Africultures va avoir 15 ans

Qui l’eût cru au départ ? La petite revue Africultures, créée en 1997, s’est peu à peu développée en une organisation multimédia agissant dans tous les domaines culturels, et cela sans perdre son indépendance.

1997 : la Lettre des Musiques et des Arts africains, fanzine qui avait tenu cinq années sous la houlette de Fayçal Chehat, rendait l’âme faute de financement. Le groupe des rédacteurs, motivé, repense un projet autour d’une revue imprimée et diffusée par L’Harmattan : équipe plus étoffée regroupant des spécialistes par discipline, engagement pour la reconnaissance de la contemporanéité des créations africaines, refus des fixations identitaires et focus sur les nouveaux créateurs. C’est la fin des années 90 : dans le cinéma, le théâtre, la musique, la littérature, la danse de nouveaux noms apparaissent qui modifient radicalement pratiques et discours.

Coordonnée par Olivier Barlet, la rédaction d’Africultures sort un numéro par mois sur 128 pages, abordant souvent la sous l’angle culturel des sujets délicats comme le génocide rwandais ou les études postcoloniales, l’africanité ou d’une manière générale la critique. A partir du n° 54, la revue devient trimestrielle sur 248 pages et approfondit davantage ses dossiers thématiques. Si elle s’impose comme une référence, c’est aussi grâce à l’internet : dès 1998, elle crée son site qui est depuis devenu une source internationalement réputée d’information, de documentation et de réflexion. Africultures. com compte aujourd'hui 110.000 visiteurs « uniques » par mois.

L’internet sera la clef de l’indépendance d’Africultures : tandis que les subventions d’exploitation sont quasiment absentes, les contrats obtenus financent la structure et le travail éditorial. La compétence de l’équipe informatique permet à de nombreux projets de voir le jour, avec à la clef une organisation du secteur : Afrilivres qui naîtra avec l’association des éditeurs francophones africains, Africiné qui sera celui de la Fédération africaine de la critique cinématographique, et Afriphoto qui agit comme agence pour les photographes africains, Afrithéâtre qui publie des études approfondies sur des pièces de dramaturges d’Afrique et des Caraïbes, AfriBD qui répertorie les bédéistes du Continent.

Soucieuse de répondre à la demande d’information et de documentation du public autant que des chercheurs, Africultures développe peu à peu Sudplanète, la plus grosse base de données existante sur les cultures africaines avec plus de 200.000 pages sur les artistes, leurs créations, les structures qui les accompagnent et les événements culturels. C’est un travail quotidien qui ne cesse de renforcer la base, socle de tous les sites. Un réseau international se constitue pour la mutualiser entre tous les opérateurs d’information en tant que base unique, référente et fédérative lui permettant de s’imposer comme outil de visibilité pour tous et centre d’information identifié par le public. Grâce à des formulaires adaptés, la base multilingue fonctionne en web 2.0, permettant à chaque professionnel de gérer lui-même ses données en ligne.

Suite à des enquêtes approfondies réalisées par des partenaires dans chaque pays, des portails culturels nationaux voient le jour, qui s'appuient sur la base générale : Burkinacultures.net en 2010, Culturesmali.net et Kamercultures. net en 2011. Sudplanète devient en outre un outil de partage d’information et de mise en réseau professionnel, facilitant les projets en collaboration et la circulation des oeuvres. Des outils de communication sont développés qui servent au plus grand nombre.

La lettre d’information d’Africultures, qui reprend depuis 1998 l’information de la semaine et présente les nouveaux articles, compte aujourd’hui plus de 180.000 abonnés. Des partenariats sont noués avec une multitude d’événements culturels.

En 2007, Africultures lance, sous l’impulsion d’Ayoko Mensah, le magazine bimestriel citoyen gratuit Afriscope, diffusé à 50.000 exemplaires en région parisienne puis dans d’autres régions françaises. Le but est de déconstruire les préjugés sur les diasporas africaines et caribéennes et de valoriser l'engagement citoyen d'associations tout en rendant compte de l’actualité culturelle.

Diffusé dans de nombreux lieux culturels, Afriscope est également distribué dans les foyers de travailleurs migrants, avec un carnet supplémentaire en « français facile » destiné à l’alphabétisation. Des actions artistiques sont également organisées dans les foyers ainsi qu’un projet d'aménagement d'espaces collectifs.

En 2012, Africultures veut lancer un nouveau portail internet d’information culturelle ancré dans les problématiques interculturelles de la société française et compte développer toutes ses activités pour répondre au mieux aux besoins de documentation et de visibilité tout en poursuivant la production de contenus critiques en toute indépendance. L’aventure continue.■

Olivier Barlet
Africultures