Bulletin  mensuel  d'information  sur  les  activités  de  la  CADE    Octobre  2004    n°75


Sommaire:
  • L'Afrique et les élections américaines
  • Espoirs et limites de la microfinance en Afrique
  • Soudan, dans la misère du Darfour
  • Une gageure: organiser l'emploi alors que l'informel prédomine
  • curope

    Débat du   mois  : Espoirs et limites de la microfinance en Afrique

     

    Editorial     L'AFRIQUE ET LES ELECTIONS AMERICAINES

     

    Dans le déferlement médiatique qui entoure les élections américaines, l'Afrique, en dépit des cinquante trois Etats qui la composent, est rarement mentionnée. Cette situation, nouvelle par rapport à celle qui prévalait du temps de la guerre froide, où l'Union Soviétique faisait contrepoids à la puissance des USA, est le signe du peu de poids de ce continent dans les affaires du monde. Cette absence ne présente toutefois pas que des inconvénients. En effet, au delà de guerres intestines et de conflits régionaux relativement localisés, il n'existe pas pour le moment, en Afrique, de conflits de haute intensité comparables à ceux du Proche ou du Moyen-Orient. L'utilisation d'armes lourdes et d'aviation reste, fort heureusement, encore rare et sporadique.

    Le moindre enjeu relatif que représente, peut-être temporairement, l'Afrique dans la mondialisation, peut être mis à profit pour l'aider à retrouver la paix et il est navrant de voir que les efforts que déploie Kofi Annan pour renforcer les Casques bleus ici ou là ne soient pas davantage soutenus. Le problème des réfugiés demeure, en RDC, au Darfour et ailleurs dramatique, mais il ne sera résolu, et le Libéria et la Sierra Leone nous en donnent l'exemple, que si la paix et un minimum de contrôle des Etats reviennent dans ces zones trop souvent de non droit. Enfin, il faut espérer que le terme de génocide ne sera plus utilisé inconsidérément, comme cela a été fait pour le Darfour par le Congrès américain, non suivi d'ailleurs par le président Bush, qui sur ce point, a fait preuve de prudence, sans parvenir pour autant à calmer les passions.

    L'Union Africaine (UA) et les groupements régionaux, comme la Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CDEAO) font leurs premières armes avec des médiateurs régionaux pour prendre le relais des anciennes puissances coloniales afin de parvenir à un règlement des conflits. Il n'est pas surprenant que, dans cette période de rodage, ils essuient des échecs, mais ils sont quand même mieux placés que l'Europe ou les Etats Unis pour trouver des solutions « à l'africaine », même si la France a pris le risque de la critique en convoquant à Marcoussis, pour les extraire de la zone de combat, les protagonistes de la crise ivoirienne.

    L'Union Africaine s'est dotée, de nouvelles Institutions qui auront à surmonter des difficultés en particulier financières, que connaît toute organisation internationale. Le NEPAD semble trouver un nouveau souffle dans le développement durable à défaut de bénéficier de l'enthousiasme des investisseurs. Le prix Nobel de la Paix attribué à Madame Wangari Maathai témoigne enfin de l'importance que la communauté internationale attache à l'environnement et à la biodiversité de l'Afrique.

    S'agissant de la France, le 10ème Sommet de la Francophonie qui se déroulera les 26 et 27 novembre à Ouagadougou devrait lui donner l'occasion de renouveler son engagement à l'égard de l'Afrique. L'Europe élargie l'attend et les Etats-Unis, quelle que soit l'issue de leurs élections, y demeureront favorables, même s'ils continueront à avoir avec la France des conflits d'intérêts ponctuels.

    Raymond Césaire

    La Lettre de la Cade n° 75 - Octobre 2004 – page 1

    Compte-rendu de la rencontre-débat du 7 octobre 2004

    Espoirs et limites de la microfinance en Afrique

    Les succès des expériences de microfinance conduites en Asie ont fait naître des espoirs pour le développement économique et social du continent africain à partir de ce type d'outils. Ces espoirs sont-ils fondés et le continent le plus pauvre dispose-t-il d'atouts en la matière ? La Cade a demandé à Yann Gauthier, directeur du Centre International du Crédit Mutuel (CICM), et à Christine Poursat, responsable du pôle microfinance au Groupe de Recherche et d'Expertises Techniques (GRET) de répondre à cette question complexe. Dominique Gentil, expert en la matière, ancien président de l'Institut de Recherche et d'Application des Méthodes (IRAM) a bien voulu accepter d'animer le débat.

     

    Dominique Gentil introduit le sujet. La microfinance est considérée comme un outil très important de lutte contre l'exclusion des services bancaires, mais aussi contre la pauvreté et les inégalités. L'année 2005 sera, sous l'égide des Nations Unies, l'Année Internationale de la microfinance. Mais le sujet fait l'objet de controverses. Celles-ci portent sur sa définition (ce qui explique que les statistiques peuvent être très variables selon les sources et selon la date d'apparition retenue), sur son véritable impact (certains pensent que c'est quelque chose de relativement secondaire qui donne bonne conscience et qui permet aux pauvres de survivre) et sur les principaux défis actuels et à venir. Ce sont ces questions que vont aborder les intervenants.

    Yann Gauthier, est chargé d'assister, depuis plus de dix ans, la naissance de réseaux mutualistes d'épargne et de crédit, en Afrique et en Asie dans le cadre du CICM. Celui-ci, créé en 1979 à l'initiative des présidents de fédérations du Crédit Mutuel, a comme objectif central de diffuser l'expérience mutualiste et de partager son savoir-faire bancaire, et ce, dans un but non lucratif.

    Y. Gauthier fait part de son expérience pratique dans deux pays : le Congo et le Sénégal. Les opérations qui y sont conduites sont des établissements financiers à part entière, autonomes, reconnus juridiquement. Chaque caisse est gérée par un Conseil d'Administration et les crédits sont accordés par un comité de crédit composé des sociétaires eux-mêmes. On est donc en plein système mutualiste où c'est le client qui gère sa banque.

    Au Congo

    La première caisse du Crédit Mutuel a été créée en 1984, il y a donc vingt ans. Quels sont aujourd'hui les résultats? Ce pays de 2,5 à 3 millions d'habitants compte aujourd'hui 34 caisses. Depuis l'ouverture de la première caisse, le sociétariat a évolué de 20.000 sociétaires après huit années de fonctionnement à 184.000 actuellement ce qui représente un taux de pénétration de 45 à 50% pour ce réseau mutualiste si on le rapproche des 400.000 adultes «bancarisables». Ce réseau draine 27 milliards CFA d'épargne populaire, le montant des crédits s'élève à 7 milliards CFA, 92.000 dossiers de crédits ont été déposés. Le pourcentage de créances douteuses se maintient à un niveau raisonnable. Au total, le bilan 2004 est proche de 34 milliards CFA et génère 1 milliard de résultat net. Le réseau a surmonté les guerres civiles. Le retour de la confiance permet la très forte progression des encours d'épargne et la rentabilité du réseau est assurée.

    Au Sénégal

    Ce pays a connu moins d'événements violents que le Congo. Dans ce pays d'environ 10 millions d'habitants le réseau créé en 1988 comprend 88 caisses et points de vente et 218.000 sociétaires actifs dont 25.000 personnes morales de type GIE regroupant 275.000 sociétaires. Au total ce sont donc 480.000 personnes qui sont touchées sur 4 millions d'adultes « bancarisables ». Le réseau draine 25 milliards CFA d'épargne populaire, le montant des crédits s'élève à 14 milliards CFA, 29.000 dossiers ont été déposés. Au total, le bilan est proche de 35 milliards CFA et en 2004, un résultat net de 1 milliard est attendu. Ce réseau est en très forte progression ; il est autonome financièrement et présente une bonne rentabilité compte tenu des efforts faits pour l'extension du réseau.

    Des difficultés à surmonter

    Malgré le succès de ces réseaux, Y. Gauthier ne cache pas les difficultés à surmonter. Les premières sont d'ordre politique : émergence et formation des élus et des cadres de direction ; croissance rapide des réseaux, les masses gérées pouvant favoriser les prédations externes, politique, administrative et fiscale ; la qualité de la réglementation, son absence ou sa mauvaise interprétation. L'incohérence des bailleurs de fonds est également soulignée. Les réseaux se construisent dans la durée et ce n'est pas toujours compatible avec la politique des bailleurs.

    Les secondes difficultés sont d'ordre économique. Le premier problème est lié au statut fiscal de la phase projet, les exonérations fiscales disparaissant après l'intervention des bailleurs;

    La Lettre de la Cade n°75 - Octobre 2004 – page 2

    problème de la disproportion du coût des produits importés par rapport à la capacité des réseaux à générer du PNB, en particulier pour le secteur rural ; problème, à terme, de la concurrence avec les banques commerciales, problème de l'obtention de refinancements pour diversifier les produits, gérer les bilans et la demande; évolution des besoins techniques et de ses coûts, en particulier pour les systèmes d'information et la centralisation de l'information.

    Des solutions

    Des solutions à ces difficultés sont envisagées : renforcer le statut, professionnalisation ; mettre en place les outils financiers nécessaires (banque dédiée pour accéder à des services financiers adaptés et aux meilleures conditions) ; fonder des structures propres à faire face aux besoins d'évolution technique ; évoluer vers la centralisation de l'information ; adopter des cartes pour une meilleure identification des sociétaires et une meilleure gestion des accès des salariés aux systèmes d'information.

    Cette forme particulière de microfinance qui repose sur la collecte de l'épargne pour faire du crédit et sur le mutualisme est très ancienne, mais il existe d'autres formules. D. Gentil demande à Christine Poursat de tenter de définir ce qu'est la microfinance et d'en dégager les impacts.

    Christine Poursat répond, à partir d'exemples concrets, à trois questions : la définition de la microfinance, l'impact du secteur aujourd'hui et les défis pour demain.

    Essai de définition de la microfinance

     

    La -microfinance est la mise en place d'une offre durable de services financiers larges et pérennes (crédits, épargne, gestion de transferts d'argent, assurance) aux populations qui n'ont pas accès aux service financiers classiques ce qui représente 80 à 90% de la population. Elle s'est développée en réaction aux échecs d'un certain nombre de banques de développement dans leur offre de crédit à taux très faible. Elle ne touche pas spécifiquement les pauvres. Le Gret a travaillé avec une institution en Birmanie et a montré qu'il n'était pas possible de cibler, dans un milieu rural, les plus pauvres comme l'auraient souhaité les bailleurs de fonds.

    Cette définition a un certain nombre d'implications sur le fonctionnement de la microfinance aujourd'hui. Tout d'abord, la microfinance recouvre des structures qui ont des formes juridiques et de gouvernance extrêmement variées. A côté des Mutuelles, il y a les Self made groups en Asie, les Caisses villageoises autogérées en Afrique, différents types d'institutions sous forme de Sociétés Anonymes gérées par leurs salariés ou par leurs clients. Les services financiers offerts sont très variés et les montants des crédits en général faibles. Par exemple, au Cambodge, une famille rurale a un revenu moyen annuel de 200 $ et le montant moyen des crédits servis par EMT qui dessert 90 000 clients est de 30$.

    D. Gentil résume cette définition de la manière suivante :

    - La microfinance ne doit pas être confondue avec les systèmes endogènes mis en place par les populations (tontines, banquiers ambulants, caisses de solidarité multiples).

    - La microfinance est un secteur intermédiaire entre ce système endogène et le secteur bancaire classique, les populations utilisant souvent les deux systèmes.

    - Le principal critère : en général des transactions aux montants sont très faibles (inférieures à 1 000 $).

    C. Poursat insiste sur le fait que la microfinance ne s'est pas mise en place contre les systèmes endogènes. Elle est complémentaire.

    Les impacts de la microfinance

     

    C'est un secteur qui a pris une vraie ampleur puisqu'il compte 54 millions de clients dans le monde, ce qui n'est pas si éloigné de l'objectif fixé en 1997 au Sommet Mondial du Microcrédit qui était de 100 millions de pauvres touchés en 2005. Ce succès doit être nuancé car les chiffres sont concentrés sur quelques institutions, 3% d'entre elles qui ont plus de 300 000 membres couvrant 80% du marché.

    Malheureusement, l'Afrique qui ne représente que 10 à 13% du total est défavorisée. Mais de plus en plus, les systèmes de microfinance sont pris en charge par les politiques nationales, en particulier dans plusieurs pays africains, ce qui montre qu'ils ont un impact global.

    Mais ce qui est intéressant, c'est de regarder l'impact auprès des clients par une approche microéconomique, qui fournit des résultats si on l'applique au cas par cas à une institution ou à une zone particulière. Par exemple, en Mauritanie, le Gret a fait une étude sur une institution qui travaille dans les quartiers de Nouakchott. Elle montre que pour les familles très pauvres, le microcrédit est un outil formidable pour réguler leur trésorerie et ne plus recourir à l'usurier. Les familles qui ont un capital un peu plus important peuvent très rapidement développer leur activité en recourant à plusieurs cycles de crédit. L'impact est donc positif pour ces familles et s'apprécie dans la durée. Au Cambodge, une famille qui a obtenu un crédit de 8$, a pu rentabiliser deux fois son investissement malgré des taux d'intérêt relativement élevés mais portant sur de très petites sommes.

    L'impact social est plus difficile à mesurer faute d'analyses socio-anthropologiques suffisantes. Il a été constaté dans des villages au Cambodge que dans un système social très déstructuré, d'autres activités se greffent sur l'objectif commun de la microfinance. La question de savoir qui est réellement touché par la microfinance est posée. EMT a constaté au Cambodge que les trois-quarts des clients sont très pauvres et que les riches ne sont pas intéressés par les montants très faibles des crédits. Mais il a été également constaté qu'une frange très pauvre s'auto excluait des systèmes de solidarité villageoise existants.

    Enfin, la microfinance est un secteur qui globalement a un impact sur la réflexion quant à l'efficacité de l'aide. C'est un secteur qui a eu très tôt une volonté de transparence et de mise en place de critères, d'indicateurs de performance, de rentabilité, où la sanction est rapide ce qui permet d'apprécier ce qui peut être fait ou non.

    Lettre de la Cade  n°75 - Octobre 2004 – page 3

    Yann Gauthier intervient alors pour indiquer que l'outil pour mesurer les impacts n'est pas encore forgé et C. Poursat qui doute de l'efficacité des grosses études quantitatives préfère se référer à des approches qualitatives, microéconomiques utiles à l'institution. La question essentielle est en effet de savoir si les services produits sont adaptés aux clients et si ces derniers ont envie de rester, l'objectif, in fine, étant de rendre les institutions pérennes et de les rapprocher de leurs clients.

    Les défis

    Pour Yann Gauthier, les moyens mis à disposition pour développer ces outils sont trop modestes au regard des besoins colossaux qui existent. Le second défi est le refinancement permettant le développement des réseaux et la mise en œuvre d'outils permettant une bonne gouvernance et la pérennité laquelle n'est jamais définitivement acquise. Enfin, pour demain, la concurrence avec les établissements commerciaux risque de s'exacerber compte tenu du poids pris par les réseaux de la microfinance, ce qui risque d'entraîner une dégradation des relations entre les deux secteurs.

    Pour Christine Poursat, les besoins ne sont pas couverts en particulier en zones rurales, et on a tendance à répliquer ce qui marche. Le risque est que les bailleurs de fonds se recentrent sur les secteurs les plus faciles et les plus rentables comme le milieu urbain et la petite entreprise. Il y a par ailleurs des besoins de refinancement pour des institutions matures qui ne représentent que 1 à 2% des institutions. Mais le besoin de subventions sur la durée est indispensable aux premiers cycles de développement des institutions afin qu'elles puissent répondre aux besoins d'innovation. Cependant, les bailleurs de fonds sont de moins en moins prêts à intervenir sur la durée.

    Raymond Césaire, qui préside cette rencontre, souhaite, avant d'ouvrir le débat, faire ressortir l'impact pédagogique de ces systèmes qui apprennent aux gens à devenir des citoyens et des responsables. Peu de programmes sont capables d'arriver à ce résultat.

    LE DEBAT

    Une première question porte sur l'influence de l'ambiance culturelle sur les fondements des systèmes de microfinance. Pour C. Poursat, il y a un intéressant débat sur les fondements communs de l'action et sur la réplication des expériences réussies. Les exemples de réplication connus sont des échecs. Ce qui a fait le succès de la Grameen Bank dans le contexte culturel du Bengladesh n'a pu être reproduit avec succès au Vietnam. Il en est de même pour les Self made groups, en Inde, qui se basent sur des systèmes de solidarité traditionnels à forte dynamique sociale et qui bénéficient du soutien de l'Etat à travers un réseau bancaire rural sous-utilisé. Leur réplication en Birmanie a été un échec. Il y a cependant des fondements communs qui consistent à analyser, préalablement à la mise en place d'un système de microfinance, les formes de solidarité qui existent pour s'appuyer dessus.

    Les liens entre les institutions de microfinance et les banques classiques,

    si l'on en juge par ce qui se passe en Europe, sont pertinents et fructueux. L'objectif ne serait-il pas de créer un continuum entre les institutions financières pour atteindre l'objectif final qui est l'accès de tous au système bancaire ? Y. Gauthier répond que les banques, qui ont bien géré certaines niches, ont campé sur leurs succès et n'ont pas su mettre en œuvre les outils nécessaires à la gestion d'une épargne modeste, et quand elles ont tenté de le

    faire, c'est en implantant des agences inadaptées en termes de coûts. Elles subissent alors une hémorragie de clients qui trouvent mieux leur compte dans les réseaux mutualistes en matière de proximité et d'écoute.

    A une interrogation sur les raisons pour lesquelles l'Afrique ne représente qu'un faible pourcentage du marché, C. Poursat répond qu'en Asie, le système s'est développé rapidement et a eu un impact massif laissant penser qu'il pouvait se développer de la même manière partout. Il y a en Afrique de nombreux systèmes de microfinance mais dont le développement est plus lent. Ces systèmes sont relativement mal connus et il y a un vrai cloisonnement entre l'expérience francophone et le reste du monde. L'image véhiculée est que ce sont des opérations de faible ampleur et d'impact modeste alors qu'il y a beaucoup d'expériences à valoriser, en particulier dans le milieu rural.

    Une question porte sur les relations entre la microfinance et la rente migratoire. C. Poursat répond que l'épargne et l'argent des migrants, notamment en Afrique, ont et auront un rôle considérable dans le développement du secteur et  qu'il est inexact de considérer que le système est dominé par les bailleurs de fonds.

    Le problème de la pérennisation du système est posé. C. Poursat estime qu'il faut du temps, et ce d'autant plus

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    qu'on intervient dans des zones difficiles d'accès. L'extension du système dans ces zones pose le problème du financement par les bailleurs de fonds ou par l'Etat si ce dernier reconnaît qu'il s'agit là d'une mission de service public. Mais toutes les institutions de microfinance ne sont pas pérennisables.

    Quant au débat idéologique qui a eu lieu entre ceux pour qui une épargne préalable était considérée comme importante pour mettre en place un système de microfinance et la vision d'autres pays où le crédit venait en premier, il a été résolu car les deux systèmes ont fonctionné et se sont adaptés aux contextes culturels

    Un dernier point est abordé qui concerne la. place accordée à l'accompagnement social des femmes pauvres. C. Poursat indique que rien n'empêche les institutions de cibler les pauvres ou les femmes. De multiples expériences sont possibles y compris celles qui intègrent un accompagnement social du prêt. Mais cibler exclusivement les femmes sur la durée serait pervers, à terme, le taux de femmes bénéficiant d'un prêt ne voulant rien dire car ce sont souvent les hommes qui mettent en avant les femmes dans leurs relations avec les institutions et le risque d'exclusion sociale des hommes ne doit pas être négligé. En ce qui concerne l'accompagnement social, il faut essayer de rendre durable, pas seulement sur le plan financier, les activités de microfinance et de les gérer avec un minimum de professionnalisme. Un bilan négatif a été fait de beaucoup de projets intégrés, multifacettes, qui finalement mélangeaient un peu tout. Aujourd'hui, on réfléchit par exemple à la façon de réintégrer à nouveau les questions d'éducation dans les institutions de microfinance.

    Philippe Mathieu

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    EXPOSITION A LA FONDATION DAPPER*

    « Signes du corps »

    Aujourd'hui, tatouage, piercing, implants, scarifications, font partie de signes qui sollicitent désormais notre regard au quotidien. Hier, dans les sociétés non occidentales, en Afrique, en Océanie, en Asie et dans les Amériques, ces techniques de transformations corporelles étaient courantes. Que révélaient-elles de l'identité, du statut ou de la fonction de chaque individu ? On trouve dans l'exposition, des sculptures, des parures réalisées dans les matériaux les plus divers. Il s'agit, lorsqu'il y a lieu, non pas de mutilations inutiles mais de moyens d'expression et de mieux vivre son corps. Les inscriptions sur les corps témoignent de pratiques de transformations de toutes sortes. Les textes de l'exposition peuvent être consultés sur le site Internet de la Fondation Dapper.*

    *35 rue Paul Valéry 75116 Paris

    NOUS AVONS LU

    Dans AFRICULTURES N°59 : « L'engagement de l'écrivain africain », dossier coordonné par Boniface Mongo-Mboussa et Taina Tervuren où l'on trouve en particulier un « Hom­mage à Amadou Kourouma », et dans AFRICULTURES N°60 : « Cameroun, la culture assiégée ».**

    **Editions Harmattan, 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique, 75005 Paris

    Denyse de Saivre

    EDMOND BERNUS

    Lorsqu'on apprit la mort d'Edmond Bernus (le 12 juillet 2004) les souvenirs de son œuvre scientifique s'accompagnèrent, chez ceux qui l'avaient connu, de celui de sa personnalité et les titres de ses livres de son visage. Il commença des travaux de géographe en 1954 en Guinée et en Côte d'Ivoire puis les consacra à partir de 1962 et durant toute sa vie aux Touaregs nigériens dans le cadre de l'Orstom (actuel IRD). Il les élargit progressivement à tous les domaines de leur existence, diverse selon les régions, aux différentes faces de leur culture, enfin aux évolutions auxquelles les amena l'histoire politique et les contraignirent les années de sécheresse. Son oeuvre fut très abondante (20 ouvrages, plus de 150 articles) et très riche dans un domaine dont il fut un des découvreurs. Les plus importants témoins en furent, en 1974 « Les Illabakan (Niger). Une tribu touarègue sahélienne et son aire de nomadisation », en 1981 sa thèse d'Etat « Touaregs nigériens. Unité culturelle et diversité régionale d'un peuple pasteur ». Mais il ne fut pas un chercheur abandonnant un sujet d'étude une fois la moisson intellectuelle considérée comme faite. Les Touaregs, et parmi eux les Illabakan, demeurèrent ses amis et il continua à rendre visite , au fil des années et des décennies, aux familles qui l'avaient les premières accueilli et grâce à la compréhension desquelles il avait découvert le monde touareg. Ouvert à ceux et à celles dont il étudia ainsi la vie durant plus de 40 ans, il l'était également à tous ceux, collègues, étudiants, simples particuliers qui faisaient appel à lui. Il n'écartait aucune question, ne rejetait aucune thèse a priori et donnait suite à toute demande d'aide. Sa porte était ouverte, son accueil compréhensif et encourageant.

    Jean Clauzel

    LE SOMMET DE OUAGADOGOU

    Après Paris en 1986, Québec en 1987, Dakar en 1989, Chaillot en 1991, Grand Baie (Maurice) en 1993, Cotonou en 95, Hanoï en 97, Moncton en 99 et Beyrouth en 2002, le Burkina Faso accueillera le 26 et 27 novembre prochain, à Ouagadogou, le Xème Sommet de la Francophonie. Cette réunion des Chefs d'Etat et de Gouvernements francophones, la troisième en terre africaine, sera placée sous le thème de « La Francophonie, espace solidaire pour un développement durable ».

    La Francophonie a fait de la diversité culturelle et linguistique l'un des piliers du développement durable, puisqu'elle favorise l'appropriation par les populations de connaissances et de modèles de développement respectueux des cultures locales. Le Sommet de Ouagadogou est une « synthèse des Sommets précédents » parce qu'il englobe les différents thèmes abordés de 1986 à nos jours.

    La Lettre de la Cade n°75 - Octobre 2004 – page 5

    Le baromètre de la CADE novembre 2004

    SOUDAN, DANS LA MISERE DU DARFOUR

    (Titre du Monde-Horizons du 6/09/04)

    Le Soudan est le plus grand pays d'Afrique (2 500 000 km2), en majeure partie plat. A part les monts Nuba, les hauteurs se situent à la périphérie. Le Nil le traverse, du Sud au Nord. La population est de 35 millions d'habitants. Le Darfour occupe l'Ouest du Soudan avec une superficie de 550 000 km2 égale à la France. Du 16ème siècle à 1916, c'était un sultanat indépendant.

    LES CAUSES DE LA GUERRE : RACISME OU NON?

    Le problème de la terre Dans un article de « Jeune Afrique-L'intelligent », Valérie Thorin analyse les causes de la guerre du Darfour. Le problème foncier est un des éléments clés. Les Fours qui détenaient le pouvoir ont absorbé d'autres groupes en s'étendant des Monts Marra vers les Sud et vers l'Ouest. Lors de la colonisation du Darfour par les Britanniques en 1916, ces derniers octroient aux différentes ethnies des terres ou Dar (« terres natales »). Mais cette répartition n'a jamais été officialisée par les autorités soudanaises. De plus, « seuls les éleveurs vivant en osmose avec les villages appartiennent au Dar, rien n'est accordé aux nomades du Grand Nord, qui ne pourront donc, plus tard, acquérir la citoyenneté soudanaise ». Ces « nomades exclus » alimentent les milices Djandjawids.

    Le facteur politique

    «Le premier facteur est la marginalisation des Darfouriens, dans la vie politique nationale, et ce depuis les années I960» (...). « S'il existe un quelconque racisme dans le conflit du Darfour, il est le fait des partisans du «couloir arabe», une zone qui traverserait l'Afrique d'Ouest en Est ». L'Alliance Arabe du Darfour constituée de certains des partisans du Premier Ministre déchu, Sadek el-Mahdi, a pour but «d'asseoir la domination arabe dans la région». Le Darfour a accueilli dans les années 80 plusieurs factions tchadiennes et «les liens entre l'Alliance Arabe et ces groupes, dont certains sont considérés comme des «arabes», constitue l'un des soucis actuels du président tchadien Idriss Déby».

    Des islamistes divisés

    Les Fallatas, soudanais d'origine Ouest-africaine (Haoussas et Peuls), naturalisés soudanais dans les années 1990, ont été enrôlés avec des Darfouriens par le leader islamiste Hassan el-Tourabi, qui élargit ainsi «sa base, traditionnellement composée d'Arabes de la vallée du Nil». Lorsque Tourabi a été déchu de son poste de Premier ministre par le Président el-Béchir, la plupart des «Occidentaux» et des Darfouriens ont rejoint les rangs de l'opposition. Ce sont eux qui forment l'ossature du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE, rebelle), les Arabes «locaux» restant fidèles au gouvernement. «Les islamistes soudanais sont donc divisés sur la question du Darfour».

    Des militaires jusqu'au-boutistes

    Les officiers supérieurs de l'armée ont reçu carte blanche pour juguler l'insurrection du ALS et du MJE de 2003. «Ils ont conclu une alliance objective avec les Djandjawids, nomades arabes du Nord-Darfour, et les Fursans, leurs équivalents au Sud... déjà utilisés en 1991 pour contrer les incursions de la SPLA au Darfour. Les Djandjawids sont loin d'être des islamistes» et se sont parfois distingués comme profanateurs des mosquées.

    Les pressions internationales

    Le Président de la Commission de l'Union Africaine, Alpha Oumar Konaré, «pèse de tout son poids pour un règlement politique régional» du conflit du Darfour. Pour la première fois, les exactions commises sur les civils et les multiples violations du cessez le feu ont été dénoncées par les observateurs militaires de l'Union Africaine. Celle-ci envisage la mise en place d'une force de maintien de la paix de 2 000 hommes.

    Inertie de la Ligue Arabe

    La Ligue Arabe «ne semble pas avoir pris la mesure des enjeux de ce conflit. L'inaction des dirigeants arabes rend hypothétique leur participation aux futures négociations inter soudanaises, qui pourraient avoir lieu à Genève fin août».

    En conclusion, Valérie Thorin note que «le conflit ne pouvait être placé comme celui du Sud-Soudan, sur le terrain religieux . La résolution votée par le congrès américain «ethnicise» donc un conflit économique entre nomades et sédentaires de même religion. Le résultat est équivalent : on va vers une dislocation du pays, comme le souhaitent les partisans de la fracture entre Arabo-Africains et Négro-Africains, ceux-là mêmes qui souhaitent l'émergence d'un « Grand Moyen-Orient » ».

    (Valérie Thorin - Jeune Afrique/L’Intelligent du 8 au 14 août 2004)

    LE DARFOUR, « ZONE FRANCHE DE LA LEGALITE INTERNATIONALE »

    Stephen Smith, dans le journal « Le Monde », parle du Darfour comme une « zone franche de la légalité internationale ». Les conflits nés de l'accès à la terre par les pasteurs nomades confrontés aux sédentaires cherchant à « protéger leurs champs, dévastés par des troupeaux en divagation » marquent la fin d'une civilisation où les pasteurs nomades vivaient « une relation synallagmatique avec les cultivateurs sédentaires ».

    Cette situation est « exacerbée par des ingérences extérieures », le Darfour

     

    La Lettre de la CADE n° 75 – Octobre 2004 – page 6

    ayant été «un sanctuaire pour des rebelles tchadiens» et les «soldats perdus... en quête d'une cause quelle qu'elle soit. Certains sont devenus rebelles, d'autres bandits de grands chemins ou miliciens au service de Khartoum».

    Stephen Smith vilipende une «tradition d'impunité» entretenue par la communauté internationale qui n'a pas mis «rapidement fin à l'effusion de sang en rendant justice aux victimes». Il trouve illusoire la prétention des Nations Unies à régler «la pire crise humanitaire» du Darfour «grâce aux seules troupes africaines et régler «la pire crise humanitaire» avec un budget d'aide de 772 millions de dollars, dont 434 manquent toujours à l'appel».

    (« Le Monde » du 3 septembre 2004)

    Pour conclure, sans faire preuve d'alarmisme, citons cet avertissement de Wole Soyinka, prix Nobel de littérature nigérian (1986) : « le Nigéria est au seuil d'une implosion qui fera apparaître les événements du Soudan comme un jeu d'enfant. Effrayé par les troubles sanglants dans les provinces pétrolières du delta, l'écrivain se déclare désormais partisan d'une partition pacifique du pays pour éviter un bain de sang qui coûtera des millions de vies humaines ».

    (Cité par « le Nouvel Observateur » du 14/10/04)

    Bernard Monnier

     

    Coordination pour l’Afrique de Demain (CADE)

    Association Loi 1901. Président : Michel Levallois. Vice-Présidents : Raymond Césaire, Jean Clauzel, Xavier de Franssu, Henri Senghor.

    Secrétaire Général : Philippe Mathieu. Trésorier : Bernard Monnier.

     

    La Lettre de la CADE

    Directeur de publication : Michel Levallois. Comité de rédaction : Robert Ginésy, Michel Levallois, Philippe Mathieu, Bernard Monnier, Denyse de Saivre, Henri Senghor. Maquette : Atelier Visconti.

     

    La CADE : 5 rue des Immeubles-Industriels, 75011 Paris, France.

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    L  A     P  A  G  E     E  C  O  N  O  M  I  Q  U  E

    UNE GAGEURE : ORGANISER L'EMPLOI,

    ALORS QUE L'INFORMEL PREDOMINE

    Pour la première fois dans son histoire, l'Afrique se préoccupe de l'EMPLOI au niveau continental Des syndicats existent, des Codes du travail ont été promulgués, mais sans coordination. En outre, l'INFORMEL (terme officiel)(1) prédominant, que faire de règles formelles ?

    1) Que nous préférons appeler « Economie Populaire » (NDLR)

    VINGT TROIS ENGAGEMENTS

    En juillet 2001, au Sommet de l'OUA à Lusaka, le président du Burkina Faso lance l'idée d'un Sommet sur ce sujet. Pendant trois ans, son ministre de l'emploi va rencontrer gouvernements et institutions internationales pour les mobiliser et élaborer un programme. Le Sommet sur l'emploi s'est finalement réuni à Ouagadougou les 8 et 9 Septembre 2004. Trente cinq pays d'Afrique et d'ailleurs étaient représentés, des syndicats, des ONG, des associations d'employeurs, dix huit chefs d'Etat seulement. Mais une dynamique a été lancée.

    Pour le président Blaise Compaoré il s'agit « d'accorder à l'emploi la place qui lui revient dans la lutte contre la pauvreté, afin d'asseoir le Nepad sur un socle social plus solide ». Il rejoint le directeur général du Bureau International du Travail (BIT), co-organisateur du Sommet. Il constate que l'emploi n'est jamais cité dans les documents sur la lutte contre la pauvreté, ni dans les appels d'offre de la Banque mondiale ; or les infrastructures peuvent attirer beaucoup de main d'oeuvre locale. Selon lui « c'est un changement de cap qui caractérise le message politique de Ouagadougou ».

    Un Plan d'action, décliné en 23 engagements a été adopté ainsi qu'un mécanisme de suivi. Chaque Etat disposera d'un observatoire, qui servira à des échanges d'expériences. Les dirigeants s'engagent «à mettre en place des politiques économiques et sociales intégrées», «à introduire des réformes... à placer la création d'emplois au centre des objectifs de ces politiques». Les participants au Sommet ont pu méditer sur deux documents, l'un présenté sur place (UEMOA), l'autres publié en même temps.

    A la demande de l'Union Economique et Monétaire de l'Ouest africain, sur financement de l'Union Européenne, deux organismes spécialisés ont enquêté dans les capitales économiques de sept pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo. Sur neuf millions d'habitants, six millions de plus de 10 ans sont en âge de travailler (13% des enfants de 10 à 14 ans sont concernés) et trois millions et demi sont actifs. L'Informel en occupe 76%, le privé «formel» 15%, le public 9%, soit un million de salariés. 67% sont au chômage ou en «sous-emploi invisible» (actifs gagnant moins que le salaire minimum) et 6% pratiquent un second emploi pour augmenter leur revenu.

    Ces chiffres doivent être considérés comme des ordres de grandeur, car, par hypothèse, l'informel se prête mal à la statistique, de même que les emplois parallèles.

    FREINS A LA CROISSANCE

    De son côté, k Banque mondiale, en s'intéressant à la « pratique des affaires en 2005 » aborde le problème de l'emploi. La lourdeur des réglementations de toutes sortes (travail, administrations, foncier, etc...) nuit, selon elle, à la croissance. Le secteur formel est découragé et les entreprises ne se créent pas. De tous les pays en développement, ceux d'Afrique sub-saharienne sont les plus bloqués. Sur 53 ayant engagé des réformes, seuls le Botswana, la Tunisie et l'Afrique du Sud figurent parmi les vingt premiers, mais seize autres sont dans les vingt derniers. En moyenne il faut 63 jours en Afrique pour ouvrir une entreprise, contre 27 en Occident ; 2 étapes seulement en Australie et 19 au Tchad ; 368 euros en France et 1.000 au Niger. Les exemples et les comparaisons abondent.

    Au Burkina l'écart de salaire entre hommes et femmes est le plus élevé des sept villes étudiées. Le chômage est plus important : 15% au lieu de 11 en moyenne. Le Code du travail est pourtant le plus élaboré du continent, l'un des plus protecteurs du monde, accordant notamment au travail la plus forte participation à la valeur ajoutée : 84%. Il en résulte que les hommes d'affaires nationaux et étrangers rechignent à s'implanter, que les femmes, les jeunes les moins qualifiés accèdent difficilement à un marché du travail aussi bien protégé. Le gouvernement réagit depuis quelques années. Des Fonds ont été créés pour aider les femmes, l'Informel, le micro-crédit, la création d'entreprises. En un an 1.000 à 2.000 emplois jeunes sont ainsi générés, 350.000 femmes en bénéficient

    La Lettre de la CADE n° 75 – Octobre 2004 – page 7

    En Ethiopie, la réduction des délais et des charges administratives a entraîné une augmentation de 50% des créations d'entreprises.

    En attirant l'attention sur ces problèmes, le Sommet de Ouagadougou va accélérer les réformes entreprises ici et là. Au Ghana, en Tanzanie, au Sénégal (depuis 2002), au Mali (2004) des conseils d'investissement associent administrations et secteur privé. Au Burkina, le gouvernement a convié les partenaires sociaux à étudier une réforme du Code du travail.

    Cette confrontation entre salut des travailleurs et salut de l'entreprise n'est pas spécifique à l'Afrique. En France aussi des réformes sont en négociations pour assouplir les règles du travail et favoriser la croissance.

    Robert GINESY

    NDLR : L'essentiel des informations utilisées dans cette page provient de l'hebdomadaire « Marchés Tropicaux ».

    DES CHIFFRES

    Enquêtes « emploi » et « secteur informel » à Abidjan, Bamako, Cotonou, Dakar, Lomé, Ouagadougou, Niamey.

    Population totale de ces villes              9.200.000

    En âge de travailler (plus de 10 ans)     6.900.000

    Actifs occupés                                         3.560.000

    Dont Informel 76% (80% à Cotonou)   soit 2.700.000 dont 18% salariés

    Privé formel 15% ( 18% à Abidjan)       soit 540.000 dont 84% salariés

    Public 9% (15% à Niamey)                     soit 320.000

    Chômage complet : 11%, avec les salaires en dessous du minimum : 67%

    Travail féminin : 46% (Niamey : 3 %, Lomé : 60%) avec des salaires en moyenne moitié de ceux des hommes.

    Création d'emplois en 2001/2002 : Public, 4% ; Informel, 82%. Or les souhaits des jeunes se portent pour 27% sur le Public et 48% sur l'Informel.

     

    ARRI ET L'AFRIQUE

    Laïcité et Démocratie

    En Juin dernier Jean-Paul Ngoupandé, ancien premier ministre de République Centrafricaine, a pleine­ment justifié le titre de conférences initié par ARRI* «Les réalités de l'Afrique» par un panorama réaliste et objectif du continent noir. Le 21 septembre, Babacar Sall, directeur de la section Afrique à l'Harmattan, a présenté avec une acuité rare, la société sénégalaise prise entre les religions, les traditions, la modernité. A la diversité socio-culturelle née de l'histoire, s'ajoute l'immixtion des émigrés, qui, de loin, apportent argent et idées novatrices. Puis Henri Senghor, vice président de la Cade, ancien ambassadeur, a analysé en profondeur le phénomène de la laïcité au Sénégal. Il a démontré qu'elle vivait dans les esprits et s'affichait dans les textes constituants. La société civile, plutôt moderniste et ouverte, intervient souvent dans le débat. Tous deux ont donné de l'Afrique l'image d'un continent, où les antagonismes de toute nature, témoignent de la vitalité de ses populations.

    R.G.

    Prochaine conférence du cycle «Les réalités de l'Afrique»

    La troisième conférence du cycle «Les réalités de l'Afrique» se tiendra à l'IPSEC, 16 Place du général Catroux, Paris 17e le Mardi 23 Novembre 2004 à 18h.

    « Les conflits dans la région des Grands Lacs »

    par Bernard Lugan, expert auprès du Tribunal International du Burundi, professeur à l'Université de Lyon III

    *ARRI. Association Réalités et Relations Internationales 11 rue Nicolo 75116Paris

     

    Colloque International

    « regards croisés france-mali »

    Un colloque inter-universitaires sur les rapports de la France et du Mali au cours de l'histoire et au temps présent se tiendra à Bamako dans la deuxième quinzaine du mois de Janvier 2005 (il avait été prévu à l'origine au mois de Septembre 2004). Il doit être ouvert au public. Il couvrira en principe trois jours dont les dates précises seront communiquées dès que connues.

    AGENDA

    PROCHAINES RENCONTRES DEBATS

    Mercredi 10 Novembre 2004 :

    « Soudan : récurrence des crises sur fond de richesses ». Cette rencontre est coor-ganisée par la Cade, l'Institut sur le Développement Economique et Social (IEDES) et le DESS « Développement, Coopération Internationale & Action Humanitaire (DCAH) de l'Université Paris I, Panthéon-Sorbonne et Coordination Sud. Les intervenants seront Christian Delmet, ethnologue, Laurent Joseph, médecin chef de la mission de Médecins du Monde, Christian Lochon, orientaliste, et Rachid Saeed Yagoub, rédacteur en chef de la lettre d'information TTU/Monde Arabe.

    Mercredi 8 Décembre 2004 :

    Frontières africaines

    Mercredi 12 Janvier 2005 :

    Henri Lopes, Ambassadeur de la République du Congo en France, ancien Directeur Général adjoint de l'UNESCO, auteur célèbre de romans plusieurs fois primés, ouvrira la saison 2005 de la Cade.

    La Lettre de la Cade n°75 - Octobre 2004- page 8