Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°53 - Mai 2002

Sommaire :


Editorial : Jacques Bugnicourt nous a quittés

Il nous a quittés soudainement, le mardi 16 avril, emporté par une hémorragie cérébrale alors qu'il était en mission à Paris pour enda. Nous avions passé avec lui la journée du vendredi précédent où enda-europe organisait un séminaire sur les jeunes et la ville. Puis il avait pris part à une réunion des fondateurs d' Afrique Initiatives, cette société d'investissement créée par Michel Rocard pour aider les entreprises africaines. Et la veille de sa mort, il participait à une réunion à l'UNESCO pour rencontrer les ambassadeurs de bonne volonté de cette organisation dont certains étaient prêts à appuyer enda. Ses amis du bidonville de Baraka, qu'il a sauvés du " déguerpissement " ont été les premiers à lui rendre hommage : le 20 avril, ils se sont réunis pour prier selon le rite de la religion musulmane que Jacques partageait aussi avec eux, rappeler ce qu'il avait fait pour eux et donner son nom à leur quartier. Le 27, ce sont les responsables et les équipes d'enda tiers monde qui organisaient à Dakar une grande manifestation à la mémoire du fondateur et secrétaire exécutif de cette grande ONG du Sud.

Lundi 29 avril, l'Unesco a accueilli, place Fontenoy, les amis et les partenaires d'enda tiers monde, pour rendre un hommage officiel à celui qui a été l'inlassable défenseur des plus pauvres et des exclus de tous les continents.

Le 30 avril, il était conduit à sa dernière demeure, à côté de ses parents, dans le cimetière communal du village de Warsy dans la Somme, dont il était conseiller municipal, entouré d'une importante délégation d'enda venue spécialement de Dakar. Ce fut une cérémonie toute simple au cours de laquelle chrétiens et musulmans ont mêlé leurs prières pour leur frère en humanité.

Jacques avait voulu la CADE. Il l'avait financée. Il en suivait l'activité avec intérêt, sympathie et reconnaissance. Il appréciait que des Français qui n'étaient pas tous des proches ou des partenaires d'Enda travaillent à améliorer l'image de l'Afrique en Europe. Il nous savait gré d'avoir transformé en association ce qui, à l'origine, était un programme de la délégation parisienne, pour soulager les finances d'enda et élargir son audience. Sa disparition nous rend infiniment tristes, car l'Afrique perd en lui un fils, fidèle, exigeant, lucide, un avocat qui savait défendre la cause des petits et des pauvres, à Paris, à New York, à Tokyo, partout dans le monde.

A ses amis, à ses collègues d'enda, nous adressons nos très sincères condoléances. Nous savons le vide que le départ de Jacques crée dans leur cœur et dans leur organisation. Nous formons le vœu qu'ils trouvent en eux-mêmes le courage de poursuivre sur la voie que Jacques avait tracée avec eux. C'est ce que nous nous efforcerons de faire à la CADE.

Le CA de la CADE


Le viol de l'imaginaire d'Aminata Traoré

Apres "l'Etau", l'ancienne ministre de la Culture et du Tourisme du Mali, nous offre, avec "Le viol de l'imaginaire ", une nouvelle vision critique de l'Afrique actuelle et de la mondialisation néolibérale.

 

Dans un style très concret, à partir d'exemples illustratifs souvent vécus (d'adolescente, de ministre ou d'entrepreneure), alternant poésie, chiffres et formules chocs, elle montre la nécessité de "décoloniser les esprits", de "confronter les mots des discours dominants aux faits tels que nous les vivons", de procéder au "lavage des cerveaux de l'élite politique et intellectuelle africaine", de " relire et redire l'Afrique en vue de la soustraire au discours misérabiliste, trompeur et démobilisateur du centre (des idées et de la finance) et de celui des dirigeants africains qui s'en font l'écho".

Sa première cible est, bien sûr, la lutte contre la pauvreté. Pour elle, il s'agit "d'une régression mentale et politique qui ne consiste qu'à colmater les brèches dans un édifice social miné par des programmes d'ajustement structurel qui se poursuivent allègrement à travers l'initiative PPTE". Et, dans ce processus, "les sociétés civiles africaines sont totalement écartées du processus de décision et n'ont aucun moyen de se faire entendre de leurs dirigeants". D'où une analyse des limites actuelles de la démocratie, qui ne se réduit pas à un processus électoral, même honnête. Elle montre la complexité, le mimétisme ou la myopie des dirigeants actuels, incapables de proposer de vrais débats, de nouvelles grilles de lecture, intégrant le poids des contraintes externes, mais aussi les marges de manœuvre. "Nos propres dirigeants nous embarquent dans des programmes qui ne sont, ni plus ni moins, qu'une version tropicale des recettes que préconise la communauté des créanciers". Le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique) lui paraît une bonne illustration de cette attitude, " la promotion d'un programme néoliberal..."de quelques dirigeants" sans consulter leurs peuples". "Qu'y a-t-il de nouveau et d'africain dans un partenariat qui reconduit les mêmes idées, réformes et mots clés et qui s'adresse aux mêmes interlocuteurs du Nord, dont la perception de l'Afrique, la conception de son présent et de son futur n'ont pas changé ?". Faut-il vraiment privilégier les grandes infrastructures "budgétivores et représentant le lieu par excellence de la mauvaise gestion et de la corruption ?".

Mais ce livre est loin d'être seulement un ouvrage critique. A chaque page, on sent la conviction et le combat de l'auteur : "une autre Afrique est possible, une Afrique réconciliée avec elle-même, disposant pleinement de sa faculté de penser son propre avenir et de produire du sens, une Afrique qui aura mis un terme au viol de l'imaginaire".

Et ceci commence par les actions à la base. " Qu'il s'agisse de politique ou d'amélioration de leurs conditions de vie, les populations savent "s'impliquer à fond et faire preuve de créativité, dès lors qu'elles sont reconnues et qu'on leur donne les moyens de comprendre et de réagir". Face à ce principe de bon sens, A. Traoré critique, à juste titre, les projets clés en mains, avec "mode d'utilisation explicitée dans un manuel de procédures".

"La marginalisation des populations par les bureaucraties nationales et internationales est inhérente à cette forme de coopération, où celui qui paie pense qu'il sait". Elle milite donc pour une réelle démocratie, avec information et larges débats et "droit de regard et de contrôle des membres des sociétés civiles africaines sur leurs dirigeants" ; et aussi, pour une autre coopération apportant des "appuis financiers à des initiatives africaines, pertinentes car concertées", pour une France plus responsable de son passé colonial et qui ne se contente pas de "larmoyer à dates fixes".

Enfin, en tant qu'une des animatrices du Forum Social africain de Bamako (janvier 2002), elle s'inscrit dans le mouvement social mondial contre la mondialisation libérale et pour une Afrique qui retrouve sa capacité d'imagination et de définition de ses propres voies.

Livre excessif, utopique, idéaliste ? Plutôt un livre décapant, qui nous appelle, au Nord et au Sud, à modifier nos visions et nos pratiques.

Dominique Gentil

Le viol de l'imaginaire d'Aminata Traoré. Actes Sud Fayard, janvier 2001, 208 pages.


La page économique : l'aide au développement augmentera-t-elle ?

La conférence des Nations Unies sur le financement du développement, qui s'est tenue à Monterrey au Mexique du 18 au 22 mars 2002, s'est achevée par l'adoption du " consensus de Monterrey "… préétabli il y a deux mois à New York. Ce document, qualifié d'historique, dessine, mieux que précédemment les contours du partenariat Nord-Sud. Au Sud on " s'engage " à la bonne gouvernance, à la démocratie, à l'ouverture des marchés, à la lutte contre la corruption. Au Nord on " promet " l'augmentation de l' aide publique au développement (APD), une ouverture plus large des marchés, un allègement de la dette. Le déséquilibre entre " engagement " et " promesses " doit se mesurer à la réalité couverte par ces deux notions. L'histoire récente montre que, selon les pays, les engagements sont parfois purement formels et que les promesses sont parfois partiellement concrétisées.

A la surprise générale, les Etats Unis ont annoncés que leur aide (0,10% du PNB) passerait de 10 à 15 milliards de dollars d'ici 2006 pour se stabiliser à ce montant, en privilégiant les dons par rapport aux prêts. De son côté, l'aide européenne progressera de 0,33% à 0,39% du PNB d'ici 2006, soit un doublement des 27 milliards de dollars actuels. Ces hausses s'inscrivent dans un processus signalé par le Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE. Après avoir baissé de 1992 à 1997 les décisions d'aide, dit le CAD, se sont redressées en 1998 et 1999, puis stabilisées en 2000 et devaient augmenter en 2001. Les apports d'APD, tous donateurs confondus, ne traduisent pas ce redressement. En effet de 1996 à 2000 l'aide destinée à l'Afrique du Nord a baissé de 35%, celle orientée au sud du Sahara a diminué de 21% (total Afrique : 15.712 millions de dollars contre 20.005). La réduction de l'APD mondiale n'est que de 11% (50.372 contre 56.667). Dans le même temps l'Europe, pays de l'Est essentiellement, progressait de 71% passant de 2.180 millions de dollars à 3.733. Monterrey permettra sans doute de confirmer les déclarations du CAD. L'accent ayant été mis sur l'aide, la conférence a négligé d'autres aspects d'amélioration pour le Sud tels que la suppression de la dette, la réduction des subventions, la réforme du système financier international, l'assistance technique pour répondre aux normes de l'OMC.

L'Europe et l'Afrique

Dans le cadre des relations eurafricaines, de part et d'autre du Sahara, parlementaires ou ministres travaillent sur ces sujets. En même temps que la conférence onusienne, se tenait au Cap la quatrième session de l'assemblée parlementaire Union Européenne-ACP (77 Etats, Afrique, Asie, Caraïbes, Pacifique). Le choix du lieu voulait confirmer le rôle de chef de file naturel reconnu à l'Afrique du Sud dans les négociations avec l'Europe. Les parlementaires ont déplorés une double faiblesse de l'UE, celle des moyens financiers mis en œuvre et celle de la volonté politique pour avancer dans la mise en place des Accords de Cotonou. Signés en 2000, ils n'ont été ratifiés à ce jour, que par 4 des 15 Etats européens.

A Bruxelles la Commission a reçu mandat pour négocier à partir de septembre prochain les Accords de partenariat économique (APE) par région. Il faut les délimiter et y faire cohabiter des ACP également PMA (Pays les moins avancés bénéficiant déjà de facilités douanières) et les autres qui redoutent une certaine distorsion de concurrence. Pour ne pas perdre les milliards d'euro du FED (Fonds européen de développement) non utilisés parce que les dossiers ne sont pas conformes aux normes de la Commission et pour que les 13 milliards du 9ème FED le soient, Cotonou introduit une certaine décentralisation et une gestion des dossiers sur le terrain.

Autour de la Méditerranée, le point important à signaler est l'abandon du projet de Banque euro-méditerranéenne. Il avait été lancé en 1995 à Casablanca lors d'une conférence organisée par les Etats-Unis au lendemain des pourparlers israélo-palestiniens de Madrid qui dégageaient l'horizon au Proche Orient. L'établissement accueillerait des partenaires extérieurs et des institutions internationales. Les Européens du Nord, l'Allemagne notamment, n'en voulaient pas. Les Européens du Sud, l'Espagne notamment, se sont inclinés. Le 14 mars à Barcelone, les ministres des finances se sont limités à créer une ligne de crédit spécifique gérée par la Banque européenne d'investissement. En compensation les crédits doubleront.

Robert Ginésy

NDLR : L'essentiel des informations utilisées dans cette page est puisé dans l'hebdomadaire " Marchés tropicaux et méditerranéens ".


Le baromètre de la CADE par Bernard Monnier

En examinant la presse face à l'Afrique, il faut bien convenir qu'en cette période où le Proche Orient et l'élection présidentielle française dominent très largement l'actualité, l'Afrique n'est, elle, qu'à l'arrière-plan des journaux. Elle est même très peu présente dans les programmes des candidats présidentiels, si ce n'est à travers l'exploitation des peurs sécuritaires liées aux problèmes des immigrations.

 

Dans le dernier baromètre (Lettre n°52 de mars) nous évoquions la conférence de Monterrey (la plus importante des 20 dernières années, espérait Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies) sur le financement du développement, mais "Autant en emporte Monterrey" (Libération du 25/03/02)… (voir ci-dessous).

Toutefois, un grand économiste américain, prix Nobel d'économie 2001, Joseph E Stiglitz, ancien conseiller économique du Président Clinton, et ancien Vice-Président et économiste en chef à la Banque Mondiale, lance un gros pavé dans la mare en publiant " la grande désillusion " (Editions Fayart, 16 avril 2002), qui est un réquisitoire contre le Fonds monétaire international. Cet ouvrage a fait l'objet d'articles dans la presse française, notamment dans Le Monde Diplomatique d'avril 2002, Marianne du 8 avril 2002, Le Monde du 9 avril 2002, etc…

Voici un extrait significatif de l'esprit de cet ouvrage (Le Monde Diplomatique) : " Ecouter les réflexions des "pays clients" sur des sujets comme la stratégie du développement ou l'austérité budgétaire n'intéresse pas beaucoup le FMI. Trop souvent, il s'adresse à eux sur le ton du maître colonial. Une image peut valoir mille mots, et une photo saisie au vol en 1998 et montrée dans le monde entier s'est gravée dans l'esprit de millions de personnes, en particulier dans les ex-colonies. Le directeur général, M. Michel Camdessus, un ex-bureaucrate du Trésor français, de petite taille et bien vêtu, qui se disait autrefois socialiste (mais de l'espace néo-libéral), se tient debout, regard sévère et bras croisés, au-dessus du Président indonésien assis et humilié. Celui-ci, impuissant, se voit contraint d'abandonner la souveraineté économique de son pays au FMI en échange de l'aide dont l'Indonésie a besoin. Paradoxalement, une bonne partie de cet argent n'a pas servi, en fin de compte, à aider l'Indonésie mais à tirer d'affaire ses créanciers - qui appartenaient au secteur privé des puissances coloniales …

L'attitude du FMI, comme celle de son chef était claire : il était la source vive de la sagesse, le détenteur d'une orthodoxie trop subtile pour être comprise dans le monde en développement. Ce message, il ne l'assénait que trop souvent. Dans le meilleur des cas, il y avait un membre de l'élite… avec lequel le FMI pouvait éventuellement avoir un dialogue sensé. Hors de ce cercle, il n'était pas question, ne serait-ce qu'essayer de discuter ; cela n'avait aucun intérêt… "

Dans le même esprit, un long développement est consacré par l'auteur à l'Ethiopie et à ses contacts avec le premier ministre Melès Zenawi, (pour lequel il a une grande considération) dans les démêlés de son pays avec le FMI. Le Monde du 9 avril 2002 consacre également deux articles à Joseph Stiglitz ; dont cette citation : " le problème, ce n'est pas la mondialisation, c'est la façon dont elle est gérée. En particulier, par les institutions économiques internationales, le FMI, la Banque mondiale du commerce, qui contribuent à fixer les règles du jeu."

Enfin, Philippe Cohen, dans Marianne du 8 avril 2002, écrit : " Stiglitz conclut qu'hormis le cas du Chili, abondamment cité par les néo-libéraux, les "règles d'or" du FMI ont provoqué des catastrophes partout ailleurs dans le monde… L'auteur démontre… la cause des errements de l'institution mondiale : fondée pour suivre les enseignements de Keynes sur les imperfections du marché, le FMI en est venu à défendre la thèse de l'autorégulation par les marchés. Créé pour défendre l'économie, le FMI est devenu l'adjuvant de la finance. Selon Stiglitz, par exemple, la décision, lors de la grande crise financière de 1998, de mobiliser les banques pour éviter la faillite du fonds spéculatif LTCM aura des conséquences incalculables et coûteuses pour les populations des pays pauvres, car le signe donné aux opérateurs financiers est clair : effrayé par la perspective d'une crise systémique, le FMI annonce qu'il couvrira les prises de risques les plus folles."

Quelques articles significatifs relevés dans la presse :

Autant en emporte Monterrey (Libération)

Libération du 25/03/02. Christian Losson :

"Le sommet des Nations Unies sur le financement du développement s'est achevé à grand renfort d'incantations pour faire plus, plus vite, plus juste, malgré un texte final plus indigent et plus indigeste que prévu". Pourtant, le président Chirac a lancé à Josselin, secrétaire d'Etat à la coopé-ration : "c'était un bon sommet, hein !", pour se persuader sans doute que la réunion de Monterrey ferait date ! " Les ONG ne se privent pas de dénoncer les paroles jamais suivies d'effets : les pays pauvres, disent-elles, financent toujours les pays riches, via la dette, l'évasion fiscale, la fuite des cerveaux, le pillage des matières premières… Reste un espoir : plus un sommet international ne peut désormais éluder la question de la fracture mondiale. En ce sens, Monterrey est dans l'air du temps."

Le Monde du 24/03/02 : " A Monterrey, les Etats s'engagent a minima sur l'aide au développement. Derrière une cohésion de façade, des désaccords profonds (existent) entre Américains et Européens "

Madagascar

L'évolution vers la solution "à l'africaine" nous donne un bel exemple de cette nouvelle diplomatie active du continent noir, qui a décidé de prendre ses affaires en mains, sous l'impulsion de l'OUA, de plusieurs dirigeants et notamment du Président sénégalais Abdoulaye Wade.

Voici quelques titres de la presse ces dernières semaines :

Le Monde du 24/03/02 : " Entre ses deux "Présidents", Madagascar s'installe dans l'anarchie "

Libération du 28/03/02 : " La crise Malgache s'enlise. Les luttes de pouvoir entraînent une catastrophe économique "

Libération du 11/04/02 : " Nouvelle phase d'affronte-ment à Madagascar "

Le Journal du dimanche du 14/04/02 : " Bras de fer san-glant à "Fianar""

Le Figaro du 15/04/02 : " L'armée malgache coupée en deux "

Enfin, Le Monde du 20/04/02 : " Espoir malgache " ! " Les deux "présidents" malgaches s'enten-dent sur un scénario de sortie de la crise électorale "

L'éditorial de ce numéro du Monde écrit : " Le processus qui conduisait, lentement mais sûrement, Madagascar vers l'anarchie a été interrompu par un accord de compromis conclu, jeudi 18 avril, à Dakar, entre les deux hommes qui se disputent la présidence de la Grande Ile " Ce compromis, conclu grâce à la médiation de Président Wade, avec l'appui du Secrétaire Général de l'OUA, devra certes être appliqué de bonne foi (nouveau décompte des voix, et référendum éventuel), et il faut espérer que la raison prévaudra.

Toujours, le sida

Libération du 12/04/02 montre la photo d'une jeune fille du Kenya (ce pays de tourisme de luxe) abandonnée par sa famille à cause de sa séropositivité, et recueillie avec son bébé dans un hospice catholique de Nairobi.

" Les médecins kenyans conseillent à leurs patients d'économiser en vue de leurs funérailles, plutôt que pour acheter des médicaments hors de portée de leur bourse " (Alexis Masciarelli)

On espère toutefois dans un Global Fund mis en place par Koffi Annan, le Secrétaire général des Nations Unies, pour financer des traitements.

Le Parisien du 15/04/02 titre :

" Les hôpitaux français au chevet de l'Afrique. Ils s'organisent pour faire parvenir en Afrique, ravagée par le VIH, les traitements les plus en pointe développés en Occident. Ce mouvement, lancé au Sénégal par Bernard Kouchner, va s'étendre aux pays voisins. "

Rappelons que le sida touche 9% de la population en Afrique noire et atteint 28 millions de malades (4 millions en Afrique du Sud, 3 millions en Ethiopie, plus de 2 millions de morts par an).

Paix en Angola ?

C'est le titre de l'éditorial du Monde du 5/04/02 : " Ce n'est pas un accord de paix. C'est la reddition.. Bien sûr, il faut se féliciter de l'accord qui devrait être signé ce jeudi 4 avril à Luanda, capitale de l'Angola. Il met un terme en principe à 27 ans d'une effroyable guerre civile… Le régime de Luanda devra savoir évoluer, délaisser une pratique du pouvoir autocratique et corrompue. L'argent du pétrole coule à flots dans un pays qui est l'une des plus grandes puissances pétrolières de l'Afrique : pour aller vers une vie publique plus ouverte. Le test viendra vite. Ou l'UNITA peut véritablement exister comme parti politique, ce qui serait la vraie victoire pour l'Angola ; ou le Président Dos Santos s'arrange pour la museler, et il " justifiera ", à titre posthume, les choix de Jonas Savimbi "

B.M


En bref

Lions Club Paris - Marais
Notre vice-président, Xavier de Franssu, organise avec la CADE, le 22 mai 2002 de 20.00 à 22.00, une soirée rencontre-débat sur le thème : " L'Afrique d'aujourd'hui et les Afriques de demain " au centre FIAP Jean Monnet, 30 rue Cabanis 75014 Paris (Métro Glacière). Inscriptions au 01 40 72 74 91 ou amitiesvillages@worldnet.fr. 23 euros par personne. Le produit de cette soirée ira à Amitiés Villages et à la CADE. Voir le site : http://amitiesvillages.multi-mania.com, rubrique conférences.

Réfugiés, exode et politique, perspectives de paix au Soudan ?, l'esclavage en débat, tel est le titre de la dernière livraison de Politique Africaine, n°85 de mars 2002 aux Editions Karthala.

Dynamique des Afriques
Le pôle Universitaire de Bordeaux vient de publier un coffret de trois CD ROM, les actes de la semaine du 19 au 23 novembre consacrée par les Universités de la région Aquitaine à la coopération avec l'Afrique. Voir notamment les enregistrements audio des tables-rondes 2 et 11 animées par la CADE, sur : l'Etat et la société civile en Afrique ? et Mondialisation et marginalisation de l'Afrique.

Le directeur général d'Afrique Initiatives, la société de capital risque créée par Michel Rocard avec quelques unes des plus grandes entreprises françaises pour soutenir les petites et moyennes entreprises africaines, a été retenu par le forum économique mondial de Davos-New York comme " leader mondial de demain ". Nous félicitons François Jay, son heureux bénéficiaire pour cette distinction qu'il a reçue comme " une reconnaissance pour l'Afrique ". Et nous signalons aux amis de la CADE l'interview que l'Autre Afrique a publié dans son numéro 18 des 10-23 avril 2002. Ils y trouveront une vision très nouvelle de l'Afrique et des ambitions que peut avoir une société de capital risque à vocation humanitaire. Voici un extrait de l'interview de François Jay publié dans L'autre Afrique :
" L'enjeu d'Afrique Initiatives est de taille aux yeux de Michel Rocard : montrer un chemin vers une Afrique plus responsable, moins inextricablement liée au Nord.
De votre expérience de l'Afrique, que diagnostiquez-vous comme freins principaux au développement du continent ?
Le poids du passé, qui fait que les Africains ne croient pas assez en eux. Ils regardent trop à l'extérieur pour trouver des solutions et ne voient pas la qualité des gens en Afrique. Ce qui relève de la santé, de l'alimentation, des déficiences scolaires est également un frein au développement. Il y a aussi des enjeux en termes de gouvernance et de corruption, c'est évident. Même si la corruption est une chose très bien répartie dans le monde… J'ai un rêve : c'est qu'en 2025, on ne parle plus du développement de l'Afrique, non pas parce qu'on ne s'y intéressera plus, mais parce que le sujet ne sera plus de mise. Ce rêve est accessible. "

On nous écrit :
Je n'ai rien à retrancher à l'éloge rendu par Cheikh Hamidou Kane et Jacques Bugnicourt à Léopold Sédar Senghor, publié dans La Lettre de la CADE de février 2002 : poète et chantre de la négritude, homme d'Etat qui a su ne pas s'accrocher au pouvoir et organiser sa succession par Abdou Diouf. J'aimerais y ajouter quelques compléments : les événements de 1962, qui ont consacré le divorce entre les deux amis, ont vu s'affronter deux conceptions du pouvoir. Pour Mamadou Dia, le pouvoir politique appartient au parti majoritaire, pour ne pas dire unique, l'ordre constitutionnel et légal y étant subordonné. Pour L. S Senghor, en tous cas en 1962, le pouvoir prend racine dans la constitution et le système légal. L'affrontement de 1962 ne pouvait éviter, à défaut d'accord, que le vainqueur sanctionnât, pour le principe, le vaincu. La condamnation a été, pour moi, complètement disproportionnée et les conditions et la durée de la détention parfaitement inadmissibles. Plus encore, M. M. Dia a expliqué avec beaucoup du prudence et de modération sa conception. Mais L. S. Senghor a violé avec brutalité sa propre règle en mobilisant les forces de l'ordre et l'armée, alors qu'il n'avait pas le droit ni le pouvoir d'en disposer. C'est cet acte illégal qui a consacré le départ de M. M Dia. L.S Senghor aurait-il fait payer par M. Dia sa propre turpitude de président de la République abusant de son pouvoir. La bonne conscience - quand elle a mauvaise conscience - se révèle souvent capable du pire.

Yves Chaigneau, ancien Conseiller économique pour la planification de M Dia.


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