Sommaire:
  • Actualité et avenir des recherches africaines
  • Les jeunes d'origine africaine en France
  • Amitié villages
  • Afrique-Europe
  • Etudes africaines: état des lieux et des savoirs en France
  • Les exportations agricoles africaines et la santé du monde
  • le cacao et le coton
  • Echos du cinquantenaire du premier congrès des écrivains et artistes noirs
  • Bulletin   mensuel   d'information   sur   les   activités   de   la   cade      décembre   2006      n°95

    Débats du mois : « Les jeunes

    d'origine africaine en France »

    Editorial

    Actualité et avenir des recherches africaines

    Nous l'avions rêvé, tant cela paraissait néces­saire autant que difficile, réunir dans un même lieu pendant trois jours, les chercheurs « africanistes ». Et bien, Pierre Boilley et le bureau du Réseau Thématique Pluridisciplinaire (RTP) des Etudes africaines l'ont fait. Les 29, 30 novembre, 1er et 2 décembre, au siège du CNRS, les chercheurs mobilisés par le RTP, répartis dans une cin­quantaine d'ateliers, ont présenté l'état de leur discipline et/ou de leurs travaux. Que les chercheurs en études africaines me par­donnent cette réutilisation du terme « africa­niste », mais débarrassé de toute visée épisté-mologique, il reste utile dans son acception géographique et sociologique.

    Les organisateurs de ces journées avaient bien défini leur ambition : ni colloque, ni séminaire, elles devaient être un Carrefour, un Forum, une rencontre entre les cher­cheurs de toutes les disciplines de science sociale qui se consacrent à des études afri­caines et une rencontre avec ceux qui sui­vent et qui publient leurs travaux. C'est à ce titre que plusieurs collègues de la CADE se sont rendus rue Michel-Ange et ont suivi quelques ateliers de leur choix, car il n'était pas possible d'être partout (plus de quarante ateliers sur trois jours !). Dans l'im­possibilité de vous offrir un compte-rendu exhaustif de ces rencontres, nous avons décidé que l'un de nous donnerait sa réac­tion personnelle que vous trouverez dans la Lettre et que l'éditorial de cette Lettre leur serait consacré.

    La recherche, qu'elle soit universitaire ou qu'elle soit le fait d'instituts spécialisés est confrontée, entre autres, à l'écueil de la com­munication avec le public. C'est un pro­blème que la CADE connaît bien, qui depuis dix ans fait appel aux chercheurs et aux universitaires pour tenter de com­prendre et faire connaître les réalités afri­caines à un public « africaniste » de profes­sionnels, publics et privés, d'associatifs et du monde des médias. L'état des lieux et des savoirs sur l'Afrique qu'il nous a été donné de voir nous est apparu comme particulière­ment pertinent pour notre approche du continent africain.

    La recherche africaine française s'est donnée à voir rajeunie, internationalisée et africanisée, embrassant au delà de l'Afrique fran­cophone, couvrant un vaste champ discipli­naire en sciences sociales, ce qui nous a fait regretter l'absence notable et incompréhen­sible des économistes. Enfin, nous avons noté que bon nombre de thèmes et de pro­blématiques de recherches sont en phase avec les questions que se posent tous ceux qui s'intéressent à l'Afrique contemporaine, qu'il s'agisse de thèmes nouveaux comme les villes, les frontières, les migrations, les pou­voirs locaux, les TIC, ou de thèmes anciens dont la problématique est profondément

    La Lettre de la Cade n° 95 - décembre 2006 - page 1

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    renouvelée, l'éducation, l'islam, la linguistique, et bien évidem­ment la géographie et l'histoire.

    Outre le grand avantage d'avoir mis à notre disposition un état des lieux, des institutions et des per­sonnes qui accueillent ou prati­quent des études africaines, ces journées ont montré que la recherche française était entrée, elle aussi, en histoire notamment, mais pas seulement, dans le champ des études « postcoloniales ».

    Nous avons plus que jamais besoin des études africaines et si le tableau qu'elles nous ont donné nous a rassuré sur leur avenir, comment ne pas s'in­quiéter de celui de leurs revues qui sont le principal vecteur entre elles et le public. Elles doivent leur pérennité à des prodiges d'abnégation et de dévouement, car trop chères et mal commercialisées, elles n'ont pas la diffusion qu'elles mérite­raient. C'est pourquoi nous nous associons à l'appel aux ministères intéressés qu'a lancé Jean-François Bayart lors de la dernière table ronde, pour qu'une réponse soit apportée à cette question avec l'aide des pouvoirs publics. Les recherches africaines et leur dif­fusion n'ont jamais été aussi nécessaires, depuis qu'un dou­loureux travail de mémoire ali­mente un vif débat public sur la traite, l'esclavage, la colonisa­tion et la décolonisation, depuis que les Français, comme leurs partenaires européens, s'inter­rogent sur le futur de leurs rela­tions avec l'Afrique et sur le bien fondé de poursuivre une coopération pour le développe­ment avec ce continent.

    Michel Levallois

     

    Compte-rendu de la rencontre débat du 13 décembre 2006

    Les jeunes d'origine africaine en France »

    Cette rencontre-débat est la première d'un cycle de SIX, qui auront lieu tous les mois jusqu'en mai 2007 sous le titre général d'« Afrique des jeunes ». Elle concerne les jeunes Africains, ou d'origine africaine mais Français, vivant en France. Les suivantes seront consacrées d'abord à un exposé démographique situant la catégorie «Jeunes » dans la population africaine, puis nous aborderons successivement les grandes étapes de la vie des individus : comment se former par la famille et l'école; comment se réaliser par les activités professionnelles en ville et à la campagne ; comment rayonner par l'engagement dans le vie politique et sociale ; et enfin quel avenir se dessine et comment le forger. Interviendront successivement dans cette première rencontre Anne Laure WITTMANN de Enda Europe, Jean - Claude TCHIKAYA adjoint au maire de Bagneux et sociologue. Apporteront leur témoignage Issa COULIBALI de la Maison pour un développement solidaire et Julien VASSEUR. des Scouts et Guides de France.

     

    UN PROBLEME DE REPRESENTATION

     

    En introduction Michel Levallois,

    président de la CADE, explique pour­quoi commencer un cycle de confé­rences sur les Jeunes en Afrique par ceux qui vivent en France. La CADE a constaté au cours de ses dix années d'existence, que la réalité africaine était biaisée par l'image que donnaient du continent les médias et l'ambiance générale. Ce discours rend difficile les rapports des jeunes avec leur pays d'origine, ou celui de leurs parents, et leur positionnement dans la société française. Nous avons donc forgé l'hy­pothèse qu'il fallait modifier ce regard porté sur l'Afrique et les Africains en France en diffusant auprès de ces der­niers une représentation objective de leur continent.

    Anne Laure WITTMANN, chargée de mission à Enda Europe, présente son association, filiale européenne de Enda Tiers Monde, créée en 1972 par Jacques Bugnicourt à Dakar, qui rayonne sur 20 pays dans 4 continents et en Afrique, au Sénégal, au Mali, au Maroc, en Tunisie, à Madagascar et en Ethiopie. Elle anime le secrétariat du Forum social africain, elle a participé à l'émergence d'un discours altermon-dialiste africain. Elle mène des projets de lutte contre la pauvreté, de protec­tion de l'environnement, de défense des droits, du dialogue politique. Depuis l'an dernier, une action est engagée contre les discriminations ethniques sur les lieux de travail sur financement du Fonds d'Action et de Soutien aux Luttes contre les Discriminations (FASILD), devenu maintenant « l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances », créée en 1958 et qui a connu plusieurs dénominations: enquête auprès de 300 entreprises et collectivités locales et ouverture d'un site internet. Les objectifs du FASILD ont paru compatibles avec ceux d'Enda Europe et de la CADE, dont l'action principale est de lutter contre les idées reçues à propos de l'Afrique en favorisant une meilleure image du continent. On constate qu'à l'école française les jeunes n'ont pas une bonne connaissance de l'histoire et de l'actualité de leur pays, source d'un certain malaise identitaire. « Comme on se sait pas qui on est, on s'appro­prie l'image que les médias et la société renvoient de nous », dit un jeune. C'est une identité endossée et non construite. La CADE a donc été amenée à s'adresser à un nouveau public dans les banlieues en touchant les associations qui y foisonnent, avec l'aide du CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développe­ment) et le GRDR (Groupe de Recherche et de Réalisation pour le Développement Rural), qui soutient des actions de migrants de la vallée du fleuve Sénégal.

    A la suite du Forum de la Jeunesse franco-africaine organisé à Bamako en 2005, est née l'initiative des « Peupliers à palabres », soutenue par la fédéra­tion Léo Lagrange et suivie par des universitaires de l'INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire) et un Centre de recherche et d'analyse sur l'agir social. Pour atteindre les jeunes, chez eux, des rencontres - débats, parfois de 3 à 4 heures, se sont tenues en Île de France avec un grand nombre de par­ticipants. Des revendications ont été adressées aux pouvoirs publics. Les jeunes « Franco-Africains » -terme non satisfaisant mais retenu, car le plus consensuel pour ces jeunes de nationalité française et d'origine afri­caine par leurs parents - manifestent une sensibilité exacerbée aux discrimi­nations, une résistance aux étiquettes et manipulations médiatiques reprises par les politiques. Pour eux le mot « insertion » est presque une insulte puisqu’ils sont Français. Ces rencontres ont fait aussi apparaître que leurs préoccupations ne leur sont pas spéci­fiques, mais qu'on les retrouve dans la société française dans son ensemble.

    FAUSSES IMAGES

     

    Issa COULIBALI, président de « la Maison pour un développement soli­daire », a assisté à l'une de ces ren­contres, qui était consacrée à la solida­rité internationale : comment trouver une synergie entre les acteurs d'ici et de là-bas, individus ou institutions ? Après avoir participé à un chantier de solidarité organisé par Léo Lagrange en 2002, il a mis en place avec son association plusieurs chantiers pour faire partir d'autres jeunes. Le souve­nir que l'on garde du voyage, c'est le décalage entre l'image de l'Afrique véhiculée ici et ce qu'on voit sur place.

     

    La Lettre de la Cade n° 95 - décembre 2006 – page 2

    « L'écart entre le mode de vie à Bamako et celui que l'on peut avoir à Paris était absolument infime », dit-il. Comme partout, il y a de la richesse et de la pauvreté. L'intérêt était de dissi­per le fantasme que l'on se fait sur l'Afrique. Expérience très enrichis­sante, qui a fait « grandir » tous les participants à ces voyages dans un pays qu'ils ne connaissent pas, puis­qu'ils sont nés en France, et qui leur a permis de se sentir plus à l'aise à leur retour. Ils aimeraient continuer, en France, à voir l'Afrique dans sa réalité. On aurait souhaité faire la même chose avec les jeunes de là-bas, qui ont un énorme fantasme sur la France. Quelles seraient les actions à mettre en place pour faire changer les imagi­naires, qui en amènent tant à risquer leur vie? Ces chantiers de solidarité internationale posent aussi le pro­blème de l'adéquation des projets d'é­cole, de dispensaire, de puits, avec les besoins réels et pour des gens que l'on ne connaît pas. Finalement ces voyages, destinés à apporter un plus localement, sont beaucoup plus béné­fiques pour les visiteurs que pour les accueillants.

    CRISE IDENTITAIRE

    Depuis 1993, Jean-Claude Tchikaya a travaillé avec Jean Pierre Rosenczveig, président du Tribunal pour enfants de Bobigny, sur l'inter-culturalité en partant d'un constat sur le malaise identitaire que connaissent les personnes issues des Antilles, d'Afrique noire, du Maghreb. Dans les collèges et lycées de Seine-Saint-Denis où il intervient, les élèves sont de nationalité française et de toutes ori­gines. Il faudrait que leur identité s'en­richisse de toutes ces composantes, sinon elle se forge sur le territoire : la rue, la cité, voire le département, et elle ne leur donne pas une personna­lité solide pour se sentir chez eux dans la société. Ils devraient savoir qu'avant l'esclavage, avant la colonisation, l'Afrique existait dans sa diversité et sa complexité et qu'elle participait au patrimoine mondial Ils auraient alors le sentiment d'avoir, eux aussi, existé par leurs ancêtres. Mais la crise identi­taire provient également de l'image que se forme la société. La couleur pose problème. « S'intégrer » est une injonction mal perçue par des « Français »: certains seraient-ils « à part entière » et d'autres « un petit peu à part » ?

    Il est urgent d'arrêter de catégoriser à outrance : les quartiers défavorisés, les cités sensibles, les minorités visibles... Lorsqu'ils vont en Afrique pour les vacances, où tout est fait pour donner une bonne image du pays, donc une image organisée, ils ont cette étiquette et on leur dit qu'ils sont « de France ». A leur retour, on leur dit qu'ils sont « d'Afrique ». C'est une situation quasi schizophrénique, qui les amène à théâ­traliser leur identité et à voir facile­ment du racisme, par exemple dans une mauvaise note d'un professeur. L'issue serait-elle dans le sport ? Attention ! Le « sport intégration », le « sport citoyen » laissent entendre qu'on n'est pas capable de faire autre chose. Cela amène les employeurs à douter de la compétence des postu­lants selon le CV.

    Faute de connaître l'histoire et le vécu de l'Afrique, les jeunes développent un complexe d'infériorité contre lequel ils luttent par la violence, une certaine défiance face aux autres, une croyance inconsciente qui survalorise la couleur, noire. Or 1' individu n'est pas seulement une couleur, c'est une personne unique, qui a besoin de dis­poser de tous les moyens pour pou­voir s'accomplir et se construire. L'histoire ne doit être ni enjolivée, ni dévalorisée ; elle doit montrer le conti­nent avec ses problématiques. Les jeunes ont besoin de justice et de vérité historique sur l'esclavage, la colonisation. Il ne doit pas en décou­ler une posture ni passéiste, ni victimaire, ni contemplative, ni doloriste. Il faut donner l'image de la réalité pour que l'origine africaine constitue un repère. J.- C. Tchikaya appelle de ses vœux le moment où, en France, on pourra regarder ces jeunes comme des Français à part entière, qui ont besoin de travailler, d'être là. Il préfère l'« éga­lité effective » à la « discrimination positive », pour que ces jeunes, et les moins jeunes issus de l'immigration, puissent bien vivre leur identité.

    UNE EXPERIENCE DE TERRAIN

    Jean Pierre Vasseur, des Scouts et Guides de France, est responsable de l'action populaire sur l’Île de France. Sur le terrain, à Choisy-le-Roi, le public est essentiellement malien. Notre objectif est de positionner tous les jeunes sur la notion d'égalité. Nous appliquons la méthode scoute basée sur les fondamentaux : la vie dans la nature, ce qui permet de sortir du quartier; la vie en équipe en mêlant les Français, blancs et noirs, dans des actions collectives ; et le plus impor­tant la progression personnelle de chaque jeune. On arrive ainsi à la res­ponsabilisation de chacun en valori­sant ses compétences. C'est une for­mule qui marche bien pour tous et aide à l'intégration.

    LE DEBAT

     

    Le débat s'ouvre sur une véhémente objurgation d'une journaliste martini­quaise pour que : l'on cesse de parler « d'Afrique noire », en la présentant comme historiquement moins ancienne que l'Afrique du Nord, alors qu'en Egypte, les Pharaons « africains » ont régné quinze siècles, avant la période grecque puis romaine. Cette scission avait déjà été regrettée par J.-C. Tchikaya . Le président de la CADE a précisé la raison de ce posi­tionnement. Il n'est pas politique et il n'est pas lié à l'Afrique, mais à la France, où l'opinion générale ne réagit pas de la même manière vis à vis du Nord et du Sud du Sahara. Voulant agir sur cette opinion, il fallait s'y adapter. Quant à l'ancienneté de l'his­toire africaine, il a indiqué qu'il existait plusieurs dizaines d'ouvrages de recueils de textes soit transcrits de l’oralité, soit d'origine arabe (et d'autres sont encore à l'étude dans la vallée du fleuve Sénégal), qui éclairent les civilisations les plus anciennes. Autre question: l'« immigration » peut-elle être une ressource et une compo­sante de l'identité, comme ce fut le cas pour les immigrations espagnole, ita­lienne, d'Europe de l'Est, idée sur laquelle les mouvements noirs mobili­sent au Brésil et en Colombie ? L'immigration africaine appelle « l'intégration », problème qui ne se pose pas avec les immigrations européennes (après avoir affronté de douloureuses oppositions), sans doute pour des raisons de couleur et parfois de religion. La religion joue certes un rôle important dans l'identité, mais il faut faire attention à une confessionalisation trop exacerbée, avertit J.-C.

    La Lettre de la Cade n° 95 - décembre 2006 - page 3

     

    Tchikaya, car elle prend alors trop de place dans le malaise identitaire. Elle doit rester dans la sphère privée. Issa Coulibaly précise que l'intégration est un mouvement réciproque : l'immigré tend la main pour s'intégrer, mais on a l'impression que la société ne prend pas cette main.

    Un auditeur souligne que depuis des siècles l'histoire est dominée par le monde blanc et la religion judéo-chré­tienne. Il faut, dit-il, du temps pour que d'autres couleurs, d'autres reli­gions s'intègrent. Les succès se multi­plient et la formule senghorienne du métissage s'imposera. Une « Malienne, Sénoufo, Bambara, Française » ne se sent appartenir ni à une minorité, ni à une majorité. Selon elle, il faut d'abord se définir soi-même par rapport aux autres, pour qu'ils vous identifient et il faut s'enri­chir de la diversité des origines Ce n'est pas à la France de fournir cette définition.

    Un représentant de l'Association pour la Formation et l'Insertion Profes­sionnelle (AFIP) fait état des graves difficultés que rencontrent les diplômés pour trouver un emploi, à tel point que beaucoup d'entre eux envisagent de chercher ailleurs et de quitter la France, malgré leur amour pour ce pays.

    Enfin le président du club Diallo Telli, club d'avocats, professions libérales, cadres supérieurs, pense qu'il faut donner une image positive aux jeunes par l'histoire, par les exemples de réali­sation personnelle. Nous « n'existons pas » en tant qu'immigrés, alors que lorsqu'on en parle il n'y a que des « problèmes ». C'est pourquoi nous allons dans les écoles pour témoigner. A la fin de l'intervention, la question est posée « comment avez-vous fait ? Nous avons fait des études comme tout le monde » .L'immigration n'est pas une invasion, c'est un peuplement, c'est un pont entre deux rives, il faut en faire une opportunité pour la France.

    En conclusion, pour Michel Levallois, les échanges de ce soir justifient plei­nement le travail de la CADE, qui tend à réduire l'écart entre l'Afrique fantasmée et l'Afrique réelle et à reva­loriser l'image de l'Afrique dans sa culture et dans son histoire.

     

    Robert GINESY

     

    AMITIE VILLAGES »

    Une histoire d'amitié et de solidarité entre Lions Clubs de France et d'Afrique

    Le Lions Club International com­prend 1 400 000 membres répartis en 45 766 Clubs dans le monde. En France on compte 1 200 Clubs pour 31 000 membres et en Afrique franco­phone au sud du Sahara 200 Clubs environ et 5 000 membres. Les fonds mondialement récoltés par les Lions Clubs représentent, selon les années, de 650 à 700 millions de dollars. C'est la plus grande ONG du monde, engagée principalement dans des pro­grammes de lutte contre la cécité. « Amitié Villages », association loi de 1901 reconnue par les instances inter­nationales des Lions Clubs, a été créée par un Club de Paris, qui, depuis long­temps, soutient des actions de déve­loppement villageois réalisées par une ONG du Sahel. Pour cela Amitié Villages comprend dans son conseil d'administration des membres de Clubs de France et d'Afrique.

    Le développement villageois, c'est d'abord « le puits, source de vie », qui permet l'école, la case de santé, la pro­duction alimentaire, en sachant que toute pauvreté villageoise qui émigré vers la ville vient accroître la pauvreté urbaine et que toute augmentation du pouvoir d'achat de la population de base contribue à faire progresser le pays. Amitié Villages utilise pour cela le savoir faire des ONG locales et béné­ficie de leurs sources de financement (Union européenne, Coopération française). Les Clubs africains qui le souhaitent, deviennent ainsi des « acteurs du développement » reconnus dans leurs pays. Ils sont vecteurs d'en­thousiasme chez les jeunes ; ils sensi­bilisent les énergies à participer au développement de villages dans des zones où personne ne va. Quant aux Lions du Nord, au lieu de continuer à faire des actions indivi­duelles de saupoudrage, uniquement décidées par eux depuis chez eux, ils soutiennent ainsi de vrais projets du Sud, voulus par nos amis du Sud.

    Au Burkina Faso, au Mali, au Sénégal, les Clubs locaux ont maintenant une autre idée du développement de leur pays. Là, comme au Niger, au Congo, à Madagascar, ils reçoivent de plus en plus de demandes de villageois engagés dans l'amélioration de leurs conditions de vie.

    C'est une Afrique en marche, par les Africains, pour les Africains, et en amitié entre Lions Clubs du Nord et

    du Sud.

    X.F.

    AMITIE VILLAGES 17 rue de la Pompe 75116 Paris.

    Tél.: 00 33 (0)140 72 74 91 ou 00 33 (0) 6 09 80 0710

     

     

    AFRIQUE-EUROPE

    Après des débuts lents et difficiles, les Accords de Partenariat Économique (APE) - prévus dans l'Accord de Cotonou du 23 Juin 2 000 - entre l'Union Européenne et les 77 pays ACP entrent dans leur phase décisive. On sait en effet qu'en vertu de l'accord passé avec l'OMC, ils doivent se termi­ner en Décembre 2007. Ils sont appelés à donner naissance à une zone de libre-échange qui se substituera au régime d'accord préférentiel qui régit jusqu'à présent les échanges extérieurs entre les deux parties.

    A un an de cette échéance, l'état des négociations fait naître des inquié­tudes aussi bien du coté de l'UE où, si certains des Etats Membres ne cachent pas leur hostilité de principe, des critiques nombreuses s'élèvent à l'égard notamment du caractère peu démocratique - pour ne pas dire trop technocratique - de cet exercice , que du coté des ACP où les avantages des APE sont contestés tandis que leur coût d'ajustement, mal maîtrisé, effraie tout le monde et soulève des ques­tions quant à leur prise en charge. C'est dans cette atmosphère que le point vient d'être fait à Khartoum entre les ACP. Les enjeux sont tels entre ces 102 pays, en termes de déve­loppement et de lutte contre la pau­vreté comme en termes géopolitiques, que le Comité interministériel UE-ACP va se saisir dans un climat de tension, sans doute fin février, des blocages qui se font jour à l'égard d'une approche trop exclusivement commerciale des négociations et prendre position sur les orientations à suivre pour leur trouver une conclu­sion acceptable par les deux parties.

    Jean-Loïc Baudet

     

    La Lettre de la Cade n° 95 - décembre 2006  - page 4

     

    ETUDES AFRICAINES : état des lieux et des savoirs en France

     La première rencontre du Réseau des Études Africaines en France, s'est tenue au siège parisien du CNRS du 29 novembre au 1er décembre. La présence de chercheurs étrangers et de chercheurs et d'étudiants de province attestait de l'im­portance que revêtait cette première tenta­tive de confronter savoirs et expériences autour de l'Afrique, objet d'étude, vue comme un tout.

    Organisées en quatre séances plénières (deux ouvrant la rencontre et deux le fer­mant) et quarante-six ateliers dispersés dans des salles distinctes (cinq ateliers occupant simultanément le même créneau horaire, et cinq créneaux horaires se succé­dant de 9h du matin à 19 h), ces ren­contres furent, on le voit, bien remplies.

    Pluridisciplinarité

    La volonté de croisement disciplinaire se manifesta dans l'organisation même des ateliers, les deux tiers d'entre eux étant au moins bi disciplinaires, sept étant tri disci­plinaires et trois regroupant chacun quatre disciplines différentes. L'histoire et la géo­graphie se taillèrent la part du lion (respec­tivement 17 et 9 ateliers concernés), mais laissèrent néanmoins une place respectable aux Sciences politiques (8 ateliers), à l'Anthropologie (6), et aux études artis­tiques (6). Des thèmes d'actualité mais plus transversaux trouvèrent leur place, comme les migrations (2 ateliers), la reli­gion (3), les TIC (2), les ressources natu­relles (3), la santé et le genre (chacun un atelier). Études éthiopiennes, aire swahilie et Afrique lusophone constituèrent trois thématiques définies géographiquement. Après avoir présenté les enjeux de ces journées, à savoir créer les conditions d'une coopération productrice d'une com­munauté épistémique, la première matinée fut consacrée à une critique externe de la recherche africaniste française.

    Recherche africaine et Recherche « mainstream »

     

    Jan de Haan, directeur de l'unique centre africaniste néerlandais, parla de l'intérêt et des limites du « mainstreaming » des études africaines aux Pays-Bas. Cette approche permet un regard extérieur et naturellement comparatiste sur les réalités africaines, mais souffre toutefois de ce que la bonne préparation disciplinaire des chercheurs (qui s'intéressent ponctuelle­ment à un sujet d'étude africain) n'est accompagnée d'aucune connaissance glo­bale de l'Afrique. La barrière de la langue accentue la méconnaissance des travaux francophones par les chercheurs néerlan­dais généralement anglophones. M. Gado de l'Université de Niamey pré­senta une critique sociologique, expliquant comment la ruine de la recherche nigé­rienne suite au Plans d'Ajustement Structurel réoriente l'énergie des cher­cheurs vers les activités de survie et d'ac­cumulation comme les bureaux d'études, la politique ou l'adhésion à des réseaux de copinage et de clientélisme liés aux univer­sités européennes et auxquels participent les réseaux de coopération, qui seuls per­mettent de maintenir la relation avec la communauté disciplinaire, de publier dans des revues européennes et de participer tant aux problématiques qu'au marché de l'expertise internationale. Le ralliement à une école européenne et à ses querelles de chapelles conditionne ainsi la capacité de recherche du jeune chercheur sur le ter­rain, de façon plus marquée et plus verti­cale que lorsque la présence de chercheurs européens sur place permettait de centrer la relation sur les réalités du terrain. Seule une minorité de chercheurs parvient à un bon dosage entre un positionnement tac­tique sur le marché et les études sur le ter­rain. Les solutions viendraient plutôt d'une ouverture vers la recherche du Nigeria et d'Afrique du Nord,, permettant de rompre avec l'Occident et les paradigmes para­chutés par le haut.

    Un invité surprise de l'Université de Douala offrit une critique philosophique, expliquant à l'assemblée que « vous ne pouvez pas lire mes réalités avec vos critères à vous », et signalant le danger de rapports obliques plutôt qu'horizontaux, liés à l'Histoire, entre chercheurs européens et africains: « si [vous considé­rez que] mon substrat culturel est défaillant, il faut que vous m'ameniez le vôtre pour que je sois un homme ». Enfin, M. Morès-Faria de l'Université de Birmingham partit de sa spécialité (l'Histoire de la boucle du Niger) pour argumenter une critique épistémologique ; montrant comment l'absence de commu­nication entre historiens berbérisants, ara­bisants et songhaïsants retarda fortement la compréhension tant des interactions entre les sociétés touareg et songhaï que de chacune de ces sociétés mêmes : les frontières invisibles entre disciplines et entre géographies à l'intérieur d'une même discipline rendent parfois aveugle.

    Histoire, idéologie et nouveaux paradigmes

    Les divers ateliers se succédant, les quatre demi-journées suivantes ne connurent que quelques modifications mineures du pro­gramme initial. Globalement bien répartie entre les ateliers aux sujets très variés (de l'ethnomusicologie de l'Afrique au panafri­canisme, en passant par la sidérurgie ancienne, l'anthropologie de la valeur ou les montagnes d'Afrique tropicale), l'assis­tance studieuse et passionnée profita au maximum du temps de débat, souvent de haut niveau mais ne tournant jamais à la querelle de spécialiste. Le plus souvent organisés (plus ou moins consciemment) autour du triptyque « acquis de la recherche, chantiers en cours, zones d'ombre », ces ateliers furent néanmoins hétérogènes dans la priorité donnée à cha­cun de ces aspects et dans le choix de favoriser la synthèse ou au contraire de citer les approches dans leur diversité. De l'ensemble se dégage une bonne image du poids historique qu'ont représentés les débats idéologiques dans la plupart des disciplines et problématiques (notamment les débats entre l'école développementiste et celle de la dépendance), ainsi que de l'importance de la contestation des para­digmes anciens dans les années 80 (ou 90 dans certaines disciplines).

    Pour conclure

    La dernière plénière présenta les diverses revues africanistes existantes, tout en déplorant la faible diffusion de la plupart d'entre elles et l'absence de relais de leurs travaux par la presse généraliste.

    De l'avis général, cette première rencontre, fut perçue comme historique et ses organi­sateurs proposèrent d'en faire un événe­ment régulier, une année sur deux en alter­nance avec AEGIS (Africa-Europe Group for Interdisciplinary Studies), exprimant le souhait de renforcer une vraie commu­nauté où la partie Sud sera aussi repré­sentée que la partie Nord et de faire émer­ger par le frottement entre disciplines de nouveaux objets d'étude.

    Yannick Le Corfec

     

     

    La Lettre de la Cade n° 95 - décembre 2006 – page 5

     

    L   A       P    A    G    E         E   C    O    N    O    M    I    QUE

     

    LES EXPORTATIONS AGRICOLES AFRICAINES ET LA SANTE DU MONDE

    Réunis entre eux à Khartoum du 6 au 8 décembre 2006, les pays ACP ont manifesté leur attachement à l'Union européenne et regretté la lenteur des négociations commer­ciales à propos des APE (Accords de Partenariat Economique), car elles buttent sur les différences d'interprétation des mots « commerce » et « développement ». L'U.E. assure (nous l'avons entendu le 9 novembre au colloque Europe/Afrique) qu'elle veut préserver les deux volets, mais les pays du Sud en doutent. Ils ont également regretté le blocage du cycle de Doha à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) sur le dossier agricole.

    Dans ce domaine, le Nord gène les agricul­tures du Sud, et notamment l’Africaine, par les subventions à la production et aux exporta­tions, par les droits de douane imposés à l'en­trée sur ses marchés. Des aménagements ont été trouvés et, lorsque les négociations OMC reprendront, les uns et les autres baisseront.

    LES « NORMES »

    Par contre ce dont on parle peu, ce sont les normes sanitaires et phytosanitaires, qui se maintiendront jusqu'à ce que les producteurs africains soient en mesure de les respecter. Lors d'un colloque organisé, à Paris du 27 au 29 novembre dernier, par la Fondation pour l'Agriculture et la Ruralité dans le Monde (FARM) lancée en 2005 et réunissant de grande entreprises et l'Agence française de développement, ont été soulignées les distor­sions entre l'ouverture affichée aux produits du Sud et la réalité des contrôles que subissent les produits agricoles dans le commerce inter­national. L'administration américaine fixe des normes pour 273 produits importés, représen­tant 23,7% des importations dans ce secteur. L'Union européenne ne s'intéresse qu'à 9O produits, soit 6,6% de ses importations. L'Australie et la Nouvelle Zélande, qui récla­ment, avec les pays émergents dans le groupe de Cairns, la suppression des barrières tari­faires, imposent des normes pour respective­ment 97,6% et 87,3% de leurs importations agricoles. Pour les ACP cela peut toucher jus­qu'à 98,7% des exportations, comme en Guinée-Bissau; la moyenne s'établissant autour de 50%.

    Les normes répertoriées dans l'Accord sur les mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS)

    portent sur l'innocuité des produits alimen­taires, la santé et la sécurité des animaux et végétaux. Selon le ROPPA (Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs de l'Afrique de l'Ouest) ce sont les plus pénali­santes. S'y ajoute l'Accord sur les obstacles techniques au commerce (OTC), qui vise pourtant « à ce que les normes et les procé­dures d'essai et d'homologation des produits ne créent pas d'obstacles aux échanges ». L'OMC admet que chaque pays puisse adop­ter ses propres normes, si elles répondent aux mêmes objectifs de santé humaine et animale et d'environnement On pourrait donc penser qu'il serait souhaitable d'édifier des normes africaines. Elles éviteraient aux Africains de discuter avec les spécialistes américains et européens en ordre dispersé, sur des points de détail dans un cadre général proposé par les Etats Unis ou l'Union Européenne (pour les APE par exemple) et ignorant les spécificités du continent. Ces normes faciliteraient aussi le commerce intra régional.

    Mais des normes moins fortes disqualifie­raient les exportations africaines et détourne­raient les consommateurs préférant les normes plus sécurisantes des pays occiden­taux. Il reste donc à s'adapter à celles-ci, en améliorant la qualité des produits et en recour-rant à la certification internationale Cela coû­tera cher et on peut espérer des aides des bailleurs de fonds. Mais la mobilisation est nécessaire, car l'alignement est inévitable. D'autres efforts se font jour dans d'autres domaines. Le Marché commun pour l'Afrique orientale et australe (COMESA) ambitionne de mettre en oeuvre un Programme de déve­loppement agricole pour toute l'Afrique, en vue de porter le taux de croissance agricole à 6%. Il s'attachera essentiellement à l'extension des systèmes d'irrigation, à l'amélioration des infrastructures rurales, à l'augmentation de l'approvisionnement en nourriture et au déve­loppement de la recherche. Le Kenya, l'Ouganda, la Zambie devaient lancer leur processus national dans le cadre de ce Programme, dès la fin de 2006.

    LE CACAO ET LE COTON

    La recherche et les professionnels s'emploient à mettre au point des plans d'amélioration soit de la culture soit de la commercialisation de certains produits comme le cacao et le coton. En Côte d'Ivoire, le Fonds de garantie des coopératives café - cacao veut multiplier les entrepôts dans chaque région (l'objectif est une soixantaine) pour diminuer le nombre des intermédiaires, réduire le temps d'attente des exportateurs et permettre aux planteurs d'être mieux et plus rapidement payés. Pour l'avenir, le CIRAD (Centre de coopéra­tion internationale en recherche agronomique pour le développement) a tiré la sonnette d'alarme dans une étude publiée le 13 décembre 2006. Elle fait état des travaux déjà réalisés et des objectifs à atteindre. Il faut proposer de nouvelles méthodes de culture aux petits planteurs pour éviter que, devant les difficultés actuelles, ils ne baissent les bras ou n'aggravent la déforestation en allant chercher des sols moins épuisés. Depuis 2002, 35 chercheurs de 32 organismes de recherche des cinq principaux pays produc­teurs (Côte d'Ivoire, Ghana, Togo, Nigeria et Cameroun) ont lancé neuf opérations de recherche et mis au point des itinéraires tech­niques adaptés aux conditions socio-écono­miques des planteurs et à l'environnement. L'objectif étant essentiellement de lutter contre les parasites et les maladies qui mena­cent la pérennité des cacaoyères.

    Durant le denier trimestre 2006, le prix du coton sur le marché mondial est resté faible. La Chine importe moins car elle fait de plus en plus appel à sa production nationale. Aux Etats Unis, malgré l'annulation de la subven­tion aux exportations appliquée depuis le 1er août, les exportations diminuent : les contrats, pour 2006/2007, portent sur 3,57 millions de balles contre 5,88 en 2005. Pour l'Afrique le problème du coton ne réside pas seulement dans celui des subventions. La dernière assemblée générale de l'Association française cotonnière a mis l'accent sur l'amé­lioration des conditions de culture et une structuration plus transparente et plus suivie de la filière. Il faut valoriser la production locale (une usine de transformation doit démarrer au Cameroun en 2008) et rechercher des utilisations différant de la tradition: huile alimentaire humaine, tourteaux pour le bétail, fabrication de biocarburant comme une expé­rimentation est en cours au Brésil. Ces exemples montrent que l'agriculture africaine réagit aux difficultés climatiques, économiques et techniques qu'elle affronte. Sans doute faudrait-il aussi une rénovation des mentalités

    R.G.

    NDLR:L'essentiel des informations utilisées dans cette page est puisé dans l’hebdomadaire « marchés tropicaux et Méditerranéens »

     

    La Lettre de la Cade n° 95 - décembre 2006 - page 6

     

    ECHOS DU CINQUANTENAIRE DU PREMIER CONGRES DES ECRIVAINS ET ARTISTES NOIRS DE 1956

     

    Rien n'est plus malaisé que de faire un résumé succinct et fidèle du rapport sur ce congrès dont le seul programme compte près d'une dizaine de pages.

    Et pourtant il faut le faire. Voici donc quelques uns des points abordés et des remarques générales qu'inspire cette tâche délicate.

    Le projet initial « Bilan, hommages et perspectives » fut largement honoré en ce qui concernait les deux premiers objectifs : hommages et bilan du congrès de 1956, en particulier lors de la séance inaugurale où le rôle d'Alioune Diop et l'influence de Présence Africaine furent magnifiés sans réserves. L'amphithéâtre Descartes de la Sorbonne était bondé et chaleureux. Les allocutions du Recteur de l'Académie et Chancelier des Universités de Paris, Maurice Quenet, du Président de Paris IV-Sorbonne, Jean-Robert Pitte, mais surtout de Noureini Tidjani Serpos, écrivain, sous-directeur général de l'UNESCO pour l'Afrique, Edouard Glissant, écrivain, Henry Louis Gates jr., directeur de l'Institut W.E.B du bois, Université de Harvard, René Depestre, écrivain et Yandé Christiane Diop, secrétaire général de la Communauté Africaine de Culture, ont été très applaudies. Enfin Wole Soyinka, prix Nobel de littérature, Président de la Communauté africaine de Culture, centrant l'intérêt sur le problème du Darfour, ramenait en contraste sur le terrain toute l'actualité inquiétante de l'Afrique de 2006.

    En fait, on peut dire que la plupart des interventions de ces trois jours se sont réparties en deux thèmes :

    - Le rappel souvent euphorique et idéalisé du Premier Congrès, de ses participants (dont nombre ne sont plus là), de ses objectifs atteints avec le rassemblement des intellectuels d'Afrique et de la diaspora et l'affirmation, la description, la glorification d'une Civilisation africaine : le Congrès eut valeur de manifeste de la Négritude au sens que Senghor donne à ce terme. Les objectifs du second Congrès de 1959, à Rome, dont on parla peu, furent assimilés, confondus avec les objectifs de 1956 ; en particulier, la revendication de l'indépendance et les mises en garde évoquées par Aimé Césaire, poète, professeur, député martiniquais et maire honoraire de Fort-de-France (par vidéo message) et Frantz Fanon, psychiatre et révolutionnaire d'origine antillaise. Les allocutions de Amadou Mahtar Mbow, ancien Directeur général de l'UNESCO et de Amady Aly Dieng, ancien président de la Fédération des Etudiants d'Afrique noire en France et actuellement enseignant à l'Université Cheikh Anta Diop, ont bien recadré le contexte de ce « Bandoeng culturel » que fut le Congrès de 1956.

    - L'autre thème général des interventions portait sur les problèmes (plus que les perspectives) de l'Afrique d'aujourd'hui et les considérations sur l'éducation, la politique, l'économie, la corruption et la pauvreté, l'impact des religions, la monnaie, l’émigration et la mondialisation. Le tout développé le plus souvent sur le mode critique ou interrogatif, avec un essai louable de lucidité sur soi, ou au contraire, une accusation renouvelée des influences étrangères. Les débats mirent en valeur la responsabilité des Gouvernements africains et de la classe intellectuelle dans ce qu'on pourrait appeler la détérioration culturelle et politique des nations africaines. « Lorsqu'on refuse de reconnaître ses défauts on ne peut progresser » conclut A Dieng toujours incisif.

    En contrepoint - cependant - la flamboyante intervention de Malefi Asante, Chef de file du mouvement afrocentriste des USA dont l'énergie, la combativité et l'optimisme à long terme furent reçus avec gratitude par l'assistance subjuguée...

    Ce Congrès (19-22 Septembre 2006) n'était pas prévu pour trouver des solutions aux tragédies et impasses du Continent noir.

    Mais à coté de nombreux intellectuels, universitaires comme Pathé Diagne, Tamsir Niane, Paulin Houtondji, A. Kern, Bonaventure Mve Ondo, Tanella Boni, Manthia Diawara, Abiola Irele, Chico Eboue, Mwayila Tshiyembe, M. Ngalasso, R. Fonkoua, N. Osundare, Cheik Mbaké Diop, nous avons remarqué une forte présence d'anglophones ! La présence, aussi, de cadres politiques comme Abdoulaye Bathily, Henri Lopès, Mame Birame Diouf, Judith Morisson, Christiane Taubira, Marcelino Dos Santos, Aminata Traoré (et j'en passe), était réconfortante et signifiait l'intérêt de cette réunion au-delà des objectifs culturels officiellement affichés.

    Beaucoup d'étudiants noirs et blancs. Mais en revanche une absence remarquée de la nouvelle génération des écrivains - ceux qu'on appelle déjà « beurs » ou «négropolitains » qui se démarquent une fois de plus de leurs aînés, de la race et de l'Afrique. Dommage qu'ils aient évité la confrontation. Car c'était l'occasion d'un dialogue qui aurait été constructif pour tout le monde et tout à fait tolérant et courtois, qualités qui ont marqué le ton des échanges et débats de ce 3e Congrès qui fera date dans l'histoire de Présence Africaine.

    Lilian Kesteloot

    Directeur de Recherches à l'Université de Dakar

    La Lettre de la Cade n° 95 - décembre 2006 - page 7

     

    agenda de la cade

    cycle de la jeunesse en afrique :

    La prochaine rencontre-débat aura lieu au Centre Mahler,

    5 rue Mahler le mercredi 17 janvier de 18 à 20 heures et portera sur :

    « Les leçons de Nairobi : la démographie »

    La rencontre-débat du 14 février concernera « La formation par la famille et l'école : pour se construire » ;

    le lieu sera précisé ultérieurement.

    A partir du mois de mars les rencontres devraient de nouveau pouvoir se tenir au 2 avenue de l'Observatoire.

    Elles porteront :

    le 14 mars sur : « les activités : pour se réaliser »,

    le 25 avril sur : « La politique : pour leur rayonnement »,

    le 23 mai sur : « L'avenir : identité, vie sociale »

    Projet FASILD avec ENDA Europe

    Le 25 janvier une rencontre avec le GRDR et des associations de migrants, de 18 à 20 heures, à la bourse du travail de Saint-Denis 93

    D'ICI ET D'AILLEURS

    Cette fin d'année a vu la disparition de Joseph Ki-Zerbo, premier agrégé d'histoire originaire d'Afrique subsaharienne qui a profondément marqué ceux qui aiment cette partie du monde. Toute l'équipe de la CADE présente ses condoléances à sa famille.

    L'année scolaire dernière a vu la Cade faire travailler des étudiants de l'Institut des Sciences Politiques de Paris dans un projet collectif et la même expérience se poursuit au premier semestre 2007 sur le cycle de la jeunesse en Afrique.

    La revue « Politique africaine » (Karthala) vient de sortir son numéro 103 où il est notamment question de : « L’Afrique du Sud au-delà de l'arc-en-ciel ».

    Coordination pour l'Afrique de Demain (CADE)

    Association Loi 1901

    Président : Michel Levallois

    Vice-Présidents : Raymond Césaire, Jean Clauzel, Xavier de Franssu, Henri Senghor.

    Secrétaire Général : Philippe Mathieu Trésorier : Pierre Croze

    La Lettre de la Cade

    Directeur de publication : Michel Levallois

    Comité de rédaction : Robert Ginesy, Michel Levallois, Philippe Mathieu, Denyse de Saivre, Henri Senghor.

    Maquette : Atelier Visconti

    La CADE : 5 rue des Immeubles-Industriels,

    75011 Paris, France.

    Tél. : 01 44 93 87 46 / Fax : 01 44 93 87 50 Courriel : endacade@wanadoo.fr

    Web : www.afrique-demain.org

     

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    : 30 euros, - étudiants : 8 euros, - entreprises, collectivités
    Adhésion individuelle à l'Association, comprenant

    euros. Paiement par chèque à l'ordre de la CADE.

     

    La Lettre de la Cade n° 95 - décembre 2006