Cycle « Lieux et territoires de mobilisation des ressources futures»

3. « Le quartier citadin : cohabitation, congestion et ségrégation »

Sommaire

Présentation

Après une rencontre-débat consacrée au village africain comme lieu de vies et une autre sur les terroirs africains comme lieux de développement, le cycle annuel sur  « les lieux et territoires de mobilisation des ressources futures » se poursuit avec une séance sur le quartier citadin sous l'angle de son peuplement et des problèmes d'urbanisation qu'il pose.

Elle propose un regard critique et analytique sur la ville, telle qu’elle est vécue en Afrique. Dans sa présentation, Jean-Loïc Baudet, président de la Cade, fait allusion à la nature tentaculaire et à la croissance rapide de la ville africaine et souligne le fait qu’il a été choisi d’exposer le sujet du triple point de vue du démographe : Philippe Antoine, directeur de recherche à l’IRD, de l’aménagiste : Guillaume Josse, ingénieur territorial à la division Collectivités locales et développement urbain à l’AFD et du géographe : Abdoulaye Diagana, chercheur au Laboratoire de recherche Ailleurs, Territorialité, Normes et Transferts de l’Université de Rouen.

Contraintes économiques

Le premier intervenant, Philippe Antoine, centre son propos sur les répercussions démographiques des contraintes économiques dans le milieu urbain à l’heure actuelle. Plus spécifiquement, son but est d’étudier l’évolution des structures familiales dans deux sociétés urbaines africaines où la situation de l’emploi se dégrade, mais aux contextes différents : Dakar au Sénégal -ville sahélienne, marquée par la religion musulmane et avec une aide étrangère abondante - et Lomé au Togo - avec plus de possibilités de production agricole de son hinterland mais avec des ressources étrangères plus réduites.

Pour caractériser le contexte, Ph. Antoine rappelle que bien qu’au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle l’urbanisation ait été un phénomène généralisé dans tous les continents, celle-ci a été moins importante et inégalement répartie en Afrique. Ph. Antoine considère pertinent de nuancer l’image d’une croissance urbaine nourrie par un exode rural ; la croissance démographique des villes est plutôt autoentretenue.

Revenant au cœur de son objet d’études, Ph. Antoine relève le fait que Dakar et Lomé ont toutes deux subi une forte pression économique qui a entraîné la dégradation des conditions de vie des populations et une fragmentation sociale croissante. Ici, il faut remarquer que le Sénégal et le Togo sont relativement urbanisés par rapport à d’autres pays africains : les revenus par tête y sont relativement faibles, avec la moitié de la population en état de pauvreté, des taux élevés de chômage et de la précarité dans l’emploi. Quant au niveau d’instruction des femmes, celui-ci a constamment progressé depuis les années quarante, tant à Dakar qu’à Lomé.

En ce qui concerne le marché du travail, l’activité des deux villes se concentre dans les entreprises privées informelles, avec une présence marquée des femmes dans ce secteur. Dans le cas de Lomé, 91,1 % de l’activité économique féminine s’exerce dans l’économie informelle.

La recherche présentée par Ph. Antoine a porté sur des enquêtes biographiques conduites en 2000 et 2001, dont l’échantillon regroupe trois générations d’hommes et de femmes : de 45 à 59, 35 à 44 et 25 à 34 ans. Les évolutions étudiées étaient l’âge du mariage et celui du logement autonome. Comme premier résultat, l’étude a montré qu’à tout âge et au sein de chaque génération, la proportion d’hommes mariés et ayant un logement autonome est plus élevée à Lomé qu’à Dakar, où existe un écart significatif entre la survenance des deux événements.

Si l’on compare la génération ancienne et la plus jeune, séparées d’une vingtaine d’années, le phénomène devient beaucoup plus tardif : s’autonomiser par rapport à sa famille devient de plus en plus difficile à Dakar. Les difficultés économiques que traverse la population se répercutent sur la possibilité d’acquérir un logement autonome.

La montée de la pauvreté dans le milieu urbain a des répercussions sur les comportements démographiques. A cet égard, deux grandes conclusions sont tirées alors de cette recherche : d’un côté, la chance de former une union est réduit pour les jeunes générations dans les années quatre-vingt-dix et d’un autre, l’entrée des hommes en union est retardée par l’absence d’emploi ou la précarité de l’emploi.

Ph. Antoine a aussi souligné l’existence d’une dissociation dans les caractéristiques de la croissance démographique entre le milieu urbain et le milieu rural en Afrique. Tandis que dans le milieu rural il n’y a pas de changements intergénérationnels importants, chez les jeunes générations urbaines on constate un différé de la fécondité et une dissociation entre le début des rapports sexuels, le mariage et la naissance du premier enfant. Ce phénomène peut refléter tant une transition « moderne » de la fécondité qu’un ajustement dû aux contraintes économiques.

Comme éléments de conclusions, Ph. Antoine a soulevé l’existence d’un recul plus important de l’âge d’entrée en union à Dakar qu’à Lomé, même si la modalité d’union change à Lomé où l’union libre est plus reconnue qu’à Dakar. Ainsi, c’est à travers le logement que l’ajustement s’opère à Dakar : de plus en plus de jeunes couples passent les premières années de mariage en étant hébergés par les parents. Les réajustements qui ont touché le Sénégal et le Togo, parce qu’ils revêtent des caractéristiques similaires (désengagement de l'État, resserrement du secteur public d’emploi, etc.) ont durement frappé les jeunes générations des capitales. Ces jeunes font face à des situations semblables : le recul de l’âge au mariage, le ralentissement de l’accès à un logement autonome, l’entrée retardée sur le marché du travail et un moindre accès aux emplois du secteur formel.

De ce fait, au delà des qualifications (facteurs de capital humain) et au delà des origines sociales et géographiques (statut migratoire), les jeunes générations sont systématiquement défavorisées par rapport à leurs aînés. Être jeune aujourd’hui ne signifie pas la même chose qu’avoir été jeune au moment des indépendances. On peut donc constater que les changements ne sont pas nécessairement linéaires et que des stratégies éprouvées de mobilité socioéconomique peuvent rapidement devenir inopérantes.

L’ajustement à des conditions économiques de plus en plus sévères s’opère par un repli sur la cellule familiale qui tend à s’agrandir. L’assistance que les aînés apportent aux plus jeunes masque les effets les plus criants des programmes d’ajustement et en occulte certainement la portée et les répercussions sur le quotidien des populations urbaines.

Il en résulte que de nouveaux modèles familiaux se profilent, souvent bien éloignés du modèle occidental de la famille nucléaire. En ville, les évolutions et les situations sont très diverses et des comportements opposés coexistent : soit des solidarités non familiales de plus en plus actives, soit un recentrage sur les solidarités familiales. Il ne s’agit pas d’individualisme, mais on assiste plutôt à une renégociation des relations interindividuelles au sein et hors des familles, qui s’accompagne de nouvelles formes familiales, de nouveaux arrangements résidentiels et domestiques.

Contraintes économiques

À son tour, Guillaume Josse, s’appuie sur ses expériences pratiques pour traiter du potentiel des villes pour soutenir le développement en Afrique. Comme éléments de contexte, G. Josse rappelle aussi une forte croissance urbaine en Afrique, où l’on estime que cette catégorie de la population augmentera de plus au moins 20 fois entre 1960 et 2020. L’intensité de la croissance est donc un des éléments à prendre en compte, avec des villes en Afrique qui croissent couramment à des taux de 5 % ou 7 % par an, ce qui implique le doublement de leurs populations en 15 ans. En Abidjan dans les années 80, la population a crû de 11 % par an.

Au cœur de son analyse, G. Josse a mis en exergue deux éléments importants en Afrique : d’un côté, le passage d’une ville qui représentait un centre de travail et de pouvoir, à des aires urbaines sans base économique ; d’un autre,l’absence de modèle urbain africain.

En portant un regard historique, G. Josse évoque les changements d’appréciation sur la ville africaine, en particulier celui des bailleurs de fonds. Si au début la ville était liée aux concepts de puissance, culture et modernité, jusqu’aux années 70 les bailleurs de fonds – tels que la Banque Mondiale – ont tenté de minimiser la portée de l’urbanisation. La ville était alors considérée comme une source de problèmes qui n’étaient pas conformes à l’image des sociétés africaines ; faire du développement urbain était associé à l’accroissement de l’exode rural. Pourtant, on a rapidement constaté qu’il était impossible de s’opposer à l’urbanisation et que l’urbanisation non contrôlée apportait des risques majeurs, dont le défi le plus important était de traiter la misère urbaine.

L’urbanisation au Sud entraîne souvent des externalités négatives avec le risque d’enclenchement d’un processus continu de dégradation. Dans ces villes, la croissance urbaine se développe de façon massive et sans équipement, ce qui accroît les tensions sociales et la paupérisation de la population. Les recettes locales se réduisent proportionnellement ainsi que les capacités de la ville de s’entretenir et s’équiper. S’enclenche une ségrégation foncière, le secteur informel croît rapidement et la dégradation de la ville s’accentue.

Parallèlement, la ville est un lieu de consommation et de pollution. La ville consomme des ressources naturelles : elle nécessite des terres, des ressources énergétiques et de l’eau. Également, les villes produisent de fortes quantités de déchets, de la pollution atmosphérique et des eaux, avec de sérieuses conséquences locales et mondiales.

En même temps, la ville représente un potentiel. On trouve une corrélation entre urbanisation et développement ; les grandes villes sont des centres économiques à valeur ajoutée supérieure à celle de la campagne. En bref, la ville est le lieu du crédit, des échanges, de la culture et de la « modernité », sans jugement de valeur. On peut alors se poser la question de savoir si faire du développement urbain c’est réellement faire du développement.

Les enjeux aujourd’hui sont nombreux et immenses. En matière d’infrastructures, il faut lutter contre l’étalement urbain, équiper les zones déjà urbanisées et maîtriser l’empreinte écologique. En matière institutionnelle, il faut assurer la gouvernance des villes, financer les investissements, améliorer le fonctionnement des services et lutter contre la pauvreté urbaine et les ségrégations. Quant à la décentralisation, celle-ci offre des potentiels sous conditions. Souvent la décentralisation dans les pays les moins avancés (PMA) signifie des transferts de compétences sans transferts de recettes, ce qui entraîne plutôt le transfert de problèmes. Pour autant, la décentralisation a l’avantage potentiel de rapprocher la prise de décisions des populations auxquelles elles s’appliquent, d’améliorer l’efficacité dans la gestion des services urbains et de renforcer la démocratie locale.

L’écart économique entre les villes du Nord et les villes africaines est abyssal. Tandis que le produit économique urbain par habitant est de 42.300 $ par an à Bâle, il est de 120 $ à Thiès. De la même façon, il existe un rapport de 1 à 50.000 dans le budget par habitant entre une ville du Nord, telle Stockholm, et une ville africaine, telle Brazzaville. Les administrations des villes africaines sont de nos jours incapables de capter le revenu urbain pour se financer.

La ville peut être perçue comme accélérateur des tensions et des risques (inégalités, risques naturels et sanitaires) mais aussi de la croissance. Cependant, les villes africaines sont fortement pénalisées : elles doivent faire face à des besoins qui augmentent fortement avec des moyens très faibles en termes de compétences comme de financements.

Ensuite, G. Josse a ébauché des recommandations générales pour faire en sorte que les villes soient des sites de développement. Pour lui, il faut d’abord se baser sur la demande locale et élaborer des projets à partir de la réalité, en adoptant une vision globale de la ville. Il faut aussi s’appuyer sur les élus et entrer en dialogue politique, tout en mettant la gouvernance au cœur des projets avec ses trois volets : gouvernement, bonne gouvernance et jeu d’acteurs. Pour exploiter le potentiel de développement des villes, selon G. Josse, il est nécessaire de moderniser les politiques publiques.

D’un point de vue pratique, G. Josse expose les quatre aspects de la ville qu’un développeur doit prendre en considération : un espace à aménager, des réseaux à constituer, des citadins à desservir et des institutions à mettre sur pied.

Cas de Nouakchott

Abdoulaye Diagana explore quelques aspects du phénomène urbain dans les villes africaines, en se concentrant sur le cas de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie.

Nouakchott, aujourd’hui peuplée d’environ un million de personnes, est une ville relativement nouvelle, fondée en 1957 à la veille de l’indépendance de la Mauritanie. Située sur la côte atlantique, Nouakchott a connu une exceptionnelle croissance démographique fondée sur la décision de faire de cette petite bourgade la capitale de la toute nouvelle République et la concentration à Nouakchott des principales activités et des fonctions de commandement. S’ajoutent à cela l’exode rural des années 1970 qui fut particulièrement élevé, la guerre du Sahara qui eut pour effet de pousser les populations du Nord à chercher refuge dans une ville réputée plus sûre et, plus récemment, le rôle d’escale pour de nombreux candidats à l’émigration vers l’Europe.

Cette forte attractivité de la capitale a pour conséquence un grand désordre dans le réseau urbain et une ville hypertrophiée avec une très forte densité qui tranche avec le reste du pays. Quant aux caractéristiques de peuplement de la ville, Nouakchott est à l’image de la diversité de la Maurita

nie avec des populations originaires de toutes les régions du pays et de tous les groupes ethniques. L’origine régionale ou tribale joue un rôle dans le choix du lieu de résidence.

L’architecture de la ville se caractérise par une prédominance de la construction en développement horizontal avec pour conséquence l’étalement de l’aire urbaine.

Le secteur informel est prédominant à Nouakchott, avec de petits commerces et ateliers de tous genres qui échappent à la fiscalisation.

Bien qu’il existe un Plan de Développement urbain, celui-ci n’est pas respecté et l’urbanisation s’est développée de façon anarchique. Dans la ville, on peut constater un mélange entre les fonctions résidentielles, industrielles et même agricoles. Par ailleurs les espaces publics sont souvent transformés en propriétés privées et les tentatives de récupération des espaces illégalement occupés se heurtent à la résistance de forts intérêts installés. S’il existe une politique pour faciliter l’accès à la propriété, celle-ci ne profite pas toujours aux plus démunis.

Les besoins de la population à Nouakchott dépassent les ressources et les infrastructures de la ville. En conséquence, la ville fait souvent face à des pénuries d’eau et d’électricité, pour la résolution desquelles il est fait appel à des mécanismes provisoires qui se pérennisent. De leur côté, les équipements collectifs sont congestionnés et insuffisants pour la population dans les domaines de l’éducation, des services médicaux, des services de collecte des déchets. La ville souffre aussi de l’absence d’égouts et de réseaux d’assainissement, ainsi que de la pollution de l’air due aux automobiles qui circulent dans des rues souvent encombrées.

En ce qui concerne la gouvernance, la population est très faiblement mobilisée et peu impliquée dans la gestion des affaires et l’amélioration de son quotidien. Les élus et la société civile n’ont des échanges qu’en période électorale, ce qui se répercute sur un contrôle citoyen limité des affaires locales. En outre, l’autorité de tutelle n’est pas totalement engagée à déléguer et à responsabiliser les élus, limitant ainsi l’efficacité de la décentralisation et de la gouvernance locale en Mauritanie. Les communes qui composent la Communauté Urbaine doivent donc gérer sur leurs maigres ressources le problème de l’assainissement sans pouvoir compter sur la participation des populations.

Pourtant, A. Diagana a remarqué qu’ailleurs en Afrique, la société civile a su se mobiliser pour améliorer les conditions de vie des populations urbaines. C’est le cas à Dakar, avec le mouvement associatif Set Setal (maintenir propre) – programme d’Enda Tiers Monde – qui a réussi à nettoyer des quartiers de la ville, et à Bamako, où une communauté s’est engagée d’elle-même à paver la rue.

Le Débat

Si la société africaine est majoritairement rurale, il serait erroné de qualifier la culture africaine comme campagnarde. La citadinité est bien plutôt un ressenti. De ce fait, on ne peut favoriser le développement des villes sur les campagnes ou l’inverse. Les villes sont, de toute façon, en développement constant, il est donc nécessaire de l’accompagner par un aménagement urbain adapté. Cependant, il est également primordial de développer les campagnes afin d’approvisionner les villes. Les modalités de ce développement rural restent à être définies car le modèle indien de révolution verte visant à intensifier la production économique de ces régions a conduit à une diminution drastique du besoin en main d’oeuvre et donc à la précarisation d’une part importante de la population rurale.

Les causes de la misère de certaines régions et les solutions à mettre en oeuvre pour l’éradiquer ne sont pas s imples. Pour C. Coquery- Vidrovitch, la misère africaine est due à une progression différenciée de la production et de la démographie. La croissance économique africaine est loin d’être ridicule, mais sa démographie est plus importante du fait d’un fort taux de natalité mais aussi parce que les résultats des politiques de planification des naissances des familles ne seront visibles que dans vingt ans. Cette misère est accentuée par les guerres : civiles, frontalières, internationales. Il n’existe pas de solution miracle pour éradiquer la misère en Afrique, mais la donnée majeure dans ce domaine est la création permettant le développement d’un marché intérieur.

Il faut faire attention à ne pas sombrer dans le discours pessimiste des médias qui s’efforcent de recenser les échecs plutôt que de donner des exemples de réussite en vue de les généraliser. Pour recentrer notre débat, la pauvreté créée dans les campagnes est accueillie par la ville. L’insécurité porte sur l’accueil des populations en ville. Il existe deux discours sécuritaires : le premier consiste à garantir la sécurité sociale, au sens large, des individus et de leur survie en leur donnant la possibilité d’exercer certaines activités, le deuxième considère les activités urbaines informelles comme source de l’insécurité et vise donc à l’exclusion de ces activités. La capacité d’accueil de ces activités auxquelles participent les villageois sans emplois est en question. Toutefois, on peut se demander si la véritable insécurité n’est pas plutôt celle des prix. On constate une grande variation des prix des récoltes des produits vivriers et l’absence de garantie d’achat. Il est primordial de sécuriser le commerce, qui souvent est compromis par des actions de pillage, banditisme, racket, vols ou corruption.

On peut se demander également si l’urbanisation n’entraîne pas le dérèglement des cultures et des habitudes coutumières. La coutume ne cesse de se réinventer et évolue avec les circonstances. Il est indéniable que l’urbanisation modifie les habitudes de la population et peut entraîner des problèmes, notamment dans la gestion du foncier. Cependant, la coutume est, à l’inverse, également instrumentalisée et utilisée par les villageois pour récupérer des terres vendues ou cédées. L’évolution des coutumes est inévitable, il n’est pas évident qu’elle soit à craindre. Les élites urbaines s’intéressent aux campagnes et si les politiques rurales sont définies en ville, elles ne sont pas nécessairement anti-rurales. De même, il existe une élite rurale importante, ce sont souvent d’anciens producteurs qui deviennent transporteurs puis de grands commerçants de produits agricoles. Dans ce sens, l’investissement, s’il est majoritairement dirigé vers la ville, concerne également l’arrière-pays. Soit la bourgeoisie urbaine acquiert directement des terres dans les campagnes environnantes, soit les citadins décident de récupérer des terres dans leur village.

En ce qui concerne les espaces naturels et anthropiques, il est difficile d’y instaurer une frontière claire et définitive. Un espace que l’on croit être « naturel » ou « sauvage » a, bien souvent, déjà été modifié depuis longtemps. Ce qu’on appelle naturel est généralement transformé, exploité ou géré par la population et, à l’inverse, on peut découvrir des espèces protégées, des espaces naturels dans des espaces cultivés.

Enfin, la dernière question avait trait à l’accompagnement des immigrés vivant en France dans leurs projets de développement dans leur région et pays d’origine. La réponse est qu’il est, en effet, souhaitable de leur offrir un appui car ils ne disposent généralement pas de connaissances suffisantes sur le sujet. Toutefois, il ne s’agit pas de se substituer à leur action car seuls les entrepreneurs sont véritablement acteurs de leur projet.■

Louise Brun et Marco Negrete Jiménez, 
Etudiants à Sciences-Po