Cycle II : « La libération de la capacité d’entreprendre en Afrique »

1. « Nouvelle donne de l’entreprise et des entrepreneurs africains »

Présentation

De gauche à droite : X. de Franssu, Gilles Béville, Thierry Chambolle, Roland Portella, Yves Ekoué Amaïzo et Bocar Bakaga.  © CADE
De gauche à droite : X. de Franssu, Gilles Béville, Thierry Chambolle, Roland Portella, Yves Ekoué Amaïzo et Bocar Bakaga. © CADE

Cette première rencontre- débat du cycle « La libération de la capacité d’entreprendre en Afrique » présentera « l’entreprise » en Afrique, ses diverses facettes, ses défis. Elle sera animée par Roland Portella, directeur de Central Business Leader et administrateur de la CADE. Interviendront successivement Xavier de Franssu, viceprésident de la CADE, président fondateur du GIPA (Groupement interprofessionnel pour l’automobile » en Côte d’Ivoire, Gilles Béville, responsable du soutien aux PME africaines à la Direction générale de la mondialisation, des partenariats et du développement au Ministère des affaires étrangères et européennes, Thierry Chambolle, président d’AGIRabcd, président de la commission PME au Haut commissariat à la coopération internationale (HCCI en 2007), Yves Ekoué Amaïzo, consultant international, directeur de Afrology et Bocar Bakaga, directeur de African Food Industries.

Quoi de neuf depuis une enquête PME/PMI de 1997

Xavier de Franssu © CADE
Xavier de Franssu © CADE

Introduction

En ouvrant la séance, Jean-Loïc Baudet, Président de la Cade, présente les raisons de l’organisation d’un cycle de rencontres débats sur l’entreprise. Il a constaté qu’en ce moment, une multitude d’initiatives sont prises par différents organismes, tant en Europe qu’en Afrique, sur la thématique de l’entreprise.

Au-delà de l’intérêt sur cette question qui est d’actualité, existe donc un dynamisme dont il faut saisir les réalités.

Avant de donner la parole au premier intervenant, R. Portella imagine une femme entrepreneur qui réalise un chiffre d’affaires de 20 millions d’€ dans la sous-traitance pétrolière. Cette entreprise qui développe de très bonnes compétences et un bon « business model », à telle enseigne que des partenaires étrangers sollicitent souvent cette entreprise pour réaliser des affaires localement. Est-ce que ce modèle existe et peut exister actuellement en Afrique ?

Quoi de neuf depuis une enquête PME/PMI de 1997

Xavier de Franssu présente le rapport sur les PME/PMI africaines que la CADE a réalisé en 1996/7 et qui fit l’objet d’une rencontre débat le 21 janvier 1997 (cf La Lettre n° 8).

Ce rapport était issu d’une enquête menée sur le terrain en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Cameroun, avec le soutien du Comité français de solidarité internationale (CFSI).

L’objectif visé était de mieux faire connaître la place et le rôle des PME/ PMI africaines. Des investigations avaient été menées auprès des bailleurs de fonds telles que la Caisse Centrale de Coopération Economique (devenue l’AFD), la Banque mondiale, des organismes professionnels locaux d’appui aux entreprises.

D’une manière générale, ce rapport constatait :

  • une prépondérance des grandes entreprises notamment étrangères
  • un grand nombre de petits artisans commerçants locaux, n’intéressant pas les banques ; • des PME sans réelle visibilité, faute de moyens et de stratégie clairement définie ;
  • une forte présence des Libano- Syriens dans les PME, (à titre d’exemple 40 % des entreprises industrielles appartenaient aux Libanais en Côte d’ivoire) ;
  • que la moitié des PME ne communiquaient ni le montant de leur capital, ni leur chiffre d'affaires, d'où la difficulté à évaluer leur place par rapport aux autres secteurs.

Les résultats au niveau des Etats étaient les suivants :

  • au Burkina : le secteur intermédiaire des PME/PMI apparaissait faible à côté de la pépinière de petites ou micro entreprises formelles ou non. Le tissu industriel étant très faible, il y avait très peu d'échanges intra industriels;
  • au Cameroun : le Centre de recherche et d'études en économie et sondage (CRETES) disposait d'un fichier de 2.800 entreprises et réalisait régulièrement un bilan de l'activité des PME. 67 % d'entre elles étaient détenues à 100 % par des intérêts camerounais. Le chiffre d'affaires moyen annuel des PME était de 110 millions, avec de grandes disparités. Certaines PMI réalisaient un chiffre d'affaires avoisinant les 500 millions de F CFA, voire plus.

Une entreprise sur deux avait recours aux tontines lors de sa création, ce qui n’excluait pas que la même entreprise puisse avoir recours à d'autres sources de financements.

  • En Côte d’Ivoire : le secteur privé regroupait 8.000 entreprises dont seulement 20 % avec capitaux ivoiriens. La majorité de ces entreprises était détenue par des intérêts étrangers : français en premier lieu, libano- syriens et autres nationalités mais seules 2.400 étaient en règle avec le fisc. Les PME/PMI représentaient 30 à 35 % des entreprises privées ; elles constituaient 17 % de la valeur ajoutée et 16 % des emplois. Les Libano-Syriens sont devenus majoritaires dans toutes les catégories.

Forts de ces constats, on pouvait s’interroger :

  • es PME dont l'actionnariat et le management étaient contrôlés à 100 % par des Africains, obéissaientelles à une rationalité interne ou externe ?
  • comment la hiérarchie managériale conciliait-t-elle la culture d'entreprise avec la culture ou les cultures africaines ?
  • ces PME africaines avaient-elles comme finalité une création et une accumulation de richesses orientées vers une croissance économique locale ou pour tirer des profits réinvestis à l’étranger?

L’enquête a permis de distinguer 4 catégories d’entrepreneurs :

  1. Selon les pays, certaines ethnies avaient toujours eu une tradition séculaire dans le commerce, c’est la première catégorie. Les Mauritaniens en Afrique de l’Ouest, les Bamilékés au Cameroun, les Haoussas au Niger et au Nigeria, les Soninkés et les Dioulas au Mali. Ces opérateurs étaient déjà présents dans le secteur de la commercialisation et de la distribution, après le transfert des comptoirs de brousse des grandes compagnies.
  2. Une deuxième catégorie d'entrepreneurs était constituée d'anciens fonctionnaires ou d'anciens salariés d'entreprises publiques.
  3. La troisième catégorie était des porteurs et créateurs de micro projets souvent issus du secteur informel.

    Dans ces trois premières catégories, on retrouvait les entrepreneurs qui avaient une tradition d'activités commerciales mais qui n'avaient pas souvent le «réflexe industriel», à savoir passer au stade de fabrication des produits et leur transformation en produits durables.

  4. La quatrième catégorie était constituée d'entrepreneurs qui maîtrisaient parfaitement les outils de gestion et du management. Issus le plus souvent des grandes écoles occidentales, ils étaient aptes à reprendre des entreprises existantes ou à en créer de nouvelles.

Des recommandations découlaient de toutes ces observations :

  • la mission clé des établissements financiers, devrait être de mieux accompagner et conseiller les projets d’entreprise aussi bien dans les phases de création que dans leurs développements, à l’instar du CEPME (Crédit d’Equipement des Petites et Moyennes Entreprises) ou des SDR (Société de Développement Régional) en France;
  • tout en réfléchissant sur les moyens et les modalités de mise en place de systèmes de garantie mutualiste, il fallait harmoniser les politiques industrielles au niveau régional ou sous régional, (ce que souhaitent les jeunes entrepreneurs) afin de permettre aux PME d'élargir leur marché et avec l’appui des Etats pour les exportations.

En conclusion, le rapport dresse quelques constats :

  • les PME/PMI ont longtemps été mal connues par suite du flou de leurs définitions, de l’insuffisance d’informations à leur sujet ;
  • l’environnement (service bancaires, fiscalité, infrastructures de communication) leur étaient rarement favorable ;
  • les organismes et les programmes d’aide et d’appui aux PME étaient multiples et divers, ce qui ne contribuait ni à la transparence, ni à l’efficacité.

Les PME/PMI ne constituent pas aujourd’hui, certes, l’unique moteur de la croissance en Afrique, mais elles ont prouvé et le prouvent encore qu’elles en sont le « moteur essentiel », permettant l’élargissement et le renforcement d’une société civile émergente, africaine, qui tend à équilibrer les forces face au pouvoir. R. Portella confirme qu’il y a un manque de visibilité et de communication de la part des entreprises car elles veulent éviter les pressions, notamment fiscales, qui en résulteraient.

Les banques trouvent les projets des entrepreneurs insuffisamment bancables en raison du manque de modélisation de leurs « business, » même s’ils maîtrisent leurs outils de production.

Les PME, le chaînon manquant

Gilles Béville © CADE
Gilles Béville © CADE

Gilles Béville a travaillé dans l’accompagnement et l’information donnée aux entreprises en Afrique. Celles-ci se trouvent actuellement dans un environnement international favorable au moins en ce qui concerne l’engagement. Des organismes comme la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce Et le Développement) insistent sur la nécessité de renforcer la capacité productive des Etats.

Comme facteur du développement d’un tissu entrepreneurial, la démographie est importante. Il y a actuellement un début de transition avec un dividende démographique qui peut être une opportunité mais aussi un facteur bloquant de développement si la population active n’est pas absorbée par le marché du travail. Or, on constate :

  • une croissance rapide de la jeunesse (63 % moins de 25 ans, soit 540 Millions en 2010);
  • une augmentation de plus de 50 % des arrivées sur le marché du travail en 20 ans (17,5 M / an en 2010, 27 M en 2030);
  • de 2010 à 2050, la population active devrait être multipliée par 2, voire par 3 dans 41 sur les 48 pays de l’Afrique subsaharienne. Le marché de l’emploi s’analyse par :
  • une difficulté des jeunes et des femmes à s’insérer;
  • une prépondérance de l’agriculture et des agricultures familiales dans l’emploi (population agricole = 60 %, qui absorbe entre 50 et 60 % de la population active);
  • un faible dynamisme des secteurs secondaire et tertiaire d’où la création d’activités dans le secteur informel (70 à 90 % de l’emploi non agricole).

La PME est le fameux chaînant manquant, entre les grandes entreprises et le secteur informel hypertrophié, mais celui-ci représente 80 % des créations d’emploi, 50 / 60 % du PIB, en moyenne en Afrique subsaharienne. Des politiques attractives permettraient sa formalisation.

Il existe encore des contraintes au développement de l’entreprise que sont le manque d’Etat de droit dans certains pays, l’environnement monétaire tel que l’arrimage du Franc CFA à l’euro, qui est peut être un facteur bloquant, ainsi que les infrastructures insuffisantes.

Dans l’accompagnement, les services financiers comme la micro finance se sont développés, il faut mettre l’accent sur la méso finance qui correspond aux financements des entreprises moyennes, se situant entre le haut des financements en micro et le bas des financements bancaires. Ce secteur constitue actuellement un vide, il faut trouver des programmes et des produits de méso finance que ce soit en fonds de roulement ou pour les investissements.

Certes l’entreprise a besoin de liquidités mais les services non financiers sont aussi importants, voire plus, que les services financiers. L’information bien ciblée est capitale pour gagner de la productivité. Ce sont les services de formation, information, conseil, transferts de technologies, d’aide à la structuration de partenariats et groupements interentreprises qui manquent le plus.

Malgré ces contraintes, il faut voir des outils qui ont marché, c’est le cas du compagnonnage industriel. Il s’agit de la constitution de couples d’entreprises du Nord et du Sud, avec une méthodologie précise, étude et diagnostic d’un plan de faisabilité, qui crée des partenariats techniques, financiers, de réalisation d’exportations.

Ces partenariats peuvent déboucher sur une coentreprise, ce qui est le cas de 45 % des projets.

Le Ministère des affaires étrangères et européennes a mis en place un programme sur 10 ans, de 1995 à 2005. Ce programme portait sur 250 projets, un investissement de 630.000 € et le montant total effectif des projets a été de 6 millions d’€, soit un levier financier de 1 à 10.

G. Béville donne deux exemples d’outils d’accompagnement sur lesquels il a travaillé en tant que coopérant à Madagascar. :

  • Le CITE (Centre d’Information Technique et Economique) a été pendant 15 ans au service des TPE (très petites entreprises). Il apportait une formation « sur mesure », pour artisans et micro entrepreneurs, l’appui - conseil pouvant aller jusqu’au diagnostic, à l’expertise, à l’animation de filières et l’aide à la création de réseaux.
  • L’AAFEX (Association Afrique agro Export) regroupe des entrepreneurs de l’agro-alimentaire pour les aider à atteindre certains marchés à l’exportation ou à améliorer leur démarche « qualité », notamment phytosanitaire.

En conclusion, il apparaît que les politiques d’aide et de coopération doivent être mieux axées sur le soutien aux entreprises et qu’il faut une approche territoriale de ces politiques pour une prise en compte globale de l’entreprise avec son environnement.

En guise de transition, R. Portella insiste sur la nécessité de réfléchir à la culture d’entreprise dont les modes d’organisation occidentaux ne sont peut être pas compatibles avec la culture africaine et de lutter contre l’isolement de l’entrepreneur par les réseaux qui apportent plus de punch et entraînent plus d’initiatives.

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Faiblesse de l’aide aux PME africaines

Thierry Chambolle © CADE
Thierry Chambolle © CADE

Thierry Chambolle, qui présidait au HCCI une commission économique sur les PME en Afrique, explique que l’étude a débuté sous l’angle de l’observation de la responsabilité sociale des entreprises du Nord dans leurs actions dans les pays du Sud. La commission exhortait ces entreprises à externaliser un certain nombre de leurs fonctions, pour permettre la création d’un tissus de PME de sous-traitance au Sud. De 2005 à 2008, elle a analysé, avec des élèves de l’Institut supérieur des techniques d’outre-mer (ISTOM), les structures d’appui aux PME africaines, dans 9 pays de l’Afrique sub saharienne.

Deux problèmes sont apparus :

  • la difficulté d’avoir des statistiques fiables pour analyser le tissu des PME ;
  • la légitimité ou pas du secteur informel a fait l’objet d’un vif débat, car la coopération officielle ne s’adressait qu’au secteur formel, alors que dans certains Etats l’informel était prépondérant et souvent concurrentiel.

Le rapport portait sur 3 points :

  • les marchés : un programme de regroupement des zones de marchés a été élaboré ;
  • l’environnement des affaires : en l’absence de structures patronales fortes, le secteur privé était objet de prédation de la part des représentants du secteur public ; il fallait en outre arrimer le F CFA à un panier de devises et pas seulement à l’euro ;
  • les appuis financiers et non financiers : la méso finance devait être plus développée, ainsi que les systèmes de garanties aux financements ; les appuis techniques et de formation des différents organismes français devraient être plus poussés, à l’instar de la coopération néerlandaise qui est beaucoup plus efficace et qui allie mieux coopération et commerce, alors que la France a un débat plus idéologique de séparation entre aide et commerce.

Heurs et malheurs des entreprises africaines

Yves Ekoué Amaïzo © CADE
Yves Ekoué Amaïzo © CADE

Yves Ekoué Amaïzo rappelle que pendant longtemps les Etats africains ne se préoccupaient pas du développement local des entreprises car il y avait une gestion patrimoniale des gouvernants africains. La dynamique était la captation de richesses plutôt que la création de richesses, entraînant aussi une fuite des capitaux. Tout cela était défavorable à l’entreprise.

Mais récemment est apparue une évolution du savoir sur « comment créer la richesse ». Elle a été prônée par des intellectuels et des chefs d’entreprises qui interviennent comme conseil auprès des gouvernants africains pour qu’ils puissent mettre en place des outils de promotion de l’entreprise.

Y. E. Amaïzo confirme que des femmes entrepreneurs dans la soustraitance pétrolière existent mais que cela reste marginal, pour répondre au propos imaginaire lancé par R. Portella en début de séance.

Les problématiques des entrepreneurs,aujourd’hui, sont plus liées à la pérennisation de leurs entreprises qu’à la création, du fait de contraintes extérieures à l’entreprise.

Certaines faiblesses des infrastructures, telles que les coupures d’électricité qui font perdre aux entrepreneurs 15 à 20 % de leurs chiffres d’affaires, l’absence de crédits et les ponctions opérées par les Etats et les services publics pénalisent les entreprises du secteur privé. Les coûts d’achat et de transactions sont donc excessifs pour les entrepreneurs, tandis que l’incidence des liens sociaux sur la gestion d’entreprise est souvent négative.

Parmi les insuffisances qui viennent du chef de l’entrepreneur, on peut noter :

  • la recherche trop excessive de visibilité sociale, car il délaisse l’effort pour la performance de son outil de production ;
  • la recherche de rentabilité sur une opération phare quitte à ce qu’elle se démultiplie, au lieu de la rentabilité de l’entreprise d’une manière globale.

Alors qu’en Occident on rencontre une crise de surproduction, en Afrique c’est une crise de production, il faut donc une approche stratégique et systémique de la question. Dans la culture et la gestion d’entreprise, il faudrait avoir une approche de l’« actionnariat », différenciée en fonction des circonstances locales, et non pas rechercher le seul profit au sens occidental.

Une réflexion doit être menée sur l’éthique sociale, sur la socialisation de l’outil de production, mais avec des garde-fous personnels, car certains entrepreneurs qui réussissent se lancent dans des structures patronales et politiques, diversifiées, qui peuvent par la suite les desservir.

Les asymétries de marchés dont profitent certains entrepreneurs les dissuadent de faire des efforts de production, il faut donc qu’ils modifient leurs mentalités.

La formule « dons contre dons », notamment avec la Chine, n’incite pas à la performance des entrepreneurs. Ce qu’il faut, c’est créer de la solidarité contractuelle qui apporte de la compétence réciproque. L’entrepreneur doit culturellement apprendre à penser à conjuguer l’entité entreprise en « Nous », et non à conjuguer son entreprise en « Je », c'est-à-dire ramenée à sa propre personne.

Face aux différents accords de partenariats et traités internationaux économiques, les entrepreneurs sont perdus. Ils ne se sentent pas pris en compte. L’une des solutions pour les soutenir serait que se créent des banques de diasporas africaines qui se focaliseraient sur des investissements à long terme et pas seulement sur la consommation.

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http://amaizo.info/2009/11/10/entrepreneuriat-en-afrique-le-defi-de-la-perennisation/

Le succès de la pâte d’arachide

Bocar Bakaga © CADE
Bocar Bakaga © CADE

Bocar Bakaga rend d’abord hommage à sa mère qui lui a donné le goût d’entreprendre au Cameroun, notamment dans l’agro alimentaire. Elle avait une petite fabrique de glaces et organisait un circuit de vente à la sortie des écoles. Il décida d’aider sa mère à améliorer ses fabrications de yaourts, au niveau congélation et emballage.

Il y a 10 ans, il a observé le marché de la pâte d’arachide et s’est décidé de se lancer en fournissant un boutiquier. Il a pu ainsi commercialiser du beurre d’arachide, en l’empaquetant dans des emballages de récupération.

Ce sont les financements par tontines familiales qui lui ont permis de débuter cette activité, le prêt bancaire étant illusoire pour cette catégorie d’entrepreneurs. Puis il a obtenu quelques petits prêts d’organismes qui réalisaient quelques investissements.

Malheureusement le manque d’information ne lui a pas permis de savoir à temps qu’une sécheresse pointait, qui mit la culture d’arachide en sous production, entraînant rareté de la matière première et l’augmentation de son prix. Il lui a été impossible de faire face.

Lorsque B. Bokaga vient en France il y a 5 ans, il cible la communauté africaine qui consomme des mets faits à base de pâte d’arachide, en particulier celle des foyers d’immigrés, qui représente une masse économique importante. Il reprend alors les outils mécaniques qu’il utilisait au Cameroun, améliore le système de production et acquiert des machines plus perfectionnées afin de faire face aux commandes.

En 2008, le chiffre d’affaires de son entreprise a augmenté de 40 %, mais 2 ans auparavant face à des difficultés dues à la croissance de l’activité et l’insuffisance des capitaux, l’entreprise était en situation critique. Il a pu néanmoins trouver des accords avec ses fournisseurs dont certains ont même participé à une augmentation de capital de l’entreprise.

Selon lui l’entrepreneur africain aujourd’hui est dans la mondialisation et il faut lui faire confiance, d’autant plus que le niveau d’instruction augmente. Son produit, le « Ticadégué », est le symbole des difficultés en Afrique puisque d’autres, non africains, arrivent à faire des dizaines de millions de chiffre d’affaires en se procurant à prix réduit de l’arachide hors d’Afrique et en vendant la pâte aux Africains.

Il considère que son produit doit être une réappropriation symbolique par les Africains de ce qu’ils consomment. C’est la raison pour laquelle il compte en faire un instrument de développement, au Mali, par un transfert de savoir- faire en techniques de stockage et de respect de normes et la mise en place d’un réseau de coopératives de femmes pour la culture et la récolte de l’arachide.

Contact :
AFI France - ZA du Chenet
54, rue du Chenet
91490 Milly la Forêt - France

Plus d'informations  sur le TIGADEGUE:

http://www.youtube.com/watch?v=RBgtkRIilXo

http://www.dailymotion.com/video/x72glb_tigadegue-maquette_lifestyle

http://www.youtube.com/watch?v=WOFnxSD-FlI&NR=1

Le Débat

Le public dans la salle © Lionel Dilhane SANT'ANNA
Le public dans la salle © Lionel Dilhane SANT'ANNA

Entraide et TVA

  • Quels sont les points positifs en Afrique, car la vision donnée par les intervenants ne semble pas très positive ?
  • Une femme, chef d’entreprise au Sénégal, pose la problématique de la TVA, copiée à l’occidentale, n’incitant pas les entreprises informelles à se formaliser alors qu’elles concurrencent parfois les entreprises formelles !
  • Quel est l’impact du rapatriement des capitaux investis en Afrique sur le développement des PME ?

Y. E. Amaïzo : Il existe selon lui une entraide d’entrepreneurs africains qui émergent et constituent des groupes de pression à l’encontre des gouvernants, mais ces groupes ne sont pas encore institutionnalisés ni reconnus officiellement.

La nouvelle diaspora africaine cherche à réorienter ses transferts d’argent de la consommation vers l’investissement, et des fonds commencent à rentrer dans le capital des entreprises africaines.

En dehors de la TVA, c’est tout le système fiscal qu’il faut revoir car il est basé sur la ponction. Il ne favorise pas les entreprises de transformation qui sont les plus taxées, la TVA étant comme en France un impôt injuste. L’Etat ne créant pas d’emploi il faudrait que l’on trouve une incitation pour les entreprises qui en créent.

Il assure que les Etats ne réalisent pas suffisamment d’infrastructures, même quand ils en ont les ressources, d’où la nécessité de renforcer la responsabilité sociale des entreprises qui peuvent les réaliser. 70 % des capitaux en Afrique quittent le territoire, y compris l’argent octroyé par les bailleurs de fonds, qui repart dans des paradis fiscaux.

B. Bakaga : Il estime que les impôts se doivent d’exister car ce sont des ressources indispensables aux Etats qui doivent créer des infrastructures sociales et de développement tels que les hôpitaux et les routes.

Les PME africaines face aux entreprises étrangères

  • Que va devenir la PME africaine dans un contexte où dans certains pays comme la Côte d’Ivoire 40 à 45 % des entreprises et du parc immobilier appartiennent aux communautés étrangères ?

Y. E. Amaïzo : Les gouvernants africains sont faibles par rapport aux communautés étrangères, ce qui ne facilite pas le développement des PME locales.

L’une des solutions serait de subventionner des PME africaines de croissance qui peuvent faire du profit, sinon elles disparaîtront. Par exemple en Zambie 25 % des oeufs sont fournis par des Chinois, ce qui crée des tensions pouvant aller jusqu’au racisme.

B. Bakaga : Les investissements réalisés par les étrangers ne sont pas condamnables tant qu’ils créent de l’émulation, du transfert de savoir, qui incitent les entreprises locales à acquérir de la compétence.

Franc CFA et partenariat

  • Doit-on craindre une dévaluation du Franc CFA ?
  • Le développement des entreprises passe trop par les Etats qui concluent des contrats léonins avec les entreprises étrangères, notamment en matière de gisements miniers !
  • Pourquoi n’existe-t-il pas de plates formes d’initiatives dans lesquels des prêts d’honneur pour les fonds propres des
      entreprises pourraient être octroyés ?

Y. E. Amaïzo : Une dévaluation est improbable à court terme puisque le F CFA est arrimé à l’euro. Le fonds monétaire africain se pose la question de créer, ou pas, une monnaie unique à terme en 2025.

G. Béville : La politique française d’aide au développement des PME est une expérience récente, car auparavant elle n’était pas axée sur le soutien aux entreprises.

B. Bakaga : Il estime qu’il y a maintenant une tendance positive de partenariats de soutien aux entreprises venant de plusieurs pays, telle que des programmes hollandais et japonais de diversification de la production agricole au Mali.

Les programmes d’accompagnement

  • Les Africains savent produire, mais leurs productions ne sont pas protégées, les subventions européennes les pénalisent. En outre les Etats africains donnent scandaleusement de bonnes terres de production à des étrangers sans conditions, le problème étant politique !
  • Faut-il favoriser des binômes d’accompagnateurs (un formateur et un praticien), qui mettent en place les outils ?
  • Les programmes auxquels a participé G. Béville à Madagascar sont-ils structurants dès qu’ils se terminent ?
  • Pourquoi des bailleurs de fonds tels que l’AFD octroient-ils des prêts à des banques africaines dont certaines sont mal gérées et qui ne jouent pas leurs rôles de prêteurs en direction des entreprises ?
  • Une question adressée à B. Bakaga : comment est perçu l’accompagnateur d’entreprise, en Afrique ?

B. Bakaga : C’est aux Africains de développer des projets, sinon les étrangers viendront forcément avec leurs propres projets. En terme de perception de l’accompagnement en Afrique, ce qui manque c’est l’intelligence collective auprès du chef d’entreprise qui a besoin d’une mutualisation de compétences autour de lui.

G. Béville : Il n’y pas encore de grandes dérives d’octroi de terres (ce qui crée de grands remous dans la salle), ce sont les résultats en terme de développement et de compétitivité qu’il faut attendre.

Les programmes d’accompagnement sur lesquels il a travaillé se faisaient dans le cadre d’organismes pérennes, qui recouraient aux services de consultants locaux.

Roland Portella