Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°60 - Janvier 2003

Débat du mois :

L'Afrique condamnée à réussir ?

 

Sommaire :


Editorial : le retour du politique

Peut-être avez-vous écouté cet interview du ministre des finances et du budget de la RDC- ex Zaïre- qui commentait sur RFI le 13 janvier, l'annonce d'une croissance de 3% pour l'année 2002. Après s'être félicité de cette performance, le ministre a expliqué que cet indice statistique concernait la ville de Kinshasa et les provinces environnantes et non l'ensemble du pays. Ce résultat macroéconomique, a-t-il ajouté, n'a pas eu d'impact sur le niveau de vie des populations car il n'a d'intérêt que pour la Banque mondiale et les investisseurs. Malheureusement, s'empressa-t-il d'ajouter, cela ne suffit pas à attirer les capitaux privés qui sont désespérément absents et le resteront tant que le pays n'aura pas retrouvé la paix et la stabilité politique.

Cet échange de vue illustre la réflexion que je me proposais de vous faire partager en ce début d'année.

Après des décennies de priorité donnée à l'économie, l'heure est au retour du politique. Pour sortir du piège des économies administrées devenues des économies rentières alimentant des régimes de plus en plus personnels et minés par la corruption, les institutions internationales ont décidé de remplacer le développement par la croissance, le politique par le marché, l'État par la société civile, et cru possible d'imposer la démocratie par des élections et le multipartisme. La désillusion a été au rendez-vous de ces visions simplistes, car la démocratie a été le plus souvent synonyme d'une lutte sans merci pour le pouvoir. Elle s'est même transformée parfois en guerre civile, puis, par contagion, du fait des appétits et des solidarités ethniques, linguistiques et politiques, en guerres extérieures, comme on a pu le voir en RDC, au Rwanda, en Angola, comme on est peut-être en train de le voir en Côte d'Ivoire.

Est-ce à dire que l'Afrique serait ingouvernable, allergique à la bonne gouvernance démocratique, que les institutions publiques importées et imitées de l'occident, seraient décidément inadaptées aux sociétés subsahariennes ? Ce serait oublier que le Sénégal, le Mali, le Niger, le Ghana, le Bénin, l'Éthiopie, l'Ouganda, le Kenya, le Mozambique, l'Angola, le Botswana, la République sud africaine, pour n'en citer que quelques uns, sont aujourd'hui des pays en paix, où l'État fonctionne en dépit de terribles contraintes économiques et financières, où les institutions et les pratiques démocratiques commencent à remplacer les pratiques du pouvoir personnel et des partis uniques. Ce serait oublier qu'il n'y a guère plus de dix ans que l'Afrique a vu disparaître la tutelle des anciens colonisateurs sur ses dirigeants. Dix ans, n'est-ce pas un peu tôt pour des conclusions définitives ? Suivons le conseil de l'historienne Catherine Coquery-Vidrovitch : replaçons l'actualité dans sa profondeur historique et dans une perspective à moyen et long terme. Nous constatons alors que les Africains, citoyens et dirigeants, font l'apprentissage véritable de la démocratie, ce mélange subtil de légalité et de négociation, un régime où le multipartisme, mais aussi une presse libre, une vie associative, un minimum de protection juridique et une vraie décentralisation permettent une participation effective des populations à la vie et à la gestion publiques.

Pour notre part, nous pensons que l'Afrique est sortie de la " glaciation postcoloniale " qui avait fini par figer ses économies et ses institutions politiques et qu'elle aborde ce nouveau millénaire et cette nouvelle année avec une formidable volonté de s'approprier son destin. Cela ne se fera pas sans mal, car dans toutes les cultures et sous toutes les latitudes, le pouvoir reste la plus nécessaire et la plus dangereuse des composantes sociales. Il faudra sans doute que les institutions internationales, les pays amis et les ONG continuent à aider, voire intervenir. Mais ils devront le faire en veillant à ne pas imposer leurs propres priorités, avec la préoccupation de faciliter les évolutions qui sont d'autant plus nécessaires, et malheureusement chaotiques, qu'elles ont été longtemps différées. Pas facile, il est vrai ! C'est le défi que tentent de relever, pour la Côte d'Ivoire, les négociateurs de Linas-Marcoussis.

La CADE


L'Afrique condamnée à réussir ?
compte-rendu de la rencontre-débat du 15 janvier 2003

Kofi YAMGNANE, originaire du Togo et breton d'adoption, ingénieur des mines, qui a été élu maire de son village de St Coulitz, conseiller général et député du Finistère et enfin secrétaire d'Etat, est une de ces rares personnalités, sinon la seule, qui, ayant parfaitement réussi son intégration, s'est impliquée dans la vie politique française tout en restant profondément attaché à son continent d'origine. Cet homme de double culture a livré ses réflexions dans ses deux ouvrages, Droits, devoirs et crocodile (Robert Laffont, éd., 1992) et Nous grandirons ensemble (R. Laffont, éd., 2002)1. Ce dernier livre est un cri de douleur mais aussi le cri d'espoir d'un enfant d'Afrique qui vit en Europe et qui nous donne, sans complaisance, les raisons qu'il a de croire en ce continent et en son avenir partagé avec l'Europe. Son témoignage ne pouvait laisser la CADE indifférente, et c'est la raison pour laquelle elle a souhaité demander à son auteur de nous dire, dans le cadre de cette première rencontre-débat de 2003, pourquoi l'Afrique est condamnée à réussir.

Kofi Yamgnane commence son exposé en précisant que son livre n'est pas celui d'un historien ni d'un homme politique, mais plus simplement d'un enfant d'Afrique qui regarde un continent dans ses convulsions, dans ses difficultés et qui a eu envie d'exprimer sa douleur, mais surtout son espoir. Ce livre est né d'une circonstance singulière : invité à une conférence à l'école supérieure de commerce de Brest il y a une dizaine d'années, il a entendu cette phrase terrible d'un conférencier prononcée à l'adresse des futurs cadres du pays "Oubliez l'Afrique, le continent noir est sans avenir". D'où l'envie de crier qu'on ne peut pas oublier près de 800 millions de personnes.

Le constat

L'Afrique est un continent immensément riche, même s'il est habité par une population scandaleusement pauvre et dirigée par des responsables non moins scandaleusement riches. Malgré cette réalité, on ne peut pas l'oublier. Pour l'orateur, c'est le regard porté sur l'Afrique qui est plus meurtrier que ce qui s'y passe réellement. Longtemps terra incognita, ce continent est toujours coupé par le Sahara, isolant ainsi les régions pauvres des régions riches et rien n'a été fait pour faciliter les échanges par des infrastructures de communication appropriées favorisant la sédentarisation des populations et limitant l'émigration vers les pays riches. Car l'immigration qui pose problème dans les pays européens est d'abord un problème pour les pays d'émigration. Faut-il que le continent tout entier ne propose rien à sa jeunesse pour que celle-ci ait une telle envie de s'expatrier quitte à affronter les pires difficultés et des dangers de toutes natures ?

Il faut bien constater que ce qui se passe en Afrique a "toutes les allures d'un fiasco". Au sortir des indépendances, l'Afrique représentait 10% des échanges commerciaux. Elle n'en représente plus aujourd'hui que moins de 3%. Cette accélération du sous-développement qui s'illustre par la généralisation des conflits, par l'intrusion violente du sida qui génère de la famine puisque les agriculteurs ne sont plus en mesure de cultiver la terre, par cette jeunesse abandonnée dans des villes champignons où se concentre de plus en plus la population et qui manquent d'hygiène, d'infrastructures, de logements, d'énergie. Les jeunes qui se sentent abandonnées ont tendance à réagir par la violence à ce qu'ils ressentent comme une violence institutionnelle.

Elle s'illustre également par la corruption généralisée et par ce qui apparaît à Kofi Yamgnane comme un renoncement à la démocratie et à l'Etat de droit.

Le modèle démocratique européen n'est probablement pas transposable tel quel en Afrique. Mais les Africains ont le devoir d'imaginer une démocratie adaptée à leur culture pour que les hommes puissent être libres de circuler, d'entreprendre, d'afficher leurs opinions.

Des responsabilités partagées

L'orateur aborde ensuite la question des responsabilités tant externes qu'internes. En ce qui concerne les responsabilités externes, on peut invoquer l'esclavage, la colonisation, la surexploitation. Mais on ne peut pas continuer à dire que c'est la faute des autres. Il faut que les Africains prennent leur part de responsabilité et imaginent des solutions pour l'avenir. Ce qui pose réellement problème, c'est la production et la vente d'armes aux pays du Sud et en particulier à l'Afrique. Les actions génocidaires au Rwanda n'auraient pas eu la même ampleur si les populations n'avaient disposé que de machettes. L'industrie de l'armement utilise dans les pays du Nord des milliers d'hommes mais ces pays ne doivent pas utiliser les pays du Sud comme une solution à leurs problèmes de chômage.

Député d'une circonscription dans laquelle se trouve une usine de la SNPE (Société Nationale des Poudres et Explosifs), Kofi Yamgnane rapporte cette anecdote. Au début des années 90, la poudre ne se vend plus, et 300 personnes risquent de se trouver au chômage. En concertation avec le PDG de l'entreprise, l'expérience est tentée d'utiliser les compétences de l'entreprise dans le domaine de la pyrotechnie en l'appliquant à la fabrication d'airbags pour les véhicules. L'usine passait ainsi de la fabrication d'armements à celle de dispositifs pour la sécurité routière. Les syndicats ont fortement contesté cette reconversion mais Kofi Yamgnane, alors au gouvernement a incité le PDG a persister et bien lui en a pris puisque cette nouvelle production occupe aujourd'hui 1400 salariés.

Des raisons d'espérer

S'il est difficile d'être optimiste, on ne doit pas céder au désespoir car il y a sûrement la possibilité de faire autre chose. Le livre de Kofi Yamgnane est avant tout un appel à l'intelligence et à la raison humaine fondé sur l'intime conviction que l'Afrique a un avenir. Mais il faut beaucoup de volonté et de sueur de la part des Africains. L'aide extérieure pourra servir de déclic mais ne sera pas suffisante. La jeunesse africaine a compris qu'il existait une alternative à la fuite du continent. Et c'est parce que les Africains en Afrique se mettront au travail que ceux de la diaspora pourront apporter leur concours. La diaspora des actifs, mais aussi des retraités, qui ont un savoir faire doivent aller en Afrique. Mais les retraités français peuvent eux aussi donner un peu à cette Afrique en acceptant des tâches d'encadrement dans leur domaine de compétence. Le pari fait par Kofi Yamgnane est que la génération du " baby-boom " qui va partir à la retraite, qui a fait mai 68, qui a profondément changé le visage de la France, qui a produit des cadres productifs, des dirigeants d'entreprises, est capable d'agir pour la vie, l'Afrique et l'humanité. Sur cette question, le livre de Kofi Yamgnane a eu un gros impact, de nombreux courriers ayant été adressés à l'auteur pour lui demander où il fallait s'adresser pour agir.

L'aide bilatérale, d'Etat à Etat, a montré ses limites. Au mieux, il y a eu la réalisation de quelques "éléphants blancs" comme la basilique de Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire, qui n'a pas nourri les Ivoiriens, quelques grosses industries qui ont plus ou moins bien fonctionné. Au pire, cette aide a permis d'enrichir quelques dirigeants qui n'ont même pas utilisé leur argent pour le réinvestir localement mais l'ont au contraire placé à l'étranger. Les limites de cette aide bilatérale étant posées, Kofi Yamgnane souhaiterait que soit mobilisée l'aide multilatérale autour de projets structurants, inter-étatiques, pour construire les grandes infrastructures qui manquent au continent (routes, chemins de fer, barrages). Il propose par ailleurs qu'à volume financier égal, la part de financement qui revient aux Etats soit diminuée au profit des citoyens : les ONG mais également ceux qui veulent aller en Afrique pour y apporter leur aide. Chacun sait que la construction d'un puits et la disponibilité d'eau potable peut permettre, par exemple, d'éradiquer le vers de Guinée qui a un impact négatif sur le plan économique. Tout aussi importante est la construction d'infrastructures sanitaires ou la distribution de livres et de fournitures scolaires.

Vers un autre modèle de développement

Le modèle de développement des pays industrialisés, et de la France en particulier, a bien fonctionné mais il n'a pas montré sa totale efficacité compte tenu de son coût social élevé (chômage, exclusion). Pour les Africains, le regroupement des personnes âgées dans des maisons de retraite est scandaleux. Donc, ce système peut être amélioré. En Afrique, si les Africains veulent bien s'en donner la peine, on pourrait imaginer un modèle de développement qui permette de conjuguer le sens de l'organisation de l'Europe, son cartésianisme avec le sens des relations humaines que l'Afrique a encore. Lorsque Kofi Yamgnane raconte dans son village africain, qu'en France, quand on dit que le train part à 13h52, à 13h53, il est parti, les villageois ont du mal à le croire, habitués qu'ils sont à se fier au soleil. On doit pouvoir trouver ce modèle de développement pour que, quand des hommes décident de partir, c'est qu'ils ont envie de voir ce qui se passe ailleurs avec l'intention de revenir. La circulation des hommes doit être guidée par le besoin de connaissance, les échanges et le partage et non plus par une obligation alimentaire ou politique.

Conclusion

Kofi Yamgnane conclut que son livre n'est qu'un essai qui contient de nombreuses anecdotes significatives qu'il a vécues au Togo et qu'il n'a pu citer au cours de son exposé. Il insiste sur la nécessité des échanges entre Nord et Sud et les personnes qui iront en Afrique reviendront toujours plus riches qu'à leur départ. Lui-même qui est en France depuis 40 ans, est plus riche que les Bassars (son ethnie) de sa génération restés en Afrique et plus riche que le Breton de sa génération qui est toujours resté en Bretagne. Un chapitre de son ouvrage est d'ailleurs intitulé

"Oui, nous sommes tous des métis". Et il termine par cette boutade " depuis la guerre d'Algérie, le couscous est devenu un plat national " qui révèle son optimisme pour cette longue mutation dans laquelle l'Afrique est engagée.

LE DEBAT

Après avoir remercié Kofi Yamgnane, le président, Michel Levallois ouvre le débat. Un premier intervenant, qui partage le panorama qui vient d'être dressé, pense qu'il ne faut pas s'étonner qu'en 40 années d'indépendance l'Afrique en soit encore là où elle est. Ces 40 ans ne sont rien par rapport à l'histoire de l'humanité. Il faudra encore des dizaines d'années pour que l'Afrique rattrape le modèle occidental ou trouve son propre modèle. Il déplore que l'on conforte l'Afrique et ses dirigeants dans une position de victime de l'histoire. Tout le monde a été à un moment de son histoire esclave ou colonisé, tout le monde a pâti de maladies, d'épidémies. L'unité de la France ne s'est faite que lentement. Pour lui, l'Afrique n'est pas victime de l'extérieur et elle ne s'en sortira que si les africains prennent leur destin en main. Il est par ailleurs tout a fait d'accord sur l'idée de financer les grandes infrastructures sur des crédits multilatéraux, et il est dommage de voir qu'en 40 ans il n'y ait pas eu ces grandes réalisations. Il pense que le moment est opportun pour qu'on y revienne. Enfin, selon cet intervenant, avec la mondialisation et la pression des médias, un décalage de plus en plus grand existera chez les jeunes générations, en Afrique, entre la réalité et un rêve de plus en plus prégnant et inaccessible alimenté par les médias.

Une autre intervenante, historienne de l'Afrique, a lu avec plaisir et intérêt le livre de Kofi Yamgnane, dont la vertu est d'éclairer l'opinion publique sur une réalité africaine différente de celle véhiculée par des siècles de préjugés. Elle souhaite apporter sa vision d'historienne en distinguant le court terme et le long terme. A court terme il apparaît que presque tout va mal, mais ça ne préjuge absolument pas de ce qui va se passer dans l'avenir. Or l'afro pessimisme transforme en idéologie ce qui n'est qu'un constat temporel. Sur ce qui a été dit sur les villes, qui concentrent effectivement une grosse proportion de la population, cette intervenante souligne que c'est également le cas des pays occidentaux. Le mal, ce n'est pas le mal urbain, c'est l'insuffisance des infrastructures dont ces villes souffrent. Ces villes constituent plutôt une force à étudier de près.

Elle n'est pas complètement d'accord sur l'impression qui se dégage de l'exposé, selon laquelle les Africains ont renoncé à la démocratie. Le travail pour plus de démocratie est en train de se faire et il en existe des preuves concrètes comme la fin de l'apartheid, ou les transitions présidentielles au Sénégal ou au Kenya ou encore la réaction populaire, en Côte d'Ivoire, contre un putsch militaire. Et ce travail a commencé de façon fantastique depuis la chute du mûr de Berlin. Un autre intervenant, d'origine africaine, se dit choqué par ce renoncement apparent à la démocratie mais il précise aussitôt que l'aspiration est toujours présente mais que chaque fois que les Africains ont voulu se prendre en main, cela s'est terminé par un bain de sang. Le dernier point sur lequel cette intervenante insiste, c'est le poids extraordinaire des préjugés enracinés y compris dans les milieux dits éclairés. Elle prend l'exemple du sida qui est une grande catastrophe à court terme mais la saignée qu'il provoque n'aura pas forcément d'impact sur le développement à long terme.

Un plaidoyer pour "un savoir lire" de la réalité africaine est lancé par un assistant. Selon lui, l'Afrique est une terre inconnue pour une grande partie du monde. L'histoire africaine est très mal connue alors qu'elle est d'une richesse extraordinaire. Où sont consignées, s'interroge cet intervenant, les actions d'un Mamadou Dia au Sénégal, de Niéréré en Tanzanie ou de Kabral en Guinée Bissau au cours de la période féconde de la décolonisation ? Il faut, dit-il, réhabiliter la mémoire africaine comme expérience sociale, politique, humaine. Et l'éducation est le vecteur de cette réhabilitation. Mais pour le moment, les stratégies d'éducation ont besoin d'une forte dynamique pour transformer l'ordre établi. Et l'on mesure le chemin à parcourir lorsqu'un ministre camerounais est limogé pour avoir modifié le contenu du programme d'histoire enseigné aux élèves. Un gros effort reste par ailleurs à faire en Europe dans le domaine de l'éducation au développement, domaine dans lequel la Cade a vocation à s'investir.

Plusieurs intervenants soulignent le problème de la corruption. Elle est propre à briser l'élan et le fonctionnement du pays. L'un d'entre eux estime que ce sont les occidentaux qui sont les corrupteurs. Kofi Yamgnane confirme que c'est le mal premier qui s'oppose au développement et cite cette anecdote : deux étudiants, un blanc et un Africain se connaissent lors de leurs études en France. Le blanc devenu ministre invite son ami africain. Celui-ci s'étonne du train de vie somptueux de son hôte et lui demande comment il s'y est pris. Le blanc lui dit, en regardant par la fenêtre " tu vois, ici il était prévu une route à quatre voies, eh bien ! il n'y en a que deux ". Un peu plus tard, l'Africain rend l'invitation et le blanc se rend en Afrique. Il s'étonne à son tour du luxe de la maison de son ami. Celui-ci l'attire vers la fenêtre et lui dit " tu vois, ici il était prévu une route à deux voies et il n'y a pas de route du tout ". Et Kofi Yamgnane de conclure que si l'on ne met pas fin à cette corruption, l'Afrique ne pourra pas émerger. La première condition à remplir pour lutter contre cette corruption, est que les fonctionnaires soient régulièrement payés pour éviter qu'ils glissent vers un système de "débrouille".

Plusieurs interventions portent sur le rôle de la jeunesse et l'éducation. Certains s'inquiètent de la fuite des cerveaux et dans la discussion, deux approches complémentaires apparaissent. Pour certains, les étudiants africains formés en France, et en particulier, les ingénieurs, ne souhaitent pas retourner en Afrique car leurs compétences ne seront pas correctement utilisées. Pour d'autres, et c'est la position de Kofi Yamgnane, la fuite des cerveaux (mais on doit parler également de la fuite des sportifs) est d'abord une histoire individuelle. D'une manière générale, il estime qu'il est préférable de former les étudiants sur place et de leur donner un espace de liberté d'expression et d'évolution sans pour autant les couper d'échanges avec d'autres pays. Certains insistent sur la nécessité de consacrer l'aide à l'Afrique aux jeunes, mais également à l'éducation des femmes et à l'éducation populaire.

Une dimension importante soulignée par le Président de la Cade, est l'économie populaire qui est une forme de réponse des Africains aux réalités économiques. Kofi Yamgnane estime que c'est le poumon qui permet aux Africains de survivre. Dans ces conditions, les taux de croissance n'ont pas de valeur réelle et n'ont pas d'impact sur le niveau de vie. Mais le risque est le délitement de la société qui a besoin de règles, d'Etat pour une véritable reconstruction économique. Un intervenant souligne d'ailleurs qu'on assiste au passage de l'informel au formel et plusieurs colloques internationaux des femmes entrepreneurs en témoignent. La déstructuration ne débouche pas sur le vide mais sur la reconstruction.

Reconstruire l'Afrique est une question lancinante et un intervenant camerounais se demande sur qui les Africains peuvent s'appuyer. Pour lui, ce ne sont pas les moyens humains qui manquent mais plutôt la volonté politique. Pour un autre, cette volonté politique ne peut s'exprimer sans la pression de groupes parlementaires. Mais l'un des assistants pense qu'il existe des forces qui s'exercent et qui font que ça ne marche pas et il pense que les Européens doivent s'interroger sur leur propre vision du développement. Il se dit convaincu que l'imposition d'un régime libéral empêchera l'Afrique de se développer.

Kofi Yamgnane clôt ce débat en indiquant que l'influence de pays étrangers existe dans tous les pays, et en Afrique pas plus qu'ailleurs. Il faut à l'Afrique une volonté politique pour se prendre en main. L'éducation est un élément important de cette reconstruction et il est scandaleux de constater les années blanches qu'ont vécus les établissements scolaires et universitaires, dans certains pays, qui compromettent l'avenir du continent.

Philippe Mathieu

1. Le livre de Kofi Yamgnane Nous grandirons ensemble a été longuement commenté dans la Lettre de la CADE n°58, novembre 2002.


Quelles valeurs communes pour la société de demain ?

Tel a été le thème de la dernière table-ronde organisée par notre ami Henri Senghor, président du CIFER, le 10 octobre 2002. Nous avons pensé qu'il intéresserait les lecteurs de la Lettre d'avoir connaissance de quelques unes des interventions.

L'art des politiques au XXIème siècle

Jacques RIFFLET, professeur de droit, de politique inter-nationale et d'étude comparée des religions, met l'accent sur la politique, l'art de gérer la cité, de concilier notamment l'économique, le social, l'ethnique et le religieux. Ce fait est nouveau. Mais le 21ème siècle s'est ouvert sur une exaspération du religieux. Pour J. Rifflet, les causes qui en seraient multiples - le développement des communications, la croissance démographique, la confrontation économique entre le Nord et le Sud, la richesse concentrée entre les mains de quelques uns - ont attisé le réveil du divin, à la fois refuge et ferment de violence dans un monde en crise.

La tragédie du 11 septembre 2001 entraîne, dans un premier temps, une confraternité unanime entre les Etats Unis, l'Europe des 15, la Russie et même la Chine. Mais cette unanimité connaît rapidement une franche déchirure. Intérêts pétroliers en toile de fond, américains et anglais font à présent bande à part et veulent contrôler les richesses irakienne pour se dégager du piège de l'OPEP, dominée par l'Arabie Saoudite devenue persona non grata en cette époque où l'intégrisme n'est plus un allié fréquentable après l'effondrement de l'athéisme soviétique. Le Président Bush a d'ailleurs conclu un accord historique, en mai 2002 avec Moscou, sur la livraison massive de pétrole par la Russie aux Etats Unis.

Les Etats Unis sont agacés par les contraintes liées à leur appartenance à l'ONU et à l'OTAN et veulent agir seul, menaçant ainsi tout l'échafaudage du droit international. Washington refuse de signer les accords de Kyoto, dégage ses militaires et diplomates de la compétence de la cour pénale internationale, instaure des protectionnismes économiques à ses frontières et amenuise illégalement le coût de ses exportations avec des subventions.

J.Rifflet estime qu'il faut arrêter cette spirale ; que le citoyen de toute tendance s'assortisse à l'autre ; que disparaissent les ghettos ; que s'instaure la fin du mépris ; que l'on apprenne à faire usage de l'autocritique, à construire un monde plus égalitaire, à établir fermement la séparation entre le temporel et le spirituel. La religion ne peut plus être une source de querelle institutionnelle. Elle doit devenir une affaire de conscience individuelle. L'éducation, dans ce contexte, doit jouer un rôle plus important que celui qui lui est attribué aujourd'hui.

L'Europe pourrait constituer, à certains égards, un modèle. S'agissant de sa quête d'unité deux générations auront suffit pour que les anciens antagonismes soient remisés dans l'armoire des vieux souvenirs de famille. Plus de cinquante années de paix, la première fois depuis Charlemagne !

Même après le 11 septembre, il est impensable d'accepter le principe d'une confrontation des civilisations. Il faut apprendre à aimer le goût de l'autre, la saveur des valeurs de l'autre, dépasser la tolérance et arriver au respect. Mais il faut concevoir que ce n'est pas chose aisée : les valeurs occidentales ne sont pas universelles. L'Islam est porté à lier le temporel au spirituel et le statut de la femme pose problème. L'Asie privilégie le groupe au détriment de l'individu. L'Afrique reconnaît une valeur prioritaire essentielle à la famille et au clan. Aussi la solution pour amener le monde à harmoniser ses différences et ses contraintes sociologiques est-elle la laïcisation de la société. Cette laïcisation n'est pas la non croyance ni la suprématie de l'athéisme : c'est la notion de non discrimination, d'organisation libre des échanges culturels et cultuels. C'est la mise en œuvre d'une liberté objective collective, fondée sur un dialogue franc et ouvert.

Notre humanité, conclut-il, se doit de relever le défi et de tout tenter pour conjurer l'inexorable.

La force du droit et des valeurs

Monique CHEMILLIER GENDREAU, professeur de droit international à l'Université Paris 7 se situe dans une perspective historique - passé, monde contemporain, avenir proche.

Définissant, à partir du droit international, sa position sur le thème proposé, elle souligne, face à une écoute très attentive, que nous avons tous besoin de valeurs pour faire du droit et donner de l'autorité aux valeurs. Il est donc très important de se pencher sur la question des valeurs car cela permet de mesurer comment les crises ou la crise que traverse notamment le droit international mais aussi le droit interne, retentit sur la question des valeurs.

Chaque système juridique national se construit par une certaine combinaison entre des valeurs et des procédures. Les valeurs sont la substance du droit. Par le choix qui est fait selon des procédures, nous savons ce qui dans une société donnée est la norme juridique, c'est à dire trace la frontière entre ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. En abandonnant les sociétés monarchiques de droit divin, pour aller vers des sociétés démocratiques où le peuple est représenté dans sa diversité, le droit moderne est le résultat d'une confrontation entre valeurs hétérogènes. Le dépassement de contradictions qu'il permet contribue à obtenir une société pacifiée, le droit étant le curseur qui indique quelle est la violence légitime et celle qui ne l'est pas.

Rien dans ce domaine n'est immuable et les valeurs sociales évoluent. La seule valeur permanente est la recherche de l'objectivité qui permet à tous les sujets d'exprimer leurs propres valeurs et de procéder à un tri entre elles ou de construire des systèmes de compatibilité. Cette recherche de l'objectivité est au fondement même de la démocratie. Elle introduit la raison par l'exigence d'argumentation et elle est la clef de la lutte contre les fanatismes. Mais de graves dangers pèsent sur ces mécanismes fragiles qui sont menacés dans les sociétés nationales et quasiment inexistants dans la société mondialisée où les grands enjeux se disputent dans le désordre et la violence.

Dans les sociétés internes, partout la loi cède du terrain devant le contrat. Or le contrat ne fait que prendre acte du rapport de forces, alors que la loi peut, dans une certaine mesure, corriger ce rapport de forces parce qu'elle fait entrer dans le débat, non pas seulement les deux protagonistes de la négociation, mais l'ensemble des acteurs sociaux par la voix de leurs représentants. L'idéologie de la dérégulation entraîne un recul de la loi. Ceci est vrai pour les sociétés nationales régies par des lois internes. Mais aujourd'hui, les relations transnationales sont intenses et ceci accroît fortement l'hétérogénéité des valeurs en brassant des populations très différentes. La faiblesse du droit international est alors dangereuse.

Dans ce contexte, la question fondamentale est : comment construire des valeurs communes qui permettent à l'humanité d'apparaître comme un embryon de communauté politique ? nous manquons de l'instrument adéquat dans le champ juridique. La faiblesse de l'Assemblée générale des Nations Unies l'empêche de jouer ce rôle. Il est confisqué par l'organe non démocratique qu'est le Conseil de Sécurité. La société internationale pourrait progresser juridiquement par la voie de la coutume, moyen de dégager progressivement les valeurs communes, mais il faut alors au moins un juge pour faire constater et appliquer cette coutume et lui donner l'autorité nécessaire au droit. Faute de cela, la société internationale fonctionne actuellement essentiellement au contrat donc sur la base d'un rapport de forces très violent. Ceci retentit sur les sociétés internes qui forment des boites de résonance de conflits pourtant éloignés en raison de phénomènes d'identification de certaines populations avec des peuples lointains engagés dans des conflits aigus. Et les plus puissants jouent d'une certaine ruse en affichant certaines valeurs dont ils exigent l'application de la part des autres, mais dont ils s'exonèrent eux-mêmes.

Face à cette situation inquiétante, nous devons repérer les points de passage vers une dynamique positive. Il y a d'abord la nécessité de progresser dans la voie de la laïcité comme conception accomplie de la liberté. C'est la place respective des croyances et de la raison qui est en jeu. Chaque individu comme chaque groupe est libre de ses croyances et des pratiques qui en découlent. Mais dans la construction d'une communauté politique dont tous les membres doivent être assurés de leur liberté, il est essentiel que les choix de croyance faits par chacun restent de la sphère du privé.

L'information et l'éducation pourraient jouer à cet égard un rôle important. L'enseignement distribué par l'école doit obéir à une éthique qui se dégage de toute croyance la recherche de la morale sociale universelle dont nous avons besoin pour construire une société internationale pacifiée. Ramenant la raison et les acquis confirmés de la science, cette démarche doit permettre de mettre au cœur de tout projet social l'égalité entre tous les humains et de lutter contre les systèmes qui en réintroduisant des hiérarchies entravent la recherche de valeurs universelles.

Religion et laïcité

BENCHEIKH EL-HOCINE, universitaire, vice-président de la section française de la Conférence mondiale des religions pour la paix, bien connu comme présentateur et animateur de l'émission dominicale de France 2 sur la connaissance de l'islam, évoque la pensée de Plaute, reprise et illustrée par Bacon et Hobbes de "l'homme est un loup pour l'homme" pour dire qu'elle doit connaître une fin, en tout cas dans une vision évolutive de l'Humanité et des rapports interindividuels.

En France, heureusement, les institutions républicaines sont là, perfectibles parce qu'elles doivent être revues pour une meilleure compréhension de ceux qui partagent une destinée commune : il s'agit d'une communauté nationale qui partage des intérêts communs et une aspiration commune à faire prospérer et édifier un pays dans lequel le mieux-vivre ensemble dépasse les prolégomènes. Pour cela, les citoyens doivent avant tout s'acquitter de leurs devoirs de citoyen pour être fondés à réclamer leurs droits lesquels doivent rester toujours inaliénables. Ceci doit dépasser la simple tolérance, tolérance qui peut trahir une attitude hautaine, mièvre même vis-à-vis du toléré et nous devons aussi dépasser ce stade. Il y a une exigence d'écoute, d'amour, de sollicitude, de prise en compte de l'intérêt d'autrui, de solidarité et de partage.

Au niveau de l'international, le respect de la légalité est le maître-mot : On ne peut accepter que des résolutions de l'ONU soient de plus en plus musclées et appliquées dans un déluge de fer et de feu pour quelque régime que ce soit et aussi exécrable qu'il soit, alors que d'autres résolutions de l'ONU, considérées comme scélérates, dorment dans un tiroir. Si cette situation persiste, il en résultera des dérives inacceptables, meurtrières qui heurtent la conscience humaine.

Sur un point essentiel, il marque sa différence avec J.Rifflet qui parle de l'islam porté vers la collusion du spirituel et du temporel. Ce n'est point parce qu'il est musulman qu'il a été froissé dans sa susceptibilité d'homme musulman, mais il pense que Rifflet a une vision partielle de la réalité : car aucune religion, notamment parmi les monothéistes, n'a renoncé au pouvoir temporel et aucune religion au monde, lorsque la laïcisation évolue de la part de ses dignitaires, ses penseurs, ses intellectuels, ne va encore résister à cette laïcité. Laïcité qui est un bien transmissible, une vertu, un parapluie sous lequel tous s'abritent car il garanti la liberté de culte dans le respect mutuel telle une catalyse qui favorise l'alchimie de ces rencontres entre hommes et femmes n'aspirant qu'à partager de meilleurs lendemains ensemble.

Interculturalités et valeurs croisées

Ndongo MBAYE, universitaire et sociologue, responsable du service des retraités et des personnes âgées à la mairie de Choisy-le-roi, dit avec force son attachement et son indéfectible reconnaissance aux maîtres rigoureux de son enfance.

Il axe plus précisément son intervention sur "interculturalité et regards croisés : les valeurs essentielles de l'éducation ne seraient-elles pas universelles ?" et de poursuivre : c'est en parcourant des aires géographiques très différentes caractérisées par des cultures diverses et en essayant de pénétrer des philosophies de la vie, des religions et des spiritualités qui ont émergé de peuples aux origines peu communes et aux caractères parfois très disparates, qu'on s'aperçoit - à travers des textes écrits, des paroles sacrées ou profanes - combien les valeurs d'éducation, les modes de comportement sont on ne peut plus universels.

C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre le programme universel d'action pour l'éducation aux valeurs dans la petite enfance lancé par l'UNESCO, en novembre 2000, et centré sur l'enseignement des valeurs fondamentales. Dès lors, le respect des autres, l'éducation multiculturelle, la protection de la nature deviennent des credo et autant de valeurs à inculquer aux jeunes enfants dans la perspective d'un développement des capacités à coopérer et à résoudre les conflits, voire à créer les conditions durables de la paix. Elle ne considère pas seulement l'éducation comme un remède miracle ni comme le "sésame" d'un monde parvenu à la réalisation de tous ses idéaux mais comme une voie essentielle au service d'un développement humain plus harmonieux et plus authentique visant à faire reculer la pauvreté, l'exclusion et les guerres.

L'universalité et les particularismes

Xavier DHONTE, avocat au barreau de Lille, ancien président de la section française d'Amnesty International, apporte à la question quelles valeurs communes une réponse qui a le mérite de la simplicité, au moins dans son énoncé.

L'être humain, tel qu'il est écrit dans la déclaration universelle de 1948 est une valeur commune. Le débat, aujourd'hui, nous invite à confronter cette véritable prétention à l'universalité avec les particularismes que sont les cultures, les religions, les états et les communautés. La confrontation s'avère difficile. On peut essayer de rechercher s'il existe par défaut un point de convergence possible. Existe-t-il du côté de l'interdit ou de l'horreur sacrée quelque chose qui serait universel et reconnu partout comme une définition de cet être humain universel ?. En confrontant précisément ces cultures, ces réflexions et ces particularismes, on s'aperçoit, et Monique Chemillier Gendreau y faisait déjà allusion, qu'il n'existe pas de réponse unanime à cette question. Ce qui, par exemple dans la déclaration universelle, est ce droit à la vie n'est pas accueilli dans toutes les cultures, dans les religions, ou les particularismes, comme une donnée à caractère universel. On pourrait multiplier les exemples.

Il pense, notamment, à la question toujours difficile de l'homosexualité, du droit à l'expression et de la législation sur les sectes. Il y a donc sur une même idée des approches culturellement différentes. Il se dit n'être pas en mesure d'indiquer des solutions définitives mais il lui semble que deux voies s'offrent à la réflexion :

- La première est d'essayer de faire rentrer dans les faits cette idée qu'il y a une valeur commune pour l'être humain et que celle-ci est un droit absolu à l'identité, donc un droit à la différence, aux communautarismes. Pouvoir y échapper, cela fait partie du "droit absolu".

- La deuxième : les droits contenus dans la déclaration universelle devraient être repris par la loi.

Henri Senghor
Ambassadeur honoraire - Président du CIFER

Le CIFER : Centre International Francophone d'échange et de réflexion.
101, rue du Cherche Midi - 75006 Paris
Tél/Fax : 01 45 48 89 20


La page économique : impact de la rébellion sur l'économie ivoirienne

Les guerres actuelles ou éventuelles affectent l'actualité économique africaine. La perspective du conflit en Irak a empêché le président Bush de marquer son intérêt pour le continent : il ne s'est pas rendu à la seconde édition du Forum économique de la loi américaine sur la croissance en Afrique (AGOA), qui s'est tenu à Port Louis du 13 au 17 janvier en présence de chefs d'Etat et représentants des 38 pays sud sahariens concernés par l'AGOA.

La permanence de la tension israélo-palestinienne et l'élargissement de l'Union Européenne vers l'Est paralysent le processus de coopération euro-méditerranéenne lancé à Barcelone en 1995. Les rencontres entre les deux parties et quelques projets-témoins semblent destinés à entretenir un "bon climat de relations" sans autre objectif défini.

En Afrique de l'Ouest, l'incapacité de la CEDEAO à intervenir efficacement en Côte d'Ivoire (40% de l'activité de la zone) ne dresse pas d'obstacles aux répercussions de la rébellion. Seul ce qui a trait au NEPAD a l'air de suivre son rythme : rencontres ministérielles et groupes de travail préparent le prochain Sommet du G8 à Evian en juin.

Les productions agricoles

Quatre mois de troubles ont fortement marqué l'économie ivoirienne et les perspectives évoquées dans la Lettre n°57 d'octobre 2002 entrent dans les faits. La grande difficulté commune à tous les secteurs (agriculture, industrie, ravitaillement quotidien) est le grippage des relations routières (transport publics, camionnage, particuliers) après l'arrêt du chemin de fer Abidjan Ouagadougou. Les barrages officiels ou sauvages, installés tant par les rebelles que par les gouvernementaux, le racket qui s'en suit, allongent les délais et augmentent les coûts. Le cacao, dans le Sud, n'est pas encore sinistré ; la production pourrait, selon les estimations, diminuer de 10 à 25%. La récolte s'effectue à peu près normalement, la main d'œuvre burkinabé n'ayant pas vraiment déserté. Mais la qualité faiblit et les livraisons sont plus lentes.

En zone rebelle la récolte du coton est, dit-on, réalisée à 60%. Elle stagne chez les paysans, faute de pouvoir être transportée vers des usines qui sont arrêtées. Cela permet le lancement des cultures vivrières qui le remplacent : riz, maïs, sorgho. La fibre s'abîme et deux mois ont déjà été perdus sur les six nécessaires à l'usinage de la récolte étalé de novembre à mai.

La production de café serait abaissée de 13%. La banane souffre de la lenteur des transports, exposée au soleil dans des camions non réfrigérés. L'ananas est mal protégé contre les maladies et les normes européennes de qualité sont difficiles à respecter. Pour ces deux fruits, le mois de décembre représente 30% du chiffre d'affaires. La récolte de sucre est stoppée et les usines ne tournent plus, notamment au Nord. La pénurie menace, malgré des importations accrues. Pour le riz la production locale qui progressait déjà péniblement face à la concurrence de l'importation, est ralentie. Les autres productions vivrières sont normalement assurées.

Les secteurs secondaires et tertiaire

Soixante-dix pour cent de l'activité industrielle est au sud avec de grandes unités au nord (sucre, textile), mais tout le secteur est touché : couvre feu, réduction du temps de travail, chômage technique. Encore peu de licenciements ou de fermetures d'établissements. Les PME (1200 entreprises) enregistreraient 45% de baisse d'activité.

Dans le nord les salaires ne sont plus payés, les banques étant fermées. Globalement leurs encaissements ont diminué de 30%. Pour les financements elles exigent des garanties supplémentaires car le " risque Côte d'Ivoire " a augmenté. Tous les opérateurs constatent un alourdissement de la corruption (hors barrages) à tous les niveaux.

Les ports de San Pedro et Abidjan fonctionnent à peu près normalement, mais le trafic régional commence à être détourné vers Téma et Lomé. L'aéroport de la capitale a perdu 30% de son activité. Sur huit compagnies africaines, quatre sont encore présentes avec 3 européennes dont Air France. Toutes ont réduit leurs fréquences.

Les secteurs vraiment sinistrés sont le BTP (moins 50 à 70%) et l'hôtellerie (taux de remplissage moyen de 20%). L'eau et l'électricité sont distribuées, sans réparation des pannes dans le nord faute de techniciens retournés à Abidjan et avec des coupures dans la capitale par suite d'afflux de réfugiés. Dans le nord les quittances ne sont plus encaissées.

Ce panorama esquissé à grands traits à propos d'un pays où existent de fortes distorsions suivant la période et suivant le lieu montre la capacité de résistance de l'économie ivoirienne sur quatre mois. Au delà, les incertitudes sur les réactions potentielles des différents opérateurs du formel et de l'informel peuvent tempérer ou accentuer une légitime inquiétude.

Robert Ginésy

NDLR : L'essentiel des informations utilisées dans cette page est puisé dans l'hebdomadaire Marchés tropicaux et méditerranéens.


La baromètre de la CADE : la paix ivoirienne passe par Paris

Tel est le titre, en première page, de La Croix du lundi 8 janvier 2003. Nous rédigeons ce Baromètre le 20 janvier, alors que la table ronde de Linas-Marcoussis vient de commencer aux environs de Paris, et il est malheureusement évident que la paix ivoirienne aura des difficultés à passer, compte-tenu des réalités sur le terrain, et des états d'esprit des interlocuteurs en présence : presque deux tiers de la Côte d'Ivoire occupés par les rebelles, un Président élu qui ne veut en aucun cas se retirer, des opposants qui veulent le voir partir, des rumeurs de coup d'état militaire et des rebelles (à l'ouest) qui ne respectent pas le gel des positions. Il faudra une extraordinaire volonté de paix chez tous les participants de Marcoussis pour aboutir. Espérons que cette volonté l'emportera et, en ce cas, la France aura eu raison dans son intervention, intervention qu'il est vrai, elle ne pouvait pas ne pas faire. Les articles de presse (tous très récents) que nous citons, montrent la complexité des choses, les différences d'approche et les contradictions.

The Washington Post, cité par Courrier International du 16 janvier 2003 : " Cinq ans après que la France a annoncé "une nouvelle politique africaine" lui interdisant toute intervention militaire directe, le nouveau gouvernement renforce sa présence militaire en Côte d'Ivoire. Quelques 2500 soldats français y sont présents… dans le cadre de l'opération Licorne. Il s'agit de l'opération la plus ambitieuse qu'ait lancée la France en Afrique depuis l'envoi de troupes au Rwanda, en 1994… En décembre, des blindés français ont tiré au canon sur les rebelles pour stopper leur avance. D'autres accrochages, notamment une attaque d'hélicoptère contre un village de pêcheurs tenu par les rebelles qui a tué au moins 11 civils, montrent la difficulté qu'il y a à faire respecter une trêve et soulignent le risque pour les forces françaises de participer à une guerre civile dont on ne voit pas l'issue… qui plus est, les Français se sont engagés en Côte d'Ivoire sans disposer d'une stratégie de désengagement clairement définie. Le risque d'enlisement dans le bourbier est réel prévient Jean-François Bayart, spécialiste de l'Afrique…

Un responsable français en Côte d'Ivoire qui s'exprime sous le couvert de l'anonymat : "Je suis inquiet, très inquiet, confie-t-il. Gbagbo veut que nous fassions la guerre à sa place. Et les rebelles sont de plus en plus contre nous. On se trouve face à un nouveau Vietnam". La presse française a commencé à parler de "piège" africain… Il est vrai que, si la France choisissait de rester indifférente au sort de ce pays, elle se verrait très vite critiquée pour son inaction… "La France ne peut pas se permettre de laisser sombrer ce pays, qui a longtemps offert le meilleur modèle de stabilité en Afrique de l'Ouest" " (Keith B. Richburg)

Discrètement, les rebelles avancent

Le Journal du Dimanche du 19 janvier 2003 : " Pendant les négociations de Marcoussis, la situation se dégrade en Côte d'Ivoire. Les hommes du MPIGO progressent vers San Pedro, dans l'Ouest, où se trouve le cacao, principale ressource ivoirienne… Discrètement, évitant les contacts, les rebelles progressent sans chercher à combattre et se dirigent vers San Pedro ou Tabou. Ils évitent systématiquement les postes de l'armée ivoirienne qui tient la route principale et les check-points des forces françaises. Indice certain de la progression des rebelles qui tiennent tranquillement Grabo, où la situation paraît normale, les réfugiés sont un peu plus nombreux à venir se mettre à l'abri dans les villes côtières. Pas par peur des rebelles, mais par peur des combats possibles… La "drôle de guerre" de la Côte d'Ivoire… a fait environ, un millier de morts et entraîné le déplacement d'au moins 600 000 personnes. Un pire est possible " (Claude-Marie Vadrot)

"Pendant ce temps, un contingent de 172 soldats sénégalais est arrivé à Abidjan et 85 soldats togolais sont annoncés dans le cadre de la force de paix ouest-africaine… Un contingent de 170 Nigériens suit…" (Karen Lejon, Journal du Dimanche)

Ces arrivées sont de bon augure, par le témoignage de l'engagement des Etats de la CEDEAO.

Laurent Gbagbo parle

Claude-Marie Vadrot (Journal du Dimanche) a interrogé Laurent Gbagbo :

" - Pourquoi n'êtes-vous pas à Paris ?

- Il s'agit d'une réunion de chefs de partis. Je n'ai rien à y faire. Un chef d'Etat ne doit pas interférer dans ce genre de discussions. J'irai plus tard, si d'autres chefs d'Etats s'y rendent….

- Comment pensez-vous que la discussion va tourner à Marcoussis ?

- J'écoute. J'écoute attentivement. Tout le monde est coincé : les rebelles, les partis, la Côte d'Ivoire et la France. Se trouver dans une impasse, c'est la plus forte des incitations à en sortir "

Gbagbo ou le chaos

"Notre Voie", Abidjan, (cité par Courrier International du 16 janvier 2003) " Le Président Laurent Gbagbo, va démissionner ou sera démis. La rumeur est tenace et elle est amplifiée par les médias européens au détour de quelques analyses néocolonialistes d'individus qu'ignorent tout de la Côte d'Ivoire et de l'amour qui lie son peuple à son charismatique président, librement choisi. Qu'ils se détrompent ! Sans détour aucun, le président a affirmé qu'il ne démissionnerait pas parce que cela entraînerait une guerre civile… Au total, le sommet de Paris ne pourra pas nous imposer les rebelles. Ce sommet ne pourra pas non plus nous imposer un autre président que celui que nous nous sommes choisi librement. Gbagbo est bel et bien en place et y restera jusqu'aux élections générales prévues pour 2005. Ni les néocolonialistes, ni les adeptes des coups d'état civils ou militaires ne trouvent en Côte d'Ivoire une terre fertile pour leurs basses manigances " (Franck Dally)

La France doit nous laisser entrer à Abidjan

Extraits d'une interview (Courrier International du 16 janvier 2003) de Louis Dakoury-Tebley, l'un des dirigeants du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) par Pierre Cherruau et Rinaldo Depagne :

" - Quelle peut être l'issue de la crise actuelle ?

- Si on en est arrivés à prendre les armes, c'est par la faute de ceux qui faisaient preuve d'intolérance. Nous avons l'avantage d'avoir posé les problèmes de la Côte d'Ivoire et d'avoir attiré l'attention du monde entier. Nous avions souhaité que ces problèmes trouvent une solution d'une façon plus pacifique. C'est pourquoi nous avons presque signé des deux mains le cessez-le-feu. Et que nous avons accepté de venir à Paris.

- Mais, comme Gbagbo ne veut pas partir et que, pour vous, la sortie de crise passe par son départ, on voit mal l'issue.

- Quelqu'un peut aider son pays en reconnaissant qu'il est un obstacle. IL peut démissionner. Tout le monde reconnaît que Gbagbo est l'obstacle au règlement de la crise. Cette question ne se pose pas qu'à nous. Elle se pose aussi au médiateur qu'est la France.

- La France partage-t-elle votre analyse ?

- Bien sûr, elle ne l'a pas dit ouvertement. Mais si on fait une explication de texte… Quand la France dit : " il a quand même été démocratiquement élu", nous, on retient le "quand même ".

- Sortir de la crise, cela passe par un coup d'état ?

- Ou bien, la France nous laisse aller à Abidjan et nous lui donnons des gages, ou bien elle nous offre une autre solution. "

Jacques Chirac recevra le président Laurent Gbagbo, vendredi à Paris

Le Monde daté du mardi 21 janvier 2003 (Jean Pierre Tuquoi et Stephen Smith à Abidjan) : " Les négociations de Marcoussis progressent et les différentes parties ont entériné le principe d'une révision de la Constitution sur les conditions d'éligibilité au scrutin présidentiel… Attendu jeudi à Paris, le président ivoirien sera reçu par Jacques Chirac… La rencontre constituera à la fois un gage et un engagement pour Laurent Gbagbo : son maintien à tête de l'Etat jusqu'à l'élection présidentielle d'octobre 2005 sera solennellement confirmé, en même temps que le dirigeant ivoirien devra donner "entre quatre yeux" son accord pour la mise en place d'un gouvernement d'ouverture qui, dans les faits le privera d'une partie de ses attributions… Une nouvelle mouture de la Constitution reconnaîtrait de facto à l'opposant Alassane Ouattara la nationalité ivoirienne de plein droit, mais sa mise en application comporterait une clause qui écarterait l'ancien premier ministre de la course présidentielle de 2005. Le dossier de l'amnistie et de ses limites doit également être abordé." Espérons que cet "échafaudage" complexe tiendra.

Le Monde continue : " En Côte d'Ivoire, la tension n'a cessé de monter. Samedi, des dizaines de milliers de partisans du pouvoir ont manifesté leur soutien à Abidjan, assorti de menaces à l'égard de la France : "Si ça se gâte à Paris, ça se gâtera ici. Chaque Ivoirien aura son petit Français" a prévenu un dirigeant du syndicat étudiant. Au même moment, à Bouaké aux mains des rebelles, une foule tout aussi importante scandait "Gbagbo démission". Une marche rebelle dans les rues d'Abidjan y était même annoncée pour mercredi… Enfin, l'inquiétude était vive sur la situation dans l'Ouest du pays, où de nombreux témoignages font état d'une "invasion" par des combattants libériens qui pillent et tuent. "

Voilà le point de la situation ivoirienne au 20 janvier 2003 : cette situation explosive nous a empêché d'évoquer les élections démocratiques et calmes du Kenya, de Djibouti et de Madagascar : rappelons-nous toujours que l'immense et diverse Afrique, au total, avance.

Bernard Monnier


En bref

A LIRE

Comprendre l'Afrique, Évangile, modernité, mangeur d'âmes. René Luneau Karthala 2002. Le P.P. Luneau qui est un bon connaisseur de l'Afrique centrale nous rappelle que les indépendances, les régimes socialistes sinon marxistes et les avancées de la modernité n'ont pas fait disparaître des comportements, des croyances et des pratiques qui se rattachent au poids de la tradition. Il montre aussi que comme cela s'est fait dans les campagnes françaises il n'y a pas si longtemps, l'irrationnel peut côtoyer le rationnel, d'étranges accommodements sont pratiqués entre les croyances et les savoirs introduits par l'église et par l'école. En Afrique où la réalité quotidienne restera encore longtemps dominée par la peur, la faim et la précarité, il n'est pas surprenant que les individus fabriquent pour leur propre usage des représentations et des pratiques qui les rassurent et les protègent. Face au rationnel d'un monde logique mais importé et en partie inaccessible, ils opposent d'autres rationalités fabriquées à partir de leurs traditions et de leur propre fonds culturel. Ces religions populaires sont une preuve de la créativité africaine comme de l'universalité des attentes et des angoisses de l'homme face à son destin.

Les empires coloniaux dans le processus de mondialisation de Jacques Frémeaux chez Maisonneuve et Larose, Paris 2002. En dépit de son titre, ce n'est pas un ouvrage de circonstance que nous livre ici Jacques Frémeaux , agrégé d'histoire qui enseigne l'histoire de la colonisation à la Sorbonne Paris IV. C'est l'ouvrage de référence qui manquait. Il appréhende le phénomène colonial dans sa profondeur historique depuis le XVI° siècle, dans les diverses formes que lui ont données les nations européennes, dans son étendue planétaire et il lui restitue son ambition impériale. Le livre est construit sur une comparaison raisonnée, ressemblances et différences, des divers systèmes coloniaux français, anglais, hollandais, belges, italiens, dans leurs aspects militaires, économiques, sociaux, politiques. Ce faisant, il montre que, par delà les aventures et les tragédies des entreprises coloniales nationales et des luttes de libération, l'impérialisme colonial est un legs de l'histoire qu'il n'est pas possible d'ignorer, si l'on veut tenter de comprendre ce qui se passe aujourd'hui dans les pays du Sud et dans les relations de l'Occident avec eux.

ANNONCE DE COLLOQUE

Un colloque International sur le thème "les fractures numériques Nord/Sud en question : Quels enjeux ? Quels partenaires ?" est organisé à Bordeaux du 31 mars au 2 avril 2003 par le réseau de recherche AFRICANTI et l'Institut Méditerranéen de la Culture et de la Communication (INCOM). L'objectif de ce colloque est de mettre en question la "fracture numérique", de débattre des enjeux techniques, politiques, économiques, sociaux et culturels que ce terme recouvre pour les pays du Nord et du Sud et d'envisager quelques pistes pour mettre en œuvre de réelles solidarités afin que l'utilisation des technologies nouvelles de l'information et de la communication appuie un développement durable.

AFRICANTI est à la fois un programme de recherche et un réseau de recherche soutenu par le CNRS, dont l'objectif est d'analyser les modes d'insertion, les usages et les impacts des technologies de la communication dans les pays des Suds à différentes échelles, des stratégies internationales aux usages locaux.

Pour en savoir plus consulter le site : http://www.africanti.org

A écouter

El Hadj N'Diaye a participé à la réalisation de l'album Drop The Debt dont les droits iront aux associations qui luttent pour l'annulation de la dette du Tiers-Monde. Le mardi 18 février aura lieu un concert en ouverture de L'autre sommet pour l'Afrique à 19.30 au Cabaret Sauvage au Parc de la Villette (75019 Paris / tél : 01 42 09 01 09, tarif unique : 20 euros). Ce concert s'intitule quatre voix d'Afrique contre la dette, les artistes seront : Teofilo Chantre, Tiken Jah Fakoly, Lokua Kanza et El Hadj N'Diaye.

A noter

L'association ARRI (Rayonnement français, Réalités Internationales) organise un cycle de conférences sur l'Islam et l'Occident. ARRI, créée il y a vingt ans regroupe aujourd'hui près de huit cents personnalités françaises qui ont en commun une expérience internationale et la conviction qu'une "meilleure intelligence du monde" ouvre les voies de la tolérance et de la paix.

ARRI a pour ambition de favoriser un climat de dialogue et d'échange entre les hommes, dans une démarche de respect mutuel et d'écoute. L'association cherche à regrouper différents acteurs de la vie économique, sociale et culturelle dans le cadre de conférences, colloques, déjeuners-débats, voyages d'étude et cycles de formation, organisés tout au long de l'année. Les étudiants sont les bienvenus.

La prochaine conférence sera présentée le jeudi 27 février 2003 de 18h à 20h par Dalil BOUBAKEUR, recteur de la mosquée de Paris. Elle aura pour thème : Vision de l'Islam en France

Elle se tiendra à l'IPSEC : 16 place du général Catroux 75017 Paris : métro Malesherbes. Participation aux frais : 5€ par conférence (ou 20€ pour le cycle). Inscription sur place.


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