Cycle « Lieux et territoires de mobilisation des ressources futures»

4. « La cité africaine : lieu de dynamisation des capacités de développement ? »

Sommaire

Présentation

Après plusieurs séances consacrées aux territoires ruraux et au village africain, la rencontre du 10 février s’était intéressée aux quartiers urbains, aux programmes d’urbanisation, à la gestion des villes par les élus locaux et tous les enjeux de gouvernance urbaine.

La quatrième rencontre-débat du cycle « Lieux et territoires de mobilisation des ressources futures » prend le point de vue des usagers et acteurs de la ville et, à partir de deux exemples concrets, cherche à comprendre quelques parcours d’insertion professionnelle et sociale. Pour Jacques Schwartz, animateur de la rencontre, lui-même ancien coopérant en Afrique subsaharienne, il s’agit de tenter de répondre aux questions suivantes : Comment vit-on la ville en Afrique en 2009 ? L’espace citadin offre-t-il réellement les opportunités qu’il promet ? La ville est-elle un lieu qui permet aux jeunes de devenir de véritables acteurs et de s’émanciper ou, au contraire, répond-elle plus à l’expression de « jungle urbaine » où l’on se bat pour sa survie ?

Ces questions ont évidemment un intérêt particulier pour les chercheurs et le monde universitaire, mais elles sont également pertinentes pour développer concrètement des programmes de gestion et de gouvernance urbaine sur le terrain. A ce sujet, la France, après avoir financé d’importants programmes de développement urbain, où la priorité était donnée aux équipements et à la formation de leurs gestionnaires, encourage les partenariats entre collectivités territoriales dans le cadre de la coopération décentralisée et s’interroge sur les adaptations à apporter pour en accroître l’impact. Les deux invités de la rencontre portent des regards complémentaires sur l’espace urbain africain et ses acteurs : Mina de Beaumont, étudiante à l’Université Paris I, s’intéresse aux petites commerçantes de Cotonou et Robert Ziavoula, professeur des universités, enseignant à l’INALCO, offre une analyse intérieure sur les entreprises religieuses de Brazzaville.

Documentaire : Affaires de femmes – les femmes commerçantes de l’agglomération de Cotonou

Lors des fêtes, les Mamas Benz de Dantokpa revêtent toutes la même tenue. Cotonou, Benin.  © Mina de Beaumont
Lors des fêtes, les Mamas Benz de Dantokpa revêtent toutes la même tenue. Cotonou, Benin. © Mina de Beaumont
Documentaire

Mina de Beaumont a présenté et commenté le documentaire qu’elle a réalisé dans le cadre du Master II en Géographie humaine à Paris I qui détaille l’expérience des femmes commerçantes à Cotonou, Bénin, dans le secteur formel et dans l’informel. Le film a été produit par le laboratoire audiovisuel de l’IRD.

Le documentaire commence par une mise en contexte du rôle des femmes dans la société béninoise par le biais de deux interviews. Marie-Élise Gbèdo – avocate à la cour, ancienne ministre et première femme candidate aux élections présidentielles au Bénin – explique la façon dont, jusqu’en 2004, le droit de la famille établissait que la femme n’avait ni pouvoir ni personnalité juridiques, faisant partie des biens de l’homme. Marie-Odile Attanasso – économiste démographe – rappelle le rôle assigné à la femme, celui de gardienne de la tradition et de soumission à la figure masculine. Elle précise qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de droits, mais aussi de place économique : les femmes sont présentes dans le secteur informel (petit commerce, restauration), mais absentes dans le secteur formel.

Le film prend ensuite des exemples concrets et suit les parcours quotidiens de jeunes commerçantes, parmi lesquelles une vendeuse d’atchéké et une revendeuse de cartes téléphoniques.

Le commerce – l’achat et la revente – se révèle donc être une option économique pour plusieurs femmes qui ont eu un accès restreint à la scolarité et à la formation professionnelle. Plus spécifiquement, c’est à travers les activités informelles que les femmes acquièrent une autonomie financière qui leur accorde un rôle accru dans la société.

À Cotonou, 80 % des petits commerces sont tenus par les femmes. Pourtant, quelques femmes ont su bien tirer parti de cette activité : ce sont les grossistes ou vendeuses au détail du Marché de Dantokpa, le principal marché de la ville, qui se sont imposées dans le paysage économique du Bénin comme de redoutables femmes d’affaires.

Occupant une superficie au sol de 18 hectares, le marché de Dantokpa est l’une des plaques tournantes des échanges au Bénin. Ce marché offre une vaste gamme de produits et il est fréquenté non seulement par les Béninois, mais aussi par des nationaux des pays voisins. L’activité du marché entraîne ainsi la présence de banques et de changeurs de devises.

Le commerce dans ce marché est une activité féminine. C’est le pagne, fabriqué en Afrique, mais aussi en Europe et en Asie, qui en est le produit le plus important. Depuis plus de 30 ans, les femmes se sont installées dans le bâtiment principal du marché et aujourd’hui plus d’un millier de femmes, appartenant à toutes les ethnies du pays, exercent ce commerce lucratif. Les pagnes « hollandais » sont les plus appréciés, mais les vendeuses commercent aussi des pagnes « ghana » et « qualiwax », dont la demande est liée aux préférences nationales et ethniques.

Les chiffres d’affaires de ces vendeuses sont significatifs; par exemple, à l’entrepôt Vlisco, les vendeuses grossistes (aussi connues sous le nom de « mamas ou nanas Benz ») passent des commandes portant sur au minimum 4.000 euros de tissus.

Pourtant, à cause de son caractère informel, une grande partie de cette activité commerciale est mal prise en compte dans les comptes nationaux. Pourtant, la contribution économique des femmes au PIB pourrait atteindre les 30 %. Dans cette perspective, le documentaire explore les possibilités de formation qui pourraient être offertes à ces femmes, leur permettant de consolider leur commerce et de mieux valoriser le capital humain. Aujourd’hui cantonnées dans le secteur informel, on peut légitimement espérer que la prochaine génération de femmes aura accès et pourra s’imposer dans toutes les branches d’emploi.

• Mina de Beaumont

Suite à la projection, M. de Beaumont a ébauché les objectifs de la recherche liée au documentaire et a fait quelques commentaires sur celui-ci. Ayant déjà étudié la problématique de genre et développement en Tunisie, où les femmes qui travaillaient étaient souvent les plus émancipées, M. de Beaumont s’est interrogée sur un possible parallèle avec la situation au Bénin, où le travail féminin est aussi répandu. Or il faut constater que travail et émancipation n’y sont pas forcement liés. D’où une nouvelle interrogation : comment faire pour que le travail féminin soit plus valorisé et, partant, débouche sur plus d’émancipation et de pouvoir pour les femmes ?

Son investigation et le tournage du documentaire se sont déroulés lors d’un séjour de deux mois à Cotonou, où M. de Beaumont a entamé ses recherches sans avoir pu constituer un réseau au préalable. Cela a posé au début des difficultés pour établir des relations de confiance. Mais, à la fin, l’abondance de contacts et de thèmes abordés était telle qu’il a fallu effectuer une sélection des personnages à présenter dans le film. Parallèlement au documentaire, un mémoire axé sur le travail informel des femmes a été rédigé.

L’objectif de l’auteur, au travers du documentaire, était de montrer que, malgré les difficultés quotidiennes, les femmes restent dynamiques et que leur sens du commerce constitue un atout, même si leur éducation est réduite. La réalisation du film a nécessité le partage de moments de vie ; le tournage des images n’a pu se faire qu’après avoir gagné la confiance de ces femmes. Pour ce faire, il a été nécessaire de mieux connaître les vendeuses, d’être présente dans le marché et aussi de participer aux différents événements.

Le marché n’est en effet pas seulement un lieu de commerce. Doté d’une radio, avec la présence des enfants, il s’agit également d’un lieu de socialisation où les femmes commerçantes de pagnes ont construit un sentiment d’appartenance. Le marché et ses vendeuses sont très médiatisés, et Dantokpa est devenu l’une des étapes obligatoires des candidats en campagne électorale.

Les commerçantes installées de Dantokpa (à la tête d’un stand fixe) représentent une petite minorité assez riche. La plupart des commerçantes informelles se trouvent, elles, dans les rues, à la maison ou déambulent à la recherche de clients. Ces petites commerçantes font preuve d’une grande créativité. Dans la rue, il est plus difficile de fidéliser une clientèle. Le commerce informel constitue aussi un lieu d’intégration pour les femmes.

Ce qui est observé au niveau du marché se retrouve à plus grande échelle. Au Bénin, les emplois et les activités professionnelles sont marqués par une division sexuée, où les hommes exercent les activités nécessitant de la force physique tandis que les femmes se consacrent au commerce - dit pour les « bonnes femmes » - dans des secteurs qui sont perçus comme une prolongation de l’activité domestique. Bien que souvent analphabètes, les femmes commerçantes font preuve d’une grande créativité et d’une réelle maîtrise des comptes. Par ailleurs, elles arrivent à articuler très bien leurs vies privées et l’activité professionnelle.

Pour conclure, M. de Beaumont a fait allusion au caractère dynamique de ces femmes commerçantes. Malheureusement, leurs activités et leur productivité ne sont pas valorisées : il est perçu comme normal qu’elles accumulent tâches domestiques et travail économique. Circonscrit à la sphère informelle, ce double travail est mal pris en compte par les comptes nationaux et sous estimé dans le calcul du PIB.

Elle souhaite que les gouvernements prennent des mesures en faveur de ces femmes, en investissant plus dans leur formation et en lançant des actions de sensibilisation visant à changer les mentalités et le regard que l’on porte sur elles. A ces conditions, elles pourront apporter une contribution au développement de leur pays à la hauteur de leur dynamisme.

Stand de pagnes Vlisco (hollandais) au marché de Dantokpa. Cotonou, Benin. © Mina de Beaumont
Stand de pagnes Vlisco (hollandais) au marché de Dantokpa. Cotonou, Benin. © Mina de Beaumont

Les entreprises religieuses au Congo Brazzaville

Robert Ziavoula © cade
Robert Ziavoula © cade

Robert Ziavoula s’est intéressé aux entreprises religieuses au Congo Brazzaville, en ne se limitant pas aux seuls aspects liés au culte, mais en montrant comment elles ont progressivement investi l’espace économique, social et urbain, à la faveur des différentes crises qu’a connues le pays. Sa présentation a privilégié trois axes : replacer l’émergence de ces nouvelles églises dans leur contexte historique, analyser le rôle de ces églises au niveau de l’organisation économique et sociale de la ville et, enfin, donner des exemples concrets de leurs réalisations.

Le contexte historique d’émergence de ces nouvelles églises a fortement évolué de 1960 à aujourd’hui. Comme plusieurs pays de la sous-région, le premier président du Congo Brazzaville, en 1960, est un homme d’église, l’abbé Fulbert Youlou, qui occupa la fonction pendant 3 ans. Autoproclamé « pacificateur de la société », il sera renversé lors des « Trois glorieuses » et remplacé par Alphonse Massamba-Débat qui adopte un discours beaucoup plus radical. De 1964 à 1991, la République populaire du Congo va connaître une longue période marxiste où l’idéologie et la ferveur individuelle seront étroitement associées.

Paradoxalement, cette période marxiste s’est traduite par une réelle tolérance en matière religieuse. Les institutions ecclésiastiques des religions traditionnelles (catholique, évangélique, Armée du Salut) et l’Islam ne sont pas menacées et les trois principales églises néo-traditionnelles, c’est-à-dire qui fondent leurs croyances à la fois sur une forte ancestralité et sur le texte sacré de la Bible, étaient reconnues.

Avec la chute du modèle de l’Union Soviétique, le Congo entre à son tour dans l’ère des conférences nationales. La liberté de culte est formellement reconnue. De ce fait, de 1991 à 1996, on note la création de 250 nouveaux lieux de culte. Des centres culturels, des cinémas, de simples maisons individuelles sont ainsi transformés en temples. La croissance de ces établissements religieux est exponentielle et, en 2006, on dénombre 585 lieux de culte au total. Si l’on se réfère au recensement de la population de 2006, cela donne une moyenne de 230 personnes par Église. Cette offre importante de spiritualité correspond à une forte demande de la part de la population qui ne croit plus en l’idéologie marxiste, qui est confrontée à une situation économique difficile (fermeture en masse des entreprises publiques) et qui se heurte aux carences des solidarités familiales.

Lorsque Brazzaville n’offre plus d’opportunités d’emplois pour ses habitants, ceux-ci se retournent vers les Églises qui voient dans ce contexte une formidable opportunité pour se développer. Pour étendre leur influence envers la population ainsi placée dans une situation vulnérable, les Églises dites « du réveil » et assimilées vont fonder leur message sur plusieurs principes tirés de la Bible :

  1. L’Union est toujours bénéfique ;
  2. l’Église a une portée holistique, c’est-à-dire que son rôle dépasse le seul monde de l’esprit et comprend également le corps, l’âme et le monde autour de soi ;
  3. le travail est une valeur fondamentale.

L’application de ces trois principes va permettre à l’offre religieuse d’investir l’activité économique. Les Églises vont ainsi pouvoir attirer les jeunes, les chômeurs victimes des vagues de licenciement, les femmes, tous en quête d’une meilleure vie sociale.

Ces Églises prêchent un discours apprécié par ces croyants dont l’idée principale peut se résumer ainsi : « Tu pries, tu ouvres l’œil et tu travailles ». L’Église va donc progressivement être un relais palliant les carences des appareils politiques qui, conscients de leurs limites, vont encourager le regroupement et la fédération de ces Églises indépendantes de réveil. Le pouvoir en place va tolérer ces activités sociales religieuses parallèles sans toutefois les autoriser officiellement. Le phénomène est essentiellement urbain. Les Églises de réveil vont adopter une stratégie de rupture vis-à-vis du village ou de l’espace rural et vont adapter leur discours aux attentes de leurs fidèles : critique des Églises traditionnelles incapables de répondre aux situations nouvelles ; instauration d’un nouveau rapport social en encourageant les fidèles à travailler, quel que soit le type d’activité ; forte culpabilisation des oisifs ou des individus incapables de subvenir aux besoins de leur famille.

Le rôle de ces Églises n’a cessé de s’accroître avec le temps jusqu’à inclure des fonctions d’éducation, d’entraide, d’insertion à travers la création d’écoles, le ramassage des ordures ménagères ou la création de mutuelles pour les chrétiens. Elles ouvrent des orphelinats. Des associations engagées pour l’environnement organisent le transport et la délivrance de l’eau. Elles aident aussi au financement de projets productifs (maraîchage, petit élevage), de dispensaires de quartier, de maternités, sans oublier l’extension des lieux de culte, les infrastructures scolaires. Par ces activités de socialisation et de sensibilisation, ces Églises ont acquis un pouvoir important et une influence considérable sur les questions de valeurs et d’identité chrétiennes.

Toutefois, si l’émergence massive de ces Églises du réveil constitue une dérive et une menace potentielle pour le pouvoir politique en place, elles sont la conséquence de la dislocation de la société civile de Brazzaville après des années de guerre et de démission de l’État, notamment dans le domaine scolaire. De fait, de telles entreprises religieuses jouent un rôle fondamental de cohésion sociale, offrent des opportunités d’éducation et de formation pour les jeunes et commencent à exercer une sorte d’influence politique importante teintée de morale et de spiritualité.

Le Débat

Forum Mbongui, Congo 16.09.2006 © Robert Ziavoula
Forum Mbongui, Congo 16.09.2006 © Robert Ziavoula

Deux grandes séries de questions ont été adressées à Mina de Beaumont. Après qu’un participant eût rappelé que, dès les années soixante, le sens des affaires des commerçantes du Dahomey était vanté, l’assistance a souhaité mieux comprendre les mécanismes d’entrée sur le marché, de parrainage, de solidarité, d’exclusions, de transmission des savoir-faire. Une autre série de questions a plus particulièrement porté sur la prise en compte des activités économiques informelles dans les comptes nationaux. Enfin des questions portent sur l’origine et la concurrence entre commerçantes.

Pour une grande part les activités des commerçantes du marché de Cotonou n’appartiennent pas au secteur formel. De fait, les commerçantes ne paient pas directement d’impôts et leur activité est donc exclue des comptes publics ou du PIB du pays. Cependant la marchandise telle que les pagnes industriels ont supporté des taxes et les commerçantes titulaires des places ont à acquitter une taxe, collectée par un représentant officiel de la SoGéMa (Société Général des Marchés de Cotonou), qui s’avère extrêmement élevée, pour occuper leur emplacement.

Concernant l’accès à ces emplacements, il faut savoir que, bien que le marché de Dantokpa s’étende sur près de 18 hectares, les places disponibles se font de plus en plus rares. Souvent, un emplacement se transmet de mère en fille ou même, plus souvent, de tante à nièce. A leur début, les commerçantes sont donc introduites par une marraine ou comptent sur leurs fonds propres, notamment pour les petites vendeuses de rue. Il existe donc, de fait, des rivalités entre les commerçantes mais ces dernières savent qu’elles doivent, pour leur propre intérêt, travailler dans un esprit de solidarité.

Il n’existe pas d’exclusion ethnique. Souvent, les commerçantes ne sont pas originaires de la ville, certaines viennent même de pays voisins et, en particulier, du Togo. Il s’avère cependant difficile d’établir une typologie de ces commerçantes tant les profils, les situations et trajectoires personnelles semblent variés.

La concurrence hors marché n’est pas limitée dans la mesure où l’expansion continuelle de Cotonou le permet. Maîtrisant mal la lecture et l’écriture, ces commerçantes sont pourtant de redoutables gestionnaires. Pour Mina de Beaumont, cela milite pour un accès plus large à l’éducation formelle et à la formation qui leur permettront d’être des actrices économiques et sociales bien plus performantes.

Les questions adressées à Robert Ziavoula ont visé à mieux comprendre l’origine et les modes de financement des nouvelles églises. Elles s’intéressaient également aux rivalités avec les églises traditionnelles et l’Islam. Un intervenant s’est demandé si elles n’allaient pas à terme se substituer à l’État défaillant.

Les Églises du réveil trouvent leurs financements, en fonction de leur origine ( évangélique orthodoxe, pentecôtiste, baptiste, etc…) dans des fonds privés, des missions religieuses étrangères : américaines, anglaises, françaises ou encore des organisations internationales comme les associations chrétiennes ou les chambres de commerce. Il existe également des mutuelles telles que les MUCODEC pouvant aider les participants à monter leur projet, notamment la création d’un lieu de culte pour des églises ayant de nombreux adeptes qui récoltent des fonds par les contributions des fidèles. Par ailleurs, de nombreux hommes politiques soutiennent directement la création de certaines églises (chacun la sienne).

Le modèle spirituel de ces églises est à la fois inspiré de l’orthodoxie évangélique anglo-saxonne et du puritanisme américain. La ferveur religieuse étant ancrée depuis longtemps au Congo, ces nouvelles églises ne font qu’adapter un discours ancien au contexte actuel. Elles se réapproprient des structures traditionnelles et copient les pratiques des Églises traditionnelles.

Il ne faut cependant pas surestimer le pouvoir de ces Églises du réveil que les croyants n’hésitent pas à quitter pour retrouver leurs anciens lieux de culte des églises chrétiennes traditionnelles qui se sont plus ou moins mises au goût du jour. Finalement, on peut se demander si ce n’est pas l’Islam, en croissance, sans retour éventuel, qui constitue la menace la plus dangereuse pour l’Église chrétienne. En revanche, il n’est pas excessif de dire que les églises, toutes obédiences confondues, ont aujourd’hui remplacé l’État au Congo dans ses missions sociales et que l’appartenance à la « chrétienté » est incontournable pour les hommes politiques au Congo, selon un modèle qui fonctionne depuis plus de 40 ans..■

Louise Brun, Marco Negrete Jiménez, étudiants à Sciences Po