Bulletin    mensuel    d'information    sur    les    activités    de    la    cade   -    mars    2005    -    n°80

Sommaire:
  • Les organisations africaines à l'épreuve du feu
  • Le coton, Cancùn et les organisations paysannes africaines
  • Le baromètre de la CADE
  • Le FESPACO, vitrine du cinéma, portrait de l'Afrique
  • enda

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    Débat du mois : « Le coton, Cancùn et les organisations paysannes africaines »

    Editorial

    Les organisations interafricaines à l'épreuve du feu

    L'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), créée en 1963, avait gagné ses galons dans la lutte comte le colonialisme et le soutien aux mouvements de libération. Elle avait égale­ment entretenu de très vives contestations (Sahara Occidental} entre certains de ses membres. Aussi, l'avène­ment en 2002 de l'Union Africaine (UA) fut-il unanime­ment salué de manière très positive. Née quarante ans après son aînée, l'UA ne pouvait que tenir compte des changements intervenus dans le monde et de l'exemple donné par d'autres ensembles comme l'Union Européenne. L'UA a eu le mérite de ne pas chercher à domi­ner ou à bousculer ce qui existait, elle n'en aurait d'ailleurs pas eu les moyens. En reprenant à son compte, avec l'appui des Nations Unies, le Comité de prévention et de règlement des conflits qui ne s'était guère imposé, pour en faire un véritable Conseil de Paix et de Sécurité, elle a fait preuve de courage et répondu au souhait de la communauté interna­tionale de voir l'Afrique gérer le plus possible elle-même ses propres crises. La période s'annonçait propice avec la fin des clivages idéologiques et l'émergence de nouvelles puissances sur le continent.

    A côté de la nouvelle Organisation, un certain nombre de groupements sous-régionaux de caractère économique ou technique, qui existaient déjà pour certains au moment des indépendances - zones économiques ou monétaires, coordi­nation des transports, protection des forêts, des fleuves, de la faune et de la flore, lutte contre la sécheresse ou anti-acridienne etc..- ont connu un regain d'intérêt ou se sont déve­loppés à la faveur de la mondialisation. Avec le soutien très important qu'elle reçoit des Nations Unies et celui qui lui est promis des pays du G8, et notam­ment de l'Europe, l'Afrique peut se mettre enfin en position de régler davantage elle-même ses conflits. Même, si elles restent pour certaines encore pleines d'aléas, les premières médiations entreprises au Soudan, en RDC, en RCA, en Somalie, en Sierra Leone, au Libéria, en Côte d'Ivoire, au Togo sont encourageantes. Le nombre des conflits ouverts a significativement diminué et de nouveaux acteurs comme la CEDEAO(1) qui avait déjà eu la responsabilité d'une pre­mière force d'interposition avec l'ECOMOG(2) dès 1990 au Libéria, la CEEAC(3), la CDAA(4) ou l'IGAD(5) ont acquis l'expérience de la négociation. Ces organisations montrent également qu'à côté des anciens, une classe de responsables africains plus jeunes, civils ou militaires, est capable de prendre mieux en main les affaires du continent si on lui en donne les moyens.

    Si la paix et la sécurité sont des conditions préalables néces­saires à un développement d'ensemble de l'Afrique - les conflits en cours pouvant ne pas empêcher des progrès ponctuels - elles ne suffiront pas à assurer son décollage. Comment mieux tirer avantage des ressources naturelles souvent abondantes et des capacités humaines existantes au profit de populations jeunes, souvent turbulentes et avides de progrès ? Le choix des responsables politiques sera déter­minant. A côté des investisseurs privés et des multiples Organisations internationales et ONG, des organismes nou­veaux comme le NEPAD(6) doivent trouver leur place, pour autant qu'ils se recentrent sur leurs missions et notamment celle d'attirer des financements vers un continent à l'égard duquel existe encore beaucoup d'appréhension.

    Raymond Césaire

     

    (1)         CEDEAO : Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest. (2) ECOMOG : Groupe de la CEDEAO chargé du contrôle et de la mise en oeuvre du cessez le feu. (3) CEEAC : Communauté Economique des Etats d'Afrique Centrale. (4} CDAA : Communauté de Développement de l'Afrique australe. (5) IGAD : Autorité Intergouvernementale pour le Développement. (6) NEPAD : Nouveau Partenariat four le Développement de l'Afrique.

    La Lettre de la CADE n° 80 – Mars 2005 – page 1

     

    Compte-rendu de la rencontre-débat du 9 mars 2005

    « Le coton, Cancùn et les organisations paysannes africaines »

    Cette rencontre-débat a reçu le soutien de l'Agence Française de Développement

    La préparation et le suivi des travaux de la Conférence ministérielle de l'OMC à Cancùn en 2003 qui a traité explicitement du coton africain a profondément modifié l'image des organisations paysannes africaines (OPA) et montré la vitalité de la société civile rurale. Celle-ci, appuyée par les ONG internationales, a initié une démarche novatrice en faisant pression sur leur gouvernement pour que soit transmis à l'OMC le texte « d'une initiative sectorielle sur le coton ». Même si les revendications de cette initiative sont ignorées à Cancùn, on retiendra le renforcement des relations entre les OPA et les gouvernements dont la pérennisation devrait permettre une plus grande emprise sur les nombreux facteurs qui influent sur la préservation du coton africain. La Cade a demandé à des experts (1) de traiter, à travers le prisme du coton, les relations entre Etat et acteurs sociaux.

    1) Bénédicte Hermelin, GRET, tra­vaille sur la question des négociations internationales depuis 15 ans. - Hans-Jacob Niklaus, IDEAS Centre Genève « International Trade Development Economie Governance Advisory Services ». - Michel Fok, Cirad (Centre International en Recherche Agronomique pour le Développement), programme coton. - Marc Levy, GRET, responsable du réseau IMPACT (lutte contre la pau­vreté) assure l'animation du débat.

     

    Marc LEVY introduit le sujet. Ayant engagé un travail, dans le cadre du réseau Impact, sur les relations entre Etat et société civile, des études de cas ont été menées. Parmi elles, le coton est apparu singulièrement intéressant puisqu'on a pu voir des organisations paysannes appuyées par des associa­tions européennes influencer les négociations. Sans entrer dans le détail des négociations de Cancùn sur le coton, il propose de mettre en évi­dence et de discuter la façon dont la société civile, africaine comme européenne, est intervenue dans ces négociations et auprès des gouverne­ments.

    Bénédicte HERMELIN rappelle le contexte qui a conduit les organisa­tions de producteurs de coton réunis en novembre 2001 au Burkina-Faso à lancer « l'appel de Bobo ». Ils ont demandé solennellement à leurs gou­vernements d'intervenir parce qu'ils se trouvaient dans une situation où les cours du coton étaient à leur niveau historique le plus bas depuis 1930. Parmi les producteurs de coton, il y a deux types d'organisa­tions : les organisations de produc­teurs de coton proprement dites ; le ROPPA (Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs de l'Afrique de l'Ouest et du Centre) qui regroupe des organisations pay­sannes qui n'ont pas vocation à inter­venir sur une filière, mais qui sont généralistes.

    Une démarche novatrice

    Les organisations de producteurs de coton (OP) ont interpellé leurs gou­vernements mais également le ROPPA pour qu'ils relaient leurs revendications auprès de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce). Cela a commencé à sou­lever des difficultés car le ROPPA, étant par essence structuré de manière transversale, travaille sur l'agriculture familiale au sens large. Les ONG du Sud et du Nord ont soutenu les producteurs de coton, comme Enda qui a joué un rôle important en menant des études pour les aider dans leurs revendications. Les pressions des OP et les opérations de lobbying des ONG européennes, qui ont suggéré, voire dicté, aux Etats ce qu'ils doivent faire, ont été effi­caces puisque les chefs d'Etat se sont fortement impliqués pour porter l'initiative coton des quatre pays afri­cains (Burkina Faso, Mali, Bénin et Tchad) à l'OMC.

    D'un autre côté, il y a l'UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) qui est censée parler au nom de l'ensemble des pays qu'elle représente lors des négociations com­merciales. Elle a été complètement dépassée et incapable d'adopter une position claire sur le dossier coton.

    Les ONG du Nord qui ont soutenu les organisations paysannes ne l'ont pas fait sans arrière-pensées. Certaines sont intervenues pour démontrer qu'il faut supprimer l'intégralité des sub­ventions dans les pays développés, une plus grande libéralisation du com­merce permettant, selon elles, un meilleur sort pour les producteurs des pays en développement. D'autres sont intervenues pour que les organisations de producteurs africains soient por­teuses d'une autre revendication tou­chant à la gestion de l'offre : comment faire pour éviter d'inonder le marché mondial et pour La Lettre de la CADE n° 80 – Mars 2005 – page 2

    réguler le marché entre les producteurs ? En déposant leur « initiative sectorielle sur le coton » auprès de l'OMC, les quatre pays africains ont initié une démarche extrêmement novatrice, car c'est la première fois que des pays intervenaient sur un secteur particulier et qu'ils demandaient des compensa­tions. Du côté des partenaires au déve­loppement est apparu un dilemme : fallait-il soutenir ou non l'initiative ? On s'aperçoit que dans ces pays, il y a différents acteurs qui ont des intérêts pas toujours convergents : par exemple, en France, le Ministère des Affaires Etrangères (donc les acteurs publics de la coopération), le Secrétariat d'Etat au commerce exté­rieur, qui a des intérêts dans les négo­ciations, le Ministère de l'Agriculture dont le poids est toujours très fort lors des négociations à l'OMC.

    Des intérêts divergents

    Pour les Affaires Etrangères et la Direction Générale du développe­ment à Bruxelles, l'initiative est perçue favorablement pour deux rai­sons. Elle montre que le soutien qu'ils apportent aux organisations de producteurs, depuis plusieurs années, a permis de structurer ces dernières et de mettre les OP en position de faire pression sur les gouvernements. D'un autre côté, un des objectifs de la coopération est de renforcer les capa­cités des gouvernements des pays du Sud en matière de négociations inter­nationales. Le fait qu'on ait beaucoup parlé du coton à Cancùn est un résul­tat tangible de certains programmes de coopération. On pourrait donc penser que les pays européens vont soutenir l'initiative.

    Le problème, c'est qu'en France et en Europe, il y a des agriculteurs qui n'ont pas forcément les mêmes intérêts, et remettre en cause les sub­ventions aux producteurs de coton des Etats-Unis revient à remettre en cause les subventions aux agriculteurs des pays du Nord. Soutenir l'initia­tive peut donc être perçu comme allant à l'encontre de l'intérêt général des agriculteurs européens en général et français en particulier. Il y a donc conflit entre les différentes instances ce qui se traduit par l'absence de soutien officiel à l'initiative. Après le blocage de Cancùn, la question du coton a été reprise différemment sans soutenir directe­ment la demande des Africains, mais sans la contrer complètement. En mars 2004, l'OMC convoque une réunion sur le coton à Cotonou et en juillet 2004 se tient à Paris un sommet Union Européenne-Afrique au cours duquel les questions de développement sont déconnectées des questions commerciales. En août 2004, une réunion Etats-Unis/pays cotonniers Africains se tient à Genève au cours de laquelle il est décidé que le coton « sera dis­cuté dans le cadre du dossier agri­cole global ». Les pays africains obtiennent seulement que la fibre blanche soit traitée de manière ambitieuse, rapide et spécifique et qu'un sous-comité du coton se réu­nisse régulièrement sur la question. En Union Européenne et en France, les ONG en essayé sans y parvenir de faire en sorte que les gouverne­ments soutiennent l'initiative mais les positions défendues officielle­ment par le Gouvernement français et par la Commission Européenne vont toujours à l'encontre des agri­culteurs familiaux dans l'ensemble des pays du monde.

    Bénédicte Hermelin conclut en disant que depuis Cancùn, la situa­tion des producteurs africains est tou­jours très difficile, les. cours étant tou­jours aussi bas.

    Marc LEVY insiste sur la grande diversité et la division des acteurs de la société civile qui sont interve­nus. Mais les ONG internationales ont été des soutiens efficaces des organisations de producteurs afri­cains et parmi elles, l'IDEAS qui a joué un rôle majeur en conseillant aux pays africains de soumettre une proposition de négociation sur le coton à l'OMC.

    La sauvegarde des intérêts africains : un défi

    Hans-Jacob NIKLAUS, de l'IDEAS Centre Genève, souhaite apporter quelques réflexions per­sonnelles sur la façon dont l'initiative coton est perçue à Genève, en particulier après la récente publica­tion du rapport de l'Organe de Règlement des Différends (ORD) de l'OMC. A la suite de cette publication, le dossier coton est relancé. Le point important est qu'on n'est pas à la fin mais au début d'un différend et l'enjeu est maintenant la prise en compte des négociations du cycle de Doha d'un côté, et la mise en œuvre des résul­tats du différend de l'autre, les deux dossiers étant étroitement liés. Les Etats-Unis viennent de faire savoir qu'il y aura une solution négociée au différend en prenant en considé­ration les résultats du cycle de Doha et du différend coton. Le problème est que la négociation impliquera avant tout le Brésil et les Etats-Unis qui seront les premiers à trouver une solution négociée.

    Le défi principal pour l'initiative coton des pays africains est de s'assu­rer que les intérêts de ces derniers ne seront pas oubliés au cours de ces négociations jusqu'à la conclusion du cycle Doha à Hong Kong en décembre 2005.

    Une des questions cruciales est ce qui se passera dans le cycle de Doha avec la définition des boîtes (« les boîtes des accords agricoles de l'OMC, qui catégorisent les mesures de soutien interne à l'agri­culture » - Fiche d'information AFDI sur les enjeux internationaux, n°14, avril 2004). C'est là où les Africains et l'initiative coton doi­vent faire en sorte que leurs objec­tifs ne soient pas perdus de vue. La boîte verte : ce sont les mesures de soutien des politiques agricoles qui sont totalement découplées de la production. La limitation du mon­tant des aides est débattue entre Etats membres et l'OMC. La boîte bleue : ce sont des aides qui sont payées aux paysans mais sur la base d'une production et d'une surface qui ne sont pas celles de l'année en cours. La boîte orange : ce sont des mesures qui ont une répercussion directe sur les quantités produites par les paysans. C'est là que dans le cycle de l'Uruguay Round, des compromis de réduction ont été négociés auxquels les pays membres de l'OMC doivent se tenir.                                                                                                                                     La Lettre de la CADE n° 80 – Mars 2005 – page 3

     

    L'aide dans l'impasse

    En ce qui concerne l'aide, H.J. Niklaus fait allusion à l'impasse dans laquelle on se trouve. D'un côté les pays donateurs insistent pour que toute l'aide d'urgence soit directe­ment attribuée aux producteurs. D'un autre côté, les pays africains veulent que l'aide d'urgence assure la survie de la filière coton. Ce sont des approches totalement différentes, mais toutes deux compréhensibles. Le résultat est que, pour le moment, la situation est bloquée. Il est un autre risque que l'aide peut entraîner : c'est celui d'un deal : aide d'urgence contre concessions de la part des produc­teurs de coton. C'est un risque très réel auquel les négociateurs devront être attentifs en particulier dans la perspective d'un éventuel compromis à Hong Kong.

    La situation économique des produc­teurs de coton africain est très inquié­tante. Il y a quelques années, ces pro­ducteurs d'Afrique de l'Ouest étaient très compétitifs avec des coûts de revient de l'ordre de 50 cents/livre. Aujourd'hui, ces coûts sont de l'ordre de 60 à 65 cents/livre. Les subven­tions dans les pays industrialisés sont un élément de cette problématique. Mais l'augmentation de ces coûts de revient n'a rien à voir avec les subven­tions. D'autres facteurs sont à prendre en compte : taux de change CFA/dol­lar, cultures des terres marginales qui occasionnent des coûts de production élevés, efficacité de la filière.

    Michel FOK, du programme coton du Cirad, estime que les chercheurs français ont été marginalisés dans le débat coton/OMC mais ils ont pu faire valoir leur position sur le règle­ment du problème coton à l'OMC par voie de presse. Il propose de faire percevoir les nombreuses facettes du coton qui, selon un journaliste améri­cain du début du 20e siècle, est à la fois une religion, une politique, une économie, un art, soulignant ainsi la forte prégnance du coton dans les sociétés qui le cultivent.

    La structure du marché

     

    En ce qui concerne la structure du marché, la production du coton est assez partagée entre les pays du monde mais son exportation est for­tement concentrée autour des Etats-Unis, de l'Ouzbékistan, de l'en­semble des pays de l'Afrique franco­phone, de l'Australie, de la Grèce et, dans une moindre mesure, de l'Espagne. C'est une « success story » pour l'Afrique puisque les pays afri­cains qui représentent moins de 5% de la production mondiale assurent plus de 15% des exportations mon­diales. Le coton n'est pas un produit spécifique des pays en développe­ment, 40% de la production venant des pays développés.

    La consommation de fibres textiles est de 7,3 kg/habitant/an ce qui ne représente que 3 kg de coton, le complément venant des fibres artifi­cielles. Cela explique la perte de parts de marchés des fibres textiles depuis la fin des années 1980. Les fluctua­tions du prix mondial, qui monte depuis 20 ans, n'ont jamais été aussi fréquentes ni d'amplitude aussi grande même pendant les épisodes de guerre (guerre de sécession, guerres mondiales). Mais les prix ont à nou­veau plongé en 2005, fragilisant la viabilité de la filière. Il n'est pas sûr que cette volatilité du prix mondial soit suffisamment bien intégrée par les acteurs de la filière. Ce comporte­ment de mémoire courte est préjudi­ciable à la durabilité de la filière cotonnière car il ne permet pas la conduite d'actions de longue haleine.

    Il convient de réfléchir à l'inci­dence des politiques de subvention sur l'évolution du prix mondial et la thèse défendue par Michel Fok est que ce sont les politiques de soutien qui accentuent l'amplitude de ces fluctuations. Bien d'autres facteurs influent sur le prix mon­dial qui relèvent de la demande, de l'offre, et sur la rencontre de l'offre et de la demande de manière adé­quate ou non.

    La demande et l'offre

     

    En ce qui concerne la demande, la concurrence des fibres artificielles, qui permettent de nouvelles fonc­tionnalités, date de la fin de la deuxième guerre mondiale. Les facteurs démographiques ne se réper­cutent plus en totalité sur la demande en coton. Pour une crois­sance démographique annuelle de 1,7%, la demande en coton ne croît que de 1,4%. L'élasticité de l'offre de coton par rapport à l'évolution du revenu est très curieuse. Les pays riches ont manifesté une préférence pour le coton ce qui a contribué à soutenir la demande. Mais cette préférence est aujourd'hui révolue. La demande dépend aussi des actions de promotion. Seuls les Etats-Unis se sont engagés depuis les années 1970 pour faire valoir l'image du coton fibre naturelle. Tous les pays producteurs en ont bénéficié. Mais, depuis, la promotion du label d'origine pour la défense du coton des USA est moins favorable aux producteurs des autres pays.

    En ce qui concerne l'offre, l'évolution du climat et la baisse de la pluviosité interpellent les chercheurs pour adap­ter les techniques à cette réalité. Le coton subit l'évolution de la pression parasitaire liée à la plus grande conti­nuité des parcelles cotonnières. Dans le monde, l'agriculture familiale assure la part la plus importante de l'agriculture cotonnière et elle est en évolution partout dans le monde. Elle semble même être plus résiliente, sauf en Afrique, car il y a inter connexion entre les activités agricoles des familles rurales et d'autres secteurs économiques qui induit une sorte de subvention croisée entre activités, ce qui permet de compter sur d'autres revenus pour surmonter les crises. En Afrique, malheureusement, de telles opportunités ne semblent pas préva­loir, même à moyen terme.

    Une apathie généralisée face à l'hypocrisie des politiques cotonnières

    Le changement technique est bloqué en Afrique et il y a une focalisation excessive sur les biotechnologies, une absence d'ambition régionale pour la recherche, l'arrêt du soutien de l'in­tensification de base du fait des poli­tiques d'ajustement structurel. On constate une apathie généralisée face à l'hypocrisie des politiques coton­nières aussi bien au Nord qu'au Sud : incapacité à contrer le rouleau compresseur  de la pensée                                 La Lettre de la CADE n° 80 – Mars 2005 – page 4

    libérale à l'é­chelle mondiale, échec de la protesta­tion à Cancùn contre la tricherie des pays riches, politique de soutien peu contestée au Nord, politique de résorption du soutien peu contre­carrée au Sud, incapacité de faire connaître l'efficacité de certaines actions collectives en Afrique.

    Pour ce qui est de la mise en contact de l'offre et de la demande, on en parle peu. L'Afrique est pénalisée par un coût de mise en marché élevé aggravé lorsqu'il y a crise comme en Côte d'Ivoire. L'organisation des pay­sans a permis de réduire certains coûts mais dans beaucoup de pays où la libéralisation des filières est interve­nue, la défiance entre les acteurs a prévalu sur la confiance ce qui a entraîné une augmentation des coûts.

     

    Il faut savoir par ailleurs que l'option du « juste à temps » pour le fonction­nement des industries textiles dans les pays du Nord se traduit par des exi­gences impossibles à satisfaire par les producteurs d'Afrique. Seuls les négociateurs internationaux sont en mesure d'y répondre, prenant ainsi une place prépondérante dans la vente du coton africain, éloignant les pays africains des clients finaux.

    Michel Fok conclut son exposé en indiquant qu'il reste beaucoup à faire, au regard des actions engagées, pour l'ensemble des acteurs et singulièrement

     

    LE  DEBAT

     

    Des interrogations

    Jean-Claude Devèze (AFD) souhaite compléter ce qui a été dit en indiquant qu'à Cotonou, en 2004, avant la rencontre Union Européenne/Afrique, il y a eu débat pour savoir comment les producteurs de coton allaient s'organiser à l'intérieur du ROPPA. Ce débat n'ayant pas abouti, il a été créé en décembre dernier l'Association des Producteurs de Coton Africain. En matière de compétitivité, les filières de coton africaines ne sont pas moins compétitives qu'avant, mais les rendements stagnent. Il y a un certain nombre de facteurs conjoncturels qui sont défavorables, mais il est important de comprendre pourquoi les producteurs africains n'intensifient pas leur production et comment ils définissent leur stratégie en fonction du cours du coton et des intrants. Pour l'intervenant, il faut améliorer la gestion des exploitations et permettre l'augmentation des capacités de production par la maîtrise de tous les facteurs qui influent sur l'exploitation, mieux gérer les organisations de producteurs et donc les filières.

    Pour Philippe Hugon, on voit bien, à travers les exposés, les enjeux stratégiques du coton et les contradictions qui apparaissent notamment par rapport au rôle que peuvent jouer les différents acteurs de la société civile. On voit bien que dans le cas du coton, il y a un problème d'instabilité : instabilité des taux de change, des prix, effet des subventions sur l'instabilité des prix. Ph. Hugon se demande si, plutôt que de se battre sur la question des subventions ou sur la question des politiques publiques et des soutiens, il ne serait pas préférable de se battre sur le retour à des mécanismes stabilisateurs. Ils ont disparu et avaient des effets pervers, mais ils avaient une logique qui répondait à la question des instabilités. C'est un point sur lequel les ONG pourraient trouver un consensus pour éviter un débat sur les subventions ou sur les politiques de régulation.

    Jean-Marc Gravellini (AFD) ajoute quelques commentaires. Il s'est passé des choses depuis Cancùn qui a été un formidable coup d'éclairage sur le problème des producteurs africains. Côté français et européen, il y a une prise de conscience qui aboutit à une initiative française puis européenne comprenant trois composantes qui traitent des aspects commerciaux, de la lutte contre les effets de la volatilité des cours afin d'en atténuer les effets chez les producteurs, de l'appui structurel aux filières pour gagner en compétitivité.

    Un intervenant se demande ce que représente le coton pour le paysan africain. Il y a 30 ans, il représentait la condition de sa survie et lui permettait de se constituer des moyens monétaires. Le coton a été une locomotive là où cette culture est passée. Cette culture, selon lui, échappe au concept de compétitivité et il se demande comment le paysan pourra supporter le prix des intrants dans les décennies à venir.

    Alfred Schwartz pose une question qui n'est jamais abordée par les chercheurs francophones mais qu'un chercheur américain a traité récemment. Selon ce dernier, il est faux de croire que les pays africains sont climatiquement bien adaptés à la culture du coton, pour des questions de photosynthèse. Les Etats du Mississipi ou de Louisiane aux USA sont beaucoup mieux placés. Il se demande donc si les rendements n'ont pas atteint un plafond pour des raisons purement climatiques. Il a pu constater par ailleurs au Burkina-Faso, que l'entrée récente de nouveaux producteurs dans les systèmes de production qui imitent mal ce qui se fait ailleurs, tirent les rendements vers le bas, rendant ainsi le Burkina Faso de moins en moins compétitif.

    Pour un intervenant, le coton est le premier dossier concret qui fait toucher du doigt la problématique commerce et développement. Il y a un mécanisme d'apprentissage collectif sur ce dossier dont la portée reste à évaluer. Bénédicte Hermelin a très bien perçu les contradictions internes au niveau français sur ce dossier mais il ne faut pas montrer du doigt uniquement les pays du Nord.                                                                                                       La Lettre de la CADE n° 80 – Mars 2005 – page 5

    C'est toute la difficulté des « développeurs » de maintenir le dialogue avec les décideurs des filières cotonnières. Il y a, pour l'intervenant, surévaluation de l'effet subvention et commerce international sur la situation cotonnière. On connaît les défaillances internes qui font que la compétitivité du coton africain n'est pas durable si rien n'est fait. Mais on connaît aussi les énormes difficultés qu'il y a pour mettre en place un programme d'aide adapté dans lequel on oserait évoquer des conditionnalités qui sont indispensables à la compétitivité et à la durabilité de ces filières.

    Un représentant de « Peuples solidaires » insiste pour la mise en place rapide d'un fond de soutien pour la survie de la filière. De son côté, Georges Riffault, membre du réseau « Foi et justice Afrique-Europe », demande quelle est la position des organisations de producteurs locales par rapport au forcing des Etats-Unis et des multinationales pour l'introduction des OGM. Il demande par ailleurs où en sont les propositions sur la valeur ajoutée du coton : transformation, etc...

    Des réponses

     

    Hans-Jacob Niklaus apporte les premières réponses aux interrogations de la salle. Pour lui, le défi principal est de savoir comment transposer la situation économique et sociale dans un processus de négociation pour aboutir aux objectifs visés. La réalité des négociations est complètement différente aujourd'hui de ce qu'elle était il y a deux ans, à Cancùn. Il n'y a pas de loyauté, les alliances changent continuellement. Comment en sortir ? Il faut d'abord connaître les forces des pays africains, s'assurer qu'ils ont au moins le soutien de l'Union Africaine et des composantes qui en Europe veulent soutenir l'initiative coton. La pression des opinions publiques est par ailleurs indispensable à l'approche de la réunion de Hong Kong.

    Michel Fok aborde les questions de compétitivité, de durabilité et les mécanismes des prix. D'après ses estimations, il faut 12 heures de travail familial pour exploiter 1 ha de coton aux USA. Il faut de 80 à 100 jours, en Afrique, pour la même surface. Il considère que la force de l'agriculture familiale, en Afrique en particulier, c'est la possibilité d'ajuster la rémunération du travail familial en fonction de l'évolution du prix mondial. Il n'est pas certain que le revenu coton des paysans soit si mauvais que cela, mais il est certain que la situation des filières cotonnières est défavorable. Il est catastrophique de ne considérer que le revenu du coton à l'hectare. Face à la fluctuation des prix du coton, il prône le rétablissement d'un mécanisme de fixation qui a été établi par les bailleurs de fonds dès la fin des années 1980 mais qui a été dévoyé dans le milieu des années 1990.

    En ce qui concerne l'influence du climat, Michel Fok précise que dans les années 1950, on croyait plus à l'avenir cotonnier du Vietnam que de l'Afrique. Le Cirad a travaillé à l'ajustement des techniques au climat. Pour ce qui est de la gouvernance, il rappelle l'expérience malheureuse du Stabex qui a pâti d'un manque d'informations. Aujourd'hui, si on n'arrive pas à mettre sur pied un processus d'information partagé, la méfiance entre acteurs perdurera.

    Béatrice Hermelin répond à la question sur les OGM. Les organisations de producteurs et la société civile sont très méfiantes. Il y a un manque très important d'information et il faut renforcer les programmes de formation sur cette question. Concernant les mécanismes de stabilisation, peut-on revenir sur les mécanismes existants ? Cette question est hétérodoxe par rapport au discours dominant. Les ONG n'ont pas toutes la même philosophie économique et le dialogue est difficile avec les Anglo-saxons.

    Pour ce qui est des subventions, leur suppression ne résout pas les problèmes. La question est de savoir ce que l'on met en concurrence sur le marché mondial et comment on permet à chacun d'avoir sa part sur le marché mondial en fonction de ses capacités de production. A Hong Kong, la société civile pourra peut-être bloquer les négociations mais il est peu probable que des conclusions seront prises dans le bon sens. Pour le moment, on n'arrive pas à peser sur les négociateurs car il y a des enjeux sous-jacents pour lesquels la société civile, les négociateurs, les multinationales ont intérêt à faire passer un certain nombre de dérégulations.

    Philippe Mathieu

     

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    La Lettre de la CADE

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    La Lettre de la CADE n° 80 – Mars 2005 – page 6

     

    Le baromètre de la CADE

    Contrairement au mois précédent, l'Afrique est peu présente dans la presse et ce sont principalement des entrefilets dans le journal La Croix qui rappel­lent son existence avec pour thèmes majeurs : Le Togo, la Côte d'Ivoire, ou la RD Congo.

    Au Togo : Lomé attend les élections et la révision annoncée de la Consti­tution, cependant que « la fièvre anti­française gagne à Lomé » (Valeurs actuelles du 25/02). Le nom du prési­dent Chirac est cité dans les slogans des manifestants contre ce que Le Monde appelle la « complicité de la France » dont les opposants togolais ne veulent plus. Début mars, la « renonciation à la présidence pour mieux la conquérir de Faure Gnassingbé » a pour corollaire provi­soire la candidature de Kofî Yamgnane dont la presse se fait largement l'écho. Le retour à une certaine légalité est peut-être plus apparent que réel puisque pour Le Monde du 14 Mars, l'« ombre (de Gnassingbé Eyadéma) pèse toujours sur le Togo ». Aux der­nières nouvelles « l'opposition togo­laise s'unit pour l'élection présiden­tielle » (La Croix du 16 Mars).

    En Côte d'Ivoire : on retiendra une interview de Laurent Gbagbo dans L'Express du 28 Février titrée « pas de conditions à la normalisation Paris-Abidjan » dans lequel le Président joue l'apaisement tout en niant toute res­ponsabilité. Les incidents de début mars dans l'Ouest et les ruptures d'embargo conduisent la France à craindre « un nouvel embrasement » et « l'Onu met en garde contre une reprise du conflit » (La Croix du 14 Mars). La tension monte encore puisque « les "jeunes patriotes" ivoi­riens menacent les militaires français » (La Croix du 15 Mars). Cependant, le fait que « Thabo Mbeki reprend l'ini­tiative » (La Croix du 18 Mars) laisse espérer que le pire n'est pas certain.

    En RD Congo : les troubles en Ituri ayant causé « une centaine de morts dans l'Est », « les Nations unies sont en difficulté au Congo » (Le Monde du 1er Mars) mais lancent une opération musclée contre les milices (La Croix

    des 3 et 4 Mars). La fuite des civils devant les exactions montre que les troubles continuent. Dans La Croix du 14 Mars, Bernard Porte soutient que « depuis I960, les évêques du Congo ont proposé des lignes direc­trices d'une doctrine sociale catholique profonde, courageuse et véritablement autochtone ».

    La Croix du 3 mars affiche à la une :

    « La France cherche ses marques en Afrique » suivie de 3 pages de présen­tation de ses rapports actuels et passés avec l'Afrique et, en parallèle, une pré­sentation de la politique de la Suède, pour éclairer le lecteur sur les enjeux actuels des événements en cours.

    Dans le reste de l'Afrique, pour le Soudan et le Darfour, La Croix rap­porte le cri d'alarme lancé par le Programme Alimentaire Mondial et évoque une remise en question de la charia pour la prochaine constitution du Soudan (2 Mars). « Une force de paix africaine » est en préparation pour la Somalie (La Croix du 8 Mars) à l'ini­tiative des pays d'Afrique de l'Est (IGAD). Le Monde du 14 Mars titre que « la Centrafrique élit son Chef de l'Etat sur fond de marasme écono­mique ». La note drôle vient du « palais hanté du président du Malawi » (La Croix du 14 Mars).

    Pour tout ce qui touche de près ou de loin à la culture les articles sont plus riches et plus abondants :

    Le Monde du 3 Mars consacre une page à l'obélisque de la ville éthio­pienne d'Axoum qui en attend le retour d'Italie, puis revient le 7 mars sur le Fespaco (festival panafricain du cinéma et de la télévision) où « le cinéma africain se plonge dans son histoire avec l'aide du numérique ». « La vérité sur l'esclavage » est mise à la une du Nouvel Observateur du 3 Mars qui y consacre 5 pages plutôt bien documentées à l'occasion de la parution du livre d'Olivier Pétré-Grenouilleau sur les traites négrières. Sur le même sujet Valeurs actuelles du 4 Mars titre « l'Afrique face à ses réa­lités » en soulignant la part qu'y ont prise les Africains eux-mêmes. Le sup­plément "Times" du Monde du 5 Mars évoque l'immigration légale actuelle d'Africains aux USA qui dépasse en nombre les victimes de la traite.

    La page cinéma du Monde du 9 Mars est consacrée au film "Mooladé" que La Croix du même jour qualifie de « drame de l'excision », et à la vie et à l'œuvre de son réalisateur, Sembène Ousmane, « poète du courage africain ».

    Dans le domaine de l'économie et du développement, La Croix du 21 Mars publie une « libre opinion » souli­gnant la nécessité, et les difficultés, de la sauvegarde et l'exploitation "durable" du bassin forestier congo­lais. Le 4 Mars est signalé le lancement du coton équitable par Max Havelaar. Les futures décisions européennes sus­citent des craintes comme le souli­gnent les titres du Monde du 8 et du 14 Mars : « La banane antillaise craint la banane africaine par l'ouverture du marché européen en 2006 » et « Le Mozambique, très dépendant de l'in­dustrie du sucre, s'inquiète de la réforme des subventions européennes ». « L'or d'Arlit », c'est un article de Valeurs actuelles du 11 Mars sur les conditions de l'exploitation minière d'uranium au Niger et ses retombées locales positives.

    La Croix résume un rapport de 400 pages de la commission Blair qui « veut aider l'Afrique plus et mieux ». Le Monde du 14 Mars publie un article sur le même sujet illustré d'un gra­phique soulignant la faiblesse de la valeur de l'aide rapportée par an et par personne en 2002. Un encart précise les objectifs que se fixent les rappor­teurs en matière de gouvernance, de sécurité, d'infrastructures, d'éducation et de commerce. Le rapport a soulevé un certain scepticisme et l'article laisse penser que le véritable rendez-vous sur cette question aura lieu en Septembre à l'ONU. Un autre article évoque « l'aide française, un fourre-tout qui augmente et baisse en même temps », augmentation nominale et baisse en valeur car comprenant l'annulation de dettes, ce qui inquiète le sénateur Charasse qui doute de l'efficacité de la mesure.

    Jean Brice Simonin

    La lettre de la CADE n° 80 – Mars 2005 – page 7

    AGENDA

    prochaines rencontres débats

    Mercredi 13 Avril 2005 :

    « Le sida : quelles nouvelles dyna­miques pour l'accès aux traitements dans les pays du Sud ? », animé par Salvatore Pappalardo, chargé des rela­tions avec les ONG pour l'Afrique centrale, le Maghreb, l'Australie, l'Europe centrale et Orientale au Ministère des Affaires Etrangères, et présenté par Emmanuel Trenado, Directeur International d'AIDES, Fred Eboko, chercheur socio-polito­logue à l'Institut de Recherche pour le développement (IRD), et Gilles Raguin (Médecins du Monde).

    Mercredi 11 Mai 2005:

    « Les accords de partenariat économique de la convention de Cotonou sont-ils viables ? » avec Michel Levante, écono­miste, membre de l'association AITEC.

    Mercredi 8 Juin 2005 :

    « La création artistique africaine contemporaine » en lien avec l'exposition qui aura lieu, sur ce sujet, au Centre Pompidou, avec Nicole Guez.

    NOTES DE LECTURE

    Le mois de mars ayant une journée consacrée à la femme, c'est l'occasion de parler des livres qui parlent des femmes africaines :

    - « Reines d'Afrique et héroïnes de la dia­spora noire », aux éditions SEPIA, 2004, par Sylvia Serbin, journaliste et historienne d'origine antillaise, qui présente 22 por­traits de femmes africaines qui ont, pour une raison ou une autre, atteint une cer­taine célébrité tout au long de l'histoire. Le livre est illustré et présente une bonne bibliographie pour les « curieux ».

    - « Parcours de femmes, les nouvelles élites », aux éditions SEPIA, 2004, par Marie-José Tubiana, ethnologue, qui livre ici le résultat d'entretiens réalisés, entre 1997 et 2003, sur la vie de 23 femmes appartenant à la partie motrice de la société tchadienne. Une première partie méthodologique précède les entretiens répartis eux-mêmes en 3 parties d'importance inégale, corres­pondant aux 3 générations de l'époque coloniale (3), des indépendances (17) et de la jeune génération (3). Portraits photogra­phiques et bibliographie.

     

    LE FESPACO, VITRINE  DU CINÉMA,

    PORTRAIT DE L'AFRIQUE

    par : béatrice COMTE

    Le mois dernier s'est tenu à Ouagadogou (capitale du Burkina Faso) la XIXème édi­tion du festival panafricain de cinéma, dont la réputation internationale n'est plus à souligner. La profession entière fait désormais le voyage. La chaleur était lourde, on attendait la pluie des mangues, celle qui permet la maturation des fruits d'avant saison. Mais, intérieures ou exté­rieures, les salles étaient à la fois pleines et enthousiastes de festivaliers, étrangers ou oaugalais. On pouvait visionner plus de 170 films - et même près de 500, en comptant courts métrages et documen­taires (télévisés ou non, dont certains, trai­tant de graves questions socio-coutumières, seront projetés dans les cinémas ambulants et initieront ainsi discussions et prises de conscience). Quarante longs et/ou courts métrages concourraient officiellement. Il est à remarquer que le Burkina demeure l'un des rares pays du continent qui ait pu - ou su - conserver un parc de salles en relativement bon état : nulle part ailleurs ne pourrait se dérouler une manifestation de cette envergure. Cela tient à une poli­tique audacieuse instituant de manière sui­vie la culture comme ressource première d'un pays pauvre, enclavé mais conscient de son unité comme de sa créativité. Aussi le Burkina s'est-il largement fait connaître, et joue un rôle diplomatique certain dans la sous-région.

    Les films programmés en 2005 arrivaient de l'Afrique entière: de la Tunisie à l'Afrique du Sud et du Sénégal au Zimbabwé, tout en faisant place (hors compétition) aux cinéastes de la diaspora et aux Européens traitant de l'Afrique (avec un hommage appuyé à Margarethe Von Trotta). La production cinématographique africaine, née il y a 50 ans avec le mythique Afrique sur Seine du Sénégalais Soumanou Vyera, s'est depuis fortement ancrée en elle-même. Elle connaît malheureusement, depuis 10 ans, une crise qui s'amplifie depuis cinq ans : concurrence télévisuelle, difficultés pour les metteurs en scène à trouver des financements et moyens de dif­fusion (donc de reconnaissance), mise au niveau des nouvelles technologies (dont le numérique). Elle reste cependant proli­fique, passionnante, originale surtout, et servie par une interprétation de qualité. Se situant à mille lieues des fabrications hollywoodiennes, les créateurs africains abordent les problématiques spécifiques à leur continent. Ils construisent avec une étonnante liberté de ton des scenarii autour de l'excision, des tragédies inter-ethniques et de leurs multiples conséquences, de la polygamie, de la corruption et de la mal gouvernance, de l'ingratitude des colonisa­teurs vis à vis de leurs soldats des grandes guerres, de la pauvreté ; ils ressuscitent l'antique histoire noire ; ils abordent avec franchise la complication des relations entre médecins à l'occidentale et tradipraticiens, celle de l'adéquation entre droit récent et droit coutumier, etc... Ceci sans didactisme, avec sensibilité et poésie, en respectant les règles qui rendent une fic­tion palpitante et laissant place au rêve. Le rendez-vous de l'urgence n'exclue ni celui de l'esthétique, ni celui d'un respect empreint de dignité. Aucun sujet tabou : ni les enfants errants, ni le difficile non-sta­tut des malades mentaux ou des handi­capés, etc... Nulle pleurnicherie cependant, le cinéma d'Afrique émeut avec dignité, il ne frappe jamais bas ni facile…

    Outre la myriade des prix accordés à de nombreuses productions au titre de leur musique, de leur interprétation, de leur montage, de leur lumière, etc.. trois « Etalons » ont été décernés. Le jury ayant mis quatorze heures à faire son choix, on imagine la qualité de toutes les produc­tions en lice. L'or est revenu à Drum (par Zola Maseko, Afrique du Sud) qui évoque les difficultés de l'après apartheid, l'argent a été remis à La chambre noire (par Hassan Benjelloum, Maroc) qui évoque la torture dans les prisons de son pays, le bronze a été accordé à Tasuma (par Kollo Sanou, Burkina Faso) qui aborde l'oubli dans lequel la France laisse encore ses anciens « tirailleurs sénégalais ». Nous ne saurions trop recommander de chercher à voir encore bien d'autres films, tels Zulu love letters, Ouaga Saga, La nuit de la vérité, la danse du vent, Mooladé...( la liste n'a rien d'exhaustif !). Que chacun selon ses moyens fasse le maximum pour faciliter la diffusion de ces films, appor­tant ainsi sa pierre à une meilleure connaissance de l'Afrique d'aujourd'hui, qui ne saurait se résumer à ceux de ses problèmes qui ouvrent les journaux télé­visés internationaux.

    La Lettre de la CADE n° 80 – Mars 2005 – page 8