Regards croisés sur 50 ans d’indépendance africaine

1ère table ronde du 13 avril 2010

Présentation

Cinquante ans après les indépendances, que sont devenus les 17 Etats sortis de la période coloniale ? Comment se dessine leur avenir ? Ces tables rondes, placées sous le parrainage du FORIM, sont consacrées à un moment phare de l’histoire africaine récente. Elles réunissent des témoins de cette période qui a suscité tant d’espoir. Il sera question des transformations de la société coloniale, de la place de la culture et de la formation dans les politiques mises en oeuvre, de l’incidence de l’héritage colonial et du cheminement de la dépendance vers la souveraineté. Interviendront : Ousmane BLONDIN DIOP, diplomate à la délégation du Sénégal auprès de l’UNESCO ; Bernard DUMONT, ancien directeur de cabinet de ministres du travail soudanais, puis maliens, expert auprès d’associations dans le domaine social et éducatif ; Philippe HUGON, professeur émérite à l’Université Paris X Nanterre, directeur du Comité scientifique de la revue « Tiers Monde » ; Franck O. IGUE, ancien fonctionnaire de l’OCDE, chercheur en sciences sociales ; Patrice YENGO, anthropologue, professeur à l’EHESS. Anne-Cécile ROBERT, rédactrice en chef adjointe du « Monde diplomatique » sera la modératrice.

Jean-Loïc Baudet © CADE

En introduction Jean-Loïc Baudet, président de La CADE, salue d’abord le parrainage du FORIM (Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations), qui traduit la parenté de nos démarches et confirme que l’action de La CADE n’est pas tournée seulement vers l’Afrique, mais aussi vers sa diaspora qui se manifeste par son dynamisme et sa capacité d’entreprendre. Il situe ensuite le contexte des tables rondes. Depuis 50 ans, nous assistons à un changement d’époque, un changement démographique, un changement des partenaires de l’Afrique avec la présence des pays émergents d’origine asiatique et latino-américaine. Ensemble, ils entraînent un changement dans les profondeurs de la société africaine. Ce sont à la fois les aspects « macro » et « micro » de ces évolutions qui vont être abordés. Un « Agenda politique abrégé », répertoriant les événements marquants de cette période sera mis sur le Site de La CADE.

Anne-Cécile Robert © CADE

Anne-Cécile Robert, modératrice de la réunion, remercie La CADE d’offrir un espace aussi ouvert et important pour ce débat. Tous les changements, qui se sont multipliés durant cette période, en ont fait un changement d’époque, équivalent à ce qui s’est passé en 1945. Depuis, la géopolitique mondiale est en profonde mutation. L’Europe est marginalisée, le leadership américain s’affaisse, se développent des relations Sud / Sud dans lesquelles l’Afrique est très présente, en espérant qu’elle saura tirer son épingle du jeu pour s’affirmer de manière progressiste au service de ses peuples.

Les mutations au Sénégal

Ousmane Blondin Diop © CADE

Pour nous aussi Africains, commence Ousmane Blondin Diop, il est important de partager un regard croisé sur ces indépendances, que trop souvent nous ne regardons que d’un seul point de vue. Le Sénégal n’est peut-être pas assimilable à d’autres territoires de la région. Si la décolonisation a ponctué la vie politique française, elle a modifié les sociétés coloniales de l’intérieur. Ces transformations sociales auront une incidence sur la suite des événements. Les relations entre colonisateurs et colonisés vont évoluer et les rapports entre ces derniers vont se construire à partir de cette période. De cette première expérience historique découlent des indicateurs sur ce que va devenir la société sénégalaise, dite moderne ou ouverte et indépendante, et ce en quoi elle déterminera le fil de son évolution jusqu’à aujourd’hui.

Le Sénégal, avec Dakar, était la capitale de l’AOF (Afrique occidentale française). Il y avait deux catégories de résidents : les citoyens français habitants des 4 communes (Saint-Louis, Dakar, Gorée, Rufisque) et les autres, tous les autres, dans toute la Fédération, les indigènes. Fonctionnaires français et sénégalais se côtoyaient, sans séparation entre Blancs et Noirs. Ces derniers étaient aussi détachés dans les autres Territoires, comme administratifs, instituteurs, médecins, ingénieurs, auxiliaires de justice… . Ils se considéraient et étaient considérés comme l’élite, parce qu’ils étaient les décideurs. Ce sentiment d’une supériorité du Sénégal sur les autres Territoires aura des effets pervers, notamment en Côte d’Ivoire. Il a contribué à l’échec du projet de fédération et il a également influencé les élections de 1951. Lamine Gueye représentait Saint- Louis et les élites de statut français et Léopold S. Senghor le monde rural, les indigènes. A la surprise générale, ce dernier fut élu. Par ailleurs les Sénégalais, qui avaient participé aux deux guerres mondiales, se considéraient un peu comme Français.

La Conférence de Brazzaville avait admis le principe de la représentation politique des masses africaines et avait essayé de moderniser le système économique de production rurale, pour quitter l’économie de traite. L’élite urbaine et le corps des autorités religieuses, les marabouts, se sont sentis concernés par ces perspectives et ont eu des attitudes ambiguës. Les élites étaient heureuses de l’indépendance, qui les émancipait du système colonial, mais en même temps elles ne voulaient pas l’abandonner, car leurs intérêts y étaient subordonnés. Elles se libéraient du modèle tout en le reproduisant pour conserver leur statut d’élite dirigeante. Les marabouts, grands exploitants agricoles liés au système de la traite, craignaient une limitation de leur influence. Ils apparurent comme conservateurs du passé et ont essayé de combattre le nouveau système de l’intérieur, sans vouloir le détruire. Ils représentaient le monde rural, mais leurs intérêts y étaient opposés.

On se trouve donc en présence de trois acteurs : le marabout qui est le pouvoir religieux, l’élite qui a la connaissance et le pouvoir politique et l’étranger qui est le pouvoir colonial français et le détenteur du pouvoir économique. Le socialisme senghorien s’appuie sur les masses paysannes et va s’opposer aux marabouts. Les représentants des entreprises coloniales voient d’un mauvais oeil la montée du nationalisme et celle de l’élite vers les postes de commande de l’économie. L’élite hésite, elle doit choisir : pouvoir politique et administratif ou pouvoir économique ? Le marabout est l’allié objectif du système économique traditionnel et de la traite arachidière, mais il s’adapte et son autorité morale demeure. A chaque crise il intervient en régulateur. La classe politique dans son ensemble veut une société civilisée, une régulation politique dans l’ordre, sans violence, basée sur les droits des citoyens. C’est ce grand humanisme qui va marquer l’histoire du pays.

Dès le lendemain de l’indépendance on voit émerger la contestation de la politique de Senghor, on voit aussi des élites politisées, radicalisées, des étudiants qui acquièrent une conscience politique et s’attaquent à un régime qui reproduit l’époque coloniale. Tout ceci constitue un mouvement : c’est la naissance d’une classe sociale, plus urbaine que rurale. Les villes et les campagnes n’ont pas les mêmes intérêts dans les voies du développement choisies. Ce développement, c’est le modèle occidental, dit Senghor, qui, intellectuel, n’y voit pas de contradiction avec sa théorie du socialisme africain et de la négritude. Mais la population ne suit pas, car la sénégalisation de la pensée ne s’est pas produite. Le gouvernement n’a pas les moyens de répondre vraiment à la crise du monde rural, où sont pourtant ses électeurs.

En conclusion, on constate que l’indépendance a déclenché ce à quoi on ne s’attendait pas. L’élite était plutôt portée vers le NON, elle s’est autocensurée. Mais plus tard, elle en veut au pouvoir d’avoir accepté. Elle prend alors des positions radicales vis-à-vis de la France et de l’Occident. Mais la masse, qui a reçu l’indépendance sans l’avoir demandée, « fait avec », en demandant des comptes, parce que la vie est difficile. Le gouvernement lui dit que l’indépendance, c’est le chemin et qu’elle exige des sacrifices. C’est un peu un rendez-vous manqué. Au début, le développement économique n’a pas été à la mesure de l’attente. Avec le temps, il y a eu une amélioration. Ici l’habit démocratique est une réalité.◘

La naissance du Mali (ex-Soudan)

Bernard Dumont © CADE

Témoin et acteur, Bernard Dumont raconte ce qu’il a vu au Mali de 1956 à 1961. Quatre idées s’en dégagent.

Tout d’abord le caractère progressif de l’indépendance. Depuis 1945 dans l’Union Française, les anciennes colonies étaient appelées « Territoires d’Outremer ». Ils étaient dotés d’un gouverneur français et regroupés au sein de Fédérations (AOF et AEF – Afrique équatoriale française). Deux députés par Territoire siégeaient au Parlement français. Ils pouvaient devenir ministres, tel Houphouët-Boigny, qui a fait abolir le travail forcé.

L’étape suivante, en juin 1956, est la loi-cadre de Gaston Defferre, qui prévoit dans chaque Territoire un conseil de gouvernement de douze membres, élus par le conseil territorial, lui - même élu au suffrage universel. Le 27 mai, ces conseillers prennent le titre de ministres et le premier d’entre eux est vice-président à coté du gouverneur.

Autre étape. En septembre 1957, le RDA (Rassemblement démocratique africain) réunit son premier Congrès à Bamako, avec des représentants de tous les Territoires de l’AOF et de l’AEF. La question du regroupement de ces territoires en conservant le lien fédéral, est posée. Houphouët-Boigny, président du RDA, s’y oppose. Il en ressortira seulement une pseudo Fédération de quatre Territoires (Dahomey, Haute-Volta, Sénégal, Soudan).

Troisième étape avec De Gaulle qui lance le référendum constitutionnel du 30 Septembre 1958 pour la constitution de la Communauté francoafricaine. La Guinée refuse, le gouvernement nigérien voulait aussi refuser, mais finalement le OUI l’a emporté. Devenus des Etats, les Territoires ont la possibilité d’accéder à l’indépendance.

La Haute-Volta (Burkina Faso actuel) et le Dahomey (Bénin actuel) s’étant retirés, la Fédération ne compte plus que le Sénégal et le Soudan (Mali actuel). En avril 1960, la Fédération est indépendante. Elle signe en juin les accords de coopération avec la France. Mais le 19 Août, elle éclate. La république du Sénégal est immédiatement proclamée et la république du Soudan le sera le 22 septembre. Le film « Demain à Nanguila » de Joris Ivens décrit l’ambiance et les festivités qui ont entouré cette proclamation. Les dirigeants choisissent l’option socialiste, d’où parti unique, plan quinquennal, sociétés d’Etat, centres de développement rural pour une agriculture moderne, regroupement de la jeunesse…

Dernière idée, qui était la grande idée de l’époque. « Compter d’abord sur ses propres forces », car les responsables étaient conscients des difficultés à venir et des risques et limites de l’aide étrangère. Il fallait constituer tout le corps de fonctionnaires, dans tous les domaines. Ils ont mis en place une Ecole nationale d’administration. Ils ont organisé cinq stages de formation pour les activités de jeunesse. Ils ont créé un service civique pour inculquer un sentiment de fierté nationale aux jeunes. Des terres ont été attribuées aux chômeurs. Enfin « l’investissement humain », enrôlait les volontaires des villages les plus proches comme maind’oeuvre sur les chantiers de construction et d’entretien nécessaires au développement du pays.◘

Chaque société construit sa modernité

Philippe Hugon © CADE

Anne-Cécile Robert trouve passionnantes les interventions d’O. Blondin Diop et de B. Dumont. En effet, alors que depuis quelques années on est dans une présentation binaire et schématique de la période coloniale entre les bons et les méchants et que cela ne sert ni la mémoire ni l’histoire, avec ces intervenants, on est dans l’interaction humaine et politique et cela nous rapproche plus de la vérité que les grands anathèmes moraux.

Philippe Hugon rappelle que la situation varie d’un Etat à l’autre. En 1960, le Cameroun n’était pas une colonie, mais un protectorat des Nations Unies. Il fut le lieu de grandes violences : émeutes conduites par l’UPC, mouvement indépendantiste d’inspiration marxiste, considéré comme proche de l’Union soviétique, répression meurtrière par l’armée française, notamment chez les Bamiléké. L’indépendance n’était pas inscrite à l’avance. La présence de la France était très forte. La « Communauté franco-africaine » n’a disparu officiellement qu’en 1995. Ce qui explique la poursuite par la France de fonctions régaliennes : accords de coopération militaire, zone franc nécessaire au maintien de l’unité monétaire des deux ex-Fédérations.

L’expression Françafrique ne couvre pas toutes les relations entre la France et l’Afrique. Il y a sans doute encore des réseaux, mais la réalité c’est qu’en 1960, 40 % du commerce extérieur français se faisait avec le « pré carré » et moins de 2 % aujourd’hui. Les grandes entreprises françaises n’y sont plus, sauf quelques-unes pour le pétrole, les travaux publics ou les services. Les intérêts économiques sont hors de la zone Franc, en Afrique du Sud, au Nigeria, en Angola.

La chute du mur de Berlin a provoqué une rupture radicale dans la position de la France vis-à-vis de l’Afrique. Il n’y a plus de surenchère géopolitique. L’avenir de la zone Franc est en question. D’un côté, il y a l’euro, de l’autre des Banques centrales africaines. On parle de monnaies nationales ou régionales comme l’Union économique et monétaire Ouest-africaine (UEMOA). Il y a encore 10.000 militaires français, soit 4 fois moins et ils ne sont pas tous dans la zone Franc. Il n y a plus que deux bases. Cette présence est largement européanisée pour la formation des armées nationales. Les interventions ont lieu dans un cadre multilatéral. On s’interroge actuellement sur ce qu’il convient de faire, compte tenu de la présence américaine et de celle, plus discrète, de la Chine.

Il y a une spécificité des relations entre la France et l’Afrique mais les enjeux ne sont plus les mêmes : diversification des partenaires africains, multiplication des acteurs extérieurs au continent avec les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Union européenne. Des relations de type colonial subsistent, complexes et complexées, taxées d’indifférence ou d’ingérence. Il y a un retrait relatif, mais le cordon ombilical n’a pas été rompu, comme entre la Grande- Bretagne et ses anciennes colonies.

En quoi est-ce que la crise a influencé la situation ? Yaoundé n’est plus reconnaissable, c’était un village, aujourd- ’hui c’est une ville, avec des buildings, plusieurs universités. On communique par internet. La croissance de l’ensemble du continent a été recalculée. C’est une exception au niveau international. L’Afrique a perdu des parts de marchés. Mais une enquête sur les ménages a été faite en se basant sur les biens durables dont ils disposent, sur leur niveau d’éducation, de santé, sur les indicateurs sociaux. Le PIB n’est pas stagnant. Il y a des zones de drames, de conflits, mais ils sont nettement moins importants qu’au moment des indépendances, il n’y a pas de grandes guerres, il y a des risques de conflits localisés. On trouve un niveau de revenu ne correspondant pas aux données macro-économiques. Mais c’est parce que 90 % de l’activité n’est pas enregistrée, car elle passe par l’activité urbaine informelle, par la contrebande et par des voies mal connues. Par rapport à la compétition internationale, il y a une exception africaine. Mais si l’on regarde l’évolution de l’espérance de vie, du niveau de scolarisation, de la santé, il n’y a pas stagnation. L’Afrique évolue, elle est entrée dans l’Histoire. Il reste bien sûr des problèmes permanents : le religieux et le politique. En politique, il y a un double registre : à l’extérieur un souci de légitimation ; à l’intérieur les rapports avec les chefferies traditionnelles. On était en présence de religions rurales basées sur l’oralité, c’était l’animisme, le polythéisme. Aujourd’hui dominent les religions monothéistes, religions du Livre, avec l’Islam, les églises évangélistes, en ville comme à la campagne. A ces fondamentaux s’ajoute la pression démographique.

Il faut, conclut P. Hugon, éviter les oppositions binaires entre tradition et modernité. Chaque société construit sa propre modernité. Il n’y a pas de modèle. Chacune agit par métissage, syncrétisme, hybridation, par des entrées multiples. Pour comprendre l’évolution, il faut voir comment des sociétés, différentes géographiquement et culturellement, avancent leur propre modernité. Il n’y a pas permanence de l’Afrique des indépendances, il n’y a pas non plus rupture, c’est une continuité réinterprétée historiquement. ◘

Le Débat

Les questions et les interventions du public portent sur les domaines suivants :

Le panafricanisme ; l’histoire dans ses silences et sa réécriture avec des zones d’ombre, très névrotique ; comment la jeunesse peut échapper au manichéisme ; lors de la formation des coopérants, on a dit, pendant 50 ans, que la coopération française était ambiguë, complexe, contradictoire et aléatoire ; quand la France arrêtera-t-elle de donner avec les indépendances et de reprendre avec la coopération ; l’UPC (Union des Populations camerounaises) manifestait la volonté d’émancipation des populations, elle n’était pas liée à l’URSS, elle a été taxée de marxisme léninisme par les colons ; la présence des castes dans l’évolution sénégalaise ; l’idée de l’indépendance est née au Togo en 1958 ; les dérives démocratiques remontent à Foccart, un homme d’affaires ; le pouvoir d’achat au Togo a été divisé par 3,5 ; l’intégration africaine ; les organisations paysannes.

Les réponses des intervenants ont été regroupées ici sous leur nom :

A propos de l’histoire, Ousmane Blondin Diop rappelle que celle de l’Afrique a été menée sous l’égide de l’UNESCO. Pour l’histoire contemporaine certaines archives ne sont pas accessibles. Il faudrait l’écrire ensemble, colons et colonisés, les esprits étant maintenant moins passionnels. L’élite est multiple, elle est née de la période coloniale. Elle s’est reproduite dans un système économique, dans une hiérarchie. Les élites ce sont aujourd’hui des cadres administratifs, des chefs religieux, des universitaires. Quant à l’ambiguïté des rapports France Afrique, il faut se souvenir que dès 1965 la coopération a changé : les coopérants ont diminué en nombre, l’administration s’est sénégalisée. Les rapports économiques se sont modifiés. Aujourd’hui la France est d’abord européenne, avant d’être africaine. Une normalisation de ces relations pourrait venir de la globalisation, en jouant avec les nouveaux acteurs : Etats-Unis, Chine, Inde. Elle ne se fera pas dans un tête-à-tête. Les castes existent dans la vie sociale, mais elles ne sont pas discriminantes. Elles s’estompent d’ailleurs à cause de l’enrichissement et de la montée des classes moyennes et parce que les mentalités évoluent avec le monde moderne. Lorsque l’UNESCO a fait des statistiques sur l’éducation, elle s’est aperçue que les ménages consacraient souvent 30 % de leur budget à l’éducation des enfants. C’est une contribution qui ne peut être comptabilisée.

Philippe Hugon redit que d’après les travaux d’Um Niobe, son leader, l’idéologie de l’UPC, mouvement de lutte pour l’indépendance, était plutôt d’inspiration marxiste. Il y a eu aussi le rôle des grandes puissances dans le processus d’indépendance. Les comptes nationaux sont de très mauvaise qualité, car les indicateurs de base ne sont pas fiables. Une étude récente et sérieuse, basée sur des enquêtes « ménages », augmente le taux de croissance de 2 à 3 points. De toutes manières, le PIB national n’est pas celui des habitants. Lorsque le pays est en guerre ou s’il y a du pétrole, les résultats diffèrent nécessairement. A propos de l’Histoire, il rappelle qu’a été lancé au Mali un travail franco-malien, à l’image de ce qui a été fait entre la France et l’Allemagne. Les écrivains étrangers sont aussi une source distanciée et souvent remarquable.

Bernard Dumont fait observer que la population a doublé voire triplé et que le ravitaillement a suivi, sauf dans les zones de guerre. Il a constaté que pour tous les responsables africains le panafricanisme est essentiel dans l’esprit, mais pour sa mise en pratique, c’est plus difficile.■

Robert Ginésy