Sommaire:
  • La CADE continue!
  • L'Afrique des idées reçues
  • Les ethnies ont une origine précoloniale
  • Les guerres d'aujourd'hui sont plus nombreuses
  • Le contrôle social en Afrique
  • la page économique
  • Journées de la coopération internationale
  • Au sujet de Léopold Sédar Senghor
  • Développement mondial et mutations des sociétés contemporaines
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    Bulletin   mensuel   d' information   sur   les   activités   de   la   cade   -   septembre   2006   -   n°92

     

       Débat du mois : L'Afrique des idées reçues

    —Editorial————————————————————————————————————

    La CADE continue !

     

    Le 7 décembre dernier, nous fêtions les dix ans de la CADE. Le succès de cette journée anniversaire marquée par le colloque Images et trajectoire de l'Afrique a ranimé la flamme des fondateurs et suscité de nouveaux engagements. Nous avons retrouvé le chiffre des 150 abonnés à La Lettre qui s'était un peu effrité ces derniers temps. Jean-Loïc Baudet, Georges Courade, Jean-Louis Domergue, Michel Levante et nos amis africains Roland Portella et Lysias Ogolong ont rejoint le comité de direc­tion et nous pouvons maintenant nous appuyer sur un secrétariat opérationnel. Une subvention du Ministère des affaires étrangères et un concours financier de l'Agence française de développement pour la journée du 7 décembre nous ont permis de terminer l'année 2005 sans dettes.

    Avec ce dispositif, nous avons pu mener à bien le cycle des rencontres-débats de 2006 consacré aux « Chemins de la démocratie en Afrique », avec la participation d'étudiants de l'Institut des sciences politiques de Paris dans le cadre d'un projet collectif identifié dans leur par­cours d'enseignement et des étudiants de Paris II. Il nous a également permis de préparer un programme plus ambitieux pour tes mois qui viennent et l'année 2007. Celui-ci suivra trois axes. Le premier est celui des rencontres-débats qui consti­tuent la colonne vertébrale de l'action de la CADE. Les deux premières rencontres de la rentrée, les 11 octobre et 15 novembre seront consacrées à l'entreprise en Afrique. La rencontre de décembre sera consacrée aux Jeunes Africains en France et elle inaugurera le cycle des six ren­contres de 2007 sur le thème des Jeunes en Afrique. Nous dépasserons ainsi en 2007 le chiffre des cent ren­contres débats organisées par la CADE depuis sa naissance en 1996.

    Le deuxième axe est nouveau puisqu'il a été tracé par la convention que nous avons signée avec le FASILD. Il doit nous permettre de viser le public de la diaspora afri­caine, par des réunions organisées en partenariat avec Enda-Europe et des associations de la région Ile de France et par la participation à des émissions de radio. Le troisième est celui de la capitalisation des 90 ren­contres débats qui sont déjà consultables sur notre site Internet à partir de l'arbre thématique Les défis de l'Afrique au seuil du XXI" siècle et que nous voudrions diffuser vers les Centres de documentation pédagogique de l'Education nationale. Nous avons également l'inten­tion de publier les actes de la journée du 7 décembre et de diffuser et exploiter les prochaines rencontres-débats par la création d'un forum électronique. Enfin, nous préparons avec ARRI, pour le 9 novembre, une journée sur le futur des relations Europe-Afrique(s) avec la participation de nombreux experts et entités dont la Commission européenne, afin de faire le point sur les accords de partenariat économique à l'échéance 2012 et de jeter un regard prospectif sur les échéances 2030 qui forment l'horizon des jeunes Africains d'aujourd'hui.

    Une ombre à ce tableau: la réalisation de ce programme et tout spécialement celle de la journée Europe-Afrique(s) reste suspendue à l'obtention des concours financiers que nous avons sollicités. Il appartiendra au Conseil d'Administration qui se réunira le 21 septembre de décider ce qu'il sera possible de faire compte tenu des ressources disponibles.

    Michel Lcvallois

    1/ Fonds d'Action et de Soutien pour l'Intégration et la Lutte contre les Discriminations.

     

    La Lettre de la Cade n° 92 – septembre 2006   - page 1   

              Compte-rendu de la rencontre-débat du 20 juin 2006

    « L'Afrique des idées reçues »,

    présentée par Georges Courade, géographe, Directeur de recherche à l'IRD, Jean-Claude Bruneau,

    géographe, professeur à l'Université Montpellier 3, Pierre Janin, géographe, chargé de recherche à l'IRD et Marc Antoine de Montclos, politologue, chargé de recherche à l'IRD

    Cette rencontre débat a été organisée à l'occasion de la publication de l'ouvrage « L'Afrique des idées reçues » réalisé sous la direction de Georges Courade (Belin éd. 2006). La Cade y a retrouvé de nombreux points de convergence avec ses propres préoccupations qui sont de porter un regard sur le continent Africain débarrassé de « fausses évidences, de clichés ou de préjugés ».

    En introduction, Michel Levallois rappelle donc l'intérêt de la Cade pour cet ouvrage. Celui-ci essaie d'apporter des. réponses solides aux questions que le public se pose au sujet de l'Afrique subsaharienne et montre que le sous-continent ne se résume pas aux spécificités où on l'enferme faisant souvent oublier l'universalité de ses aspirations et son ouverture ancienne aux idées et aux échanges.

     

    La genèse et la construction de l'ouvrage (Georges Courade)

    Ce livre était nécessaire aujourd'hui en raison des lacunes et des déformations de la représentation de l'Afrique sous l'effet de la loupe médiatique. Celle-ci reflète une vision humanitaire, norma­tive sur les droits humains, une hiérar­chisation euro centrée des événements et, au total, une vision très pessimiste. Plus grave, les médias occidentaux structurent largement l'opinion afri­caine dans les villes ; les jeunes Africains, faute de médias indépen­dants chez eux, se regardent avec les yeux de ceux qui les stigmatisent. L'incompréhension réciproque n'a jamais été aussi élevée pour des raisons géopolitiques et mémorielles. La mau­vaise gouvernance des régimes afri­cains est apparue avec l'effondrement du mur de Berlin (1989). La poursuite de l'ajustement structurel depuis vingt cinq ans a conduit à un appauvrisse­ment massif du continent. Le senti­ment d'abandon a été ressenti au moment de la dévaluation du Franc cfa en Afrique francophone (1994) mais surtout par les conditions d'ac­cueil et de refoulement des migrants africains se rendant en Europe. Tout ceci est renforcé par les revendications mémorielles des descendants d'Africains installés en banlieue fran­çaise qui se trouvent stigmatisés (vio­lence des enfants de polygames, com­portements communautaristes, etc.). Le discours sur le naufrage du sous-continent est devenu très prégnant reposant sur quatre idées-forces, l'hos­tilité ou la fragilité supposées de la nature tropicale, des sociétés qui seraient réfractaires au progrès, les effets catastrophiques des interven­tions extérieures (traite, colonisation, impérialisme), des dictatures et des élites prédatrices faisant obstacle à la démocratie et au développement. Cinq visions en miroir du sous-conti­nent s'affrontent ainsi. Une Afrique criminelle, terroriste, violente est opposée à une Afrique victime des multinationales, des dictateurs autoch­tones, des Blancs, du Sida, de l'aide au développement et de la libéralisation des échanges. Face à l'Afrique écono­miquement dépendante, saccagée et pillée des tiers-mondistes, on montre une Afrique suicidaire aux mentalités archaïques, rétrogrades et peu ouvertes, plus portée sur l'économie de rente que productive, imprudente et imprévoyante, peu soucieuse de ses intérêts collectifs. Et pourtant certains voient aussi une Afrique qui marche, celle qui thésaurise dans les tontines, qui crée et qui entreprend, qui se manifeste dans l'informel, qui se bat et survit, celle qui contrôle ses divers pouvoirs et fait une place à ses femmes, etc. Ces cinq visions débou­chent sur un afro-pessimisme large­ment partagé : pays sans Etats et peuples sans nations devant être mis sous tutelle, aliénation culturelle et domination impérialiste maintenant la dépendance, afro-pessimisme négrologique enfin où la complaisance occi­dentale sert d'alibi à des attitudes afri­caines suicidaires...

    Pourquoi donc un livre sur les idées reçues ?

    Elles foisonnent dans tous les domaines sur les sociétés, l'aide, l'in­tervention et le développement. On peut en distinguer quatre types : des assertions acceptées sans analyses ou observations n'allant pas au-delà des apparences ; des faits probables ne reposant pas sur des éléments avérés ou des analyses recoupées ; des stéréo­types psychosociologiques reflet de normes différentes et caricaturant le comportement de l'autre et des juge­ments péjoratifs de techniciens, experts ou volontaires à l'endroit des

    La Lettre de la Cade n° 92 – septembre 2006- page 2

    pratiques des Africains. Ils structurent les représentations parce qu'ils sont séduisants pour ceux qui les emploient dans la mesure où ils répondent à une attente, une peur, un fantasme ou un présupposé et ils sont admis aussi puis­qu'ils expliquent une déconvenue dans le secteur du développement, répon­dent à une recherche de vision alterna­tive ou confortent une supériorité éthique ou technique.

    D'où vient ce stock d'idées reçues ?

    Deux sources principales alimentent la besace : les projections occidentales et les tentations d'explication globale du naufrage africain. Les projections occi­dentales, c'est d'abord l'Afrique sur mesure des volontaires et coopérants pris par l'urgence et la culture du résultat ou l'indignation féministe devant la condition des Africaines, mais c'est aussi l'érection de l'Afrique comme contre-modèle de la société de consommation ou l'exotisation de l'Afrique par la presse et le tourisme. La deuxième source de lieux com­muns, c'est le besoin de donner une explication globale et définitive au naufrage du sous-continent africain. L'isolement du sous-continent par le Sahara aurait été néfaste à la diffusion du progrès. Des sols pauvres, un cli­mat aléatoire, une nature hostile auraient été défavorables au dévelop­pement agro-pastoral. Celui-ci aurait été obéré par les hémorragies démo­graphiques de l'esclavagisme et des traites et par le bilan de l'épisode colo­nial. Enfin, l'explosion démogra­phique africaine face à des potentiali­tés fragiles en diminution entretient toujours les craintes malthusiennes. Mais beaucoup se rejoignent pour mettre en accusation la culture afri­caine, les traditions, etc. qui explique­raient les mentalités archaïques, etc. etc. Elles seraient en définitive la cause profonde de cette déroute de l'Afrique. Trois idées reçues vont être explicitées maintenant par J.C. Bruneau, M.A. Pérouse de Montclos et Pierre Janin illustrant la méthode et analysant la part de vrai et de faux dans celles-ci.

    Les ethnies ont une origine précoloniale (Jean-Claude Bruneau)

    La notion d'ethnie est utilisée, en fran­çais, pour remplacer celle de tribu. Ils'agit d'un sentiment d'appartenance fondé sur des critères réels ou supposés et au premier chef sur l'auto-désignation. En Afrique subsaharienne s'il qualifie les groupes il les divise aussi, et cela entrave un peu partout l'émer­gence d'un sentiment national. La sur valorisation actuelle de cette identifica­tion a conduit à la croire figée dans l'histoire profonde du continent. La mise en place générale du peuple­ment africain est en gros réalisée au XVe siècle. Empires et royaumes y encadrent une marqueterie de sociétés villageoises. Ils renforcent certains peuples, en regroupent d'autres, en font émerger de nouveaux. Mais ces dynamismes vont pendant quatre siècles être soumis aux ingérences exté­rieures remodelant profondément les groupes humains. Les colons euro­péens y voient une situation depuis toujours figée. Pour les contrôler, comme pour traduire et diffuser la Bible, administrateurs, missionnaires et ethnologues s'acharneront à identi­fier et classer les groupes humains selon l'aspect physique, la culture, le genre de vie, le système de parenté, le mode d'organisation politique et enfin la langue, mise au cœur de l'ethnie. Minutieusement reconnues et classées, les ethnies sont aussi typées en fonc­tion de leur aptitude à collaborer. On soigne, on encadre et l'on scolarise les groupes qu'on a sous la main, pépi­nière d'évolués. Les autres, jugés «incivilisables», feront de bons sol­dats. La colonisation va assigner à chaque ethnie un territoire. L'identité glisse de la parenté au lieu. En fait, le pouvoir colonial a partout besoin de relais locaux, et si les chefs n'existent pas, il les crée. L'indirect rule sera certes le fait de tous les colonisateurs. Si le temps colonial n'invente pas le fait ethnique, il le reformule.

    Quarante ans après les indépendances, qu'est-ce que l'ethnie ?

    Une communauté plus ou moins large qui (comme la nation) est affaire sub­jective. Une souche commune ou sup­posée. Une langue maternelle, un genre de vie (ou ce qui en reste), une ou des religions. Des coutumes (d'ori­gine et/ou réinventées), des modes d'agir et de penser. Et bien sûr un ethnonyme, ou plusieurs : celui que se donne un peuple, celui dont peuvent l'affubler ses voisins, et ceux forgés par le colonisateur, ou l'État moderne. Quant au territoire, ses limites sont souvent floues, plusieurs groupes pou­vant s'y chevaucher. Mais l'ethnie est d'abord sentiment d'appartenance, conforté par le regard des autres et par bien des clichés. Tableau à nuancer cependant. Malgré tout, les structures familiales et sociétales d'antan imprè­gnent encore les représentations et les comportements. Dans les villes la modernité brasse les peuples et ménage bien des syncrétismes. Le tissu social forge d'autres références et d'autres allégeances. Pourtant la citadinité n'affaiblit pas le lien ethno-communautaire, surtout en temps de crise politique. On se tourne vers sa «mutuelle», on se marie «chez soi», on se réfère à son «village d'origine». Elle n'est qu'une composante de ces fidélités croisées qui tissent les sociétés citadines d'aujourd'hui.

    Derrière le parti unique était toujours un homme, appuyé sur son ethnie et l'appui d'autres groupes importants. Ce système clientéliste ne pouvait que crisper les identités. C'est que les ethnies se renforcent parce qu'elles sont utiles. Aux élites, elles promettent accès aux richesses et au pouvoir, aux autres, elles assurent refuge moral, encadrement et entraide. Dès les années 1990, multipartisme se conjugue presque partout avec « multitribalisme ». La postcolonie instrumentalise ainsi l'ethnicité et en aggrave les tensions !

    Pour les médias, le fait ethnique est intrinsèquement mauvais, voué à dis­paraître au sein de l'État-nation. Pourtant l'ethnie est coriace et se recompose en permanence, signe de son irréductible modernité. En fait, si les Africains ont apparemment besoin d'ethnie, ils ont surtout besoin d'État ! L'ethnie existe. Partout présente, elle incarne une forme de modernité poli­tique aux configurations d'ailleurs changeantes, selon l'instrumentalisation du moment. C'est au «diviser pour régner» des colons que l'on doit le marquage indélébile de très nom­breux groupes, mais c'est aux pouvoirs post-coloniaux qu'il faut imputer la poursuite et l'amplification du proces­sus de «tribalisation» ce qui rend si problématique la construction d'États-nations sur le continent.

    La Lettre de la Cade n°92 - septembre 2006 – page 3

    Les guerres d'aujourd'hui sont plus nombreuses, plus meurtrières, plus prédatrices et plus barbares !

    (Marc-Antoine Pérouse de Montclos)

    Les Occidentaux sont en permanence confrontés aux terribles images des guerres civiles qui ravagent l'Afrique. On assiste à une dramatisation et à une dépolitisation des conflits armés. Si le caractère prédateur des guerres civiles en Afrique ne semble pas discu­table, la manière dont on les voit repose sur des présupposés non validés scientifiquement. Sont-elles plus nom­breuses, plus meurtrières, moins mili­taires et plus sauvages ? L'impression de multiplication des conflits armés provient en réalité d'une meilleure recension des troubles et d'un affinement des critères utilisés pour désigner une guerre. Faut-il noter une recrudescence des conflits armés ou s'attacher à mesurer l'intensité des déflagrations à partir de statistiques de morbidité plus ou moins fiables ? La loi du nombre, tout d'abord, ne suffit pas à distinguer les genres, à moins d'inclure la France dans un index polémologique au vu du nombre de décès sur la route. Au Nigeria, géant démographique, le moindre mouve­ment de foule qui dégénère est suscep­tible de provoquer une centaine de morts. A quelques exceptions près (guerre des Boers en 1899 et invasion ita­lienne de l'Ethiopie en 1936), les études historiques ne recensent pas de guerres en Afrique avant la période des Indépendances alors que la Banque mondiale semble constater un allonge­ment de la durée des guerres depuis les années 1980 avec nombre d'erreurs (Nigeria en guerre entre 1980 à 1984), ou omet des conflits courts récents (guerre Mali/Burkina Faso en 1985, Éthiopie/Érythrée en 1999, etc.). A l'échelle planétaire : pas d'augmenta­tion du nombre de guerres, autour d'une cinquantaine par an. On croit aussi que les affrontements d'aujourd'hui sont plus meurtriers qu'autrefois, ce qui, n'a pas grand sens au vu de notre ignorance en ce qui concerne l'Afrique précoloniale. La prolifération et la sophistication des armes légères constituent un des prin­cipaux arguments utilisés pour le pré­tendre. La prolifération des armes à feu paraît évidente en valeur absolue, beaucoup moins en termes relatifs. On oublie trop souvent que le commerce de la traite (échange d'esclaves contre des fusils), avait déjà déversé une ving­taine de millions d'armes à feu en Afrique de l'Ouest au XVIIIe siècle ! Le relâchement du contrôle social sur les armes s'avère beaucoup plus dange­reux que la sophistication des arme­ments. N'oublions pas que le génocide rwandais s'est fait à la machette. En réalité, il n'existe pas de corrélation automatique entre la multiplication des armes en circulation et le nombre de morts violentes. Si la prolifération des armes légères s'accroît, la probabi­lité d'une explosion de violence n'a rien de systématique. Tout dépend en fin de compte du contrôle qui s'exerce sur l'utilisation des armes. Dans le registre humanitaire des atro­cités, l'inflation des morts va aussi de pair avec la démilitarisation des guerres. De fait, la majorité des vic­times de conflits armés sont des civils. Mise à part la Première Guerre mon­diale, la plupart des conflits recensés ou connus montrent cependant que les populations non combattantes souffrent beaucoup. Dans l'Afrique pré coloniale, les non-combattants n'étaient pas plus épargnés qu'à pré­sent et on ne peut donc pas parler de régression en la matière. En l'absence d'Etat nation, il n'y avait pas d'armée permanente et les combattants étaient recrutés sur le tas, par classes d'âge ou par villages entiers. Certes, les sociétés les plus évoluées sur le plan politique avaient fini par instituer des sortes d'offices militaires. Mais, dans la plu­part des cas, seules certaines catégories socioprofessionnelles étaient vraiment spécialisées dans les arts de la guerre (forgerons ou chasseurs). De toute façon, ces « proto-armées » survivaient sur le dos des populations dites civiles : razzia des esclaves, pillage des gre­niers, kidnapping des femmes, embri­gadement de force des villageois...

    Les conflits africains sont maintenant qualifiés de barbares parce qu'ils sont uniquement analysés à travers leurs atrocités, quitte à laisser entendre que seules les démocraties produiraient désormais des formes « apaisées » d'af­frontement politique. Tout ceci oblige à repenser les analyses de la violence des Africains en s'affranchissant des perspectives centrées sur nos sociétés. En effet, le discours sur la barbarie du continent noir ne permet pas de com­prendre les guerres qui s'y déroulent à présent.

    Le contrôle social en Afrique

    (Pierre Janin)

    Qu'est-ce que le « contrôle social » en Afrique ? Comment s'exprime-t-il ? Comment s'impose-t-il à l'individu ? Comment fait-on pour le supporter ou l'éviter ?

    C'est un phénomène universel qui n'est pas l'apanage des sociétés afri­caines même s'il y est plus intense et systématique. Il n'est pas lié à un contexte historique, politique ou éco­nomique donné et il est souvent occulté ou banalisé par ceux qui le vivent au quotidien car il est intégré dans les mentalités. Il est parfois diffi­cile à observer concrètement car ancré dans les comportements. Il est aussi perçu comme un frein à certaines des avancées individuelles jugées univer­selles (démocratie, équité, égalité, liberté) et au développement mais il renvoie cependant au fonctionnement collectif des sociétés africaines dans des espaces de vie (dans la cour, le quar­tier, le village). Enfin, il diffère de ce que l'on appelle communautarisme en Europe ou aux Etats-Unis qui est plus basé sur des signes extérieurs d'appar­tenance et de revendication liés à la marginalisation.

    Une forme de pouvoir qui s'exerce sur les autres

    Le contrôle social est une forme de pouvoir qui s'exerce sur les autres.

    Car « il n'est de richesse que d'hommes » en Afrique et qui gère les hommes contrôle aussi le produit de leurs activités. Ce contrôle n'est pas fait sans raison, ni conduit au hasard. Il permet de construire et de repro­duire un ordre social basé sur des inégalités et des hiérarchies. Il touche plutôt ce que l'on appelle les « petits », les vulnérables (enfants, adultes fragili­sés ou isolés, femmes divorcées, etc.). Il s'appuie sur un ensemble de normes, de valeurs, de codes (bien/mal ; hommes/femmes), souvent appelés « la tradition » et que l'on a parfois beau jeu de brandir ou d'instrumentaliser selon certains intérêts. Et ce sont souvent les « grands », plutôt des hommes riches, âgés, dotés d'un statut

    La Lettre de la Cade n° 92 – septembre 2006 – page 4

    particulier dans « leur » société qui exercent ce contrôle social. Qui n'a pas été surpris en Afrique de voir de « grands gaillards » de 40 ans et plus déclarer devoir demander à leur « grand frère » ou leur « père » l'auto­risation de parler avant de pouvoir dis­cuter avec vous !

    Une forme de pouvoir qui ne s'exerce pas à des moments précis mais dans toutes les sphères

    Contre toute attente, il ne s'exerce pas à des moments précis mais dans toutes les sphères (éducation, santé, alimentation, travail) et à toutes les étapes de la vie, les petites comme les plus importantes (mariage, déplace­ment). En famille, au quartier, au vil­lage, vous n'êtes jamais seul, jamais isolé. De ce fait, votre comportement est sans cesse exposé au regard des autres, évalué en fonction de ce qui est correct ou pas et attendu de votre part. Chacun a donc un peu une place, une fonction, un rôle et un comportement social établis à remplir. A la limite, vous n'êtes rien sans le groupe dans lequel vous êtes inséré, c'est lui qui délimite votre marge de manœuvre et vos initiatives A contrario, les Européens ne sont pas obligés d'ac­cueillir l'enfant d'un cousin.

    Le contrôle social exerce donc vérita­blement une domination et une vio­lence quotidienne sur l'individu qui peine à émerger, à faire valoir « ses droits », faute de recours possibles. La femme veuve se voit par exemple pri­vée de l'accès et de l'usage de sa par­celle de terre par des voisins qui culti­vent indûment et qui n'a personne pour « la défendre ». Mais, en même temps, ce contrôle assure une certaine sécurité (maté­rielle, physique, psychologique) face aux incertitudes, à l'adversité. Il pro­tège les plus faibles par une redistribu­tion des ressources par exemple, ne laisse personne seul ou à l'écart. Il per­met de maintenir une certaine cohé­sion du groupe ou de la famille. Il per­met de réguler les conflits selon des procédures bien définies et d'éviter le désordre anarchique. Il existe ainsi de nombreuses occasions où l'on demande « pardon » collectivement, en délégation, à la place d'un autre... Des individus parviennent à limiter ce poids communautaire, à desserrer son « étau » relatif. Il suffit de se reporter aux nouvelles figures de réus­site en Afrique (self made man, entre­preneurs, militantes,...). Je ne suis pas pessimiste sur les « sor­ties » possibles. Les jeunes générations y pourvoient avec acharnement, espérance et souvent même efficacité. Se pose toutefois la question de la respon­sabilité individuelle, du respect de l'autre, de la capacité à se construire selon des rapports d'égalité et non plus seulement de force, qui reste un des enjeux majeurs du devenir de l'Afrique.

    LE DEBAT

    Q : L'ethnie est-elle moderne et peut-elle se combiner avec l'Etat et la citoyenneté ?

    J.C.B : L'ethnie est très moderne dans la mesure où elle se réinvente sans cesse, ce qui ne veut pas dire que l'Afrique n'a pas besoin d'Etat. Les gouvernements ont essayé de transcender l'ethnie pour aboutir à la citoyenneté depuis les indépendances sans y parvenir, bien au contraire. Les intellectuels proposent cependant un modèle d'Etat très décentralisé pour construire la citoyenneté à la base, mais les pays fédéraux (Nigeria, Ethiopie) existants ne montrent guère le chemin. On reste cependant frappé par l'esprit citoyen des habitants de RDC, pays pourtant totalement déstructuré. Et il faut rappeler que l'unité citoyenne se fait, dans des pays en guerre comme la Côte d'Ivoire, aussi autour du football.

    Q : Les cultures et les frontières africaines ne constituent-elles pas un handicap pour le développement de l'Afrique ? Pourquoi l'Asie décolle et pas l'Afrique ?

    G.C. : L'Afrique a certainement des handicaps si on la voit imiter la trajectoire de développement des autres nations. Comparer un pays africain et la Chine a quelque chose d'absurde si l'on n'évoque pas l'ancienneté de la construction de l'Etat dans ce dernier pays. L'Asie évolue dans un capitalisme libéral tempéré par des Etats puissants. Les frontières sont un peu partout nécessairement artificielles coupant souvent des populations ayant une grande homogénéité culturelle. Elles sont cependant un peu partout un produit de l'histoire intériorisé par les populations d'autant mieux qu'elles sont des ressources économiques pour les réseaux marchands ou les populations proches (voir les frontières du Nigeria à ce sujet).

    Q : N'y a-t-il pas une relation étroite entre le nombre d'armes à feu et la  propension à  déclencher des  guerres civiles et votre analyse sur le moindre nombre de guerres ne nie-t-elle pas les crimes de guerre ou contre l'humanité ?

    MA.P.M : Ce n'est pas parce que vous avez des armes à feu que vous allez avoir une guerre. Le problème, c'est le contrôle social de l'usage des armes à feu, élevé par exemple au Yémen, inexistant en Somalie. Ce n'est pas parce qu'on met en doute l'importance et le nombre de guerres sur le continent africain que cela revient à nier crimes de guerre ou crimes contre l'humanité.

    Q : Ne faut-il pas réhabiliter certains contrôles sociaux pré coloniaux pour éviter par exemple des détournements d'argent ?

    Pour PJ., il importe dans le domaine du contrôle social de ne pas reproduire les mêmes erreurs que pour les campagnes contre le trop d'Etat et éviter toute forme d'arrogance consistant à provoquer le déverrouillage de ce carcan ambivalent pour les cadets et les femmes sans reformulation locale au nom d'un message universel. On connaît en effet les conséquences qu'a la totale absence de repères parmi certains jeunes Africains.

    Conclusion

    La proposition de créer un forum autour de l'Afrique des idées reçues a été lancée pour prolonger le débat autour du cet ouvrage et la Cade va étudier sa faisabilité. Pour conclure ce débat sur les représentations tronquées ou biaisées de l'Afrique subsaharienne, n'oublions pas que les généralisations ne font que masquer l'ampleur de nos ignorances (Jeune Afrique).

    Georges Courade

    La Lettre de la Cade n°92 - septembre 2006 – page 5

     

    L    A       P    A   G    E       E    C    O    N    O    M    I    Q    U    E


    Un mois de juillet révélateur

    Les décisions prises en juillet 2006 dans le cadre des relations Nord - Sud sont révélatrices des usages de la communauté internationale des pays du Nord à l'égard du Sud en général et de l'Afrique en particulier : grandes déclarations de bonnes intentions ; atermoiements dans la réalisation des engagements, rétractations pures et simples.

    L'Union Européenne

    Le 13 juillet à Bruxelles, la Commission européenne a présenté une nouvelle mise en œuvre de la « Stratégie pour l'Afrique » approuvée en décembre 2005 par le Conseil des Ministres européen et qui porte sur les infrastructures. Elles sont, selon le Commissaire Louis Michel, indispensables au décollement économique. « Vertébrer l'Afrique, dit-il, c'est le préalable à la croissance économique, au commerce, à l'intégration régionale et la lutte contre la pauvreté ».

    Ces infrastructures comprennent l'énergie, l'eau, les réseaux de télécommunications et les transports terrestres. Cinq milliards six cent millions d'euros leur seront consacrés durant cinq ans. A cette somme s'ajouteront les ressources bilatérales des Etats membres, un fonds fiduciaire de l'U.E. spécifique aux infrastructures en Afrique et des crédits de la Banque européenne d'investissement (260 millions de prêts sont prévus). Pour ce qui est des transports terrestres, l'objectif est d'améliorer l'interconnectivité des chemins de fer et surtout d'assurer un entretien correct des routes. Aucune aide ne sera accordée aux Etats s'ils ne créent un « fonds des routes » responsable de la qualité des voies de communication.

    Le  G 8

    Du 15 au 17 juillet, les membres du G8 se sont retrouvés comme tous les ans, à Saint Petersbourg cette année. La déclaration finale promet d'aider l'Afrique à être « démocratique, prospère et en paix ». L'engagement est faible, mais le président russe refusait que l'Afrique soit à l'ordre du jour, c'est déjà beaucoup. Au reste, des promesses plus fortes, comme l'an dernier à Gleneagles, sont valables si elles sont respectées. Or plusieurs décisions avaient été prises... et...

    La dette de 35 pays, parmi les plus pauvres, devait être effacée. Un an après, seuls 18 pays ont bénéficié de cette annulation, car, pour qu'elle soit mise en œuvre, il fallait qu'ils aient atteint le point d'achèvement de l'Initiative pour les pays les plus pauvres très endettés (PPTE). Cette procédure oblige les Etats à certaines réformes de telle sorte que l'allégement de leurs charges soit durablement bénéfique. Les autres patienteront pendant un an à un an et demi. D'autres effacements devaient intervenir immédiatement. Le FMI a attendu six mois pour les réaliser, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement un an (juillet 2006).

    L'aide aux Nations les plus démunies devait s'accroître de 50 milliards de dollars d'ici 2010. L'APD a effectivement augmentée de 30% entre 2004 et 2005, mais c'est en incluant les annulations de dette.

    Lors de la réunion, le président de la Banque mondiale a exhorté les participants à honorer leurs promesses. Angela Merkel, qui accueillera à Berlin le G8 l'an prochain, a promis d'inscrire l'Afrique à l'ordre du jour.

    A propos de l'OMC, le Sommet a rappelé la nécessité d'efforts « urgents » pour « parvenir à une conclusion ambitieuse et équilibrée » du cycle de Doha, dont la négociation doit aboutir à la fin 2006. Tout ceci inspire un grand scepticisme.

    L'OMC

    Quelques jours plus tard en effet, le dimanche 23 juillet, les six principaux acteurs des négociations de Doha se réunissaient à Genève : Etats Unis, Union européenne, Brésil, Inde, Japon, Australie. Après vingt heures d'intenses discussions, les ministres se sont quittés sur un profond désaccord. Les perspectives favorables au Sud ouvertes en décembre 2005 lors de la conférence ministérielle de Hong-Kong sont pour le moins remises en cause.

    Les subventions aux exportations agricoles devaient être supprimées d'ici 2013. Celles au bénéfice des producteurs de coton, américains surtout, grecs et espagnols dans une moindre mesure, en fin 2006. Ce type d'aide ne représente que 2% du total des soutiens accordés à ce secteur, mais elle à une valeur de symbole. Les pays les moins avancés (PMA) devaient pouvoir exporter 97% de leurs produits sans droits de douane, ni quotas. L'U.E. devait réduire de 50% ses droits de douane sur les importations agricoles. Toutes ces mesures sont suspendues, sans aucune assurance d'une éventuelle application.

    Consternation générale ! Pour Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce, « il n'y a que des perdants ». Les ministres s'accusent mutuellement du désastre. Union européenne, Inde et Brésil pointent les Etats-Unis qui n'ont rien proposé et ont refusé de baisser leurs subventions agricoles, notamment sur le coton. Ceux-ci affirment que les propositions européennes sur la baisse des droits de douane ne concernaient qu'une liste de produits insuffisante pour créer un réel accès au marché. Ils craignent que, si un déblocage n'intervient pas d'ici cinq à sept mois, on se retrouve dans la situation d'il y a deux ou trois ans.

    En outre, l'an prochain en juin 2007 le mandat de négociation accordé par le Congrès au Président Bush arrive à échéance. S'il n'est pas prolongé, les négociations sont menacées dans leur existence même. Les accords régionaux et bilatéraux (il y en a déjà 200) deviendront alors la règle avec le risque d'engorgement et de se retrouver dans l'obligation de recourir à un accord multilatéral.

    Les Etats africains cotonniers sont consternés. En se séparant en juillet, tous les négociateurs paraissaient désabusés. Car si l'agriculture intéresse le Sud, les autres points (services, produits industriels notamment) qui devaient être abordés, concernent très directement tous les pays du Nord.

    Ainsi après cinq ans de discussions, les perspectives sont totalement bouchées. Ce constat est le fruit du nationalisme économique des Etats riches, France comprise. Aucune reprise de contact n'est prévue. Comme dans le passé il est probable qu'il y aura une suite. Mais elle serait menacée d'un même sort si le monde industriel ne prend pas conscience qu'œuvrer à une « dépaupérisation » du Sud, voire à sa prospérité, n'est pas une œuvre pie, mais un véritable calcul économique. C'est un problème de temps et de modalité.

    Robert GINESY

    NDLR: L'essentiel des informations utilisées dans cette page est puisé dans l'hebdomadaire « Marchés tropicaux et Méditerranéens »

    La Lettre de la Cade n°92 - septembre 2006 – page 6

     

    Journées de la coopération internationale et du développement

    Les « journées de la coopération internationale et du développement » ou « journées du réseau » (pour les habitués) se sont déroulées les 18 et 19 juillet 2006 au Palais des Congrès de la Porte Maillot à Paris. Ces journées sont organisées chaque année pour faire le point avec les agents du Ministère des Affaires Etrangères et leurs partenaires opérationnels sur le terrain (les grands organismes, les associations de la société civile, le secteur privé, etc.) des politiques et des actions de coopération en cours ou prévues. Ces journées se sont articulées autour de séances plénières animées par des Ministres (M. Douste-Blazy, Madame Girardin, M. Donnedieu de Vabres, M. Goulard) et d'ateliers thématiques et géographiques. La CADE a été invitée à participer à l'atelier géographique Afrique dont le thème portait sur « le suivi de Bamako : la jeunesse africaine, nouvel acteur du changement/développement » et à faire un des deux exposés introductifs au débat. M. Jean-Louis Domergue, administrateur de la CADE, est intervenu à ce titre, aux côtés de Mlle Marie-Tamoifo Nkom, porte-parole de la Jeunesse africaine au dernier sommet Afrique France à Bamako. Cet atelier a attiré de très nombreux participants, les exposés introductifs ont suscité beaucoup d'intérêt et les débats, hélas trop courts, ont été très animés. J-LD

    Au sujet de Léopold Sedar Senghor

    La section française de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie a organisé le Lundi 26 Juin 2006 à l'Assemblée Nationale sous le patronage de cette dernière et de l'Organisation Internationale de la Francophonie un colloque sur la pensée et l'action politique de Léopold Sédar Senghor dont on fête cette année le 100e anniversaire de la naissance. Quatre séances ont porté respectivement sur les fondements intellectuels de sa pensée, les années parlementaires (1945-1956), la marche à l'indépendance (1956-1960) et la construction de l'Etat sénégalais (1960-1980). Il en sera rendu compte dans les actes du colloque qui seront publiés dans la collection « Documents d'information de l'Assemblée Nationale ».

    La première séance sur les fondements intellectuels de la pensée de Léopold Senghor a été introduite par une remarquable conférence du professeur d'Université Souleymane Bachir Diagne qui éclaire toute l'oeuvre de l'intéressé. C'est la raison pour laquelle il nous a semblé opportun d'en faire un bref compte rendu.

    Bien connu pour son œuvre littéraire comme pour son action politique au service notamment de la négritude, de la Francophonie et de la voie africaine du socialisme, Léopold Senghor l'est moins pour les fondements intellectuels de sa pensée. Il revenait à Souleymane Bachir Diagne de présenter et analyser ce qui a inspiré Senghor tout au long de sa vie. Il l'a fait à partir des deux personnalités dont l'étude de la pensée a été déterminante dans les choix et l'œuvre de Senghor : Teilhard de Chardin et Marx.

    A cet Africain qui se vivait comme humilié parce qu'aliéné, du fait notamment de la colonisation, et dont l'être s'identifiait à la négritude, à cet humaniste du XXe siècle aux fortes convictions dans les valeurs du socialisme et de la démocratie, qu'ont apporté ces deux penseurs si différents dans leur approche philosophique ?

    A Teilhard de Chardin, Senghor doit une cosmologie de l'émergence qui donne sa place au grand rendez-vous du donner et du recevoir, à Dieu, au socialisme et au dialogue des cultures. A Dieu, fondement de sa foi dans la primauté des valeurs spirituelles, au socialisme comme moteur de l'émancipation et donc de l'avancée des libertés des Africaines et des Africains, au dialogue des cultures comme principe de la convergence de toutes les cultures vers une civilisation de l'universel.

    Senghor a toujours été attaché à cette exigence de dialogue des cultures qui traduit « le devoir de la Vie d'aller vers plus de Vie ». Dans la cosmologie de Teilhard, Senghor a puisé sa conviction que, dans le sens ascendant, l'élan vital des différentes composantes de l'humanité contribue, dans un mouvement d'unification, à la civilisation de l'universel qu'il appelle de ses vœux.

    A Marx Senghor n'est pas moins redevable, dans la mesure où ce dernier propose la libération totale de l'homme pour sortir de son aliénation originelle. A ses yeux, l'aliénation est la négation du mouvement cosmique vers la réalisation de la plus haute conscience et de l'unification de l'humanité réconciliée avec elle-même. Au socialisme marxiste comme volonté d'émancipation, Senghor ajoute la nécessité d'ouvrir une voie africaine vers sa réalisation, qui tienne compte des spiritualités noires pour construire un avenir proprement africain. C'est dans ces conditions qu'il rompra avec la SFIO et créera le Bloc Démocratique Sénégalais.

    Au carrefour des influences de ces deux grands philosophes, une mention particulière doit être faite au dialogue des religions comme aspect essentiel du dialogue des cultures. Senghor a appelé à la coopération islamo-chrétienne, dans le respect mutuel, pour faire mouvement vers leur modernité et dans un esprit de convergence panhumaine. Puisque les deux religions proposent de réaliser la volonté de Dieu, elles assignent à tous les hommes l'exigence de fraternité par la justice et postulent une répartition équitable des fruits du travail et du savoir entre tous les hommes.

    Senghor fait une place toute spéciale à l'art africain dans le travail de création pour changer la vie. Au réalisme socialiste il oppose le sous-réalisme africain mobilisé pour transformer notre condition en faisant se rencontrer le rêve et la Vie.

    Jean-Loïc Baudet

    Coordination pour l'Afrique de Demain(CADE), Association Loi 1901

    Président : Michel Lerallois ; Vice-Présidents : Raymond Césaire, Jean Clauzel, Xavier de Franssu, Henri Senghor.

    Secrétaire Général : Philippe Mathieu ; Trésorier : Pierre Croze

    La Lettre de la CADE

    Directeur de publication : Michel Levallois

    Comité de rédaction : Robert Ginésy, Michel Levallois, Philippe Matthieu, Bernard Monnier, Denyse de Saivre, Henri Senghor.

    Maquette : Atelier Visconti

    La CADE : 5 rue des Immeubles-Industriels, 75011 Paris, France.

    Tél. : 01 44 93 87 46 / fax : 01 44 93 87 50

    Courriel : endacade@wanadoo.fr ,  Web : www.afrique-demain.org

    La Lettre de la Cade n° 92 – septembre 2006 – page 7

    agenda de la cade

    Mercredi 11 octobre 2006 : Premier volet de deux rencontres débats sur « L'entreprise en Afrique ».

    Mercredi 15 novembre 2006 : Second volet sur le thème « L'entreprise en Afrique ».

    Ces deux rencontres débats, préparées par Pierre Croze, administrateur de la Cade et Professeur émérite à l'Ecole Supérieure de Commerce de Rouen, réuniront les intervenants suivants : Henri-Bernard Solignac-Lecomte, économiste au Centre de Développement de l'O.C.D.E., Alain Henry, Directeur du Département Infrastructures et Développement urbain à l'Agence Française de Développement, Patrick Sevaistre, Directeur Europe du programme de promotion des investissements « E.U.-South African Development Cooperation » ainsi que des entrepreneurs africains.

    Ces rencontres se tiendront dans les locaux du Conseil Régional d'Île de France, salle Delouvrier, 35 avenue des Invalides, Paris 7e à 18 h.

    colloque

    « Europe-Afrique(s) demain »

    Organisé en collaboration avec ARRI le jeudi 9 novembre 2006, Salle Delouvrier, Région Île de France,

    35 avenue des Invalides, Paris 7e.

    Ce colloque entend rassembler les éléments et proposer un débat

    à un auditoire composé de responsables, administrateurs, chefs d'entreprises,

    cadres, étudiants. Deux thèmes majeurs sont choisis :

    1/ l'un d'ordre économique et politique à assez court terme,

    2/ l'autre à plus long terme, plus prospectif et « utopique » :

    le futur des relations longtemps privilégiées entre l'Europe et l'Afrique, à l'horizon d'une génération.

    Accueil des participants à 9 h.

    Décembre 2006: Première rencontre débat d'un cycle sur « Les jeunes en Afrique »

    qui s'étendra sur le premier semestre 2007. Cette première rencontre sera consacrée aux jeunes Africains en France.

     

    Notes de lecture

     

    Développement mondial et mutations des sociétés contemporaines. Ce petit ouvrage de 127 pages publié chez Armand Colin a retenu mon attention et je pense qu'il intéressera les membres de la CADE. Car derrière ce titre très général se cache une réflexion de Jean Copans, anthropologue et sociologue, spécialiste de l'Afrique noire sur les politiques de développement et de coopération, sur les représentations de l'Afrique qui les sous tendent, sur la redistribution des rôles entre les États et les nouveaux acteurs publics et privés qui interviennent dans le champ de la solidarité internationale. A signaler, une excellente bibliographie.

    M.L.

     

    ANNONCES

    Journée d'étude sur « La responsabilité sociale des entreprises et développement durable dans les pays du sud »,

    le 5 octobre 2006 par 4D, Enda Europe avec le soutien de la chaire Développement durable de Sciences Po Paris. Cette journée entend sensibiliser les entreprises sur leur responsabilité sociale dans les pays d'implantation et ébaucher des pistes en vue d'améliorer leur impact sur le développement durable. (Science Po Paris, Amphithéâtre Jean Moulin, 13 rue de l'Université, Paris 7e).

    10e forum « Co-développement et migrations, un autre regard » : 23-24 septembre 2006, organisé par Chrétiens en forum à l'ASIEM, 6 rue Albert de Lapparent, 75007 Paris (http://forum.cef.fr)

    Université populaire du Quai Branly : saison 2006-2007 : A travers un ensemble de conférences, cette université ouvre le débat sur les enjeux historiques et contemporains et encourage le dialogue sur les questions de diversité et d'altérité. Renseignements : www.quaibranly.fr

    Abonnement à La Lettre de la CADE :

    Nom : …………………………………. Prénom : ………………………

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    …………………………………………………………………………….

    Code postal : ……………     Ville : ……………………………………...

     

    Abonnement seul : 30 euros, - étudiants : 8 euros, entreprises, collectivités

    Locales : 150 euros. Adhésion individuelle à l’Association, comprenant

    l’abonnement : 45 euros. Paiement par chèque à l’ordre de la CADE.

     

    La Lettre de la Cade n°92 - septembre 2006 – page 8