Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE - Février 2004 - n° 70


Débat du mois:

Les autorités traditionnelles et l'Etat en Afrique

 

Sommaire:

  • Embellie en Afrique?
  • Les autorités traditionnelles et l'Etat en Afrique
  • sécurité = prospérité
  • l'évaluation par les pairs
  • le retour de l'Afrique
  • EDITORIAL : Embellie en Afrique ?                        

     

    Les voyages effectués presque simultanément au début du mois de février à Paris par le Président  Gbagbo et le Président Kabila démontrent, du fait même qu’ils aient pu être réalisés, qu’un calme relatif est revenu dans les deux  grands pays qui étaient encore récemment  au coeur des drames de l’Afrique. Certes, tout est loin d’être réglé. En Côte d’Ivoire, les forces françaises devront poursuivre un certain temps encore leur mission d’interposition en attendant une relève partielle par celles des Nations Unies. En République Démocratique du Congo, l’Europe et les Nations Unies devront continuer à protéger les populations civiles des milices ethniques et des  bandes armées qui sévissent  dans plusieurs régions. Dans les deux pays les frustrations et le ressentiment  des politiciens risquent à tout moment de rallumer les passions et d’inciter à ressortir les armes  dont les  stocks restent considérables.

     

    Pourtant, si l’on ajoute aux progrès réalisés en Côte d’Ivoire et en RDC, ceux obtenus au Libéria et en  Sierra Léone, en Guinée-Bissau, en Centrafrique,  au Soudan avec les accords en projet de Naivacha et peut-être demain avec une reprise des pourparlers sur le Darfour, on s’aperçoit que la cause de la paix a sans doute davantage progressé au cours des derniers mois en Afrique que dans d’autres parties du monde. Demeurent bien sûr, un peu partout, des situations internes dangereuses ou compliquées, au Burundi, en Angola ou en Somalie et   des conflits frontaliers  que des années de guerre n’ont pas  totalement apaisés comme c’est le cas entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Quoi qu’il en soit, l’Afrique, qui bénéficie d’une sollicitude toute particulière des Nations Unies semble redevenir plus calme.

     

    Si, du fait de la nature et de la genèse des conflits, les accords de Sun City et de Marcoussis  ne pouvaient être que différents, des analogies apparaissent dans les préoccupations qui ont guidé les deux processus : rétablir la paix et préserver l’unité de chaque pays. Au-delà des dispositifs  juridiques complexes mais nécessaires mis en place, l’accord n’a pu se faire qu’autour d’un certain partage du pouvoir, différent des formules que nous connaissons en Europe et qui correspond à une manière africaine de voir les choses. Le second point commun a été de proposer aux parties, avec un minimum de facilités, un médiateur neutre, inspirant respect et considération, doté d’une patience infinie, de la  volonté d’aboutir et de beaucoup d’imagination. La troisième condition a été la bienveillante abstention ou l’appui d’un certain nombre d’Etats extérieurs. On a pu observer que les Etats-Unis, le Royaume Uni, la France, l’Afrique du sud, le Kenya et bien sûr les Nations Unies ont joué, un rôle positif et parfois déterminant. De nouveaux partenaires sont également apparus comme la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Autorité Internationale Africaine de Développement (IGAD)  dans le cas du Soudan ou le Secrétaire général de  l’Agence Internationale de la Francophonie (AIF).

     

    Reste maintenant à consolider les acquis. Les premiers résultats renvoient les anciens protagonistes à de nouvelles responsabilités. L’un des problèmes les plus difficiles à résoudre consistera, tout en continuant à calmer le jeu, à restaurer la sécurité et un minimum d’Etat de droit dans des zones ou sur des  activités qui ont échappé longtemps à tout contrôle. Le moment est sans doute venu pour les responsables de ces pays, plutôt que de faire appel à des recettes importées, d’adopter des solutions originales comme ont tenté de le faire le Bénin en matière constitutionnelle, le Kenya dans la lutte contre la corruption ou le Mozambique pour le ramassage des armes.

     

    Quant aux grands sponsors, qui n’ont guère en réalité en Afrique que des rivalités ponctuelles sur le pétrole ou quelques autres ressources, il est souhaitable qu’ils se montrent, dans cette période de convalescence, tout aussi patients qu’ils l’ont été dans les négociations. Les médias internationaux, dont l’influence est très forte, doivent contribuer eux aussi à l’apaisement. Enfin, que ce soit à titre bilatéral ou multilatéral, les pays extérieurs ont tout intérêt à appuyer, par leurs investissements tant publics que privés, des Etats dont la population, très jeune, ne demande qu’à entrer dans une économie productive. En se rendant en Afrique, le Président Hu Jintao a montré, pour sa part, que la Chine ne dédaignait pas les nouvelles perspectives du continent./.

     

    Raymond CESAIRE

     


     


    COMPTE RENDU DE LA RENCONTRE DEBAT DU 11 FEVRIER 2004

     

    LES AUTORITES TRADITIONNELLES ET L’ETAT EN AFRIQUE CONTEMPORAINE

     

     

    Dans les années 1960, on pensait que les royautés et les chefferies africaines étaient vouées à la disparition à plus ou moins courte échéance. Aujourd’hui, et depuis les années1990, de grands changements sont survenus. Non seulement les autorités traditionnelles ont survécu mais d’anciennes monarchies ont été restaurées par des chefs d’Etat républicains. Cette nouvelle situation engendre de nouvelles relations avec l’Etat et suscite de nombreuses questions sur le statut, le pouvoir, le rôle de ces monarques dans l’Afrique d’aujourd’hui. Pour répondre à ces questions, la Cade a fait appel à Claude-Hélène Perrot, Professeur émérite de l’université Paris I, qui a dirigé avec François-Xavier Fauvelle un ouvrage collectif intitulé « Le retour des rois, les autorités traditionnelles et l’Etat en Afrique contemporaine » (Karthala, 2003), et à Henri Médard, chercheur associé au MALD (Université Paris I)qui parlera de son travail sur la monarchie du Buganda (Ouganda).

     

    Quelques faits d’actualité

     

    Claude-Hélène PERROT présente tout d’abord quelques faits d’actualité. Il existe une association des rois et chefs coutumiers en Côte d’Ivoire créée à l’initiative du roi des Ndényé, Boa Koassi III, dont l’actuel Président est Diou Sadia, ancien ministre du tourisme. A côté de personnages qui descendent des anciennes dynasties Akan, on y rencontre de simples chefs de villages qui ne représentent que des petites chefferies dont certaines ont été installées par l’administration coloniale, et un ancien ministre ce qui met à bas les idées reçues sur le cloisonnement entre monde de la tradition et celui de la modernité.

     

    Début 2003, l’association a été reçue par le Président Gbagbo et le roi Boa Koassi III s’est proposé comme médiateur dans le règlement du conflit ivoirien. Ce dernier a été sollicité par les rebelles pour demander pardon en leur nom au roi des Baoulé pour les exactions commises en pays Baoulé. Parmi les initiatives prises par l’association, il y a eu l’envoi d’une délégation dans les pays africains et en France pour prendre contact avec Alassane Ouattara.

     

    A travers ces faits, on peut se rendre compte des changements survenus depuis les années 1960. Au lendemain des indépendances, on notait un enthousiasme pour la modernité et aux chefferies considérées comme des auxiliaires du colonialisme, on opposait la modernité incarnée par l’Etat. Le regard des chercheurs s’oriente à présent sur ce phénomène inattendu qu’est la reviviscence, sous des formes nouvelles, des royautés et des chefferies. Au-delà de la cohabitation entre deux pouvoirs, c’est la question de leur mise en contact et de leur « processus d’incorporation réciproque » (J.F. Bayart) qui est aujourd’hui à l’ordre du jour.

     

    Les situations sont contrastées. Dans certains cas, les monarchies ont été balayées (Madagascar, Rwanda). De vastes régions, en Afrique, n’ont connu ni chefs, ni rois. Dans d’autres pays, les « féodaux » sont combattus ou maintenus en sursis (Bénin, Côte d’Ivoire). Il existe des noyaux durs complètement réfractaires à la modernité, comme le lamidat de Ray Bouba au Nord Cameroun. Lorsque les pouvoirs traditionnels ont survécu, il y a de grandes différences dans leurs situations.

     

    Quels traits généraux retenir ?

     

    - Certaines cérémonies attirent les foules (Bamiléké, Asante).

    - Un changement radical est intervenu dans les mentalités. En 1960, les élites se détournaient des aristocraties illettrées. Aujourd’hui, quand une succession s’ouvre, les postulants ne manquent pas et les candidats viennent souvent de la sphère étatique où ils gardent leurs entrées.

    - Autre signe inédit : les rois les plus importants se sont associés, au-delà des frontières de l’Etat, pour réfléchir au rôle qu’ils peuvent jouer dans le monde actuel. A Niamey, en 1996, onze rois se sont réunis afin de proposer leur médiation dans différents pays déchirés par les guerres civiles.

    - Les relations avec l’Etat moderne sont marquées par un jeu subtil d’initiatives réciproques. L’Etat moderne s’adresse aux chefs pour faire passer leurs directives. Vis-à-vis de ces chefs locaux, l’Etat est en quête de légitimité. Quant à la chefferie, elle s’emploie, lorsqu’elle en a la capacité, à occuper l’espace indéfini qui la sépare de la sphère étatique, estimant qu’elle a un rôle éminent à jouer dans la « délicate phase de transition vers la modernité ».

    - De nouveaux acteurs ont un pied dans les deux mondes. Ce sont par exemple des fonctionnaires qui animent des associations de ressortissants résidant en ville. A côté des stratégies collectives, il existe des stratégies individuelles pour atteindre un vivier électoral. Ce phénomène se développe avec l’avènement du multipartisme.

     

    Quel rôle les rois et chefs entendent-ils jouer ?

     

    Garants des liens avec le passé, quel pourrait être leur rôle dans un futur proche? Tout d’abord, les rois se voient en position d’arbitre, « au-dessus de la mêlée ». Ils affichent leur neutralité envers les partis politiques. Cependant, la faiblesse de leurs ressources ou leurs propres visées politiques les rendent plus ou moins dépendants du parti et du pouvoir. Les rois et chefs modèrent les effets dévastateurs d’une brutale entrée dans la modernité. Une sorte de tri est effectué dans les cours royales parmi les innovations venues en masse de l’extérieur. S’est ainsi dessinée une sorte de modèle dont la population peut s’inspirer. Là où ce modèle n’existe pas, les effets de l’entrée dans la modernité ont été parfois dévastateurs lorsque les prophètes ont imposé par la violence le rejet d’une part considérable de l’héritage religieux et culturel.

     

    D’autres horizons s’ouvrent. Le retour de la chefferie s’accompagne d’une demande de reconnaissance incluant leur intervention dans les organismes d’Etat. Ces initiatives pourraient avoir l’appui d’organismes en phase avec le discours actuel sur le développement (agences internationales, ONG, investisseurs, etc…).

     

    Les spécialistes étrangers du « développement » ont changé d’attitude vis-à-vis des chefferies qui ne sont plus synonymes de stagnation économique. Les politiques de décentralisation et de régionalisation peuvent être, pour ces chefferies, des opportunités. La participation des autorités traditionnelles aux programmes de préservation du patrimoine et de protection de l’environnement « ne contredirait en rien l’idéologie ancienne qui plaçait le monde de la nature sous la responsabilité des rois ».

     

    En conclusion, l’opposition entre Etat et chefferies se résorbe dans une sorte de synergie. Toute tentative de séparer le moderne du traditionnel s’avère artificielle et infructueuse. Il y a bien entre les deux sphères une « interpénétration réciproque ».

     

     

    Henri Médard présente à son tour le travail qu’il a réalisé sur la monarchie au Buganda (Ouganda)[1] qui fut une puissance dominante de l’Afrique des Grands Lacs au XIXe siècle. Il a d’emblée été saisi par l’enthousiasme populaire suscité par la royauté ce qui peut paraître paradoxal dans la mesure où les rois ont été des gens médiocres. La question est donc de savoir pourquoi, en dépit de leurs rois, les Baganda sont aussi royalistes.

     

    Une courte histoire de la monarchie au Buganda

     

    La découverte, en Europe, de cette monarchie remonte à celle des sources du Nil vers 1860. C’est alors une monarchie très centralisée, brutale, prédatrice qui sera rapidement ébranlée par les maladies qui frapperont durement cette région du fait de la multiplication des contacts.

     

    Un autre aspect est, dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, la tentative de  conversion des Baganda et de leur roi, d’abord à l’islam, puis au christianisme. Le roi n’ira pas au bout de sa conversion contrairement à ses sujets. Ces derniers le renversent, et, après une période trouble, au moment où s’installe le pouvoir colonial, le roi envoyé en exil est remplacé par son fils de trois ans. Cet enfant va être élevé par un précepteur anglais, ira dans des écoles anglaises et son fils, le futur Muteesa II, fera même ses études à Cambridge, entrera dans les Horse Guards avant de retourner au Buganda pour régner à la fin des années quarante. Les rois vont être extrêmement occidentalisés.

     

    Ce retour a lieu à une période très tendue politiquement, et l’impopularité du roi, qui sert de courroie de transmission à l’Etat colonial, grandit. Mais en 1953, le roi refuse d’obéir aux Anglais lorsque ceux-ci veulent réorganiser l’Afrique de l’Est en un ensemble intégrant la Tanzanie et le Kenya et il est expulsé par le Gouverneur à Londres. Face à la vigoureuse résistance des Baganda, les Anglais cèdent et le roi rentre en vainqueur d’exil en 1955. Il prend alors une dimension politique très importante.

     

    Le roi va s’allier à des non Baganda (qui sont pourtant hostiles aux Baganda) dans la course à l’indépendance. Ces non Baganda sont protestants, comme le roi, et préfèrent cette alliance pour s’opposer aux catholiques qui menacent de prendre le pouvoir. Ils vont gagner et Muteesa II devient Président, mais c’est le Premier Ministre, Obote, qui détient le pouvoir effectif. Ce dernier chasse son rival d’Ouganda en 1966 et les monarchies sont abrogées. En 1971, la dictature d’Obote est remplacée par la sanglante dictature militaire d’Idi Amin Dada. Ce désastre se résorbe en partie à partir de 1986 avec l’arrivée au pouvoir de Museveni, qui s’est allié aux Baganda et aux royalistes. La monarchie est restaurée en 1993.

     

    La monarchie aujourd’hui 

     

    La restauration de la monarchie n’était pas évidente, l’hostilité étant très forte ailleurs qu’au Buganda. Quand, par un jeu politique, la majorité des monarchies sont restaurées, il y a une myriade de sociétés segmentaires qui tentent, encore aujourd’hui, de montrer qu’elles avaient un roi et de faire restaurer de petites monarchies. L’opinion publique d’Ouganda est divisée entre ultraroyalistes, proches de la couronne, rejoints par la jeunesse urbaine, mais exclus actuellement du pouvoir, et les catholiques qui ont été longtemps opposés à la monarchie et qui sont aujourd’hui réconciliés avec le roi. On peut dire qu’on est en présence d’un monarchisme modéré représenté par les paysans qui sont pour la restauration de la monarchie, mais opposés à la rupture avec le gouvernement actuel.

     

    Les monarchistes ganda réclament une constitution fédérale qui permettrait à cette région, la plus riche de l’Ouganda, de se rassembler autour du roi et de ne pas partager ses richesses avec le reste du pays. C’est la raison pour laquelle les non Baganda sont hostiles au fédéralisme. En permettant le retour des rois, Museveni a pris une demi mesure en autorisant une monarchie qu’il appelle culturelle, ce qui signifie, pour lui, un roi sans pouvoirs. Mais pour les Baganda, culturelle veut dire non politique: le roi est au-dessus du politique. L’accord repose donc sur un malentendu. Cette monarchie n’a plus de pouvoir de police, ne peut plus lever l’impôt. Par contre, elle a une radio, on lui rend ses terres, elle a un drapeau. Mais, finalement, Museveni a réussi à se réconcilier complètement avec la population.

     

    D’où cette monarchie tire-t-elle sa légitimité ?

     

    Par quel mécanisme la monarchie a-t-elle réussi à traverser les siècles ? Les monarchies sont assez anciennes dans cette Région des Grands Lacs, mais il n’y a que le roi du Buganda  qui jouit d’une telle popularité, alors que tous partagent une culture similaire. Une première explication peut être tirée de l’histoire récente et de la façon dans les Anglais ont construit l’Ouganda autour du Buganda qui représente le quart du territoire en lui ajoutant quatre autres royaumes constitués de territoires variés, aux langues différentes, ne connaissant pas l’Etat.

     

    Une autre explication peut être tirée de la conception d’une monarchie sacrée. Cette monarchie protestante donne la richesse, la prospérité. Elle est apparue en même temps que la culture de la banane qui se développe entre les XVe et XVIIe siècles et qui a permis de contrôler les famines. Le roi, en pillant ses voisins, apporte les nourritures carnées indispensables à ses sujets et ramène des femmes assurant ainsi plus de fertilité, plus d’enfants, plus de main d’œuvre.

     

    Il existerait donc un lien entre développement de la monarchie et développement des richesses. Seule la guerre menace ce système. Pour les Baganda, lorsqu’ils ont une monarchie forte, l’ordre règne ; quand la monarchie est faible, c’est le chaos et la misère. Avant la colonisation, ceci était illustré par la mise en scène du chaos dans les interrègnes : pendant un certain temps, on n’a plus le droit de cultiver, il n’y a plus d’ordre, plus d’obéissance, les plus grands pillent les plus petits. Ce chaos ritualisé s’arrête dès qu’un nouveau roi est intronisé. Lors de l’apogée du roi Muteesa II, dans les années 1950/60, après que les Anglais eurent cédés sur la rémunération du café, le Buganda connaît une très grande prospérité et devient la région la plus riche d’Afrique. Lorsque Muteesa est chassé, les choses s’effondrent et ce n’est que quand son fils accède au trône que la paix et la prospérité reviennent.

     

    On a pu passer en douceur d’une monarchie à idéologie sacrée à une monarchie chrétienne, et transférer dans la sphère historique tout ce qui était dans la sphère du sacré. Quand la monarchie va bien, le pays va bien : ce n’est pas une superstition, c’est une expérience historique qui va se vérifier au cours des siècles.

     

    En conclusion, Henri Médard estime qu’on ne peut pas dire qu’on a une monarchie immuable qui traverse les siècles sans changer, mais une monarchie suffisamment favorisée qui a réussi à se transformer et à garder sa légitimité en dépit de tous les errements de ceux qui ont occupé le trône

     

     

    LE DEBAT

     

    Les relations entre chefferies et pouvoir politique suscitent des questions. D’un côté, le pouvoir a pu être tenté de corrompre de nombreux chefs à des fins électorales. Ils peuvent être utilisés comme courroie de transmission, d’où les égards réservés aux rois par les gouvernements. D’un autre côté, les chefs peuvent être tentés par le jeu politique. L’exemple du Cameroun est cité où il y a un regain d’intérêt pour les chefferies car on pensait que les chefs traditionnels constitueraient l’essentiel de la deuxième chambre nouvellement créée. Lorsque les chefs s’impliquent dans les élections, ils ne sont pas automatiquement suivis par les populations. En fait, pour ne pas diluer leur autorité, ils doivent rester au-dessus de la mêlée. Cette sagesse africaine peut aider les politiques à mener à bien leur mission. Elle a donné de bons résultats en particulier à travers les initiatives des associations de chefs.

     

    Le discours du développement est très important dans les monarchies actuelles et une bonne articulation entre les pouvoirs peut être un gage de dynamisme et de stabilité. Mais le problème du rapport entre pouvoir et richesse des chefs est posé. Actuellement, un roi n’a plus de ressources à redistribuer. Or, le développement est une ressource et rois et chefs cherchent à attirer l’aide internationale ce qui permet une forme de redistribution. Les ressources des rois sont contrastées. Certains ont assuré leur indépendance économique en même temps que la prospérité du peuple. En aucun cas, un chef ne peut se montrer impuissant et les populations veillent à ce qu’ils restent indépendants. C-H. Perrot a d’ailleurs pu constater, lors d’une levée de deuil à Bafoussam, que les dons des citadins affluaient pour redresser la monarchie. Notons à ce sujet que les associations de ressortissants des chefferies dans les villes entretiennent des liens très forts avec leurs villages.

     

    A une question portant sur la période à laquelle les royaumes organisés sont apparus, il est répondu que chaque royaume apporte une réponse différente. Il y avait des royaumes puissants, eu moyen âge, dans l’ouest africain. D’autres ne sont apparus qu’aux XVIIe-XVIIIe siècle. Dans les régions d’Afrique sans royaume, les sociétés sont organisées différemment, en lignages autonomes, mais qui peuvent se fédérer en cas de crise. C-H. Perrot estime que ce qui est important, c’est d’analyser les causes d’apparition d’une monarchie. Pour H. Médard, il y a certes des chronologies, mais il faut se garder de tout déterminisme.

     

     

    Philippe MATHIEU

     



     

     

    LA PAGE ECONOMIQUE : SECURITE = PROSPERITE

     

    Le 32ème Forum économique mondial réuni à Davos du 21 au 25 janvier 2004 avait pour thème « Partenariats pour la sécurité et la prospérité ». Il fallait démontrer que chacune est nécessaire à  l’ autre. Ce fut le constat des 2.280 participants, dont 534 en provenance de pays en développement (le strict contrôle des accès permet cette précision). 35 chefs d’Etat, dont 2 Africains,  plus d’un millier de dirigeants du secteur privé, des ONG, des enseignants, des journalistes devraient s’inspirer de cette corrélation dans leurs activités professionnelles.

     

    Kofi Annan a, lui, souligné que l’insécurité provenait aussi des inégalités entre le Nord et le Sud, du chômage, de la maladie. Selon lui, la globalisation économique ne peut durer si ses piliers sociaux, dans tous les pays, sont fragilisés. Il y a cinq ans, il avait lancé , à Davos, un « Pacte », terme désignant ceux qui partagent une même conception  de la citoyenneté mondiale. 1.200 entreprises s’y sont déjà ralliées pour une « citoyenneté entrepreunariale ». En juin  prochain  aux Nations Unies  un sommet mondial  fera le point sur ce Pacte.

     

    Deux statistiques récentes donneraient raison à cet axiome : sécurité = prospérité.

    La CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le  Développement) a noté une quasi stagnation des investissements internationaux entre 2002 et 2003 : 653 milliards de $ contre 651. Or l’Afrique a bondi de 30 % : 14,4 milliards de $ contre 11. Sont concernés le Ghana, l’Ouganda , l’Algérie notamment, et d’autres.

    L’essentiel va au secteur pétrolier, plus sûr ici qu’au Moyen Orient, cette matière première « maudite », dont l’image est en train de changer. Après des audits surprises en Angola et au Cameroun, un audit suivi de sanctions au Congo Brazza, la mise sous contrôle du pétrole tchadien, le FMI et la Banque mondiale vont convoquer en  juin à Douala un séminaire avec les pays producteurs. Si dans dix ans l’Afrique fournit 12 % des besoins de la  planète, comme l’annoncent les professionnels, on peut espérer que les populations des Etats producteurs en recevront quelques retombées.

    Pour le tourisme aussi l’Afrique est un « havre de paix ». L’Organisation mondiale du tourisme vient d’annoncer à Madrid une baisse mondiale des arrivées de I,2 %, alors qu’en Afrique elles progressent de 4,9 % (30,5 millions contre 29,I en 2002). La part du continent passe ainsi de 3  à 4,4 %. Sont davantage visités l’Egypte (+ 17 %), le Maroc (+ 6 %), la Tunisie, le Mali ( de 94.000 à 150.000), l’Afrique du Sud. Celle-ci est citée dans une étude de marché parmi les quatorze destinations évoquées pour des voyages éventuels, tout de suite après l’Europe et l’Australie/Océanie.

     

    Cet impératif de sécurité se trouve mêlé à des apports financiers dans les rapports internationaux. Dès 2002 les Etats Unis avaient accordé des crédits aux pays d’Afrique de l’Est, face au monde arabe, qui se  montraient plus actifs dans la lutte contre le terrorisme. Au cours de son voyage en Afrique en janvier dernier, le chancelier Schröder a visité l’Afrique du Sud dont l ‘Allemagne est le premier fournisseur, mais il a annoncé une aide de 650 millions d’euros à l’Union Africaine pour ses missions de paix. Il apporte ainsi son soutien à la Commission de Bruxelles qui s’intéresse au même domaine.

    L’équation lancée à Davos aura autant de solutions que d’inconnues dans  ces deux notions, sécurité et prospérité.

     

    Robert GINESY

     

    NDLR. L’essentiel des informations utilisées dans cette page provient de l’hebdomadaire « Marchés Tropicaux ».

     

    NEPAD : l’évaluation par les pairs

     

    Pour la communauté internationale, le NEPAD étant une initiative africaine, il appartient aux Etats d’assumer leurs responsabilités et d’évaluer  eux-mêmes leur niveau de « bonne gouvernance », politique et économique, préalable à des actions concrètes. Le NEPAD devrait donc se réveiller après le Sommet réuni à Kigali les 13 et 14 février 2004.

    Le « Mécanisme africain d’évaluation par les pairs» (MAEP)  a en effet été mis en place. Seize pays ont déjà accepté de se soumettre à cet exercice, dont quatre (Rwanda, Ghana, Kenya, Maurice) dès cette année. Pour Marie-Angélique Savané, militante des Droits de l’Homme au Sénégal et présidente du panel d’experts chargés de cette mise en œuvre, ce lancement est un « moment historique » qui « démontre le nouvel esprit des chefs d’Etats  africains ».

    Au vu des réponses à un questionnaire envoyé aux responsables politiques et économiques, et à ceux de l’opposition et de la société civile, des experts viendront  analyser la situation dans le pays. Les critères d’évaluation concernent les différents aspects de leur vie politique, économique et sociale. La publication de leur rapport est laissée à la discrétion des chefs d’Etat concernés. Tous se sont engagés à aider ceux qui auraient de mauvaises notes.

    Il n’y a pas d’objectif idéal à atteindre, mais des progrès à accomplir, qui seront mesurés périodiquement.

     


     


    Le Baromètre de la CADE, Février 2004 : LE RETOUR DE L’AFRIQUE

     

     

    Les journaux et magazines spécialisés de ce début 2004 ont largement commenté ce « retour de l’Afrique », marqué par les routes du pétrole, les voyages des puissants de ce monde, les forums de Bombay et de Davos, les réunions de Paris (notamment au Sénat) où la Banque mondiale a exprimé fortement une nouvelle approche de ses interventions en Afrique et s’est faite l’avocat d’une taxe internationale, celle même que réclament Attac et les alter-mondialistes. « On est parvenu à une heure de vérité du développement », admet Francis Mer, ministre français des finances. Malheureusement, à Davos, les questions africaines n’ont guère été évoquées.

     

                « L’Afrique réapparaît sur les agendas des puissants de ce monde comme une terre d’occasions opportunes et non plus seulement comme un continent à la dérive…Les Etats-Unis, notamment, ont repéré de nouvelles zones stratégiques, en suivant, comme d’habitude, les routes du pétrole. Au Soudan, au Maghreb, dans le Golfe de Guinée, Washington est décidé à devenir un acteur de premier plan… L’Allemagne aussi manifeste son intérêt… Le président chinois Hu Jintao, s’est arrêté sur le chemin de retour (de Paris), en Egypte, au Gabon, en Algérie: le pétrole toujours… En novembre dernier, le président brésilien Lula da Silva avait visité les pays du cône sud du continent... Deux mois auparavant, à Cancun, quatre pays africains producteurs de coton…..s’étaient opposés au subventionnement du coton américain… » (Jean-Christophe Ploquin - La Croix du 4 février 2004). L’auteur termine son article en évoquant l’influence et le rôle difficile de la France et de la Grande Bretagne, notamment en Côte d’Ivoire et dans le conflit des Grands Lacs.

     

    Un Nobel se révolte

     

                Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001, était au Forum Social de Bombay, puis au Forum économique de Davos. Il a rencontré Frédéric Joignot du Monde (Le Monde 2  du 22 février 2004).

                « A Bombay, ironise le Nobel, prospérité était un gros mot. Les délégués parlaient d’endettement chronique, d’inégalité, de l’impunité des plus forts, des barrières douanières imposées au Sud par les pays du Nord. Par contre, à Davos, un ancien dirigeant de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce – NDLR) nous a indiqué que le sort de l’humanité s’améliorait tous les jours ! Ce genre d’expert ne connaît rien aux pays du Sud. Ils ne sortent jamais des hôtels cinq étoiles. J’ai pu quand même travailler en petit comité, pour parler de l’importance des entreprises sociales… »

    En octobre dernier, Stiglitz publie un nouvel essai, « Quand le capitalisme perd la tête » (Fayard – 2003) où il récuse le modèle néo-libéral « usé, contre-productif et antidémocratique… La fameuse main invisible, régulatrice du marché ? interroge, très calme, celui qui a enseigné à Oxford, à Yale, à Princeton. Elle est invisible parce qu’elle n’existe pas. Le marché ne se régule pas de lui-même…Le néolibéralisme apparaît comme un système économique malsain. Il génère de la pauvreté. Il est dogmatique et injuste. Il menace la démocratie. C’est un mauvais modèle économique ».

     

     

     

    Le « ras-le-bol » de la Banque Mondiale

     

                Une rencontre était organisée les 15 et 16 février par la Banque Mondiale, à Paris, au Sénat - une petite révolution : la Banque dialoguant avec le réseau parlementaire – 200 parlementaires de 80 pays étaient là.

    « James Wolfensohn, le président de la Banque Mondiale, en appelle aux leaders politiques des pays riches qui doivent comprendre que, sans changements, ils ne vivront pas tranquille, que la paix sera impossible. En marge de la rencontre de la Banque avec des parlementaires, Wolfensohn n’a pas caché son ras-le-bol devant la politique à courte vue des gouvernements. « Ils raisonnent toujours en préoccupations nationales. Mais ce temps-là est révolu ! Le drame, c’est que vous pouvez être sûr que pas un mot ne sera dit sur la lutte contre la pauvreté, lors des élections américaines. On va parler de l’Irak, de terrorisme, mais personne ne fera le lien avec la pauvreté, l’enjeu premier du siècle ». Le « drame », c’est qu’à Paris, les parlementaires français, si prompts à entonner le couplet de la fracture mondiale de forums en conférences internationales, ont brillé par leur absence au Sénat… Sur notre planète, rappelle le président de la Banque, 3 milliards d’habitants ont moins de 25 ans, et 90 % des 3 milliards d’habitants en plus, d’ici 2050, naîtront dans les pays du Sud… Pour financer le développement, la Banque Mondiale se fait désormais l’avocat d’une taxe internationale. Laquelle ? N’importe, pourvu qu’on trouve des financements, rétorque Wolfensohn. » (Libération du 18 février 2004 – Christian Lusson). Combien ce nouveau ton est encourageant !

     

    Pétrole, 200 milliards à prendre

     

    (Eco Finance de février 2004 – Jean-Claude Grenier)

    « Dans dix ans, l’Afrique subsaharienne fournira plus de 12% des besoins de la planète en or noir. Une manne (en dollars) dont le contrôle est l’objet d’une partie de bras de fer entre les institutions financières internationales et les Etats.

    La somme est colossale : dans un proche avenir, les Etats pétroliers de l’Afrique subsahariennes recevront chaque année 200 milliards de dollars de revenus sous forme de taxes, de royalties et autres bonus. De quoi financer  une multitude de routes et d’écoles. Hélas ! Le pactole que représentent des réserves continentales estimées à 77 milliards de barils pourrait échapper aux populations. Si rien n’est fait, l’Afrique connaîtra le sort du Nigeria. Le pays, où le revenu par habitant est inférieur à un dollar par jour, a paradoxalement reçu, ces 25 dernières années, quelque 300 milliards de dollars, sous forme de revenus pétroliers. Des amis, des politiques véreux, des clans ethniques, voire des marchands d’armes en ont profité. Pas les Nigerians. Comment faire en sorte que le plus gigantesque détournement de capitaux de l’Histoire, n’ait plus lieu ? Telle est la question que se posent la Banque Mondiale et le FMI (Fonds Monétaire International) aiguillonnés par moult ONG (Associations non gouvernementales)…

    Au nom de la transparence dans la gestion des revenus pétroliers, les institutions financières prônent l’exemple des conditions draconiennes imposées au Tchad par la Banque Mondiale qui a financé les gisements de Doba : 10 % des recettes à un fonds pour les générations futures, 80 % aux services d’éducation, aux infrastructures et à l’environnement, 5 % au développement de la région de Doba…

    Au-delà de la transparence souhaitable, c’est bien une renégociation globale des accords pétroliers qu’il faut viser ».

     

    Bernard Monnier

     

     

    PS. Ne manquez pas une visite à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, 261 boulevard Raspail, Paris 14ème, tél 01 42 18 56 52, où se tient jusqu’au 2 mai, une exposition « J’aime Chéri Samba ». « Chéri Samba est depuis 20 ans un des principaux symboles du renouveau de l’art africain. Corrosives, colorées et immenses, ses toiles qui s’inspirent autant de la BD que de Magritte parlent d’une Afrique où l’on danse, avec humour, sur un volcan. » (Le Monde 2 du 8 février 2004 - Yann Plougastel).

     


     


    LE VENTRE DE L’ATLANTIQUE*

     

    Le roman est ainsi intitulé parce que « c’est là dans l’océan qu’on jette les enfants morts-nés et que meurent les illusions perdues ». Le premier roman de Fatou Diome marque sa sincérité et sa liberté de ton et elle avoue elle-même avoir été surprise du succès de son livre. Son récit est original car c’est de l’émigration qu’elle parle. Vivant à Strasbourg, elle s’exprime sur ce qui se passe au pays.  Elle, préfère l’ironie au misérabilisme pour décrire les cultures en présence et considère l’écriture comme son lieu de vérité.. Elle écrit entre deux cultures qu’elle essaye de regarder de la même manière. .

                Le sujet du livre est celui d’un paradis français  qu’on fait miroiter aux jeunes africains qui rêvent de devenir footballeurs ou hommes d’affaires pour revenir au pays natal auréolés de la gloire de ceux qui ont réussi : « Il faut vraiment être un imbécile pour revenir pauvre de là-bas ». Fatou s’adresse à son jeune frère Madické**, resté au   Sénégal, par téléphone, pour le dissuader de tenter l’aventure du football et de l’exil. A travers lui, c’est à toute une génération de candidats à l’émigration  qu’elle s’adresse, les engageant à se méfier de cette sorte de « colonisation mentale » qui consiste à penser qu’en France, tout est facile et beau. Etant elle-même  partie en France, elle a épousé un Français qui l’emmena  à Strasbourg. Elle fut rejetée par sa famille. « Aujourd’hui, pour les racistes, il n’y a rien de pire qu’un noir intello.—« J’ai toujours vécu en marge de la société. Quand je rentre chez moi au Sénégal, je suis considérée comme une étrangère ». Au village, la France est considérée comme un eldorado et le foot en est la raison principale. La description de la Coupe de France à laquelle a pris part le Sénégal est passionnée. Le seul but de  Madické  est de partir s’agréger à une équipe en France. Leurs conversations. concernant le foot-ball et l’émigration sont remarquables. A force d’économies, après que le Sénégal ait été vaincu en Coupe du Monde, elle arrive à lui financer une petite épicerie au village et, à son tour, lui, veut la convaincre de revenir.

     

     

    Denyse de Saivre

     

     

    ¨*Ed. Anne Carrière, Paris, 2003¨

    ** Madické en wolof signifie « celui qui arrive.

     

     

    NOTE DE LECTURE

     

    L'Etat en Afrique face à la chefferie, le cas du Togo, de E. Adrian B. van Rouveroy van Nieuwaal,  ISBN : 2-84586-031-5, Karthala, Centre d'études africaines de Leyde.

     

    L'auteur, familiarisé depuis de nombreuses années avec les chefferies africaines, commence par situer cette institution "coloniale" dans ses diverses relations avec les Etats en en soulignant la très grande diversité. Néanmoins, comme Claude-Hélène Perrot lors de son exposé, il trouve quelques points communs, notamment le rôle d'interface entre l'Etat et la population et la nature des relations avec les représentants de l'autorité qu'il caractérise par l'expression « jeu à somme nulle ». Il fait ensuite un historique togolais des années 40 à nos jours, et termine par des études de cas, montrant l'adaptabilité des chefs devant une puissance "dominatrice". Sa conclusion est en forme de question sur l'avenir de ces chefs dans un monde différent.

    Ouvrage fortement documenté, beaucoup plus lisible par un lecteur non spécialement averti après qu'il ait pris connaissance du compte-rendu de la rencontre  du 11 février.

     

    JBS

     


    PROCHAINES RENCONTRES DEBATS

     

    - Mercredi 17 mars 2004 :

    Femmes au pouvoir, femmes de pouvoir dans l’Afrique subsaharienne

    Des femmes occupent aujourd’hui en Afrique des responsabilités y compris au plus haut niveau de l’Etat. A la Cade, nous nous posons la question de la signification et de l’efficacité de leur pouvoir dans l’Afrique d’aujourd’hui. Quel est ce pouvoir et l’avenir de ce pouvoir ? Sont-elles les figures imposées par la question de genre ou sont-elles les témoins et les acteurs de la mutation de la société africaine ?

    Le professeur Etienne Leroy qui dirige le Centre d’anthropologie juridique de l’université Paris 1 a posé ces questions à des doctorantes du CRA de la rue Malher.

     

    - Mercredi 28 avril 2004

    La démocratisation de l’Etat, le décentralisation

     

    - Mercredi 26 mai 2004

    La littérature de l’Afrique australe

     

    - Mercredi 23 juin 2004

           les relations de la société malgache avec le pouvoir


    « AFRIQUE INITIATIVES » : Cinq ans : l’âge de maturité

     

    Cette société de capital-risque, créée par Michel Rocard avec le soutien de grandes entreprises privées et publique  (Bolloré, Total, Vivendi, EDF, Michelin, Accor …) entame sa cinquième année d’existence. Elle a pris des participations ou permis le lancement de treize petites affaires en Afrique et à Madagascar.

    Dépassant certaines incertitudes, fondées ou pas, les soutiens et les encouragements ont été nombreux en 2003. On a noté de nouveaux partenariats (TechDev au Burkina, Tertium au Ghana, Aquadev au Sénégal) et de nouvelles participations (dans les yaourts à Kinshasa, la mécanique auto à Bamako, le décorticage du riz au nord de Madagascar, les spirales anti-moustiques à Ouagadougou). Les territoires de prospection se sont étendus. Pésinet (santé des tout-petits) a reçu une reconnaissance internationale. Enfin de nouveaux actionnaires sont apparus (particuliers et entreprises moyennes).

    A Saclay et à Paris en  juillet, la Première Semaine des Entrepreneurs  associés a démontré aux participants et aux observateurs que la démarche lancée en 1999 par  Michel Rocard et  Jacques Bugnicourt se révélait difficile, mais efficace.

    Pour aller  plus loin, l’enjeu d’Afrique Initiatives sera, en 2004 et dans les années suivantes, d’accompagner la création sur le terrain de structures similaires, avec gestion et capitaux locaux, sous  la marque « Pays Initiatives « . Elles répondront aux besoins exprimés sur  place et contribueront à  unir les efforts de tous les intervenants dans le processus d’aide aux petites entreprises. Pour financer cette nouvelle phase, une augmentation de capital est prévue en juin, ouverte à de nouveaux groupes, mais  aussi , indirectement, à des particuliers et associations souhaitant participer à la dynamique d’Afrique Intiatives.

    Sa vision de l’Afrique de demain : un jour on n’y parlera plus de sous-développement , ni donc de développement.

     

    Afrique Initiatives . 56 rue de l’Université. 75007 Paris.  fjay@afrique-initiatives.com

     

     

    ARRI ET L’AFRIQUE

     

    Le cycle de six conférences sur  l’Afrique noire organisé par ARRI (Association Rayonnement français Réalités internationales) en collaboration  avec la CADE, commencera en avril 2004.

    Après  une présentation générale des atouts et des défis de cette partie du continent, quatre réunions seront consacrées à un thème caractéristique de chacune des régions : Ouest en mai, Centre en septembre, Est en octobre, Afrique australe en novembre. La conclusion interviendra en décembre 2004 ou janvier 2005.

    Dans notre prochaine Lettre nous préciserons les dates et lieux des conférences.

     

    Dans le cycle « Phénomènes religieux et spirituels dans le  monde » initié par ARRI,  le Père Eric de Rosny (jésuite au Cameroun) traitera de la « Longévité des religions et des médecines ancestrales en Afrique :les maîtres de la nuit sur la côte du Cameroun », le mardi 23 mars 2004 à l’IPSEC, 16 Place du Général Catroux 75017 Paris .. Participation  aux frais 5 €.

     

     

     

    Coup de projecteur sur l’Université Senghor d’Alexandrie

     

     

    On ne sait pas assez que cette institution qui va bientôt avoir quinze ans d’âge a

    déjà formé plus de sept cent cadres africains dans les domaines du management, de l’environnement, du patrimoine culturel, de la santé nutrition.

     

    Aujourd’hui c’est une cohorte de cent  auditeurs de plus de 25 ans, dont 21

    femmes, provenant de 22 pays africains dont 80%, de pays de l’Afrique sub saharienne

    qui est en formation pour deux  ans à Alexandrie.

     

    Le Conseil d’Administration qui s’est réuni le 8 février a adopté le budget 2004

    et validé les orientations pédagogiques de cet Institut supérieur de gestion qui est le seul des opérateurs de la francophonie localisé en Afrique. Il a notamment   décidé  de renforcer la dimension  professionnelle  de la formation et d’accroître la place des  Technologies de l’information et de la communication. (TIC)

     

     

     

    Pour tout renseignement : www.usenghor-francophonie.org

     

     




    [1] Ce travail sera publié par Karthala sous le titre «Le royaume du Buganda au XIX e siècle. Mutations politiques et religieuses d’un grand Etat de l’Afrique de l’Est ».