Contre les idées reçues

« Le Sud mérite mieux que nos clichés » : une association d’aide aux pays en développement, le CCFD-Terre solidaire, vient de lancer une campagne nationale en France, sur ce thème, à l’occasion de ses cinquante ans. Avec des messages radio et un affichage provocants : « Ceci n’est pas une publicité qui dit que les enfants d’Afrique ont tous des gros ventres et des mouches dans les yeux … Ceci n’est pas une vache : c’est une éolienne … ».

De tous temps, expliquent les promoteurs de cette campagne, « l’étranger, l’inconnu, ont été affublés de clichés, d’idées reçues ». Ainsi, aux pays du Sud, on a accolé « pauvreté, sécheresse, guerre, famine, voire fainéantise, incompétence, etc. ». Ces qualificatifs, « des plus anodins aux plus racistes », reflètent la « méconnaissance d’une réalité plus complexe et plus optimiste » : banque de semences agricoles, crèche autogérée, café équitable, production d’énergie à partir de déjections bovines, mutuelle solidaire villageoise, coopérative agricole biologique, atelier d’artisanat textile… Mais, « sommesnous ici à la hauteur des défis qu’ils arrivent à relever là-bas ? », demande le CCFD.

Il y a quelques années paraissait justement « L’Afrique des idées reçues », un ouvrage collectif 1 destiné à lutter contre « l’afro-pessimisme » ambiant. Une trentaine d’auteurs y expliquent ce qu’il y a de vrai ou de faux dans des affirmations dites « de bon sens » : « L’Afrique reçoit plus d’argent qu’elle n’en rembourse … Les Africains les plus pauvres migrent vers l’Europe … L’Afrique n’est pas prête pour la démocratie … Les Africains font trop d’enfants … L’Afrique manque d’entrepreneurs … », etc. On en ressort édifié sur la vitalité, la complexité, et la soif de démocratie d’un continent immense, qui compte 55 États, dont la population va doubler d’ici cinquante ans, et qui est bien plus moderne qu’il n’y paraît ...

En l’an 2000, selon le dernier « Baromètre thématique des journaux télévisés » de l’Institut national de l’Audiovisuel (INA), les sujets africains ne représentaient que 2 % environ de l’offre d’information sur les principales chaînes de télévision en France. Dix ans plus tard, c’est plus qu’un doublement : 4,6 %, soit 1.475 sujets concernant 36 pays – mais le traitement de l’actualité africaine s’est focalisé sur trois d’entre eux : Afrique du Sud (Coupe du Monde de football) ; Côte d’Ivoire (élection présidentielle à rebondissements) ; Niger (Français pris en otages). En 2010, près d’un sujet sur quatre était lié aux conflits armés, guerres civiles ou actes de terrorisme … contre 2 % à la culture.■

Philippe Leymarie

1 Sous la direction de Georges Courade, Editions Belin, 2006, 400 pages, 25 euros.