Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°67 - Novembre 2003

L'héritage de l'administration coloniale et la passation des pouvoirs aux nouveaux états

 

Sommaire


Editorial

N’insultons pas l’avenir de l’Afrique

 

L’actualité est bonne fille ce mois-ci, car elle nous propose deux  points de vue radicalement opposés  sur l’Afrique

Le premier est  l’ouvrage de Stephen Smith dont la couverture au titre accrocheur « Négrologie », illustrée de la photo d’un enfant-soldat bondissant de joie en brandissant son arme, pose la question « pourquoi l’Afrique se meurt ». Le second est  le discours tenu à l’Unesco par le président Thabo M’beki sur les fondements et les ambitions du NEPAD[1]. Témoignant pour un continent qui sort enfin de la dépendance, de la marginalisation et de l’insignifiance, il a affirmé que le XXI° siècle serait celui de l’Afrique et appelé les Occidentaux à  modifier leur  perception de ce continent.

Dans son baromètre de la presse, Bernard Monnier nous dit tout le mal qu’il pense de l’ouvrage de Stephen Smith à qui il reproche d’utiliser des images et des formules choc qui sont efficaces pour appâter le chaland mais qui ne risquent pas de l’aider à percevoir l’extraordinaire partie qui se joue en ce moment dans tout le continent africain. Ce livre regorge d’informations exactes et d’analyses intéressantes, Stephen Smith n’est pas pour rien un des rares journalistes à suivre l’actualité du  continent africain.  Mais la démonstration de ce qu’il appelle « l’autisme africain »,  et qui est un réquisitoire contre les  élites africaines, manque sa cible. Il tire trop court et trop fort.  Comment et pourquoi mourrait un continent où s’est produit « l’essor démographique le plus fulgurant que le monde ait connu », qui n’ a  jamais été si jeune et  si urbanisé ? Affirmer en conclusion que « le présent n’a pas d’avenir en Afrique » est  une formule trop ambigüe pour avoir du sens. Si c’est un appel à revoir  les politiques suivies depuis les indépendances, la formule se justifie.  Mais à la condition que les partenaires occidentaux des pays « développés » dont la responsabilité est grande dans les tragédies africaines, se sentent aussi concernés par ce changement, notre pays le premier, les institutions financières internationales ensuite. Il y a belle lurette que les affaires de l’Afrique sont mondialisées, car enfin la colonisation, puis le néocolonialisme des décennies qui ont suivi les indépendances- l’affaire Elf-Aquitaine Tarallo est là pour nous le rappeler – ont plutôt dépossédé les Africains de leur destinée qu’ils ne leur ont permis de prendre en charge leurs propres affaires.

            Thabo M’beki ne dit rien d’autre que Stephen Smith, mais il le dit autrement, et cela fait toute la différence. La rhétorique de son discours sur la « Renaissance africaine » avec une majuscule peut indisposer ceux qui oublient qu’il n’y a pas dix ans qu’a pris fin en Afrique du sud,  le régime colonial le plus abject.  Elle sonne juste aux oreilles de ceux qui, comme nous à la CADE, attendent de celui  qui est à la tête du premier État africain véritablement moderne, d’être un exemple et une aide pour toute l’Afrique. Qui aurait prévu un avenir à son pays lorsque  Nelson Mandela est sorti de prison ? Oui, le présent a un avenir en Afrique, et pas seulement en  Afrique du sud. Ce futur est en train de se construire dans la douleur, avec des avancées et des reculs, mais les fondements sont là: un nouvel ordre politique, légitime, qui assume les intérêts des peuples, une prise en charge du continent par lui-même, débarrassé de la soumission néocoloniale, affrontant à sa manière les défis économiques, sociaux et politiques  qui sont aussi ceux du reste du monde.  N’est-ce pas ce qu’a fait et réussi en vingt cinq ans  le président malais Mahatir ? N’insultons donc pas l’avenir de l’Afrique.

 

Michel Levallois, président de la CADE


L’HERITAGE DE L’ADMINISTRATION COLONIALE ET LA PASSATION DES POUVOIRS AUX NOUVEAUX ETATS

 

Compte rendu de la rencontre débat du 5 novembre 2003

 

La Cade poursuit les rencontres débats sur le thème « L’Etat et la démocratie » entrepris le 8 novembre dernier. Il lui est apparu utile de rappeler dans quelles conditions les pouvoirs ont été transmis par l’Etat colonial aux nouveaux Etats et de caractériser l’héritage que ces derniers ont reçu de l’administration coloniale. Le Centre d’Etudes Africaines de la rue Mahler a fait de ce thème un sujet de recherche. La Cade a fait appel à deux spécialistes de l’histoire africaine contemporaine qui animent ces recherches : Jean-Pierre Chrétien, directeur de recherche émérite au CNRS, et Pierre Boilley, professeur à l’Université Paris I, ainsi qu’à jean Clauzel, ancien administrateur de la France d’Outre-mer.

 

La problématique de la transmission de l’Etat colonial à l’Afrique au moment des indépendances

 

Pierre Boilley introduit cette problématique. Ce thème de recherche est toujours à l’étude actuellement dans un séminaire qu’il contribue à animer avec Jean-Pierre Chrétien, et qui a débuté ses travaux en 1997. Il propose un rapide tableau des problématiques de ce séminaire avant de retracer le cadre dans lequel l’administration et l’Etat colonial des dernières décennies de la présence européenne en Afrique, qu’on a tendance maintenant à appeler l’«Etat colonial tardif», a pu être transmis.

 

L’objet de ce séminaire est d’affiner l’analyse de la « décolonisation » par l’étude de ce qui se passe concrètement (transmission progressive des services par exemple) au moment où la puissance coloniale « remet les clefs » à une élite africaine formée sous la colonisation et choisie ou imposée par les circonstances de l’époque. Quatre objectifs ont été définis pour ce séminaire :

 

- Reconstituer l’ambiance historique d’une fin d’empire, dans le contexte de la fin des années 50, voire des années 40, et du début des années 60. Cet axe repose largement sur le « concept d’Etat colonial tardif ».

 

- Faire l’inventaire des technologies de pouvoir léguées par le colonisateur à son successeur, comprendre les temporalités de ce passage qui s’est effectué selon les cas de manière méthodique ou, par exemple pour l’Afrique belge, extrêmement hâtivement, saisir cette permanence d’une raison d’Etat par delà la coupure spectaculaire du passage aux indépendances.

 

- Tenter de repérer les traces de la culture d’Etat d’origine étrangère laissées par les fonctionnaires coloniaux et suivre leur éventuelle réappropriation, mimétique ou transformative, par la première génération des responsables africains et par leurs successeurs.

 

- Mieux comprendre la formation des Etats contemporains en Afrique, non pas comme un simple phénomène de greffe ou de rejet de l’Etat européen, mais plutôt comme un processus d’hybridation et de réinvention où se combinent des logiques et des pratiques d’Etat.

 

Le concept d’ « Etat colonial tardif »

 

Sur la base de cette problématique générale, le groupe de travail a abordé depuis 1997 des régions différentes : la région des Grands Lacs, le Maghreb, l’Afrique au sud du Sahara, et de nombreux thèmes : l’administration en général, la diplomatie, l’armée, la gestion économique, les universités, la sécurité notamment. Il a bénéficié, à côté des exposés des chercheurs, des témoignages d’anciens acteurs de cette transmission : administrateurs, contrôleurs civils. Tout ceci se base sur un contexte général qui est celui de la fin de la colonisation et de ce que P. Boilley appelle avec d’autres l’ « Etat colonial tardif ».

 

Un colloque s’est tenu en 1999 à Leiden qui a permis de caractériser ce concept d’ « Etat colonial tardif ». En partant de la situation de l’après seconde guerre mondiale, un changement d’attitude est observé dans la colonisation. Ce changement est ambigu car il y a, d’une part, une évidente évolution des esprits vers une colonisation moins dominatrice (l’abolition du travail forcé en 1946 peut faire figure de symbole) et la montée progressive et inévitable de l’expression des peuples colonisés mais, d’autre part, la crainte de la part des puissances coloniales de perdre leurs possessions d’où il résulte un certain « pragmatisme effrayé » devant la propagation des sentiments indépendantistes.

 

Les caractéristiques de l’ « Etat colonial tardif »

 

- L’Etat devient « développemental » : il tente de construire un « nouvel ordre » colonial tourné vers le développement et la modernisation économique.

- Politiquement, l’ « Etat colonial tardif » est un Etat dont les structures se sont densifiées. On observe une importance croissante des organisations para politiques, des associations à caractère revendicatif. L’Etat répond par l’installation d’organes consultatifs ouverts aux élites locales auxquelles l’autorité coloniale a concédé du pouvoir. Plus ces organes prolifèrent, moins l’Etat colonial peut agir unilatéralement.

- L’Etat devint parfois sécuritaire, lorsqu’il dut faire face à des mouvements armés, par le renforcement d’un appareillage de sécurité ou de forces armées. Mais la violence exercée contribuait à éroder sa légitimité.

- L’Etat fut aussi un Etat ouvert, en opposition avec ce qu’il avait été dans les périodes précédentes, c’est-à-dire un espace politique dont les liens étaient exclusivement noués avec la métropole, excluant ainsi toute influence étrangère. Une fois cassé ce monopole impérial, l’Etat colonial s’est ouvert aux influences idéologiques extérieures qui ont pu s’exercer librement dans les dernières années des colonies.

- L’Etat colonial tardif fut un Etat autodétruit. En effet la conscience du courant d’émancipation mondial et de son irrésistibilité a donné aux acteurs de l’Etat colonial le sentiment qu’ils n’étaient que les représentants de transition d’une structure qui s’acheminait inéluctablement vers sa disparition. On entrait dans le processus même de la transmission de l’Etat.

 

L’héritage

 

Jean Clauzel, livre son témoignage d’ancien administrateur de la France d’Outre-mer. Son propos sera de dire quel était l’héritage au moment où a eu lieu la passation de pouvoirs en le limitant aux rapports entre l’Etat colonisateur et les communautés. Son intervention fait suite à une décision d’anciens élèves de l’ENFOM, anciens administrateurs et magistrats, de témoigner ce que furent leurs métiers. Le résultat est la publication d’un livre de témoignages : « La France d’Outre-mer, 1930-1960 » publié aux éditions Karthala sous sa direction. Ces témoignages pourront être rapprochés, par les historiens, d’autres témoignages et en particulier de ceux des administrés africains de la même époque.

 

La paix, l’héritage le plus précieux

 

Il rappelle trois héritages très généraux et essentiels : l’ouverture au monde, la langue, la formation et en particulier la formation d’élites, nourries aux principes de notre société, qui ont constitué les cadres des nouveaux Etats. Il faut ajouter la paix qui était totale lors de la passation de pouvoir à l’exception du pays bamiléké, au Cameroun.  Il s’interroge sur les conditions de réalisation de cette paix dont on ne parlait pas, à l’époque, dans les postes. Quelques explications viennent à l’esprit : le souvenir de la conquête, les interventions rapides en cas de conflits entre communautés, le soucis de conciliation, l’amélioration des conditions de vie des Africains.  Sur ce point, il serait intéressant de recueillir les explications d’anciens administrés de l’époque coloniale.

 

Les principes et les pratiques du droit occidental sont un héritage capital et, dans le domaine judiciaire, la réforme a été totale en 1946: suppression des peines de l’indigénat, du travail forcé et des réquisitions de main-d’œuvre, citoyenneté unique pour tous, justice de droit commun appliquée à tous, mise en place d’institutions et de procédures judiciaires garantissant les droits des individus, mise en place de magistratures.

 

L’héritage administratif

 

Deux héritages sont liés et soumis, par nature à évolution : l’héritage administratif et l’héritage politique. Le découpage administratif, généralement qualifié d’arbitraire, tenait compte, peut-être plus souvent qu’on ne le pensait, des réalités humaines. L’administration territoriale était très légère et largement déconcentrée. Mais c’était aussi une administration très hiérarchisée dans les formes, tout en étant relativement autonome. L’autonomie de l’administrateur et du commandant de cercle se traduisait dans le choix des actions à mener en faveur du développement.

 

C’était une administration de terrain, la tournée étant l’originalité et la force de l’administration coloniale. La position de l’administrateur sur le terrain faisait qu’il appartenait au système de vie du pays. Dans ses rapports avec les communautés locales, cette administration est qualifiée de directe dans les présentations qu’on en fait généralement, mais c’était loin de l’être autant qu’on le dit. Elle avait besoin d’intermédiaires. Ce furent essentiellement et jusqu’à la passation de pouvoirs, les chefferies traditionnelles. Dans les années qui précédèrent et préparèrent l’indépendance, apparurent d’autres intermédiaires, les formations coopératives dans le domaine économique et surtout, et de plus en plus, les élus.

 

Un système politique, fils du système politique français

 

Dans le domaine politique, 1946 est également une date clé. A partir de cette date, l’évolution vers une administration par les habitants des pays a été constante, et s’est accélérée grâce à la loi cadre de 1956. Les premiers conseils généraux, devenus, par la suite, assemblées territoriales, sont élus en 1946. Le nombre d’élus des territoires d’outre-mer aux assemblées françaises : Assemblée nationale, Conseil de la République, Assemblée de l’Union Française, augmente.  Le collège électoral s’est accru par étapes et au suffrage élitiste de départ succède le suffrage universel. Dans le domaine communautaire, la même évolution est engagée avec les communes mixtes d’abord désignées puis élues, puis avec les communes de plein exercice.

 

Jean Clauzel conclut son témoignage en se demandant si nous n’avons pas trop francisé dans le domaine politique et si nous avons inséré suffisamment l’évolution des pays colonisés dans leurs cultures. Il précise que, dans le cas français, la transition du régime colonial à l’indépendance a été progressive et qu’au terme de quinze années de réformes et d’avancées dans le domaine politique, la passation de pouvoirs proprement dite s’est passée sans problèmes dans l’Afrique subsaharienne francophone et à Madagascar, à la seule exception de la Guinée.

 

Contradictions et paradoxes

 

Jean-Pierre Chrétien, prenant l’exemple de la décolonisation dans une situation belge : le Burundi, fait part d’une série de contradictions et de paradoxes. A la fin des années cinquante, tournant de l’indépendance, les réponses tardives de l’administration belge au développement de mouvements politiques ont été de créer en 1959 des commissions qui ont recueilli les témoignages des diverses composantes de la société. Les réponses sont assez variées et deux types de préoccupations apparaissent montrant que l’histoire n’est pas mécaniquement jouée :

 

            -Une revendication sociale, émanant surtout des couches moyennes : égalité des droits, africanisation des cadres, accès aux écoles et aux fonctions, multiplication des écoles, soit une meilleure participation au système.

 

-Une revendication nationale, plus discrète : le Burundi est un royaume, il y a toujours un roi, c’est une ancienne nation. Il est aussi digne d’accéder à l’indépendance que le Congo voisin qui n’est qu’un agrégat de populations réunies dans les frontières de Léopold II.

 

Il n’y a pas adéquation entre ces deux revendications. Cette décolonisation s’est faite dans une ambiance de rupture : au Burundi, les élections de 1961 ont donné la majorité au camp nationaliste représenté par le parti UPRONA. Ce parti comprend des musulmans, des prêtres catholiques, des paysans, Hutus et Tutsis s’y mêlant sans problèmes.

 

Ces gens sont dans une certaine modernité et sont en pointe en matière de propagande politique. En même temps, ils font référence à la monarchie, à la tradition. D’autre part, les cadres du nouvel Etat indépendant, vont se retrouver, après l’indépendance, à la tête de services administratifs. Ils décrivent leur carrière comme un continuum depuis leur entrée dans l’administration coloniale. Pour eux, l’Etat c’est la façon d’administrer comme les blancs, la façon moderne d’administrer.

 

On assiste à un travail de modernisation par mimétisme. Malgré la philosophie ultranationaliste du Burundi, des officiers belges ont continué à diriger l’armée jusqu’en 1967. Ces mélanges, cette confrontation sont-ils chaotiques ? Non, répond J.P. Chrétien, mais cela traduit la diversité des demandes, des préoccupations. Peut-être que dans le cas de la colonisation belge, la montée du nationalisme résulte de l’étouffement intellectuel, des discriminations, du racisme fortement ressenti. Mais ce n’est pas toujours le cas. Au Rwanda, c’est la revendication sociale, Hutus contre Tutsis, qui prime sur le nationalisme anti-belge. Chaque situation demande donc une analyse particulière.

 

 

 

 

L’allégorie du colonisateur et du colonisé

 

Les historiens sont gênés par cette sorte d’allégorie où il y a d’une part le colonisateur, et d’autre part, le colonisé. Ils ont l’impression d’être invités à rendre compte de grandes masses, par globalisation, qui font écran à la compréhension des situations. Un autre cliché est l’opposition entre tradition et modernité. Ces deux notions sont complètement mêlées : des réalités du passé peuvent servir pour la construction de l’avenir. Ou, au contraire, des réalités qui s’affirment modernes contribuent en fait à bloquer les sociétés dans un univers soi-disant traditionnel.

 

La décolonisation n’est pas seulement l’étape finale d’un processus de modernisation. C’est beaucoup plus compliqué. En histoire, il faut être sensible à l’évènement. Or, la modernité du colonial tardif, qu’elle soit urbaine ou rurale, débouchait sur des revendications d’égalité sociale, économique, syndicale, mais pas forcément d’indépendance. L’indépendance s’est articulée ensuite à ces revendications.

 

Quant au passé, il peut être complètement caricaturé sous le terme de société coutumière. Il peut être aussi porteur de référents quasi mythiques récupérés par des gens qui peuvent ne plus vivre dans un cadre « à l’ancienne ». Il y a également des notions comme le nationalisme, le panafricanisme, l’ethnisme qui s’entremêlent de façon beaucoup plus complexe qu’on peut le penser. Le nationalisme, pour l’Afrique au sud du Sahara, semble faire corps avec le panafricanisme; l’idéologie du panafricanisme est porteuse de la revendication d’indépendance nationale. Mais d’un autre côté, les indépendances sont aussi la négation du panafricanisme.

 

            Identifier les situations et les parcours

 

Le séminaire a essayé de creuser ces deux questions : Il y a des parcours qui peuvent ne pas être linéaires. Le débat qui s’est ouvert autour du livre de Mahmoud Mamdani « Citoyens et sujets » paru en 1996 en est un exemple. Ce livre dit que les Africains ont été incapables de construire des Etats corrects, faute de modèle, car l’administration coloniale leur a servi le modèle de la gestion tribale. En fait, Mamdani se réfère à la période de l’ « Etat paysan ». Mais après 1946, les puissances coloniales et les acteurs colonisés ont cherché autre chose qui s’est trouvé être, à un certain moment, les indépendances. C’est donc cette réflexion sur les années 1950-1960 qui est intéressante car elles montrent l’émergence d’une autre société, celle des élites.

 

Selon Cooper, le grand changement est que les Etats coloniaux prennent très vite conscience du coût de cette modernité. Il  vaut mieux que ce soient les autorités africaines qui assument ce coût ainsi que les conflits sociaux qui accompagnent cette modernité. La conclusion de Cooper est que ces jeunes Etats vont se retrouver très vite dans une impasse entraînant coups d’Etat militaires et retours à des logiques tribales. Ce n’est ni un héritage du passé le plus reculé, ni une invention du colonisateur. C’est une situation où le pouvoir trouve intéressant d’utiliser les divisions, le clientélisme, et, de ce point de vue, on observe une régression dans les années 1970-80, face aux défis économiques et politiques.

 

Il y a donc un combat des historiens pour analyser des périodes, des situations (les Afriques belge, britannique, française ne sont pas identiques), et non des grands blocs. Et il ne faut surtout pas faire un débat, conclut J.P. Chrétien, sur le colonialisme du 16e au 20e siècle car on ne serait plus dans l’histoire mais dans une allégorie.

 

LE DEBAT

 

Une question récurrente soulevée lors du débat est celui de la paix présentée comme un élément essentiel de l’héritage. Mais cette paix n’était pas totale. Michel Levallois rappelle l’insurrection de Madagascar en 1947 qui s’est déclarée malgré la paix ambiante et qui tirait ses racines de l’histoire malgache. La paix ne se transmet pas comme un cadeau : c’est une situation à un moment donné. Pierre Boilley cite les affrontements des Kikouyous contre les Masaïs et pense qu’il existait des bombes à retardement. Jean-Pierre Chrétien fait remarquer qu’il y a eu de nombreuses révoltes dans l’histoire coloniale. Jean Clauzel estime que les réponses trouvées, pour expliquer cette paix ambiante, ne suffisent pas et la question reste ouverte.

 

Mustapha Diop fait un parallèle entre les deux paradoxes que sont d’un côté le panafricanisme et l’éclatement en territoires nationaux, et d’un autre côté, les divisions territoriales actuelles et les velléités d’intégration sous-régionale, montrant ainsi la persistance de cette question. Pour Jean-Pierre Chrétien, l’échec du panafricanisme n’est pas seulement lié à la balkanisation produite par la métropole. Les acteurs locaux en sont également responsables. Pour Bernard Dumont, tous les Etats étaient partisans du maintien d’un lien fédéral sauf Houphouët Boigny, en Côte d’Ivoire, qui a joué la carte du repli. Il se demande par ailleurs comment l’héritage a pu se transformer. Si les superstructures administratives ont été adoptées il n’y a pas eu une culture économique de progrès d’où certaines difficultés.

 

Pour Roland Colin, on est très loin d’avoir l’intelligence de la complexité des questions soulevées. Du point de vue du colonisateur et du décolonisateur, le projet de passage de l’autonomie interne à l’indépendance n’est pas clair. Jusqu’en 1946, il y avait, d’un côté, les partisans du système en place et de l’autre une vision assimilationniste  qui a cristallisé sur le projet d’Union française  qui a duré le temps de l’Etat colonial tardif. En ce qui concerne la paix, on peut parler du calme après la tempête, celle des conquêtes. La paix ne veut cependant pas dire qu’il n’y avait pas de tensions sociales et il y avait de grandes difficultés à trouver des équilibres durables. Des sociétés vivaient de manière étrangère au système d’Etat et le colonisateur s’en accommodait. Roland Colin soulève également la question de la relève : comment préparer cette relève à une gestion d’Etat ou passer d’un statut de chef de service dans une administration de type préfectoral à un statut de ministre ? Les élites n’étaient pas préparées à assurer les commandes de l’Etat. Autre complexité : les territoires issus du découpage de la colonisation, n’étaient pas de plein droit des nations. C’est sur le constat de cette complexité que s’est clos le débat.

 

PM

 


LE BAROMETRE DE LA CADE

 

« NEGROLOGIE – Pourquoi l’Afrique meurt ?»

(Ouvrage de Stephen Smith, chez Calman-Lévy)

 

Lorsque l’on feuillette la presse, l’annonce de cet ouvrage, au titre aussi morbide, ne peut passer inaperçue; d’autant plus que l’auteur est un journaliste prestigieux, spécialiste Afrique du journal Le Monde. La lecture du livre ne peut laisser indifférent un lecteur habituel de la lettre de la Cade, car l’ouvrage en question est assorti d’une condamnation de l’afro-optimisme pour crime contre l’information (page 14). Bigre ! Venant d’un journaliste compétent, et dont le livre fourmille de descriptions et d’analyses crédibles, on frémit !

Mais une certaine impétuosité finit par aveugler, puisque dans le même ouvrage, on peut lire (page 33) qu’entre 1950 et 1990, « l’Afrique subsaharienne a connu l’essor démographique le plus fulgurant que le monde ait jamais connu, passant de 200 à 600 millions d’habitants…l’espérance de vie augmentant de 39 à 52 ans… et on comptera en 2050 1,8 milliards d’habitants, soit un cinquième de la population mondiale, et l’Europe moins de 650 millions » après avoir lu page 13 : « oui, heureusement, le cadavre (Afrique) bouge encore ».Ce n’est pas très cohérent !

            Nous avons donc choisi de citer, dans ce baromètre, quelques extraits de livres récents exprimant un point de vue différent, sachant qu’à la Cade, nous n’avons jamais confondu l’afro-optimisme avec un optimisme béat, mais avons toujours porté et continuons à porter sur le continent africain un regard lucide, même quand on peut mettre l’accent de temps en temps, sur « l’Afrique qui bouge », car beaucoup d’Afriques bougent, bien heureusement.

            Nous compléterons ces citations par celles des articles de presse relatifs à la visite d’Etat en France du président Thabo Mbeki qui vient défendre la « renaissance africaine » à Paris.

            La conclusion de Stephen Smith vaut d’être citée : « le présent n’a pas d’avenir en Afrique. Tel était notre point de départ. A l’arrivée, la démonstration a été faite » ( ?) « Elle est écrasante, déprimante, irrécusable. Le continent se meurt. Il lui faut changer, sous peine de sceller le sort d’un grand nombre de ses habitants. L’Afrique est éternelle, certes » (Eternelle et mourante ?) « mais comment accepter que le berceau de l’humanité devienne un tombeau pour tant d’hommes, de femmes et d’enfants ? » Bien que le continent se meure, resterait-il quelque espérance ?

Mais toutes ces vaticinations sont-elles bien sérieuses ? (malgré la justesse de nombreuses descriptions du livre)

 

« Oubliez l’Afrique. Le continent noir est sans avenir »

 

         C’était le titre de notre barométre d’octobre/novembre 2002, consacré à l’ouvrage de Kofi Yamgnane « Nous grandirons ensemble » (Robert Laffont – octobre 2002).

Phrase terrible, prononcée il y a une dizaine d’années, dans une conférence à Brest, par un professeur de HEC devant un auditoire de futurs cadres, et que Kofi Yamgnane relevait comme un défi.

« La vraie et grande question qui commence à se poser est celle-ci : comment se fait-il qu’avec toutes les catastrophes qui leur tombent dessus, il y ait encore des africains ? Ces 750 à 800 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, pourquoi ne meurent-ils pas tous ? c’est que le malade est coriace : quand on croit qu’il va trépasser, il pousse un grand rire sonore…. L’homme d’Afrique garde le moral parce qu’il a toujours confiance en sa bonne étoile. Cette confiance est instinctive. Elle n’en est pas moins raisonnable et elle porte un nom : elle s’appelle la famille ; la famille élargie, le clan, constitué de descendants d’un ancêtre commun, est le cocon où il sait, quelques soient les circonstances, trouver le gîte, le couvert et le réconfort. La famille, c’est la sécurité sociale de l’Afrique…. » (page 166)

« Il doit y avoir dans mon afro-optimisme une bonne dose d’inconscience, voire de masochisme, puisque je souscris à cette volonté de voir se développer encore des rapports entre le Nord et le Sud qui, jusqu’à ce jour, ont toujours été placés sous le signe de l’écrasement du second par le premier. J’y souscris tout simplement parce qu’il n’y a pas d’autre solution. Je ne considère absolument pas ces relations renforcées comme une nouvelle colonisation. Dire que l’Afrique n’a que faire de l’Occident, qu’elle doit retrouver en elle-même les ressources d’une refondation, me paraît être un nouvel avatar de la pensée maoïste…. L’Etat occidental va reprendre ses prérogatives…. Le phénomène ne peut pas rester occidental. Par capillarité, le long des multiples réseaux qui commencent d’irriguer toute la planète, l’Afrique elle aussi sera saisie, sans doute dans de nouveaux soubresauts, par cet indispensable renouveau de l’Etat… » (page 278)

 

« Besoin d’Afrique »

par Eric Fottorino, Christophe Guillemin et Erik Orsenna (Fayard 1992)

 

            « Mais où est l’Afrique ? Qui n’a pas vu entre Capricorne et Cancer, une autre Afrique, gaie, entreprenante, sans complexes ? Et si les critères du développement forgés par l’homme blanc assisté par ordinateur étaient incapables de percevoir la réalité africaine, ses échanges informels, ses réseaux de solidarité, ses richesses non marchandes ? » (page 19)

« Voici l’Afrique. L’Afrique d’aujourd’hui. Celle qui rit, celle qui lutte, celle qui raconte et invente….. l’Afrique n’est plus à la mode. On n’entend plus que vive l’Asie ou bravo l’Est…. Tendez l’oreille, ouvrez vos yeux, voici le démenti, voici la preuve que le continent bouge, craque, proteste. Sans doute ce sera long, long et douloureux….. Tout le monde sait que l’espèce humaine vient de là entre Adis et Lusaka. Eh bien, le berceau du monde recommence à s’agiter. Du Nord au Sud, de l’Algérie qui se cherche à Mandela qui pousse la porte, un vent d’ambition se léve. Salut à lui » (page 339)

(Erik Orsenna)

 

Une nouvelle Renaissance

«Caliban naufragé » de Pierre Moussa (Fayard 1994)

 

« Je suis persuadé que, dans quelques siècles, le Nord d’aujourd’hui apparaîtra rétrospectivement comme immergé dans une sorte de Moyen Age plein d’infantilismes et d’incongruité. Le Nord a largement maîtrisé la nature, mais non point cette maîtrise elle-même…. Après ce Moyen Age moderne peut venir une Renaissance. Pour l’éclosion de cette Renaissance, le rapprochement du Nord et du Sud constitue sans doute un élément décisif... Un des traits fondamentaux  de cette nouvelle Renaissance ne peut manquer d’être une forte prise de conscience, par le Nord comme par le Sud, de la communauté d’intérêt de l’humanité entière autour de la préservation de la biosphère » (pages 308 – 309)

 

Thabo Mbeki vient défendre à Paris la Renaissance africaine

(titre du Figaro du 17/11/03)

 

Thabo Mbeki a célébré devant les députés français la naissance d’une axe politique Paris-Prétoria (titre du Monde du 20/11/03)

 

« Le président sud africain Thabo Mbeki s’est inscrit en héritier de la Révolution française, hier, lors d’un discours lyrique devant l’ Assemblée Nationale, évoquant longuement Robespierre et le combat des Français pour être libres, pour créer un nouveau monde, ce que l’Afrique du Sud tente selon lui de faire depuis la chute de l’apartheid et l’arrivée au pouvoir en 1994 de la majorité noire »

(Julia Ficatier – La Croix du 19/11/03)

           

Bernard Monnier

 

 

LA  PAGE ECONOMIQUE

 

1. UN  PETROLE  ANTI-CORRUPTION.

 

Au moment où Transparency International publie son « Indice de perception de la corruption 2003 » pour 133 pays, plaçant onze Etats africains dans  le peloton de queue ( de la 106ème à la 133ème, Nigéria 132), il faut noter l’expérience anti-corruption lancée par la Banque mondiale au Tchad.

Le 10 octobre dernier la première  goutte de pétrole tchadien a emprunté l’oléoduc qui  le conduit des champs de Doba, au sud du pays, jusqu’au port  camerounais de Kribi. Ce  pétrole est exploité par un consortium américano (65%) – malais (35%) et a nécessité 3,7 milliards de dollars d’investissement. La Banque européenne d’investissement, la  Société financière internationale, la Banque mondiale ont apporté prêts et subventions.

De qualité moyenne, puisé à 2000 mètres de profondeur, transporté sur 1070 kms , ce brut sera vendu, selon la Banque mondiale, 16,5 $ le baril. Sur 25 ans, il devrait rapporter 500 millions de dollars au Cameroun et 2 milliards au Tchad

Pour être  assuré que cette manne  profitera au pays et à sa population, la Banque a mis tout son poids dans l’établissement d’un système de répartition unique au monde. En 1998 l’assemblée nationale tchadienne a voté la loi pétrolière 001, qui répartit ainsi les revenus: 10 % seront déposés sur  un compte d’épargne à Londres à l’intention des générations futures ; sur les 90% restant, 80 % sont destinés aux secteurs prioritaires (éducation, santé, infrastructures, développement rural, environnement, eau), 15%  seront attribués au budget, donc à la discrétion du gouvernement, et 5% aux collectivités locales de la zone de production.

Un Collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières (CCSRP) est présidé par le président de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale. Il comprend neuf membres dont quatre de la société civile (syndicats, ONG locales, associations des droits de l’homme, confessions catholique et musulmane en alternance) et cinq conseillers techniques, dont un venu du Trésor  américain. Chaque année il veillera au  respect de la clé de répartition par la loi de finance. Ses observations seront  rendues publiques.

Un système aussi contraignant a été salué avec enthousiasme dans son principe. Doutent toutefois de sa mise en œuvre réelle l’opposition tchadienne, des ONG internationales, des milieux politiques et pétroliers. Certains la redoutent, car, en cas de succès, le système pourrait être étendu à d’autres pays.

 

2. UN FORUM  INTERNATIONAL POUR LE NEPAD  

 

Le 10 novembre s’est tenu à Paris la première session du « Forum pour le partenariat avec l’Afrique ». Environ 150  participants représentaient  les pays du G8, ceux de l’OCDE, l’ONU , la Banque mondiale, le FMI, l’OMC et une vingtaine d’Etats africains.   

L’objectif était de donner une impulsion politique au développement du continent. Ce Forum se  réunira deux fois l’an, au Sud puis au Nord. Il sera doté d’une structure permanente de  quatre représentants (Union Africaine, G8, II autres pays OCDE, NEPAD)  avec deux co-présidents, l’un élu par les pays industrialisés, l’autre désigné par le président de l’U.A. Ils seront assistés par les représentants personnels des chefs d’Etat du nord, les plus concernés.

Dans son allocution, Jacques Chirac a insisté sur la nécessité d’une plus grande implication de la société civile. Il a  annoncé la création – aujourd’hui effective – d’un groupe de travail pour rechercher comment associer  à cet effort mondial la richesse engendrée par la mondialisation. Ce serait une sorte de taxe Tobin techniquement viable.

Cette  superstructure financière sera nécessairement administrative. Regroupant les donateurs potentiels pour plus de coordination et d’efficacité, sera-t-elle un « machin » de plus, ou réussira-t-elle à revigorer l’image du NEPAD tant en Afrique que dans le secteur privé ?

En effet, malgré les incantations de certains chefs d’Etat, trois d’entre eux seulement, sur les onze attendus, ont participé au Sommet est-africain de Nairobi le 29 octobre. En contrepartie, il faut noter que 18 d’entre eux ont maintenant accepté de se soumettre au Mécanisme de revue par les pairs.

Quant au secteur privé, son scepticisme croissant s’est nettement exprimé au colloque de l’association « Africa S.A. » au Sénat le 2 octobre. Le président du Medef Afrique, déplorant que « les conditions du succès ne soient pas réunies », a  dit redouter de voir  « le NEPAD  se transformer  en un exercice purement intellectuel ».

La discrétion qui a entouré le Forum de Paris montre que, sans existence formalisée, le NEPAD ne peut se faire connaître. Il est pourtant déjà intervenu  dans certains projets et sa philosophie de responsabilisation a créé un climat propice au règlement récent de certains conflits africains.

                                              

                                                                                  Robert GINESY

 

NDLR. L’essentiel des informations utilisées dans cette page provient de l’hebdomadaire « Marchés Tropicaux et Méditerranéens ».

 

 

Agenda de la CADE

 

Mercredi 10 décembre 2003 : Au carrefour du public et du privé, la question foncière, avec Etienne le Roy, directeur du Laboratoire d’anthropologie juridique de l’université de Paris I (LAJP), et Mustapha Diop, docteur en anthropologie juridique, chargé d’enseignement à Paris I.

 

Mercredi 14 janvier 2004 : Roland Colin, ancien directeur de cabinet de Mamadou Dia, président de l’IRFED, nous parlera de sa découverte de la société malienne, dans les années cinquante lorsqu’il fit, avec sa femme, ses débuts de jeune administrateur à Sikasso. Il est l’auteur de l’ouvrage à paraître chez Présence Africaine : Kénédougou, mémoires d’une Afrique entre deux rives.

 

Mercredi 11 février 2004 : Le rôle des autorités traditionnelles.


Pour la page 8

 

La vie de la  CADE

La relance des abonnements à la Lettre donne d’excellents résultats. Nous avons dépassé la centaine d’abonnés à jour. C’est encore insuffisant mais nous espérons que tous les amis de la CADE ne se sont pas encore manifestés et ne vont pas tarder à le faire.  Ce retour qui nous confirme l’intérêt de ce que nous faisons est bienvenu en cette période où nous devons résoudre plusieurs problèmes de fonctionnement de notre secrétariat.

 

L’assemblée générale aura lieu le mardi 16 décembre à 18 heures  dans les locaux d’Enda-Europe, 5 rue des immeubles industriels 75011, code d’entrée 80 A 76. Venez y nombreux. Nous y évoquerons le programme des mois à venir et vous mettrons au courant des mesures prises pour assurer la continuation de notre action.

 

Nous avons lu

Frontières  de Sylvie Brunel, Denoël, Paris  2003

Cet ouvrage est navrant. Autant le dire tout de suite.  Pour deux raisons. La première est qu’il est trop facile de faire un roman , qui par ailleurs, bien construit et bien écrit se lit facilement, en ramassant toutes, je dis bien toutes les faiblesses, insuffisances  et compromissions de l’aide humanitaire et la veulerie de tous ses acteurs.  Le témoignage est  de première main et aucun des faits rapportés n’est inventé. C’est ce qui fait son intérêt.  Mais il en résulte un récit qui est faux:  car l’aide humanitaire ne peut décemment pas être assimilée à ce répertoire exhaustif  de petits calculs  et  de grandes hypocrisies. Que l’auteur ait voulu appeler l’attention sur les « loupés » de ces organisations qui en dépit de leur intitulé ne sont pas parvenues à dépasser les frontières qu’elles prétendent abolir ,- d’où je suppose le titre du roman-, qu’elle ait voulu dénoncer les compromissions  choquantes entre la coopération  publique et l’aide humanitaire, l’utilisation politique de l’arme de la faim, ainsi que la terrible insuffisance de la charité privée face à des tragédies  voulues et assumées par des États et /ou par leurs oppositions, cela se conçoit et se justifie. Mais pourquoi, c’est la deuxième chose qui me navre, Sylvie Brunel qui a consacré une grande partie de sa vie à la cause humanitaire, s’est-elle laissée ainsi emporter dans une charge impitoyable contre tous ceux qui ne se résignent pas à l’ignorance, à l’indifférence, à l’impuissance ? Mais peut-être l’ancienne militante, directrice et présidente d’ACF a-t-elle voulu  faire entendre sa voix dans le conflit qui oppose les bénévoles et les salariés dans les ONG ? S’il s’agit d’un règlement de comptes, il fallait éviter d’éclabousser tous les « sans frontières ». Et  l’on est en droit de se demander en refermant le livre qui se termine comme un procès-verbal, pourquoi son auteur n’est  pas allé jusqu’au bout de sa plume en  rédigeant les conclusions de son  réquisitoire pour demander la liquidation de toutes les actions humanitaires.  Espérons néanmoins que ce témoignage impitoyable aura quand même un effet salutaire chez « les sans frontières »  et  les aidera à travailler mieux.  Et puis Sylvie Brunel aura, je l’espère, d’autres lectures  à nous proposer, prochainement. M .L.


LE  MALI À PARIS

 

 

Fête de l’artisanat du Mali à Paris (3ème édition)*

5 au 9 novembre 2003

 

Depuis trois années, à l’initiative du Ministère de l’Artisanat et du Tourisme du Mali et en collaboration avec la Maison de l’Afrique,* la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris accueille pendant une semaine des artisans maliens. La rotonde de la Bourse de Commerce offre aux artisans créateurs un cadre exceptionnel pour présenter leurs étonnantes productions : bijoux, cuirs, poteries, textiles, métaux, bois sculptés, autant de facettes éclatantes du talent malien. On a pu y admirer :

         50 artisans, exposants-artisans, 25 stands :maroquinerie, cordonnerie, bijouterie moderne et forge touareg, sculpture, textile, instruments de musique, perles, encens, de nombreuses animations musicales, des dégustations de produits, des animations artistique et culturelles.

         La Maison de l’Afrique à Paris est un cadre qui convient fort bien à une telle manifestation

Avec son architecture en rondeur, située dans l’un des plus vieux quartiers de Paris où se trouvait autrefois le départ des diligences. Elle a été créée en 1976 et constitue avant tout la représentation économique en France des Etats d’Afrique Occidentale et Centrale qui l’ont fondée : Bénin, Burkina Faso, Centrafrique,Congo, Côte d’Ivoire,Gabon, Mali, Niger, Sénégal, Togo

 

 

 Maison de l’Afrique

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La  Maison de l’ Afrique propose  des  monographies de pays mises  à jour annuellement ,un fonds documentaire : annuaires africains d’entreprises africaines de presse, de réglementations, des missions d’entreprises en Afrique pour les chefs d’Etat  et Ministres, la promotion,l’assistance et la réalisation de manifestations en Afrique, la réalisation d’.expositions africaines en France.

La Maison de l’Afrique édite chaque année une collection de dossiers macroéconomiques sur les principaux pays de l’Afrique sud  saharienne. Nombreux sont ses partenaires tant en Afrique qu’en Europe

En  outre, paraît  l’Echo du Mali, bimestriel d !information  des  Maliens de France,  où l’on trouve des rubriques d’actualité, de technologie,de culture, de sport, de mode , de tourismes..

 

 

Denyse de Saivre

 

 

 *5 au 9 Novembre 2003

**2 rue de Viarmes 75001 Paris

 

 

 

 

 



[1] Nouveau Partenariat pour de développement de l’Afrique