Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°64 - Juin 2003

Débat du mois :

La Guinée au seuil du troisième millénaire

 

Sommaire :


Editorial : la Presse, l'Afrique et la CADE

 

Le dossier spécial que le Pélerin du 7 mai a consacré à "l'Afrique qui bouge" est instructif : nos concitoyens interrogés par la Sofres avouent ne pas comprendre ce qui se passe en Afrique, se montrent de plus en plus sceptiques sur l'avenir de ce continent et sur l'efficacité de l'aide au développement : 15% pour les dons en argent, 24 % pour les projets locaux.

Les médias occidentaux ont évidemment leur part de responsabilité dans cette désaffection hexagonale envers l'Afrique subsaharienne, du fait même qu'ils ne rendent compte le plus souvent, mis à part quelques reportages ou quelques numéros spéciaux, que des drames et des tragédies qui frappent ce continent. Mais ces drames ils ne les inventent pas et ce qui fait problème ce n'est pas tant qu'ils en rendent compte que la façon dont ils les présentent et dont ils sont reçus par leurs lecteurs : comme venant confirmer des images anciennes, profondément enfouies dans l'inconscient, de l'incapacité des Africains à connaître la paix, la démocratie et le développement, en un mot à entrer dans la modernité. L'emploi mal contrôlé de l'ethnicité pour rendre compte de la plupart des conflits politiques est un bon exemple des pièges qui guettent les analystes des réalités africaines. On n'a rien dit d'utile lorsque l'on a qualifié un conflit d'ethnique si l'on n'a pas inventorié ce que contient cet adjectif-valise : conflit pour la terre, pour l'accès à la rente, manipulations du pouvoir en place et de ses compétiteurs, intervention d'acteurs extérieurs....

Nous avons toujours pensé à la CADE que ce n'est pas en reprochant aux médias de faire leur travail que nous réussirions à changer cette perception des réalité africaines, mais en travaillant avec et pour les acteurs du développement, ceux qui vont sur le terrain , qui reçoivent en pleine figure l'horrible réalité, celle de la guerre, des massacres et des réfugiés, celle de la déréliction dans laquelle se trouvent les populations rurales, loin de tout et laissées à elles-mêmes, l'insuffisance, l'inadaptation et ou le gaspillage de l'aide internationale, le scandale de démocraties formelles et corrompues. Il faut que ceux qui sont confrontés à ces réalités aient à leur disposition des clés de lecture leur permettant de raisonner ce qu'ils vivent, de lui donner sens, de s'arracher à l'insupportable sentiment que la réalité africaine se situe en dehors de l'humanité, dans les zones dangereuses et menaçantes du non sens et de la sauvagerie.

Ce travail est d'autant plus nécessaire que l'aide au développement et la mise en oeuvre de la solidarité internationale qui ont été dans notre pays jusqu'à ces dernières années une grande politique publique relevant de l'État et d'un ministère de la coopération, mobilise maintenant, outre les ONG, les collectivités territoriales et les entreprises.(....) Il n'a jamais été aussi nécessaire de fournir à ces nouveaux acteurs et au grand public qui doit "supporter" ces actions, les clés d'une actualité africaine qui leur permette de comprendre le contexte politique économique et social dans lequel elles s'inscrivent, l'héritage de la colonisation, de trente années de guerre froide, une expansion démographique et urbaine sans précédent dans l'histoire de l'humanité, enfin, la perspective d'une réappropriation par les Africains eux-mêmes de leur propre destin. Il faut faire prendre conscience à ceux qui s'intéressent à l'Afrique aujourd'hui que ce qui est en cours c'est l'accès des sociétés africaines à la modernité. Il s'agit d'un travail en profondeur qui va bien au delà de la modernisation brutale et importée, qui en est la forme la plus visible et souvent la plus contestable. Et l'un des acteurs centraux de cet accès à la modernité est sans aucun doute (...) l'État, qui doit passer de son statut d' héritier de l'État colonial à celui d'expression et de partenaire de la société selon des modalités que chaque pays doit inventer.

Michel Levallois


La Guinée au seuil du troisième millénaire.
Compte-rendu de la rencontre-débat du 21 mai 2003

 

La Guinée est passée de l'eldorado colonial à l'enfer communiste en passant par une rupture quasi oedipienne avec l'ancien colonisateur et sa mise en pénitence après le "non" de Sékou Touré au général de Gaulle. Le bilan de 25 ans de dictature s'est révélé catastrophique sur les plans politique, économique et social, malgré les exceptionnelles potentialités de ses richesses naturelles. Et le bilan de la normalisation qui s'est faite depuis 20 ans est très décevant. Les Français, qui sont à la fois nostalgiques de cette Guinée à fort potentiel et marqués par ses mauvais bilans, sa pauvreté chronique, sont en droit de s'interroger sur ses chances de recouvrance d'une meilleure gouvernance et sur la capacité de la société guinéenne à surmonter ses difficultés. La question de la succession à la tête de l'Etat et les ambiguïtés de l'affaire Alfa Condé entretiennent un climat d'incertitude pour l'avenir. La Cade a demandé à trois connaisseurs de ce pays de faire le point sur sa situation: Yves Boulvert est géographe, directeur de recherche e.r. à l'IRD. Il prépare un important travail sur le milieu naturel de la Guinée. André Lewin, ambassadeur de France, a été l'un des artisans de la réconciliation de la Guinée avec la France et premier ambassadeur dans ce pays dans lequel il retourne régulièrement. Cheikh Seck, journaliste, a vécu six ans en Guinée et a publié plusieurs articles sur ce pays dans Jeune Afrique, l'Intelligent.

Atouts et handicaps

Yves Boulvert propose quelques repères permettant de mieux saisir les potentialités de la Guinée, son milieu naturel diversifié, et ses exceptionnelles richesses naturelles. Ce pays dont la population est estimée en 2002 à plus de 8 millions d'habitants a un indice de fécondité de 6,2%, l'âge médian de sa population étant de 14,9 ans. Les ethnies dominantes sont les Peuls, en Moyenne Guinée (37%), les Malinkés, en Haute Guinée (32%), les Sossou, en Guinée Maritime (10%). S'y ajoutent les Kissi, Toma et Guerzé, en Guinée forestière et quelques ethnies minoritaires. A ces divisions ethniques se superposent des divisions religieuses, 74% des guinéens étant musulmans, 18% animistes et 8% chrétiens. Le PIB de la Guinée place ce pays au 151e rang, sur 207 pays1.

Des potentialités physiques exceptionnelles

Le substrat géologique de la Guinée est très diversifié. Il s'étage des formations anciennes (3,5 milliards d'années) à l'est, 2 milliards d'années pour le birrimien du nord-est, à 600 millions d'années dans la chaîne des Bassarides. Viennent ensuite les dépôts du paléozoïque (primaire) du bassin Bové. Enfin, les alluvionnements littoraux récents supportent des mangroves. Le potentiel minier de ce substrat géologique est considérable et certains traitent la Guinée de "scandale géologique".

La Guinée est coupée approximativement en deux : une partie au relief heurté au nord-ouest, aux vallées fortement incisées, au cuirassement surtout bauxitique et une région plane au cuirassement ferrugineux peu intense vers le sud. Son hydrographie est favorisée par le relief et on dit du Fouta-Djalon qu'il est le château d'eau de l'Afrique Occidentale.

Un potentiel minier considérable

Les cuirasses bauxitiques des plateaux de Touvié et de Bové recèlent le tiers des réserves mondiales de bauxite (18 milliards de tonnes de réserves prouvées) dont la Guinée est deuxième producteur mondial, derrière l'Australie, avec 15 millions de tonnes. Elle pourrait faire beaucoup plus car elle se contente actuellement d'exporter le minerai brut qui est traité au Cameroun. Cette filière souffre du manque d'investissements industriels depuis quarante ans. Il est prévu, avec le soutien des Japonais, de construire une usine de production d'alumine d'une capacité de 1 million de tonnes/an sur le site minier de Sangadéri. Le groupe Russe Roussal envisage également d'investir dans la construction d'une usine de traitement d'une capacité de 2,5 millions de tonnes/an.

Par ailleurs la Guinée dispose de gisements de fer d'une grande richesse. Le minerai de fer de la presqu'île de Kaloum est très riche mais difficile à traiter et l'exploitation en est enrayée du fait de l'expansion de la ville de Conakry. Tous les espoirs portent sur les riches gisements de fer des monts Nimba dont les réserves exploitables sont de un milliard de tonnes d'un minerai à haute teneur (65%), et de Simandou (3 à 4 milliards de tonnes) dans le sud-est. La guerre du Libéria ayant détruit la voie ferrée qui permettait d'exporter le minerai de Guinée, le gouvernement souhaiterait construire une voie ferrée à haut débit reliant les monts Nimba à Konakry pour exporter les minerais de fer et la bauxite. Ce projet semble difficile à mettre en œuvre tant que la région n'est pas totalement pacifiée.

L'or alluvionnaire est exploité depuis des siècles dans la région de Siguiri, au nord-est du pays, et il a fait, au Moyen-Âge, la fortune de l'empire du Mali. L'exploitation de l'or primaire a commencé récemment de manière industrielle. La production attendue est de 10 tonnes d'or/an. Les gisements de diamant sont également prometteurs, les réserves étant estimées entre 25 et 30 millions de carats

Un potentiel énergétique sous-exploité

La Guinée dispose d'énormes potentialités hydro-électriques (26000 gigawatts/heure) dont elle n'exploite que 1% et moins de 10% des familles ont accès à l'électricité. Les coupures de courant sont fréquentes dans la capitale faute de maintenance et d'investissements. Beaucoup d'espoirs ont été mis dans les barrages, en particulier dans celui de Garafiri sur le Konkouré, l'énergie hydro-électrique devant supplanter, à terme, les centrales thermiques. Mais ces barrages, du fait de la sécheresse, mais probablement également du fait d'un défaut de construction ou d'études préalables, ne parviennent pas à se remplir.

Une agriculture devenue déficitaire

Les cuirassements qui occupent de vastes surfaces ont un fort potentiel minier, au détriment de l'agriculture. Il ne reste plus qu'un tiers des sols qui sont cultivables, dont 20% seulement sont cultivés. La végétation est très dégradée, la forêt, surexploitée, recule de manière inquiétante et il serait temps d'en restreindre l'exploitation. Un très gros effort est fait par le paysan guinéen pour mettre en valeur les bas-fonds par des petits aménagements pour la culture du riz qui est la nourriture essentielle du pays. De gros travaux ont été faits pour aménager les mangroves qui constituent le grenier à riz du pays. Cette agriculture occupe 67% de la population active. Exportateur de produits agricoles dans les années cinquante, la Guinée est devenue très déficitaire. Sous le régime de Sékou Touré, la politique des fermes agro-pastorales d'arrondissement a eu des effets désastreux.

De 1986 à 1991, le cheptel bovin est tombé de 2 500 000 têtes à 1 800 000. Il est remonté ensuite à 2 400 000 têtes pour 210 000 éleveurs, ce qui correspond, en moyenne, à un petit troupeau familial de 11 têtes par éleveur. Si les traditions d'élevage des Foulbé du Fouta-Djalon sont anciennes, les progrès, dans ce secteur, sont infimes.

On observe des progrès significatifs de la filière pêche qui fournit actuellement 10 000 emplois directs et 10 000 emplois indirects. La pêche contribue pour 3% au PIB national et fournit 40% des protéines animales consommées dans le pays.

Y. Boulvert conclut son exposé en s'interrogeant sur les raisons pour lesquelles le niveau de vie de la Guinée est si bas, compte tenu de son potentiel minier qui est considérable.

 

Le "non" de Sékou Touré et ses conséquences : témoignage

André LEWIN a été le premier ambassadeur de France en Guinée après le rétablissement des relations diplomatiques avec ce pays. En 1974, alors qu'il était porte parole du Secrétaire général des Nations Unies, il a accompagné ce dernier au cours d'un déplacement en Afrique Occidentale alors durement frappée par la sécheresse. Lors de son étape en Guinée, il a été, malgré ses craintes, bien accueilli par Sékou-Touré et son gouvernement. Il a été chargé d'un message pour André Bétencourt, dont il avait été chef de cabinet, et qui était un des rares hommes politiques à avoir gardé des relations avec Sékou-Touré. Une des dernières décisions prise par le président Georges Pompidou avant de mourir a été de dépêcher André Bétencourt en Guinée pour jeter les premières bases de la normalisation des relations entre la Guinée et la France. Cette normalisation s'est réalisée d'abord avec l'Allemagne fin juillet 1974 puis avec la France le 14 juillet 1975 et elle s'est accompagnée de la libération des prisonniers allemands et français. Quelques mois plus tard, A. Lewin a été nommé ambassadeur de France en Guinée de fin 1975 à fin 1979.

Une normalisation sans évolution

Revenu en Guinée à différentes occasions et en dernier lieu 29 ans après son premier séjour, A. Lewin est animé de sentiments contradictoires. Les évolutions politique, sociale, culturelle et de la vie quotidienne qu'il espérait en quittant ce pays en 1979, ne se sont pas produites. Selon lui, les relations avec la France sont aujourd'hui aussi délicates que lors de sa première prise de fonctions. En effet, à cette époque, Sékou Touré n'était pas hostile à la France et son rêve était d'y être reçu en chef d'Etat, ce qui s'est réalisé en 1982 à l'invitation de François Mitterrand. En 1983, quelques jours avant sa mort, il a invité Jacques Foccart à Conakry, et cette relation n'a été interrompue que par la mort du président guinéen. A. Lewin ne trouve pas aujourd'hui le même engouement des dirigeants guinéens pour la France même si les relations sont normalisées. Il s'est opéré tout à fait normalement une diversification des coopérations, ce pays dont le potentiel minier est si riche, se devant de diversifier ses partenariats.

Tarissement des flux financiers

Du fait de l'absence d'évolution politique, l'Union Européenne a bloqué un certain nombre de crédits et d'actions en faveur de la Guinée en raison des conditionnalités politiques contenues dans l'actuelle convention de Cotonou qui régit les relations entre les ACP et Bruxelles. Le gouvernement et le peuple guinéens en subissent les conséquences. Les circuits financiers qui ont pu, à certains moments, se diriger vers ce pays, en raison de son potentiel et du fait qu'il fait partie des 15 Pays les Moins Avancés (PMA), n'ont pas produits de résultats probants. A. Lewin a été frappé par un spectacle qu'il n'a pas vu à l'époque de la première république et qui semble inconcevable dans un pays dont on dit qu'il est le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest: des enfants des écoles étudiant à la lueur des réverbères à Conakry car il n'y a plus de courant dans les foyers. La population de la capitale est passée de 300/400 000 à 1 700 000 actuellement et les équipements collectifs n'ont pas suivi cette expansion.

La Guinée a par ailleurs un régime de vie tout à fait différent selon que l'on considère Conakry ou la province et en particulier tout ce qui est au-delà du kilomètre 36 qui était autrefois interdit aux diplomates sans autorisation particulière. La ville de Conakry connaît indiscutablement des problèmes de toutes sortes, d'infrastructures, de vie, d'alimentation. Sous le régime Sékou Touré, sa survie était en grande partie due à l'aide alimentaire américaine, qui ne s'est jamais démentie et qui continue aujourd'hui, et qui est complétée par une aide alimentaire de l'Union Européenne et du PAM (Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies). La vie quotidienne est meilleure dans le reste du pays mais très peu de gens y vont. Le tourisme n'a jamais été à l'honneur ni sous Sékou Touré ni sous le régime actuel bien qu'un ministre en ait la charge.

Au cours du récent séjour d' A. Lewin à Conakry, un projet a été signé pour l'exploitation du gisement de fer du Mont Nimba. Sa localisation rend difficile son exportation et un projet très ambitieux est de construire une ligne trans-guinéenne de 1500 km du Mont Nimba à un port minéralier. Son financement ajouté à celui de l'exploitation de la mine atteint des sommes colossales et personne n'a encore dégagé de tels crédits. Il n'est pas du tout sûr que ce projet puisse se réaliser, la situation au Libéria empêchant par ailleurs d'envisager une autre solution.

"La belle au bois dormant"

L'une des premières dépêches qu'A. Lewin avait envoyé à Paris après avoir pris ses fonctions concernait l'économie guinéenne qu'il avait appelé "la belle au bois dormant". Il y décrivait le considérable potentiel de la Guinée qui aurait pu être le pays d'Afrique Occidentale ayant les meilleures chances de se développer rapidement. Il concluait en indiquant que l'économie guinéenne attendait le prince charmant pour la réveiller. Il pourrait aujourd'hui utiliser les mêmes termes.

A. Lewin a demandé à certains de ses interlocuteurs si la situation actuelle de la Côte d'Ivoire était susceptible de " réveiller " l'économie guinéenne. Il lui a été répondu qu'ils ne voulaient pas profiter du malheur de leurs frères. Mais il s'avère qu'elle pourrait certainement offrir des opportunités pour certaines productions guinéennes. Après que Sékou Touré se soit réconcilié en 1978 avec Houphouët Boigny et Léopold Senghor, au retour de son premier voyage en Côte d'Ivoire il a indiqué à A. Lewin qui l'interrogeait sur ses impressions " qu'il reconnaissait que beaucoup de choses avaient été faites et que le "non" a coûté cher à la Guinée mais qu'il ne regrettait rien de ce qu'il avait fait ". A. Lewin se dit convaincu que s'il avait vécu plus longtemps, Sékou Touré aurait poursuivi l'évolution qu'il avait amorcée y compris jusqu'à un retour dans la zone franc. Mais un certain nombre de dégâts irréparables ont été commis en particulier dans le domaine humain.

Les archives Foccart sont ouvertes depuis quelques mois et A. Lewin les consulte pour rédiger une biographie de Sékou Touré. Il s'y trouve des annotations du Général de Gaulle sur des documents concernant la Guinée qui montrent la rancune tenace qu'il a gardé en raison du discours de Sékou Touré de 1958 et l'ostracisme de Paris a certainement contribué à accentuer la crispation de Sékou Touré. Le peuple guinéen en subit encore les conséquences et il mérite mieux.

 

La problématique politique actuelle en Guinée

Cheikh Seck est arrivé en Guinée à l'âge de 25 ans. Il a été recruté par le Pnud pour diriger le programme "Démocratie et bonne gouvernance". Pour lui, la Guinée est un grand pays, mais il faut faire la différence entre la Guinée "officielle" ou "d'en haut" et la Guinée "d'en bas", c'est-à-dire, la Guinée réelle considérée dans sa diversité humaine, culturelle. Les groupes ethniques sont très riches du point de vue de leur passé, de leur culture, de leur civilisation. Le groupe mandingue est connu par son dynamisme dans les domaines de l'art et de la culture. La communauté Peul est vivante et dispose de véritables capacités économiques. Ce pays a donc un potentiel humain énorme et la diaspora guinéenne est l'une des plus importantes d'Afrique de l'Ouest (2 millions).

Un pouvoir sans partage

Cette diversité est malheureusement gâchée. Ce qui frappe, ce sont les grandes contradictions de ce pays qui, d'un côté, dispose de richesses naturelles énormes et qui, d'un autre côté, demeure un des pays les plus pauvre de la planète. C'est un pays où tout pousse mais où on importe tout (la Guinée importe pour 30 millions de dollars de riz). Pourquoi ? La Guinée a son passé. C. Seck fait partie de ceux qui pensent que le "non" de 1958 a été utile et qu'il a pesé dans l'histoire contemporaine de l'Afrique. Il a placé le pays à l'avant-garde du mouvement d'indépendance. Mais ensuite, Sékou Touré a sombré dans une gestion paranoïaque du pouvoir. De sorte qu'il existe une tradition du pouvoir dont Lassana Conté a hérité et qui reproduit le "système Sékou Touré". Il a un rapport au pouvoir difficilement conciliable avec la démocratie, étant convaincu qu'il est souverain et qu'il ne doit donc pas y avoir de contrepouvoir. Tous les problèmes de la Guinée viennent de là.

Des institutions déficientes

Depuis quelques mois, il existe une situation de fait. Le Président guinéen est malade et selon des sources autorisées venant de son parti, il se représentera aux élections présidentielles de 2003. C'est une hypothèse plausible pour qui connaît la psychologie "jusqu'auboutiste" de Lassana Conté. Cette situation ouvre une ère d'incertitude pour le pays. Ce pays est extrêmement fragile, les institutions n'ont pas de véritable signification. Selon la loi fondamentale guinéenne, en cas de vacance du pouvoir, l'intérim revient au Président de l'Assemblée Nationale qui doit organiser de nouvelles élections. Mais les guinéens pensent que c'est une solution irréaliste pour la bonne raison que les institutions n'ont jamais joué leur rôle. Par exemple, la législature passée arrivait à échéance en 2000, et il a fallu attendre 2002 pour que des élections législatives soient organisées. Pendant plus d'un an le Premier Ministre a cumulé ses fonctions avec celle de Président de la Cour Suprême. Le seul pouvoir qui a fonctionné, c'est celui du Président qui ne le cache pas puisqu'il affirme: "le gouvernement, c'est moi".

Les regards se tournent surtout vers l'armée. Tous les guinéens sont convaincus que la meilleure formule, pour éviter les débordements de l'après Conté, serait que les militaires prennent le pouvoir pour préparer des élections auxquelles ils ne seront pas candidats. C. Seck émet l'hypothèse que le Président serait favorable à cette solution, car dans sa logique, le pouvoir n'a jamais cessé d'être militaire. Par ailleurs, il ne veut pas céder le pouvoir à des membres de l'opposition qui étaient à l'étranger sous le régime de Sékou Touré. Le problème est qu'au sein de l'armée, on songe davantage à confier le pouvoir au chef d'état-major adjoint qu'au chef d'état-major lui-même car étant de la même ethnie (malinké) que le Président. Les divisions ethniques touchent l'armée et il est permis de douter que des officiers peuls acceptent qu'un malinké arrive au pouvoir.

Une opposition divisée

L'opposition est divisée, affaiblie car le pouvoir est extrêmement fort et qu'il n'a laissé aucun espace de liberté pour mobiliser l'opinion. La Guinée est le seul pays d'Afrique Occidentale où il n'y a pas de radio privée et l'opposition n'a pas accès aux médias publics. Le guinéen est tellement écrasé par le quotidien qu'il est difficilement mobilisable. Un guinéen qui a un salaire de 300 000 F guinéens (soit moins de 150 Euros) est bien payé. Mais les prix sont démesurés par rapport au pouvoir d'achat, l'inflation étant exponentielle.

La scission au sein de l'UPR (l'Union pour le Progrès et le Renouveau) est dommageable. Le vote, en Guinée, a lieu sur des bases ethniques. Les Peuls qui représentent une partie importante de la population sont divisés du fait d'une cassure intervenue entre deux leaders lors des législatives de 2002. En conséquence, il y aura un éclatement des voies lors d'un prochain scrutin.

Alfa Condé, qui était deuxième aux élections présidentielles de 1993, était bien placé. Mais depuis son arrestation, il est pratiquement coupé du débat politique en Guinée. Condamné pour atteinte à la sécurité de l'Etat, ce qui est assimilé à un crime, gracié mais non amnistié, il ne pourra théoriquement pas se présenter aux prochaines élections présidentielles.

Sidéa Touré, ancien Premier Ministre de Conté, a occupé d'importantes fonctions dans l'économie et les finances. Il aurait la capacité de restaurer l'économie du pays, mais bien que bénéficiant d'un préjugé favorable, il appartient à une ethnie minoritaire ce qui peut constituer un handicap majeur.

Prospective

Le 18 avril dernier, le ministre de l'Intérieur a convoqué les leaders de l'opposition pour parler du Conseil national électoral et de la révision des listes électorales. Mais ces derniers ont décliné l'invitation car le cadre global des élections présidentielles manquait de transparence. Ils réclamaient, en préalable, la constitution d'une commission électorale indépendante, l'acceptation de la participation de l'opposition à toutes les étapes du processus électoral. Un contentieux est donc créé et le Ministre de l'Intérieur, interrogé par C. Seck, a indiqué qu'il assimilait la révision des listes électorales à un acte administratif, mais qu'il faisait à l'opposition la faveur de l'associer au processus, que les élections se feraient à la date indiquée et que c'était à l'opposition de voir si elle participerait ou pas. Ces élections s'annoncent donc avec de grandes incertitudes.

Que peut faire la communauté internationale? La Guinée ne reçoit plus d'aide des bailleurs de fonds et fonctionne sur fonds propres depuis deux ans. La France s'est retirée depuis le procès d'Alfa Condé, la coopération étant aujourd'hui plus symbolique que réelle. Les agrégats macroéconomiques se détériorent rapidement. Certaines sources affirment qu'on est en train de toucher aux réserves de change de la Banque Centrale. On estime le taux d'endettement du Trésor par rapport à la Banque Centrale à 470 milliards de francs guinéens. L'économie guinéenne est en train de mourir de façon inquiétante.

A ces incertitudes économiques s'ajoutent les incertitudes politiques liées à la santé du Président, à la difficulté pour l'opposition de désigner un candidat pour l'alternance, aux divisions ethniques qui traversent l'armée, au malaise social ambiant. Le 27 avril dernier, il y a eu une émeute à l'université de Conakry où les étudiants, à la veille des examens, se sont révoltés parce qu'il n'y avait pas de courant pour passer les épreuves. Tous ces facteurs font peser des risques réels sur le pays qui vit dans un environnement régional troublé. C'est la partie de l'Afrique où circulent le plus d'armes. Face à cette situation explosive, la communauté internationale devrait agir de manière préventive conclut Cheikh Seck.

 

Le Débat

Yves Boulvert rappelle que sous Sékou Touré il y a eu une très forte migration de guinéens surtout vers la Côte d'Ivoire et le Sénégal. Elle a concerné plus de un million de personnes et a occasionné une grave fuite des cerveaux. On dit qu'il y a davantage de médecins guinéens à l'extérieur qu'à l'intérieur du pays. Par ailleurs, la guerre civile au Libéria et en Sierra Leone a provoqué l'afflux de 500 000 réfugiés en Guinée. Se pose par ailleurs le problème du retour des réfugiés guinéens qui étaient partis en Côte d'Ivoire. Selon André Lewin, la classe politique tend à déconsidérer les guinéens de la diaspora de manière à éviter qu'ils ne viennent au pouvoir.

Raymond Césaire demande quelle est aujourd'hui l'influence des pays de l'Est qui envoient leurs émissaires plus ou moins mafieux notamment en Afrique de l'Ouest. A. Lewin précise que leur présence actuelle n'est en rien comparable à ce qu'elle a été de 1969 à 1984. Cela ne tient pas seulement à la Guinée mais également aux évolutions dues à l'éclatement du bloc soviétique. L'Ukraine est actuellement assez présente et elle s'est substituée à l'URSS dans l'exploitation de la bauxite qu'elle importe. En échange, elle fournit des armes à la Guinée. Ceci explique que ce soit l'un des très rares pays où s'est rendu le Président Conté.

En réponse à une question sur le rôle des Américains dans la formation des militaires guinéens, A. Lewin indique que des bruits ont couru laissant entendre que la garde présidentielle qui était entraînée par les Français le serait aujourd'hui par les Américains. Ces bruits sont sans fondement. Plusieurs pays sont impliqués dans ces formations et les Etats-Unis ont formé des commandos anti-terroristes guinéens. Selon Cheikh Seck, les Américains ont besoin de la Guinée contre Charles Taylor d'où leur implication dans la formation et l'équipement des militaires.

Un intervenant se demande si la Guinée ne souffrirait pas d'un préjugé. A. Lewin indique que depuis 1958, la Guinée occupe une place à part en Afrique de l'Ouest. A la suite de sa rupture avec la France, elle a suivi un cours erratique, en dehors de tout lien avec l'Union Européenne contrairement aux autres pays qui bénéficiaient du Fonds européen de Développement (FED). La Guinée a quitté la zone franc en 1960 et n'a signé les accords de Lomé qu'en 1975. Lassana Conté n'a pas voulu revenir sur les décisions de Sékou Touré (alors que selon A. Lewin, lui-même serait sûrement revenu dans la zone franc). De même, la normalisation avec Israël ne s'est pas faite comme elle l'a été pour les autres pays africains (sauf le Mali), alors qu'il est probable que Sékou Touré y songeait sans l'avoir réalisé, peut-être à cause des influences islamistes. Tous les pays qui avaient voté " oui " à la France en 1958 ont été indépendants deux ans plus tard. La Guinée paye sa spécificité dont elle est fière.

Pour Cheikh Seck, la Guinée est caricaturée car elle est peu ouverte et donc peu connue. Il est donc vrai qu'elle souffre de préjugés. C'est le propre des régimes révolutionnaires fermés de dire que tout le monde est contre le pays. Cependant, une certaine ouverture s'est faite depuis 1984. La Guinée peine cependant à restaurer son économie, ses infrastructures alors que le Mali a réalisé ces progrès en moins de dix ans.

Une question est posée sur les influences islamiques en Guinée. Pour Cheikh Seck, l'islam qui n'est pas aussi puissant qu'au Sénégal, et qui est beaucoup plus tolérant que dans ce pays, est sous le contrôle du pouvoir en Guinée. Les imams sont nommés par le gouvernement.

Pour un intervenant de nationalité guinéenne, la désunion de l'opposition n'est pas en soi un problème, les différentes tendances poursuivant les mêmes objectifs. Il ne lui semble pas normal que les militaires prennent le pouvoir, mais il s'agit d'un problème de survie et de maintien de l'ordre pendant une période transitoire.

Michel Levallois clos ce débat en disant qu'il n'y a pas de fatalité et que ce qui se passe en Guinée s'explique. Et il revient à la Cade de convaincre les Français que la Guinée peut s'en sortir. C'est également l'opinion d'un intervenant qui se dit convaincu que ce pays se relèvera rapidement et que les guinéens préparent pacifiquement la relève pour une meilleure gouvernance et la création d'un Etat de droit.

Philippe Mathieu

1. Yves Boulvert : La Guinée : atouts et handicaps au seuil de troisième millénaire, La Géographie, N° 1508, mars 2003, pp. 55-75


La page économique. Litiges Nord-Nord et Nord-Sud

 

Réuni en "conclave" les 29 et 30 avril dernier, le Conseil des ministres de l'OCDE a fait un constat alarmant. Selon François Loos, secrétaire d'Etat français au Commerce extérieur, les pays pauvres "peuvent se demander si être à l'OMC leur apporte autre chose que des contraintes."

Le directeur de l'Organisation mondiale du commerce, Supachai Panitchpakdi, "presse les gouvernements… de surmonter leurs divisions,… car nous partageons tous un engagement fort en faveur d'un système multilatéral de commerce, efficace et vigoureux, qui œuvre pour le bénéfice de tous ses membres". Et Robert B. Zoellick, secrétaire d'Etat américain au Commerce reconnaît que le question agricole "ne progresse pas comme souhaité".

En effet la réunion ministérielle de l'OMC à Doha avait prévu de clore ce dossier le 31 mars de cette année, avant les nouvelles assises de l'OMC en septembre 2003 à Cancun. Le 31 mars est passé et les pays en développement sont toujours pris en tenaille entre les Etats-Unis et l'Union Européenne dont les divergences ne s'estompent pas.

L'agriculture

A propos des subventions agricoles notamment, les USA estiment que celles de l'Europe sont 2 à 3 fois supérieures aux leurs. Mais un rapport de l'Institut américain des politiques agricoles et commerciales montre que les principales céréales sont vendues par les Etats-Unis jusqu'à 40% de moins que leur coût de production, que 97% des crédits à l'exportation à long terme notifiés à l'OCDE sont américains. Selon lui l'agriculteur américain est subventionné à hauteur de 20.000 $/an, l'Européen à 16.000 $/an. La comparaison entre les systèmes d'aide européen et américain est difficile, car, outre les subventions stricto sensu, existent les retombées de la Politique agricole commune (PAC) ou celles des aides alimentaires au tiers-monde. Celles des Etats-Unis s'élèvent à 2,33 milliards de $ contre 800 millions pour l'Europe. Cette aide fournit un débouché assuré aux paysans du Nord tout en freinant les productions du Sud et contribue à faire baisser les prix mondiaux, dont bénéficient essentiellement les populations du Nord.

Bruxelles se heurte au monde agricole européen et surtout français, pour réformer la PAC et faire baisser les subventions. La Commission voudrait diminuer les aides de 55% lorsqu'elles créent des distorsions dans les échanges mondiaux, réduire les subventions de 45%, voire les supprimer pour certains produits, et abaisser de 36% en moyenne les droits à l'importation. Quant au moratoire, durant les négociations de Doha, proposé par la France sur les subventions déstabilisantes pour l'Afrique, les Etats-Unis ne semblent pas prêts à l'accepter.

Médicaments et investissements

Des divergences existent sur d'autres dossiers comme les médicaments. Sur les 144 membres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), seuls les USA, refusent de lui accorder un rôle d'arbitre. Un pays où une maladie serait reconnue par l'OMS problème de santé publique, pourrait importer légalement des médicaments de pays fabricants, hors industrie pharmaceutique.

Les investissements, les droits de propriété intellectuelles et commerciales opposent Sud et Nord. Ce dernier voudrait accélérer la mise en place d'accords multilatéraux pour attirer selon lui, plus d'investissements en Afrique. Mais la Chine les attire sans accord multilatéral. Il faut dire qu'elle dispose d'atouts, notamment l'étendue d'un marché homogène.

Dans ce contexte d'antagonisme, ce qui apparaît comme une bonne nouvelle, ne l'est peut-être pas. Une seconde étape dans la mise en place des Accords de Cotonou entre l'Europe et les ACP doit commencer en septembre prochain. Or seuls les pays de la CEDEAO (Afrique de l'Ouest) seraient disposés à ouvrir cette seconde phase, rompant ainsi l'unité des ACP.

Sous-jacentes à ces controverses catégorielles, existent constamment la non mise à niveau des pays du Sud et singulièrement ceux d'Afrique noire, pour qu'ils affrontent la concurrence internationale. L'Union européenne et l'OMC ont prévu une assistance technique et les crédits associés. Le déblocage financier et le soutien aux administrations et entreprises nationales se font attendre.

Il est peu probable que le Sommet du G8 à Evian apporte de vraies solutions.

Robert Ginésy

NDLR : L'essentiel des informations utilisées dans cette page provient de l'hebdomadaire "Marchés tropicaux et Méditerranéen."


Le baromètre de la CADE : L'Afrique arrosée… de promesses

 

C'est le titre de la page 5 de Libération du 30 mai 2003 à propos du G8 d'Evian au cours duquel Jacques Chirac doit rappeler que l'intégration de l'Afrique à l'économie mondiale est l'une des "priorités de la France". Le paysage de l'Afrique en ce printemps 2003 est contrasté : la Côte d'Ivoire se rétablit périlleusement, le Nigéria, dont le président vient d'être réélu, est l'objet de graves tensions, la Centrafrique redémarre difficilement, le Togo fait face à une élection présidentielle contestée, le Congo continue à être exposé à des risques de chaos. Enfin, des famines menacent en Afrique australe et en Ethiopie. Encore une fois, il est impossible de ne pas mentionner des situations actuelles et désastreuses, mais nous nous efforcerons dans notre prochain Baromètre de nous référer aux nombreux articles de presse qui évoquent l'Afrique qui marche et se développe, la part heureusement la plus importante du continent.

G8 d'Evian

C'est à cette Afrique prometteuse que veut s'adresser d'abord le président français en mettant en avant cette "priorité de la France" "Il veut faire d'Evian le sommet de "la mise en œuvre" du projet censé mettre le train abandonné de l'Afrique sur les rails de l'espoir : le NEPAD, c'est à dire le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique… Aux chefs d'Etat africains de proposer des programmes concrets (santé, éducation, routes, etc.), les financements des pays les plus riches suivront… le résultat ? Des promesses, et rien en caisse… Le financement du NEPAD repose en fait sur le privé plus que sur l'aide publique au développement." (Libération du 30/05/03 Christian Losson). Jean-Paul Ngoupandé, ancien premier ministre centrafricain, interviewé par le même journal, déclare : "De mon point de vue, l'Europe ferait bien d'encourager ceux qui font de réels efforts sur le continent, notamment dans trois domaines que je juge prioritaires : l'éducation, la santé, et les productions vivrières. Il faut accompagner les efforts dans ces secteurs, et c'est précisément ce que prévoit le NEPAD. Car, avant de construire des routes ou des réseaux de télécommunications, il faut des Etats stables. " C'est vrai, mais il faut faire tout ensemble…

Côte d'Ivoire

Jeune Afrique du 25/31 mai 2003, sous la signature de Cheikh Seck : "Bouaké, la capitale des rebelles du Nord, isolée du reste du pays depuis plus de huit mois, réapprend à vivre… Dès l'entrée dans la deuxième ville ivoirienne par sa population, le visiteur est frappé par une certaine décrispation… les visages des sentinelles sont détendues… Les Bouakéens reprennent goût à la vie… mais les pénuries demeurent. Bouaké s'approvisionne en denrées alimentaires à partir des pays voisins (Burkina, Mali, Guinée) et s'astreint à consommer "local"… Malgré ses charges ministérielles (de membre du gouvernement de la Côte d'Ivoire), Tuo Fozié reste le commandant des opérations pour Bouaké. Il se "replie sur la base" après les Conseils des Ministres, son adjoint Chérif Ousmane étant parti pour une mission de pacification dans l'Ouest. Le poste sensible de la sécurité échoit au "chef Konaté". Lequel a fort à faire pour mettre fin aux rackets et autres exactions dont se plaignent les habitants de la ville… Le MPCI a mis un point d'honneur à restaurer l'autorité… Bouaké gère son quotidien, égrène les jours et attend de retrouver toute sa place dans une Côte d'Ivoire réunifiée."

Quelques extraits d'une interview, par le même journaliste, de N'boran Aka, lieutenant-colonel porte-parole des FANCI (Forces Armées nationales de Côte d'Ivoire) : "Un pays, c'est un drapeau et des valeurs à défendre. Aucun Etat ne doit confier sa défense à un partenaire, à un ami, aussi puissant soit-il. Malheureusement, c'est ce que la Côte d'Ivoire a fait. Nous avons confié notre défense à la France. Pensez-vous réellement qu'au nom d'un prétendu accord les soldats français sont prêts à se sacrifier pour les petits nègres que nous sommes ? Nous devons compter sur nous mêmes… Plus jamais une armée naine pour défendre une économie ivoirienne forte. Désormais, tous ceux qui menaceront la Côte d'Ivoire réfléchiront par deux fois avant de passer à l'acte. "

Situation encore très fragile…

Election présidentielle au Nigéria

Le second mandat du président Olusegun Obasanjo, réélu en avril 2003, s'ouvre sur une crise identitaire et économique, aggravée de tensions avec les Etats-Unis, qui reprochent au pays son opposition à la guerre en Irak et convoite son pétrole…

Après le retour à la démocratie en 1998, l'irruption de la loi islamique dans le nord du pays reflète surtout la réaction de populations paupérisées qui ne bénéficient pas de la rente pétrolière… La loi islamique est perçue comme l'outil d'un mieux-être économique… "Les gens là-bas à Aso Rock, au palais présidentiel d'Abuja, que font-ils pour améliorer notre quotidien ? S'ils cherchent le pouvoir, c'est d'abord pour avoir la mainmise sur les richesses pétrolières du pays. La charia va changer tout ça." résument de jeunes étudiants de Kano. Kano (3 millions d'habitants) est la métropole la plus sous-développée du pays. Plus de 65% des habitants survivent avec moins de 1 euro par jour. Passé le quartier des banques !…, c'est un alignement de ghettos miséreux privés d'eau et d'électricité soumis aux exactions des yandabas (voyous, en haoussa)" (J.C. Servant, Le Monde Diplomatique de juin 2003). Voilà des aspects inquiétants du Nord-Nigéria, qu montrent quelques-uns des énormes problèmes de ce pays géant (130 millions d'habitants)

Changement de régime en Centrafrique

Le général Bozizé, qui a pris récemment le pouvoir à Bangui, à la suite d'un coup d'état "consensuel" est interviewé dans Le Monde du 21 mai 2003 par Stephen Smith : "A quelle situation devez-vous faire face ? Réponse : A la situation dramatique d'un pays qui, depuis tant d'années, n'a vécu que de soubresauts. Cette situation est connue du monde entier… Nul n'ignore que nous sommes au fond du gouffre ! Tout est urgence ici ! … Le premier ministre Abel Goumba est parti en tournée d'explications en Europe, pour faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'un énième putsch pour accaparer le pouvoir mais d'une tentative désespérée de sauver notre pays. Nous avons un besoin vital d'aide. Il faut voler au secours de la République Centrafricaine avant qu'il ne soit trop tard… Nous pensons d'abord à la France, notre amie de toujours, qui ne nous a jamais fait défaut dans les moments difficiles… La situation de nos finances publiques est désespérée… Il faut entièrement réorganiser notre armée, nos forces de police et de gendarmerie…"

Election présidentielle au Togo

Le 1er juin a lieu une élection présidentielle au Togo. La précédente, en 1998, avorta quand le président Gnassingbé Eyadema, au pouvoir depuis 36 ans, envoya la troupe pour arrêter le dépouillement et se proclama vainqueur. L'Union Européenne prorogea alors ses sanctions contre le régime déjà privé d'aide depuis 1993 en raison de son "déficit démocratique"." Pour cette nouvelle élection, " le code électoral a été changé de même que la Constitution. Grâce à ces modifications, le chef de l'Etat peut se représenter, tandis que son principal opposant, Gilchrist Olympio, candidat en 1998, a été éliminé de la course, faute de quitus fiscal et de résidence continue au pays pensant 12 mois. Fils du premier président togolais, assassiné par l'ex-sergent Eyadema, Mr Olympio , qui fut lui-même la cible de trois attentats, habite en France… Le dernier rapport d'Amnesty International s'intitule "Togo, silence on vote". Bruxelles a décidé de ne pas cautionner un scrutin incontrôlable par l'envoi d'observateurs. Paris en a décidé autrement. Quatre élus français… s'apprêtent à partir pour Lomé à la demande de l'Elysée… Un conseiller de M. Olympio, Isaac Pehiakpé, condamne cette initiative, qui donnerait de la crédibilité à une élection "dépourvue de toute garantie de régularité"" (Le Monde du 25 mai 2003 - Stephen Smith). Libération du 30 mai 2003 titre : "Le Togo tout près du chaos. La probable réélection du Président pourrait entraîner des troubles." Une situation bien inquiétante, car d'éventuels soulèvements populaires se heurteraient à une armée bien organisée, contrairement à la Côte d'Ivoire, et acquise à Eyadema. Rappelons que ce dernier s'était engagé à ne pas se représenter !

Congo-Kinshasa

Les problèmes du Congo nous ramènent au NEPAD : en effet, à Evian, "la France mettra l'accent sur le premier chapitre du NEPAD, consacré à la promotion de la paix et de la sécurité. Au moment où les soldats français volent au secours des Nations-Unies pour pacifier le nord-est du Congo Kinshasa, le primat de la gestion des crises sur le continent s'impose d'autant plus, aux yeux de Paris, qu'un quart des 800 millions d'Africains sont affectés par des guerres souvent civiles. " (Le Monde du 1er juin 2003 - Stephen Smith)

Bernard Monnier

Rectificatif : Le baromètre de la Lettre 63 comportant une omission de texte sous le titre : "L'Afrique, le désastre du tiers-monde". Il fallait lire au 3ème paragraphe : "L'Afrique subit le plus lourdement les contraintes du monde tropical, surtout parce que les productions agricoles se font principalement sur les sols latéritiques pauvres et fragiles, alors qu'en Asie tropicale, ce sont les sols beaucoup plus fertiles des vallées alluviales qui ont pu être mis en culture..."


Programme des rencontres-débats de la CADE 2003-2004

 

Mercredi 18 juin 2003 : La littérature africaine d'expression anglaise

Mercredi 8 octobre 2003 : Les notions d'État et de société civile en Afrique : pertinence de ces concepts

Mercredi 5 novembre 2003 : L'héritage de l'administration coloniale et la passation des pouvoirs aux nouveaux États

Mercredi 10 décembre 2003 : (à préciser)

Mercredi 14 janvier 2004 : Intervention de Roland Colin, président de l'IRFED, ancien directeur de cabinet de Mamadou Dia

Mercredi 11 février 2004 : le rôle des autorités traditionnelles - à partir de la publication de l'ouvrage de Claude-Hélène Perrot, Le retour des rois (Karthala 2003)

Mercredi 17 mars 2004 : Femmes de pouvoir, femmes au pouvoir

Mercredi 28 avril 2004 : La démocratisation de l'État, la décentralisation

Mercredi 26 mai 2004 : La littérature de l'Afrique australe

Mercredi 23 juin 2004 : Les relations de la société malgache avec le pouvoir central


En Bref

L'agenda de 2003-2004

Cette lettre sera la dernière que vous recevrez avant les vacances. Le compte rendu de la prochaine rencontre sur la littérature africaine d'expression anglaise qui aura lieu le 18 juin - j'espère que vous y serez nombreux- vous sera adressé en septembre en même temps que l'invitation pour la rencontre-débat de la rentrée, prévue pour le 18 octobre.

Nous avons décidé de retenir comme thème central pour nos rencontres débats, l'État et les sociétés civiles africaines et malgaches.

Nous avons sollicité l'aide de nos amis universitaires pour bâtir le programme de ces rencontres dans l'espoir qu'ils pourront y intéresser leurs étudiants. Dans le même temps, nous poursuivons nos efforts afin d'intéresser à nos actions les associations et les organismes de l'éducation au développement. Nous sommes en mesure de leur proposer des modules de formation sur les défis de l'Afrique au seuil du XXI° siècle. Nous espérons enfin pouvoir disposer à la rentrée d'une réédition papier et CDROM de nos 65 Lettres de la CADE précédées d'un classement thématique et géographique destiné à en faire un instrument de travail sur les réalités africaines d'aujourd'hui.

Si vous avez des propositions à nous faire, accompagnées des modalités concrètes de leur mise en oeuvre n'hésitez pas à nous en faire part.

La CADE

Des nouvelles d'Afrique Initiatives

La société de capital-risques créée par Michel Rocard, avec le soutien de Jacques Bugnicourt, secrétaire exécutif de l'ONG internationale Enda Tiers-Monde poursuit son développement. Après quatre années de fonctionnement, cette société a réussi à intéresser à l'avenir des petites entreprises africaines quelques unes des plus importantes entreprises françaises. Elle a reçu et étudié quelques 395 dossiers. Elle a pris des participations dans le développement de huit entreprises, dans cinq pays de l'Afrique de l'ouest, représentant un investissement de 670.000 euros. À Saint- Louis du Sénégal , elle a mis au point deux utilisations d'Internet comme fournisseur de services populaires : un service de proximité (Proxinet) à usage professionnel et un suivi du poids des jeunes enfants (Pésinet) qui intéressent d'ores et déjà plusieurs pays africains ainsi que les organisations internationales.

L'originalité de cette société est définie par sa charte : relèvent d'Afrique Initiative les entreprises dont les produits et les services sont destinés à répondre aux besoins des Africains et à être accessibles au plus grand nombre. Ce qui privilégie les secteurs d'activité tels que l'alimentation, la santé, les transports, l'énergie domestique, la formation professionnelle et en exclut les activités tournées vers l'exportation. Ces entreprises se situent en général entre les petites entreprises familiales qui relèvent du micro crédit et les PMI-PME qui ont accès au système bancaire.

L'Université Senghor d'Alexandrie prend un nouveau départ

L'Université internationale de langue française a été créée lors du sommet des chefs d'État de Dakar de mai 1989 par le président Léopold Sedar Senghor, Boutros Boutros Ghali, Maurice Druon, et le professeur Jean-Marie Dupuy, afin de former l'élite de cadres gestionnaires dont l'Afrique a besoin pour se développer. Après dix ans d'existence et la formation de plus de 500 auditeurs, l'Université a été dotée de nouveaux statuts qui doivent clarifier sa gestion financière et administrative, élargir son offre pédagogique, resserrer ses liens avec les autres acteurs de la francophonie.

Lors de l'assemblée générale et du Conseil d'administration qui se sont réunis à Paris le 27 mai sous la présidence effective de M. Abdou Diouf, Secrétaire général de la francophonie, les gouvernements français, canadien, suisse, belge ont renouvelé leur engagement financier et le gouvernement égyptien son engagement relatif aux locaux mis à la disposition de l'Université.

L'Université pourra donc accueillir en septembre, un nombre significativement augmenté de stagiaires - 120 environ - pour sa neuvième promotion 2003-2005.

Les instances de l'Université ont renouvelé leur confiance au professeur Ahmed El-Kosheri qui a été réélu président de l'Université et au recteur Alfred Constant pour la mise en oeuvre de ce nouveau départ.

Rappelons que la formation s'adresse à des personnes ayant au moins un diplôme sanctionnant quatre ans d'études supérieures et trois ans de vie professionnelle. Elle est dispensée au sein de trois départements : administration et gestion, gestion de l'environnement, gestion du patrimoine, gestion de la santé publique et nutrition. Elle comprend un stage et elle est sanctionnée par un diplôme d'études professionnelles approfondies, le DEPA reconnu par le CAMES.

 

L'Afrique… Paradis de la Bourse

Dans les 18 bourses au nord et au sud du Sahara, des investisseurs américains ont gagné 26% en 2002 alors qu'aux Etats-Unis, en Europe,au Japon les indices perdaient presque autant.

Mi-avril le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) et le New-York Stock Exchange ont organisé le premier forum sur les investissements boursiers en Afrique, incitation aux transferts vers ce continent. Des marchés trop petits obligent les investisseurs à se disperser, mais il reflètent plus fidèlement qu'ailleurs la véritable santé des entreprises.

Ce phénomène est dû à la non connexion des bourses africaines au marché mondial. Qu'apportera la mondialisation ?

R. G

Africa 2005

Le mouvement Africa 2005 a été lancé lors d'une réunion organisée le 22 mai 2003 au Musée Dapper. La Cade a participé à cette réunion.

Africa 2005, c'est :

- l'opportunité de mettre en lumière, de partager ou de découvrir une autre image de l'Afrique et de la véhiculer auprès de la communauté internationale

- l'instrument de la promotion et de mise en œuvre d'une année mondiale de l'Afrique en 2005

- un mouvement ouvert à toute personne souhaitant participer à un évènement porté par la société civile répartie sur les cinq continents : la communauté Africa 2005

La communauté Africa 2005 est un réseau mondial d'individus, d'entreprises, d'associations soutenant le projet, un espace virtuel d'échanges et de discussion dans le cadre de l'année mondiale de l'Afrique, l'opportunité donnée à chacun de contribuer au développement du mouvement.

La Cade, qui a pour ambition de porter un autre regard, objectif et informé, sur l'Afrique et de faire partager sa vision à l'opinion publique française, s'inscrit naturellement dans la communauté Africa 2005.

Des informations complémentaires sont disponibles sur le site : www.africa2005.com

Ou à l'adresse : Africa 2005, 20, rue Quentin Bauchart - 75008 Paris


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