"Le nouvel Eldorado de l'Afrique de l'Est ?"

 Coupe de projecteur sur: La Tanzanie

 

Née de l’union du Tanganyika et de Zanzibar le 26 avril 1964, après leur indépendance accordée par la Royaume-Uni, la Tanzanie a longtemps gardé les vestiges de l’expérience de l’ujamaa * initiée à la fin des années 1960 par Julius Nyerere, premier Président de la république tanzanienne qui resta au pouvoir pendant vingt ans.

Les résultats décevants, voire l’échec de cette expérience de « socialisme à l’africaine », et le premier choc pétrolier de 1973 avaient assombri fortement l’économie du pays ; les dirigeants tanzaniens optèrent alors pour sa libéralisation progressive dès le début des années 1980 et, sur le plan politique, une loi instaura le multipartisme en 1992. Deux décennies après ces changements de cap, la Tanzanie est gouvernée aujourd’hui par une nouvelle génération d’hommes (et de femmes) politiques incarnée par le chef de l’Etat Jakaya Kikwete, troisième successeur de Nyerere, élu en décembre 2005 et réélu en 2010. Considéré comme un leader populaire et compétent, le président tanzanien est particulièrement actif sur la scène diplomatique : il s’est impliqué dans le processus de paix au Burundi et en République démocratique du Congo et depuis le mois d’août 2012, la Tanzanie préside l’organe de Défense de Sécurité de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), mandatée par les Nations unies pour gérer, par exemple la crise politique malgache (qui a commencé en 2009), et ceci en lieu et en place de l’Afrique du Sud.

Avec ce rôle concret dans l’apaisement des conflits dans cette région de l’Afrique, la Tanzanie bénéficie par ailleurs de la confiance des investisseurs internationaux (13,2 millions $ d’investissements entre 2010 et 2011) ; son haut potentiel touristique mondialement reconnu et sa croissance forte tirée par le secteur minier (or, gaz, uranium, fer) constituent des piliers solides pour la croissance de l’économie dans le long terme. Selon le FMI, la Tanzanie fait partie des dix nations au développement le plus rapide entre 2011 et 2015, et ces dernières années, elle s’est imposée parmi les économies africaines les plus dynamiques.

Sur le plan politique, les observateurs avaient salué le déroulement des derniers processus électoraux, et le pays figure parmi les plus respectueux de la liberté des médias (34ème sur 179 pays, avant la France). Cependant, le maintien de l’union née depuis près de 50 ans de la fusion du Tanganyika et des îles de Zanzibar s’avère de plus en plus difficile, les échelons administratifs sont minés par la corruption et les tensions entre chrétiens et musulmans prennent souvent des tournures violentes qui fragilisent la stabilité politique. Et malgré ces embellies économiques, la Tanzanie reste un des pays les plus pauvres de la planète avec la moitié de sa population (44,929 millions en 2012) qui vit au-dessous du seuil de pauvreté ; le système éducatif reste déficient, le chômage des jeunes est élevé ; par ailleurs, le manque d’infrastructures routières et la dépendance énergétique compromettent la mise en valeur équitable du pays.

Au-delà de ces facteurs d’incertitude qu’il faut souligner, le terme « Eldorado » est néanmoins justifié par cet afflux de nouveaux acteurs économiques étrangers vers la Tanzanie qui est et sera certainement un acteur majeur pour la paix et le développement dans toute l’Afrique de l’Est.

Claudie Lasserre-Rasoazanamanana

* « Ujamaa » est un mot swahili signifiant « famille élargie » ou « fraternité ». Source Wikipédia.