Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°61 - Mars 2003

Débat du mois :

La littérature africaine d'expression française

 

Sommaire :


Editorial : ça suffit

L'afropessimisme est de retour. Il est revenu avec la guerre civile ivoirienne, la crise au Zimbabwe, la reprise des combats au Burundi. Finie la parenthèse de la reprise économique, les espoirs suscités par la Renaissance africaine et le Nepad (le Nouveau partenariat économique pour le développement de l'Afrique). Le sommet franco-africain de Paris a bien eu lieu mais le sommet euro-africain prévu à Lisbonne a été reporté. Sur un mode résigné ou apitoyé, les éditorialistes de la presse écrite et parlée parlent à nouveau de continent à la dérive, de continent de toutes les tragédies.

Il faut donc se rendre à l'évidence : nous gardons au fond de nous-mêmes le vieux complexe de supériorité qui nous fait dire que les Africains ne sont pas capables de sortir de leur retard millénaire et leur continent de son sous-développement dès que l'actualité fait voler en éclats l'Afrique de nos rêves et de nos nostalgies. Quelques phrases sur les richesses de l'âme, les valeurs de la société et de la culture africaine ne changent rien à la sévérité de ce constat : elles l'aggraveraient plutôt en enfermant à nouveau les Africains dans leur africanité, vieux débat que l'on croyait clos.

Tourner le dos à l'afropessimisme ce n'est pas ignorer ou se cacher les tragédies qui déchirent l' Afrique. C'est les regarder en face, les analyser, les resituer dans leur profondeur historique, dans leur contexte social et culturel, en démêler les tenants et les aboutissants, politiques, économiques et financiers, qui concernent les Africains assurément, mais aussi les institutions internationales et les groupes multinationaux, les replacer dans une perspective de moyen terme, voire de long terme.

Ainsi, la Côte d'Ivoire est-elle en train de solder trente années de facilités politiques et économiques, le Zimbabwe les promesses non tenues par la Grande-Bretagne d'une réforme agraire pourtant reconnue indispensable, l'Angola vingt années de guerre civile nourrie par la rivalité est-ouest, la plupart des pays africains les dérives autoritaires et patrimoniales, voire mafieuses, avec la passivité intéressée, sinon la complicité des anciennes puissances coloniales.

Les défis à relever sont gigantesques mais ils n'ont rien à voir avec l'âme africaine ou une quelconque malédiction du continent africain. Des gouvernements responsables et démocratiques, la transparence dans l'affectation des revenus provenant des exportations des produits pétroliers, miniers et autres, ces conditionnalités sont en train de s'imposer, pas seulement comme des exigences des bailleurs de fonds, mais comme des préalables à la paix et au développement.

Cessons de dire que l'Afrique est en perdition, même pour susciter la mobilisation des bonnes âmes et l'ouverture de leur porte-monnaie. Ce genre de propos n'a pas de sens et il entretient un certain paternalisme dans nos relations avec ce continent. Il est incompatible avec les nouvelles formes de partenariat que l'on souhaite établir avec les Africains.

N'êtes-vous pas frappés par le fait que l'Angola, la Guinée, le Cameroun vont prendre part, au nom de l'Union africaine et des 52 États représentés à Paris, à un vote décisif au Conseil de sécurité, sur le principe d'une guerre américaine ou internationale ? Jamais sans doute l'Afrique n'aura autant pesé sur l'avenir du monde. Alors, plutôt que de nous lamenter sur le sort de ce continent à la dérive, battons-nous pour que soient prises les décisions qui lui permettront d'avancer sur la voie de la démocratie, du développement et de la paix. Le président Chirac vient de rappeler les décisions que l'Afrique attend de nous : un moratoire des subventions aux exportations agricoles de l'Union européenne, une évolution concomitante des cours des matières premières et du poids de la dette. À quand des règles internationales sur la transparence des relations entre les multinationales et les États, sur le recrutement de mercenaires, sur la production et la distribution des médicaments génériques dans les pays pauvres ?

La CADE


La littérature africaine d'expression française, compte-rendu de la rencontre-débat du 5 février 2003

Afin d'élargir ses connaissances de l'Afrique à de nouveaux domaines, la Cade aborde la vie intellectuelle et littéraire de l'Afrique d'expression française. Il y a là une matière très abondante et très peu connue du grand public. C'est également une donnée importante de la réalité africaine que les écrivains africains peuvent contribuer à éclairer. Pour traiter ce sujet, la Cade a fait appel à deux spécialistes. Bernard Mouralis est professeur à l'université de Cergy-Pontoise où il a été directeur de l'UFR de Lettres et Sciences Humaines. Il est actuellement directeur du Centre de Recherche Texte/Histoire. Ses publications portent sur la littérature de l'Afrique, la relation franco-africaine et la théorie de la littérature. Boniface Mongo Mboussa est né au Congo-Brazzaville. Il a fait des études à Saint-Pétersbourg et enseigne actuellement la littérature francophone à Columbia University de Paris et à Paris XIII-Villetaneuse. Il est rédacteur à la revue Africulture et collabore à la Quinzaine Littéraire ainsi qu'à Hommes et Migrations. "Désir d'Afrique" paru chez Gallimard est son premier livre.

LA LITTERATURE DE LANGUE FRANCAISE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE ET SES ENJEUX DANS LA RELATION FRANCO-AFRICAINE

Bernard Mouralis nous fait part de ses réflexions sur la production littéraire de l'Afrique subsaharienne depuis ses origines et pose la question de l'intérêt que peut représenter la prise en compte de cette littérature sur le double plan de la connaissance de ce continent et des actions de développement ou politiques qu'on peut y mener. La littérature fait partie de l'Afrique et Bernard Mouralis dénonce une vision sélective, et donc arbitraire, de la réalité africaine. En effet, lorsque l'on réfléchit à un pays, on pense à son économie, à sa situation politique et sociale mais beaucoup moins à son histoire et encore moins à sa littérature. Tout se passe comme si, dans l'examen de la société globale, la littérature apparaissait comme une donnée négligeable, superficielle. Or, quand on veut s'engager dans un mouvement de connaissance, il ne faut pas avoir d'a priori et considérer qu'il y a des réalités plus réelles que d'autres. B. Mouralis propose quelques repères permettant de savoir de quelle façon cette littérature est née et s'est développée.

Repères historiques

La connaissance de la littérature africaine de langue française suppose que l'on se souvienne des grands moments qui ont marqué l'histoire de la colonisation française au sud du Sahara. Celle-ci ne forme pas un tout homogène et on ne peut opposer de façon binaire la période coloniale et la période des indépendances. Dans cette perspective, B. Mouralis distingue :

- Le 19ème siècle, marqué par la conquête du Sénégal et le rôle de Faidherbe, gouverneur de la colonie à deux reprises sous le Second Empire, et par celle des autres colonies. C'est une période de conquête et d'organisation politique très élaborée.

- La période 1900-1946 qui est la période coloniale proprement dite pendant laquelle se met en place une administration territoriale avec la création des deux fédérations, AOF et AEF.

- La période 1946-1960 est caractérisée par la mise en place du régime de l'Union Française qui est un véritable bouleversement (que Mongo Beti appelle "la révolution de 1946" dans Mission terminée (1957)), puisqu'elle jette les bases d'une construction politique franco-africaine avec une citoyenneté unique, réalisant ainsi le projet assimilationniste de Victor Schoelcher. La loi-cadre de Gaston Defferre, en 1956, introduit un régime d'autonomie interne au niveau des territoires et non des deux fédérations (AOF et AEF). La Cinquième République confirme cette évolution à travers le projet de "Communauté" et organise l'accession de ces territoires à l'indépendance.

Ces données sont importantes car elles diversifient la réalité historique ; mais il faut en ajouter d'autres qui vont dans le même sens. B. Mouralis fait trois remarques :

1. La période coloniale est marquée par une hésitation constante du colonisateur quant à la politique à mener dans les territoires africains : hésitations entre assimilation et association, entre logique de domination coloniale et logique impériale.

2. Le système colonial fonctionne avec un pourcentage très élevé d'autochtones (de l'ordre de 90%) que ce soit dans les emplois civils ou dans les emplois militaires. Le personnel qui accède à l'indépendance et prend les commandes à partir de 1960 est pour sa grande majorité issu de la fonction publique de l'époque antérieure.

3. L'histoire de l'enseignement en Afrique, qui a une incidence notable sur la production littéraire, pourrait être définie selon le schéma suivant : le système d'enseignement mis en place par le colonisateur, et qui va fonctionner entre 1900 et 1946, vise à former des agents d'exécution et son contenu est afro-centré, les futurs acteurs devant connaître les "réalités africaines". Cet enseignement ne permettait pas d'accéder au baccalauréat et donc à l'université. A partir de 1946, le nationalisme africain refuse l'enseignement colonial, sa spécificité, et exige de disposer du même système qu'en France. L'enseignement devient franco-centré et il est intéressant de noter que cette évolution fait suite à la pression des nationalistes. Après 1960, les états africains modifient les contenus en intégrant l'histoire, la géographie et la littérature de l'Afrique. L'enseignement redevient en partie afro-centré.

Les origines de la production littéraire de langue française en Afrique subsaharienne

Existe-t-il un livre fondateur comparable, par exemple, à Paul et Virginie (1788) pour la littérature mauricienne, se demande B. Mouralis? Pendant longtemps, les spécialistes ont considéré que la littérature africaine était née avec la "négritude", c'est-à-dire dans les années 30, avec des poètes qui sont connus tels que L.-G Damas (Pigments, 1937), A. Césaire (Cahier d'un retour au pays natal, 1939), L.-S. Senghor (Chants d'ombre, 1945). Une immense tâche fut accomplie par Alioune Diop et la création qu'il fit de Présence Africaine. Pour la première fois, des Africains affirment une personnalité noire et traitent un double thème: d'un côté, le destin du peuple noir, et de l'autre, la reconnaissance des civilisations africaines. Dans cette logique, les auteurs qui ont écrit avant les années 30 sont considérés comme des "précurseurs". Mais la connaissance des textes progressant, on s'est aperçu que les choses étaient beaucoup plus complexes. Plus on remonte dans le temps, plus on s'aperçoit qu'il y a des Africains qui ont écrit, dans notre langue ou dans une langue européenne. B. Mouralis a fait une recherche dans le livre de l'abbé Grégoire, premier ouvrage consacré à la littérature des nègres, intitulé De la littérature des nègres (1808). Il y a trouvé une notice consacrée à Lisley-Geoffroy qui est originaire de l'Ile de France (actuellement, l'Ile Maurice), qui a fait des travaux de cartographie scientifique très appréciés par la communauté scientifique française. D'autres chercheurs, dont Robert Cornevin, ont mis en évidence des personnalités qui se situent assez loin de nous comme le sénégalais Félix Darfour, mort en 1822 à Haïti, et qui avait fondé deux journaux : L'éclaireur haïtien et L'avertisseur Haïtien. On pourrait s'intéresser également au cas de Durand-Valentin, originaire de Saint-Louis au Sénégal, auteur notamment d'un long Mémoire rédigé à l'occasion d'une pétition présentée à l'Assemblée Nationale par les commerçants européens du Sénégal (1849), dans lequel il porte un regard aigu sur les obstacles qui s'opposent au développement du Sénégal.

Sous le Second Empire, il convient de citer l'abbé Boilat, originaire du Sénégal, qui a écrit un ouvrage remarquable : Esquisses sénégalaises (1853) sur l'histoire, les langues, les ethnies du Sénégal. Cet auteur était préoccupé par les problèmes de développement mais malgré son intérêt, on n'a pas su le lire. Il ne cesse de parler de la politique qui conviendrait au Sénégal et préconise une politique autocentrée, la fin de l'économie sommaire (ou de traite) et le développement de l'agriculture. Par ailleurs, Boilat, et c'est une des rares exceptions dans l'histoire de la période proprement coloniale, a créé un collège secondaire, le collège du Sénégal où il a voulu que les élèves sénégalais apprennent le latin et le grec et passent le baccalauréat.

Par la suite, que ce soit des auteurs africains ou des auteurs européens comme Georges Hardy, on n'a cessé de se moquer de Boilat "qui voulait apprendre le latin et le grec aux nègres". Mais pour Boilat, il faut que les Africains accèdent à l'enseignement secondaire classique, comme en France, car cela leur permettra de passer le baccalauréat et d'occuper toutes les fonctions de direction dans tous les domaines.

Pendant la période coloniale, jusqu'aux années vingt, on s'aperçoit qu'il y a énormément de journaux. Beaucoup sont éphémères, certains pays (Dahomey, Sénégal) en ont plus que d'autres. Il y a des journaux d'opinion, ou de type professionnel comme Le Bulletin de l'Enseignement en AOF fondé en 1917 qui contient de très nombreuses contributions d'Africains dans des domaines très divers : ethnologie, linguistique, histoire, littérature orale.

La littérature africaine n'est donc pas née sur les bords de la Seine mais "en pays colonisé", pour reprendre le titre de l'ouvrage récent de Guy Ossito Midiohouan, Ecrire en pays colonisé (Paris, L'Harmattan, 2002) et elle doit beaucoup à d'autres supports que le livre, la presse jouant un grand rôle dans l'activité d'écriture en Afrique colonisée.

L'évolution de la production littéraire jusqu'à l'indépendance

En poursuivant ce parcours historique, B. Mouralis en arrive à la négritude qui a voulu développer une double thématique : rappeler l'expérience historique des peuples noirs et affirmer la dignité de civilisations qui avaient été méprisées. Ce double thème s'est accompagné d'un discours qui a fréquemment opposé le rapport que l'homme blanc entretient avec le monde, tenant celui-ci à distance pour mieux le maîtriser dans une perspective prométhéenne, et le rapport au monde qui caractérise le Négro-Africain, "insoucieux de dompter, mais jouant le jeu du monde, poreux à tous les souffles du monde" comme le dit A. Césaire. Cette thématique développée par les écrivains de la négritude au début des années trente est une thématique de rupture par rapport à un discours dominant européen concernant l'Afrique et l'homme noir. Mais, là aussi, les choses sont assez complexes. Cette idée d'une critique du rapport au monde de l'homme blanc n'est pas totalement nouvelle car si on remonte dans l'histoire de la culture occidentale, Tacite, dans son ouvrage Mœurs des Germains, oppose la sauvagerie, la santé des germains au côté décadent des romains tendant à établir la supériorité du bon sauvage sur le civilisé. On retrouve également cette idée dans ce que dit Montaigne des "Cannibales" dans les Essais ou chez Diderot dans le Supplément au voyage de Bougainville. Il y a donc depuis longtemps, dans la tradition occidentale, cette opposition entre civilisation et sauvagerie formulée dans un discours visant à montrer la supériorité de la seconde sur la première.

Au moment où les Africains de la négritude formulent leurs propos, l'horizon est marqué en Europe par la pensée de Lévy-Bruhl sur la mentalité primitive. Il a voulu imaginer ce que serait une pensée différente du rationalisme mais a remis en cause cette opposition à la fin de sa vie dans ses carnets en constatant que les mentalités primitive et civilisée coexistent en chacun de nous. Dans les années trente, cette pensée intéressait tous ceux qui critiquaient le rationalisme occidental à commencer par les surréalistes. La négritude se nourrit dans le contexte intellectuel de cette époque. Cette littérature de la négritude, qui est une littérature de rupture tout en prenant beaucoup à la tradition occidentale, a été aussi une littérature internationaliste. Les œuvres de Damas, de Senghor, contiennent beaucoup de références à la situation historique, politique des années trente et en particulier de nombreuses références à l'antifascisme et à l'affirmation de la solidarité avec les juifs, les Ethiopiens, les Noirs Américains. La poésie de la négritude s'est voulue une poésie de son temps s'intégrant dans l'avant-garde de l'époque. Son refus du régionalisme et sa revendication d'une dimension mondiale sont marqués par les préfaces à nombre des œuvres de ce courant : Desnos pour Damas, Breton pour Césaire, Sartre pour l'Anthologie de Senghor et confirmés par le fait que le lieu d'édition de cette littérature est Paris.

Le roman

Le roman commence également assez tôt en Afrique avec la publication en 1921 de Batouala de René Maran qui décrit les effets de la colonisation en Afrique Centrale, avec sa célèbre préface dénonçant la prétention des Européens à la civilisation. Dans les années trente, ce qui apparaît, c'est la revendication pour la citoyenneté avec notamment les romans d'Ousmane Socé. Entre 1946 et 1960, on a une explosion du nombre des ouvrages publiés et un des thèmes dominant est le dévoilement de la réalité coloniale. Il est intéressant de noter les modes de narration. Certains auteurs vont employer des récits à la troisième personne comme Sembène Ousmane dans Les bouts de bois de Dieu (1960), d'autres imaginent un récit à travers un journal tenu par un Africain comme Mongo Beti dans Le pauvre Christ de Bomba (1956), journal censé être tenu par Denis, le cuisinier du missionnaire au cours de sa tournée chez l'ethnie mythique Tala.

Un nombre non négligeable de romans dépasse le cadre de la situation coloniale et d'un certain réalisme romanesque au profit d'une interrogation de type existentiel, métaphysique sur la condition humaine qui est bien de son époque. Parmi les romans de ce type, deux paraissent très importants : L'aventure ambiguë de Cheikh Amidou Kane (1961), et Un piège sans fin d'Olympe Bhêly-Quénum (1960), superbe méditation sur le crime et le châtiment.

Après l'indépendance, la littérature continue son essor mais sa thématique va progressivement changer. De ce point de vue, quelques œuvres marquent un tournant comme Les soleils des indépendances d'Ahmadou Kourouma (1968 et 1969) car apparaît le thème nouveau de l'indépendance et du point de vue de l'écriture, Kourouma innove de deux façons en écrivant dans une langue dans laquelle interfèrent malinké et français et en tentant de substituer à la relation froide auteur-lecteur, la relation conteur-auditeur.

Expérience africaine, communication littéraire et relation interculturelle

Pour B. Mouralis, la littérature africaine ne se caractérise pas tant par sa thématique mais par le fait qu'elle est née à partir du moment où les Africains ont eu le désir d'écrire sur l'Afrique, sur l'homme noir, pour l'Afrique. Ils tentent de produire un discours qui va se substituer à celui qui a été tenu si longtemps par l'Europe sur l'Afrique et qu'elle a tendance à présenter comme le seul discours légitime. La littérature africaine naît dans un contexte que B. Mouralis appelle la "concurrence des discours" (discours africain, discours européen). Cela ne veut pas dire que les Africains rejettent systématiquement le discours européen. Ils aiment bien Voltaire, ils aiment moins certains romans coloniaux ou la vision de Céline quand ils lisent dans Le voyage au bout de la nuit : "des mots nègres, de gros glouglous". Par contre, quand ils lisent Delafosse, ils voient en lui le fondateur d'un certain afro-centrisme. Il y a donc concurrence des discours et relations constantes entre écrivains africains et tous ces discours produits en Europe sur l'Afrique.

Comment pouvons-nous nous servir de ces textes, s'interroge B. Mouralis ? On pourrait se dire qu'ils sont intéressants parce qu'ils nous apprennent des choses sur l'Afrique. Mais est-ce que ces textes nous apprennent réellement des choses sur l'Afrique, est-ce qu'ils véhiculent des réalités si différentes que cela ? Trop souvent, dans la pratique des relations des Européens avec la littérature africaine, une chose est oubliée : le public français lit énormément d'auteurs africains. Si on peut lire ces textes, c'est qu'ils ne sont pas totalement différents, ils ne sont pas situés dans une altérité. On ne les lit peut-être pas parce qu'ils sont africains mais simplement parce que c'est de la littérature ; la littérature rapproche les hommes parce que c'est de l'art. Et B. Mouralis conclut en parlant de "la responsabilité des universitaires dirigeant des recherches sur la littérature africaine : doivent-ils engager des étudiants travaillant sur des écrivains africains ou, plus fondamentalement, sur des écrivains ?". Il semble que ce soit cette dernière option qu'il ait choisie.

LITTERATURE AFRICAINE : DU CASQUE COLONIAL AU BERET TROPICAL

Boniface Mongo Mboussa aborde la période contemporaine. L'AOF est au cœur de la naissance de cette littérature négro-africaine. Au cours des années cinquante-soixante, cette géographie se déplace très rapidement avec Mongo Béti, Ferdinand Oyono (le vieux nègre et la médaille). En Afrique Centrale, Tchicaya U'Tam Si, fils de député, arrive à Paris en même temps que Senghor. Scolarisé à Orléans, il s'aperçoit qu'il ne comprend rien à Corneille ni à Racine ; il fait l'école buissonnière et se met à écrire (Le mauvais sang). On note déjà une réaction épidermique à la négritude avec sa phrase célèbre "sale tête de nègre, voici ma tête congolaise", façon de s'opposer à cette Afrique mythique de Senghor. Mais avant cela, la littérature reste centrée en Afrique de l'Ouest avec deux textes forts : Les soleils des indépendances d'Ahmadou Kourouma et Le devoir de violence du Malien Yambo Ouologen. Ce dernier texte est très important car écrit trois ans après les indépendances, il remet subtilement l'indépendance en cause ainsi que la critique anticoloniale. Les Africains n'ont pas attendu l'arrivée des Européens pour pratiquer la traite négrière, en particulier au Mali avec la colonisation arabe au 12e siècle. Ce livre, très moderne, avait choqué les Africains et les tiers-mondistes. Quand quelqu'un comme Naipaul écrira A la courbe du fleuve (1980), il intègrera dans l'histoire de l'Afrique l'héritage indien et arabe et fera le même travail que Yambo Ouologen en critiquant le nationalisme africain qui pensait qu'avec l'authenticité, la décolonisation, il suffisait de remplacer les commerçants indiens et européens pour créer de la richesse.

Les années 80

Une date très importante dans l'histoire contemporaine de la littérature négro-africaine est 1979. C'est l'année où un jeune instituteur congolais, Sony Labou Tansi, publie un ouvrage au Seuil : La vie et demie. Cet ouvrage est important, car, comme Kourouma et Ouologen, il critique les indépendances mais il introduit la problématique de la dictature du tyran. L'autre innovation est celle des influences : Céline pour Ahmadou Kourouma, Gabriel Garcia Marquez pour Labou Tansi avec le thème de l'insolence et la dimension carnavalesque, baroque que l'on trouve dans L'automne du patriarche. Ce travail a été fait également par Henri Lopes.

Cette date est aussi importante, car dans le domaine du théâtre, Sony Labou Tansi crée le "Rocado-Zoulou". Il libère l'imaginaire d'une génération d'écrivains, celle issue des indépendances, dont il sera, pour certains, le père spirituel. Cette date donnera naissance à ce qu'on appelle la "nouvelle génération" incarnée par le Togolais Kossi Efoui, ou Abdourahman Waberi, premier écrivain francophone de Djibouti qui se dit appartenir à la génération qu'il appelle "les enfants de la post-colonie", clin d'œil aux Enfants de Minuit de Salman Rushdie.

Ce qui caractérise ces "enfants de la post-colonie", selon Abdourahman Waberi, c'est d'abord le fait qu'ils sont nés vers 1960. Ils usent sans complexe de leur double identité africaine et française. Ils récusent l'idéologie tiers-mondiste de leurs aînés et s'assument comme des "bâtards internationaux". Le thème du retour au pays natal disparaît, thème que l'on trouve dans le texte emblématique d'Aimé Césaire : Cahier d'un retour au pays natal. Quand on analyse la problématique de l'exil ou du voyage dans cette littérature, on s'aperçoit, que l'on lise Chemins d'Europe de Ferdinand Oyono (1960), Un nègre à Paris de Bernard Dadié (1959), Kocoumbo, l'étudiant noir d'Aké Loba (1960), que l'exil est un lieu d'initiation à travers lequel les héros prennent conscience de leur altérité, se découvrent à eux-mêmes, tombent parfois dans une impasse existentielle qui peut conduire à la mort. On le voit bien dans le cas de Samba Diallo, le héros de L'aventure ambiguë du Sénégalais Cheikh Hamidou Kane. Ces héros ne se ressourcent et ne se retrouvent eux-mêmes qu'une fois rentrés chez eux.

Les années 90

 Mais ce même thème traité dans les années 90-2000 par les écrivains de la nouvelle génération devient plus complexe. B. Mongo Mboussa prend l'exemple de deux écrivains du Congo Brazzaville : Daniel Biyaoula et Alain Mabanckou. Chez Biyaoula, le héros quitte Paris pour Brazzaville pour se ressourcer et s'aperçoit qu'il connaît très mal l'Afrique et donc sa famille. On lui reproche sa tenue vestimentaire qui n'est pas digne d'un Congolais revenant de France et on lui fait savoir, par bribes, que le mariage mixte est contre nature et qu'il devrait donc se méfier de la femme blanche. Ce héros s'aperçoit qu'il est également étranger dans son propre pays et quand il revient à Paris, il développe un délire paranoïaque. Il consulte un psychiatre africaniste qui lui tient un discours réconfortant sur la famille africaine unie, chaleureuse, prônant une sorte d'insertion communautaire, une insertion que le héros finira par accepter sans être convaincu. L'auteur rend compte ici de la complexité du problème identitaire d'où le titre du roman : L'impasse qui renvoie à une quête inachevée.

Le même thème est traité par son compatriote Alain Mabanckou dans Bleu, blanc, rouge où le héros, séduit par les retours glorieux de son voisin "parisien" à Brazzaville, se rend à son tour à Paris. Mais, très vite, les désillusions succèdent à l'euphorie quand il s'aperçoit que la réussite de son voisin repose sur des affaires louches. C'est le roman d'un échec, celui d'une jeunesse séduite par les "mirages de Paris", ou du vol de l'identité française. Condensé de la relation interculturelle, L'impasse et Bleu, blanc, rouge sont des romans post-identitaires où le mythe le l'Afrique nationaliste a vécu.

Une autre caractéristique de cette littérature négro-africaine est l'émergence du thème de l'enfant ou de l'adolescent notamment chez Kourouma ou chez Sami Tchak dans Place des fêtes. On a l'impression que ce meurtre du père qui a été intégré par Labou Tansi dans la littérature rebondit chez les romanciers qui mettent en scène un adolescent qui n'a plus de certitude mais qui interroge le monde. Ce thème a également été développé dans les années 50 par les écrivains qui critiquaient la colonisation comme par exemple Ferdinand Oyono dans Une vie de boy ou Mongo Béti dans Le pauvre Christ de Bomba.

Au niveau institutionnel, il y a eu des maisons d'édition qui ont essayé de prendre cette littérature en main. Il y a eu également la création de la revue "Continent Noir" et celle du festival "Etonnant voyageur" sur l'Afrique, ou du "Fest-Africa" de Lille. Il faut également noter l'avènement du roman policier africain ou de la littérature "à l'eau de rose". Au départ, Senghor voulait être Claudel, Césaire, Rimbaud et cette dimension paralittéraire était mise de côté. On doit mentionner également une interrogation sur la notion d'engagement avec le projet "Rwanda 94" écrit par devoir de mémoire qui a donné de très beaux textes.

Dans sa conclusion, B. Mongo Mboussa rejoint B. Mouralis pour dire que la littérature africaine essaie de s'assumer en tant que littérature, d'où la boutade de Kossi Efoui "l'Afrique n'existe pas".

LE DEBAT

Des questions sont posées sur des auteurs qui n'ont pas été cités. Emmanuel Dongala est, au Congo Brazzaville, un cas intéressant. Il a écrit de beaux textes (Johny, chien méchant) mais dans un pays où les bons écrivains ont été des hommes politiques (comme Henri Lopes), il a voulu rester écrivain à part entière. B. Mongo Mboussa salue son humour, son sens de la distance. Quand il n'a plus voulu vivre au Congo, il n'a malheureusement pas pu s'intégrer dans la communauté universitaire française et a été accueilli comme professeur de littérature africaine et de chimie aux Etats-Unis. Quant à Henri Lopes, il faut remarquer que, tout en incluant analyses politiques, sociologiques, psychologiques, il accomplit avec beaucoup d'humour une véritable œuvre littéraire et qu'on peut le considérer comme le plus grand romancier de littérature congolaise. Un autre auteur, le Nigérien Boubou Hama, aujourd'hui décédé, doit également être cité car il a été une sorte de transition entre la littérature orale et la mémoire orale du pays et la littérature écrite. Il a été un personnage extraordinaire qui a formé une jeune génération qui fut active, en particulier au Mali, dans le cinéma et la littérature.

Une question porte sur la communication littéraire en Afrique. Est-il vrai que "les écrivains racontent leur histoire aux étrangers et peu à leurs compatriotes, ceci à cause du prix des livres et du niveau de vie de leur lectorat potentiel ?". Qu'en pensent les écrivains ? Pour B. Mongo Mboussa, cette question pour fondamentale qu'elle soit, ne se pose pas. Cette littérature est devenue universelle, ce que renforce le fait qu'elle ait été publiée à Paris et qu'elle a bénéficié du soutien de figures éminentes telles que Sartre, Breton, Paulhan… La responsabilité de cette pratique insuffisante des auteurs incombe sans doute aux africains eux-mêmes qui manquent d'expérience en matière d'édition et qui ont peut-être, par chauvinisme ou idéologie, oublié que le livre était un produit pas seulement culturel, mais également commercial.

B. Mouralis abonde dans le même sens et souligne que la situation de la communication littéraire est moins favorable en Afrique qu'elle ne l'est en Europe. Les raisons sont nombreuses : lectorat, alphabétisation moindres, prix du papier beaucoup plus cher en Afrique que dans le reste du monde. Mais l'Afrique anglophone est sensiblement mieux lotie car il y a une plus grande professionnalisation du métier d'éditeur, de l'activité journalistique. D'autre part, l'Afrique anglophone a utilisé assez largement les langues africaines comme langue d'enseignement et de culte, ce qui fait qu'il y a depuis longtemps une tradition de diffusion d'ouvrages en langues africaines.

Pour B. Mouralis, il faut se méfier du discours que tiennent certains écrivains africains lorsqu'ils se plaignent de ne pas être lus. Qui sont ces écrivains ? Ce sont des écrivains de fiction ou des poètes. Dans aucun pays du monde ces écrivains ne sont beaucoup lus. Il ne faut pas faire du "littéraro-centrisme". La littérature n'est qu'un moyen d'expression parmi d'autres. La situation culturelle, en Afrique, si l'on tient compte du cinéma, de la chanson, de la radio, de la télévision, est globalement bonne. Un intervenant d'origine sénégalaise estime que les africains connaissent mal leur littérature et, au Sénégal, il lui semble qu'il y a une méconnaissance des auteurs postérieurs à la période "classique" des années 30-40. La raison, selon B. Mongo Mboussa, est sans doute à rechercher dans un certain nationalisme où chacun croit qu'il est, dans son pays, le centre du monde.

Un travail important a été entrepris par des auteurs africains sur le génocide du Rwanda. Cette démarche novatrice mérite d'être soulignée car c'est quelque chose d'assez nouveau. Pour B. Mongo Mboussa, c'est une littérature engagée sur "un génocide en direct" sur lequel des auteurs africains, dont les itinéraires divergent, prennent la parole. Un des meilleurs livres (L'aîné des orphelins) a été écrit par le Guinéen, Tierno Monenembo, qui a vécu un long exil du temps de la dictature de Sékou Touré et qui constate que ce qu'il a vu au Rwanda, après un bref séjour, n'est que l'aboutissement de ce qu'il a vécu en Guinée. La démarche du Sénégalais B. Boubakar Diop est intéressante, car cet ancien maoïste qui s'est opposé à Senghor, qui s'aperçoit, lorsqu'il écrit son livre Le cavalier et son ombre où il traite du génocide à travers les dépêches d'agences de presse, qu'en se rendant au Rwanda, la situation lui apparaît plus compliquée que celle qu'il avait imaginée.

Un intervenant revient sur la question du passage de la littérature orale à la littérature écrite. Il cite Kourouma qui aurait été le premier à transcrire la position du conteur en littérature. Pour B. Mouralis, c'est une vaste question. Dans ce qu'il a appelé la concurrence des discours, il pensait aux discours écrits européens et africains. Mais cette concurrence est plus vaste car l'écrivain africain a également une culture de la littérature orale éventuellement dans plusieurs langues. Dans quelle mesure, lorsqu'il passe à l'écrit, va-t-il utiliser des éléments de cette littérature orale ? C'est variable selon les écrivains. Mongo Beti trouvait que cela n'avait aucun intérêt, au contraire de Kourouma. Par ailleurs, dire qu'il y a de l'oral dans un livre, c'est une fiction. Même un recueil de contes comme celui d'Amadou Koumba, c'est, quoi qu'il en dise, de la littérature écrite. En fait, le problème littéraire qui se pose est la façon dont la littérature reproduit l'oral.

Denyse de Saivre et Philippe Mathieu

CITATION :

"Et j'ai voulu dire qu'il y a une autre Afrique, qui n'est pas seulement celle de la souche mais celle de la diaspora, de l'en-aller. Non de la diaspora de conquête mais celle de la souffrance, du malheur, comme dans la traite négrière, par exemple. Ce pays qui est la souche est aussi un pays d'errance. C'est cela que j'ai voulu montrer en écrivant l'histoire des Batoutos.

Ne craignez-vous pas, toutefois, que l'histoire de ce peuple invisible soit perçue comme un nouveau mythe fondateur ?

Je craindrais cela car nous n'avons pas besoin d'un mythe mais plutôt d'un imaginaire nouveau dans notre manière de fréquenter le monde, ses divagations, ses errances et ses massacres. Pour moi, un peuple invisible n'est pas un mythe fondateur mais un mythe qui permettra de mieux nous comprendre dans le trop de visibilité. Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? On voit beaucoup l'Afrique à la télévision - le sida, les massacres, les guerres tribales, les misères... Mais en fait, on ne voit pas l'Afrique. Elle est invisible. Pourtant, il y existe une vie normale, bien différente de la vision apocalyptique que l'on s'en fait. Dans mon livre, parmi les Batoutos, il y a des enfants, des jeunes filles qui essaient de se rouler les uns les autres de façon ludique. Pour moi, c'est aussi cela l'Afrique réelle. C'est comme cela que je la connais et que je la sens. "

Edouard Glissant, in Désir d'Afrique de Boniface Mongo-Mboussa, p.233

Quelques éléments bibliographiques

 a Nations nègres et cultures, Cheikh Anta Diop, Présence africaine (Paris 1979)

a Le Pleurer-rire, Henri Lopes, Seuil

a Hosties noires, Henri Senghor, Seuil

a Cahier d'un retour au pays natal, Aimé Césaire, Présence africaine

a L'aventure ambiguë, Cheikh Hamidou Kane, 10-18

a L'enfant noir, Camara Laya, Press-pocket

a Le pauvre Christ de Bamba, Mongo Beti, Présence africaine

a L'aîné des orphelins, Tierno Monenembo, Seuil

a Agonies, Daniel Biyaoula, Présence africaine

a Mémoire d'une peau, Wiliam Sassine, Présence africaine

a Oui, mon commandant, Amadou Hampaté Ba, Actes Sud

a Une si longue lettre, Mariama Bâ, Le Serpent à Plumes

a Le baobab fou, Ken Bugul, Le Serpent à Plumes

a Ramala, Abasse Dione, Gallimard

a En attendant le vote des bêtes sauvages, Amadou Kourouma, Seuil

a Voyage jusqu'au bout du Rwanda, Véronique Tadjo, Actes Sud

Et évidemment :

a Boniface Mongo Mboussa : Désir d'Afrique, Gallimard

a Bernard Mouralis, Républiques et colonies, Présence africaine


La page économique : le NEPAD aux sommets France-Afrique

La 22ème Conférence des chefs d'Etats d'Afrique et de France s'est tenue à Paris du 19 au 22 février 2003 avec les représentants de 52 pays, dont 42 chefs d'Etat et de gouvernement, la plus forte participation depuis le premier Sommet en 1973. L'accent a été mis sur les problèmes politiques dans le monde (Irak) et en Afrique (Côte d'Ivoire et autres) en soulignant que "le temps de l'impunité était terminé" et que "doit venir maintenant celui où l'on fortifie la justice".

On a aussi beaucoup parlé du NEPAD. Une fois de plus dira-t-on. Jacques Chirac l'a présenté comme "l'expression la plus claire, la plus déterminée des fondements politiques du nouveau partenariat". Le choix de priorités immédiates aidera au "développement (qui) reste l'enjeu fondamental, celui qui commande tout : la sécurité, la confiance, la paix, le bonheur des hommes".

L'autre Sommet

Ce Sommet a été l'occasion, comme généralement lors des grandes rencontres internationales, d'un "Autre sommet pour l'Afrique", celui des " contre-voix citoyennes", dont les thèmes étaient la justice pénale internationale, les multinationales, la dette et, en séance d'ouverture le NEPAD. La diaspora africaine s'est particulièrement manifestée en marquant son intérêt pour ce concept encore flou parce que sans concrétisation. Un "contre" ou un "autre" NEPAD a été fortement souhaité en regroupant, grâce notamment à Internet, les choix de développement des diverses sociétés civiles africaines. Les priorités sont : l'éducation, l'eau, l'agriculture.

L'agriculture

Officiellement, les secteurs clés du NEPAD qui méritent une attention particulière sont le développement agricole, l'eau, le développement social.

Selon le président de la République, "entre l'Europe et l'Afrique il n'y a pas concurrence agricole, il y a complémentarité " à "faire mieux fonctionner". Trois propositions seront faites à l'Union européenne et au G8 : mieux gérer les politiques d'aide et d'exportations agricoles afin d'éviter qu'elles déstabilisent les productions vivrières africaines ; défendre pour l'Afrique un traitement commercial privilégié ; revoir la question des matières premières et des produits de base.

La France demandera que les pays développés décident d'un moratoire sur les aides aux exportations agricoles déstabilisantes pendant la durée des négociations à l'OMC. Ces négociations risquent de traîner, car les ministres du commerce de l'Organisation, n'ont pas réussi à se mettre d'accord à Tokyo en février. L'OMC proposait d'éliminer des subventions d'ici 2015 et de les réduire déjà de 60% sur 5 ans. Pour l'Union européenne ce n'est pas envisageable, d'autant que d'autres propositions favorisent d'autres pays exportateurs, comme les Etats-Unis, qui eux, reprochent à la Politique Agricole Commune de bloquer les discussions.

La tendance générale à la libéralisation rendra difficile un certain protectionnisme même si à Doha, il y a presque deux ans, des délais avaient été envisagés avant d'ouvrir les économies encore fragiles.

Quant aux produits de base qui représentent 75% des exportations de 17 des pays subsahariens, il faudrait nuancer les politiques de libéralisation systématique, adapter le traitement de la dette en fonction de l'évolution des cours des matières premières et inventer une sorte de nouveau Stabex (mécanisme d'aide à la stabilisation des prix) pour assurer à certaines productions des prix garantis.

L'eau, le sida

Alors qu'un Africain sur deux n'a pas accès à l'eau potable, l'eau est la seconde priorité retenue lors du Sommet. Le Maroc, qui a une longue expérience en la matière, a proposé à tout le continent dans le cadre du NEPAD, une initiative en trois points : élaboration de politiques hydrauliques, leur mise en œuvre par une coopération Sud/Sud et leur financement par un Fonds international de l'Eau pour l'Afrique.

Enfin, troisième priorité, le développement social qui couvre notamment l'éducation et la santé. Là Kofi Annan a été éloquent. Pour lui le sida est "une cause sous-jacente des crises alimentaires. Il déclenche une crise de gouvernance, les écoles perdent leurs enseignants, les hôpitaux leurs médecins, les entreprises leurs cadres, les ministères les fonctionnaires" chargés de lutter contre. Les femmes qui ont un "rôle vital" sont de plus en plus touchées. Aussi a-t-il dit "si vous voulez sauver l'Afrique, vous devez d'abord sauver les Africaines".

Dans les mois qui viennent, la préparation du G8 d'Evian en juin, montrera ce que seront devenus ces propositions et ce cri d'alarme du secrétaire général de l'ONU.

Robert Ginésy

 

D'où vient l'argent, où va l'argent ?

Les documents d'origine du NEPAD d'octobre 2001 et l'Avis du Haut Conseil français de la coopération internationale d'avril 2002 précisent les ressources financières nécessaires aux ambitions de ce Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique.

Priorité aux apports publics, par une augmentation en volume et en efficacité de l'APD grâce à une meilleure coordination entre les bailleurs du fonds bi et multilatéraux et par l'allègement ou la suppression de la Dette apportant des fonds au développement.

Ensuite "les capitaux privés doivent être envisagés plutôt pour le long terme comme moyen durable" en "renforçant les capacités de partenariat public/privé" pour "les infrastructures et les services sociaux. "Principe fondamental" : leur augmentation est inséparable de l'amélioration de la gouvernance."

Le privé (épargne nationale, investissements étrangers) ne viendra que si le public a établi un environnement accueillant de rentabilité.

Laisser penser l'inverse, qui ne se réalisera pas, peut masquer une dérobade des bailleurs de fonds ou préfabriquer une nouvelle preuve d'une Afrique irrécupérable.

Mais en attendant cette manne, certains pensent à récupérer pour le développement les versements occultes des multinationales dont bénéficient les dirigeants africains, notamment pour le pétrole.

En Grande-Bretagne l'association "Global Witness", en France la plate-forme "Publiez ce que vous payez" commencent à se faire entendre. Récemment à Londres, des représentants de gouvernements (dont la France), du secteur privé, des ONG, la Banque mondiale se sont rencontrés sur ce thème.

Le mois dernier à Paris la commission "Justice et Paix" du Congo Brazzaville, pays très concerné, a été reçue à l'Elysée, au gouvernement, chez TotalFina Elf. Partout l'accueil a été positif sur le principe de la transparence, mais dans la pratique, les obstacles demeurent.

Quoiqu'il en soit, les mentalités et les comportements évoluent. Savoir où va l'argent des versements occultes aura un impact financier relatif, mais un impact moral considérable pour l'image de l'Afrique.

Robert Ginésy


Le baromètre de la CADE (mars 2003) : le Sommet à Paris d'une France-Afrique en crise

C'est le titre du Monde du 20 février 2003. En effet, après la conférence des Chefs d'Etat sur la Côte d'Ivoire des 25 et 26 janvier 2003, avalisant l'accord de Linas-Marcoussis signé le 24 janvier, accord dont l'application sur le terrain tarde encore plus d'un mois plus tard, le Sommet réunissant 52 Etats africains, dont 42 représentés au plus haut niveau, s'est tenu les 20 et 21 février au Palais des Congrès à Paris. Ce sommet d'une "France-Afrique en crise" avait à débattre, outre du conflit ivoirien, de la crise au Zimbabwe (dont la présence de son président Robert Mugabe a été controversée) du Burundi, de la Centrafrique et du Tchad, du Congo-Brazzaville, du Congo-Kinshasa, de la Guinée, etc… Ce Sommet était placé sous le thème " l'Afrique et la France ensemble dans le Nouveau Partenariat " : rappelons qu'il regroupe tous les pays d'Afrique Noire et du Maghreb, à l'exception de la Somalie, privée de gouvernement central depuis 1991. Signalons trois aspects particuliers de cette réunion plénière : d'une part, le président sud-africain préfèrerait un sommet Europe-Afrique plutôt que franco-africain, ce qui semble en effet plus sain pour l'avenir ; d'autre part la part la position africaine sur l'Irak a été évoquée, enfin ce Sommet en a suscité un autre : celui des " contre voix citoyennes ".

L'Angola, la Guinée et le Cameroun doivent exprimer au Conseil de Sécurité ce que l'Afrique, dans son ensemble, a décidé

Le Monde des 23-24 février 2003 (Stephen Smith) a interviewé Monsieur Thabo Mbeki, président de la République d'Afrique du Sud, et l'a interrogé sur l'Irak : " Il y a quelques semaines, a répondu le président, l'organe central de l'Union Africaine avait défini à Addis-Abeba, la position de notre continent. Comme nous étions tous rassemblés ici, à Paris, nous avons pensé qu'il était approprié de réitérer cette position avec l'approbation de tous… Au départ, c'était une demande des trois pays africains qui siègent actuellement au Conseil de Sécurité : l'Angola, la Guinée et le Cameroun. Chacun d'entre eux m'avait approché pour connaître la position africaine sur l'Irak. Nous venons de le réaffirmer, à l'unanimité : nous soutenons l'exigence d'un désarmement total de l'Irak pour ce qui est des armes de destruction massive, mais nous pensons aussi que cet objectif peut être atteint par des moyens pacifiques, par la poursuite des inspections… Les trois pays représentent le continent africain et doivent donc exprimer au Conseil de Sécurité ce que l'Afrique, dans son ensemble a décidé ".

Mugabe (Zimbabwe)

Le Monde interroge le président sud-africain dans la suite de l'interview, sur la présence au Sommet du président zimbabwéen Mugabe : "Je crois que le président Chirac a bien fait (de l'inviter), et nous le soutenons. Parce qu'il a fait ce que nous prônons avec constance depuis longtemps : engager le Zimbabwe au lieu de l'isoler et de le chapitrer… Quel est le but ? Sauver le Zimbabwe ou se sentir bien dans sa peau ? Pour nous, c'est simple : le Zimbabwe est notre voisin immédiat… Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas acceptables au Zimbabwe… Avec le Nigéria, nous avons commencé un travail très concret, sur le plan législatif, pour la garantie des libertés publiques. Aussi, même si nous sommes d'accord sur le principe de la réforme agraire, qui doit mettre fin à un héritage colonial indéfendable, nous plaidons pour une distribution équitable de la terre, entre tous les Zimbabwéens, noirs ou blancs… Avec l'accord de Robert Mugabe, nous avons décidé, ici à Paris que le président Chirac devrait se joindre à nous, nous aider. Notre idée commune, c'est que la solution aux problèmes du Zimbabwe se trouve au Zimbabwe, et nulle part ailleurs. Seulement, la terrifiante polarisation politique du pays - les Eglises, les syndicats, toute la société, y sont divisés - requiert des honnêtes courtiers. Ensemble, nous tentons de jouer ce rôle…"

Côte d'Ivoire

Le Monde interroge enfin le président sud-africain sur les efforts de la France en Côte d'Ivoire : "Oui, je crois que l'accord de Marcoussis, qui a été négocié par toutes les parties ivoirienne, est un bon cadre pour le retour à la paix… à la fin, il faut trouver un terrain d'entente entre tous les Ivoiriens… Je crois qu'il y a assez de marge de manœuvre pour aboutir à la formation du gouvernement de réconciliation"

Signalons ici que, le 3 mars 2003, jour de la rédaction de ce baromètre, la situation en Côte d'Ivoire n'est encore nullement clarifiée : " Entre les ultras de son camp et la pression de la communauté internationale, Laurent Gbagbo navigue à vue pour satisfaire les uns sans heurter les autres ", écrit Elimane Fall dans L'Intelligent du 2 mars 2003 ; " Le projet de gouvernement, poursuit Elimane Fall, élaboré par le président Laurent Gbagbo le 26 février, plus d'un mois après l'accord de Marcoussis, … ne fait pas l'unanimité au sein des acteurs de la crise ivoirienne. Loin s'en faut. Du rejet du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), l'aile politique de la rébellion du Nord, à la violation du compromis de Marcoussis-Kléber par Gbagbo que dénonce le Rassemblement des Républicains (RDR) d'Alassane Ouattara, en passant par l'ire d'autres partis…, tout concours à compliquer la tâche du Premier Ministre, Seydou Diarra. Sitôt les contours de cette équipe de 47 membres (contre 36 arrêtés à Marcoussis) dessinés par le Chef de l'Etat, Diarra a rencontré le Comité international de suivi… " Le Premier Ministre ivoirien devait se rendre successivement à Accra, Dakar, Bouaké et le Chef de l'Etat à Paris (rencontre prévue le 6 ou le 8 mars avec Jacques Chirac). Laurent Gbagbo "confirmait qu'il resterait fidèle à l'esprit de Marcoussis, même si des pressions morales infernales l'ont conduit à accepter l'inacceptable : l'admission de "rebelles" dans le gouvernement… Des trésors de diplomatie (ont été dépensés) qui indiquent que Laurent Gbagbo ne manque pas de ressources. Là où d'autres auraient lâché la barre depuis longtemps où, à tort pour le moins quitté leur pays en pleine confusion politique et militaire, lui fait preuve de ressort insoupçonné pour rebondir. Mais jusqu'à quand ?"

Petit retour sur les accords de Marcoussis-Paris : " Le président français donne la parole à Laurent Gbagbo. Ce dernier se déclare heureux, car "ils venaient de trouver la paix". Il confirme qu'il a choisi Seydou Diarra comme Premier ministre et qu'il signera le décret de nomination plus tard à l'ambassade. Diarra prend la parole et annonce, devant le parterre de Chefs d'Etat et de bailleurs de fonds, la répartition des postes ministériels. Il est 17h30. Le plus dur est fait. Dominique de Villepin avait proposé qu'il y ait un document écrit signé de tous. Diarra devait le rédiger pour le dimanche 26 janvier au matin. Incroyable mais vrai, ce document n'a jamais vu le jour. Reste les témoins… " L'Intelligent du 2 mars 2003, Marwane Ben Yahmed.

En attendant un Sommet Europe-Afrique

Toujours la riche interview de Thabo Mbeki : dans l'absolu, le président sud-africain préfèrerait un sommet Europe-Afrique plutôt que franco-africain. " Mais que faut-il penser d'un sommet euro-africain, prévu en avril au Portugal, qui est reporté sine die uniquement à cause de Robert Mugabe ? L'approfondissement des liens entre nos deux continents, notre agenda pour le Nouveau partenariat économique pour le développement de l'Afrique (NEPAD), tout cela a été remis à plus tard à cause des problèmes qu'un pays européen a avec un pays africain ! En attendant, la France joue un rôle important en Afrique et pour l'Afrique… Malgré les problèmes du continent, M. Mbeki continue à croire à une "renaissance de l'Afrique" A travers le continent, l'apathie, la peur et la soumission reculent ? Des gens ordinaires prennent leur destin en main, quitte à se révolter, si c'est le seul langage que leurs dirigeants comprennent. Pour moi, c'est un bon signe, peut-être annonciateur de la renaissance du continent " (Le Monde des 23-24 février 2003)

Les contre-voix citoyennes, l'autre sommet

" Ceux qui disent non " titre l'Intelligent du 23 février 2003.

"Une soixantaine d'association (Agir Ici, Survie, Plateforme Dette et Développement, Act-Up, etc…) auxquelles se sont joints des délégués d'une dizaine de pays africains ont réuni quatre mille manifestants place de la République, à Paris, le 19 février. Les slogans étaient politiquement peu corrects : "Les présidents criminels devant le juge" "Chirac : annuler la dette au lieu de discourir" "pour un vrai partenariat entre la France et l'Afrique", "l'Afrique pillée par les multinationales"… La conférence-débat du contre-sommet, tenue dans l'auditorium de l'hôtel de ville de Paris, s'attelait à démontrer que " le Nepad est inutile tant que la France et les multinationales continuent de soutenir des régimes criminels et d'orchestrer le pillage des ressources du continent ". (Cheikh Yerim Seck)

Paroles de soldat

Dans le Monde du 29 janvier 2003, Kofi Yamgnane, sous le titre : " le président Eyadema peut-il s'accrocher au pouvoir ? " " En 2003, à la fin de mon mandat, j'irai me reposer au village. Non seulement la Constitution ne sera pas réviser, mais mieux, je la respecterai : on ne fait pas une loi à la taille d'un homme. Parole de soldat ! Ainsi parlait à la presse en juillet 1999, le général Eyadema, devant Jacques Chirac en visite à Lomé. J'en étais témoin " Or, la Constitution a été modifiée… " J'en appelle au président Chirac : il peut, par son influence, contribuer à persuader M. Eyadema du bien fondé du respect de la loi et de la parole donnée. Il est encore temps aujourd'hui pour que demain il ne dis pas, comme pour la Côte d'Ivoire : "Je ne savais pas".

Bono : guerre à l'autre guerre

(Journal du dimanche du 2 mars 2003, Gilles Delafon) "Le chanteur du groupe de rock irlandais U2, Bono, a reçu la Légion d'honneur des mains de Jacques Chirac, pour son engagement en faveur de la suppression de la dette du Tiers-monde et de la lutte contre le sida en Afrique. "J'ai essayé d'amener le président à se concentrer sur l'autre guerre, celle qui va emporter 2,5 millions d'Africains l'an prochain faute de médicaments contre le sida. Cette guerre là va faire plus de victimes que toutes les guerres du XXème siècle"" A méditer !

Bernard Monnier


En bref

Le NEPAD à l'Académie des Sciences d'Outre-mer

Le président de la république du Sénégal, M. Abdoulaye Wade a été reçu à l'Académie des Sciences d'Outre-mer par M. Pierre Messmer le 19 février dernier. Il a consacré son allocution à "L'Afrique dans les enjeux mondiaux contemporains." Après avoir rappelé les tragédies qu'a connu le continent noir, M. Wade estime que les politiques de développement de ces dernières années ne permettent pas de répondre au défi de la lutte contre la pauvreté. C'est pourquoi avec ses collègues algérien, nigérian, sud-africain, il veut que le NEPAD soit le nouveau contrat passé par l'Afrique avec le reste du monde. S'appuyant sur la bonne gouvernance, la régionalisation et des financements par des fonds privés, le NEPAD doit selon lui générer la croissance économique et les emplois à partir de trois priorités qui sont : les grandes infrastructures du transport et de productions d'énergies, la santé et la formation. Cet exposé qui n'a pas été suivi de débat n'est pas sans susciter des réserves, voire des critiques dans d'autres enceintes moins académiques (voir les articles de Robert Ginésy dans cette même Lettre).

Michel Levallois

Une association réalité-outre-mer

Les anciens élèves de "colo", l'Ecole nationale de la France d'outre-mer, se préoccupent de transmettre aux jeunes génération le flambeau de l'amitié pour l'outre-mer. Ils ont donc décidé de créer un réseau pour maintenir l'engagement en faveur des pays avec lesquels la France a tissé des liens spécifiques. Une AG est prévue le 25 avril à l'IPSEC, 15 Place du Général Catroux.

Pour tout renseignements : Serge Jacquemont, ARRI, 11 rue Nicolo 75016 Paris. Tél/Fax : 01 45 44 03 95.

A voir
"Papa doit manger", cette pièce de Marie N'Diaye, qui fait entrer au répertoire de la Comédie Française la première romancière franco-sénégalaise, la seconde femme depuis Marguerite Duras. Cette pièce fera aussi entrer l'acteur Bakary Sangaré comme pensionnaire de la maison de Molière. A partir du 24 février. Tél : 01 45 27 46 17

Votre Afrique nous intéresse

Nous avons le plaisir de vous signaler la parution d'un petit ouvrage que nous avions annoncé il y a quelques mois sur les entreprises africaines réalisés par deux élèves d'HEC, Sophie d'Ambrières et Claude Dubrocq, à partir d'interviews de chefs d'entreprises.

Pour commander : Sophie d'Ambrières; HEC B1.14, 1 rue de la Libération 78 356 Jouy en Josas, au prix de 19,40 euros, port compris pour le premier numéro, 17 euros pour les suivants.

Trois articles remarquables :

1. Stéphane Hessel : pour une politique de coopération sans ambiguité in Jeune Afrique n°2193 du 19 au 25 janvier 2003.

2. Afrique, les raisons d'espérer, dans La Lettre du CCFD n°12 de janvier 2003.

3. L'Afrique, chassée du monde ? de Jean Claude Guillebaud dans La Vie n°2999 du 20 février 2003

 
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