Afrique-Europe, demain

Les rencontres, séminaires, journées concernant l'Afrique au sud du Sahara, ses problèmes, son devenir, ses relations avec l'Europe et le monde, ne cessent actuellement de se multiplier.

Ce regain d'actualité cache évidemment une appréhension plus profonde, nourrie par les troubles armés qui continuent d'agiter le continent, les disparités de développement qui s'aggravent, les nouvelles craintes pour son économie face aux impératifs de l’OMC et à l'appétit des nouveaux venus dans la mondialisation. Et sans doute plus encore par le virage que tentent d'imprimer à l'association Europe-ACP les accords de partenariat économique (APE), combinant, avec les traditionnels outils financiers de développement (FED), ouverture commerciale, restructuration institutionnelle et dialogue politique.

La CADE qui avait l'année dernière organisé une première rencontre-débat sur les accords de Cotonou, a voulu, accompagnée par ARR1 (Association Réalités Relations Internationales), s'y plonger plus profondément cette année, en montant une journée-débat le 9 novembre sur le thème « Afrique(s)-Europe, demain ».

Les premières éléments et réflexions (pour ne pas dire enseignements) qui s'en dégagent, méritent sans doute d'être brièvement rapportés, malgré le peu de recul qui nous sépare de l'exercice mais grâce à quelques moments très forts. (On trouvera également ci après un compte rendu, succinct, de la journée, qui sera suivi prochainement par un document d'analyse plus approfondie, et par une mise quasi intégrale des débats sur site).

Le contexte international n'est aujourd'hui particulièrement pas « porteur » pour l'Afrique, à l'aune du moins de notre vision courante et de nos marqueurs habituels ; mais n'est-il pas, à l'inverse, favorable à une réorientation plus décisive des rapports de l'Afrique avec elle-même, avec son entourage mondial, avec nous, Européens, qui avons tissé avec notre continent voisin des liens indélébiles depuis la traite, la colonisation, et une indépendance bien exploiteuse ? Des facteurs endogènes puissants en Afrique, les pressions qu'exerce et qu'exercera plus encore la mondialisation, dont nous sommes un des principaux acteurs, ne sont-ils pas en effet en train de changer la donne de nos rapports futurs ?

Des interventions de la journée, on retiendra d'abord que l'Afrique a commencé une véritable tectonique. Le formidable mouvement démographique attendu d'ici une génération (doublement de la population, triplement de la population urbaine), les importantes migrations internes qu'il va entraîner, la création de nouveaux marchés urbains, la multiplication des activités induites, les équipements qui s'ensuivront, la formation qui va être révolutionnée par la mutation numérique, vont renverser les conditions d'un développement jusque là pour le moins paisible ? Ces facteurs vont-ils conforter à eux seuls une intégration régionale, source de progrès selon nous, Européens, une unité à l'échelle du continent, espérée par nombre d'Africains, une démocratie, souhaitée par tous ?

Lettre de la CADE n° 94

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