Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE - Avril 2004 - n° 71

Débat du mois :

Entre démocratisation et restauration autoritaire

 
Sommaire;
  • L'Union européenne élargie et l'Afrique
  • Entre démocratisation et restauration autoritaire
  • Afrique du Sud
  • la page économique
  • Les entreprises et le Sida
  • une "identité" en question
  • l'accueil des journalistes exilés
  • EDITORIAL : L’UNION EUROPEENNE ELARGIE ET L’AFRIQUE

     

    Les relations entre L’Europe et l’Afrique noire datent de plus de deux siècles. La traite, les explorations, la colonisation leur ont apporté leur lot d’infamies, de misères et de progrès.  Depuis le traité de Rome de 1957 les pays d’Afrique noire ont été associés à ce qui est aujourd’hui l’Union Européenne. La France a été la cheville ouvrière de cette association qui a regroupé les Etats francophones dès le traité de Yaoundé en1963 puis , au fur et à mesure des élargissements, les pays anglophones hispanophones et lusophones. Le traité de Cotonou,  entré en vigueur en 2003,  associe aujourd’hui à l’Union Européenne, au sein d’institutions paritaires, quelques quatre-vingts pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, les fameux ACP, dont quarante sept pays africains au sud du Sahara.

     

    Depuis le début des années1990, la disparition des blocs, la mondialisation et les ouvertures faites aux Pays d’Europe Centrale et Orientale ( PECO ) par l’Union européenne ont soulevé l’inquiétude des partenaires africains qui, à tort ou à raison, se sont sentis délaissés au profit des nouveaux pays candidats. Ce dépit est aujourd’hui largement dépassé.

     

    La plupart des nouveaux Etats membres de l’Union, qui ont eu des liens étroits avec l’Afrique au temps où ils étaient des satellites de l’Union soviétique, ne peuvent qu’être tentés aujourd’hui de renouer leurs anciennes relations. La réciproque est d’ailleurs vraie, par exemple avec les anciens boursiers. Les  nouveaux Etats membres peuvent aussi faire valoir à l’égard de l’Afrique une expérience qui les a amenés à réduire drastiquement leur bureaucratie, lutter contre les trafics et la corruption, privatiser les services publics marchands et adopter l’économie de marché, autant d’efforts qui sont ceux demandés aujourd’hui aux pays africains. Avec les pays africains partis avec beaucoup plus de retard, et en dépit de l’aide des anciennes puissances coloniales, l’Union européenne n’a pas pu parvenir aux mêmes résultats. Elle ne peut que continuer aujourd’hui à les aider à assurer leur sécurité, limiter les dégâts d’un libéralisme sauvage et favoriser leur adaptation  à une inévitable mondialisation.

     

    La France et le Royaume Uni se sont efforcés depuis une dizaine d’années, parfois avec les Etats Unis, dans le cadre d’un projet de renforcement des capacités africaines de maintien de la paix baptisé RECAMP, de former dans plusieurs pays des forces susceptibles d’être mises à la disposition des Nations Unies ou des organisations régionales en cas de conflit. Les deux pays sont aussi intervenus  pour tenter de mettre fin aux violences en Sierra Léone, en RCA ou en Côte d’Ivoire. L’Union Européenne, qui  construit laborieusement sa Défense, est intervenue pour la première fois, grâce à l’engagement de la « Nation cadre » qu’ était la France, pour reprendre en mains une situation très dégradée dans  l’Ituri (RDC). On peut espérer que, sans renoncer à sa vocation mondiale, l’Union Européenne acceptera de prendre en Afrique, une responsabilité particulière pour prévenir la guerre et aider à restaurer la paix.

     

    Lors de la dernière Conférence de l’O M C à Cancun, en octobre 2003,  la rébellion de quelques pays africains alliés au Brésil a fait échouer, à la satisfaction des alter mondialistes, la  reprise d’un nouveau cycle de négociations multilatérales. La suite des  événements semble leur avoir donné raison puisque, en utilisant il est vrai une procédure spécifique, le Brésil est parvenu à faire  condamner  les Etats Unis  pour les subventions qu’ils accordent à leurs producteurs de coton. Si le problème des subventions agricoles des pays riches se trouve ainsi,  après celui de la dette, porté sur le devant de la scène, il ne doit pas faire oublier l’inconvénient de l’absence de règles concernant d’autres problèmes d’environnement, de brevets, de main d’œuvre, souvent liés à un développement durable. Le risque est réel, pour une Afrique qui n’a guère de poids dans le commerce mondial, d’avoir à affronter une concurrence sud-sud beaucoup plus redoutable que celle des pays développés et de voir ces derniers être  tentés de régler directement entre eux leurs problèmes. La conjoncture relativement  favorable des cours des principales matières premières industrielles et agricoles devrait donc inciter les uns et les autres à une reprise rapide des négociations multilatérales.

     

    L’Afrique a l’ambition de susciter, notamment a travers l’Union Africaine( UA ), le Nouveau Partenariat pour le Développement ( NEPAD) et l’action de ses groupements économiques régionaux de nouvelles formes  d’investissements. L’Union Européenne appuie sa démarche. Les nouveaux Etats membres, qui vont devoir faire la difficile expérience de recoller au peloton des pays les plus avancés, peuvent trouver en Afrique des secteurs propices à de nouveaux échanges et à l’emploi de cadres, actuellement au chômage, tout aussi compétents mais moins onéreux que ceux du reste de l’Europe.

     

    Le souci  qu’ont toujours eu les membres de l’Union Européenne  de préserver  leur patrimoine linguistique, architectural, musical et culturel au sens large, s’est trouvé renforcé par la richesse de l’apport des nouveaux arrivants. Le problème de la défense de leurs identités culturelles se pose également à beaucoup de pays africains. Comment progresser  en maintenant la paix, en répondant aux aspirations d’une jeunesse impatiente et en valorisant la richesse de chacune des «  tribus »  qui composent aussi bien  l’Europe  que l’Afrique ? L’Union Européenne et l’Afrique devraient sans doute unir leurs efforts dans un grand projet de développement conjoint pour relever  ensemble un tel défi. C’est d’ailleurs ce que l’on a relevé dans les récentes déclarations de  Michel Barnier, nouveau Ministre français des Affaires Etrangères.

     

     



     

    COMPTE RENDU DE LA RENCONTRE DEBAT DU 28 AVRIL 2004

    Entre démocratisation et restauration autoritaire : la difficile affirmation de l’individu-citoyen en Afrique

     

    Dans le cadre de sa réflexion engagée sur l’Etat et la société civile, la CADE a demandé à Richard Banégas, maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris I Panthéon Sorbonne, et directeur de la revue Politique africaine, de nous parler des aléas de la démocratisation en Afrique. Dans un ouvrage qu’il vient de publier, La démocratie à pas de caméléon, il analyse le processus de transition démocratique expérimenté au Bénin dans les années 90, et l’évolution conjointe des comportements et imaginaires politiques produite par l’introduction du pluralisme, soulignant notamment l’ambivalence des mutations qui s’opèrent dans l’espace public démocratique. La CADE a également demandé à un chercheur africain, Thomas Atenga, qui vient de soutenir sa thèse de science politique à l’université Paris I, de présenter ses réflexions sur la difficile émergence d’une conscience citoyenne dans les processus de transition et de leur envers, la restauration autoritaire, à la lumière de la situation du Cameroun et du Congo.

     

    Richard Banégas aborde la problématique des processus de transition démocratique et de l’émergence ou pas d’une « culture citoyenne » au sud du Sahara. Il centre son propos sur l’expérience béninoise mais en tenant compte des trajectoires politiques contrastées des pays analysés (Côte d’Ivoire, Ouganda, Cameroun). La plupart des transitions engagées dans les années 80-90, si elles n’ont pas échoué complètement, n’ont pas abouti aux résultats escomptés. Le multipartisme a créé beaucoup de problèmes et on a assisté à des tentatives de restauration autoritaire engendrant parfois la violence. Lorsqu’il y a eu transition, il a été constaté dans de nombreux pays que les nouvelles équipes n’ont guère modifié les pratiques et les structures qui prévalaient auparavant. C’est ce que certains appellent « la politique du ventre post-coloniale ».

     

    Il est vrai que l’introduction du vote pluraliste, loin de contribuer à l’intériorisation de ce qu’en science politique on appelle les mécanismes de forclusion de la violence, semble avoir exacerbé celle-ci ce qui conforte les tenants de la thèse selon laquelle l’Afrique n’est pas mûre pour le multipartisme. Mais à y regarder de plus près, on constate que sous l’apparente stabilité des élites, la configuration des espaces publics africains a été profondément bouleversée par l’introduction de la norme pluraliste. Parallèlement, des glissements se sont opérés dans les représentations populaires du pouvoir, dans les cultures politiques. Ils se manifestent de différentes manières et notamment autour du rapport à l’acte électoral, et témoignent d’une évolution des rapports entre gouvernants et gouvernés et d’une appropriation de cette modernité politique prétendument importée qu’est la démocratie électorale.

     

    L’apprentissage du pluralisme politique

     

    R. Banégas a observé cet apprentissage chez les citoyens « ordinaires » du sud Bénin considéré comme un laboratoire de la démocratie. Il souligne les ressorts, mais aussi les ambivalences, de ce processus d’affirmation politique de l’individu-citoyen. Les historiens ont montré que l’introduction du suffrage universel en France avait profondément modelé le corps électoral ce qui avait conduit à une « intimisation » progressive de l’opinion et une sorte de « disciplinarisation » du corps électoral, les « électeurs sauvages » étant progressivement assujettis aux règles de la civilité électorale. Ce processus s’est opéré sur le long terme en France et en Europe Occidentale. Au Bénin, en un temps bien plus court, s’opère aussi un processus d’expérimentation  et d’apprivoisement de l’institution du vote.

     

    R. Banégas dénonce une espèce d’alternative stérile entre les présupposés de l’école développementaliste (l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie) et les arguments culturalistes : les traditions délibératives (la palabre) constituent un terreau favorable à la démocratisation. Plus fréquemment, il y a ceux qui considèrent que, fondamentalement, les représentations morales en vigueur, les cultures populaires, sont éloignées des idéaux de la démocratie prétendument importée. Tout le monde s’interroge sur ce que Coppans appelle la « concordance des temps » entre les chaînes culturelles endogènes et les idéaux importés. R. Banégas souhaite sortir de ces impasses. Il faut se dégager des conditions culturelles de la démocratisation et il propose de voir dans quelle mesure les changements politiques produisent des mutations dans les représentations du pouvoir.

     

    L’affirmation de l’individu-citoyen

     

    Au fil des scrutins, au Bénin, on constate que les perceptions corrélées du vote et de la représentation politique des élus ont évolué. Le vote n’est plus simplement conçu comme un droit à conquérir mais de plus en plus comme un devoir civique dont l’exercice confère une valeur ajoutée à la subjectivité politique, ce qui n’est pas évident au sortir d’une dictature.

     

    Dans bien des cas, les logiques électorales obéissent également à des logiques collectives de mobilisation clientéliste du vote, ce qui semble contradictoire avec l’idée d’une expression libre, individuelle de l’opinion politique. Et pourtant, l’acte électoral se conçoit de plus en plus fréquemment comme un choix individuel. Ce « processus progressif d’intimidation de l’opinion » n’est pas négligeable et le rapport au vote est très lié à la « subjectivation politique ». Ce qui se joue, lors des suffrages, c’est le choix ou le rejet des dirigeants. Mais c’est tout autant l’affirmation de l’individu-citoyen dans l’espace public. L’apprivoisement du vote pluraliste confère un sentiment d’estime de soi et le vote est devenu l’instrument privilégié de sanction du pouvoir (ce qui n’est pas le cas, on le verra avec l’exposé de Thomas Atenga, au Cameroun), et on croit à son efficacité.

     

    Ceci renvoie aux théories de la consolidation démocratique selon lesquelles on peut parler d’un régime démocratique consolidé à partir du moment où la plupart des acteurs politiques majeurs, mais aussi les citoyens « ordinaires » considèrent que la démocratie est le seul jeu possible qui ne met pas en péril les intérêts des uns et des autres. Le respect des procédures démocratiques est considéré comme un élément central de la stabilité politique par tous les acteurs.

     

    Mais la disciplinarisation de l’électeur s’exprime aussi par l’apprentissage de la patience qu’imposent les agendas démocratiques : les élections sont le moment opportun qu’il faut attendre pour juger les élus; avec la démocratie, on ne perd pas tout si on perd une élection. La « culture civique en germe » qui se développe au Bénin s’exprime dans d’autres secteurs comme les chefferies qui se sont emparées des procédures pour régler des litiges internes.

     

    Un processus ambivalent

     

    R. Banégas souligne le caractère extrêmement ambivalent de ces processus de subjectivation citoyenne par le vote. Il fait l’hypothèse que l’appropriation du vote se fait aussi dans le creuset  de la « politique du ventre » qui est précisément un des obstacles irrémédiables à la greffe du pluralisme au sud du Sahara. D’autres répertoires culturels ou registres symboliques tels que celui de la parenté ou de l’invisible qui sont généralement considérés comme des freins à la démocratisation peuvent aussi servir à dénoncer celle-ci. Les cultures politiques ne sont jamais figées et peuvent être utilisées dans un sens ou dans un autre.

     

    L’apprentissage démocratique se fait aussi dans le cadre d’une marchandisation de l’acte électoral et d’une instrumentalisation croisée du clientélisme électoral. De nombreux exemples l’attestent, pas spécifiquement béninois. Le multipartisme a entraîné une explosion des dépenses et l’utilisation du numéraire dans le jeu politique pour se gagner des voix. Cette instrumentalisation par le bas et cynique du clientélisme électoral a été constaté lors de la campagne électorale au Bénin en 1995, et les béninois ont su en tirer profit. La théorie du clientélisme classique qui fait de celui-ci un instrument de domination du patron sur le client (l’électeur) passe à côté de beaucoup de choses.

     

    L’apprentissage du prix de sa voix

     

    La faculté d’adaptation des électeurs au multipartisme montre qu’il n’y a pas mise sous tutelle absolue par la relation clientéliste et, d’une certaine manière, c’est ainsi qu’on apprend « le prix de sa voix ». Mais les « en bas du bas » n’ont pas tiré simplement un profit immédiat du vote, mais ils ont aussi fait de la relation clientéliste l’instrument d’une revanche historique sur les « en haut du haut » : on récupère l’argent qu’ils nous ont volé depuis l’indépendance.

     

    D’un point de vue symbolique, la rupture introduite par le vote pluraliste est importante à souligner car, dans un temps très court, elle opère un renversement des rapports de force entre dirigeants et électeurs qui vont faire payer aux premiers une vieille relation de subordination. Pour saisir les ressorts de cette réappropriation par le bas du vote, il ne faut pas s’en tenir à cette approche purement utilitariste qui vient d’être évoquée. Il faut également comprendre comment ces transactions électorales s’inscrivent dans des logiques sociales, des matrices morales, des logiques d’accumulation redistributive comme fondement de la légitimité. C’est tout cela qui aide à comprendre pourquoi la « politique du ventre », qui est moralement condamnée, est simultanément considérée comme une vertu politique, voire civique.

     

    Conclusion : R. Banégas évoque une piste qu’il ne faut pas négliger. Dès lors qu’on s’interroge sur la dynamique de subjectivation politique par le vote, on ne peut pas s’en tenir à ce qui se joue dans le champ politique stricto sensu. Cette affirmation de l’individu-citoyen dans l’espace public est aussi à mettre en relation avec les dynamiques sociales d’affirmation des individus, au sens classique du terme, dans les métropoles africaines mais aussi dans les campagnes

     

    L’impasse démocratique au Cameroun et au Gabon

     

    Thomas Atenga, dont la thèse, qu’il vient de soutenir, porte sur les rapports entre le pouvoir et la presse privée au Cameroun et au Gabon, apporte un éclairage très différent puisqu’il témoigne de l’impasse démocratique dans ces deux pays. Depuis 1990, les très nombreux partis créés, la prolifération des journaux (1300 au Cameroun), des téléphones portables, des antennes paraboliques, des 4x4, peuvent laisser penser qu’on est dans des sociétés ouvertes. En fait, les citoyens sont enserrés dans un système autoritaire qui se survit à lui-même malgré les poussées contestataires sporadiques et les injonctions des institutions internationales ou de la France.

     

    T. Atenga propose de mettre en exergue les variables autour desquelles s’articule ce qu’il appelle la « gouvernementalité autoritaire » au Cameroun et au Gabon. Par ce terme, il entend l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, les analyses, les calculs, les tactiques qui permettent d’exercer le pouvoir et dont les instruments techniques essentiels sont les dispositifs de sécurité.

     

    Derrière la « cosmétique démocratique », le chef de l’Etat du Cameroun dispose de deux constitutions dont il use au gré des tactiques et des calculs pour se faire obéir ou entendre. Depuis 1990, et pour ne parler que de la liberté d’expression, il y a eu 400 procès de presse au Cameroun et 250 au Gabon. Dans ces pays, les brimades contre les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme sont monnaie courante. Derrière le processus mis en œuvre depuis 1990 se retrouvent des pratiques de commandement qui ne sont pas de nature à penser qu’on est engagé dans un processus de transition démocratique.

     

    L’appel à l’action

     

    La manière de gouverner vise à mieux encadrer et mieux maîtriser la population. Une autre variable est, depuis 1990, le souci constant de l’appel à l’action : non pas pour mettre les populations au travail et produire des richesses, mais de manière à ce que le régime en place survive à lui-même. Cela se manifeste par des meetings organisés par le parti au pouvoir et ses satellites et par le faible champ d’expression laissé à l’opposition. Une circonscription qui a voté pour l’opposition peut se voir privée d’équipements : « vous lavez mon dos, je lave votre dos ».

     

    La diversion est un outil du pouvoir pour contrer les poussées contestataires. Par exemple, le pouvoir camerounais détourne l’attention de la population de la faillite des services postaux qui a lésé de nombreux citoyens ou de l’achat d’un nouvel avion pour le Président en limogeant le ministre de la jeunesse et des sports au prétexte que la Fédération Internationale de Foot a pénalisé l’équipe camerounaise de 6 points pour les prochaines compétitions internationales. Les Ministres reçoivent des dotations pour organiser des manifestations festives dans leurs villages pour mieux faire oublier les avatars de la « restauration autoritaire » appelée aussi la « révolution conservatrice ».

     

    L’émergence d’une citoyenneté passive

     

    Au Cameroun, le régime confronté aux poussées contestataires des dominés, accepte de consentir à des semblants d’ouverture en procédant à la canalisation institutionnelle des élites. Tous les partis qui refusent ce processus sont considérés comme des briseurs de cohésion, et comme des freins à l’action du « guide éclairé ». La conséquence est l’émergence d’une citoyenneté passive et un repli sur la sphère domestique. La sphère publique est identifiée à l’arbitraire, à la corruption et on attend patiemment que le Bon Dieu veuille bien libérer le pays. Au Cameroun, le refrain souvent entendu est « on va faire comment ? ».

     

    Cette recomposition autoritaire fait poser la question qui est de savoir si elle n’est pas une forme de gouvernement que certains pays intériorisent comme un mode de « vivre ensemble ». L’expression « autocratie libéralisée » désigne un gouvernement qui a réussi à subvertir le processus de démocratisation et aujourd’hui à réintroduire l’ordre ancien. S’il est difficile, ici, de parler de transition démocratique, il ne faut pas considérer pour autant que ces pays ne sont pas faits pour la démocratie.

     

    Philippe Mathieu

     

    LE DEBAT

     

    Un véritable échange s’est instauré entre la salle et la tribune. Trois thèmes ont dominé: la « dictature éclairée » gage de paix ( ?) ; la marchandisation des élections, prime à l’argent et danger pour la démocratie; le rôle de la communauté internationale et de la France plusieurs fois appelée « métropole ». Vus de l’extérieur, les régimes autoritaires, ou dictatures éclairées » assureraient la cohésion nationale dans de jeunes Etats menacés par de multiples germes de division, auxquels la démocratie ajoute le phénomène structurellement diviseur du multipartisme.

     

    De son côté, une camerounaise remarque que son pays et le Gabon sont en paix, alors que la RCA, le Tchad, les deux Congo sont en guerre. Plutôt que les grands principes, il faudrait, selon elle, se serrer les coudes pour éviter l’effondrement des services publics (éducation, santé…).

     

    Faux semblant, réplique la tribune. Cette paix apparente, mais imposée par l’autoritarisme, cache une fermentation dangereuse pour l’avenir. Selon Thomas Atenga, il n’y aura pas de guerre contre le pouvoir. Mais l’implosion risque de venir de la lassitude face à la situation : les ingénieurs vendent des tomates, la mort frappe les opposants. Richard Banégas s’insurge contre le vieux discours de l’Africain incapable d’user de la liberté. Pour lui, la Côte d’Ivoire est l’exemple type de cette fausse paix. Les évènements actuels ont pour causes profondes toutes les sources de division mises sous le boisseau depuis trop longtemps et par Houphouët Boigny lui-même. Le processus démocratique ne serait-il pas, justement, le moyen d’apaiser ces tensions, s’interroge Michel Levallois ?

     

    Si la marchandisation des élections fait perdre de son lustre au suffrage, elle contribue paradoxalement à donner du prix à la démocratie. En effet, raconte Michel Banégas, lors des campagnes électorales, les candidats de tous les partis sont accueillis comme des « hôtes donneurs ». Les électeurs estiment récupérer ce que les politiciens, considérés comme des voleurs, leur ont pris pendant leur mandat. Ils savent que l’échéance viendra. Au Cameroun, malgré la situation, on attend aussi les élections. Au Sénégal, les déçus, nombreux, se défoulent dans le débat politique très ouvert…jusqu’au prochain scrutin.

     

    La coopération à la bonne gouvernance et à l’organisation des élections a des effets contrastés. Les parlementaires ougandais, formés par les Américains, savent lire les textes budgétaires du gouvernement et peuvent le critiquer. Ailleurs, le bon fonctionnement du scrutin n’empêche pas les fraudes en amont (listes électorales) ou en aval (dépouillement… sauf utilisation des portables pour communiquer les résultats bureau par bureau).

     

    Quant aux pressions pour la démocratie, elles sont souvent une opportunité plus qu’une contrainte. Comme elles sont multiples, le pouvoir en place satisfait  les plus faciles, et les plus difficiles sont oubliées. La France, prétend un auditeur, est toujours présente : contre la guerre ici, pour la guerre là, selon ses intérêts. T. Atenga reconnaît  que telle difficulté interne (salaires non payés) est imputée à la France. C’est une facilité. Il affirme, par contre,  que « nous  (les Africains) sommes les auteurs de notre propre histoire  et que nos choix politiques ne sont pas décidés à Paris ».

     

    Robert Ginesy

     



    BAROMETRE DE LA CADE

    AFRIQUE DU SUD

    « LE JOUR QUE NOUS ATTENDONS DEPUIS 300 ANS »

     

     

    « C’est le cri que lançait Mgr Desmond Tutu, archevêque anglican du Cap, prix Nobel de la paix, c’est le jour de la libération pour nous tous. Nous avons découvert que nous étions Sud-africains et que nous en étions fiers, reprend le prélat au milieu des acclamations « que disons-nous à propos du racisme » lance t-il à la foule ?….Un énorme « non ! » vient en écho…que disons-nous de l’oppression ? Non…Puis viennent les mots réconciliation, pardon, paix et la clameur se transforme en oui ! lorsque arrive enfin Nelson Mandela, le nouveau président ».

    (Marie Pierre Subtile, le Monde du 11 mai 1994, repris par le Monde 2 du 26 avril 2004)

     

    « LA VICTOIRE EN CHANTANT »

     

                « Johnny Clegg, le zoulou blanc, a contribué à abattre les barrières entre blancs et noirs. Précurseur de la world music et diplômé en anthropologie, il a encore des choses à dire :

    -         Jeune Afrique l’Intelligent : Comment considérez-vous les dix années qui viennent de s’écouler pour votre pays ?

    -         Johnny Clegg : la première chose que je souhaite dire, c’est qu’on ne peut pas considérer une transition politique ou sociale sans faire de comparaison. Il faut la replacer dans le contexte de la fin de la guerre froide et de la mondialisation. L’Afrique du Sud a réussi une miraculeuse transformation politique. Je souligne « politique », car les véritables fondements de l’apartheid étaient en réalité économiques. Les choix politiques ont été couronnés de succès. Il y a eu beaucoup de bonne volonté, favorisée par les négociations du début des années 1990, entre le pouvoir blanc et l’ANC, qui ont conduit aux premières élections libres. La comparaison avec la Russie, après la chute du mur de Berlin, nous montre l’apparition des « murs ethniques » dans l’ex-Yougoslavie, le développement de la mafia russe, l’assassinat de personnages politiques, la destruction des infrastructures bancaires etc… l’Afrique du Sud n’a souffert  d’aucun de ces problèmes au cours de sa transition

    -         J.A : Comment l’expliquez-vous ?

    -         J.C : Après la fin du communisme et celle de la guerre froide, l’Afrique du Sud a choisi sa propre voie, fondée sur la perception qu’avaient ses habitants de ce qui était politiquement possible. Et nous avions la chance d’avoir quelqu’un comme Mandela qui s’élevait au dessus des intérêts de son propre parti et considérait le pays comme un tout. Certains militants ont élevé la voix pour dire qu’il faisait trop de compromis, qu’il était trop accommodant. Je ne crois pas que ce soit vrai. Il a préparé la scène pour les dix ans à venir

    -         J.A : Quels ont les défis à relever désormais ?

    -         J.C. : Le problème, aujourd’hui, c’est de transformer le système politique pour remettre le pouvoir entre les mains de la majorité. Cela signifie que toutes les grandes industries, les firmes financières, toutes les entreprises nationales doivent trouver un moyen pour intégrer les hommes d’affaires noirs. Mbeki a connu une période difficile, mais il a fait un choix fondé sur une idée très importante : il ne peut y avoir de transformation politique sans transformation économique. Son problème était : qui puis-je prendre dans mon pays qui soit capable de diriger une grande entreprise ? Il avait le choix : est-ce que je me contente de m’attaquer à la pauvreté ? Il a décidé de créer au plus vite une classe moyenne noire, forte, capable de mettre en branle la machine économique. Cela a conduit à une augmentation du taux de chômage, au courroux des chômeurs et des pauvres. C’était une décision très difficile, mais une bonne décision. Aujourd’hui, nous avons une classe moyenne active, intelligente, talentueuse, composée de jeunes entrepreneurs noirs. La législation oblige les entreprises à vendre des titres aux Noirs et encourage les banques à leur prêter de l’argent.

    -         J.A. : La transition résistera-t-elle à la disparition de Mandela ?

    -         J.C. : Oui, parce que, vous savez, nous n’avons pas besoin de dirigeants charismatiques. Nous avons besoin d’institutions fortes. Et celles-ci, on est en train de les construire. Quand un dirigeant s’en va, les institutions restent ».

     

    (Jeune Afrique-l’Intelligent du 25/04/04 – Propos de Johnny Clegg recueillis par Nicolas Michel)

     

     

    SANS REVOLUTION SOCIALE, POINT DE SALUT

     

                Frederik de Klerk, dernier président (boer) de l’apartheid, plaide pour une réforme profonde et négociée de l’économie sud-africaine sur le modèle de la transition de 1994.

    « Les dix premières années de la nouvelle Afrique du Sud ont été caractérisées par la réussite de notre transformation constitutionnelle, notre passage du règne d’une minorité à une démocratie raciale. Nous avons été les témoins de la transition sans heurt d’une présidence à l’autre(…). J’en suis persuadé, les dix prochaines années seront dominées par des transformations économiques et sociales. Reconnaissons-le, notre mutation constitutionnelle n’a eu que très peu d’impact sur la vie de près de la moitié de nos concitoyens. Ils peuvent voter, mais la plupart n’ont ni emploi ni logement correct (…) Pour bien des Sud-Africains Noirs, rien n’a changé : les Blancs possèdent toujours les grandes maisons. Ils occupent les meilleurs emplois et détiennent 80% des terres cultivables. Bien sûr, ce tableau mérite une touche d’optimisme : les classes aisées d’Afrique du Sud sont désormais composées à 50% de Noirs. Ces derniers ont accompli des progrès constants dans les échelons intermédiaires du secteur privé et contrôlent solidement les secteurs public et paraétatique (…). De notre façon de gérer les transformations économiques et sociales des dix prochaines années, dépendront le succès et la viabilité du nouvel Etat que nous avons fondé il y a dix ans (…). Selon notre capacité à parvenir à un consensus national équilibré sur la transformation (économique et sociale – NDLR) soit l’Afrique du Sud sombrera  progressivement dans la marginalisation (…) soit elle sera le premier pays du continent à trouver sa place parmi les grandes nations de la planète. »

     

    (Frederik de Klerk, This Day (extraits) (Johannesbourg) - Le Courrier International du 15/04/04)

     

    EN AFRIQUE DU SUD, M. MBEKI IGNORE M. MANDELA

     

                Une cinquantaine de Chefs d’Etat et de gouvernement, en majorité africains, étaient présents, mardi 27 avril, à Prétoria, pour commémorer le 10ème anniversaire du Jour de la Liberté, lorsque Nelson Mandela, premier président noir d’Afrique du Sud, avait prêté serment. La France était représentée par Michel Barnier, ministre des affaires étrangères. Le héros du jour a été Thabo Mbeki, réélu à la tête du pays par un Parlement où il dispose désormais de la majorité des deux tiers. Il a salué son illustre prédécesseur, Nelson Mandela, sans trop d’effusion. Dans son discours, M. Mbeki n’a pas eu un mot pour celui qui, pendant près de quarante ans, a incarné la lutte contre l’oppression. Tout était organisé pour que l’on comprenne que Nelson Mandela, 85 ans, appartient maintenant à l’Histoire, et que (seul – NDLR), M. Mbeki est désormais aux commandes. Le président, qui s’est fait le chantre de la « reconnaissance africaine » a insisté, dans son discours, sur l’espoir que l’exemple de son pays représente pour tout le continent. « Ce que nous avons accompli pendant la première décennie, démontre que nous, africains, pouvons et allons résoudre nos problèmes » a-t-il déclaré.

     

    (Correspondant du Monde du 29/04/04) 

     

     

    Bernard Monnier

     

     



     

    LA PAGE ECONOMIQUE

     

    DAKAR , WASHINGTON , BRUXELLES

     

    Du mois d’avril on peut retenir quelques événements  concernant  l’économie africaine.

                    

    Le modèle asiatique

     

    Au troisième Forum d’affaires Afrique – Asie qui s’est tenu à Dakar du 13 au 15 avril, vingt-six pays étaient présents, dont 17 africains et 9 asiatiques. Ce fut l’occasion de nouer des partenariats entre entreprises des deux continents dans les secteurs retenus : agro-alimentaire, bâtiment  et génie civil, nouvelles technologies de l’information, pharmacie et équipements médicaux, textile et industrie du cuir.

    Les organisateurs pensent que  le « modèle asiatique appuyé sur de petites industries familiales et villageoises pourrait s’exporter en Afrique, dont le développement se fonde, encore  aujourd’hui, sur des modèles européens, à travers de grands projets qui ont montré leurs limites ».

    La Chine et Hong Kong  étaient  invités, mais ils ne sont pas venus, car le Sénégal  a reconnu Taïwan. Cette Chine, qui s’intéresse à  l’Afrique, comme l’a montré le Forum d’Addis Abéba en décembre dernier (voir Lettre 69), intéresse  aussi le monde, car elle se maintient au meilleur taux de croissance de la planète.

                             

     Croissance et aide publique

     

    Les taux de croissance pour 2004 présentés lors de la réunion de printemps du Fonds Monétaire  International (FMI) et de la Banque Mondiale à Washington  sont les suivants : Chine 8,5% - Inde 6,8 % - Europe de l’Est 6 % - Etats Unis 4,6 % - Afrique 4,25 % - Japon  3,4 % - Union européenne 1,7 %. Le continent, dans son entier, n’atteint pas le pourcentage de  7 % qui serait nécessaire pour assurer une croissance  réelle compte tenu de sa démographie.

    Les ministres des finances africains présents ont tenu une conférence de presse au cours de laquelle ils ont demandé la création  au FMI d’un poste de directeur adjoint  dédié à l’Afrique.

    A Washington on a parlé de l’aide publique  au développement ( APD), dont l’augmentation promise depuis deux ans, commence à entrer dans les faits : 68,5 milliards de dollars, dont 2 milliards pour l’Irak, en 2003 contre 50 milliards dans les années 90.

     

    Atteindre les objectifs du Millénaire de l’ONU pour vaincre la pauvreté est toutefois plus exigeant. Une idée lancée à Paris au Forum sur le financement  du développement le 8 avril peut donc être utile. La « Facilité financière internationale » (FFI) s’analyse en un emprunt sur le marché des capitaux. Il serait garanti par les pays riches qui verseraient l’argent au Sud et rembourseraient ensuite. Cette initiative d’origine anglaise qui ne grève pas la Dette a été approuvée par les 22 ministres du Sud présents : 19 Africains, Chine, Venezuela et Brésil.

     

    La commission européenne et les APD

     

    Le Brésil est ainsi d’accord avec l’Afrique sur des idées générales d’avenir,  mais sur le problème concret actuel du sucre, il n’en est pas de même. Avec l’Australie et la Thaïlande il a déposé plainte à l’Organisation Mondiale du Commerce contre l’Union Européenne à propos de la filière sucre. Elle bénéficie surtout aux producteurs  du contient, mais les 14 Etats ACP dont  7 africains exportateurs  vendent dans les mêmes conditions. Ces Etats ont décidé le  2 avril  d’apporter leur appui à la Commission  dans ce contentieux.

    Cette attitude positive ne met pas au beau fixe un climat bruxellois assez agité. Les  ACP ont du mal à s’entendre entre eux et à s’organiser pour répondre à la pression de la Commission qui voudrait voir régler cette année les difficultés survenues dans  la mise en œuvre de l’Accord de Cotonou et mener à bien sa révision prévue à mi-parcours. Elle est pressée car son mandat expire à la fin 2004. Quelle sera la  politique de la suivante, qui travaillera pour une  Europe à 25 ?

     

    Robert GINESY

     

     

    LES ENTREPRISES ET LE SIDA

     

    Trente millions de séropositifs en Afrique ; dans certains pays jusqu’à 20 % de la population active, soit 2 % de moins de PIB. Ces statistiques abstraites se traduisent pour les entreprises et les multinationales  par des ventes en moins et des pénuries de personnel. Aussi ont-elles réagi.

    La Coalition Mondiale des entreprises contre  le Sida, créée aux Etats Unis en 1997, a ouvert  un Bureau en Europe cette  année. Elle regroupe 130 multinationales  (dont  6 françaises parmi les 40 européennes). Elles collaborent financièrement avec le Fonds Mondial contre le Sida, et aident les collectivités locales  dans la prévention et le traitement.

    Dans cette croisade, le  pays le plus avancé serait le Cameroun, où le Groupement interprofessionnel  a signé 61 accords de partenariat avec le Conseil  National pour la  Lutte contre le Sida.

     

    Robert GINESY

     



     

    Compte-rendu de colloque

    L’AFRIQUE: UNE « IDENTITE » EN QUESTION

     

    Radio  France International et l’Université Paris IV Sorbonne ont organisé un colloque sur le thème de l’identité africaine et de la mondialisation, le 17 mars 2004 autour du grand historien du Burkina  Faso, Joseph Ki-Zerbo. Lui-même vient de publier un livre d’entretien avec René Hollenstein intitulé : «A quand l’Afrique? ».

    C’est Jean-Paul Cluzel, Président Directeur général de RFI, qui en fit l’ouverture. Puis, eurent lieu les interventions de Jean-Robert Pitte, Président de l’Université de ParisIV, Noureini Tidjani-Serpos, Sous Directeur Général de l’Unesco. Gilles Schneider, Directeur Général adjoint,chargé des auteurs et de l’information de RFI, était le modérateur du débat.

     

    Le colloque était divisé en deux parties :

     

    -1ère partie : « Joseph Ki-Zerbo dans le siècle », où ont pris la parole :

     

    . Jean-Pierre Chrétien, Directeur de recherches émérite au CNRS ;

    . Elikia Mbokolo, Directeur d’Etudes à l’ EHESS, Centre d’Etudes Africaines,

    .Pierre Kipré, Professeur à l’Ecole Normale Supérieure d’Abidjan, ancien  Ministre de l’Education en Côte d’Ivoire,

    .Mwayila Tshiyembé, Professeur de géopolitique à Paris XII.

     

    -2ème partie : « Mondialisation  et mondialisés », où ont pris la parole :

     

    .Issiaka  Mandé, Maître de conférences à Paris VII, chercheur au CNRS,

    .Romuald Fonkoua, Maître de conférences à l’Université de Cergy-Pontoise,

    .Tanela Boni, Professeur de philosophie à l’Université d’Abidjan, écrivain,

    .Roland Colin, Président de l’Irfed,

    .Henri Rouillé d’Orfeuil, Président de Coordination SUD

     

    - Intervention de Joseph Ki-Zerbo

     

    La séance fut clôturée par Michel Camdessus, Gouverneur honoraire de la Banque de France ainsi que par une communication écrite de Georges Balandier.

     

    Le prix RFI, Témoin du Monde fut ensuite remis à Joseph Ki-Zerbo.

     

    Nous reprenons, ci-dessous, quelques-uns des  propos de Joseph Ki-Zerbo. Il reprit, dans son intervention, les arguments sur la mondialisation et l’Afrique, développés dans son dernier livre, l’aboutissement du système capitaliste de production: «Celui-ci atteint un seuil à partir duquel il doit nécessairement prendre des dimensions planétaires ou disparaître». Le système fonctionne presque uniquement sur le compte des échanges, « Autrement dit, on ne mondialise pas innocemment. Je pense que nous pouvons difficilement prendre une place dans la mondialisation, parce que nous avons été déstructurés et que nous ne comptons plus en tant qu’êtres collectifs». Les raisons premières en furent la traite des noirs puis la colonisation qui réalisa une sorte «d’économie-monde», et, en fait, le pacte colonial s’est maintenu jusqu’à présent  car si l’on prend la balance commerciale des pays africains, on voit que 60 à 80% de la valeur des exportations de ces pays sont des matières premières. Le troisième épisode de la mondialisation est le stade suprême et ultime de la domestication.

     

    Denyse de Saivre

     


     

    L’accueil des journalistes exilés

     

    Imaginée en 2000 par deux journalistes, ouverte en 2002 et installée dans ses locaux définitifs en 2003, la « Maison des journalistes » (MDJ)* peut héberger une quinzaine de personnes pour des périodes de six mois. Outre le logement, elle les aide à obtenir l’asile politique, leur dossier étant validé par « Reporters sans frontières ».

     

    Cette MDJ est destinée à ceux qui ne peuvent plus exercer, en sécurité, leur métier dans leur pays. Elle a déjà accueilli 35 journalistes, dont 26 ont obtenu l’asile politique. Ils viennent de seize pays, dont huit africains : Algérie, Cameroun, les deux Congo, Côte d’Ivoire, Tchad, Togo, Tunisie. Le financement de sa création (aménagement d’une ancienne usine mise à disposition par le Conseil de Paris) et de son fonctionnement est assuré par des médias, de grandes entreprises, le Fonds européen pour les réfugiés. Outre ces aspects matériels, la MDJ apporte de manière conviviale à tous les exilés son soutien moral et professionnel. Ils publient leur journal « L’œil de l’exilé », et sont en contact avec leurs confrères à Paris. Certains travaillent un peu, mais la MDJ cherche des organes de presse (écrite, radio, télévision) susceptibles d’en accueillir…en attendant, comme les Haïtiens, de retourner dans leur pays.

     

    R.G.

     

    *MDJ, 35 rue Cauchy, 75015 Paris


    PROCHAINES RENCONTRES DEBATS

     

    Retenez les dates des prochaines rencontres-débats :

     

    - Mercredi 26 mai 2004 : La littérature d’Afrique australe, un continent à découvrir, présenté par Alain Ricard, Directeur de recherche au CNRS et Nimrod, écrivain.

     

    - Mercredi 23 juin 2004 : Les relations de la société malgache avec le pouvoir central.

     

    A la rentrée les dates sont provisoirement arrêtées de la manière suivante :

     

    - Mercredi 6 octobre 2004  

    - Mercredi 10 novembre 2004

    - Mercredi 8 décembre 2004

     

    La CADE a pris des contacts avec des chercheurs-universitaires, des responsables d’associations, des journalistes pour préparer le programme de ses rencontres débats 2004-2005. Une réunion est prévue le 24 mai pour arrêter l’orientation générale et les différents thèmes proposés pour ces rencontres.

     

    Ces échanges d’idées ont également pour objectif d’ouvrir davantage la CADE aux milieux universitaires.



    CHEZ NOS PARTENAIRES

     

    Mohamed SOUMARÉ confirmé Secrétaire Exécutif

    par le Conseil d’Administration d’Enda Tiers-Monde

     

    Le Conseil d’Administration d’Enda Tiers-Monde a tenu sa réunion annuelle du 21 au 23 avril 2004 à Dakar. A cette occasion, il s’est félicité du travail accompli par le Secrétaire Exécutif nommé ad intérim en octobre 2003.

     

    Mohamed SOUMARÉ, réunissant les capacités énumérées dans la description du profil de poste du Secrétaire Exécutif, le Conseil d’Administration a décidé à l’unanimité de le confirmer Secrétaire Exécutif pour une période de trois ans, à compter du 23 avril 2004. Son successeur sera choisi par le Conseil d’Administration lors de la réunion d’avril 2007.

     

    Mohamed SOUMARÉ dirigera l’organisation durant les trois prochaines années.

     

    Par ailleurs, le Conseil d’Administration a approuvé le budget 2004 et les orientations budgétaires présentées par le secrétariat exécutif jusqu’en 2005.

     

     

    ARRI ET L’AFRIQUE

     

    Comme nous l’avons  annoncé  dans nos précédentes Lettres, l’Association Rayonnement français Réalités  internationales (ARRI) lance ce mois-ci, en collaboration avec la CADE un cycle de conférences sur l’Afrique noire.

    Jean-Paul Ngoupandé,  personnalité africaine, ancien premier ministre de la République Centrafricaine, interviendra le 26 mai 2004 à l’IPSEC, 16 place du général Catroux,  Paris 17è à 18 heures sur le thème : « L’Afrique entre atouts et défis à relever ».

    Suivront ensuite des rencontres par région :  l’Ouest en juin, le Centre en septembre, l’Est en octobre, l’Afrique australe en décembre.

     

     

     

    AFRICA 2005

     

    Lors  de sa conférence  de presse  de  présentation  aux  Etats – Unis, Africa 2005  n’a  pas été  interrogée sur le « pourquoi » de cette initiative, mais sur « comment » réaliser son programme. Son objectif  est de lutter contre  l’image négative de l’Afrique, qui, pour les Américains, n’est pas un continent, mais un pays. Cette  démarche dynamique a entraîné la sympathie de la CADE depuis son  lancement à Paris.

    La directrice de campagne, une Camerounaise, travaille avec quinze cadres africains et afro-américains, tous bénévoles  et une vingtaine de consultants en communication. Elle attend une sorte de parrainage de Corporate Council on Africa, qui regroupe 250 entreprises américaines, soit  80 % du business avec  le continent  noir, ouvrant ainsi la porte à des financements.

    Actuellement Africa 2005 est une communauté de 4000 membres dans le monde, disposant  d’antennes dans quinze pays dont onze en Afrique.

    On peut joindre l’organisation à www.africa2005.com