec Olivier Ray.

Il y a presque 4 ans, lorsque tous deux ont commencé à y penser, ils avaient été frappés par le considérable décalage entre ce qu’ils vivaient du continent africain au sud du Sahara dans leur expérience professionnelle et l’image que leur renvoyaient les collègues, les médias, le secteur privé, les amis... . C’était un regard compassionnel. Eux, par contre, conservent le souvenir d’avoir participé à une aventure extraordinairement dynamique.

Depuis 10 ans les taux de croissance sont de l’ordre de 6 %, avec un redémarrage relativement rapide après la crise. Dans leur entourage, ce chiffre paraît aussi naturel que la désespérance des années 80/90, comme si, en Afrique, il s’agissait de phénomènes mystérieux de l’ordre du surnaturel. Après avoir analysé les causes de la décroissance passée et de la croissance actuelle, ils sont convaincus que le XXIème siècle sera le « temps » de l’Afrique.

Son exposé s’articulera en trois parties : pourquoi une croissance rapide, pourquoi il pourrait ne pas y avoir de croissance, les partenaires anciens et nouveaux.

Une croissance rapide

Trois raisons expliquent la croissance. La première, au risque d’être provocateur, est que l’ajustement structurel a réussi. Son objectif était de rétablir les équilibres macroéconomiques : or ces équilibres sont rétablis. L’inflation a baissé, les taux de change sont bien situés, la dette est formidablement réduite, les balances commerciales et des paiements redressées.

La seconde raison est que les prix des actifs sont élevés et le resteront. L’Afrique est la première ou la seconde détentrice mondiale de ces actifs : le pétrole, les matières premières, l’air (le carbone), les sols (les deux tiers des terres disponibles), les sous-sols, la biodiversité. Leurs prix pèseront sur les croissances économiques des pays consommateurs. Cette situation se traduit par une réalité stupéfiante : les termes de l’échange se sont redressés. Cela est lié à un phénomène « métasocial », qui durera au moins cent ans. La planète va compter 9 milliards d’habitants, elle s’enrichit donc et a besoin de toutes ses ressources.

Le peuplement

La troisième raison est démographique. La moitié de l’accroissement du peuplement planétaire sera en Afrique où la population atteindra entre 1,8 et 2,3 milliards aux environs de 2050. C’est généralement une mauvaise nouvelle : des charges supplémentaires, des bouches à nourrir. Le peuplement se déroule en trois phases et présente des avantages ou des inconvénients, selon le rapport actifs/inactifs. Au début, les inactifs ont l’avantage (forte natalité, peu de main-d’œuvre). C’était la situation de l’Afrique jusque dans les années 90. Dans la seconde phase, appelée le dividende démographique, la na- talité diminue, mais la population continue à progresser et il n’y a pas encore trop de vieux. Le rapport est donc favorable aux actifs. C’est le « moment » de l’Afrique aujourd’hui et jusqu’en 2100/2150. Troisième phase enfin, le nombre d’inactifs augmente, tandis que la natalité baisse. C’est la situation de l’Europe et aussi de la Chine. Dans l’histoire de l’humanité, les périodes de croissance correspondent toujours au dividende démographique. Celui-ci ne suffit pas, mais il est indispensable.

Par ailleurs, selon l’espace dont dispose le peuplement, la densité de la population variera et les conditions de la croissance seront réunies ou pas. En Afrique les densités moyennes sont de 35 habitants au kilomètre carré (hab/km2). Mais la moitié du continent n’étant pas habitable, les densités moyennes approcheront rapidement les 150 à 170 hab/km2, soit plus qu’en Europe et sans dépeupler les campagnes. Le peuplement joue aussi sur la relation ville/ campagne. Plus de 40 % de la population africaine vit en ville, 70 % en 2070. On y déplore la pauvreté et l’atrocité des conditions de vie mais on y constate aussi l’augmentation de l’espérance de vie et des revenus, sans laquelle les gens n’y viendraient pas. Cette augmentation de la densité favorise la croissance, comme on l’a constaté en Europe, lors de la révolution industrielle. A la différence des dernières décades, les villes africaines vont devenir suffisamment importantes pour constituer un marché valable pour le paysan. Il pourra vivre en les nourrissant et elles trouveront alors à se ravitailler sur place, permettant de réduire les importations alimentaires.

Tous ces éléments expliquent bien la croissance. Mais ... . Il y a six ou sept ans, le chef économique de la région Afrique à la Banque mondiale, dans un excellent article, a mis en avant que toutes les périodes d’expansion africaine ont été suivies de périodes d’effondrement. Il y a donc deux thèses sur la croissance africaine : durable ou pas.

Les risques de décroissance

Il se pourrait effectivement que les facteurs de croissance, qui viennent d’être analysés, ne produisent pas les effets escomptés. Il y a cinq raisons pour une possible « décroissance » ou une croissance stérile. L’ajustement structurel en premier. Il a eu les bons effets précédemment décrits. Toutefois « 20 années d’ajustement structurel ont laissé les Etats exsangues, ont laminé les capacités administratives. Des coupes profondes ont été pratiquées dans les budgets sociaux » « Les institutions ont, de fait, pris 20 ans de retard. » On est tenté de comparer avec l’Asie. Il y a trente ans, les administrations asiatiques n’étaient pas meilleures qu’en Afrique. Mais depuis, des économies et des services publics sophistiqués ont fondé une croissance axée sur l’exportation ... à une époque de pleine expansion. Or l’Afrique se lance dans l’exportation ... en période de crise. Il faut donc chercher un marché ailleurs.

Cette recherche d’un marché intérieur est la seconde raison, éventuelle, de décroissance. Car à part le Nigeria, l’Ethiopie et peut-être l’Afrique du Sud, la taille des Etats ne leur permet pas de constituer un marché suffisant pour une industrialisation. La coopération régionale devient impérative, mais ce n’est pas plus facile qu’en Europe ! La création de marchés intérieurs est donc complexe. Elle suppose la mobilisation de tous les partenaires, y compris étrangers.

Or, depuis vingt ans, toutes les institutions financières internationales, les Etats et leurs organismes spécialisés ont axé leurs prescriptions de politique économique sur la mise en place d’incitations export, alimentaires et industrielles. Parmi elles l’industrie textile. Il fallait alors restructurer des industries nationales qui n’étaient effectivement plus compétitives, avant d’ouvrir les marchés intérieurs. Mais on a fait l’inverse et l’industrie textile africaine s’est effondrée. Il faut donc reconstruire ce qui existait il y a trente ans, car il est difficile de concevoir une industrialisation rapide sans le textile. C’est un nouveau défi.

Troisième source de problèmes : le prix des actifs. Partout, les pays producteurs sont susceptibles d’être atteints par le « syndrome hollandais » : la rente tue le dynamisme humain et économique. Lorsque les gisements sont épuisés, la rente disparaît. C’est déjà le cas en Afrique où la décapitalisation a commencé dans certains secteurs. L’érosion des sols, leur fragilité, le foncier et les compétitions qu’il génère, un environnement intertropical plus sensible aux phénomènes naturels extrêmes, accélèrent ce processus. Pour compenser cette décapitalisation, il faudrait une croissance de 8 à 10 % par an. Tout ceci n’est pas une fatalité, mais on voit les difficultés et les exigences auxquelles il faut faire face.

La quatrième possibilité de décroissance est l’instabilité politique africaine, qui est normale et fatale dans son contexte. « Il serait absolument stupéfiant qu’il n’en soit pas ainsi ». J.-M. Severino évoque alors un scénario catastrophe. Si la France connaissait la progression démographique que subit l’Afrique depuis les indépendances, que se passerait-il ? Nous serions aujourd’hui 240 millions dont 60 millions d’étrangers et nous serions, dans 40 ans, 420 millions, dont 120 millions d’étrangers. Serions-nous en république ? Aurions-nous connu la paix publique ? Comment gérer les modalités d’occupation des sols ? Tenir un tel rythme sans conflits, ni régimes autoritaires est de l’ordre de l’impossibilité sociologique.

En Afrique, ce n’est pas une hypothèse mais la réalité. Elle va devoir faire son unité régionale avec des Etats de constitution récente, accueillir des communautés allogènes, car ce sera une Afrique en marche. Les populations du Sahel descendront sur les côtes ; celles de l’Ouest iront vers l’Est ; du Nord vers le Sud. Les enjeux politiques seront élevés, il y aura des risques accrus de conflits, vraisemblablement pas inter étatiques d’abord, mais plutôt intra étatiques. Ces tensions ont déjà éclaté au Kenya et en Côte d’Ivoire, deux cas d’école pathétiques, pour des raisons similaires, sans que leur croissance accélérée ait pu influer dans un sens ou dans l’autre.

Le cinquième facteur de risque est que les politiques économiques peuvent changer. Pas au niveau des grands choix de principes, mais dans la réalité. Il n’est pas donné que la sagesse macro économique récente continue. D’autres priorités pourraient être retenues. On retrouverait alors les trappes à pauvreté bien connues.

Les stratégies des nouveaux partenaires

Il faut maintenant voir comment se positionnent la France, l’Europe, le monde occidental, la Chine, les Indiens, les Brésiliens face à cette nouvelle Afrique. La Chine sera choisie comme l’archétype des nouveaux acteurs, encore isolée car très différente des autres.

Le monde chinois, très diversifié avec parfois des antagonismes, regarde lucidement les atouts et les handicaps du partenaire. La Chine est dépendante de l’Afrique pour ses ressources minérales, pétrolières et alimentaires. Puisqu’elle achète, elle vend et investit. La Chine est le premier client, le second fournisseur et ses investissements progressent. Au plan politique, elle a mis au point un système d’aide au développement, complet et global, sans se préoccuper de la politique menée par les Etats africains.

Un voisin incontournable

Dans tous les cas l’avenir de l’Afrique nous concerne, en problèmes ou en potentiels. Si l’Afrique échoue, pas de potentiel, il n’y aura que des problèmes, avec 2 milliards de personnes en situation d’échec aux portes de l’Europe. Si elle réussit, il faudra voir quel mode de développement elle choisit. Elle va se construire ou bien contre nous (gestion des flux migratoires, attitude face aux entreprises), ou bien avec nous (opportunités de marchés, partenariats géopolitiques ...). Pour en tirer parti, il faudra abandonner l’état d’esprit qui a conduit à l’ajustement structurel. Durant 30 ans, l’Afrique a été considérée comme pauvre, animiste, sous-performante économiquement, avec un lien post-colonial indéfectible, fondé sur le partage de la langue. Pour l’aider, la France, l’Europe apportaient en fait un développement compassionnel et la bonne gouvernance.

Or l’Afrique a changé. C’est un continent actif, plein de ses formidables capacités, qui pour le religieux va voir ailleurs et pour les partenaires aussi. En effet les Africains ont trouvé un partenaire super performant qui les fascine. Les liaisons aériennes avec Pékin se multiplient, les politiques, les hommes d’affaires sont conquis. La corruption ne gène pas. On ne fait pas de charité, on va faire des affaires. En face, quelles stratégies sont élaborées par la France et l’Europe ? Rien, le désert, un grand vide intellectuel provoqué par l’ombre portée de cet ajustement structurel.

Seule note d’espoir aujourd’hui : le secteur privé. Normalement à l’affût d’opportunités et de marchés, il se retrouve avec les Chinois comme acheteurs, comme fournisseurs, comme co-investisseurs. Sans complexe, car en partie ces entreprises chinoises sont d’ailleurs des filiales des grandes industries françaises et européennes.

Les interrogations des Africains

Ousmane Blondin Diop  © CADE
Ousmane Blondin Diop © CADE

A travers « ce livre alerte dans l’esprit », Ousmane Blondin Diop a vu une « forte générosité pour l’Afrique ». Sa première réaction est de s’interroger sur ce que signifie le mot « temps » dans le titre. Est-ce une ère nouvelle qui s’ouvre ? Est-ce l’heure, mais de quoi ? L’Afrique a-t-elle atteint une étape de référence ? Est-ce l’éveil de l’Afrique ? Dans le corps de l’ouvrage, il est question de « rattrapage économique ». Or la situation économique africaine ne peut être globalisée, car la mondialisation ne se vit pas partout de la même façon. Certaines régions sont au début de leurs contacts avec la modernité, ailleurs c’est déjà New-York et internet. Il faut donc apprécier les résultats économiques de façon micro et pas seulement macro. L’une des conditions pour que la croissance dure est que tous y gagnent. Or dans le système actuel, on a l’impression que la mondialisation bénéficie à quelques-uns et pas à tous et que ses effets entraînent un très fort déséquilibre entre les continents.

Après l’heure des Indépendances, c’est l’heure des bilans. Le regain d’intérêt des pays anciennement puissants et des nouveaux pays émergents donne l’impression que l’Afrique va vers une destination qu’elle n’a pas choisie et qu’elle est portée par l’extérieur. Est-ce une revanche sur son passé colonial, le bilan d’une décolonisation mal digérée, la rupture avec les années de mauvaise gestion ? Ou est-ce le temps, plus radieux, d’une renaissance ? Pour les sociétés civiles, il est sûr que nous sommes pris entre un nouveau colonialisme, qui ne dit pas son nom, et un abandon de l’Europe, de la France pour les francophones. En fait, l’Afrique se débrouille dans le monde, mais elle n’est pas acteur de son destin.

Le côté novateur du livre est la démographie. En tant que gestionnaires de ces pays, il faut craindre que lorsqu’il y aura la croissance et le peuplement, nous n’aurons peut-être pas les moyens de faire face aux deux : les infrastructures, les services sociaux, l’éducation risquent de manquer.

Avec l’ajustement structurel, un modèle de démocratie, plus ou moins formelle, a été finalement accepté par tous. Les Européens nous ont apporté la démocratie sans nous faire bénéficier des valeurs qui vont avec. C’est ainsi que les Droits de l’Homme étant universels, O. Blondin Diop, n’admet pas que ceux applicables en Europe ne le soient pas en Afrique.

Démocratie et développement ? En Afrique, nous n’avons pas su mettre en place, en même temps que la démocratie politique, des institutions - municipalités, communautés rurales, cadres économiques - suffisamment stables, fortes et légitimes, pour assurer la durabilité de la démocratie. C’est pourquoi la démocratie économique et sociale est plus importante que la politique. Enfin dernière interrogation : comment sortir de la mentalité du colonisé ? Cela concerne les élites et les masses, de telle sorte qu’un Africain, libéré de cette chape, puisse aborder son avenir avec confiance, sans complexe. Pour qu’un projet de développement réussisse, il faut que les gens se l’approprient. Pour cela ils doivent être informés et le projet doit épouser les contours et les valeurs de la société. ◘

Le débat

En introduction, Georges Courade souligne quelques points traités dans le livre et effleurés dans l’exposé : la diversité des Afriques, l’aide publique, l’urbanisation avec jardins, la nécessaire innovation pour mettre en valeur les ressources, grâce à la recherche.

Les sujets abordés par les auditeurs témoignent de leurs centres d’intérêt : les modèles de développement asiatiques et autres ; l’environnement ; la vente des terres ; le dynamisme africain ; les valeurs culturelles ; les APER de l’Union européenne, le NEPAD ; l’Afrique du Sud;le Sida;la « colonisation » chinoise ; la mobilisation des ressources internes ; les relations avec l’Amérique du Sud.

L’ivresse de la liberté

Olivier Ray intervient en répondant sur plusieurs domaines. Le livre ne veut pas entrer dans le débat afro-optimisme /afro-pessimisme. Il met en lumière les défis et les opportunités. Dans leur équilibre précaire, l’aide publique au développement peut jouer un rôle fondamental en faisant pencher la balance du bon côté et en se concentrant sur les goulots d’étranglement : environnement, politiques publiques économiques, investissements en infrastructures. Quel « temps » ? C’est celui où sont réunies les possibilités d’une croissance endogène. C’est aussi l’heure d’une seconde indépendance. Les trois tutelles successivement imposées : politique pendant la colonisation, militaire en 1960 à cause de la guerre froide, financière en 1990 avec l’ajustement structurel, tendent à disparaître dans les années 2000. C’est l’ivresse de la liberté pour les hommes, pour les décideurs subsahariens, qui ont à choisir les modes de gestion d’une trajectoire compliquée.

Au plan culturel, les auteurs ont voulu balayer les thèses culturalistes,qui,ilya50 ans, condamnaient l’Asie à la misère, à cause de Confucius, et qui aujourd’hui trouvent, chez le même Confucius, les causes de la croissance. La culture n’est pas figée, elle est dynamique et évolue avec son temps. Il en sera de même en Afrique.

La démocratie ne s’impose pas par le haut ni de l’extérieur, comme on le craignait. Elle arrive par le bas, par le combat permanent de la société civile.

Quant aux « modèles de développement », beaucoup ont échoué parce que plaqués et inventés ailleurs. Aujourd’hui les professionnels constatent qu’ils sont orphelins de modèles standards. Il faut co-inventer de nouveaux modèles, un travail à faire ensemble, pays industriels et pays du Sud.

En conclusion, une interrogation : quelle sera l’attitude des gouvernements français et européens, vis-à-vis de la métamorphose du sous-continent, où un Africain sur deux a moins de 25 ans ? C’est porteur d’un dynamisme difficile à mesurer pour nos société vieillissantes. Continuer avec l’Afrique connue ou se brancher du côté de la société civile, des acteurs économiques qui émergent, des jeunes, voila le choix. Les Américains investissent déjà dans des programmes destinés à repérer les jeunes leaders. Les réseaux européens en Afrique n’ont même pas l’âge médian des Africains : c’est un problème.

Pas de liens formels entre ...

Jean-Michel Severino prend la suite et répond brièvement à quelques questions.

Dans le livre, l’Afrique est présente dans sa diversité, en fonction de la croissance économique des régions. Pour l’avenir cette diversité s’accroîtra avec une complexification culturelle. Il n’y a pas de lien formel entre une bonne politique et de bons résultats, qui peuvent être liés à un contexte géographique particulier. Comment les Africains se perçoivent-ils dans le monde ? On ne le saura sans doute pas, car il n’y aura jamais une opinion publique moyenne africaine. Démocratie et corruption ne sont pas liés, ni ensemble ni séparés. Le niveau de scolarisation et le succès économique ne le sont pas davantage : la Corée était très scolarisée et la Thaïlande pas, or ces deux pays ont réussi.

A propos de l’attrait des terres agricoles, il n’y a aucune coordination, c’est la curée. Mais ce n’est pas, a priori, scandaleux. Un pays peut être déficitaire sur le plan alimentaire et connaître la croissance, c’est le cas de la Chine. Les relations avec l’Amérique du Sud sont faibles, mais le Brésil n’ayant pas de besoin et n’ayant pas d’excédents à exporter, elles dureront surtout sur le plan politique et culturel.■

Robert Ginésy

Jean-Michel Severino, Olivier Ray. « Le Temps de l’Afrique ». Odile Jacob