Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°65 - Septembre 2003

Débat du mois :

La littérature africaine d'expression anglaise

 

Sommaire :


Editorial : Lettre à Madame Bâ

C'est à vous, madame Bâ, que je m'adresse puisque Érik Orsenna vous a sortie de l'anonymat et que vous avez bien voulu lui confier vos plus intimes secrets1.

Je voudrais tout d'abord vous dire mon admiration et ma joie de rencontrer une femme africaine de votre trempe. Vous avez été une élève douée, une étudiante brillante, et vous êtes aujourd'hui une enseignante distinguée. Votre force, votre intelligence, votre capacité à affronter le pire avec humour et poésie, votre volonté de mêler le "moderne" au "traditionnel", votre combat pour que l'Afrique ne soit plus comme l'aiguille noire de la boussole toujours tournée vers le Nord, tout cela m'a enthousiasmé. Veuve héroïque, mère et grand-mère au dévouement inlassable, vous m'avez rappelé ces femmes africaines qui vous ressemblent, telle Aminata Traoré, Henriette Diabaté, que votre ami Orsenna connaît bien et qui sont l'espoir de l'Afrique.

Mais ce que je voudrais vous dire maintenant concerne ce que vous avez raconté à votre ami Orsenna à propos des affaires franco-africaines, de ces petits trafics, de ces sordides complicités qui nous lient les uns aux autres et qui sont la face honteuse de notre amitié. Il est en effet quelque chose de bien plus important que le trafic des ordonnances, des anciens combattants, la construction d'un échangeur sans route financé pour "nourrir" des "bien placés", les crédits de l'aide évaporés, le recrutement abusif de votre petit-fils par un club de football français, la légion d'honneur quasi posthume d'un ancien combattant de 14-18....

Ce quelque chose, c'est ce qui se passe à l'OMC : c'est la prise de conscience que l'Afrique ne peut pas "s'en sortir", pour parler comme les Afropessimistes, sans un changement radical de la politique économique. Il aura fallu cinquante six ans exactement, depuis le premier cycle des négociations multilatérales de Genève en 1947, pour que s'imposent un constat et une évidence : vingt trois pays de l'Afrique subsaharienne qui rassemblent plus de la moitié des habitants de cette région sont aujourd'hui plus pauvres qu'en 1975 et vingt d'entre eux sont encore plus pauvres qu'en 19902. Voici pour le constat. Quant à l'évidence, il est maintenant admis et reconnu que la lutte contre la pauvreté, pas plus que le développement, ne passent par la libération des échanges telle que la pratiquent les pays riches qui protègent leurs marchés intérieurs et subventionnent leurs exportations et qui prétendent satisfaire les besoins fondamentaux des plus pauvres en ruinant les agriculteurs du Sud3.

Oui, l'heure n'est plus à la dénonciation des faiblesses et des retards de l'Afrique ni à celle des ratés de la coopération internationale et de l'aide au développement. Elle est à la bataille politique qui se livre aujourd'hui à l'OMC , mais qui devra être livrée dans toutes les instances internationales pour que les pays du Nord respectent les règles qu'ils ont eux-mêmes posées et pour que le marché mondial ne soit plus une foire d'empoigne où les plus forts éliminent les plus faibles au nom d'une prétendue rationalité économique. C'est pourquoi nous ne nous réjouirons de l'échec de Cancun que s'il accélère la construction, à laquelle les pays africains ont beaucoup contribué car pour eux elle est vitale, d'une économie qui soit "avant tout une activité de transformation du monde pour satisfaire les besoins humains"4.

Michel Levallois

1. Lettre à madame Bâ, roman, Fayard-Stock

2. La Vie n° 3027 semaine du 4 septembre 2003

3. Dani Rodrik Le Monde du 9 septembre 2003 et James D. Wolfensohn Le Monde du 12 septembre 2003

4. René Passet, La Vie n°3027 semaine du 4 septembre 2003 Dossier OMC.

La littérature africaine d'expression anglaise
Compte-rendu de la rencontre-débat du 18 juin 2003


Ce compte-rendu de la rencontre-débat sur la littérature africaine anglophone a été rédigé sous la seule responsabilité de la Cade et n'engage que le rédacteur. Les présentateurs des exposés n'ont pas validé le texte présenté ci-dessous:


La CADE a voulu consacrer cette dernière rencontre-débat de la saison à la littérature africaine de langue ou d'expression anglaise. En effet lors de la rencontre-débat du 5 février dernier consacrée à la littérature africaine d'expression française ou francophone nous avions souligné cette distinction. Une différence dans la présentation que les intervenants pourront expliquer. La CADE a choisi de s'intéresser à la littérature comme à un moyen privilégié pour comprendre ce qui se passe en Afrique : les problèmes posés, la façon dont les Africains y réagissent. Car elle ne rend pas compte des mêmes choses et ne fonctionne par de la même façon ni au service des mêmes causes en espace francophone qu'en espace anglophone. La CADE a eu la grande chance, grâce à Denyse de Saivre, de pouvoir inviter deux universitaires de très grand talent qui connaissent parfaitement la littérature anglophone : Christiane Fioupou, (spécialiste de la littérature anglophone d'Afrique de l'Ouest , c'est à dire du Nigéria, ce géant qui a produit Wole Soyinka, prix Nobel de littérature et Ken Saro-Wiwa), et Guillaume Cingal (spécialiste de l'Afrique de l'Est) ; ce sont deux pôles culturels qui ont chacun leurs spécificités et leur intérêt.

LA LITTERATURE D'AFRIQUE DE L'EST

L' "impertinence" des frontières

Guillaume Cingal, maître de conférence au Département d'Anglais de l'Université de Tours, est spécialiste de Nuruddin Farah, auteur somalien. Pour lui, cette rencontre-débat est une occasion de briser les frontières assez arbitraires entre les langues. En effet, dans son parcours de chercheur, il a eu l'occasion de constater la non pertinence des frontières linguistiques. Il cite le cas de Nuruddin Farah qui, venant d'un pays n'appartenant pas à l'anglophonie classique au sens où on l'entend, s'est tourné, au cours de ses recherches comparatives, vers des auteurs africains arabes comme Naguib Mahfouz, ou des auteurs africains francophones d'Afrique de l'est, voire même de certains écrivains lusophones qui, parfois, ont des liens de parenté avec l'œuvre de Nurrudin Farah bien plus profonds que certains écrivains sud-africains ou nigérians anglophones. Guillaume Cingal insiste sur cette notion d' "impertinence" des aires linguistiques qui résultent du découpage arbitraire de l'Afrique en aires géographiques, le choix de "médiums linguistiques" ne correspondant pas, le plus souvent, à la réalité. Ainsi, pour pousser le raisonnement jusqu'à l'absurde, dans les départements d'anglais, on enseigne ensemble les littératures du Commonwealth qui comprend la Canada, l'Australie, l'Inde et l'Afrique anglophone mais en excluant les littératures francophones noires… Ce qui est un parfait exemple de limitation arbitraire.

Guillaume Cingal s'est principalement attaché à quelques pays de la corne de l'Afrique, le Soudan, le Kenya, l'Ouganda, le Malawi, le Zimbabwe, l'Afrique du Sud devant faire l'objet d'une rencontre-débat ultérieure. Il partira de la littérature kenyane de l'époque des indépendances et de la décennie qui a suivi pour montrer que cette littérature de combat, puis de l'illusion des indépendances est devenue une littérature de la désillusion. Il prendra ensuite l'exemple d'un écrivain kenyan tout à fait atypique de cette même époque, Tabah Lo Lyong, pour montrer qu'il est très difficile d'assigner une parenté à ces écrivains africains, ce que nous avons tendance à faire au motif que leur voix émane du continent africain. Il faut au contraire aller chercher les écritures individuelles derrière ces ressemblances de façade. Guillaume Cingal parlera enfin de Nurrudin Farah à qui il a consacré sa thèse et terminera en évoquant la nouvelle génération des écrivains nés après les années 50. Ces derniers ne veulent pas se laisser cataloguer comme "écrivains africains" et développent une œuvre que l'on pourrait dire "mondialisée" : ils ne se réclament pas de l'africanité et veulent avant tout démontrer leur maîtrise d'écrivain.

La littérature des indépendances

Pour le Kenya, Guillaume Cingal parle d'une littérature qui, dans les années 60/70, représentait typiquement l'élan national des indépendances. Un nom vient à l'esprit, celui de N'gugi Wa Thiongo qui publia ses premiers romans dans les années 60, sous le nom de James Cookie. Tous ses romans sont traduits en français. N'gugi a publié The River Between en 1965, dont l'action se passe en 1930, intéressant par sa forme allégorique, puisqu'il décrit deux peuplades qui n'existent pas mais qui sont de langue kikuyu. Ces deux peuples, séparés par une rivière, ont deux systèmes sociétaux et religieux différents: les uns sont polythéistes et pratiquent la circoncision alors que les autres ont été christianisés. Ce roman, très riche en allégories complexes, peut être comparé au Monde s'effondre de Chinua Achebe. Il y a ainsi une tentation de revenir sur le passé colonial, pour déboucher sur une littérature nationale, c'est à dire une littérature qui se décolonise. Petals of Blood, en 1976, emprunte son vocabulaire à la fois au messianisme christique et à l'idéologie marxiste. Dans ce roman, il est déjà question du désenchantement devant l'impossible gestion du Kenya par les Kenyans. En effet, le livre évoque l'espoir qu'aurait créée la rébellion des Mau-Mau et en quoi cette rébellion a été galvaudée par l'arrivée au pouvoir des Kenyans après l'indépendance. Il y a dans ce roman un véritable désir de penser au combat contre le néocolonialisme qui s'installe après les indépendances.

Parmi les auteurs qui traitent de cette même désillusion, il y a Leonardo Kibera qui a écrit Voices in the Dark, roman qui raconte l'itinéraire de trois anciens rebelles mau-mau dans le Kenya devenu indépendant. Il s'inscrit en faux contre N'gugi Wa Thiongo (lequel a écrit la plupart de ses ouvrages en langue kikuyu). Donc deux positions tout à fait différentes sur le choix de la langue. En effet, après avoir écrit une série d'essais en anglais, N'gugi estime que tous ceux qui écrivent dans la langue du colon continuent à prolonger l'enseignement colonial et que pour se débarrasser d'elle, il faut écrire dans les langues indigènes, ce qu'il a lui-même fait en kikuyu. Ses compatriotes ne peuvent pas le lire puisqu'ils ne parlent pas le kikuyu, alors qu'ils lisent l'anglais, langue véhiculaire. Le problème du choix de la langue se pose moins en zone francophone alors qu'il existe toujours en milieu anglophone, peut-être à cause de la négritude. Ne trahit-on pas ses origines en écrivant en Anglais ?

Tabah Lo Lyong, un écrivain de la rupture

Guillaume Cingal en vient ensuite au cas de Tabah Lo Lyong, écrivain très intéressant à une époque où, en Afrique de l'Est, tous les écrivains s'accordent pour dire qu'il faut défendre une littérature nationale, décolonisée, transmettant le message du peuple. C'est une époque de très fort réalisme social. On pourrait également citer la nouvelliste kenyane Grace Ogot, malheureusement non traduite en français, comme un très bon exemple de ce réalisme social. Dans ses nouvelles, elle cherche à montrer les conflits entre les différentes classes sociales sous des formes différentes qui peuvent aller de la comédie légère à la tragédie. Dans ce paysage là éclate la figure de Tabah Lo Lyong, écrivain prolixe dans les années 60-70 et qui n'est pas kenyan à proprement parler puisqu'il a quitté le Kenya dans les années 60 pour échapper à un conflit intestin. On peut considérer que c'est un écrivain déterritorialisé puisqu'il écrit sous un pseudonyme, assez symbolique, qui n'a pas de racine africaine. En effet Tabah est son prénom de plume. Il est composé de la première syllabe des noms de sa mère et de son père et Lo Lyong sont en fait des noms chinois. Au cours des années 70, il déploie une oeuvre de fiction éclatante, très émouvante, notamment dans un recueil de nouvelles qui s'appellent Fictions American X. C'est aussi, longtemps avant d'autres, un penseur du post-colonialisme. Dans The Last Word , en 1969, il écrit un article extrêmement important dans lequel il explique qu'il faut en finir avec la négritude qui fait fi du contact entre cultures. A cette époque il y avait peu d'écrivains qui développaient ces théories. Ceci pour montrer combien ce paysage littéraire est varié. Son œuvre maîtresse est Méditations of Tabah Lo Lyong qui est un mélange de confessions à l'européenne mais aussi de méditation latine, de pamphlet politique et d'essai métaphysique. Ce qui est intéressant, c'est que ce texte cherche, par l'autobiographie, à se situer au delà du débat Europe-Afrique-Amérique-Asie, et à dépasser le désir de vengeance vis à vis de la colonisation. Il dit : "ce n'est pas la peine de pleuvoir sur le lait répandu". Il s'interroge aussi sur le choix de la langue anglaise en tentant d'en décoloniser le sens. De ce point de vue, il se situe dans le débat aux côtés de N'gugi Wa Thiongo.

Un marginal, Nuruddin Farah

Guillaume Cingal parle ensuite de Nuruddin Farah qui est encore un cas marginal, ayant vécu en Somalie, où l'on parle le somali, l'arabe, l'amharique, l'italien, l'anglais, cette dernière langue prenant le pas sur les autres. En 1970, il pointe du doigt les errements des sociétés africaines et le fait que le système clanique somalien ne permet pas l'émergence d'un Etat démocratique. A la suite du coup d'Etat de Syad Barré, Farah fait le choix de rechercher les culpabilités. Il n'oublie pas les responsabilités des somaliens. L'œuvre de Nurrudin Farah comprend deux ensembles : le premier traite du problème de la dictature, sorte de "fictionnalisation" de la dictature de Syad Barré, le second traite des politiques, de la guerre qui engendre la famine, de l'aide alimentaire et de la chute de Syad Barré. Il montre un Etat en train de se liquéfier, dans la guerre civile, et qui est menacé de disparition. Son nouveau roman s'intéresse à la situation des somaliens à Mogadiscio pendant la guerre civile après l'intervention américaine qui a installé le chaos. Farah a vécu en exil depuis 1979 mais a fait plusieurs séjours en Somalie en 1990. Il ne s'y est pas installé dans la mesure où il n'y a toujours pas d'Etat stabilisé. Il ne peut cependant pas écrire de romans qui se passeraient ailleurs. C'est un grand écrivain africain qui reste à découvrir pour la pertinence de ses analyses et la beauté de sa prose. Cela montre bien cette permanence de la territorialité malgré les aléas historiques et biographiques.

La jeune génération

Guillaume Cingal souhaite terminer sur une note différente en parlant de trois écrivains récents. M. G. Vassanghi est issu d'une famille asiatique. Dans son premier roman, il parle de la situation des indiens restés en Afrique de l'Est. Ce roman, tourné vers le passé, est une œuvre de mémoire où la généalogie a une part très importante. C'est aussi une œuvre complexe qui évoque la décolonisation, car l'africanité s'est souvent défendue au détriment des asiatiques. C'est une fiction de l'expatriation qui raconte l'itinéraire des asiatiques de l'Afrique de l'Est, expatriés aux Etats-Unis et au Canada.

Ces méandres de la diaspora, on les retrouve chez le romancier soudanais le plus intéressant : Jamal Mahjoub. Il a écrit quatre romans et fait une analyse de l'expatriation mais, curieusement, ne parle pas du tout de l'Afrique. Dans le cas de Mahjoub, l'exemple le plus frappant est peut-être son ouvrage Télescope de Rachid. Il y raconte l'histoire d'un esclave émancipé qui va chercher, pour un sultan d'Afrique du Nord, un télescope au Danemark au 17ème siècle. Il s'agit là d'une histoire que ne correspond pas à l'idée qu'on se fait du roman africain des années 90, mais par bien des côtés, Jamal Mahjoub reste un romancier très africain. Dans son troisième roman The Arrow of Signs (Train des sables), il est question de l'épopée du Mahdi, ce conquérant anti-colonialiste soudanais. C'est vu à travers la perspective de la religion musulmane et la figure de personnalités de l'Islam qui suivent le Mahdi contre les colons.

Le troisième est un écrivain tanzanien : Abdulrazak Gurnah, qui a écrit plusieurs romans dont le plus célèbre est Paradise. Il cherche à revenir soit aux sources, soit aux marges des intérêts des écrivains africains puisqu'il raconte l'histoire, à la fin du XIXe siècle, d'un jeune esclave émancipé qui se met à suivre les caravanes des marchands entre les ports et l'intérieur des terres. C'est une œuvre à l'interface des rites initiatiques du Moyen Orient, de l'Afrique Noire et du continent asiatique. Guillaume Cingal rappelle qu'il existe également de très grandes pages de langue anglaise en Afrique de l'Est : on pense souvent à Okoh P'Pitek, ougandais du temps des indépendances.

En résumé, dans les années 60/70, on assiste à la naissance d'une littérature africaine de langue anglaise qui a cherché à faire le lien entre la période coloniale, les indépendances politiques et la désillusion qui a suivi. Maintenant, on assiste à un véritable éclatement de voix individuelles les plus diverses et les plus cosmopolites auxquelles il est même parfois reproché de se soumettre à la mondialisation. En fait, il s'agit d'un discours africain post-colonial, post-étatique, non replié sur l'identité nationale et on assiste, en Afrique de l'est, à une dissémination des expériences et des voix.

LA LITTERATURE ANGLOPHONE D'AFRIQUE DE L'OUEST

Christiane Fioupou aborde la littérature d'Afrique de l'Ouest qui est devenu sa spécialité, ayant vécu 12 ans dans cette partie du continent. Elle a enseigné les littératures africaines de langue anglaise à l'Université de Ouagadougou. Parmi les pays d'Afrique de l'Ouest, Christiane Fioupou parlera surtout du Nigeria et sans en proposer un panorama complet, elle insistera sur quelques auteurs. Le Nigeria est un pays dont tout le monde a entendu parler, qui compte plus de cent millions d'habitants et où il existe deux cent, voire trois cent langues. Les principales sont le yoruba, l'igbo, le haoussa. Les écrivains les plus intéressants sont d'origine yoruba comme Wole Soyinka, prix Nobel de Littérature et sur lequel Christiane Fioupou a fait sa thèse et qu'elle traduit. S'exprimant sur l'anglais, Wole Soyinka dit que chaque fois qu'il y a un coup d'Etat au Nigeria, celui-ci est annoncé en anglais, qui est la langue de communication. Au Nigeria et au Bénin où le Yoruba est aussi parlé, il y a plus de trente millions de locuteurs, ce qui est énorme. Pour Christiane Fioupou on ne peut pas parler de dialecte car un dialecte est une langue qui n'a pas de pouvoir, comme disait un linguiste. Si on se réfère, par exemple, à la biographie romancée de Wole Soyinka, disponible en livre de poche, et que l'auteur a eu beaucoup de mal à écrire, il est intéressant de remarquer qu'on y trouve un enfant découvrant son milieu profondément Yoruba, sa mère illettrée et son père qui était professeur et méthodiste. Il a bénéficié d'une double culture : Yoruba et anglaise en lisant la Bible à la maison, à la fois en anglais et en Yoruba puisque la Bible a été traduite dans cette langue.

Les influences de la Bible, du Pilgrim's Progress… et de la tradition orale

En Afrique de l'Ouest, l'influence de la Bible comme texte de référence est évidente mais il faut aussi citer le Pilgrim's Progress (les voyages du Pèlerin, XVIIe siècle), ancêtre du roman britannique, écrit en partie en prison par un puritain. Il est étonnant de voir qu'au Nigeria, on étudie encore maintenant le Pilgrim's Progress. Soyinka raconte, dans un de ses romans, The Interpreters, que lorsqu'il faisait des bêtises à l'école, on lui demandait d'apprendre par cœur des passages entiers du Pilgrim's Progress qu'il a intégrés plus tard dans ses romans. Ces influences, on va les retrouver dans une littérature yoruba, écrite en yoruba et traduite par Soyinka : La forêt des mille démons de Fagunwa. Dans ce roman très difficile à traduire, d'après Soyinka, il s'agit d'une saga : "la saga des chasseurs" dans laquelle on retrouve des éléments bibliques, mais aussi des éléments du Pilgrim's Progress. Cette grande faculté d'adaptation, on va la retrouver chez Fagunwa et Amos Tutuola, très connu car traduit en français par Raymond Queneau (encore récemment, on a dit que Queneau n'avait rien traduit mais qu'il avait tout inventé, pourtant il s'agit bien d'un roman africain). On reconnaît chez Tutuola des éléments que l'on avait chez Fagunwa comme la saga (fantomesse) des chasseurs yoruba, qui prédit l'avenir, présente dans toutes les traditions orales, qui ont été retranscrits, améliorés, adaptés, réappropriés par quelqu'un comme Amos Tutuola. Soyinka l'a beaucoup soutenu à l'époque parce qu'en 1953 sort en Angleterre : The Palm Wine Drinker qui contenait une faute à l'intérieur même du titre, ce qui avait fait naître le soupçon que les romans n'étaient pas écrits en bon anglais. Tutuola a écrit plusieurs très beaux romans, non pas en mauvais anglais mais il insuffle à cette langue un rythme à partir de certaines tonalités yorubas. On retrouvera cela dans toute cette littérature, surtout celle écrite par les yorubas. Une belle phrase a été écrite par un prêtre que Christiane Fioupou vient de finir de traduire : Didier Usundare : "Lorsque deux langues se marient, elles s'embrassent et se disputent" et lui-même parle en tant qu'écrivain africain né dans un monde yoruba, parlant yoruba, de parents yoruba qui parlent anglais, qui est allé à l'école coloniale, qui s'est approprié l'anglais et qui écrit en anglais, mais avec aussi en arrière-fond la langue yoruba, ses sonorités et ses tonalités. La plupart des langues africaines sont des langues tonales, très musicales, ce qui a beaucoup influencé ces littératures.

Un mélange de cultures

Tout le monde connaît cette phrase de Soyinka: "Le tigre ne proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la mange" ce qui veut dire que l'on n'a pas à récupérer ce qu'on n'a jamais perdu : on est allé à l'école ou on a enseigné à l'école européenne mais en gardant nos traditions orales. Cette tentative de synthèse où l'on prend le meilleur des deux cultures, on la retrouve souvent chez Wole Soyinka. Pour en revenir à ce dernier, il a écrit des romans et des autobiographies, une vingtaine de pièces de théâtre, et un recueil de poèmes qui vient d'être publié mais qui n'est pas encore traduit en français : Samarcande et autres marchés. Sa dernière pièce qui traite du pouvoir, de la dictature et de la littérature est King Baboo. Il s'agit d'une réécriture de Ubu roi de Jarry. Soyinka a fait ses études à l'Université d'Ibadan puis il est parti à Leeds en Angleterre pour préparer une maîtrise sur le théâtre. Il y a écrit plusieurs pièces et en 1960 il retourne dans son pays au moment de l'indépendance pour y faire des études théâtrales. Il a une phrase extraordinaire : "Mes camarades d'autrefois n'avaient qu'une seule idée en tête, chausser les bottes du colon pour se réserver une partie du gâteau de l'indépendance et depuis ce jour là, je n'ai fait que parler de la danse macabre, de cette jungle politique qui est la notre." Il écrit une pièce pour répondre à Senghor dans laquelle il affirme que l'Afrique idyllique, romantique, n'existe pas. Cette Danse de la forêt, titre de la pièce, est très complexe, et a été au programme de l'agrégation d'anglais. Elle met en scène les ancêtres qui avaient été idéalisés et qui sont finalement loin d'être parfaits. Cette danse macabre traversera toute son œuvre. Il écrira donc un théâtre politique et en 1964, il publie une pièce sur le passage d'une monarchie à une certaine dictature militaire. Puis il écrit The Road que Ch. Fioupou a traduit avec son collègue Samuel Millogo à Ouagadougou. En 1965 s'ouvre une période violente : la guerre civile du Biafra. Soyinka n'est ni pour les positions du gouvernement fédéral, ni pour la sécession du Biafra, il essaie d'être un intermédiaire. Il est emprisonné et mis au secret pendant deux ans. Il a failli être tué plusieurs fois (à ce sujet, il faut lire le livre Cet homme est mort qui a été également magnifiquement traduit par Etienne Galle).

Engagement politique et satyre

Après deux années, Soyinka sort de prison et beaucoup partagent ses idées politiques. Il part en exil en Angleterre et écrit une très belle pièce La mort et l'écuyer du roi traduite, chez Hatier, par Thierry Du Bost. L'action se passe au Nigeria dans les années 40, pendant la guerre, et il parle du suicide rituel. On a parfois dit que les initiales de Wole Soyinka WS se référaient à un William Shakespeare africain. Une pièce comme La danse de la forêt est très appréciée des shakespeariens ; elle a été enseignée à Toulouse, les étudiants l'ont aimée et Soyinka est venu leur en parler. Par ailleurs il adapte des classiques comme Les bacchantes d'Euripide avec des pages dédiées à Ogun. Ogun est le dieu de la route, de la créativité et de la destruction ; on le compare parfois à Bacchus et Dionysos, dieux des excès.

Il a écrit également un opéra de quat' sous (Opéra Wonyosi), Wyonosi étant un tissu très cher à cinq cent dollars le mètre devenu très à la mode dans les années 70 au moment du boom pétrolier) dans lequel il stigmatise un produit de luxe pour imbéciles. Il y montre la capacité de la langue à jouer sur les différences de tons dans un but satyrique. Cette pièce se passe en Centrafrique au moment du boom pétrolier. Le personnage central fait référence à Ubu roi dans lequel on reconnaît le général président Sani Abacha. Dans son opéra de quat' sous, le truand Mack est sauvé de la potence par l'amnistie prononcée au moment du couronnement de la reine. Mais ayant appris que Bokassa allait se faire couronner empereur, il décide de situer la fin de sa pièce dans un quartier nigérian de Centrafrique, Bokassa se faisant couronner. La pièce est féroce, difficile et vraiment d'actualité.

Une autre pièce, Le jeu des géants a pour personnages Mobutu, Bokassa Nguema et Idi Amin Dada qui se retrouvent aux Nations Unies. Un sculpteur anglais est en train de faire une œuvre d'art pour les Nations Unies. Chacun pense que son portrait grandeur nature serait la plus belle œuvre que l'on puisse donner. Ils sont trois chefs d'Etat à poser : Mobutu, en train de mater une rébellion, n'est pas encore là. La scène se passe avant la chute du mur de Berlin. Cette pièce, aujourd'hui encore d'une grande actualité, se termine avec l'entrée des Américains et des Russes avec lesquels s'engage une discussion, ces derniers disant qu'ils veulent bien accepter ces statues qui devraient être envoyées au musée des horreurs à condition d'y ajouter les bustes de Georges Washington et de Lénine. Au final on voit Idi Amin figé qui tient le délégué américain et le délégué russe en otage. Christiane Fioupou avait écrit un article en disant que ceux qui jouent avec le feu finissent par récolter la foudre.

La dernière pièce est King Baboo. Soyinka reprend le texte de Jarry et dit qu'il écrit à la manière de Jarry. Dans celui qui va devenir roi, on reconnaît Sani Abacha, le général nigérian qui avait condamné à mort Wole Soyinka et fait pendre Ken Saro Wiwa, issu de la minorité ethnique ogoni. Cette région ogoni comprend 500000 habitants vivant de la pêche et de la chasse. Elle recèle du pétrole. Ses habitants ont vu leurs terrains dévastés et ils se sont battus pour bénéficier des retombées de la manne pétrolière mais n'ont rien obtenu. Il y eut des assassinats de chefs qui étaient de mèche avec le gouvernement militaire.

Finalement, Ken-Saro Wiwa a été jugé, condamné à mort après un procès inique. Il y a eu un dessin de Plantu dans Le Monde sur sa pendaison et celle de huit de ses compagnons en novembre 1995. Il représentait quelqu'un pendu à un derrick, et à côté, quelqu'un de Greenpeace qui disait : "c'est qui ça ? Oh non, ce n'est qu'un écrivain", et Elf et Shell disant "ouf". Le Nigéria a alors été mis au ban du Commonwealth. Abacha, ce personnage de King Baboo, meurt d'une overdose de poudre de corne de rhinocéros qu'il avait prise pour aller voir des femmes, ce qui rejoint la véritable histoire de la mort de Sani Abacha dont on pense qu'il a été assassiné. Cette pièce est une tragi-comédie de la vengeance, comme chez Shakespeare. Soyinka prend sa revanche sur Abacha.

Le rotten-english

Quant au langage de Ken Saro-Wiwa, ce n'est pas du pidgin-english mais la langue de quelqu'un qui "saute" des lettres, le mauvais anglais d'un véritable perroquet qui reprend des passages de Shakespeare, d'un débile qui a de la mémoire et répète les choses sans savoir ce qu'elles veulent dire. Ce mélange peut être magnifique. La prose de The Road intègre le pidgin-english. Comme pour tous les pidgins, on parle toujours sa langue africaine mais il constitue un moyen de communiquer dans un pays où il y a plus de deux cents langues différentes. Ce n'est pas du "petit nègre", ce n'est pas du broken english, mais c'est une langue qui finit par avoir une vraie réalité linguistique. Saro-Wiwa va plus loin dans Le Pétit minitaire qui vient de sortir en poche. Il utilise "l'anglais pourri" (rotten english), mélange d'anglais parfois correct, administratif et d'une sorte de pidgin, de mots altérés, d'une syntaxe de redoublements. Ses traducteurs qui ont traduit ce roman pour Actes Sud, ont tenté de rendre ce texte en un "français pourri" en lui donnant toute l'énergie qu'il recèle. William Boyd a dit que c'était un des plus beaux textes écrits contre la guerre au XXe siècle. Le choc émotif est tel qu'on ne sait parfois si on lit l'original ou la traduction.

Christiane Fioupou termine son intervention par la lecture de deux poèmes de Ken Saro-Wiwa et de Wole Soyinka (voir après ce compte-rendu).

LE DEBAT

Une intervenante s'étonne que l'on n'ait pas parlé de Ben Okri. Ch. Fioupou déclare avoir été contrainte, pour un court exposé, de faire des choix parmi les quelques quatre cents auteurs nigérians. Ben Okri est un auteur très intéressant pour son ouverture sur des horizons nouveaux. Il est l'aboutissement de toute une lignée d'écrivains et sa trilogie en cours de publication reprend avec une grande intertextualité des auteurs comme Soyinka, Tutuola. Cet auteur est très diffusé en milieu anglophone.

Une question porte sur l'impact des écrivains anglophones en milieu francophone. Ch. Fioupou enseignait à Ouagadougou Shakespeare qui passe très bien chez les étudiants francophones. Ces derniers utilisaient des pièces de Soyinka pour parler de politique dans les périodes difficiles au Burkina-Faso. Toute une génération d'étudiants a été très marquée par cette littérature. G. Cingal ajoute que l'imperméabilité des ères linguistiques est un mythe. Des interfaces entre anglais et français existent et, par rapport aux canons européens, les auteurs anglophones ont puisé dans d'autres langues pour donner vie à la langue anglaise.

Roland Colin souligne l'extrême intérêt des deux exposés qu'il vient d'entendre. Ils sont importants car ils éclairent des œuvres trop peu ou trop mal connues de l'univers de la francophonie. Cependant, le terrain culturel profond ou les littératures anglophones et francophones d'Afrique plongent leurs racines est un patrimoine largement partagé. Il n'en est que plus intéressant de mesurer en quoi les outils d'expression langagière extérieurs y ont introduit de différence. Ce qui vient d'être dit de quelques auteurs majeurs de la littérature nigériane montre magnifiquement à quel point ceux-ci ont préservé ou construit une liberté créative dans l'usage de la langue anglaise. Cette position est sensiblement plus rare chez les auteurs francophones, demeurés, dans l'ensemble, plus représentatifs du classicisme de la langue. On peut en chercher la raison dans la manière dont s'est mis en place l'enseignement du français en Afrique, dédaignant les langues maternelles africaines. Roland Colin a eu la surprise de découvrir, à l'occasion de recherches pour son travail de thèse, un rapport important émanant de Paul Mus, qui occupa les fonctions d'inspecteur général de l'enseignement du gouvernement général de l'AOF entre 1942 et 1943. Par ailleurs éminent orientaliste et professeur au Collège de France, Mus, qui fut par la suite un remarquable directeur de l'Ecole Nationale de la France d'Outre-Mer, ouvert à la décolonisation, y développait l'idée que toute culture a besoin de se rattacher à un horizon de classicisme. Pour le français disait-il, c'est l'héritage gréco-latin. Pour les Africains, l'horizon de classicisme ne peut être que le français. Beaucoup l'ont suivi dans la forme. Pas tous. Il est intéressant de noter qu'aujourd'hui, à l'encontre de la thèse de Mus, Ahmadou Kourouma est l'auteur le plus proche des romanciers nigérians évoqués. Lui aussi, comme Ken Saro-Wiwa, n'hésite pas à bousculer la langue, et accède à une truculence acide et joyeuse, parfois féroce, qui exprime la sensibilité profonde du peuple. Peut-être est-ce parce que la Côte d'Ivoire était plus éloignée du pôle de classicisme incarné par le Sénégal. S'agissant de l'Afrique de l'Est, on peut se demander quelle place a, aujourd'hui, Jomo Kenyatta avec Facing Mount Kenya, où il est apparu, dès l'origine, comme le héros fondateur, à la fois sur le plan du verbe, des idées et de l'action, en affirmant son enracinement dans sa culture originelle. Les auteurs est africains contemporains se réclament-ils encore de lui ? G. Cingal répond que les textes de Kenyatta sont considérés comme fondateurs de la littérature kenyane mais que dans son exposé, il s'est limité à la fiction.

WOLE SOYINKA

Plumes à louer

La plume peut frayer un chemin aux socs de charrue
La plume des charrues forger des épées.
En mots de charrue et d'épée.
Et la plume encenser, et la plume démasquer les mensonges
Des vraies mythologies, la plume introniser
Les prétentions rancies du Pouvoir, cautionner
Les espaces disputés comme donnés par Dieu.

La plume s'avérer puissante oreille de l'épée
Langue édifiante pour actions sanguinaires, parer un viol
De gloire, piller sous les habits sanctifiés
D'actions épiques. La plume peut tremper
Dans l'encrier, et ressortir
Dégoulinant de sang.

Des pierres précieuses ornementent leur langue de bois,
De prêt-à-penser, d'incantations stériles.
Montrez-moi les matelas d'eau sur lesquels ils se vautrent
Tirez-en le bouchon et devinez pourquoi le flot est rouge, et sombre,
Epais, coagulé. Eternellement

En nuages comme les sauterelles, comme mouches et mensonges, coteries
Attirées par les sombres orgies des plumes commémoratives :

 

Longue est la file des grandes séductions
Leurre d'aisance dans notre tribu bariolée des griots
De la voix, à la plume d'oie et au micro-ordinateur.
Certains, nous sommes arrivés à connaître. Ils servirent
Et furent servis à leur tour. Certains crurent,
Et certains monnayèrent leur âme avec des faux-semblants,

Mais tous sont immunisés contre le témoignage
Des yeux, et des oreilles, la puanteur et la culpabilité du pouvoir
Et l'anomie de la pluie rougissante, des plaies de sauterelles,
La mort des premiers-nés, sept années maigres et
Même encore une huitième en boucle successive
De mort et de manque. Une promesse pas gagnée ou faite
Ce n'est pas aux mortels de la tenir-
Mais Dieu décréta que la fin multipliera les moyens
Servante aguerrie, la plume grave l'inscription :
Nous servons aussi.

(Traduit de l'anglais par Christiane Fioupou. A paraître dans la revue Présence Africaine) "Pens for Hire" a été publié dans Stand Magazine 1-3, Septembre 1999, pp. 123-124.


Le baromètre de la CADE - septembre 2003
Le sommet de l'OMC a Cancun : à quand un commerce équitable ?

 

Dans l'introduction au Baromètre de la Lettre n°64 (juin 2003), nous annoncions notre intention d'évoquer davantage les articles de presse relatifs à l'Afrique qui marche et se développe, et qui, heureusement, constitue la part la plus importante du continent. N'oublions pas que plus de la moitié des Africains du Sud du Sahara vivent de l'agriculture, à la fois vivrière (cette production de nourriture quotidienne des familles, et d'approvisionnement des marchés locaux, est beaucoup plus importante que les "statistiques" n'en rendent compte) et productrice de matières premières telles que le cacao, le café, le coton, etc… (sans parler de l'élevage, également très important) : avec les aléas de cette activité sous tous les climats, elle marche et marche bien, en Afrique et malgré quelques régions soumises à des famines récurrentes, les Africains assurent leur autosuffisance alimentaire pour l'essentiel. La tenue, du 10 au 14 septembre 2003 à Cancun (Mexique) du sommet de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), réunissant 148 pays membres, permet de comprendre comment "l'Afrique qui marche" peut être entravée dans sa marche par le non respect par les grandes puissances (Etats-Unis et Union Européenne notamment) des principes qu'ils proclament et des règles qu'ils imposent aux pays en voie de développement. L'affaire du coton, qui a notamment occupé les discussions de Cancun, est exemplaire à ce sujet.

La bataille du coton africain. Quatre pays du Sahel réclament l'arbitrage de l'OMC contre les Américains
Titre Le Monde du 9 septembre 2003 : "La culture du coton connaît un formidable développement en Afrique de l'Ouest et en Afrique Centrale depuis la fin des années 1970. L'accroissement des superficies dédiées à l'or blanc et un bon maintien des rendements font qu'aujourd'hui, le coton assure près de 30% des recettes à l'exportation au Bénin, au Burkina Faso, au Mali, au Tchad et au Togo. En outre, cette production fait vivre directement plus de 10 millions de personnes (la culture du coton, de plus, est associée à des cultures vivrières. NDLR). Or, ce secteur est menacé par les subventions que les pays du Nord, essentiellement les Etats-Unis, premier exportateur mondial, distribuent à leurs producteurs de coton. Situation paradoxale en cette époque où le libre jeu du marché apparaît comme l'alpha et l'oméga du système commercial international, un contentieux qui sera examiné à Cancun : les quatre pays africains les plus touchés - Bénin, Burkina Faso, Mali et Tchad - sont en effet montés au créneau. Ils ont soumis à l'OMC, en avril dernier, une proposition intitulée : "Initiative sectorielle en faveur du coton afin de lutter contre la pauvreté " qui vise à l'élimination totale des mesures de soutien à la production cotonnière (élimination étalée dans le temps)… Le coton représente un cas unique de pays en développement concurrençant directement les pays industrialisés. Ils bénéficient d'un avantage comparatif, du fait de leurs coûts de production très bas. Selon OXFAM, une ONG, qui, avec Enda Tiers-Monde, a fourni une expertise technique, ces coûts sont trois fois plus élevés aux Etats-Unis qu'au Burkina Faso. Bien que leur coton soit de bonne qualité ; les pays africains, qui exportent 95% de leur production, sont perdants, d'une part en raison de l'appréciation de l'euro-franc CFA par rapport au dollar, d'autre part en raison des subventions qui ont pour effet de gonfler artificiellement l'offre et de déprimer les prix à l'exportation… quand en 2001, le Mali, selon OXFAM, recevait 38 millions de dollars des Etats-Unis au titre de l'aide publique, les subventions américaines (aux producteurs américains) lui faisaient perdre pendant le même temps, 43 millions de recettes à l'exportation… Le Président du Burkina Faso a déclaré : Nos pays ne veulent pas la charité, mais seulement le respect de la loi du marché, conformément aux principes de l'OMC… " (Brigitte Breuillac)

Le coton, question de vie ou de mort pour l'Afrique
Titre Le Monde du 14 septembre 2003 : "Les attentes africaines… étaient nombreuses, et le dossier du coton se trouve toujours en tête de leur liste… les représentants des pays d'Afrique ne parlent plus du coton comme d'une question commerciale et économique mais comme d'un désastre humanitaire pour le continent noir. Ils dénoncent l'incohérence et l'hypocrisie du discours international sur le développement. "Comment peut-on, d'une part, parler de l'élimination de la pauvreté comme du principal objectif de la Conférence et, de l'autre, annuler tous les efforts dans cette voie en consacrant des budgets énormes à quelques milliers de producteurs occidentaux alors que, sans cette assistance, des millions de paysans africains pourraient gagner leur vie sans aide ?" s'indigne l'ambassadeur du Bénin, Samuel Améhou… A Cancun, l'initiative africaine s'est toutefois heurtée à une dure réalité politique : l'élection présidentielle américaine. Les Africains ont eu, en face d'eux, des lobbies agricoles extrêmement puissants "prêts à tout pour sauvegarder leurs subventions". Samedi 13 septembre, leurs demandes ne semblaient encore entendues que par l'Union Européenne qui a formulé la timide promesse de prendre des mesures pour inciter les producteurs grecs et espagnols, notamment, à éviter la surproduction de coton"! (Afsaré Bassir Pour)

Cancun ou la jungle (Le Journal du Dimanche du 14 septembre 2003)
"La prise de conscience est en marche. Cancun ne résoudra pas tout, tant les domaines abordés sont complexes et désormais plus nombreux. Beaucoup risquent d'être déçus des résultats. Qu'importe si le "cycle du développement", engagé à Doha en novembre 2001, prend plus de temps que prévu. Le cycle précédent - l'Uruguay Round - devait être bouclé en 3 ans, il en a duré 8. Prenons le temps de la réflexion et du compromis pour rendre le commerce mondial plus juste et plus efficace. Mais, de grâce, ne tirez pas sur l'OMC. Avec ses 148 pays, certes c'est un foutoir. Sans elle, c'est la jungle." (éditorial de J. Cl Maurice)

 

Fracture ouverte entre Nord et Sud (titre de Libération du 15 septembre 2003)
"Il est 15 h (22 h à Paris) le 14 septembre 2003) quand la clameur retentit : le Kenya vient d'annoncer : c'est fini, c'est fini, il n'y a plus de négociations ! On rentre… Les ONG, présentes en grand nombre, lèvent les bras au ciel." Les pays riches ont sous-estimé la colère des pays en développement" se félicite un militant d'OXFAM. Des hurlements de joie retentissent parmi les délégués de pays africains : "on nous a lâché des miettes en pâture, mais cette époque là est révolue"… Un nouveau clash après celui de Seattle en 1999. Mais cette fois, sur fond de fracture Nord-Sud clairement ouverte… Dès hier matin, la tonalité des propos était radicale…" Ils nous ont enfermé dans des green rooms (réunions à huis clos entre groupe de pays) pour nous demander de lâcher du lest sur les "sujets de Singapour". Or ces discussions étaient prévues pour la prochaine ministérielle en 2005", souffle encore sous le coup de la révolte, le porte-parole des pays Afrique-Caraïbes-Pacifique." Or, Cancun devait s'intéresser au cycle du développement lancé à Doha il y a deux ans !… Le G90 qui regroupe les pays les plus pauvres (dont les ACP Afrique-Caraïbes-Pacifique) dit haut et fort combien le projet de texte sur le coton, poussé par quatre pays africains, qui demandaient des compensations et l'arrêt des subventions, ressemble, dit un ministre," à une baffe dans la gueule"… Le Sud dit : "Tenez vos promesses faites à Doha,… Plutôt pas d'accord qu'un mauvais accord" (Vittorio de Filippo et Christian Losso)

A quand un commerce plus équitable ? (Titre du Courrier International du 4 septembre 2003)
Georges Monbiot, le célèbre chroniqueur de The Guardian (Londres), après avoir longtemps prôné la suppression de l'OMC reconnaît son erreur et réclame désormais sa transformation en une "Organisation mondiale du commerce équitable"
"En matière de commerce international, mieux vaut de mauvaises règles que pas de règles du tout. Georges Bush semble prêt à saboter l'OMC lors des négociations de Cancun, non pas parce que les règles de l'organisation sont injustes, mais parce qu'elles ne le sont pas suffisamment. Il cherche à négocier unilatéralement avec des pays faibles afin de leur imposer des conditions encore plus dures. Il veut remplacer un système multilatéral par un autre, de type impérialiste. et cela place le mouvement pour un monde plus juste dans une position difficile... Or, que faut-il faire ? Il s'agit de réclamer des règles du commerce international qui introduisent deux types d'équité. Le premier est de permettre aux pays pauvres, s'ils le souhaitent,d'emprunter les mêmes voies de développement que les pays riches... Les règles d'un commerce équitable devraient obliger les pays riches à ouvrir leurs frontières, et dispenser les pays pauvres de cette obligation, jusqu'à ce que ces derniers aient atteint un certain niveau de développement économique. Le second type d'équité consisterait à étendre les règles actuellement appliquées, sur une base volontaire, par les acteurs du commerce équitable aux entreprises adhérentes (ni esclaves, ni pesticides interdits, ni exposition à l'amiante, respect de l'environnement, etc.). cela permettrait que les pays pauvres, actuellement exportateurs de matières premières, deviennent immédiatement des lieux privilégiés de production manufacturière...

Alors, mobilisons-nous non pas pour faire disparaître l'Organisation mondiale du Commerce, mais pour la transformer en Organisation mondiale du commerce équitable, dont le but serait d'amener les riches à faire preuve de plus de modération, tout en émancipant les pauvres. Et assurons-nous que si Georges Bush tente de saboter le système multilatéral à Cancun, nous savons exactement dans quel camp nous nous trouvons" (Georges Monbiot)

Bernard Monnier


La page économique
Déception à Cancun, espoir à Maputo

 

A la conférence au sommet des 148 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui s'est tenue du 10 au 14 septembre à Cancun, l'affrontement Nord-Sud a franchi une nouvelle étape. Jusqu'alors la protection des économies du Nord et l'aide au tiers-monde faisaient l'objet de débats théoriques et philosophiques dans les milieux politiques et tiers-mondistes et de réunions de travail entre instances internationales : Etats, Banques mondiale, ONU. Les particuliers n'en voyaient pas les retombées palpables.

Et pourtant.

Il y avait une incidence directe pour les coopérants, bien sûr, mais aussi pour les personnels (sans qu'ils le sachent nécessairement) des usines, entreprises, bureaux qui fabriquaient, construisaient, conseillaient sur crédits de coopération, dont 70 à 80% revenaient en France. Les pourcentages sont équivalents dans les grands pays de l'OCDE et demeurent. La nouveauté, c'est qu'au Mexique on parlait d'agriculture, donc de millions d'individus aux Etats-Unis et en Europe, de centaines de millions dans le Sud. Ce n'est plus un débat d'idées et de chiffres abstraits ; c'est de vies des hommes qu'il est question.

Aussi le Groupe des 21, animé par le Brésil, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud appuyé par le front solidaire de 90 pays à dominante africaine, a mené le combat. Etats-Unis et Union européenne, Japon dans une moindre mesure, qui ne pouvaient abandonner leurs paysans, sous peine de les voir abandonner des pans entiers de leurs territoires, ont proposé des concessions : réduction de 55% des subventions agricoles d'ici à 2005.

Multiples divergences

70% des 43 milliards d'euros des subventions européennes vont à seulement 20% des exploitations, c'est à dire aux plus grosses. C'est une distorsion de concurrence. Pour le coton, l'infraction aux règles de l'OMC est plus flagrante. Il y a surproduction, donc prix bas sur le marché. Les Etats-Unis, la Grèce et d'autres accordent des subventions pour compenser les prix de revient. En Afrique, on produit moins cher, mais sous le prix du marché et on n'a pas de subvention, donc on vend mal, un coton unanimement considéré comme de première qualité.

Le projet de déclaration finale ne mentionnait pas le coton et annonçait des réductions des aides agricoles sur des produits (à déterminer) dans des proportions non indiquées et selon un calendrier (à déterminer). Le clash est en fait intervenu sur des points

particuliers : investissements, concurrence, transparence des marchés publics, facilitation des échanges. Aspects urgents pour le Nord afin de fluidifier les mécanismes commerciaux ; pas du tout pour le Sud dont les économies ne sont, souvent, pas au niveau. L'échec de Cancun est salué par le tiers-monde et les ONG, ses alliés objectifs, car ils espèrent, un jour, faire entendre leur voix. L'Europe n'apprécie pas, mais certains, la France notamment, sont soulagés de ne pas avoir à accepter des sacrifices supérieurs à ceux qui découlent de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) décidée en juillet dernier. Quand aux Etats-Unis, ils multiplient les accords bi-latéraux et régionaux où ils ont une " position dominante " ; les organismes multilatéraux, tels l'OMC… ou l'ONU, ne leur rendent plus service.

Plus que le mythe d'une mondialisation absolue, la réalité de règles du jeu précises dans les relations commerciales est une nécessité pour tous les pays, singulièrement les moins avancés qui n'auront jamais de "position dominante".

Avancées euro-africaines

Le Nord et le Sud, qui se sont déchirés à Cancun, ont commencé, sans doute, à se rapprocher à Maputo. La capitale du Mozambique abritait en juillet le second sommet de l'Union africaine (UA). L'ancien président du Mali, Alpha Konaré a été élu, à une confortable majorité, président de la Commission, organe exécutif de l'UA. Un vice-président et sept commissaires pour les secteurs de compétence de l'Union, ont été choisis dans les différentes régions du continent. Le nouveau président a promis d'œuvrer "pour une Afrique porteuse d'espoir… espace de droit, de solidarité et de démocratie".

Romano Prodi, président de la Commission européenne présent à Maputo a apprécié cette structure calquée sur l'Europe et lui a apporté son soutien. Bruxelles souhaite, à terme, traiter l'Afrique comme une seule entité, sans ligne de séparation entre le nord et le sud du Sahara. Les trois Accords de partenariat : ACP, Méda, Afrique du Sud seraient harmonisés, notamment en matière de commerce, d'appels d'offre pour les projets financés par l'UE et de programmation de l'aide.

L'Europe a avec l'Afrique un réseau d'accords très dense mais de dimension régionale, reste à leur donner une dimension pan-africaine. Comme l'a souligné Romano Prodi, l'unité politique du continent permettra "de placer nos relations à un niveau bien plus politique, d'Union à Union".

Robert Ginésy

NDLR : l'essentiel des informations utilisées dans cette page provient de l'hebdomadaire "Marché Tropicaux et Méditerranéens".


Papa doit manger
Pièce entrée au répertoire de la Comédie française en 2003

 

Disant un texte écrit dans une langue de qualité, un homme grand, beau, élégant se pavane dans un HLM de banlieue banale. Il est d'un noir "insurpassable". Riche, dit-il, il fait rêver une de ses deux filles et sa femme, abandonnées dix ans plus tôt. Il déconcerte son amant, qu'elle épousera, professeur de Lettres de sa fille. Il se dit riche, mais vit à deux pas dans une chambre sordide. Sa femme, encore une fois, va le "dépanner", car elle l'aime toujours. Mais c'en est trop… elle le défigure.

Ses enfants (il en a trois) ne lui pèsent guère ; ils les ignore, mais ils sont sa justification de "papa". D'ailleurs complètement paumé, il échouera chez sa fille. Sur elle, il pèsera. A la fin, quand tout paraît perdu, il revient encore une fois chez sa femme, devenue veuve, pour qu'elle reprenne le "papa" de ses enfants.

Durant toute sa vie, il n'a jamais réussi, mais il a atteint son objectif: vivre, donc manger, n'importe comment. Blanc, cet homme serait-il (plus ou moins) défendable ? Une certitude : il n'aurait pas subjugué à ce point son entourage. Sa belle-mère le hait, sa belle-sœur est amoureuse transie, le prof. de Lettres perd ses convictions sur l'espèce humaine, sa femme est inexorablement entichée. Pourquoi la sénégalaise Marie Ndiaye a-t-elle laissé monter sur scène sa pièce écrite pour être écoutée à la radio ? Elle ne se l'explique pas, elle constate.

Papa, le malien sociétaire de la Comédie française, Bakary Sangaré, lui, ne cherche pas à s'expliquer. Il constate que, pour exister, il faut manger.

Robert Ginésy


Programme des rencontres débats 2003-2004

 

Mercredi 8 octobre 2003 : Les notions d'État et de société civile en Afrique : pertinence de l'emploi de ces notions

Mercredi 5 novembre 2003 : L'héritage de l'administration coloniale et la passation des pouvoirs aux nouveaux États

Mercredi 10 décembre 2003 : Les problèmes de la gestion du foncier : entre l'Etat et la société civile

Mercredi 14 janvier 2004 : Conférence de Roland Colin, président de l'IRFED, ancien directeur de cabinet de Mamadou Dia

Mercredi 11 février 2004 : Le rôle des autorités traditionnelles - à partir de la publication de l'ouvrage de Claude-Hélène Perrot, Le retour des rois (Karthala 2003)

Mercredi 17 mars 2004 : Femmes de pouvoir, femmes au pouvoir

Mercredi 28 avril 2004 : La démocratisation de l'État, la décentralisation

Mercredi 26 mai 2004 : La littérature de l'Afrique australe

Mercredi 23 juin 2004 : Les relations de la société malgache avec le pouvoir central

 


En bref

 

Un Davos agricole africain ?
Le président A.Wade a signé dans Le Monde du 10 septembre 2003 un article dont nous avons extrait ces passages remarquables : " ... Les subventions indécentes aux productions des agricultures dites les plus compétitives ruinent la majorité des paysans de ce que l'on nomme le tiers monde. Elles annihilent à la base tout développement économique.
... Il est indécent de nous demander de nous adapter à une compétition inégale créée par des partenaires développés alors que ce serait plutôt à eux de s'ajuster à un commerce juste et équitable.
... Il s'agit d'abord , pour nos pays, d'accroître leur potentiel agricole.. Nous devons désormais émerger sur la scène mondiale, non seulement par notre courage, mais aussi par la force et la spécificité de notre pensée.
... J'envisage de réunir au Sénégal, tous les deux ans, un Davos agricole.. Nous nous efforcerons de contribuer à l'édification d'une économie mondiale qui ne serait plus un ensemble de principes abstraits, ignorant des êtres humains, que les faibles seraient contraints d'appliquer et que les forts violeraient selon leurs intérêts. Pour construire l'économie mondiale, il n'est pas contraire à la raison de partir des économies concrètes et des volontés légitimes des États.

Des entrepreneurs africains à Paris
Les dirigeants des treize PME africaines, partenaires d'Afrique Initiatives ont passé à Paris une semaine du 7 au 11 juillet afin de confronter leurs expériences et de se familiariser avec les techniques de gestion. Michel Rocard a profité de cette présence pour présenter à la presse le 10 juillet 2003 le bilan des quatre premières années de fonctionnement de cette société ainsi que ses perspectives de développement.

Les vaches maigres
Nous avons déposé au ministère des affaires étrangères (DGCID), un dossier présentant les activités de la CADE pour les trois années 2003-2004-2005, afin de renforcer notre action en vue d'une meilleure perception des réalités de l'Afrique subsaharienne au début de ce troisième millénaire, sur les deux axes suivants :
1) sensibilisation des milieux de la coopération internationale et du développement, par une plus grande participation aux rencontres-débats et par une plus large diffusion de La Lettre.
2) formation des agents des collectivités locales engagés dans des programmes de coopération internationale.
3)capitalisation des huit années de travail de la CADE et des 65 lettres publiées depuis 1996.

La DGCID vient de nous faire savoir qu'il ne lui a pas été possible d'accorder à la CADE la subvention que nous avions sollicitée. Nous pensions pourtant que nos huit années d'activité et nos 65 rencontres-débats plaidaient en notre faveur. Ce refus nous confirme, s'il était nécessaire, que la CADE ne peut compter que sur ses propres forces, c'est à dire ses adhérents et ses amis, pour développer son action et élargir son audience. Il nous faut donc nous remettre en chasse de nouveaux abonnements de soutien pour poursuivre notre travail et si possible l'améliorer.

Nous comptons sur vous

Le Bureau de la CADE

 


Présentation générale | Activités et partenariats | Les Lettres de la CADE | Contacter la CADE | Liens