Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°59 - janvier 2003

Débat du mois :

L'Afrique face à la mondialisation : conditions d'une évolution

 

Sommaire :


Editorial

Oui, il fallait le faire et le faire clairement, publiquement. La France ne pouvait assister en spectatrice à l'effondrement de la Côte d'Ivoire, et il ne nous choque pas que le gouvernement ait non seulement décidé de ne pas retirer nos troupes mais de renforcer son contingent. Le précédent du Rwanda aura au moins servi à cela : nous ne pouvons pas laisser faire n'importe quoi en Afrique. Il est certaines ingérences qui s'imposent pour des raisons morales et politiques. En cela, nous rejoignons le point de vue exprimé par J.P Ngoupande dans son récent article du Monde (7 octobre 2002). Il nous faut assumer nos responsabilités à l'égard de l'Afrique. Le faire est la première vraie affirmation que nous croyons en ce continent.

Ceci dit, ce ne sont pas les militaires français qui dénoueront la crise ivoirienne. Et le gouvernement français, là encore, a eu raison de proposer des rencontres, y compris à Paris, avec tous les protagonistes nationaux et régionaux de cette tragédie et de rappeler qu'il y faudra une issue politique. Il est compréhensible qu'un gouvernement légitime car démocratiquement élu, s'estime en droit de réduire la rébellion et de restaurer l'ordre dont il est censé être le garant.

Il n'en reste pas moins vrai que le recours à des arguments légalistes n'est pas suffisant pour résoudre certaines crises. Le droit, et en particulier le droit public, se trouve parfois en défaut et ce n'est pas en s'arqueboutant sur les codes que l'on peut trouver une issue. J'oserai ajouter à ce chapitre de la légitimité qui nous embarrasse tant depuis que nous avons enfin proclamé que l'avenir du continent africain passait aussi par la démocratie, que dès l'instant où un gouvernement arme des jeunes et fait appel à des mercenaires, il sort de la légalité, et se place sur le même plan que celui des rebelles. Le gouvernement qui agit ainsi ne peut plus invoquer la loi qui l'a élu pour refuser de changer cette loi. Nous avons légué à l'Afrique francophone une philosophie politique qui hypostasie la souveraineté, l'Etat et la loi, notions qui sont censées relever de l'immuable sinon du sacré. Que de crimes a-t-on commis en leur nom, en application de la formule bien connue : "On ne négocie pas avec des rebelles" !

Il est dans les pays anglo-saxons, une autre tradition politique qui fait du contrat le fondement du bien public, et de la négociation, avant l'élection, le moyen de le traduire en décisions et en règles acceptables et acceptées. Est-il inconvenant de rappeler que l'Afrique du Sud a donné au monde un extraordinaire exemple de l'efficacité de cette philosophie politique ? Ce pays n'a pu sortir de l'apartheid que parce que ses responsables ont accepté de tout négocier, pied à pied assurément et ne se sont retranché derrière aucun tabou juridique. C'est ainsi que l'on bâtit des institutions solides et des lois respectées ; ce n'est pas en instrumentalisant des codes et des textes pour justifier des positions de force ou pour pallier des positions de faiblesse. C'est à partir de tels principes que devraient s'ouvrir les négociations que tout le monde réclame mais qui jusqu'à présent sont restées infructueuses.

Nous prenons le risque de cet éditorial dans l'espoir qu'il suscitera des voix ivoiriennes et africaines, des analyses, des réflexions et des prises de position sur la façon de dénouer cette crise, la plus grave qu'ait connu jusqu'à ce jour l'Afrique de l'ouest et l'Afrique francophone. Que la France assume ses responsabilités en "soutenant tous les efforts de médiation régionales" comme l'a dit le ministre de Villepin, et en cherchant avec ténacité et intelligence à dégager une solution politique, est une chose. Que des voix africaines se fassent entendre pour rappeler des principes et esquisser des solutions à ceux qui prétendent parler au nom des populations en est une autre. Il n'est certainement pas sans risque d'oser prendre la parole dans un tel contexte de passion, et pourtant il le faut. Que les Africains ne laissent pas leurs seuls "amis français" le faire à leur place. La CADE invite donc instamment les intellectuels africains, en particulier ceux de la diaspora, à apporter leur contribution à l'analyse des causes profondes du séisme qui ébranle la Côte d'Ivoire et menacent l'Afrique de l'ouest et à proposer des compromis pour sortir de l'impasse politique actuelle.

Nous serons heureux de rendre compte ici des réactions que cet éditorial pourra provoquer.

La CADE


L'Afrique face à la mondialisation : conditions d'une évolution
compte-rendu de la rencontre-débat du 11 décembre 2002

Cette rencontre-débat est la quatrième et dernière d'un cycle consacré à l'économie de l'Afrique face à la mondialisation organisé par Bernard Viollier. Après "l'Afrique et la mondialisation", "la libéralisation des échanges" et "la libéralisation des capitaux", les exposés présentés au cours de cette rencontre cherchent à proposer des éléments de conclusion sur le thème général de ce cycle. Ils sont présentés successivement par Philippe Engelhard, professeur de sciences économiques à l'université du Mans qui s'interrogera sur les stratégies de développement possibles ; par Philippe Hugon, professeur de sciences économiques à l'université Paris X-Nanterre qui traite des conséquences, sur le développement économique, de l'extension des zones de conflits en Afrique ; par John Igué, de l'OCDE, ancien Ministre du Bénin, qui propose une conclusion générale aux travaux de l'ensemble du cycle en abordant l'avenir des rapports économiques entre l'Afrique et le Monde.

Quelles stratégies de développement possible ?

Philippe Engelhard, auteur de l'ouvrage "L'homme mondial", a travaillé vingt ans au Sénégal avec Enda Tiers Monde sur le problème du développement en Afrique. Si l'on s'en tient aux stéréotypes, on pourrait être conduit à désespérer de l'Afrique, compte tenu des difficultés de tous ordres auxquelles elle est confrontée et Ph. Engelhard pose brutalement la question : pouvait-il en être autrement ? En effet, depuis plusieurs siècles, tout a été contraire à l'Afrique. Sans remonter à la traite des esclaves et à la colonisation, la crise des années 1970 a été, pour l'Afrique, comparable à la grande crise de 1929 pour les Etats-Unis et l'Europe. Et pour l'orateur, les institutions internationales et les organes de coopération ont fait le contraire de ce qu'il aurait fallu faire.

La mondialisation est-elle une chance pour l'Afrique ?

Pour Ph. Engelhard, cette question n'a pas beaucoup de sens. Pour lui, la vraie question est : comment réduire la pauvreté massive en Afrique et comment les pays pauvres, et en particulier les pays africains, peuvent-ils reprendre de l'initiative ? Comment reconstruire autour d'un projet de société qui doit être en même temps un projet politique, celui d'une société démocratique? Une telle société doit permettre de rendre leur dignité aux individus et l'accès pour les pauvres, qui sont majoritaires dans ces pays, aux processus de décision qui les concernent. L'orateur rappelle le constat d'un prix Nobel d'économie selon lequel, ces dernières années, aucun pays démocratique n'a connu la famine.

Les conditions d'un Etat de droit et d'une démocratie, qui ne serait pas de pure forme, sont à peu près les mêmes. Ces conditions résident dans le changement social, intimement lié aux changements politique et économique et doivent peser dans le sens d'une nouvelle stratégie de développement qui réponde à deux préoccupations dont l'une ne va pas sans l'autre :une préoccupation de justice et une préoccupation d'efficacité. Pour répondre à ces préoccupations, il faut faire de la lutte contre la pauvreté non seulement un levier de changement social et politique mais également un levier de croissance et de développement. C'est comme cela que pourra être desserré l'étau dans lequel les populations d'Afrique sont encore enfermées.

Faire de la lutte contre la pauvreté un levier de croissance et de développement n'est pas une proposition révolutionnaire. Et pourtant, peu d'intellectuels et d'économistes sont prêts à s'engager dans cette direction, à commencer par nombre d'économistes du FMI et de la Banque Mondiale qui continuent à se référer aux Plans d'Ajustement Structurel (PAS). Ph. Engelhard s'arrête quelques instants sur les propositions qui découlent du consensus de Washington, car elles permettent de voir, en creux, ce qu'il faudrait faire. Il retient six de ces propositions :

- Il n'y a pas de différence de nature entre économies des pays pauvres et économies des pays industrialisés.

- Il n'existe pas de problème de développement, qui est une vue de l'esprit, mais seulement des problèmes de croissance.

- Seuls la croissance et les marchés viendront à bout de la pauvreté.

- La croissance est médiocre parce que les politiques interventionnistes des Etats freinent les investissements et les exportations.

- L'apurement des déficits internes et externes permettra le retour à la croissance et à la baisse de l'endettement.

- L'entrée sur le marché mondial génèrera du droit et de la croissance saine.

Toutes ces propositions constituent un ensemble cohérent. Mais cette logique orthodoxe appelle des remarques importantes. Les échecs, au moins partiels, des politiques de développement, reconnus à demi mots par les experts de la Banque Mondiale et du FMI, étaient inévitables. La première proposition sous-entend que les pauvres sont déjà développés et qu'ils seraient simplement en crise. Le développement économique se traduit par la diversification des économies et par le développement de synergies entre les régions, les filières, les firmes, entre le marché extérieur et le secteur des exportations qui induisent des gains de productivité et des augmentations de revenus. C'est le chemin qu'ont suivi notamment la Corée du Sud, l'Indonésie, la Malaisie et la Tunisie au prix d'une protection vigoureuse de leur marché intérieur.

En second lieu, on ne peut pas conditionner la croissance à l'apurement des déficits externes et internes. Le taux de croissance élevé lors des trente glorieuses, en France, s'est accompagné de déficits chroniques. Pour autant, on ne peut pas laisser à la dérive les dépenses publiques, l'endettement et les entreprises d'Etat des pays pauvres ou intermédiaires africains. L'ajustement était incontournable mais aurait dû s'opérer progressivement dans un contexte de développement et de croissance et non pas dans celui de dépression et de misère entraînant inévitablement ressentiments et conflits. Les ajustements "orthodoxes" ne sont jamais qu'une variante de la désinflation compétitive qui a été à l'œuvre ces dernières années en Europe et, à un moindre degré, aux Etats-Unis. Le coût, en terme monétaire, en a été très élevé aux Etats-Unis (les économistes l'estiment à 1000 milliards de dollars de 1976 entre les années 79 et 82). Pour les pays pauvres, le coût en "non-développement" d'une théorie inadéquate a eu des conséquences beaucoup plus dramatiques.

En troisième lieu, le développement ne peut, dans l'état actuel des choses, résulter des investissements extérieurs en provenance des pays du nord. De l'ensemble de ces investissements, 6% seulement vont à l'Afrique subsaharienne et très majoritairement à l'Afrique du Sud et aux pays producteurs de pétrole. Et il y a peu de chance pour que cette situation s'améliore, la stratégie des grandes firmes étant d'investir dans des pays riches où les marchés sont porteurs, et où les contraintes juridiques, policières et douanières sont moins prégnantes.

La quatrième remarque est qu'il n'est pas absurde de considérer que les pays peuvent se développer par l'exportation des produits de base. Au dix-neuvième siècle, les exemples du Canada, des Etats-Unis et de l'Australie, exportateurs de blé, sont là pour le prouver. Mais ce type de développement présente des risques, comme en témoignent les crises qui ont handicapé périodiquement la Côte d'Ivoire dans les années 80 du fait de l'effondrement des cours du café et du Cacao. Il n'est possible que si se développent de façon concomitante le marché extérieur et le marché intérieur. Or, cette condition n'est pas remplie dans les pays pauvres. C'est l'absence de synergies entre ces deux sphères qui a provoqué au dix-neuvième siècle les échecs du Chili, du Costa Rica et de l'Egypte.

En cinquième lieu, la notion même de croissance doit être passée au crible de l'analyse critique. Personne ne peut nier la nécessité d'une croissance économique durable. Mais il est peu probable que les pauvres du Sud, de plus en plus jeunes, de plus en plus urbanisés, de plus en plus impatients, relativement bien informés, attendront patiemment les effets induits de la croissance économique sur la réduction de la pauvreté. Cela rend les situations, dans les capitales africaines, particulièrement explosives.

La sixième remarque formulée par Ph. Engelhard est que les ajustements ont différé la recherche de solutions adaptées aux populations pauvres dans deux domaines cruciaux : ceux de la production et de la mise à disposition de biens et de services publics à faible coût. La transposition mimétique des techniques de production et de diffusion des services de santé, d'éducation, d'énergie, de transport ou de communication fait que ces services sont servis aux mêmes coûts en Afrique qu'en Europe alors que les revenus par tête sont de 20 à 40 fois inférieurs.

Enfin, le marché ne secrète pas du droit et de la loi. Le marché ne peut avoir des effets positifs que s'il est réglementé par la loi. Faute de droit, les économies deviennent mafieuses. A la mondialisation de l'économie et des sociétés devraient répondre un droit et une éthique universels. On en est encore loin.

Une nouvelle stratégie qui réhabilite l'idée de développement et de croissance est nécessaire et pensable. Ph. Engelhard présente quelques propositions en partant des constats suivants :

- Les pauvres du Sud ne sont pas les marginaux des sociétés occidentales. Ils sont la majorité.

- Ils vivent de micro-entreprises urbaines et rurales.

- Ces micro-entreprises dessinent des filières complexes d'économie populaire qui étendent leurs filets sur une bonne partie de la planète.

- Faute de capital et de formation, ces micro-entreprises ont une faible productivité, dégagent de faibles revenus et suscitent une faible demande.

- L'asthénie de la demande n'incite pas les petits entrepreneurs à faire des efforts de productivité.

- Les économies se développent dans le non-droit et sont donc souvent soumises aux pressions des économies criminelles et mafieuses.

Il en découle que la croissance longue constitue moins un objectif qu'un moyen. C'est la réduction de la pauvreté et, donc, l'amélioration du niveau et des conditions de vie de la majorité de la population qui devrait constituer l'objectif ultime de la politique économique des pays pauvres.

Pour parvenir à cet objectif, Ph. Engelhard propose quelques pistes:

- Revitaliser et diversifier le marché intérieur des pays pauvres, prioritairement en faveur des économies populaires et établir des synergies entre petites activités.

- Tout faire pour mettre à la disposition des populations pauvres des biens et services à faible coût.

- Mettre l'accent sur le développement rural et ses interactions avec les filières de production urbaines.

- Sur le plus long terme, mettre l'accent sur l'éducation qui est le facteur essentiel de la croissance et du développement.

- Les exportations ne sont pas à négliger : la croissance des revenus implique celle des importations de biens de consommation et d'équipements porteurs de nouvelles technologies.

- Soutenir certains des produits des pays pauvres sans pour autant constituer des bastions protectionnistes à terme inefficaces.

- Ouvrir à la concurrence du Sud les économies du Nord mais en tempérant les effets les plus nocifs de cette concurrence.

- En dernier lieu, il faut un Etat responsable capable de générer du droit et de la confiance.

En conclusion, Ph. Engelhard estime qu'on ne peut pas désespérer de l'Afrique, berceau de l'humanité et partenaire incontournable des pays riches. La moitié des Etats africains sont engagés dans un processus démocratique et dans la résolution des conflits qui ravagent ce continent. Dans beaucoup de pays, le taux de croissance économique dépasse le taux de croissance démographique. En tout état de cause, beaucoup de changements souterrains, sociaux, politiques, économiques sont en œuvre mais on ne les voit pas encore émerger. Et c'est un sujet d'émerveillement que de constater la belle vitalité du continent africain en dépit de tout ce qui le ravage et en dépit des chocs qu'il a reçu depuis le 15e siècle.

Fin des conflits et restructurations internes

Philippe Hugon apporte un éclairage complémentaire en posant l'importante question des conflits qui touchent un quart de la population africaine et une quinzaine de pays, question qu'un économiste ne peut ignorer et qui pourrait alimenter l'afro pessimisme. Mais mieux vaut se situer dans un afro réalisme qui consiste à voir quels sont les facteurs qui peuvent expliquer les conflits, leurs conséquences, et à rechercher les réponses qui peuvent être apportées. Les questions et leurs réponses sont complexes car on se situe dans une économie et dans une société mondialisées. Et si les réponses relèvent largement de l'Afrique, elles se trouvent également au niveau international car l'Afrique est insérée dans une économie mafieuse, où le trafic du pétrole, des armes, du diamant, des narcodollars joue un rôle très important dans le financement des conflits armés.

Pour Ph. Hugon, plusieurs facteurs sont à prendre en compte.

Tout d'abord, les conflits ont pris une configuration différente depuis la chute du mur de Berlin qui a modifié les enjeux idéologiques et les intérêts politiques. On est passé de conflits entre Etats à des conflits internes (à quelques exceptions près) mais qui ont des liens aux niveaux régional et international. Cette nouvelle configuration est à analyser mais il faut se garder d'une interprétation unique. Parmi les facteurs explicatifs, ce sont les tensions locales qui ont une dimension importante et qui, à un certain moment, prennent de l'ampleur jusqu'à aboutir à un processus incontrôlable.

Un second facteur qui peut jouer, mais dont la portée est limitée, est l'affaiblissement des pouvoirs forts qui provoque l'émergence d'identités ethniques et religieuses. L'ethnicité, l'identité religieuse sont souvent mis en avant et peuvent tenir lieu de référant. La question de l'ethnicité n'est pas l'élément le plus important et il faut bien voir que l'ethnie n'est qu'une construction historique. Elle peut être à l'origine de certains conflits (ça a été le cas au Rwanda et au Burundi), mais elle n'apparaît importante que lorsqu'elle devient un élément d'identification. Un fractionnement ethno-linguistique est moins porteur de conflits que lorsque deux grands groupes sont face à face.

Des facteurs militaires apparaissent. Les trafics d'armes se sont multipliés et le coût des armements a considérablement baissé. La déscolarisation croissante due à la crise des systèmes éducatifs rend disponibles, à bon compte, des recrues. Se développent également, dans les Etats qui ont de faibles moyens budgétaires, des milices privées ou des mercenaires et on assiste à une privatisation croissante de la guerre. Les facteurs politiques sont également importants car la légitimité des Etats étant relativement faible, ces derniers ne sont plus en mesure d'exercer leur fonction de sécurité. Les facteurs internationaux inter-viennent soit directement dans le financement des conflits, soit à travers les enjeux économiques induits des guerres. La plus part des financements sont internationaux et prennent leurs sources dans les divers trafics (pétrole, diamants, narcodollars) mais s'y rajoute un autofinancement de la guerre par dépeçage des ressources naturelles.

Un des premiers facteurs de guerre est le facteur économique et tout particulièrement les bas revenus et la pauvreté. Le facteur des ressources naturelles est également important et plus elles sont abondantes, plus le risque de guerre est grand, mais ce, jusqu'à un certain seuil au-delà duquel le risque diminue car augmentent alors les capacités de financement et de stabilisation des Etats (c'est la cas au Bostwana, riche en ressources naturelles, qui assure une bonne gestion de son diamant).

Des facteurs spécifiques renvoient en partie à des intérêts, entre autres, économiques. Un facteur important est celui de la captation de ressources. Entre deux factions militaires, l'enjeu principal est le contrôle territorial. Le cas est exemplaire en République Démocratique du Congo et sans doute également en Côte d'Ivoire. C'est un processus récurrent qui se fait au détriment des populations civiles mais tous les conflits n'ont pas la même configuration. Dans la plupart des conflits, ce qui apparaît, c'est le processus qui s'ébauche de manière pratiquement inéluctable. Il y a à la fois une crise économique, donc une baisse des revenus, de la scolarisation, des tendances xénophobes à l'encontre des travailleurs étrangers, un problème de légitimité politique, comme en Côte d'Ivoire. Ce sont des facteurs lourds qui interviennent en amont.

A partir de là, il y a tous les processus classiques, de liberté de la presse, sans mise en place d'une déontologie suffisante, débouchant sur une presse extrêmement violente et ethnocide, de dévoiement des intellectuels qui eux-mêmes tiennent des discours ethnocides (comme au Rwanda et au Burundi), de militaires qui n'étant plus payés entrent en rébellion, de puissances régionales soutenant les rébellions. Plusieurs scénarios sont possibles : un scénario catastrophe à configuration régionale; plus optimiste : une réconciliation avec l'aide de médiateurs, ou un scénario de type Congo avec partage du territoire. Cette dernière possibilité permet à un pays de survivre durablement mais sans processus de développement et de croissance (comme au Congo Kinshasa).

Ph. Hugon aborde, pour finir, les effets économiques des conflits. Dans les pays industrialisés, les guerres ont permis de relancer l'économie et d'accélérer le progrès technique. Dans le cas de l'Afrique, c'est l'inverse : les guerres sont des facteurs de sous-développement forts du fait des décapitalisations, des problèmes de perte de confiance de la part de opérateurs, des problèmes d'exodes de compétences, etc. Il n'y a pas de lien évident entre économie de guerre et croissance car l'indicateur de croissance n'est pas un indicateur de développement. On peut avoir une forte croissance si on dispose de ressources pétrolières. Mais il faut voir comment se constituent les compétences, comment se créent les synergies, un climat de confiance et non comment le PIB évolue, ce qui n'a aucun sens dans des pays extravertis.

En conclusion, Ph. Hugon indique qu'un des points importants qui remet en question les mesures préconisées par les institutions de Bretton Woods, est de considérer que des réformes, en termes de marchés, peuvent être des réformes efficientes. Il rappelle que le premier économiste qui a dit qu'un marché pouvait fonctionner de manière efficiente préconisait que soient réunies deux conditions: il faut que l'Etat exerce ses fonctions régaliennes en matière de sécurité, et qu'au préalable il y ait un contrat social. Si non, le marché peut conduire à une accentuation des conflits. Une des premières questions qu'un économiste doit donc se poser est de se demander si les mesures qu'il préconise au nom de la rationalité ne remettent pas en cause des équilibres sociaux très fragiles.

Un point important est de savoir si les modalités de règlement des conflits peuvent être trouvées à des niveaux nationaux. La question régionale est centrale et la légitimation de la CDEAO se fera principalement sur le rôle qu'elle jouera dans ces règlements. Mais le rôle des puissances non africaines est primordial. Les enjeux sont importants étant donné leurs interventions, à l'amont, dans le financement des conflits, adossées souvent à des trafics plus ou moins légitimes.

L'avenir des rapports économiques Afrique/monde

Pour John Igué, qui regrette que pareil débat n'existe pas en Afrique, le problème de la mondialisation n'est pas essentiel. Ce qui compte, c'est ce que l'Afrique y gagne. L'Afrique est déjà dans la mondialisation et l'attirance des jeunes Africains pour les pays du Nord en témoigne. L'accès des populations africaines aux médias fait que "chacun peut choisir son quartier sur la planète". Selon John Igué, pour comprendre la situation actuelle, il faut rappeler ce qu'a été la première mondialisation qui a traité les trois questions importantes que sont la traite des esclaves, la partition coloniale et l'économie de traite. Elle a eu pour conséquence l'hégémonisme dont l'Afrique est aujourd'hui héritière, qui fait que le monde a été façonné par les puissances coloniales qui ont, après les indépendances, établi des rapports extrêmement précis, d'Etat à Etat, avec leurs anciennes colonies.

Mais avec la deuxième mondialisation, le rôle des Etats a été réduit au profit de multinationales dont les interventions dans les anciennes colonies ont été soutenues par les pays industrialisés. Cela a eu d'énormes conséquences puisque le libéralisme, dont l'objectif est le profit, ne cherche pas à résoudre les problèmes des africains. Au cours de la première mondialisation, un certain nombre de valeurs ont été préservées qui ont laissé à l'Afrique quelques marges de manœuvre. Aujourd'hui, ces valeurs tendent à disparaître. La prééminence des multinationales sur des Etats dont le rôle régulateur s'estompe conduit à une déresponsabilisation de ces derniers et à la mauvaise gouvernance. J. Igué cite l'exemple du secteur du coton en Afrique qui a été une réussite. Mais les réformes préconisées par le FMI et par la Banque Mondiale, sous la pression de lobbies américains, tendent à le détruire. Les réformes imposées dans le cadre de la mondialisation ne sont pas adaptées car fondées sur le profit et non sur le bien-être des sociétés.

Le problème de la pauvreté ne sera jamais résolu si la société ne fonctionne pas bien

L'observation du jeu démocratique en Afrique révèle ses tricheries, parce qu'il est mal assimilé ou manipulé. La démocratie se traduit souvent par la multiplication des partis politiques fondés sur des intérêts familiaux ou claniques. Il n'y a donc pas véritablement de contre-pouvoir. Et J. Igué s'interroge sur ce qu'apporte cette démocratie qui fait le jeu des réseaux mafieux qui agissent en Afrique. Dans ces conditions, le libéralisme économique imposé ne marche pas. Il crée des sociétés opaques, injustes. La démocratie est confisquée et les citoyens sont déresponsabilisés.

Il est prématuré de dessaisir l'Etat de ses fonctions essentielles. Il doit être en mesure d'investir dans les biens publics mais la question de leur financement se pose dès lors qu'ils ne génèrent pas de rapport à court terme. En Afrique, le libéralisme est inachevé et l'Etat n'est pas en mesure de contrôler ce que font les grandes entreprises dont les comptabilités sont le plus souvent à l'étranger.

En conclusion, J. Igué préconise d'abandonner un libéralisme excessif et de renforcer l'Etat. Il cite l'exemple du Burkina-Faso qui a connu sa plus forte croissance (11%) pendant le gouvernement Sankara. Il suggère de mettre en place sur le continent des pôles d'équilibre à l'image des grands bassins (cotonnier, arachidiers…) de l'époque coloniale. Le fait que l'on retrouve partout les mêmes filières entraîne en effet une baisse des coûts. Il faut promouvoir l'intégration (on intègre des institutions mais pas les filières) et mettre en place des approches dynamiques pour construire des complémentarités. Le NEPAD est une philosophie à soutenir mais son projet doit être amélioré. Enfin il y a trop de contradictions dans les politiques de coopération et il convient de s'appuyer sur les zones de prospérité en Afrique et mieux responsabiliser les populations africaines.

Le débat

Le président, Michel Levallois, remercie les intervenants et en particulier John Igué dont l'exposé rend compte de l'expérience d'un responsable proche des réalités socio-politiques et ouvre le débat.

Un intervenant indique qu'en matière de démocratie, il y a des zones de progrès en Afrique. Prenant le cas du Mali, il y a eu une véritable alternance politique, condition essentielle de la démocratie, malgré l'émiettement des partis qui ont su se regrouper en blocs. Le Mali vit, après une période de turbulence, une démocratie apaisée. Sur le plan économique, des investissements importants ont eu lieu pendant la période qui a précédé la révolution de 1991, et ils se poursuivent grâce à la diaspora. L'économie, qui repose sur le coton et l'or (dont le Mali est le deuxième producteur africain), est aujourd'hui menacée par les initiatives de la Banque Mondiale qui veut privatiser ces filières.

Cette intervention contredit la vision globalement pessimiste d'un autre intervenant qui considère néanmoins que la situation difficile de l'Afrique peut être la marque d'une évolution. Les Africains seraient en train de dresser le bilan de leur situation passée et c'est de cette crise que sortirait une Afrique plus juste, plus démocratique. Il pose le problème de l'ethnicité en suggérant que les guerres tribales permettent de résorber des contradictions historiques plus ou moins camouflées. Il s'interroge enfin sur la possibilité de construire des démocraties sans démocrates.

D'autres interventions sont davantage ciblées sur des questions économiques. L'une d'entre elle fait état des trois piliers sur lesquels repose la coopération entre la France et l'Afrique : les piliers politique, économique et philosophique. Selon elle, les pays africains ne seraient pas indépendants politiquement. Par ailleurs l'industrialisation de l'Afrique connaît trop de contraintes, notamment en matière d'approvisionnement, de douane, d'expertise. L'OMC, selon le même intervenant, ne peut être d'aucun secours. En fait, selon lui, rien n'a bougé depuis le 18e siècle et l'Afrique serait toujours considérée comme un réservoir de matière première. Il estime qu'un débat de fond devrait s'engager sur ces questions entre la France et les pays africains.

La question des subventions à l'agriculture en Europe et aux Etats-Unis est soulevée (elles sont de 1 milliards de dollars par jour) et seraient cause de pauvreté dans les pays du tiers monde et en Afrique. Pour un intervenant, l'économie populaire qui pourrait être une base de départ pour la croissance, ne décolle pas car, sans doute mal accompagnée, et il se demande s'il n'y aurait pas là un problème de rationalité, de reconversion des mentalités africaines.

Une dernière question porte sur le NEPAD. Cette initiative africaine pourrait constituer un bon débat pour la démocratie. L'initiative appartient à quelques chefs d'Etat qui interviennent de manière hégémonique sans véritable débat. L'intervenant pose la question du contenu qu'il serait souhaitable de lui donner.

Les premières réponses sont données par John Igué. Selon lui, les zones de progrès, réelles comme au Mali, sont confrontées à un problème de durabilité. Il s'interroge d'ailleurs sur le type de démocratie qui est nécessaire pour les sociétés africaines et il ne s'agit pas de l'appliquer comme une religion. En ce qui concerne le NEPAD, pour que ce dossier devienne crédible, il faut un vrai débat et non pas seulement le point de vue de quelques chefs d'Etat qui ont confisqué le dossier.

Philippe Hugon intervient à son tour en se demandant si l'Afrique a besoin de la violence pour émerger. Les conflits n'y sont pas du même type que dans les pays européens qui ont construit leur histoire par la guerre. En Afrique, les conflits n'ont pas d'impact en matière de construction territoriale. Les réseaux internationaux sont davantage porteurs de progrès. Quant aux politiques agricoles, leurs effets rétroagissent sur la baisse des prix qui se répercute sur les revenus des producteurs. Il faudrait tendre vers la mise en place de politiques publiques. L'OMC, qui est en principe un lieu de négociation, devrait jouer ici un rôle de même que sur les politiques industrielles dans lesquelles l'Afrique est victime d'un libéralisme asymétrique.

Philippe Engelhard s'élève contre la notion de rationalité. Pour lui, toute discrimination sur les capacités cognitives des peuples est suspecte. L'espèce humaine a une existence trop brève pour avoir produit des différenciations mentales. A l'échelle de l'histoire, l'Afrique est le continent qui a reçu le plus de coups et son organisation clanique est une manière de se protéger ce qui entraîne une déresponsabilisation des individus. Un travail politique reste à faire.

Bernard Viollier, qui a été le coordonnateur de ces débats, apporte quelques éléments de conclusion sur le cycle qui a porté sur l'Afrique face à la mondialisation. Tout d'abord, la mondialisation est un fait et on ne peut pas être contre. Ses opposants luttent contre une certaine mondialisation. Concernant l'Afrique, elle concerne les relations entre ce continent et les pays industrialisés, et les deux ont tendance à dire que si ça ne marche pas, c'est la faute de l'autre. L'Afrique est consciente de ce qu'il faut faire et c'est à elle de le dire en devenant un vrai partenaire avec lequel on peut négocier. Mais les pays industrialisés ont également leur responsabilité. Si l'Afrique doit mondialiser son économie, il ne faut pas exercer de blocage par le jeu des subventions et des taxations. Les dragons asiatiques se sont développés, comme du reste les pays européens et l'Amérique, en se protégeant par des droits de douane. Il faut donc admettre la mise en place de mesures transitoires. Enfin, il convient de réformer les institutions internationales qui font fonctionner le système de manière déformée.

Philippe Mathieu


Lecture : Désir d'Afrique, de Boniface Mongo-Mboussa

Boniface Mongo Mboussa est né au Congo-Brazzaville. Collaborateur d'Hommes et Migrations et de la Quinzaine Littéraire entre autres, il est rédacteur de la revue Africultures. Il enseigne la littérature francophone à la Columbia University de Paris.

Il faut dire qu'en refermant son livre avec regret, on pense que l'on est devant un très grand texte de critique littéraire. On reste saisi par la synthèse réalisée à la fois en histoire des littératures africaines et en étude stylistique, replaçant chaque écrivain dans son apport et son rôle. Ses propos sont percutants mais il a aussi recours aux entretiens avec les auteurs qui rendent ceux-ci vivants sous nos yeux. Les grands chapitres de la table des matières montrent les étapes qu'il dégage en matière de littérature africaine écrite, regroupant les œuvres de telle manière que l'on ne peut les oublier dans leurs rapports les unes aux autres.

L'odeur des classiques

Il insiste tout d'abord sur la puissance des racines de l'actuelle littérature africaine remontant jusqu'à Thomas Mofolo, Sud-Africain (Chaka, 1923), puis Léon-Gontran Damas, Aimé Césaire et Senghor, continuant jusqu'à nos jours par les romanciers francophones et anglophones, accordant à chacun une courte et claire analyse. Il passe ensuite aux conditions particulières de création de l'écrivain africain, citant Paulin Joachim Hountondji (Benin). Pour ce dernier, l'extraversion scientifique de l'Afrique n'est qu'un aspect particulier de son extraversion économique. Un écrivain africain doit prendre en compte un public qui, en grande partie, ne le lira pas pour des raisons justement économiques et il doit songer aux exigences d'un lectorat extérieur à l'Afrique. De même, il souligne l'importance de l'œuvre d'écrivains africains exilés parlant de " la littérature africaine fille de l'errance", exil géographique mais aussi intérieur à cause d'une privation des libertés essentielles. Puis il étudie le rire, le risible, l'humour si important dans la littérature négro-africaine, en citant particulièrement certains auteurs. Il passe ensuite au devoir de mémoire ressenti par la plupart des écrivains africains surtout en ce qui concerne une volonté de relire le fait colonial. Puis il procéde à l'interview de quatre grands écrivains : Wole Soyinka, Mongo Beti, Ahmadou Kourouma dont le dernier livre obtint le prix Renaudot, Cheick Hamidou Kane.

La partie Fragrances modernes est consacrée aux écrivains nés après 1960, en donnant la parole à Abdourahman A Waberi, Ken Bugul, Sami Tchak, Zakes Mda, Kossi Efoui et Jean-Luc Raharimanana.

Au coeur des ténèbres

Il s'agit d'ouvrages ayant trait au génocide rwandais et en particulier à des fictions écrites dans le cadre du projet "Rwanda : écrire par devoir de mémoire", initié par l'écrivain tchadien Nocky Djedanoum, lui-même auteur d'un recueil de poèmes consacré au génocide rwandais. Fest'Africa a invité en 1998, dix écrivains africains au Rwanda. Dix romans sont parus en librairie dont il est retenu ici plus particulièrement : "L'ainé des orphelins" de Tierno Monenembo, "La phalène des collines" du Tchadien Koussy LamKo et "Murambi, le livre des ossements" du sénégalais Boubakar Boris Diop. Puis suivent une analyse du livre de Jean Hatzfeld : "Dans le nu de la vie", des entretiens avec Nocky Djedanoum sur l'organisation de Fest'Africa au Rwanda, Catherine Coquio, créatrice de l'Acrije, Association Internationale de Recherche sur les crimes contre l'humanité et les génocides, de Boubacar Boris Diop, et de Véronique Tadjo, auteur de "Voyages jusqu'au bout du Rwanda".

On sait l'importance de la littérature congolaise du Congo-Brazzaville et c'est à elle que Boniface Mbongo-Mboussa consacre sa partie : Flamboyances congolaises. Il commence par saluer l'œuvre du congolais, Philippe Monkoko "Le dictionnaire de la littérature congolaise", puis il s'attache à montrer l'importance et à décrire l'œuvre de Cheri Samba, de Sony Labou Tansi , de Tchicaya U' Tam Si et de Henri Lopes.

La diaspora comme détour

Nous en arrivons avec un détour géographique aux auteurs de la diaspora africaine. Le propos de départ a trait à l'humanité perdue des nègres : comment considérer que l'esclavage est aboli quand on subit quotidiennement la persistance de l'inégalité raciale dans les représentations ? Ceci nous conduit, à travers une série d' entretiens, aux grands auteurs de la créolisation : Edouard Glissant qui dit : "On voit beaucoup l'Afrique à la télévision, le sida, les massacres, les guerres tribales, les misères .Mais on ne voit pas l'Afrique. Elle est invisible, Pourtant il y existe une vie normale, bien différente de la vision apocalyptique que l'on s'en fait".Puis on se tourne vers Daniel Maximin, Edouard Maunick, Maryse Condé.

Enfin, dans le chapitre l'Odeur de l'autre, B.Mongo-Mboussa s'entretient avec la critique universitaire, d'abord, Bernard Mouralis, Professeur de Lettres à l'Université de Cergy-Pontoise, dont l'œuvre de recherche sur la littératures africaine est très importante. Il l'interroge en particulier sur son dernier ouvrage : "L'Europe, l'Afrique et la folie". Il questionne ensuite Jean-Michel Devesa, Maître de conférences à l'Université de Bordeaux, puis Philippe Dewitte, historien, Directeur de la revue Hommes et Migrations.

Cet excellent ouvrage se termine par une postface où Sami Tchak, se demande la place réelle que les littératures africaines occupent dans la république mondiale des lettres.

Denyse de Saivre

Désir d'Afrique, de BonifaceMongo-Mboussa (préface de Ahmadou Kourouma, postface de Sami Tchak, Gallimard, Contients Noirs, 2002)


La page économique : 10% de plus pour l'aide au développement

Depuis le G8 de Gênes en juillet 2001, les grandes rencontres internationales ont fait une place grandissante aux pays du Sud et à l'Afrique en particulier, tant dans leurs travaux que dans leurs déclarations d'intentions.

Dans des contextes différents, à Monterrey au Mexique (financement), à Kananaskis au Canada (NEPAD), à Johannesburg en Afrique du Sud (nature), les pays riches ont promis de renverser la vapeur et d'accroître leur Aide Publique au Développement (APD). D'ici 2006 les Etats-Unis doivent passer de 10 à 15 milliards de dollars, l'Union Européenne doit attendre 0,39% de son PIB contre 0,32 et la France, par la voix de son président, a promis 0,50% en 2007.

De fait le budget français de l'aide globale sera en 2003 de 5,876 millions d'euros contre 5,307 en 2002. Le bi-latéral est privilégié avec 4,008 millions d'euros et 1,868 millions pour le multilatéral, à comparer avec les chiffres de l'année 2002 qui étaient de 3,329 et 1,978.

Comme toujours le ministère de l'Economie et des Finances dispose de la plus grosse part (1721 millions d'euros) et celui des Affaires étrangères (MAE), qui a absorbé la " Coopération " aura 1018 millions. C'est dire le poids constant de Bercy. Dans cet ensemble l'Afrique, Nord et Sud du Sahara, compte pour 58% ; bi-latéral, Europe et organismes onusiens confondus.

En fin d'année dernière deux dates ont marqué l'organisation de la Coopération française, terme qui n'est désormais plus connecté avec le "pré carré" africain.

Un nouveau HCCI

Le décret du 16 novembre 2002 recadre le Haut Conseil de la Coopération internationale (HCCI). Ses membres seront 45 au lieu de 60 et ses missions limitées au Développement sur programme du premier Ministre ou à son initiative, mais toujours comme organisme d'assistance à Matignon. Dans ce cadre il doit "sensibiliser l'opinion publique aux enjeux de la coopération au développement". Ainsi cet organe de liaison avec la société civile est préservée.

Le mois suivant, le 2 décembre, le Comité interministériel de la coopération internationale (CICID) tenait sa première réunion depuis les élections. Il regroupe tous les ministères concernés et précise les modalités de leurs interventions et leur coordination, avec la nouvelle enveloppe budgétaire 2003. Outre l'augmentation des crédits, la redynamisation de la politique modifiera les priorités et entraînera de nouvelles approches de secteurs déjà aidés.

Renouveau de l'agriculture vivrière

C'est ainsi que pour l'agriculture, il semble qu'à Doha (sommet de l'organisation mondiale du commerce) et à Johannesburg (sommet de la terre) on ait pris conscience de sa vocation première qui est de nourrir les populations et pas seulement de contribuer aux exportations. La progression des rendements annuels qui était de 2 à 3% jusqu'aux années 1990 est seulement de 1% maintenant. Comment faire face dans ces conditions à la progression démographique ? On se préoccupe donc bel et bien de l'agriculture vivrière.

En France plusieurs organismes y contribuent. L'Agence française de développement se réintéresse à des productions oubliées comme la filière arachide au Sénégal. Elle veut accompagner la décentralisation pour la définition des politiques agricoles locales. Elle tente de persuader les institutions de Bretton Woods d'aborder ce secteur avec une approche sociale et pas seulement financière.

Le ministère de l'agriculture a constitué un Fonds de solidarité prioritaire sur 3 ans pour l'appui aux structures professionnelles. En novembre un accord a été signé avec le président Wade pour aider le Sénégal à mettre en place une loi d'orientation de l'agriculture inspirée de la PAC européenne. L'AFDI (Agriculteurs français et développement international) multiplie ses actions auprès des organisations paysannes du Sud, pour notamment qu'elles puissent exercer des fonctions de gestion du secteur que l'Etat n'assume plus.

Le Centre national d'études agronomiques des régions chaudes (CNEARC) assure depuis 15 ans des cycles de formation en France et en Afrique. Les participants sont maintenant des privés (coopérateurs, ONG, bureaux d'études), les fonctionnaires s'orientent vers la définition des politiques publiques agricoles. Ils ne sont plus "vulgarisateurs", les paysans les ont remplacés.

Sous l'égide du MAE, la recherche française, répond aux demandes des équipes de chercheurs africains sur quatre thèmes prioritaires : conservation génétique, agro-écologie, organisations paysannes, gestion des écosystèmes.

Ces structures françaises évoluent en partenariat avec un monde agricole qui devient plus compétent, plus responsable, capable de prendre an main de larges pans de cette agriculture vivrière renaissante.

Robert Ginésy

NDLR : L'essentiel des informations utilisées dans cette page est puisé dans l'hebdomadaire "Marchés Tropicaux et Méditerranéens".


Le baromètre de la CADE - décembre 2002 : Toute la misère du monde mais un avenir heureux se dessine

Les maitres-mots pouvant résumer la situation en Afrique noire en cette fin 2002, sont pour une importante fraction de la population : guerre, sida, faim, mais heureusement, pour la grande majorité des habitants du continent : économie (en ascension), gouvernance (en amélioration progressive), diplomatie (pour calmer les conflits), succès (par exemple la victoire sur l'onchocercose).

Nous citions, dans le Baromètre de novembre, cette phrase du livre de Kofi Yamgnane (Nous grandirons ensemble) : "On sait très bien que les guerres vont se poursuivre, que le sida fera encore des millions de morts, que la faim (sévira)", mais "le malade est coriace : quand on croit qu'il va trépasser, il pousse un grand rire sonore… et garde le moral parce qu'il a toujours confiance en sa bonne étoile…" Les citations de presse que nous allons faire, illustrent cette conjoncture africaine contrastée qui, pour les membres de la CADE, permet, par une analyse fine des situations diverses, de conserver un afro-optimisme de base.

La guerre : Côte d'Ivoire : "suicide d'une nation" titre Afrique Magazine d'octobre 2002. " Et si le pétrole expliquait tout ", titre à son tour en page de couverture Jeune Afrique Economie de novembre 2002. Jeune Afrique du 17 novembre 2002 en page de couverture écrit : " Côte d'Ivoire - Ouattara, Gbagbo, les mutins, la France… et lui ". " L'ex-Premier Ministre est au cœur de la crise qui déchire son pays ". Libération du samedi 16 novembre 2002 : " A Abidjan, les escadrons de la mort terrorisent l'opposition. Enlèvements et assassinats se multiplient en Côte d'ivoire." La situation est confuse, les causes de cette quasi-guerre civile sont multiples, la France s'engage pour protéger ses ressortissants, et prend le risque d'être piégée : citons cet extrait de la presse ivoirienne :

" L'œil du peuple ", selon Courrier International du 12 décembre 2002, accuse l'ambassadeur de France en Côte d'Ivoire, Renaud Vignal (maintenant remplacé) " de montrer son visage de génocidaire avéré " !

L'envoyé spécial du Figaro (13 décembre 2002), Patrick Saint-Paul, écrit " Chaque matin, à Abidjan, de petits groupes de "patriotes" avancent en rangs et au pas de course, en entonnant des chants de guerre improvisés. Répondant à l'appel à la mobilisation générale, ils sont des milliers depuis trois jours à s'enrôler dans les forces loyalistes. Ces milices gouverne-mentales ne changeront pas la donne militaire. Elles ne permettent pas au gouvernement de "libérer" les zones tenues par les rebelles. Mais l'engagement de la population dans le conflit risque de faire basculer le pays dans la guerre civile. De leur côté, les rebelles du MPCI, ont déclaré Abidjan "zone de guerre". Ils accusent le "régime de Laurent Gbagbo d'opter pour la guerre totale". Les rebelles, qui réclament toujours le départ du Président Gbagbo, sont prêts à marcher sur Abidjan. Tous les fronts sont en alerte, les commandants prêts à lancer l'offensive… Les rebelles pourraient contourner les positions françaises (et loyalistes) en empruntant des pistes… Les rebelles du MPCI demandent à la France d'observer une " totale neutralité " dans la crise et de se "retirer du pays", a déclaré hier le chef de la délégation rebelle aux négociations de Lomé, Guillaume Soro "Si la France se hasarde à vouloir s'impliquer dans la crise en côte d'Ivoire, elle aura toute l'Afrique de l'Ouest contre elle" a-t-il lancé en dénonçant la "mauvaise gestion de la crise en Côte d'Ivoire" par le ministère français des Affaires étrangères, estimant qu'elle allait aboutir à " un autre Rwanda… "

" L'envoi de renforts français peut changer la donne en gelant l'avancée des rebelles plus efficacement sur l'ensemble du territoire... De facto, cela ressemble à une opération de sauvetage du Président Laurent Gbagbo. " " Les rebelles n'offrent aucune alternative politique crédible, estime un observateur étranger. Paris a peur du vide. Dans l'immédiat, sauver Gbagbo apparaît comme la moins mauvaise solution. Mais c'est une stratégie de pauvreté, car Gbagbo est incontrôlable, et il ne tient pas sa parole. " " La nouvelle pax franca comporte le risque d'inciter à la reconquête du Nord ou, pire encore, à la traque de l' "ennemi intérieur", les forces du Président Gbagbo, dégagées de toute obligation de sécuriser leur zone. Prévu pour ce jeudi, l'enrôlement de 3000 volontaires, en fait la distribution d'armes aux "jeunes patriotes" qui sont les miliciens du régime en place, met en évidence ce danger… " (Stephen Smith, Le Monde du 13 décembre 2002).

L'Afrique de l'Ouest en appelle au Conseil de sécurité de l'ONU

Le Monde du 20 décembre 2002 :

" Réunis en sommet à Dakar, mercredi 18 décembre, les dirigeants ouest-africains ont demandé que le Conseil de sécurité de l'ONU se saisisse "sans délai" de la crise ivoirienne, qui perdure depuis trois mois. Dans un entretien au Monde, Dominique de Villepin se déclare favorable au recours à l'ONU et à une "mobilisation collective". Très engagé en Côte d'Ivoire, avec bientôt 2500 soldats sur place, Paris craint la reprise des hostilités et l'intransigeance du président ivoirien Laurent Gabgbo."

Le sida (42 millions de personnes infectées), la faim (38 millions de personnes en danger)

Ces deux fléaux, pas seulement propres à l'Afrique, mais qui la frappent durement, sont liés, comme l'expliquait, le 28 novembre 2002, dans Le Monde, le docteur Peter Piot, directeur exécutif d'ONUSIDA : "Ce n'est pas une coïncidence si les 6 nations de l'Afrique australe qui sont confrontées aujourd'hui à une famine de masse - Lesotho, Malawi, Mozambique, Swaziland, Zambie et Zimbabwe - subissent aussi des épidémies de VIH substantielles et qui vont en s'accroissant, avec entre un sixième et un tiers de leurs habitants infectés. En Afrique australe, la famine et le sida, sont, en fait directement liés... l'ONUSIDA a publié de nouvelles données qui montrent que 3,1 millions de personnes ont été infectés par le VIH au cours de l'année, 42 millions d'hommes, de femmes et d'enfants vivent aujourd'hui avec le virus… Le sida se combine à d'autres facteurs (sécheresse) pour provoquer une chute régulière de la production agricole " dans ces pays… Pour la première fois peut-être, la famine de l'Afrique australe met le monde face à la vraie ampleur des conséquences du sida. Avec 5 millions de nouvelles infections dans le monde pour cette année seulement, si nous n'augmentons pas notre action contre le sida de manière significative, nous sèmerons les désastres humanitaires à venir, et pas seulement en Afrique australe."

Rappelons que l'Afrique représente 70% des personnes infectées dans le monde. Ajoutons, en ce qui concerne la faim, que, avant le sida et la sécheresse, les responsabilités sont politiques, et évoquons maintenant l'avenir qui se dessine dans la plus grande partie de l'Afrique.

Economie

Jeune Afrique Economie du 17 novembre 2002 : " L'activité économique a connu, l'an dernier, au sein de la zone franc (Franc CFA), une croissance moyenne de 4,2% (2 fois plus qu'en 2000), un chiffre supérieur à celui constaté dans l'Afrique subsaharienne dans son ensemble (3,4%). " " Le Cameroun arrive en tête des pays de la zone franc pour la 3ème année consécutive."

Le Monde du 10 décembre 2002, sous la signature de Catherine Simon : " L'Afrique aux doigts de fée : Les artisans sauveront-ils le continent noir ? Forts d'un savoir-faire intact, mais modernisé, épuré, ils font depuis 4 ans un tabac dans les capitales occidentales : la demande venant de France, d'Allemagne, d'Italie et des Etats-Unis a augmenté d'environ 60% en 2 ans. " La très grande variété des produits exposés au Salon international de l'artisanat de Ouagadougou (SIAO) (octobre 2002) montre le dynamisme de ce secteur : savons et huiles de karité, pagnes, broderies, coussins, calebasse sculptées, meubles en cuir, corne, ébène, raphia, fer forgé : " un concentré étourdissant d'Afrique s'offre aux yeux des chineurs et des curieux… "

Gouvernance

C'est à Madagascar qu'on peut trouver des raisons d'espérer. Car, la grande Ile (15 millions d'habitants) aurait pu basculer dans la guerre civile. Cela n'a pas été le cas, et les élections législatives viennent de se dérouler dans le calme. Dépêche de l'AFP du 16 décembre 2002 : Le parti de Président Marc Ravalomanana est assuré d'obtenir une majorité de 60 à 70% des 160 sièges à l'Assemblée nationale " Les législatives se sont déroulées dans le calme. Après les terribles tensions qui ont secoué Madagascar, l'Ile est sinistrée, mais a échappé à la guerre civile.

Succès diplomatiques

Quelques exemples : Libération du 17 août 2002 : " Le Soudan marche vers une paix inespérée. Les négociations de juillet ont abouti au "protocole de Machacos". Celui-ci établit une période de transition de 6 ans pour le Sud et un référendum d'autodétermination au terme de cette étape. Ainsi que la liberté religieuse pour la région."

Le Monde du 4 décembre 2002 : " Le gouvernement et le principal mouvement rebelle ont signé un cessez-le-feu au Burundi. Sous réserve d'un partage du pouvoir politique, cette trêve met fin à 9 ans de guerre civile. " Cet accord historique à été signé à Arusha en Tanzanie.

Le Monde Diplomatique d'octobre 2002 écrit : " un à un, les conflits en Afrique s'apaisent. La récente tentative de coup d'état en Côte d'Ivoire constitue une exception qui confirme la règle. Après la fin de la longue guerre d'Angola, celle du Congo, à laquelle participaient une dizaine d'Etats, semble également se terminer. Un accord général de paix pourrait intervenir d'ici à la fin de l'année (c'est le cas, il a été signé le 16 décembre). Ce début de dénouement, comme les médiations tanzaniennes au Burundi, illustre la volonté grandissante des Africains de résoudre eux-mêmes leurs conflits. Signe d'une "renaissance" qui se cherche, les diplomaties du Sénégal et de l'Afrique du Sud tentent de modifier l'image du continent " (Assane Fall-Diop, journaliste à RFI)

Succès médical

"L'Afrique est guérie de la "cécité des rivières" (l'onchocercose). Cette maladie a été éradiquée dans 11 pays africains, grâce à un programme international lancé en 1974 par l'OMS avec le concours scientifique de l'ORSTOM, aujourd'hui IRD.

Dans les années 70, l'onchocercose était la 2ème cause de cécité d'origine infectieuse dans le monde… Une éradication totale (mondiale) est espérée dans 5 à 10 ans " (Libération du 14 décembre 2002 - William Garnier).

Bernard Monnier


En bref

Le conseil d'administration et l'assemblée générale de la Cade ont tenu leurs réunions statutaires le 4 décembre afin de prendre connaissance du compte-rendu d'activités et du rapport financier 2002. La CADE compte à ce jour 79 adhérents et 213 abonnés, et sert 316 Lettres à des journalistes, des organismes officiels et des ONG. La situation financière permettra d'organiser 9 rencontres-débats en 2003 et d'éditer les 60 dernières Lettres de la CADE sur papier et support électronique (type CD ROM).

Il a été décidé de relancer les abonnements, de rechercher des abonnements de soutien et de déposer un dossier de subvention au Ministère des Affaires étrangères.

Michel Levallois

 

Avec nos partenaires

Le Centre International Francophone d'Echanges et de Réflexions (CIFER) a organisé le 10 octobre dernier à l'Assemblée nationale une table-ronde sur le thème : quelles valeurs communes pour la société de demain.

Il entendait aussi poursuivre une réflexion en commun, essayant de parler des réalités quotidiennes du monde d'aujourd'hui. Parmi les questions qui se posent avec une particulière acuité, il convient de signaler notamment l'agressivité et la violence qui semblent s'affirmer toujours davantage, le statut de la femme, la confrontation stérile entre l'indifférentisme et le formalisme.

Pour en traiter, le CIFER a obtenu le concours d'intervenants appartenant à diverses disciplines. Ce fut une rencontre particulièrement intéressante, mais il est dommage que des décideurs politiques encore en activité aient été relativement peu nombreux. Il aurait été pourtant utile de pouvoir dialoguer avec eux pour le plus grand profit de tous. Peut-être faut-il également regretter une relative absence des jeunes. Mais c'est là, hélas ! un problème auquel doivent faire face tous les clubs de réflexion.

 

À propos du NEPAD

Le 11 novembre, le CCFD recevait Michel Camdessus qui avait accepté de répondre aux questions que les ONG se posent sur le NEPAD. Nous avons retenu de cet entretien que le NEPAD qui a été accepté par le G8 s'est enrichi de très nombreuses et importantes dispositions relatives notamment à la bonne gouvernance, à la prévention des conflits, ainsi qu'à la protection de l'environnement et à la gestion de certains biens publics comme l'eau. M. Camdessus a insisté sur les progrès très significatifs qui ont été fais à Johannesbourg sur la transparence financière des grandes entreprises dans leurs relations avec les États. Il semblerait que ces modifications atténuent sensiblement l'inspiration libérale qui a été celle des auteurs de ce plan. Le sommet d'Evian confirmera sans doute ces orientations ainsi que les engagements financiers des pays du nord. Si ce plan a le mérite d'avoir été initié par des dirigeants africains, et d'avoir été présenté à Dakar à des chefs d'entreprises et aux bailleurs de fonds, il n'a encore fait l'objet d'aucune discussion avec des représentants élus ou associatifs des populations concernées. Pourquoi ne prendraient-elles pas l'initiative de s'inviter au débat ? Il est question qu'elles le fassent à Evian. Une relance des investissements dans les secteurs de la santé et de l'éducation est prévue. Encore faudrait-il que des orientations soient dégagées sur la nature de ceux-ci afin d'éviter que ne se renouvellent les erreurs passées et le financement d'éléphants blancs et l'alourdissement de la dette. À suivre.

 

Jacques Pelletier, sénateur de l'Aisne et ancien ministre de la Coopération, a été nommé président du Haut conseil pour la coopération internationale, le HCCI, en remplacement de Jean-Louis Bianco dont le mandat était arrivé à expiration. Avec tous ceux qui s'intéressent à l'Afrique et qui avaient apprécié le remarquable travail fait par son prédécesseur et l'équipe de Michel Douçin, nous nous réjouissons de ce choix et nous lui adressons nos très chaleureux félicitations et nos meilleurs vœux.

 

Hommage à Claude Pairault

"Un jésuite en anthropologue". C'est ainsi que Claude Pairault se décrivait lui-même dans son dernier ouvrage paru en 2001. Il nous a quitté en Août 2002. La Société des Africanistre don il était membre lui a rendu un premier hommage le 26 Novembre 2002 au Cirad, ancien jardin tropical, à Nogent sur Marne. Il a consisté en de brèves interventions de ses collègues et amis, rappelant sa vie et son œuvre dont certaines pourront être publiées dans le Journal des africanistes. Il a été également discuté d'un livre qui lui rende hommage de façon plus durable. Outre l'intérêt des textes proposés, il a constamment régné dans cette séance une chaleur et un amitié qui reflétait bien la personnalité de Claude Pairault lui-même et qui ont marqué tous ceux qui l'ont connu.

Denyse de Saivre


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