Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°51 - Février 2002

Débat du mois :

Michel Rocard : Pour une autre Afrique


Sommaire :


Editorial : Football et développement

Les informations sur l'Afrique se bousculent en ce moment dans nos journaux, sur les radios et les télévisions. La mort du président-poète Senghor, la réunion à Paris des chefs d'Etat africains initiateurs du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique), le bras de fer entre le président Ratsiraka et le maire d'Antananarivo pour le respect de la démocratie à Madagascar, la dette à l'égard des anciens combattants. Et puis, il y a eu ce dimanche 10 février, à Bamako, la finale de la coupe africaine des nations, la fameuse CAN qui a vu la victoire à l'arraché des Lions indomptables du Cameroun sur les Lions du Sénégal.

Je constate qu'en dépit du matraquage que nous avons subi ces cinq derniers mois depuis l'attentat des tours de Manhattan, l'Afrique n'a pas quitté le champ de l'actualité et que les combats menés pour la démocratie, pour la paix, pour le développement, pour une redéfinition de nos rapports avec ce continent se poursuivent. Notre regard sur l'Afrique serait-il en train de changer ? Peut-être, si l'on veut bien considérer deux évènements que j'ai choisi un peu arbitrairement mais qui me paraissent éclairants. Le Conseil d'État a confirmé la dette de notre pays à l'égard des anciens combattants des deux dernières guerres et il va nous falloir payer cette dette. Quelle plus belle preuve de notre égoïsme que cette " cristallisation " des pensions des anciens combattants africains, de notre paternalisme puisque nous avons pensé pouvoir remplacer le remboursement de cette dette par une politique de coopération et d'aide au développement. Il n'est plus possible aujourd'hui de s'affranchir des principes sur lesquels reposent les relations entre les hommes, c'est à dire le respect de l'autre et de ses engagements à son égard. Comme l'a écrit Kofi Yamgnane, " seul le partage peut éviter les explosions à venir. Construire un monde solidaire, fondé sur la paix, la justice et l'entraide, c'est la meilleure façon de payer sa dette ".

L'organisation de la 23ème CAN au Mali, dans un des pays les plus pauvres d'Afrique, a pu paraître à certains comme un luxe dispendieux. N'a-t-on pas construit cinq stades, dont un qui n'était même pas nécessaire aux compétitions ( il fallait bien que toutes les régions aient le leur), construire des aéroports, goudronner des routes, améliorer les réseaux électrique et téléphonique. Au total, dépenser quelque 90 millions d'euros ! Certains (voir Le Monde du 1er février) trouvent la facture salée et les retombées insuffisantes pour le Mali, qui a dû se contenter des recettes de la billetterie à l'exclusion des recettes provenant des droits télévisés et de la publicité. Sans doute, mais n'est-ce pas voir les choses par le gros bout de la lorgnette ? Car la CAN a permis à ce pays immense, enclavé, de se doter de moyens de communication performants. Elle a en outre permis, non seulement aux Maliens, mais à tous les Africains de se retrouver dans la grande ferveur d'un sport qui est à l'heure actuelle une des grandes liturgies de communion et de célébration de l'identité africaine, par delà les clivages ethniques, les frontières nationales, et de le faire à la face du monde. Les Africains se sont " appropriés ", au sens anglais de ownership, le football, et ce sport est un facteur de développement, d'intégration nationale et régionale, un mode de présence sur la scène mondiale, en un mot un puissant vecteur de modernité.

Michel Levallois


Michel Rocard : Pour une autre Afrique

Compte-rendu de la rencontre-débat du 31 janvier 2002

En présentant l'ancien Premier Ministre, Michel Levallois a souligné l'audace de son livre. Le cri d'alarme qu'il lance, face au désintérêt croissant du monde politique pour l'Afrique, rejoint les préoccupations de la CADE.

Michel Rocard se défend d'être un spécialiste de l'Afrique. Il a abordé ce continent à travers son engagement anti-colonialiste des années soixante qui l'avait conduit à fonder le PSU avec quelques amis dont Jacques Bugnicourt, pour se démarquer de la politique du PS de l'époque. Son amitié pour celui qui allait créer et diriger pendant de longues années Enda, et une mission "un peu folle" auprès d'Abdou Diouf, alors Ministre du plan et la découverte du fleuve Sénégal ont fait naître, puis entretenu, son affection pour ce continent. Mais jamais, au cours de sa carrière politique, même au plus haut niveau, Michel Rocard n'eut, dit-il, à s'intéresser véritablement à l'Afrique autrement qu'en " touriste politique " intelligent et attentif.

Au Parlement européen

Michel Rocard n'a retrouvé l'Afrique que beaucoup plus tard lorsqu'il a été élu, en décembre 96, au poste d'observation privilégié de la Présidence de la Commission du Développement et de Coopération du Parlement européen. La négociation de la nouvelle Convention de Cotonou UE-ACP lui a donné l'occasion de connaître les problèmes des 71 pays concernés. Il a contribué alors, en tenant compte des évolutions internationales du moment, et malgré les réticences de beaucoup de partenaires européens, à préserver une indispensable solidarité nord-sud. Mais il se montre surtout déçu et inquiet face à une coopération internationale qui, non seulement a, dans l'ensemble largement échoué, mais qui, en dépit de discours vertueux des dirigeants politiques, diminue constamment. Il est profondément amer lorsqu'il constate que l'Europe dispose, à titre de reliquat des Conventions antérieures, de 8 milliards d'euros inutilisés.

Présence de l'Afrique

Pourtant, on ne peut se désintéresser de l'Afrique, continent aux ressources minérales et énergétiques considérables, qui comptera 1400 millions d'habitants dont 50% de moins de 25 ans en 2020 et qui garde , en dépit de la situation chaotique de certains pays, des taux de croissance soutenus. L'Occident n'a jamais pris toute la mesure du tort porté à l'Afrique noire par l'esclavage et le colonialisme, estime Michel Rocard. Outre les traces qu'ils ont laissées dans l'inconscient africain et qui se retrouvent aujourd'hui dans les débats de certaines réunions internationales, ils ont créé des déséquilibres plus profonds que sur d'autres continents (Asie ou Amérique latine). En effet, ils ont fait disparaître des Empires, des traditions et des modes de vie existants sans leur substituer des systèmes efficaces. Dans le même temps, les pays du nord découvraient l'aisance, voire l'opulence. Si certains d'entre eux ont considéré l'aide au développement comme un devoir, il n'est cependant de meilleur incitateur dans nos sociétés que celui de ses intérêts bien compris.

Quelles que soient les mesures de limitation prises à nos frontières, l'Afrique continuera à exercer une pression migratoire forte. Si la pauvreté massive et la violence dont elle est victime, avec sa nouvelle forme qu'est le terrorisme, devaient persister, nos pays se trouveraient les premiers à en subir les conséquences. A ces menaces s'ajoutent celles du sida et demain de la drépanocytose.

Michel Rocard estime que la vision du développement ne peut être aujourd'hui que politique. Le décollage de l' Afrique est entre les mains des Africains . L'aide qui peut lui être apportée ne sera toujours que marginale par rapport à ses propres efforts. Mais, compte tenu de ses potentialités, l'Europe et l'Amérique ont intérêt à en faire un véritable partenaire de développement et à l'intégrer, en matière de recherche et d'environnement par exemple, dans les stratégies mondiales qui s'esquissent.

Préserver la paix

La paix et la sécurité sont les conditions les plus nécessaires au développement de l'Afrique. Mais les structures institutionnelles dont nous disposons, tant nationales qu'internationales, ne sont pas préparées pour les assurer. Lorsque la violence éclate, on passe de la coopération à la crise, c'est-à-dire à des opérations militaires qui relèvent du Conseil de Sécurité et, s'agissant de l' Europe, du Conseil et non plus de la Commission. Ces opérations sont décidées et financées au cas par cas, sans véritable analyse. Faute de réaction rapide on laisse , comme ce fut le cas au Congo Brazzaville, la violence se déchaîner, les crises s'éterniser comme aux Comores ou s'enliser dans des procédures comme au Togo. Disposer de moyens financiers pour la sécurité est une condition nécessaire mais non suffisante, estime Michel Rocard. Il faut créer une véritable force interafricaine de paix, avec des hommes préparés à cette tâche comme le sont certaines unités françaises ou scandinaves. Il faut aussi mettre fin à tous les trafics (diamants, minéraux rares) qui alimentent toutes les violences.

Pour assurer la légalité des interventions au service de la paix, Michel Rocard propose de déléguer les pouvoirs du chapitre VII de la Charte des Nations Unies à l'Union Africaine (UA) aujourd'hui capable, selon lui, d'en assumer la responsabilité.

Et comme le problème de la légalité de ces interventions se pose aussi " vers le bas ", il suggère d'étendre les dispositions d'une résolution 43 131 adoptée en 1988 sur sa proposition par le Conseil de Sécurité visant à interdire à toute autorité publique, en cas de crise sur son territoire, de s'opposer à l'action des ONG et de la presse auprès des victimes.

L'ingérence devrait aussi être rendue légale dans le cas d'invasion, de répression, de crimes contre l'humanité et même de trafics illicites comme ceux des armes et des êtres humains. Il est évident que de telles pressions ne seraient possibles que par délégation du Conseil de Sécurité à l'Union africaine (UA).

A propos de l'abondance des armes, Michel Rocard relève qu' une position commune a déjà été adoptée par l'UA à Bamako et que quelques modestes expériences ont été faites au Mali et au Mozambique. Il estime surtout qu'un outil d'alerte et de prévention des crises par une institution ad hoc est indispensable en Afrique et que les regroupements régionaux offrent un cadre propice tant pour la prévention que pour la formation des hommes en vue du maintien de la paix et de la consolidation de la démocratie.

Droits de l'homme et conditionnalités

Avec l'adoption de la Charte africaine des droits de l'homme en 1981, l'Afrique dispose d'un instrument tout à fait adapté en matière de démocratie, mais aussi très en avance sur les pratiques en usage sur le continent. La pression des institutions internationales et le discours de La Baule de 1990 ont apporté leur contribution à cette évolution. Mais la politique de conditionnalités connaît aujourd'hui une crise profonde, d'abord parce qu'elle apparaît injuste selon que l'on est un grand ou un petit pays (Chine et Togo) et parce que les consultations préalables prévues dans la plupart des accords comme celui de Cotonou aboutissent très vite à une impasse. Les anciens esclavagistes se font volontiers donneurs de leçons de morale civique et politique et octroient ou refusent leur aide selon leurs critères. Or n'oublions pas, souligne Michel Rocard, que le besoin d'aide s'accompagne d'un besoin de dignité. Même si l'on a trouvé un certain équilibre dans l'hypocrisie actuelle de traitement de ces problèmes, nous devrions selon lui distinguer deux aspects que nous regroupons à tort sous la formule de " respect des droits de l'homme et de démocratie ". Il y aurait d'un côté le socle commun à toute civilisation contenu dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et repris dans la Charte africaine : on ne tue pas, on ne vole pas, on ne torture pas, tous les êtres humains sont égaux en dignité etc.. Et de l'autre côté, un certain nombre de principes qui servent de règles usuelles de fonctionnement à nos démocraties représentatives et que nous projetons à tort comme une exigence sur nos partenaires.

Le concept de parti politique qui dispose chez nous de deux siècles de légitimité était inconnu dans l'Afrique pré-coloniale. En revanche les Empires du Ghana et du Rwanda furent relativement stables pendant des siècles grâce à des systèmes qui alliaient la palabre et le consensus. Tout s'est passé en Afrique comme si le colonisateur avait efficacement détruit l'amorce de sociabilité locale que l'on peut appeler la démocratie consensuelle.

Vers des démocraties stabilisées

Reste que la première aspiration des peuples d'Afrique est de choisir leur chef. C'est aussi l'exercice le plus difficile . Michel Rocard le montre dans l'analyse des avatars ou des violences qui ont entouré les tentatives de retour à la démocratie au Congo Brazzaville, à Madagascar et au Bénin. Dans un certain nombre de pays comme l'Egypte, le Maroc, l'Afrique du sud ou le Botswana , l'histoire a permis que se maintienne ou se développe un appareil d'Etat . Le Sénégal offre lui le cas à peu près unique d' un pays où la greffe coloniale a prise. Mais il faut saluer aussi des hommes, Nelson Mandela, Julius Nyerere, Jerry Rawlings, Sam Nujoma, Amadou Toumani Touré, Chissano , Olusegun Obasanjo. Partis parfois de postes obscurs, mais disposant de forces qu'ils ont su contrôler, ils ont fait progresser leurs pays respectifs vers un ordre public meilleur, puis vers une certaine cohésion sociale, en attendant une démocratie plus accomplie.

La démocratie pluraliste représentative telle que nous la connaissons paraît hors de portée des pays africains et leurs leaders se rendent compte que les partis politiques sont davantage source de division que de cohésion . Ils sont tous conscients d'avoir besoin à la fois de démocratie et d'exécutifs forts et c'est pour cela que certains comme Museweni plaident, avec un risque de dérive qui n'échappe à personne, en faveur du parti unique. Le Nigeria tente pour sa part, avec sa Commission constitutionnelle, un compromis à la mesure des enjeux et de la complexité de ce pays.

En bref, conclut Michel Rocard, tout se passe comme si la démocratie était le produit de l'accoutumance progressive des forces armées à ne plus choisir leur chef et à se cantonner à leur mission.

L'efficacité de l'aide au développement dépend pour l'essentiel de l'appui plus ou moins intelligent qu'elle apporte à un processus vers des formes d'organisation sociale plus civilisée. De tels processus sont inévitablement lents et pleins d'aléas. Il reste difficile pour nous de les juger sainement sur la base de nos critères, les élections par exemple. Et Michel Rocard de rappeler que la remarquable expérience démocratique du Mali doit son existence au coup d'état en 1991, du général Amadou Toumani Touré.

Deux autres conditions restent à remplir pour que se consolident des démocraties d'alternance stabilisées : définir un statut politique, juridique et financier pour les oppositions. L'urgence à devoir sortir du néant est un puissant incitateur au coup d'état. Enfin, affirme Michel Rocard, la concussion est partout et seule son ampleur diffère, il faut en être conscient. Un Etat où elle se limite à moins de 4 à 5 % du PIB pourra décoller. Si elle dépasse 10 à 15% elle empêche les investissements et la croissance. A côté de cas extrêmes dans la concussion comme Abacha ou Mobutu, d'autres Présidents comme Mandela, Nyerere ou Diouf ont montré un rare désintéressement. Il n'y a pas de raison qu'il n'y en ait pas d'autres ...

Construire la puissance publique

Vouloir construire la puissance publique en Afrique selon nos modèles est à la fois illusoire et dangereux. Ce mimétisme a entraîné en matière de justice, de santé ou d'éducation par exemple la création d'infrastructures d'un coût d'entretien exorbitant et l'adoption de normes surdimensionnées. Alors que l'on aurait pu former des chefs coutumiers ou des sous-préfets à la médiation, on a préféré construire des tribunaux impossibles à entretenir et suivre les procédures de l'Occident. Les hôpitaux de brousse qui auraient pu constituer des instruments efficaces entre les mains " d'officiers de santé " ont été abandonnés à leur misère. Le système éducatif aux normes luxueuses de l'Occident produit des diplômés aigris et sans travail, fomentateurs potentiels de coups d'état alors qu'il faudrait former au plus vite et en masse des hygiénistes, des vétérinaires, de futurs ouvriers ou artisans de toutes spécialités techniques , vivier de futures classes moyennes qui sont à la base de la démocratie.

Que dire aussi des ambassades dont le fonctionnement pèse sur les budgets nationaux alors que la plupart des pays n'en auraient guère besoin de plus de quatre et pourraient regrouper ou régionaliser leur représentation.

Outre les coûts excessifs, Michel Rocard voit surtout, dans ce mimétisme d'adoption de systèmes européens, l' inconvénient de la distance qu'ils mettent entre les décideurs et les administrés. Cette tendance , encouragée par les bailleurs de fonds parce qu'elle répond à la lisibilité souhaitée, à leur intérêt commercial et à l'attente de la bourgeoisie administrative locale, outre les éléphants blancs qu'elle a produits, entretient l'arrogance bureaucratique de la puissance publique, qui ne connaît guère de contrepoids et favorise évidemment la corruption.

Tout ce qui crée la rareté ou une rente de situation fournit matières à pots-de-vin . Il convient donc de limiter tout ce qui donne lieu à organisations ou règlements superfétatoires et que les pays aidant ne contribuent pas à complexifier les procédures.

La réponse à cet immense drame de l'administration africaine se situe peut-être dans la décentralisation et la vie des municipalités dont le Mali, avec ses sept cents communes, semble faire l'expérience la plus réussie.

Michel Rocard rappelle, parmi les nombreuses recommandations du rapport Lenoir de 1984 celles sur les fédérations de villages et les communes. Il se montre tout à fait favorable à la coopération décentralisée, de ville à ville ou de région à région dont les exemples de réussite sont nombreux. Elle a le mérite d'être plus rapide, mieux adaptée aux besoins locaux, limite les risques de surdimensionnement et offre moins de prise à la corruption.

Michel Rocard ne sous-estime pas l'utilité des efforts qui sont faits à travers l'OHADA ou au sein des groupements régionaux, dont le Nigeria et L'Afrique du sud peuvent devenir des piliers. Mais le discours sur l'Etat et entre Etats est, conclut-il, largement à réinventer par les Africains eux-mêmes.

L'appropriation du développement

Michel Rocard n'aborde le développement qu'en dernière partie de son livre et il s'en explique car on ne peut traiter ce problème indépendamment de ceux qu'il a évoqués précédemment. Il se défend de vouloir présenter une théorie du développement et ne prétend apporter que quelques convictions fortes, utiles aux bailleurs de fonds comme aux décideurs locaux.

Depuis l'après guerre la politique de développement a été marquée par des modes : " industrialisation industrialisante ", révolution verte, coopération globale. La dominante actuelle tend au maintien des équilibres financiers quel qu'en soit le coût social, aux privatisations y compris parfois de fonctions régaliennes, et à accroître les exportations. L'alignement des institutions internationales et des bailleurs de fonds sur ces choix a conduit la Banque mondiale a essayer d'en corriger les excès en insistant sur la réduction de la dette et en proposant de substituer la notion de contrat aux conditionnalités. Mais les programmes d'ajustement structurel et les privatisations entraînent surtout des révoltes et des ajustements trop brusques pour être compatibles avec la stabilité politique et sociale qu'il leur faudrait pour réussir. Et, en recommandant d'éviter tout dogmatisme, Michel Rocard met en garde contre une privatisation qui pourrait apparaître comme la panacée et dispenser l'Etat de ses responsabilités en matière d'investissements ou de justice sociale. L'infirmité des services publics doit conduire à en limiter strictement le périmètre et à multiplier les relais mais non à en abandonner le principe.

Que la clef du développement puisse être les exportations lui paraît largement erroné. Bien sûr il ne saurait y avoir de développement sans commerce extérieur. Mais le développement se caractérise par la capacité à une période donnée de produire un peu plus qu'à la période antérieure. Le commerce extérieur ne peut être qu' un adjuvant. Or, la doctrine actuelle du Fonds monétaire et de la Banque mondiale comme de l' Europe et des bailleurs de fonds est l'incitation au développement par les exportations et l'accès aux marchés. Cette priorité a pour inconvénient de faire délaisser les productions destinées au marché intérieur au profit des cultures de rente. L'autosuffisance alimentaire et les équilibres écologiques ou sociaux qui s'étaient maintenus sont partout en régression devant le dogme du tout pour l'export. Les industries de transformation, avec les efforts de productivité qu'elles doivent faire n'échappent pas à la règle de s'adapter ou disparaître.

Michel Rocard estime que les investisseurs devraient mieux prendre conscience de ces problèmes et plaide pour que l'OMC accorde des dérogations le temps nécessaire à la consolidation des industries naissantes.

L'économie populaire

En poursuivant son analyse sous un autre angle, Michel Rocard observe que 80% des africains vivent dans l'économie informelle. Il convient d'abord de la bien distinguer de l'économie criminelle, trafic d'armes, de drogue, de pierres précieuses etc.. qu'il faut continuer à réprimer. Aussi préfère-t-il adopter le terme, aujourd'hui reconnu par les ONG, d'économie populaire, c'est-à-dire tournée vers la satisfaction des besoins locaux. Galbraith, dans la Théorie de la pauvreté de masse, avait montré que la pauvreté a des causes multiples, mais qu'elle se définit aussi par un équilibre qui la rend résistante au changement et au progrès . Seuls 10 à 15% d'une population, hommes ou femmes en général jeunes, décidés, souvent à la limite de la déviance, seraient capables de courir le risque de l'innovation. Le développement se conquiert, il ne se parachute pas. Philippe Engelhard et l'équipe d'ENDA Dakar ont confirmé à travers des expériences menées dans différentes villes d'Afrique de l'ouest, la validité de cette pratique qui a connu un taux de croissance de 5%. Or l'Afrique, ne serait-ce par exemple qu' avec la très grande variété de produits agricoles non transformés dont elle dispose, offre de multiples possibilités de substitution de produits importés et d'innovations ( jus de fruits, conserves, pharmacopée etc..)

C'est en appui à de telles initiatives que peut jouer le système de micro crédit mis au point par Yunus au Bengladesh dans les années soixante dix, qui fait appel à un mode de gestion communautaire de fonds modestes reposant sur la confiance et dont le taux de remboursement atteint 97 à 98%. Ce système est très différent de ceux mis en place par PROPARCO ou la BEI dont les frais de fonctionnement sont tels qu'ils ne peuvent prêter qu'à des unités importantes et qui de fait ont déjà décollé.

Afrique initiatives

Michel Rocard se dit confiant dans le succès d'Afrique Initiatives, cette société de capital-risque qu'il a créé avec de grands patrons français. Il croit cette opération transposable notamment dans le secteur des services (bulletins météo pour les petits pêcheurs du Sénégal, suivi de pesée des nourrissons etc..) et des aliments et médicaments fabriqués à partir des plantes locales.

On ne peut parler d'économie populaire sans évoquer le rôle capital des femmes qui sont restées maîtresses de l'agriculture, de la maison et du commerce de proximité dans des pays en voie d'urbanisation très rapide.

Alors que l'éradication de la pauvreté est devenue le leitmotiv de toutes les organisations internationales, il faut prendre conscience que le développement est d'abord endogène. Les marchés inter étatiques offrent aussi de grandes perspectives de croissance. Enfin, les bouleversements de société que connaît l'Afrique, ne doivent pas l'écarter de la modernité à laquelle elle peut parfois directement accéder sans avoir eu à amortir des installations intermédiaires (téléphone portable, télécommunications par satellites, Internet, etc.)

Repenser la coopération

L'urgence est probablement de revoir sous un angle plus global et donc plus social, les politiques d'ajustement structurel . Il faut en finir estime Michel Rocard avec ces projets ponctuels et discontinus qui ne laissent pas grand chose et surtout pas d'entreprises productives viables. Pour cela il faut sortir de la crise profonde que connaît la coopération française et davantage encore la coopération européenne.

Si le rattachement de la politique de coopération au Ministère des affaires étrangères a bien traduit la volonté d'en finir avec l'intervention dans les affaires intérieures des Etats, il ne s'est pas accompagné, mis à part le dynamisme récent du Haut conseil de la coopération internationale, par une ambition rénovée. Les dirigeants africains le ressentent. La France se montre aussi malhabile à jouer des instruments nouveaux que sont les ONG et la coopération décentralisée. La coopération européenne est, elle, selon Michel Rocard, en crise beaucoup plus profonde. Tout se passe comme si les Etats membres, après avoir avalé la pilule de l'accord de Cotonou cherchaient à revenir sur certains engagements. Toute vision globale est sacrifiée aux nouvelles priorités sectorielles et une malheureuse réforme interne a déconnecté les services formulant les politiques de ceux qui les exécutent. Au Conseil, même le Commissaire au développement se trouve marginalisé. L'Europe est entrain de renoncer à toute spécificité et s'apprête à cotiser à un dispositif international où les défauts jusqu'ici relevés ne pourront que s'aggraver. Michel Rocard estime que la crise de la pensée en matière de coopération est très profonde. Elle découle d'un défaut d'information et d'analyse sur l'ampleur des mutations en cours en Afrique. Tout est à revoir, à commencer par l'ordre des priorités. Il est nécessaire de réfléchir, au Nord comme au Sud, sur ce sujet. La France s'honorerait de prendre l'initiative d'un tel débat. Michel Rocard ne vise dit-il, à travers son livre, qu'à lui apporter une modeste contribution.

Le Debat

Au cours de la discussion, Layashi Yaker, ancien Secrétaire exécutif de la CEA a fait ressortir la nécessité de prendre les problèmes de développement très en amont. Il rappelle que le plan de Lagos et le traité d'Abuja sont restés lettre morte et il estime que les pays du Sud sont absents des débats de l'OMC. Il plaide pour un autre type de relation entre l'Union européenne et les pays ACP. Il dénonce enfin la brutalité avec laquelle ont été annoncées les conditionnalités à La Baule, alors que depuis des années la politique française s'était accommodée des régimes pas ou peu démocratiques.

Maxime Brandili dit partager les observations de Michel Rocard, mais il plaide en faveur de l'Eurafrique .

M. Cissoko a demandé s'il ne fallait pas étendre le droit d'ingérence à la prévention des conflits.

Henri Senghor a rappelé que le développement était aussi la culture qu'il fallait préserver.

Michel Rocard a répondu en rappelant que la seule légitimité des interventions était celle du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Il estime que l'Union africaine pourrait être délégataire des attributions de la Charte en ce domaine. Par ailleurs, il rappelle qu'il n'y avait pas de définition fondamentale de la démocratie.

Il lui parait important de faire reconnaître une ingénierie de la paix qui doit comporter une législation, des institutions et de l'argent.

S'agissant des micro projets, il pense que si ceux-ci se multiplient, ils changeront les données du développement. Il faudrait qu'ils parviennent " en avalanche " aux guichets des banques de micro-crédit. L'invention de Yunus fait aujourd'hui tâche d'huile.

On ne peut que déplorer que l'Afrique ne reçoive pas plus de 1% des investissements privés dans le monde.

Michel Levallois a conclu en soulignant combien il partageait les analyses de Michel Rocard dont le livre, d'une extrême densité, pouvait constituer le vade-mecum de la CADE dans sa lutte pour combattre le désintérêt à l'égard de l'Afrique.

Compte-rendu rédigé par Raymond Césaire


Senghor, un "prof" autrement

La plupart sont encore là, fidèles et profondément tristes. N'oublions pas que celui qui nous quitte a contribué à former des étudiants, à la charnière du monde colonial et de l'Afrique en changement. A l'Ecole Nationale de la France d'Outre-Mer, ou dans d'autres institutions, ou au cours de nombreux colloques ou séminaires -animés par le futur académicien- ses étudiants d'alors, devenus souvent, par la suite, des décideurs politiques ou administratifs. n'oublierons jamais le message, l'appel, l'empreinte peut-être, portés par cet enseignement. C'était le ton, la diction, la phrase balancée du thémis à l'artis - comme dans la poésie dansée des Grecs - qui appelaient l'attention. Et puis, un contenu inédit. Pour beaucoup d'Africains et nombre d'Européens, une nouvelle Afrique se révélait, différente des images que s'en faisaient les uns et les autres. Une Afrique vue de l'intérieur, et, comme un écho des longues tournées du candidat député Senghor dans les campagnes les plus profondes, d'une aspiration à ce que les paysans d'abord, et, au-delà, tous les peuples colonisés, aient une plus vive conscience de leur(s) culture(s) et une meilleure maîtrise de leur destin. Evoquant, beaucoup plus tard, cette période, le président commentait, en recevant l'un de ses critiques, René Dumont : " moi, ma vie politique a été, de longues années, au service des paysans, ou pour parler plus largement, du peuple. Puis, avec le temps, s'est constituée entre eux et moi, une sorte d'écran : comme le premier jour, je veux agir pour eux, mais, maintenant, le puis-je ? "

Ce continent, il le faisait vivre à la fois imaginaire et vrai. A travers la fraternité des "esclaves" croisés sérères et peulh dont il était issu, et une vision poétique et inoubliable des hommes, et de la " femme noire ". Respectueux de toutes les religions du Livre, et toujours lié aux croyances des terroirs, il est l'un des rares, à l'époque, qui ait donné réellement une autre vision des racines et des promesses.

Et aussi, dans son esprit, c'est une Afrique sans rivage, prolongée vers la diaspora comme vers les Arabo-berbères. Politiquement, chaque jour, il fondrait dans nos cœurs, le rêve de l'unité africaine - des intérêts et sabotages conjugués en empêchèrent l'avancée. Sans rivage, puisque cette Afrique trouvait en Europe, en France et aussi dans les pays de langue allemande, par exemple, des partenaires attentifs : "nous voulons bien, au mariage de l'Europe, être ceux qui portent la traîne, mais pas la dot".

Dans les questionnements qu'il nous adressait, ou qu'il s'adressait à lui-même, s'inscrit toujours la vision de l'identité et de l'universel, bravant la logique peut-être, tout comme l'harmonie asymétrique en architecture africaine. La fraternité la plus large de peuples riches de leurs différences, un métissage, aussi, qui ne soit pas gommage ou abandon, dans le sang ou les idées, de ce qu'on est ; à la fois un africain vrai, ressenti par les Français comme un des leurs. Avec une rigueur de la forme qui ne gomme jamais la vigueur de l'imagination, ou la volonté de se battre.

Dans le foisonnement des idées et des débats d'alors, il est plusieurs personnalités qui ont marqué la génération de la première décolonisation. Et lui, réaliste et rêveur, nuancé et ferme. Jamais il n'a souhaité que l'on s'en tienne à l'étape initiale. Il est l'un de ceux qui nous ont appris à lire plus loin, et à comprendre, penser et agir autrement.

Dakar, 27.12.01

C. H. Kane, Jacques Bugnicourt, Michel Levallois,
quelques anciens étudiants, toujours dans les combats, aujourd'hui et demain.


Hommage à Senghor

La Cade se devait, étant donné sa ligne d'action qui est celle de faire reconnaître enfin les valeurs africaines en les prenant pour fondement de la modernité, de rendre un hommage particulier à Leopold Sédar Senghor. C'est l'homme qui, pendant des années, fut l'interlocuteur de la France avec le Sénégal mais aussi avec l'Afrique en commençant avec son mandat à l'Union Française et en continuant par ses longues années en tant que Président de la République du Sénégal. Toute sa vie fut liée à la France. Le village de Verson où il vécut ses vingt dernières années est jumelé avec un village de Casamance. Il était étudiant à Paris après la guerre, préparant son agrégation de grammaire, camarade de celui qui devint le Président Pompidou. Il était présent dans les groupes réunis autour d'Alioune Diop, il était ami d'Aimé Césaire. Il était présent lors de la fondation à Paris de Présence Africaine en 1947. Il s'orienta vers la politique, donnant toujours une primauté à la culture et aux cultures. En même temps qu'il s'adonnait avec passion aux études gréco-latines, il ressentit la profonde nécessité d'approfondir les connaissances des valeurs africaines, jusqu'au point de créer le mouvement de la Négritude, si bien qu'on a pu dire qu'il fut l'homme de deux humanismes. La Négritude ne lui amena pas que des amis car une phrase de lui est restée célèbre : " La raison est hellène, l'émotion est nègre ". C'était une petite phrase mais bon nombre d'africains se crurent dépouillés de leur esprit de réflexion. Par ailleurs, il faisait chanter les valeurs de la Négritude dans ses poèmes. Il fonda le mouvement de la francophonie avec les présidents Bourguiba et Diori Hamani. Son œuvre abondante en langue française l'amena à être élu à l'Académie française. Les 18, 19 et 20 Octobre 1996, pour son 90ème anniversaire, l'Unesco organisa un magistral hommage sous la direction d'Henri Lopes, Directeur Général adjoint pour l'Afrique et Mathily Gassama, ancien Ministre de la Culture du Sénégal . Le colloque intitulé : Leopold Sédar Senghor, l'Afrique, le Monde, le Siècle, se déroula sous les auspices de l'Agence de la francophonie, de l'Académie Française et du Haut Conseil de la Francophonie. Il fut précédé par une émouvante allocution, la dernière du Président Senghor, s'exprimant de sa résidence en Normandie. Et maintenant, le Président Senghor repose au cimetière de Gorée à Bel-Air (Dakar).

Denyse de Saivre


Rapprochement entre le Ghana et ses voisins francophones

Dans l'Afrique de l'Ouest, sur les rives du golfe du Guinée, le Ghana est sans doute l'un des pays qui verront se réaliser les transformations les plus significatives engagées en 2001.

Après 19 ans de régime pseudo-socialiste du capitaine Jerry Rawlings, un président a été démocratiquement élu en décembre 2000, John Agyekun Kufuor. Partisan d'un libéralisme à l'africaine et de l'intégration régionale dans le cadre de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest). Il veut faire du secteur privé le moteur du développement. "The golden age of business" traduit l'esprit de cette politique. John Kufuor est venu la présenter à Paris début décembre 2001 tant auprès du chef de l'Etat et du premier ministre que devant un parterre d'entrepreneurs de tous secteurs industriels et de services. La dette a été restructurée, le Club de Paris l'a en partie annulée (27 millions de francs et 199 ré-échelonnés). Les 100 dernières sociétés dernières sociétés dans lesquelles l'Etat a une participation seront privatisées d'ici à l'an prochain, elles rapporteront plus de 200 millions d'euros. La monnaie nationale, le cédi, fortement dépréciée en 2000, n'a perdu que 3% de sa valeur en 2001 ; l'inflation est passée de 42% à 25%. L'instabilité politique avait éloigné les investisseurs étrangers : 146 millions d'euros en 2000 contre 258 en 1999. Depuis les dossiers de candidature reviennent : 32 dossiers au premier trimestre 2001 pour 17 millions d'euros. Les 5 pays les plus présents sont la Grande-Bretagne, l'Inde, la Chine, les Etats-Unis et l'Allemagne. La France est le 5ème fournisseur et le 7ème client pour un volume d'échanges de 200 millions d'euros, assez équilibrés.

Diversification et modernisation

L'économie ghanéenne est encore essentiellement agricole avec une prédominance du cacao (2ème producteur mondial : 400 000 tonnes contre 1 200 000 à la Côte d'Ivoire) et du bois. La diversification est aidée par le Conseil de promotion des exportations et le Fonds de modernisation des entreprises vers le coton, le sucre, le palmiste, le riz, l'ananas. Tous ces produits doivent être valorisés au maximum sur place. Le tourisme est le troisième apporteur de devises après le bois et le cacao. Il accueille quelques centaines de milliers de visiteurs sur les 25 millions qui viennent sur le continent. Le ministère en charge du secteur veut faire mieux connaître les atouts de son pays : artisanat de qualité, absence de fanatisme de la population. Elle lance un CD Rom, un site Internet et veut organiser une Route des Esclaves sur les plages d'où partaient les captifs. La dynamisation de ces activités suppose des communications moins difficiles. Le chemin de fer crée de 1906 à 1927, sans modernisation profonde depuis lors (14 heures pour 275 kilomètres), cherche des investisseurs ; on parle de l'Afrique du Sud. Les transports publics routiers ont été privatisés depuis 1997. Une réduction du personnel de 25%, un ateliers de réparation immobilisant un tiers des véhicules au lieu de deux, une hausse du trafic ont permis d'augmenter la productivité de 110%. Pour améliorer les relations avec l'étranger, les aéroports de Kotoka (Accra) et Kumasi sont en travaux et Ghana Airways voudrait s'allier à une compagnie internationale pour être renflouée.

Intégration régionale

Ces efforts de développement se heurtent à une compétence insuffisante tant dans la gestion des affaires, que dans les plantations agricole. Les impôts rentrent mal. National Lotteries est illégalement concurrencée par des loteries privées qui squattent son matériel et l'empêchent d'apporter près de 20 millions d'euros à l'Etat. La corruption est un fléau auquel s'est attaqué le président Kufuor dont le gouvernement a promulgué un "code d'éthique" à l'intention des ministres et fonctionnaires. Il veut aussi donner la priorité à l'éducation, où une place grandissante est faite au français. Sa volonté d'intégration régionale se traduit par l'amélioration des relations avec les voisins. Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Togo, par le principe de l'adhésion à l'OHADA (Harmonisation du droit des affaires en Afrique). La monnaie commune avec le Nigéria en 2003 devrait être le prélude à une union monétaire avec les pays de la zone CFA appartenant à la CEDEAO, dont le secrétaire exécutif est depuis décembre dernier un Ghanéen. La visite présidentielle à Paris, " la plus importante depuis janvier 2001 " selon les médias ghanéens, a voulu montrer l'ancrage du Ghana dans son environnement international.

Robert Ginésy


Almamy, une jeunesse sur les rives du fleuve Niger

Bernard Salvaing vient de publier aux éditions Grandvaux un ouvrage étonnant qui relate la première partie de l'autobiographie d'Almamy Maliki Yattara, grand maitre coranique et "maître de l'oralité", qui vécut dans la boucle du Niger, entre Ségou et Tombouctou de 1920 à 1998. Almamy était un homme exceptionnel : il avait été l'élève du grand maître coranique Alpha Amadou, il avait recueilli l'histoire du califat de Hamdallaye et de l'empire d'Al Hadj Omar. Parlant songhaî, peul, bamanan, arabe et français, il était devenu le guide de tous les chercheurs travaillant sur le Macina. Bernard Salvaing qui est historien au Centre de recherches africaines de la rue Malher à Paris réussit à le convaincre de raconter son autobiographie qu'il a enregistrée, transcrite et relue avec lui. Le résultat de ce travail est remarquable. Le premier tome de ce récit qui porte sur l'enfance et l'adolescence du narrateur nous plonge dans la vie de l'Afrique de l'avant-dernière guerre, dans une région sans routes, encore imprégnée de l'histoire d'Hel Hadj Omar. Almamy raconte ses apprentissage aux travaux agricoles, à la pêche, à l'élevage, sa formation auprès d'Alpha Amadou. Il nous fait découvrir une société africaine organisée, policée, dirigée par des hommes de très grande valeur intellectuelle et spirituelle, ayant mis au point des techniques agricoles et artisanales parfaitement adaptées aux contraintes du climat et de la géographie, se tenant à distance de l'administration coloniale. Le très grand intérêt de cette autobiographie est que, comme celle d'Hamadou Hampate Ba, elle nous livre la façon de vivre et les représentations des Africains de cette partie du Sahel pendant la période coloniale.

Michel Levallois


La page économique

La Société Civile Africaine dans l'actualité

La mondialisation, celle des hommes d'affaires, a suscité une anti-mondialisation, tout aussi mondiale, celle de la société civile. Syndicats, associations de toutes sortes, professions libérales sont censées représenter les citoyens, ou à côté, ou contre les hommes et femmes politiques élus démocratiquement. L'Afrique s'inscrit dans ce mouvement. En janvier 2002 on en a parlé à Bamako, à Strasbourg et à Paris.

Bamako et Strasbourg

En préparation du forum social mondial de Porto Alegre (du 31janvier au 5 février) s'est tenu, du 5 au 9 janvier au Mali, le forum social africain (FSA). Syndicats, organisations d'agriculteurs, de jeunes, ONG diverses, ont adopté le consensus de Bamako regroupant les aspirations de la société civile africaine à présenter au Brésil. Les participants craignent notamment une " instrumentalisation " par la banque mondiale et le FMI dont ils constatent l'échec : selon la CNUCED depuis 20 ans le continent verse plus de 1,6 $ d'intérêt de la dette et autres transferts, pour chaque dollar injecté par les institutions financières. Celles-ci ont de leur côté pris conscience que leurs opérations destinées aux populations atteignaient mal leur objectif, car élaborées seulement avec les élites économiques, politiques, administratives des pays. Désormais elles veulent associer ces populations (leurs organismes représentatifs) à la mise au point et au déroulement des projets " sociaux ". A Bamako on redoute que cette participation, qui n'est pas seulement consultative, mais qui conditionne l'octroi des aides, ne se fasse au détriment d'états déjà affaiblis et ne conduisent les ONG à légitimer des politiques que, généralement, elles critiquent. Pour que cette consultation de la base soit valable, il faudrait former rapidement des experts en affaires internationales capables de discuter avec ces institutions et avec l'organisation mondiale du commerce. Coïncidence, sans doute, mais c'est quand même une réponse, le Haut Conseil de la Coopération Internationale (HCCI) a tenu le 17 janvier à Paris une session spéciale avec la société civile française sur ce thème. En conclusion les organisations de cette société civile sont sollicitées pour apporter leur aide à celles du Sud, afin de les aider à se préparer aux négociations internationales. Le même jour à Strasbourg, le Parlement européen a adopté un " avis conforme " approuvant les accords de Cotonou conclus au Bénin en mai 2000. Ils ne pourront entrer en vigueur qu'après ratification par les parlements des 15 européens. Lors des débats préalables à cette adoption, le rapporteur du projet avait été assez critique. Il considère ces accords comme trop " libéraux" et pas assez protecteurs des spécificités africaines. Il a toutefois retenu comme élément intéressant "la reconnaissance de la société civile comme acteur de partenariat" selon les termes mêmes du traité.

Le Fisa

Hasards de la chronologie toujours. Le lendemain était célébré à Paris le 25ème anniversaire du fonds international pour le développement agricole (FISA). Institution spécialisée de l'ONU, il a été créé en 1978 pour lutter contre la pauvreté rurale. Il doit aujourd'hui combattre le désintérêt pour le monde rural, où vivront encore, selon lui, 50% de pauvres en 2035. L'urbanisation serait moins hégémonique que prédit. 38% de son budget (450 millions de $) est destiné à l'Afrique. Lorsqu'il apporte 1 $, les autres bailleurs de fonds (banque mondiale, OPEP,banques africaines de développement…) en versent deux. Le fonds travaille de plus en plus avec la société civile sur le terrain. Ses opérations sont élaborées en consultation avec les représentants directs des bénéficiaires, qui deviennent quasi " employeur " des organismes privés et publics chargés de réaliser le projet. Ils interviennent à tous les stades : conception, mécanismes de fonctionnement, suivi des travaux, évaluation, réception, distribution des financements. La difficulté sur ce point est de trouver des structures fiables, les banques commerciales étant peu présentes en zone rurale. Appel est fait à des réseaux locaux, voire des tontines.

Dans d'autres secteurs l'implication des citoyens concernés améliore la gestion de richesses. En Côte d'Ivoire les populations seront propriétaires des concessions forestières; en conséquence elles veilleront à leur exploitation et brûleront moins un bois dont elles connaîtront la valeur. Dans de nombreuses villes la distribution finale de l'eau à partir de la borne fontaine est gérée par un représentant des consommateurs. Les exemples sont multiples.

Robert Ginesy


Le baromètre de la Cade

Par Bernard Monnier

 

Vers un Monde Nouveau ? (Porto Alegre)

Tel est le titre, dans le numéro du 11 février 2002 de Jeune Afrique l'Intelligent, de l'article d'Alain Faujas, analysant les résultats des Forums de Porto Alegre et de New York/Davos.

"En déclarant qu'un autre monde est possible au nom des organisateurs du Forum social, le Brésilien Frei Betto, théologien catholique de la libération, et Michael Lowy, directeur de recherche au CNRS français, rappelaient que la civilisation dont ils rêvent est "un monde où tiennent d'autres mondes". Et ça marche ! Bien avant les Américains au lendemain des attentats du 11 septembre, les institutions internationales comme les grands de ce monde invités de Davos, ont été déstabilisés par (la) "montée de la contestation" (Seattle 1999, Gênes 2001) "Eux aussi se sont demandé : Pourquoi tant de haine à notre égard, alors que nous préconisons des solutions de bon sens et que nous cherchons le développement de tous les pays sans exception ? depuis deux ans, on a donc vu s'infléchir les analyses et les comportements des experts de l'économie mondiale"…"

" James Wolfensohn, président de la Banque Mondiale a reconnu que "les manifestations de Seattle ont eu un effet positif"…" Les plans d'ajustements structurels que la Banque Mondiale préconise ont désormais intégré le développement humain, la formation et la santé à côté de l'équilibre de la balance commerciale et du remboursement des dettes "…Les experts internationaux" ont entendu qu'il leur fallait quitter leurs tours d'ivoire de New York ou de Paris pour faire enfin preuve d'écoute et de pédagogie ".

Quelle présence africaine au Forum social de Porto Alegre ?

Jeune Afrique l'Intelligent (même numéro), Samir Gharbi.

" Abondamment couvert par les médias américains et européens, le Forum social l'a été moins par les médias africains "… " Vingt-cinq pays étaient représentés… notamment l'Afrique du Sud, le Burkina, le Cameroun, l'Egypte, le Kenya, la Libye, le Mali, le Maroc, le Mozambique, le Nigeria, le Sénégal, la Tanzanie, la Tunisie et la Zambie. Parmi les personnalités ayant fait le déplacement, Aminata Traoré (Mali), Samir Amin (Egypte), Taoufik ben Salah (Tunisie, Sénégal) Joseph Ki-Zerbo (Burkina). Les organismes les plus divers avaient des délégués : Enda Tiers Monde (Sénégal), Raid (Tunisie), Cosatu (Afrique du Sud), Mouvement de la privatisation de l'électricité à Soweto, Africa Trade Network (Kenya), Caritas (Cameroun), etc. "

Quel résultats ?

L'auteur de l'article rappelle qu'à la Conférence de l'OMC à Doha (novembre 2001) , l'octroi du droit d'accès aux médicaments brevetés (Sida) et de certaines concessions commerciales avait été présenté par la presse américaine comme "une victoire du Tiers-Monde".

" Le document adopté par l'"Assemblée mondiale des mouvements sociaux" édicte des principes forts simple : le "droit de vivre", le "droit à connaître et à critiquer les décisions des gouvernements", le "droit des femmes contre la violence", le "droit à l'information", le "droit à l'"autodétermination des peuples"…

" Des actions concrètes ont été décidées, comme l'organisation d'une série de référendums en 2002-2003 sur la mise en œuvre d'une zone de libre-échange américaine (Alena), la tenue d'un Forum social en Palestine (courant juillet), d'un Forum social européen en Italie, la création d'un G8 des pays en développement ainsi que d'un Fonds social international (en remplacement du FMI), la taxation des transactions financières, l'instauration d'un impôt sur la fortune des riches (à l'exemple de l'ISF en France), l'interdiction du dumping agricole (subvention des produits européens et américains à l'exportation vers les pays pauvres).

" Les Forums à venir - rendez-vous est déjà pris à Porto Alegre en janvier 2003, parallèlement à celui de Davos-, permettront sans doute de tamiser les centaines d'idées et propositions lancées durant les six jours de ce marathon social historique. Un autre monde est probablement en train de se construire. Dans la diversité " (Jeune Afrique)

Rappelons que le Forum social de Porto Alegre (31 janvier - 5 février 2002) a été organisé notamment par un groupement d'ONG brésiliennes (Abong) le Mouvement des paysans sans terre et l'organisation française ATTAC. Il a compté 63000 participants de 150 pays, dont 51000 délégués envoyés par 4900 ONG, 3000 journalistes et 11000 jeunes. (Source : Jeune Afrique).

Et Davos à New York ?

Désaccords et morosité au Forum économique mondial. Les cinq jours de débats de ce "Davos à New York" ont mis en évidence le pessimisme des chefs d'entreprise et de fortes divergences sur l'analyse de l'économie mondiale. L'administration américaine a heurté bon nombre de pays. "

C'est le titre de l'article de Serge Marti dans Le Monde du 6/02/02 :

" A l'issue de ces cinq journées de remue-méninges en vase clos, il apparaît clairement que le consensus n'était pas au rendez-vous de ce "Davos sur Hudson". En se séparant, mardi 5 février, les quelques 3000 participants… avaient le sentiment de repartir avec davantage de questions que de réponses sur ces "temps fragiles" dont Klaus Schwab, le président-fondateur du Forum avait fait le thème central de cette grand-messe annuelle…

" Des intervenants ont fait valoir que la revendication dominante des nations en développement était maintenant l'exigence de l'accès aux marchés des pays riches, bien plus qu'une simple politique d'assistance dont ils admettent aux-mêmes les dérives. Sur ce chapitre, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi, qui doit prendre dans quelques mois la relève de Mike Moore à la direction générale de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a vivement critiqué la politique de subventions pratiquée par les pays occidentaux : "Les subsides de l'agriculture consentis par les pays membres de l'OCDE représentent l'équivalent de 360 milliards de dollars par an, soit 1 milliard par jour. Il suffirait que ces subventions cessent pendant 10 jours pour que nous recueillions l'argent dont a besoin Kofi Annan pour créer le Fonds destiné à financer la lutte contre le sida" Autre mal, autre défi…"

Et l'Afrique ?

Le Monde du 23/01/02. Stephen Smith : sous le titre "L'entente cordiale en Afrique", le journaliste écrit : " Depuis leur sommet bilatéral à Saint-Malo, en décembre 1998, la France et la Grande-Bretagne se félicitent de leur entente cordiale en Afrique. Ces jours-ci, pour la troisième fois, les ministres britannique et français des affaires étrangères, Jack Straw et Hubert Védrine, voyagent ensemble sur le continent, s'entretiennent de concert avec les chefs d'Etat africains, explorent leur marge de manœuvre commune… L'esprit de Saint-Malo, c'est la fin du "complexe de Fachoda"." Espérons…

Chirac parrain du développement africain
(Libération du 09/02/02)

Chirac dénonce la baisse de l'aide (Le Figaro du 09/02/02. En tournée en Afrique, Blair l'Africain plaide les vertus d'un nouveau partenariat (Le Figaro du 9/02/02).

Libération : " Le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) entériné lors du G8 de Gênes en juillet 2001 était l'objet de la réunion à l'Elysée de treize leaders du continents noir… Le seul représentant officiel du gouvernement français était Charles Josselin, le ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie. Autrement dit, la fracture africaine, c'est l'affaire de l'Elysée, sa réduction, aussi l'affaire de Jacques Chirac… Le NEPAD peut se résumer à la tentative d'établir un contrat entre les pays les plus riches et l'Afrique pour sortir le contient d'un marasme qui s'épelle en quelques données : la part de l'Afrique dans les échanges mondiaux est de 1,8% ; les guerres y ont fait plus de 7 millions de morts et 10 millions de réfugiés ou déplacés depuis les indépendances ; plus de 28 millions de malades du sida ou porteurs du virus vivent en Afrique subsaharienne, et 40 millions d'enfants africains n'ont pas accès à l'école primaire… Conçu pour répondre à ces enjeux pressants, le NEPAD est encore dans les limbes. Né de la fusion de plusieurs initiatives africaines, dont celle du Sud-Africain Thabo Mbeki et du Sénégalais Abdoulaye Wade, officialisé par l'OUA en octobre 2001, ce ne sera pas un plan Marshall, ont précisé les pays du G8. En terme de développement, le NEPAD ne propose pas de solution révolutionnaire ; Ses lignes de force dont la "bonne gouvernance", déjà largement prônée par les institutions financières internationales, la paix et la sécurité, le développement humain, la croissance et notamment une garantie de sécurité pour les investissement privés. Ce plan devrait également mettre l'accent sur la coopération régionale et le développement des infrastructures, ainsi que sur l'eau et l'agriculture, deux préoccupations majeures dans le continent. Pour relancer les économies africaines, le NEPAD vise un montant d'investissement annuel de l'ordre de 64 milliards de dollars…" (Marie-Laure Colson)

Rappelons ici quelques chiffres pour situer les ordres de grandeur :

Subventions des pays de l'OCDE à leur agriculture :

360 milliards de dollars

(1 milliard par jour).

Objectif dépenses militaires USA : 360 milliards de dollars

(1 milliard par jour).

La dérive du monde

Le Monde du 29/01/02 publie le "Manifeste pour un développement durable", signé notamment, parmi de nombreuses personnalités, par Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI, Jacques Delors, Roger Fauroux, Stéphane Hessel, Michel Rocard : " … Nous n'avons qu'une Planète, et voici que nous vivons au-dessus de ses moyens : nous la pressurons et la dégradons jusqu'à dépasser des points de non-retour, ou les capacités de régénération n'existent plus… Dans l'immédiat, notre société de consommation et la loi qu'elle dicte au monde engendre des ravages humains. Elles créent les inégalités que l'on sait. Les revenus par tête du cinquième le plus riche de la population mondiale étaient , en 1992, 74 fois plus élevés que ceux du cinquième le plus pauvre : ce chiffre n'était que de 30 en 1960… Chaque citoyen d'Europe, et surtout d'Amérique du Nord, contribue 10 à 20 fois plus qu'un Bengali ou un Malien à l'épuisement des ressources et à l'effet de serre…

Si l'homme est bien le responsable de cette dérive du monde, une fraction de l'humanité en porte la plus lourde responsabilité. Il s'agit de nous, les plus riches, qui sommes du bon côté de ce fossé dont les bords s'écartent : ici, ceux dont la vie a un prix économique fort ; en face, ceux pour qui ce prix est très bas et qui, n'ayant rien à perdre, sont éventuellement prêts à tout. Ils le seront d'autant plus que les fauteurs du désordre que nous sommes persisteront dans leur égoïsme à courte vue et leur suicidaire incurie…

Nous croyons que, dans un sursaut vital, les hommes peuvent reprendre en main leur destin. Ils peuvent arrêter la dérive du monde. Nous appelons à le faire." Association Conviction, présidée par Jean-Baptiste de Foucauld, ancien Commissaire au Plan.

Citons pour finir :

Michel Rocard (Le Monde du 14/02/02) : La France et son nombril. " C'est de sens que les jeunes d'aujourd'hui ont besoin, de projets de société ; Or, à la différence des plus anciens, ils sont mondialisés par la musique, le vêtement, le goût des voyages, le refus de tout racisme et pour beaucoup d'entre eux par Internet. Une part notable de ceux qui ont des problèmes sont d'origine africaine : où leur parle-t-on de l'Afrique, de leurs racines ?…"

Jean-Marie Le Pen (Le Figaro du 14/01/02 : Pour sauver la France, il faut préserver l'Afrique ! " Entamer un vaste dialogue avec les Africains, sans qui rien ne sera possible à l'avenir "

Bernard Monnier


En Bref

 

Politique Africaine a vingt ans

Ce fut un acte de courage que de commencer à réfléchir à un telle revue il y a vingt deux ans, comme l'a rappelé Robert Ageneau, directeur des éditions Karthala, éditeur de la revue dès ses débuts. Le premier numéro sortit il y a maintenant vingt ans. Ce fut une performance qu'elle puisse durer ainsi avec le sérieux de ses études menées par des professionnels de chaque sujet traité, sa liberté d'esprit et de ton. On peut dire que tout événement qui a affecté l'Afrique depuis sa création a trouvé écho dans des analyses pénétrantes et subtiles. Elle a bénéficié d'importants soutiens du Centre d'Etudes Africaines de Bordeaux (CEAN), du Centre d'Etudes et de Recherches Internationales (CERI, Fondation Nationale des Sciences Politiques), du Centre de Recherches et d'Etudes sur les pays d' Afrique orientale (Université de Pau et des pays de l'Adour), de l'Orstom, actuel IRD, de la Maison des Sciences de l'homme d'Aquitaine, avec le concours du CNRS et du Centre National du Livre. Il était normal que l'anniversaire se déroulât dans le sérieux des études sur fond d'amitié. Il eut lieu à la Résidence Lucien Paye de la Cité Universitaire. Le titre de la rencontre était : L'Afrique dans la globalisation. On put assister à trois tables rondes . La première, " La politique en Afrique à l'heure de la globalisation ", réunit Jean-François Bayard, Stephen Ellis, Jean-François Médard, Marie-Claude Smouts et Jean-Pierre Chrétien. La seconde qui traitait des derniers titres de Politique Africaine, se subdivisa elle même en trois parties. La première, les " Figures de la réussite et imaginaire politique ", fut présentée par Richard Banégas et Jean-Pierre Warnier. La seconde, " La corruption au quotidien ", le fut par Giorgio Blundo et Jean-Pierre Olivier de Sardan. Puis, Gauthier de Villers et Alphonse Maindo exposèrent les thèmes de " RDC, la guerre vue d'en bas ". Enfin, la dernière table ronde " Musique et Politique " fut animée par des musiciens : Nuru Kane (Senegal), Jeff Louna (Congo-Brazzaville), et Quija Brown (Congo-Kinshasa). Le modérateur en fut Abel Kouvouama (Université d'Amiens). Le tout se termina autour d'un sympathique buffet.

Denyse de Saivre

 

L'Afrique politique 2001 (Karthala)

Comme il le fait chaque année depuis 1996, le CEAN de Bordeaux a sorti sa livraison 2001. Elle est consacrée à la réforme des États africains. Ce dossier présenté par Comi Toulabor comporte neuf contributions qui analysent les résultats des réformes de l'administration et des services publics qui sont intervenues dans plusieurs pays de l'Afrique subsaharienne, Burkina, Gabon, Nigeria, et à Madagascar. Ils ont mesuré l'écart entre les et les objectifs initiaux et les résultats finaux, dans les domaines du droit, de la démocratie, de la santé, de l'économie, afin de tenter de comprendre pourquoi les réformes n'aboutissent pas et pourquoi les administrations publique échouent à répondre aux attentes des administrés. Cet ouvrage complète les numéro de Politique africaine et d'Autrepart sur la corruption au quotidien et sur les fonctionnaires du Sud, dont nous avons rendu compte (C.F : La Lettre n° 50).

 

RDC, la guerre vue d'en bas (Karthala)

Le numéro 84 de Politique africaine vient de sortir. Il a fait l'objet , une fois n'est pas coutume, d'un article fort élogieux dans le journal Le Monde. Richard Banegas et Bogumil Jewsiewicki qui ont coordonné ce numéro ont voulu porter un autre regard sur cette première grande guerre continentale africaine qui, depuis 1996, met directement aux prises six pays, plus ou moins directement cinq autres, et qui a mis en coupe réglée les richesses minières du pays. Les congolais sont-ils vraiment étrangers à cette guerre ? Comment la vivent-ils ? Plutôt que de fournir une énième interprétation géostratégique du conflit intercongolais, les auteurs de ce numéro ont tenté d'analyser les médiations sociales et les rationalités locales à l'œuvre dans cette guerre où s'affrontent des stratégies de puissances régionales. Les contributions sur les jeunes, les " cadets sociaux " qui ont mis à profit la guerre pour renégocier leur statut et leur accès aux ressources ainsi que sur le rôle que jouent les associations dites de la " société civile " pour prendre position dans le dialogue intercongolais sont particulièrement éclairantes d'une réalité qui déborde de toutes parts nos représentations d'un conflit militaire.

 

Décentralisations : entre dynamiques locales et mondialisations

Nous signalons avec retard la parution en octobre 2001 par le GEMDEV de son cahier n°27, dirigé par Michèle Leclerc-Olive et Alain Rochegude. Cet ouvrage de 270 pages est issu d'un cycle de séminaires universitaires qui se proposaient de repérer et d'analyser les nouvelles formes de pouvoir local recommandées par les institutions internationales pour redistribuer le pouvoir entre la société civile et l'État. Le premier chapitre est consacré à l'analyse des concept fourre-tout et très à la mode de société civile et de coopération décentralisée. Le chapitre deux présente plusieurs dispositifs de décentralisation. Le chapitre trois traite des aspects économiques de la décentralisation. Le chapitre quatre aborde la question de l'intégration régionale et pose la question du rôle des ONG dans le projet néolibéral et dans les relations UE-ACP. Saluons la mise sur le marché de cet instrument de travail indispensable à toute réflexion sur ces questions.

Gemdev, Centre Malher, 9 rue Mahler, 75181, Paris Cedex

Nouvelles heures africaines, mobilier, objets décoratifs, textiles

Marie-Pierre de Coutenson nous a envoyé le magnifique catalogue qu'elle a réalisé pour présenter les productions de vingt deux artisans burkinabe qui travaillent avec l'association Olorun qui a été créée à Ouagadougou pour susciter la création et organiser la commercialisation d'un artisanat au design moderne de très grande qualité.

Les adresses à noter :
Olorun BP 5993, 01 Ouagadougou.
E-mail : olorunburkina@cenatrin.bf.
10, Square du Croisic, 75015, Paris.
E-mail :
olorun@wanadoo.fr

 

Billets d'Afrique et d'ailleurs, la lettre mensuelle éditée par Survie vient de sortir son centième numéro. Depuis 1993, François-Xavier Verschave a fait un travail considérable pour faire sortir la politique française en Afrique de la clandestinité des cellules où elle était décidée, loin des parlementaires, de la presse et des citoyens, pour démonter les compromissions néocoloniales avec des régimes africains très accommodants, pour dénoncer la poursuite sournoise "par dictateurs interposés" la même politique de pillage et d'oppression. Les procès en diffamation qui ont jalonné le parcours de Survie n'ont pas tous été gagnés, mais ils ont fait apparaître que pour l'essentiel le travail de Survie était sérieux . Notre avis est que ce travail de " nettoyage " est indispensable pour changer notre regard sur l'Afrique, indispensable à la réorientation et à la moralisation de notre politique dans ce continent. Pour ceux qui ne seraient pas convaincus, je les renvoie au documentaire qu'Arte a diffusé le jeudi 7 février sur la guerre du Biafra. Cette guerre pour l'indépendance d'une province du Nigéria a été voulue, soutenue, instrumentalisée par Jacques Foccart, agissant à l'abri du secret, contre le quai d'Orsay et le gouvernement, abusant de la confiance du général de Gaulle, ce qu'appuie le témoignage de Pierre Messmer. Cette guerre qui fut la sienne et qu'il a perdue a coûté quelques milliards de francs à la France. Mais elle a surtout été payée par des centaines de milliers de morts biafrais que la propagande des militaires français a habilement présentés au monde comme les victimes d'un génocide…

À l'époque, Survie n'existait pas, et la machine néocoloniale fonctionnait impunément !

Nous venons de recevoir :

Dix pas dans le nouveau siècle de Stéphane Hessel, au Seuil et L'impatience des pauvres de Gérard Winter aux PUF. Nous reparlerons de ces ouvrages importants dans la prochaine lettre.

La thèse d'histoire de Michel Levallois sur la genèse de l'Algérie franco-musulmane d' Ismaÿl Urbain est parue chez Maisonneuve et Larose, sous le titre : Ismaÿl Urbain (1812-1884) , une autre conquête de l'Algérie.

Nos très sincères félicitations à Sylvie Brunel pour sa Légion d'honneur que lui a remise Élisabeth Guigou et pour la présentation de son dernier ouvrage " Famines et politique ", qui a eu l'honneur d'être présenté pour le 50° titre de " La bibliothèque du citoyen " aux presses de Sciences Po.

Jacques Bugnicourt, fondateur il y a vingt cinq ans, et secrétaire éxécutif de l'ONG internationale Enda Tiers Monde, a eu les honneurs d'un très sympathique article, " Amour noir " dans Le Figaro du 1er février, sous la plume de Jean-Louis Validire. En mars, il passera le relais à un successeur.

Le GRED

Notre collègue et ami, Robert Ginesy, qui a été secrétaire général de SID-France et qui a bien connu J. Dubois président du GRED, nous a signalé que le GRED (groupe de recherche et de réalisation pour l'"éco-développement ") opère depuis plus de vingt ans, au Sénégal Oriental pour réaliser des équipements hydro-agricoles à l'échelle des villages, respectant et utilisant le milieu naturel et humain, d'où l'expression adoptée d'" éco-developpement ". Il a reconnu plus de trente sites et étudié, avec les villageois des équipements allant de haies végétales filtrantes destinées à ralentir l'écoulement des eaux de ruissellement, à des barrages en terre ou en maçonnerie associés à l'irrigation de zones cultivables, capables de conserver l'eau pendant la saison sèche. Il en a réalisé à ce jour une vingtaine. Le GRED poursuit ses études sur d'autres sites, mais ayant épuisé ses ressources financières, il est actuellement dans l'impossibilité de réaliser les projets en attente.

Si vous souhaitez en savoir davantage sur le GRED ou lui apporter votre contribution (base : 40 euros) vous pouvez en l'absence de son président Jacques Dubois, fréquemment au Sénégal, prendre contact à cette adresse :

J. Aberlen : 1, rue Goethe 75116 Paris Tél.: 01 47 20 58 61


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