Bulletin mensuel d'information sur les activités de la Cade - Mars 2004 - n° 71


Débat du mois :

"Femmes et politique, femmes en politique en Afrique subsaharienne"

 
Sommaire:
  • Dix ans après
  • Femmes et politique, femmes en politique en Afrique subsaharienne
  • Le retour du multilatéral
  • L'Afrique noire en France
  • Jean Rouch et son attachement à l'Afrique
  • Etonnants voyageurs
  • Editorial : Dix ans après

     

    Il y a dix ans les  Rwandais hutus commençaient leur « travail » , le massacre de leurs compatriotes tutsi, ceux que la propagande du régime du président Habyarimana, appelait par la voix de la radio des Mille collines les « cancrelats ».  Entre six cent mille et un million de morts,  tel est le bilan effroyable de ces trois mois de folie rwandaise.  Au delà de ces chiffres qui à eux seuls justifient  l’emploi du mot  génocide, il faut  évoquer les  causes et le circonstances qui l’ont rendu possible: la programmation du massacre par le gouvernement du Rwanda, sa mise en oeuvre par tous les agents de l’État , civils et militaires avec la complicité et parfois la participation de membres du clergé,  la folie homicide qui a saisi les porteurs de machette contre leurs voisins et parfois contre des  membres de leur famille, tout cela donne au génocide du Rwanda un caractère particulièrement  horrible.

     

    Dix ans après, ce passé remonte et les questions se posent  auxquelles il faut apporter des réponses. Le génocide du Rwanda n’a pas été une guerre ethnique mais l’utilisation à des fins politiques des différences sociales entre Rwandais,  transformées en différences raciales par les autorités coloniales : les Belges se sont appuyés sur les Tutsis jusqu’à ce qu’ils décident de  s’appuyer sur les Hutus lorsqu’il leur fallut accepter l’indépendance.  Et pour garder le pouvoir et ne pas avoir à le partager, le président Habyarimana et ses fidèles ont utilisé la même arme : le racisme.  Le génocide rwandais n’est pas un produit de l’ethnisme africain : il le fruit d’une utilisation par des Africains de techniques de manipulation et de conditionnement des masses par un pouvoir dévoyé.

    Il s’agit d’autant moins d’un génocide » ethnique », typiquement africain, que la Belgique et la France y ont eu leur part de responsabilité.  L’opération Turquoise décidée tardivement pour arrêter le génocide ne peut pas faire oublier l’assistance apportée au régime dans sa guerre contre le FPR de Kagamé  et  l’opération Amaryllis destinée à  exfiltrer les  Français et  les proches du président  Habyarimana.

    Le grand reporter du Figaro de Patrick de  Saint-Exupéry  a  appelé L’inavouable, ce qu’il porte à la connaissance des Français dans un ouvrage qui vient de paraître[1] sous ce titre :  la responsabilité de notre pays dans la préparation  et le déroulement du génocide.  Les autorités de l’époque n’ont pas voulu voir venir ce qui se préparait, en dépit des appels de journalistes de responsables  d’ONG. Et puis il y a eu les manoeuvres de certains pour  relativiser le génocide rwandais   en qualifiant de deuxième génocide les massacres perpétrés dans les camps de réfugiés du Congo.


                La France est toujours en froid avec le Rwanda officiel, mais  notre pays sera quand même représenté aux cérémonies officielles de Kigali par un secrétaire d’État pour les affaires étrangères. C’est peu et c’est beaucoup.

     

    En  l’anniversaire du début de cette horrible tragédie, faisons notre examen de conscience et disons-nous qu’avril 1994 doit marquer la fin de notre  vision raciale, sinon raciste,  de l’Afrique,  la fin de notre indifférence à ce qui se passe dans cet immense continent  où les  hommes ne  s’entretuent pas sans raisons,  l’acceptation de notre responsabilité ancienne et encore actuelle dans les  convulsions que vivent les Africains.

     

    Michel Levallois   

     



    COMPTE-RENDU DE LA RENCONTRE DEBAT DU 17 MARS 2004 

    « Femmes et politique, femmes en politique en Afrique subsaharienne »

     

    La CADE a soumis la question de la signification, de l’effectivité et de l’avenir du pouvoir des femmes dans l’Afrique d’aujourd’hui à Etienne LE ROY, Directeur du Centre d’anthropologie africaine du Centre d’Etudes Africaines. Celui-ci a proposé à deux doctorantes en études africaines de l’Université de PARIS I de traiter ce sujet qui permet de montrer un visage méconnu ou inconnu de l’Afrique. Nous remercions Ladia AMEGADJIE, d’origine togolaise, et Stéphanie DUJARDIN d’avoir bien voulu accepter de présenter ce dossier complexe en s’appuyant sur les résultats de leurs recherches.

     

    Pour Ladia AMEGADJIE, traiter le sujet, encore peu étudié, revient à se demander de quel pouvoir, de quelle autorité les femmes africaines disposent en matière de gestion des affaires publiques. Une attention particulière pour les femmes africaines est justifiée par les particularités culturelles inhérentes aux sociétés africaines. La pénétration des femmes dans la sphère publique est la clef de voûte de l’amélioration de la condition féminine en général et permet de mesurer, selon les instances internationales, le poids réel de leur émancipation. En dépit des programmes de développement divers, les améliorations relatives à la condition féminine restent insuffisantes. C’est pourquoi, depuis peu, l’accent est mis sur les projets permettant d’inclure plus activement les femmes en les considérant cette fois-ci comme de véritables actrices du développement.

     

    Comment les femmes africaines se sont-elles affirmées dans l’espace public ?

     

    De multiples exemples tirés de la première moitié du vingtième siècle vont à l’encontre du préjugé selon lequel les femmes africaines sont des femmes soumises. Leurs réactions massives répétées qui ont pesé sur les politiques coloniales ont donné naissance à une véritable conscience politique. L. Amegadjie a étudié le combat des femmes dans plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne.

     

    Au Nigéria, trois mouvements marquants ont eu lieu :

     

    - La « guerre des femmes » Ibo des campagnes. Ces femmes occupaient antérieurement au pouvoir colonial une certaine place dans les prises de décision collectives. L’administration britannique exclut les femmes de ce processus. Elles se révoltent à partir de 1925, en utilisant les canaux traditionnels, lorsque le pouvoir colonial veut imposer une patente à des femmes commerçantes. Le pouvoir est contraint de retirer son projet.

    - Le combat des femmes commerçantes de Lagos. Dès 1908, les femmes de Lagos montrent une capacité d’organisation et de mobilisation très forte dans le cadre d’associations de femmes de marchés, opposés à l’imposition d’une taxe sur les marchés. Mme PELEWURA, à la tête de l’association des femmes de marchés de Lagos, qui compte 8000 adhérentes, voit son audience s’accroître en étant nommée au comité coutumier de la communauté urbaine Yoruba de Lagos, et en devenant porte parole de 87 représentantes des marchés des villes. Elle entre au comité exécutif du parti, le Nigerian Union of Young Democrats qui entend susciter une branche féminine. Ce mouvement culmine, à la fin de la seconde guerre mondiale, quand les femmes, avec les hommes, organisent 37 jours de grève contre la mise en place d’un contrôle des prix, lequel est aboli en 1945.

     

    A Lagos, il existe une césure très nette entre les femmes commerçantes et celles de l’élite intellectuelle dont le mouvement, d’une toute autre nature, revendique des droits dits modernes comme le droit de vote et qui a pour objectif de faire bénéficier à l’ensemble du peuple les droits des citoyens britanniques. Son chef de file, Mme ABAYOMI, sera la première femme nommée au Conseil de la ville.

     

    - Le mouvement des femmes commerçantes de l’ethnie Egba. Le club d’Abeokuta est créé en 1942 pour résister à des confiscations sans compensation du riz et à la suppression de certains droits que leur accordait le système coutumier. Ce club est transformé en 1946 en Abeokuta Women’s Union qui comprend 20 000 membres mais qui peut en mobiliser entre 80 et 100 000 par le biais de canaux traditionnels. A la fin des années 40, ce parti se transforme en Nigerian Women’s Union qui entend transcender les différences régionales et ethniques, en affirmant qu’il n’y aura pas de taxation sans représentation. Sa responsable, Mme Kuti, préconise une action politique « moderne » réclamant droit de vote et représentation des femmes dans les instances locales.

     

    Au Togo, dès les années 30, des mouvements de femmes se mettent en place de la même manière. Au Zaïre, il y a une différence fondamentale : les femmes d’Afrique centrale ne bénéficient pas de la même indépendance économique et elles ne peuvent pas se fonder sur des droits que la coutume ne leur a pas conférés dans la sphère publique. L’idéologie traditionnelle bloque toute possibilité d’intervention dans l’espace public et le catholicisme belge, fortement teinté de conservatisme en matière d’éducation des filles, conduit les femmes à une soumission quasi-totale. Il faudra attendre les années 70-80 pour voir naître une réaction minime des femmes à la taxation du manioc.

     

    En Afrique du Sud, la mobilisation des femmes se concentre sur la lutte pour la libération nationale. Dans les années vingt, les femmes réagissent à des décisions du pouvoir colonial et elles obtiennent gain de cause. Très vite, l’African National Congress (ANC) crée une branche féminine dite Bantu’s Women’s League, où les femmes sont des auxiliaires sans droit de vote. Après la seconde guerre mondiale, l’ANC accorde aux femmes d’être membres à part entière avec droit de vote et participation à toutes les instances dirigeantes. Dans les années 50 est créée la Fédération of South African Women active dans tous les domaines. Les manifestations pour la libération nationale mobilisent 50 000 femmes dans 38 manifestations en 30 lieux différents.

     

    Au Kenya, les femmes qui se voient privées de terres réagissent très vite. Ici, la particularité est que les femmes mettent davantage en place une résistance passive. Pour contrer cette résistance, le gouvernement adopte une stratégie de propagande dont l’instrument est en particulier le Community Development Department qui deviendra après l’indépendance le Women’s Bureau.

     

    La mise en place des bases du féminisme africain

     

    C’est dans les mouvements nationalistes, les associations syndicales et politiques que se forment les premières activistes féministes dont les revendications, dans le contexte de l’époque, ne pouvaient être séparées de la volonté d’indépendance. Par ailleurs, il est très rare que dans les mouvements de femmes les origines sociales aient été transcendées. Coexistent donc deux types de féministes : les intellectuelles ayant pour but de dénoncer la condition des femmes et celles d’origine populaire, dont la volonté est de modifier leurs conditions de vie quotidiennes.

     

    La difficulté, pour les femmes africaines, d’acquérir des droits politiques effectifs réside dans leur propre discours. Elles ne sont pas à la recherche d’une égalité « mathématique » mais veulent plutôt rétablir un équilibre en corrigeant les inégalités de départ. Parallèlement, elles revendiquent leur statut spécial et leurs domaines réservés. « Nous ne revendiquons pas l’égalité des droits avec les hommes. Tout ce que nous voulons, c’est plus de droits et un peu plus de temps libre » dit S. Diop.

     

    Adoption d’instruments juridiques

     

    La lutte des femmes débouche sur la reconnaissance de leurs droits politiques, des principes d’égalité des sexes. Aux indépendances se multiplient les textes constitutionnels affirmant ces principes. Par ailleurs des textes internationaux et de multiples conférences internationales aboutissant à une plate-forme d’action et posent les droits des femmes en général comme un problème de développement. Tous ces principes renvoient à des textes législatifs nationaux  mais force est de constater qu’il existe une insuffisante prise en charge, par le législateur, des droits de la femme.

     

    Une importante question se pose : comment les africaines pourraient-elles  prendre part de manière plus efficace à la gestion des affaires publiques si leur premier objectif est la survie?  Chaque fois que les femmes ont pu se faire entendre, c’est parce qu’elles étaient  indépendantes économiquement. La question des droits politiques des africaines ne peut être séparée des autres droits et libertés permettant une amélioration de leurs conditions de vie en général. Les Etats africains perçoivent une corrélation possible entre l’échec du développement et l’exclusion des femmes. Les femmes doivent avoir la possibilité d’être présentes là où les décisions d’impact général sont prises. C’est ainsi que les dernières conférences mondiales sur les femmes ont permis l’essor fulgurant des femmes africaines dans le paysage politique africain.

     

    Stéphanie DUJARDIN propose de rendre compte de la représentativité des femmes dans les instances politiques, exécutives et législatives, des Etats à l’aide de l’outil statistique. Une large place est faite aux parlements nationaux en utilisant les chiffres des rapports du PNUD sur le développement humain (1995 à 2005) qui couvrent la période 2000-2001 et de la banque de données de l’Union interparlementaire qui dispose de chiffres plus récents (2003-2004). Elle présente d’abord des statistiques globales en confrontant l’Afrique subsaharienne aux autres régions du monde avant de faire une analyse par région, pour tenir compte de la pluralité des situations.

     

    Représentation moyenne des femmes dans les parlements nationaux

     

    De 1997 à 2004, les proportions de femmes africaines dans les parlements nationaux sont passées de 10,1% (moyenne mondiale: 12%) à 15,1% (moyenne mondiale: 15,3%) se rapprochant ainsi de l’Europe et dépassant l’Asie et de très loin les Etats arabes. C’est la plus forte progression (+ 5 points), au cours de cette période, juste après les Amériques (+ 6,3 points). Ces chiffres surprenants s’expliquent d’abord par la conférence de Pékin, en 1995, qui a créé une véritable rupture dans les mouvements mondiaux sur la condition féminine. Le fait nouveau est que ce sont des délégations conséquentes de femmes, représentantes politiques et de la société civile, qui ont participé et qui s’étaient  réunies au préalable à Dakar en 1994 pour aboutir à un véritable consensus sur ce qui allait être présenté à Pékin. Ce n’est qu’à partir de 1995 que les rapports du PNUD sur le développement humain présentent des indicateurs de cette participation féminine au secteur politique formel qui est devenue une nouvelle conditionnalité de l’aide au développement.

     

    Les politiques d’ajustement structurel avaient été auparavant défavorables aux femmes, les crises économiques restreignant leur accession aux postes de la fonction publique et aux activités formelles. Mais la crise économique a eu un autre effet, plus positif. Les hommes ayant perdu leur emploi, les femmes se sont mises à travailler, non dans le secteur formel inaccessible, mais dans le secteur informel ce qui leur a permis de se regrouper et d’influer sur le secteur public. Par ce biais, elles peuvent arriver au pouvoir; c’est ce que Etienne Le Roy appelle « les modes populaires d’action politique ».

     

    La situation doit être examinée par grandes régions

     

    En Afrique australe, en 2004, la participation des femmes dans les parlements nationaux est de 17,4%, donc supérieure à la moyenne mondiale et progresse de 7,7 points depuis 1994. Ces chiffres élevés s’expliquent par la politique de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC) qui a signée une déclaration relative à l’égalité des sexes par laquelle elle s’engage à confier 30% des postes aux femmes avant l’an 2000. Cet objectif est atteint par le Mozambique en 2003 et l’Afrique du Sud, les Seychelles et la Namibie s’en rapprochent, en réalisant des scores supérieurs à celui de la moyenne des parlements nationaux européens (25,8%). Après la déclaration de la SADC, est affirmée l’égalité entre l’homme et la femme et la participation effective de la femme au sein de l’Union Africaine. Le dernier sommet de cette Union, en 2003, a élu 5 femmes sur 9 commissaires.

     

    En Afrique Centrale, la représentation moyenne des femmes dans les parlements est de 8,9% sans le Rwanda et de 13,8% si on inclut ce pays. Le Rwanda n’est pas représentatif de la région puisqu’il compte 48,8% de femmes en 2004, se situant ainsi en tête du classement mondial. Que s’est-il passé dans ce pays où s’est produite la plus grande catastrophe humanitaire du 20e siècle? La constitution de juin 2003 est très favorable aux femmes. Une autre explication est qu’après le génocide, de nombreuses femmes se sont retrouvées veuves, infectées par le virus du sida. Elles se sont rassemblées, obtenant des résultats remarquables avec l’appui de financements internationaux, et fait évoluer les lois à leur avantage. A côté d’une volonté populaire, il y a ici une véritable volonté politique.

     

    Au Tchad, au contraire, la représentation des femmes a fortement régressé, enregistrant un taux très bas (5,8%), en régression de 11 points depuis 1994. La raison peut en être trouvée dans la nature du mouvement féministe. C’est un  féminisme intellectuel qui se sert de la promotion de la femme comme tremplin pour accéder à des postes de responsabilité internationaux. Les femmes rurales se plaignent du manque de retombées bénéfiques des activités de ce mouvement.

     

    En Afrique occidentale, on enregistre un faible taux (10%) alors que les réseaux féminins sont très denses et que l’accès des femmes aux ressources économiques, par le biais du secteur informel, est intense. Une explication peut être tirée des conflits qui se sont multipliés dans cette région, la CDEAO se préoccupant davantage de leur résolution que de l’accès des femmes aux postes de décision. Par contre, la présence des femmes dans les gouvernements est relativement importante, le Cap Vert et le Mali étant en très bonne place dans la liste des pays qui ont le plus de femmes dans leur gouvernement (respectivement 3e place  avec 35% et 4e place avec 33,3%). Dans ces pays, il semble qu’une véritable volonté politique prenne le pas sur la volonté populaire.

     

    Bilan

     

    Un premier bilan tiré de l’évaluation des progrès faits depuis la conférence de Pékin par les Nations Unies en 2000, montre que les femmes continuent d’être sous représentées dans les parlements et les ministères. La cause principale en serait la division sexuelle des rôles hérités du passé qui empêche les femmes d’accéder à l’éducation et à la maîtrise de leur avenir. Malgré cela, les femmes africaines s’organisent et se font assister par des associations de femmes juristes. Lorsqu’elles ont des difficultés économiques, elles peuvent faire appel à d’autres formes de solidarité féminine comme les tontines. Lorsque, victimes de guerres, elles n’accèdent pas aux tables de négociation, elles font pression et arrivent parfois à se faire entendre. Si des progrès sont enregistrés à certains endroits, dans d’autres, les mouvements féminins sont trop divisés, sans idéologie commune, et visent souvent à servir des intérêts particuliers, ce qui peut constituer un frein à leur accès aux postes de prise de décision.

     

    En conclusion, les taux de participation des femmes dans les parlements et les gouvernements ne sont pas des indicateurs de leur participation politique. Exclues des voies traditionnelles qui conduisent au pouvoir, elles y accèdent par le biais d’autres structures (ONG, secteur informel). L’existence de quotas constitutionnels est cependant un bon moyen, au moins à court terme, pour faire progresser la représentation féminine. Les hommes au pouvoir et les partis politiques commencent à s’intéresser à ces femmes qui sont souvent bien intégrées localement, populaires, et qui ont une grande influence dans leurs villages, les marchés et les communautés religieuses.

     

    L’histoire des combats féminins en Afrique subsaharienne et leurs conséquences montre que ce sont les femmes elles-mêmes qui sont maîtresses de leur avenir politique. En témoigne leur dernière victoire au sommet de l’Union Africaine de 2003 à Maputo où les chefs d’Etat ont adopté un protocole sur les droits de la femme dans le cadre de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples qui résulte d’un travail de préparation de cinq années par les organisations de femmes africaines.

     

     

    DEBAT

     

    Dominique Gentil émet un doute sur la signification de la présence de femmes dans des parlements qui n’ont aucun pouvoir, en particulier sous des régimes à parti unique. Il faudrait, pour lui, trouver d’autres indicateurs, comme l’importance des femmes dans le processus de décentralisation. Il est répondu que sous les régimes de dictature les hommes n’avaient pas davantage la parole. Dans le bilan qui a été présenté, tout n’est pas positif, même si on note des améliorations notables. Les femmes sont de plus en plus nombreuses dans les réseaux locaux. Christian Valantin donne l’exemple du Sénégal où les femmes sont en train de prendre le pouvoir local en milieu rural grâce à leur action menée à la base.

     

    Stephane Hessel rappelle que les anthropologues récents parlent de l’émancipation de la femme comme l’élément le plus important susceptible de transformer la société mondiale au 21e siècle. Il souhaite donc savoir si là où les femmes sont plus nombreuses et plus puissantes, on constate une évolution vers une société plus harmonieuse. Il est répondu qu’il faut du temps pour juger des résultats. Même si les parlements ont peu de pouvoir, la présence de femmes est susceptible d’améliorer la situation et permet d’être résolument optimiste. Récemment, une ministre des finances du Congo a pu faire venir aux tables de négociation des représentants du gouvernement et des rebelles qui ont signé un protocole de paix. C’est une femme qui a fait de brillantes études mais qui est avant tout une femme de terroir très écoutée.

     

    En ce qui concerne les femmes ministres, un intervenant souligne que leur nomination dépend du chef d’Etat. Il est plus difficile pour les femmes d’être élues car elles manquent de moyens pour financer leurs campagnes électorales et ce sont les hommes qui votent. Au Niger, il y a cinq femmes au gouvernement mais il n’y a pas de code de la famille. L’exemple du Bénin est cité pour expliquer la moindre présence de femmes dans les instances de décision en Afrique occidentale bien que le commerce informel y soit très développé. La raison en serait que ces femmes ont moins besoin de l’Etat et qu’elles n’ont pas intérêt à développer l’influence étatique.

     

    Bernard Dumont, citant le dernier rapport de l’UNESCO sur l’éducation pour tous, met le doigt sur les dérives que peuvent entraîner l’apparition de femmes instruites, donc des villes, au pouvoir: y a deux ans, un Président élu démocratiquement a pris comme première mesure de baisser autoritairement le prix de l’électricité, du téléphone, de l’eau. Il en résulte une grande satisfaction des utilisateurs, donc des femmes des villes, mais aucun bénéfice pour les femmes rurales.

     

    Une question porte sur le matriarcat dont les exposés n’ont pas fait état. Pour Etienne Le Roy, le matriarcat n’a jamais existé car il faudrait que l’intégralité du pouvoir soit exercé par les femmes ce qui n’est jamais le cas. La matrilinéarité, par contre, existe. Ce n’est pas seulement un problème de terminologie. C’est une tentative pour comprendre comment les fonctions politiques sont identifiées, comment elles sont transmises, quelle est la signification de l’orientation et de la concrétisation des choix, ce qu’on appelle la politique.

     

    Si on a beaucoup parlé du secteur informel, poursuit E. Le Roy, c’est bien parce que l’essentiel des problèmes de sociétés se détermine à ce niveau là, dans ce contexte là. Les femmes sont plus que des chefs d’entreprises, ce sont des leaders de réseaux. Elles organisent la gestion de conflits et interviennent dans l’émergence de la nouvelle modernité africaine dont elles sont les inventeurs. Les rapports des femmes aux grandes structures politico-étatiques sont relativement secondaires par rapport à ce qui se fait à la base au niveau des collectivités locales.

     

    Philippe Mathieu

     



     

     

    LA PAGE ECONOMIQUE :LE RETOUR DU MULTILATERAL

     

    Après l’échec de la cinquième conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancun en septembre dernier, l’institution et les pays membres ont travaillé à la poursuite des activités de cet indispensable régulateur des relations commerciales  internationales. La 6ème conférence devrait se tenir à Hong Kong en 2004 ou 2005. Ils ont abordé le dossier le plus chaud, celui des subventions agricoles.

    Dès octobre les contacts avaient  repris avec les divers groupes nés à Cancun, chacun sur un objectif commun, mais dont les membres avaient des motivations et des intérêts divergents: G 2 (Etats Unis et Union européenne) adversaire de tous les autres – G 10 les «amis de la flexibilité» (cinq pays européens, quatre asiatiques, Maurice) – G 20 le plus accrocheur au Mexique (tous du Sud et en tête: Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud) – G 33 «amis des produits  spéciaux »  (Indonésie, Corée, Philippines, Maurice, certains  pays africains et du G 20) – G 90 dont l’opiniâtreté a provoqué la rupture à Cancun « Alliance tripartite » qui traite l’ensemble du programme de Doha sur le développement  (Union  Africaine, ACP, PMA).

    En février 2004 les responsables des  huit groupes thématiques  de l’OMC ont été désignés et du 22 au 26 mars les 146 pays membres se sont retrouvés en Comité de l’agriculture à Genève.

    D’emblée le G 20 a exigé la fixation  d’une date limite  pour  la suppression des subventions agricoles. Le G 2 a refusé, mais a mis de côté les quatre thèmes qui intéressent le commerce  du Nord: investissements, concurrence, facilitation des échanges, transparence des marchés publics. L’Union européenne a en outre accepté d’aller au delà des 55 % de réduction des subventions proposés à Cancun. Quant aux Etats Unis, ils reviendraient au multilatéral, ayant  constaté la limite des accords bilatéraux. Ils ne seraient en effet profitables qu’en outrepassant les règles de l’OMC… qui font toujours autorité.

     

    BEAUCOUP DE SUBVENTIONS

    L’ « initiative coton »  concerne surtout quatre pays africains : Burkina, Mali, Tchad, Togo. Comment apprécier le préjudice en disposant d’informations  non concordantes? 1 % du PIB et 12 % des recettes d’exportations selon le ministre des affaires étrangères du Burkina. Au Forum altermondialiste sur la fibre africaine tenu du 28 février au 4 mars à Bamako, on a avancé des  pourcentages plus forts et on a chiffré les subventions américaines à 4 milliards de dollars, alors que les professionnels du coton les évaluent à 3 milliards. Pour l’Association Cotonnière africaine, ces subventions ont entraîné, en 2001/2002, un manque à gagner de 250 millions de dollars. La CNUCED, de son côté, estime cette perte à 300 millions (tous pays occidentaux confondus). Elle suggère une compensation équivalente au bénéfice des pays victimes. Suggestion  hasardeuse.

    Au Séminaire OMC  tenu à Cotonou du 23 au 25 mars, la combativité des  Africains a semblé fléchir. D’une part  ils espèrent se défendre en portant la transformation sur place à 25 % d’ici 2010, d’autre part les cours du coton ont monté et dépassent ceux de 1998 par suite d’une demande non satisfaite. Les prix de revient  africains pénalisés par la baisse du dollar  restent  toutefois supérieurs. La sous production actuelle est conjoncturelle: moins 15 % aux Etats Unis et moins 8 % en Chine à cause d’intempéries. La hausse ne durera peut-être pas.

    L’Union  Européenne a fait des propositions  de conciliation : elle aiderait à la promotion de la production par une assistance technique et  financière mais n’interviendrait pas sur les prix de vente. Avec des hauts et des bas, les discussions  se poursuivent donc.

    Pour le sucre, la situation  est plus contraignante, car l’Europe est déjà attaquée devant l’OMC, notamment par le Brésil. Les prix garantis aux betteraviers européens, dont les superficies augmenteront de 30 % avec l’élargissement de l’Union, vont diminuer. Or ces prix profitent aux PMA dont les quotas d’importations  vont croissants.

    Le riz aussi, est subventionné pour protéger la production et la transformation locales. Situation assez bien supportée, car similaire dans presque  tous les pays asiatiques, à la fois producteurs et consommateurs. La libéralisation totale du marché  entraînerait une hausse des prix préjudiciable aux Africains, qui sont , eux, plus consommateurs  que  producteurs.

     

    L’imbroglio des subventions, présenté comme technique, est en fait profondément humain. Elles jouent sur la vie de millions de paysans au Sud comme au Nord. C’est pourquoi la question est complexe et passionnée. Pour compliquer encore, il faut tenir compte de deux  éléments: la présence croissante des fonds de pension américains qui cherchent des profits sur le marché très spéculatif des matières premières et l’engagement de capitaux du Nord dans les grandes  exploitations du Sud, notamment au Brésil.

     

    Robert  GINESY

     

    NDLR L’essentiel des informations utilisées dans cette page provient de l’hebdomadaire « Marchés Tropicaux ».



    BAROMETRE DE LA CADE :L’AFRIQUE NOIRE EN FRANCE

     

     

    Tel est le thème qui a fait l’objet de la deuxième rencontre-débat de la CADE : lettre N°2 de mai 1996. Il semble que ce sujet revient à l’ordre jour, car plusieurs articles de la presse parisienne et des magazines consacrés à l’Afrique et aux Africains ont évoqué la « discrimination positive » (Préfet Aïssa Dermouche) en constatant que les Noirs étaient « oubliés » dans les promotions de l’Etat comme dans l’accès aux positions éligibles dans les élections.

    Un essai, en passe d’être un best-seller, « Je suis noir et je n’aime pas le manioc » de Gaston Kelman, cadre français d’origine camerounaise, bourguignon d’adoption, résume assez bien ces questions avec « une joviale colère et un rire érudit » (Nouvel Observateur du 25/03/04).

     

    LA CORREZE, PAS LE ZAMBEZE

     

    (Jeune Afrique/l’Intelligent du 21/03/04 – Bios Diallo)

     

                « Gaston Kelman, 50 ans, originaire du Cameroun, vit en France depuis 1983. Après être passé par l’Institut d’urbanisme de Paris, il a été directeur de l’Observatoire urbain d’Evry. En homme de terrain, Gaston Kelman analyse les méandres de la France sociale. Dans ce « pays des lumières », les chances sont loin d’être égales, selon que l’on est noir ou blanc. Gaston Kelman, Noir bourguignon, comme il se définit, n’est pas tendre non plus avec son continent d’origine, « l’Afrique laxiste »… Ce pamphlet, qui égratigne tout le monde, ne laisse personne indifférent».

    « Interview : J.A : Gaston Kelman, êtes-vous français ou franco-camerounais ? G.K : les deux, mais d’abord français. Si je suis né camerounais, je suis devenu français. Et c’est cette identité qui m’engage aujourd’hui. La France est mon espace de vie, et celui de mes enfants… Les noirs français restent des subalternes aux yeux des autochtones. Certains se demandent comment on peut être noir et français, cadre et non éboueur. Moi je suis noir, bourguignon et cadre. Comme beaucoup d’autres. Je veux dire à la France qu’elle n’est pas seulement composée d’Auvergnats, de Normands, de Corses ou de Vendéens, mais aussi de Noirs, de Polonais, de Portugais, de Tamouls ou d’Arabes… Je voudrais être un Français et non un faciès. Je refuse que ma fille et mon fils, nés en France, soient enfermés dans les schémas qui les associeraient viscéralement au Zambèze et non à la Corrèze » (Bios Diallo).

     

     

    JE SUIS NOIR ET JE N’AIME PAS LE MANIOC

     

    (Ouvrage de Gaston Kelman, édité chez Max Milo)

     

    Extrait : « Aujourd’hui, la société française n’arrive pas à assumer sa multiracialité. De nombreuses personnes ont toutes les peines à comprendre que l’on puisse être noir et français. Les originaires des Caraïbes françaises ne sont-ils pas antillais quand ils sont noirs et européens quand ils sont blancs ? Le Noir lui-même se conçoit-il comme français ou Européen ? Dans un autre contexte historique, ne trouve-t-on pas des réactions similaires ? L’Américain de lointaine origine africaine n’est-il pas le seul, dans le pays du melting-pot, dont l’identité et la personnalité jugées inférieures sont systématiquement liées à sa couleur ?

    La question que l’on est en droit de se poser est la suivante : Comment peut-on vivre en France quand on est Noir, mais Français et non Africain, cadre et non éboueur ? Il se trouve que de plus en plus de personnes refusent de laisser la couleur de la peau déterminer leur passé et leur futur » (pages 12 et 13).

     

    LES NOIRS, OUBLIES DES ELECTIONS

     

                « Les Noirs sont les oubliés de ces élections, constate Paul Tedga, éditorialiste à Afrique Education. A droite comme à gauche : il y avait, au premier tour, 30 candidats issus de l’immigration en position éligible sur la liste P.S, selon François Hollande ; mais, à Paris, le premier Africain était en… 32ème position. Beaucoup de cadres africains et antillais expliquent cette discrétion « involontaire » par la persistance des clichés négatifs hérités de la colonisation. Et par le racisme…

    Le mouvement des sans-papiers, principale action médiatique menée par les Africains dans l’Hexagone, a entretenu l’image du « balayeur malien » et occulté la tradition d’une immigration d’intellectuels africains : 8% de ces immigrés sont pourtant des cadres….

    La parité peut cependant être une occasion de « colorer » les listes : sur les 9 candidats originaires d’outre-mer présentés par les partis de la majorité en Ile de France, 8 sont des candidates, dont la seconde sur la liste de droite dans le Val d’Oise… L’Association Africagora, qui regroupe cadres et entrepreneurs d’Afrique et des DOM, envisage même de monter une liste spécifique « minorités » pour les élections européennes… « Le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache, car si tu attends qu’on te serve, on te l’enlèvera trop facilement » conclut Gaspard-Hubert Lonsi Koko, candidat, en position inéligible, sur la liste Huchon. Mais sur quelles bases ? » « C’est bien tout le problème, conclut Nadia Amiri (chercheuse doctorante, qui a achevé sa thèse), une communauté de destin basée sur la colonisation ne fait pas forcément une communauté de projet ».

    (Journal du Dimanche. Paris Ile de France - 28 mars 2004 – Solenn Honorine)

     

    DES NOIRS REAGISSENT A LA NOMINATION DU PREFET AISSA DERMOUCHE

     

    (Libération du 20 janvier 2004)

               

                « Ils ont peur d’être les oubliés de la discrimination positive. Après la nomination en Conseil des Ministres d’Aïssa Dermouche au poste de Préfet du Jura, certains citoyens (français- NDLR) originaires d’Afrique noire ou des DOM-TOM s’inquiètent d’être laissés pour compte. Et s’en émeuvent publiquement » à travers diverses associations (Africagora – Amicale des Français d’origine africaine - Radio Mangembo etc…) » (Charlotte Rotman).

     

    LES NOIRS VICTIMES DE LA « DISCRIMINATION NEGATIVE » DU GOUVERNEMENT

     

    (Afrique Education du 1er mars 2004)

               

                « Il y a un gros problème d’absence de représentativité des Noirs en France, à une échelle insoupçonnée… J’attire à nouveau l’attention du Président de la République, une deuxième fois en l’espace de quinze jours, sur cette question… Rien n’est fait pour les Noirs. Le mot Noir n’est même pas répertorié sur les 4 pages du dossier Internet de l’Elysée sur la lutte contre l’antisémitisme, le racisme, la xénophobie…

    Faut-il dès lors qu’on se constitue en puissant lobby pour intéresser les hautes autorités de la République ? Si telle était la condition, autant changer la devise de la République Française « Liberté, Egalité, Fraternité », parce qu’il n’y a plus d’égalité. Les Noirs ne sont constitués ni en lobbys, ni structurés comme les communautés juives et arabes. Mais leur inorganisation actuelle ne doit pas être le prétexte pour les ignorer. Le Président Chirac qui est ami des chefs d’Etat arabes, des responsables politiques juifs, semble oublier les (anciens) ressortissants de ses frères chefs d’Etat africains, comme il aime le dire lui-même. » (Paul Tedga)

     

     

    Bernard Monnier

     

     


     


    JEAN ROUCH ET SON ATTACHEMENT A L’AFRIQUE

     

    Il est mort au Nord du Niger entre Tahoua et Agades dans un accident de voiture. C’est au Niger qu’il  a été enterré. On peut dire que c’est probablement ainsi qu’il aurait voulu finir, dans cette Afrique qu’il aimait tant et particulièrement le Niger où il avait commencé à faire du  cinéma, à forger son style et à former de jeunes cinéastes. En France, il fréquenta très tôt le Cercle du Cinéma, créé par Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque mais devint aussi ingénieur à l’Ecole des Ponts et Chaussées. Il rencontra au Musée de l’Homme, Paris étant encore occupé, Marcel Griaule, le grand connaisseur des Dogons du Mali qui lui transmettra sa passion pour l’Afrique. Dans sa prochaine  mission au Niger, il s’attache aux liens qui unissent ethnologie et cinéma, décidant que ce qui s’écrit se comprend mieux en le filmant, faisant naître ainsi le cinéma ethnologique. lI s’arme d’une petite camera 16mm qu’il porte à l’épaule ou tient à bout de bras, travaillant avec légèreté, vitesse, authenticité. On peut dire qu’il fait naître la Nouvelle Vague avant que celle-ci n’apparaisse dix ans après. Il fonde en 1953 avec Leroi-Gourhan, au sein du Musée de l’Homme, le Comité du film ethnographique et revendique une place en Afrique car il tient à présenter ses films  à ceux qu’il y fait figurer. Souvent très critiqué pour sa manière de tourner, il est toujours entre deux continents, il reste directeur de recherches au CNRS et patron de l’Institut Français d’Afrique Noire à Niamey. Il forme de jeunes cinéastes nigériens toujours connus : Moustapha  Alassane, Oumarou Ganda, Inoussa  Ousseyni et d’autres . Il aura réalisé environ 120 films au total. Il ne faut pas oublier qu’il jouit d’une gigantesque réputation. Donnons quelques uns de ses titres  les plus connu: Moi, un noir, la Pyramide humaine, Chronique d’un été, la Chasse au lion à l’arc , Jaguar, Petit à petit, Cocorico monsieur poulet. Il prend part à des séminaire  en France, aux Etats-Unis, en Afrique. Il a dirigé la Cinémathèque française de 1987 à 1993. Dernièrement, sa grande action a été de militer contre la dispersion des collections du Musée de l’Homme. Citons-le pour terminer : « Je pense que …si l’anthropologie est la fille aînée du colonialisme, elle est aussi, sans doute l’une des rares disciplines des sciences humaines de l’avenir, qui permette à des gens de comprendre leurs différences. Si les problèmes économiques sont extrêmement importants, les problèmes culturels le sont encore plus ».

     

     

    Denyse de Saivre


    ETONNANTS VOYAGEURS

    FESTIVAL INTERNATIONAL DU LIVRE AU MALI

    Bamako 23 Février-1er Mars 2004

     

    « Etonnants Voyageurs » s’est imposé depuis 2001 comme le premier festival africain, rendez-vous déjà incontournable des écrivains de l’Afrique francophone. Le Mali devient pendant une semaine le lieu privilégié de rencontres pluridisciplinaires en hommage à la littérature. Un catalogue attrayant comporte des éditoriaux de Moussa Konate et Michel Le Bris co-directeurs du Festival, du Ministre Français de Affaires Etrangères, du Ministre Français de la Culture et de la Communication, du Ministre de la Culture de la République du Mali,du Président du Conseil Général d’Ile et Vilaine qui célèbre le vingtième anniversaire de la coopération entre l’Ile et Vilaine et la région de Mopti au Mali. Sont également cités les autres partenaires : le service de coopération française au Mali, l’AFLAM et le ministère de la culture du Mali. Suit un guide biographique de tous les auteurs présents. En outre, dans les premiers jours du festival, des écrivains se sont rendus dans les principales villes du pays pour un programme d’animation et de rencontres dans les écoles, les centres culturels et les bibliothèques. Neuf villes furent ainsi visitées cette année : Kayes, Kita, Koulikoro, Segou, Sikasso, Mopti, Tombouctou, Gao, et Kidal. En outre la porte a été ouverte à deux langues partenaires du français, le Peul et le Bambara.

     

    Denyse de Saivre

     


    À Lire

    L’impossible retour, à propos de l’afrocentrisme , Clarence E.Walker, traduit de l’anglais américain, Karthala, Paris 2004

     

    L’afrocentrisme est ce courant de pensée devenu le « politiquement correct » dans les Eglises, les écoles  et les Universités de la  communauté noire des USA, qui prétend sauver et reconstruire l’humanité noire en opposant à l’histoire officielle de l’Afrique et des Africains fabriquée par les Blancs esclavagistes un patrimoine et une idéologie purement africaine. A partir d’une exploration systématique de tous les grands écrits de ce courant dont il nous donne un très utile recensement, l’auteur en  analyse les présupposés idéologiques, en particulier l’aspect raciste et « essentialiste », les contre-vérités concernant la reconstruction d’une Afrique mythique et idéalisée et les dangers politiques pour les Noirs américains d’aujourd’hui. L’afrocentrisme pose en effet comme postulat que  le retard  des Noirs dans la société américaine est  dû à la perception dévalorisée  qu’ils ont d’eux-mêmes et non aux structures sociales et aux mécanismes économiques et politiques. Cette auto-promotion des Noirs par eux-mêmes, cette « théologie déguisée » a pour effet de les  détourner de la lutte politique et des combats à venir contre l’exclusion dont ils souffrent, de les enfermer dans une communauté fictive et idéalisée.

     Nous connaissions en France les thèses de Cheik Anta Diop qui font maintenant partie du bagage idéologique de l’afrocentrisme mais ce mouvement n’a pas eu , à notre connaissance dans l’espace francophone, le même impact qu’aux États-Unis. Est-ce à l’idéologie républicaine que le mouvement de la négritude de Césaire et Senghor  doit d’être resté un mouvement culturel  actif et mobilisateur  et de n’avoir pas  sombré dans un essentialisme politiquement dévoyé.  

    Deux remarques pour terminer.

     L’auteur est historien, aussi n’a-t-il qu’évoqué ce que pourrait être un dialogue fructueux entre les Noirs américains et leurs lointains parents d’Afrique. Car même si l’afrocentrisme est une construction artificielle et dangereuse comme une drogue,  l’Esclavage, comme l’Holocauste, est une tragédie qui ne peut se laisser enfermer dans les livres d’histoire et qu’il faut faire « passer ». Comment y parvenir, la question reste posée.

    Et si la thèse qui sous-tend l’ouvrage de Stephen Smith dans Négrologie, à savoir la  pulsion d’autodestruction qui serait un des traits du caractère africain,  rejoignait  le présupposé sur  lequel prospère  l’afrocentrisme :  les Noirs sont malheureux, et ils le sont  parce qu’ils sont noirs.  Auquel cas, il faudrait les renvoyer dos à dos !

     

    Michel Levallois

     


     

     

    Henri Lopes, « Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres les gaulois » Ed. Gallimard, coll. Continents Noirs, 2003.

     

     

    Seulement sous-titré Simples discours, le dernier essai d’Henri Lopes est un livre bilan. Il explore les questions d’identités, des langues nationales, du dialogue intergénérationnel, de la francophonie, du métissage, du statut du voyage dans la formation individuelle, de l’art d’écrire.

     

    Comme son ami Stanislas Adotevi, Henri Lopes a été pourfendeur de la négritude au festival d’Alger (1969). Trente cinq ans après, il revient sur ce passé, en situant sa démarche dans son contexte historique, en rappelant son enjeu. Cet essai sur l’essai d’Adotevi  « Négritude et négrologues » complète l’article dédié au voyage : les deux textes justifient l’itinéraire de l’auteur. De même, l’essai intitulé « Débat avec les messages » consacré aux langues nationales forme un diptyque avec « Brouillon de lettre d’un Bantou prétentieux à des Européens de même langue » dans la mesure où ils sont des médiations sur le particulier et l’universel. Cela dit, s’il m’est donné de choisir deux extraits de ce livre, je retiendrai le premier et le dernier réservés aux questions d’identités, à l’art d’écrire, aux généalogies improbables des écrivains, et surtout au « Je est un autre » d’Arthur Rimbaud.

     

    Comment vivre ensemble, tout en étant différents ? Telle est la leçon de cet opuscule. « Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres gaulois » : un exercice de tolérance.

     

    Boniface Mongo-Mboussa

     

     


    Vient de paraître : La chorale des mouches, roman de Mukula kadima-Nzuji (Présence Africaine, 2003)

     

    A travers des figures et des destins croisés, c’est la tragédie d’un pays, le Kulah, que le narrateur nous raconte avec verve et un excellent style, un drame fait de sang et de désillusion, de rancœurs  et de déceptions. Avec ce roman, Mukala Kadima-Nzuji, dont on connaît par ailleurs, les talents de poète, de critique et d’historien de la littérature africaine, porte un témoignage vibrant d’émotion sur l’état de  certains pays d’Afrique. « Mon souhait est que pour paraphraser  Louis Aragon, « le menti dans le roman » permette de montrer le réel de l’Afrique dans sa nudité. »

     

    D.de S.

     


    Le site de la CADE

     

    Début avril, une hirondelle ne fait pas le printemps…

    Notre site www.afrique-demain.org est ouvert depuis la fin de l'hiver. Dans les grandes lignes il copie jusqu'à présent ce qui figure encore sur le site des pages persos de Wanadoo (>http://perso.wanadoo.fr/cade) mais il a été mis à jour en ce qui concerne l'administration de la Cade  et le programme d'activités. Il comprend surtout et de surcroît le squelette d'un arbre thématique destiné à ceux qui voudront rechercher un article particulier dans ce que la CADE a publié dans ses 9 ans d'existence. Le printemps arrive, avec lui les bourgeons éclatent et notre arbre va suivre sous peu le mouvement ; la rédaction des pages qui formeront les branches et les feuilles de cet arbre est bientôt terminée. Il restera à les transcrire, ce qui, sauf gelée tardive (technologique) devrait nous permettre de vous le présenter en tenue de travail avant l'été. A bientôt sur ce nouveau site !

     

    Un webmestre en herbe, JBS

     



     



    [1] L’Inavouable-La France au Rwanda, Les Arènes