Colloque sur la France, l'Europe et l'aide au développement

La  Terre : l'Europe et l'Afrique

L 'Agence Française de Développement et l'Institut de la Gestion Publique et du Développement Economique ont organisé conjointement, le 8 décembre 2011 au Centre Pierre Mendès-France du Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, un colloque sur l'évolution de la politique européenne d'aide au développement et la position de la France à cet égard.

Ce colloque a passé en revue trois périodes de mise en oeuvre de cette politique avant de se tourner vers ses nouveaux horizons.

Dans la première période (1957-1975), où le rôle de la France a été déterminant, il a été question de l'association des « Etats Africains et Malgaches Associés » imposée par la France à ses partenaires et des instruments utilisés pour donner corps à cette politique (Fonds Européen de Développement et aide aux projets).

Après l'adhésion du Royaume-Uni (1972), deux évolutions majeures ont été distinguées au cours de la période 1975- 1995 : une extension géographique et un changement de paradigme dans le fondement des accords de coopération sous les quatre « Conventions de Lomé » avec le « dialogue sur les politiques ».

Lors de la troisième période (1995-2010), au cours de laquelle s'est opérée « l'européanisation de la politique française de coopération », l'approche européenne de développement a été remise en cause, d’une part sur le plan commercial du fait de l'érosion des préférences communautaires après la création de l'Organisation Mondiale du Commerce, et d’autre part, sans changer l'objectif de réduction de la pauvreté, par la nouvelle impulsion donnée à l'inclusion de la société civile à côté des Etats et par l'introduction d'une dimension politique (respect de l'Etat de droit et des principes démocratiques).

Dernière phase de ce tour d'horizon, l'Agenda pour le changement (2011) marque un nouveau tournant avec l'accent mis sur le soutien au secteur privé dont le rôle dans le développement est reconnu, la restriction des pays bénéficiaires - au détriment des pays à revenu intermédiaire (dont les pays émergents) - et une articulation qui reste à préciser entre la politique extérieure commune et la politique européenne de coopération au développement.

Le colloque animé par des universitaires, des hauts fonctionnaires européens et des personnalités impliquées dans la politique européenne d'aide au développement a mis en lumière les trois grandes tendances d'évolution de cette politique : l'extension géographique, à partir du noyau africain de départ élargi aux ACP en 1975, aux autres zones de coopération que sont le Bassin méditerranéen, l'Asie et l'Amérique centrale et du Sud, la politisation de cette politique conçue initialement - avant la chute du mur de Berlin - pour être neutre et qui risque de devenir un outil de la politique extérieure de l'Union Européenne, et, enfin, le poids croissant du secteur privé dans la stratégie européenne de coopération au développement.

Ce colloque a aussi permis à ces différents intervenants de souligner la stabilité remarquable de l'aide accordée par l'Union Européenne aux pays en développement au-delà des diverses évolutions liées au nombre de ses membres ou aux événements historiques majeurs comme la chute du mur de Berlin, événement qui a indéniablement changé le poids de certains pays africains - principaux bénéficiaires de l'aide – dans les relations Nord-Sud ; cependant, cette stabilité, qui peut aussi témoigner d'une résistance durable à la concurrence des autres aides au développement multilatérales, ne saurait cacher les différentes questions souvent évoquées sur les critères objectifs permettant de mesurer l'efficacité (et donc l'utilité) de l'aide au développement d'une part, et sur la capacité des Etats européens à définir « une politique européenne » d'aide au développement d'autre part. La montée en puissance actuelle des pays émergents comme la Chine et l'Inde dont la conception et l'organisation de l'aide aux pays « pauvres » sont plus dictées par des ambitions mercantiles, constitue aussi une nouvelle donne que l'Union européenne doit prendre en compte dans ses relations avec les pays bénéficiaires de l'aide et qui ont toujours « le développement » dans le viseur.

Claudie Lasserre et Jean-Loïc Baudet