Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°46 - Juin 2001

Débat du mois :

L'enjeu des transports
dans le processus de régionalisation


Sommaire :


Editorial : L'OM ET LA SIDA EN AFRIQUE

Saluons le grand quotidien français qui a fait la couverture de son numéro du 2 juin avec ce titre choc : "sida : venir au secours de l'Afrique", illustré en rouge par le badge anti-sida illustré par Plantu. Bravo Le Monde !

Lionel Jospin venait d'affirmer solennellement, lors de son voyage officiel en Afrique du sud, que "la lutte contre le Sida doit devenir une priorité de l'aide publique internationale". Il avait également annoncé que la France affecterait à la lutte contre le sida 1 milliard d'euros sur les 10 milliards que représente l'annulation de la dette des pays les plus pauvres et verserait 150 millions d'euros, soit 984 millions de francs, sur trois ans à "la constitution d'un fond multilatéral consacré à la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose en Afrique", trois épidémies qui constituent une entrave majeure au développement des pays les plus pauvres.

Dans le même numéro de ce même journal, nous apprenons que 700 millions de francs ont déjà été investis par le président actionnaire de l'OM et qu'il en faudra encore 270 pour assurer l'avenir du prestigieux club phocéen. (Le Monde des 3 et 4 juin 2000). Le rapprochement de ces 970 millions de l'OM et des 984 millions de francs destinés au fonds multilatéral est indécent, j'en conviens, car comment comparer les besoins d'un grand club de football, qui fait le bonheur et la fierté d'une grande ville de France et de millions de supporters et d'amateurs, avec le coût des dépenses de santé publique d'un sous-continent de 500 millions d'habitants ?

Si je fais ce rapprochement, ce n'est pas pour donner mauvaise conscience aux supporters de l'OM. Ce n'est pas non plus pour stigmatiser une imposture du gouvernement, car 1 milliard d'euros provenant de l'effacement de l'ardoise de la dette seront aussi consacrés au sida. C'est pour faire prendre conscience de la faiblesse de nos engagements à l'égard de l'épidémie du sida en Afrique subsaharienne comparativement à nos ressources privées, comparativement à l'urgence des besoins et à la possibilité qui s'offre enfin d'y répondre efficacement.

Le coût exorbitant des traitements par trithérapie rendait jusqu'à ce jour quasi impossible toute stratégie de soin à très grande échelle et, par voie de conséquence, rendait psychologiquement difficile la détection et donc la prévention du sida. La fabrication de médicaments génériques rendue désormais possible par le retrait de la plainte des laboratoires pharmaceutiques contre le gouvernement sud-africain va abaisser considérablement le coût des traitements. Elle va également permettre une toute autre stratégie de lutte contre la pandémie.

L'attente des Africains par rapport à ces bonnes nouvelles est immense. Il ne faut pas qu'elle soit déçue. Et si les gouvernements africains doivent assumer leur part de responsabilité, il n'en reste pas moins qu'il est temps que se mobilisent tous ceux qui aiment l'Afrique et qui croient en l'avenir de ce continent : il faut absolument et rapidement trouver l'argent nécessaire pour payer les traitements, relancer le dépistage et la prévention, mettre les systèmes de santé en mesure de traiter et d'accompagner les malades.

Au moment où je termine cet éditorial, je lis dans le Jeune Afrique du 28 mai l'article de Paul Vallely du The Independant, à propos du rapport de l'association Christian-Aid qui invite le gouvernement britannique à doubler son budget d'aide pour lutter contre l'épidémie de VIH-sida. De l'argent contre le sida...

Michel Levallois


L'enjeu des transports dans le processus de régionalisation

Compte-rendu de la rencontre-débat du 30 mai 2001

Après les transports urbains et avant les transports et la mondialisation, la CADE a demandé à Roland Pourtier, professeur à l'Université Panthéon-Sorbonne et à Patrick Frenay, environnementaliste à l'Université Libre de Bruxelles, de traiter des "transports et de la régionalisation".

Roland Pourtier, professeur à l'Université Panthéon-Sorbonne, a commencé son exposé en rappelant que le problème de l'intégration régionale n'est pas récent. Il y a dix ans, dans les mêmes locaux, à l'initiative du Ministère de la Coopération, M. Pourtier était intervenu sur le thème de la régionalisation. Il avait pris le contre-pied des approches juridiques, politiques, pour pointer du doigt les problèmes géographiques comme le transport… Il apparaissait, déjà, une dichotomie entre des politiques, rêveurs, et des hommes de terrain comme les géographes, confrontés à des réalités locales.

"Coloniser, c'est transporter"

S'il peut y avoir du transport sans développement, le développement ne peut se faire sans transports. D'ailleurs, les transports peuvent être un critère d'appréciation du développement. Ainsi, en même temps que l'Etat congolais se désagrège, transporter devient de plus en plus difficile. Les colons avaient déjà compris l'importance des transports. Stanley disait : "sans chemin de fer, le Congo ne vaut pas un penny". Le développement des transports a été une grande œuvre de la colonisation qui établissait un contrôle politique et cherchait à profiter des richesses économiques. "Coloniser, c'est transporter" disait-on. Les nouveaux Etats ont utilisé les transports à des fins proches identiques : aménagement du territoire, encadrement de la population, à quoi il faut ajouter l'idée d'intégration régionale.

Finalement, au-delà de ces idées, la seule façon de bien comprendre les transports est de les pratiquer. Entrer dans un taxi-brousse plein à craquer ou voyager sur le toit d'un Toyota chargé de bananes est plus enrichissant que de lire des rapports dans un bureau comme le font trop souvent les experts des organismes internationaux.

"Du panier au transport routier"

Voyageurs et marchandises, que ce soit pour le marché local ou pour l'exportation, telle est l'utilisation principale des transports. On transporte aussi de l'information. Si ce phénomène immatériel est difficile à appréhender (car dans un espace virtuel), il permet sans aucun doute de faire des économies de transport de matériel, de mieux approvisionner les marchés…

Les modes de transport utilisés vont du simple panier jusqu'au transport routier. Le transport ancestral à dos de femmes pour les zones forestières, sur la tête ailleurs, reste fondamental. Les paniers, marque de l'ethnie, du statut de la femme, peuvent atteindre jusqu'à cinquante kilos : "La femme est la bête de somme de l'Afrique" a dit de Chaillu. Aujourd'hui, dans de nombreuses régions, la marche à pied est le moyen principal de valoriser le produit agricole. Ainsi, sans marche, sans portage, l'approvisionnement de beaucoup de villes serait impossible. La pirogue dans les régions qui le permettent est le deuxième mode de transport ancestral et il mériterait qu'on ne l'ignore pas.

Le transport fluvial, sur le fleuve Niger, au Congo où il existe 13,000 kilomètres de voies navigables, est un vestige de l'époque coloniale. Actuellement, il vivote. Les entreprises nationalisées, trop dépendantes des subventions, se sont effondrées, victimes de leur inefficacité. De plus, le manque d'entretien du fleuve comme le dragage, le balisage a correspondu à la déliquescence de l'Etat. Au total, le transport fluvial, faute d'entretien et d'organisation solides, s'est marginalisé.

Les chemins de fer, symboles de la colonisation, avaient été construits sans concertation. La voie métrique française est ainsi différente de l'anglaise. Certains tronçons ont un écart de voies de 67 centimètres, d'autres 1,435 mètres, pour le transport minéral. Seule l'Afrique Australe peut se vanter de posséder un véritable réseau ferroviaire. Ailleurs, les voies sont des "pénétrantes" qui, au mieux, assurent des échanges entre pays enclavés et pays côtiers. Mêmes les constructions récentes comme en Mauritanie ou au Gabon n'ont été construites que pour drainer les matières premières : respectivement le fer et le manganèse. Ces axes ne sont donc pas structurants de l'espace.

En revanche, la route permet des interconnexions plus faciles qui en font un réseau. Les progrès rapides ont été flagrants. Le seul fait de se déplacer en Afrique à quelques années d'intervalle permet de s'en rendre compte. Les Afriques orientale, australe et occidentale ont connu des améliorations conséquentes. Entre 1968 et 1993 on est passé d'un embryon national de transport à un réseau régional. Le Nigéria, la Côte d'Ivoire sont les exemples les plus probants. En Afrique centrale, le réseau reste faible. En 1990, l'immense Congo ne comptait que 2,400 kilomètres de routes asphaltées et des pistes peu entretenues.

Enfin, le transport multimodal - chemin de fer, transport fluvial et route - est une réalité pour les longues distances. L'enclave du Katanga possède de nombreuses voies pour les produits miniers. L'Afrique du Sud avec les ports de Durban, d'East London ou de Port Elizabeth reste privilégiée. Les guerres en Angola ou au Mozambique ont condamné ces voies. Seul Dar-Es-Salaam est susceptible de faire de l'ombre au géant sud-africain. Ces différentes solutions sont autant de coups qui portent atteinte à l'identité nationale du Congo. Car depuis la colonisation belge, les autorités ont toujours cherché à privilégier la grande voie nationale. Elle nécessitait de nombreuses ruptures de charge qui augmentent le coût et le temps de transport, mais cet axe était le gage d'une certaine indépendance, en rabattant le réseau routier vers lui et en structurant ainsi le territoire.

" Tant qu'un semblant de réseau de transport ne sera pas construit, l'intégration régionale restera un mythe"

L'espace peut s'analyser d'abord à une échelle locale. Les transports servent d'abord à approvisionner les villes. Afin de faire face aux défaillances des pouvoirs publics, les notables, les religieux se substituent souvent à ceux-ci. La dimension nationale assure un transport plus lointain des marchandises, des hommes et des idées. Les routes ou les voies chemin de fer sont les symboles de la nation. Le transgabonais a servi de ciment à l'identité nationale sous le slogan " ni tribus, ni ethnies mais une nation. " Des chants, des danses autour du chemin de fer ont accompagné la construction mentale et physique de la nation gabonnaise. L'espace régional est la troisième dimension de cet espace, ses caractères sont différents.

L'UEMOA, la SADC possèdent un réseau routier modeste qui se construit, la CEMAC a encore tout à construire. Tant qu'un semblant de réseau de transport ne sera pas construit, l'intégration régionale restera un mythe, comme le développement.

"La construction de voies de communication est plus justifiée par des raisons politiques que des logiques sociales ou économiques"

Patrick Frenay, environnementaliste, urbaniste et géographe, a d'abord décrit trois cas, avant d'analyser les facteurs du développement. Au Cameroun, les voies de communication ont connu une construction lente et progressive : en 1900, quelques pistes sont mises en état, en 1930, une amorce de ligne de chemin de fer est construite. Après 1960, le transcamerounais, prolongé par une route bitumée, unifie le territoire. Ngaoundéré, située à la rupture de charge de cet axe bimodal rail-route aurait dû bénéficier de ces nouvelles infrastructures. En fait, le commerce a été capté par les migrants Bamilékés, tandis que les populations locales restaient exclues du développement. La construction de voies de communication est plus souvent justifiée par des raisons politiques que par des logiques sociales ou économiques. Ainsi, à l'indépendance, le Cameroun anglophone a été intégré à la partie francophone. L'ambition de l'époque a été d'intégrer le territoire anglophone, trop lié au Nigeria voisin. De même, Yaoundé, où réside le pouvoir en place, a longtemps été isolé pour le protéger de Douala, afin de conserver son aire d'influence économique. Aujourd'hui, le territoire est largement marqué par son histoire (zones désarticulées et éclatées).

Au Gabon, le Transgabonais exprime la volonté d'une plus grande indépendance nationale, considérée plus importante que le développement, afin d'exploiter les ressources primaires du pays comme le minerai et le bois. Ce projet a été réalisé sans concertation des villages locaux, dont la structure sociale a été détruite par l'établissement de camps forestiers, de camps de travailleurs ou encore de cités ferroviaires. En outre, les ressources exploitées ne sont pas dans les mains des populations autochtones. La rente pétrolière est donc peu bénéfique et l'écotourisme ne compense pas les pertes.

En Guinée, le transguinéen illustre parfaitement le rôle des voies ferrées actuelles. Alors que le rail irriguait, il y a vingt ans, les villes moyennes de trois régions importantes, il ne fonctionne plus. Deux nouvelles lignes ont été réalisées dans les années 1980 par les Français et les Russes. Bien que toutes deux partent du port de Conakry, elles ont été construites indépendamment l'une de l'autre. L'objectif n'était pas de générer un quelconque développement, mais d'exporter au plus vite les produits miniers. La seule conséquence notable pour les populations locales est peut être le nombre de personnes écrasées et les nuisance sonores.

"Les nouvelles voies accélérent l'exode rural"

Les effets des voies de communication sur le développement sont nombreux, souvent inattendus et parfois à l'opposé des résultats recherchés. Les conséquences sont donc variées.

Les raisons politiques, qui justifient de nouveaux travaux, peuvent être la recherche d'un contrôle du territoire et de réduction de la dépendance de l'extérieur. La volonté d'intégration nationale est aussi avancée, mais cela se traduit par la dépendance de la périphérie par rapport au centre. Ainsi, au Congo, la région du Shaba est volontairement dépourvue de barrage hydroélectrique. La zone minière reste donc dépendante du barrage d'Inga, plus proche de Kinshasa. En Afrique du Sud, c'est la recherche d'un main d'œuvre bon marché pour les "townships", qui a justifié la construction d'un axe Maputo-Johannesbourg (à ce sujet, Mlle Blanc interviendra sur les effets régionaux et internationaux du corridor de Maputo lors de la prochaine conférence). Si l'axe a permis d'enrichir les élites, les zones rurales ont perdu une main d'œuvre précieuse.

Le désenclavement a des conséquences sociologiques et démographiques. Il s'accompagne d'une acculturation qui disloque les liens sociaux, les nouvelles voies servent d'accélérateur à l'exode rural. Plutôt que de contribuer à un développement endogène, les nouvelles voies prolétarisent les populations. Le propos n'est pas de dire qu'il ne faut pas de changements, mais de dire qu'il faut les préparer.

Des modifications dans les productions agricoles sont induites par les voies de communication. Le vivrier est remplacé par des productions d'exportation qui accroissent la dépendance de l'extérieur. De plus, l'ouverture au marché de consommation oblige les populations à se procurer de l'argent et donc à développer les cultures d'exportation. La base alimentaire des sociétés en est fragilisée, les populations deviennent tributaires de revenus aléatoires soumis aux aléas des cours mondiaux.

Des aspects économiques et financiers peuvent être avancés. Ainsi, les voies de communication facilitent la transformation des produits de base à l'extérieur, là où il y avait les prémices d'une industrialisation. Il ne faut pas oublier les conséquences sur la balance des paiements liés au coût des infrastructures mais aussi de l'achat du carburant. Cet effet négatif hypothèque la mise en place d'autres projets, la satisfaction d'autres besoins.

Le propos n'est pas de dire que les transports ne doivent pas être développés. Les échanges sont la base du développement, et passent donc par la constitution d'un réseau de transports fiables. Néanmoins, il faut réfléchir aux choix qui seront faits : vaut-il mieux construire des routes primaires ou secondaires ? Au final, les politiques de développement des transports doivent être conçues dans leur globalité, afin de pouvoir en faire bénéficier le plus grand nombre.

Le débat

Monsieur Djakité, de l'entreprise de transport Socafi, d'Abidjan, a tenu à féliciter la Cade d'aborder un sujet aussi important, surtout à l'heure de la mondialisation. Il a précisé l'importance de contacts entre opérateurs locaux et chercheurs internationaux, sans oublier que les routes sont la possession des Africains.

L'un des principaux problèmes aujourd'hui concerne le transport des produits agricoles. Comment faire pour que la pomme de terre d'Agadés soit vendue au prix le plus bas possible à Libreville ?

Les aéroports secondaires, où les taxes sont inexistantes ne pourraient-il pas remplacer les aéroports principaux pour livrer moins chers les produits agricoles ?

En somme, quelles sont les solutions face aux nombreux problèmes soulevés par les intervenants ?

M. Pourtier tient à préciser que la gestion de l'espace doit d'abord se faire en utilisant les marchés de proximité. Mais, il est vrai que les intervenants ont plus parlé de l'infrastructure par rapport à l'espace, et il eut été intéressant de traiter aussi des flux et des acteurs.

De la colonisation aux problèmes actuels d'entretien

La deuxième question qui a été évoquée est celle de l'entretien des routes. Car si la colonisation a pu par des méthodes de contraintes, impôts ou corvées, mises en œuvre par les administrations et les sociétés cotonnières, entretenir les routes, les ministères des gouvernements africains qui ont pris la suite, n'ont pas attaché à cette question l'importance qu'elle méritait. Ils se sont plus préoccupé de construire des routes nouvelles que d'entretenir le réseau existant. On peut se demander si la solution n'est pas dans les péages dans la mesure où les fonds collectés sont affectés à l'entretien et où disparaissent les péages "sauvages"

Pour conclure, M. Pourtier a rappelé que le transport est une des composantes essentielles du développement et de la régionalisation, il ne doit ni les suivre, ni les précéder, mais les accompagner.

Gildas Grimault


La francophonie au pluriel

Du 16 au 20 mai 2001
Colloque International organisé en l'honneur du Xème anniversaire de l'Année Francophone Internationale

L'Année francophone Internationale (AFI), revue annuelle, est une précieuse source d'information et de documentation pour tous ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur cet ensemble qui regroupe plus d'une cinquantaine de pays, puisque, outre les états membres de la francophonie, la revue étend ses études à d'autres pays où l'usage du français est répandu.

Pour son dixième anniversaire, l'Année Francophone Internationale a organisé un colloque international dont nous relatons ci-dessous les différents axes de réflexion, le but étant de s'interroger sur la diversité de l'héritage culturel de la francophonie que l'on a trop souvent enfermé dans une problématique commune.

Ce colloque s'est déroulé à la fondation Biermans-Lapôtre (Maison des étudiants belges de la Cité Universitaire) et à la Sorbonne :

- en collaboration avec le Réseau Théophraste (écoles francophones de journalistes) ;

- sous le Haut Patronnage de l'Unesco, de l'Organisation Internationale de la Francophonie ( O.I.F.), de l'Agence Universitaire de la Francophonie (A.U.F.), et du Rectorat de Paris ;

- en partenariat avec Radio-France et avec le concours des gouvernements francophones et des principaux medias de langue française ainsi que des centres universitaire d'études francophones.

La conférence inaugurale a été prononcée par le Recteur Michel Alliot, ancien Président de Paris VII, ancien directeur du laboratoire d'Anthropologie Juridique de Paris I. Elle s'intitulait: " L'Autre et nous".

La deuxième journée s'est divisée en trois grandes parties :

I. Quelle francophonie ?

Sous la présidence du Professeur Salif N'Diaye, ancien ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, Ambassadeur de Côte d'Ivoire à Paris , avec les communications de :

- Jean-Marc Léger, fondateur de l'Association des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue Française (AUPELF) et de l'Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT): "L'ambition des pionniers de la francophonie".

- Roger Duhaybe, Administrateur Général de l'Agence Intergouvernemental de la Francophonie: "La Francophonie aujourd'hui".

- Philippe Suinen, Commissaire général aux Relations Internationales de la Communauté Française de Belgique : "La francophonie nécessaire mais pas suffisante".

II- Quelle diversité culturelle ?

Sous la présidence du Professeur Fred Constant, vice-Président de l'Université des Antilles et de la Guyane, chargé des Relations Internationales, se déroula une très intéressante Table Ronde sur "La création artistique dans la francophonie", animée par Armelle Lebras-Chopard, Prix Medicis Essai 2000 (France), avec le concours de Denise Bombardier, (Québec), Maryse Condé, (Guadeloupe), et Venus Khoury-Ghata, (Liban).

III- Quelle information dans l'espace francophone ?

La Présidence était assurée par Jean-Charles Bourdier, Directeur du Développement du Républicain Lorrain, Président de la section française de l'Union Internationale des Journalistes de Langue Française (UJPLF).

L'exposé introductif fut prononcé par Jean-Marie Cavada, Président Directeur Général de Radio-France et Président de la Commission des radios publiques de langue française. Les principales communications furent présentées par Philippe Sainteny, Conseiller spécial du Président Directeur Général de Radio France International : "Y a-t-il un espace médiatique francophone ?" et par Marie-Christine Saragosse, Directrice générale de TV5 ; par François Régis Hutin, Président Directeur Général du quotidien Ouest-France : "Y a-t-il une éthique commune et spécifique de l'information dans l'espace francophone ?", et Henri Pigeat, ancien directeur général de l'Agence France-Presse (AFP), et Président de la section française de l'International Institute of Education.

La séance de clôture fut présidée par Mme Hélène Carrère d'Encausse, Secrétaire Perpétuel de l'Académie Française.

Denyse de Saivre


L'accord de Cotonou au service des plus pauvres

Tel était le titre (et le résumé) de l'article publié dans l'édition spéciale de septembre 2000 du Courrier ACP-UE (le magazine de la coopération au développement publié par les 78 pays de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et les quinze de l'Union Européenne) par Monsieur Poul Nielson, Commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire.

 "Le 23 juin 2000, date de la signature de l'Accord de Cotonou, est à marquer d'une pierre blanche : cette date sera désormais synonyme d'un événement historique et politique majeur… L'accord de partenariat donnera en effet un nouvel essor aux relations entre les états ACP et l'Union Européenne. Il s'inscrit résolument dans le cadre de la dynamique internationale mise en place afin de promouvoir le développement durable et de lutter contre la pauvreté".

Qu'est-ce que l'accord de Cotonou ?

C'est le nouveau cadre de coopération Nord-Sud, qui se fonde sur les 25 années de coopération ACP-UE, (conventions successives de Lomé).

 Cet accord de partenariat établi pour 20 ans est centré sur l'objectif de réduction, et, à terme, d'éradication de la pauvreté, tout en contribuant au développement durable et à l'intégration progressive des pays ACP dans l'économie mondiale.

Les institutions de l'Accord de Cotonou

1. Le Conseil des Ministres ACP-UE comprend les membres du Conseil de l'Union Européenne, des représentants de la Commission, et un Ministre de chaque Etat ACP .

Le conseil se réunit au moins une fois par an pour superviser tous les aspects politiques du bon fonctionnement de l'accord et prendre des décisions en ce sens.

2. Le Comité des Ambassadeurs ACP-UE (représentant permanent de chaque Etat membre et chef de mission de chaque Etat, représentant de la Commission) assiste le Conseil des ministres dans le suivi des dispositions de l'Accord.

3. L'Assemblée Parlementaire paritaire ACP-UE est composée, en nombre égal, de représentants parlementaires de l'Union Européenne et des ACP. Elle se réunit deux fois par an en session plénière alternativement dans l'UE et dans un Etat ACP.

Elle adopte ses résolutions et adresse des recommandations au Conseil des Ministres et en vue de la réalisation des objectifs de l'Accord.

4. Les institutions basées à Bruxelles :

 - le Secrétariat ACP

 - la Direction Générale Développement de la Commission Européenne

 5. Les Institutions sur le terrain :

 - les ordonnateurs nationaux

 - les Délégations de la Commission Européenne

 6. Les Agences spécialisées :

 - le Centre pour le Développement de l'entreprise (CDE) à Bruxelles

 - le Centre Technique de Coo-pération Agricole et Rurale (CTA) à Ajwageningen (Pays Bas).

 Les objectifs de l'Accord de Cotonou

 Le partenariat repose sur un fondement politique solide accepté par les parties : respect des droits de l'homme, principes démocratiques, état de droit, bonne gestion des affaires publiques.

Il comporte deux piliers : le commerce et l'aide.

Le commerce : les préférences tarifaires non réciproques, actuellement appliquées, sont maintenues jusqu'au 31 décembre 2007. A partir de 2008, d'autres arrangements, compatibles avec les règles de l'OMC, seront négociés dans le cadre de zones de libre-échange pour chacune des grandes régions africaines.

 L'Aide : (coopération financière et technique) sera acheminée par le biais de deux

instruments :

- des subventions visant à appuyer le développement à long terme (programmes nationaux et régionaux) ;

- la facilité d'investissement (soutien au secteur privé) ;

- la Banque Européenne d'Investissement.

Ressources financières de l'Accord de Cotonou

Compte tenu des reliquats non utilisés des derniers Accords de Lomé, les ressources financières s'établissent de la manière suivante :

Ressources financières pour la période 2000-2007 (en milliards d'Euros)

a) Neuvième FED en 2000 (Fond Européen de Développement) :
13,5

dont :

- Enveloppe à long terme : 10.

- Enveloppe régionale : 1,3.

- Facilité d'investissement : 2,2.

 b) Reliquats précédents Fond Européen de Développement de :
9,9

c) Ressources propres Banque Européenne d'Investissement de :
1,7

Soit un volume global de :
25,1 (165 Milliards de Francs)

Il faut espérer que la lourdeur des procédures administratives n'entravera pas la réalisation de ce programme ambitieux et muni de ressources solides.

 Bernard Monnier


Inégalités et Politiques Publiques

Ce gros ouvrage de 450 pages qui est sorti au printemps, mérite d'être signalé aux membres et amis de la Cade, car il arrive à point nommé pour fournir des éléments de réponse à ceux qui s'interrogent sur le bien fondé du développement (cf, Serge Latouche dans Le Monde Diplomatique) et sur l'application des politiques de "consensus de Washington". Cet ouvrage dresse le bilan d'une expertise collective lancé par l'IRD à laquelle ont participé quelques 35 chercheurs africains, français et étrangers, afin de déterminer les changements survenus depuis 1980 dans le comportement des individus, familles et groupes sociaux et d'éclairer les conduites des politiques publiques de lutte contre la pauvreté et les inégalités.

Si l'on oublie pas que la pauvreté est le lot du très grand nombre, 40% de la population en 1993 soit 280 millions de personnes vivant avec moins d'un $ par jour, on voit bien l'intérêt de cette recherche pluridisciplinaire.

Les résultats ont été regroupés en trois parties : paupérisation et inégalités d'accès aux ressources, jeux d'acteurs locaux et pluralité des normes, greffe de normes étrangères et pénétration de l'économie globale dans les sociétés africaines.

La plupart des questions qui se posent aujourd'hui touche les personnes qui s'interrogent sur la pertinence et l'efficacité des concepts de politiques qui ont été appliqué à l'Afrique, qu'ils s'appellent macro économie, ajustement structurel, " actions à la base ", bonne gouvernance, démocratisation, conditionnalité.

Les conclusions de ce travail sont passionnantes :

- la pauvreté est une réalité sociale et politique tout autant qu'économique.

- Elle rime avec précarité, marginalité, vulnérabilité, inégalité.

- Lutter contre la pauvreté nécessite d'articuler les micro rationalités des acteurs sociaux avec leurs effets sur le plan de l'intérêt général.

Ainsi, les pratiques de lutte contre la pauvreté devraient partir du jeu social, du "bas" et prendre en compte la "pluralité des normes", les inégalités structurales, le jeu des acteurs sociaux. La nécessité d'une de sa légitimité. Ce qui implique la négociation de la redistribution du pouvoir et des ressources, enfin, la nécessité d'une approche plus politique de la "lutte contre les inégalités".

Michel Levallois

Inégalités et politiques publiques en Afrique, sous la direction de Gérard Winter. Karthala-IRD. 2001.


La troisième étape de la CADE : 2002-2003

Suite à la réunion de réflexion et d'échanges organisée par le Bureau de la Cade le 7 juin à l'IIAP et à laquelle vingt "africanistes", membres et/ou amis de la Cade ont pris part, le Bureau a retenu un certain nombre d'orientations qui sont portées à la connaissance des lecteurs de la Lettre de la CADE afin qu'ils puissent réagir et qui seront proposées au Conseil d'Administration et à l'Assemblée Générale de l'Association en octobre, pour décision et mise en œuvre éventuelle.

1. Un consensus s'est dégagé :

- pour poursuivre l'action que mène la Cade depuis six ans, afin d'élaborer et de diffuser une information sérieuse qui rende compte des réalités africaines à l'intention d'un public non spécialisé de citoyens qui s'intéressent à l'Afrique ou qui pourraient être sensibilisés à ces réalités ;

- pour que la Cade se donne de nouvelles ambitions et des moyens renforcés.

2. Il a en conséquence été proposé que l'action de la Cade soit améliorée et complétée

par :

- la constitution de groupes de travail ou d'ateliers pluridisciplinaires, qui prépareront les rencontres-débats de la Cade, et s'efforceront de leur assurer une plus grande publicité et de leur donner un suivi (dossiers, conférences, etc.) ;

- le développement de contacts réguliers plus fréquents avec les milieux africains, grâce notamment à des correspondants en Afrique.

3. Il a été demandé que la Cade se donne les moyens de toucher un public plus large:

- en augmentant le tirage et le nombre des destinataires de la Lettre de la CADE, ce qui suppose de trouver des abonnements de soutien ;

- en établissant des liens avec les ONG, les acteurs de la coopération décentralisée (collectivités locales) et les acteurs de l'éducation au développement (Education nationale et autres).

4. Pour les années 2002 2003

Un appel à des "thèmes-ateliers" a été lancé pour préparer les 18 rencontres-débats des années 2002-2003, dont 14 rencontres thématiques et quatre consacrées à des pays. D'ores et déjà les thèmes ateliers suivants ont été proposés ou envisagés, sous réserve de précisions ultérieures :

- Economies africaines et libéralisation des échanges.

- Productivité africaine. Bilan et prospectives.

- Philosophie et Histoire.

- Etat et Société.

- Afrique et modernité.

- Art et société.

- Image de l'Afrique et Afropessimisme.

- Relations internationales inter-africaines.

- L'Urbanisation.

5. Le Conseil d'Administration et l'Assemblée Générale d'octobre devront se prononcer sur un projet pour La CADE 2002- 2003 qui devra comporter :

- un programme de 18 thèmes-ateliers mis au point après l'appel d'offre lancé le 7 juin et renouvelé ici (voir paragraphe 4 ci-dessus) ;

- une charte de préparation, de suivi et d'exploitation des rencontres-débats ; appel à des africains, dossiers, publications ;

- un dispositif de partenariat institutionnel et financier avec d'autres associations ou organismes publics et privés ;

- une coopération avec les éditions KARTHALA ;

- un projet de renforcement du site Internet.

Le Bureau de la Cade


Ils ont écrit

Nous avons lu avec beaucoup d'intérêt l'interview de Jean Marc Ela dans la revue des étudiants africains en Belgique, "l'Africain", sur les "tâches des nouvelles générations vis-à-vis de l'Afrique". Avec l'aimable autorisation de la revue, nous reproduisons ici un extrait de cet entretien qui confirme le regard et le discours de la Cade.

L'Africain : Comment donner aux étudiants une image positive de l'Afrique alors que certains médias occidentaux ne cessent d'en donner une image négative : on parle de l'Afrique comme un "continent perdu", le "continent mal parti", etc…

Jean Marc Ela : Un homme ou une femme qui a été à l'école jusqu'à l'université, on peut espérer qu'il a appris à acquérir un esprit critique, cela lui permet précisément, face aux images qu'on peut fournir de l'Afrique, de savoir comment réagir. Ces images sont produites par des groupes d'intérêts qui cherchent plus ou moins à se déculpabiliser ou à renforcer dans l'esprit de beaucoup, l'idée qu'il n'y a rien à attendre des Africains. Il faut le savoir. L'Africain n'a pas à s'aligner sur des images qui sont de pures mystifications sans aucune connaissance des réalités. Car finalement, ces images véhiculent des opinions, des préjugés, des stéréotypes qui relèvent du fantasme. On ne peut pas réduire l'Afrique à des images d'apocalypse. Par conséquent cela ne peut pas être un obstacle pour rentrer dans son pays ou son continent. C'est la première chose à dire, par rapport à ces images démotivatrices, à ceux qui sont tentés de ne pas rentrer.

Deuxième chose, il faut que les Africains apprennent à produire les connaissances pour mieux informer les gens d'ici qui, pour la plupart, sont condamnés à consommer ce qu'on leur présente à la télévision. Il est évident que si on voulait bien lire un tout petit peu ce qui s'écrit sur l'Afrique, on verrait qu'il n'y a pas que le sida, la corruption, les pauvretés. Bien sûr il y a des gens qui sont dans des situations très difficiles, mais il y en a aussi qui essaient de se mobiliser, qui s'organisent pour vivre autrement, même lorsqu'ils sont devant des contraintes extrêmement dures et sévères.

Il y a une autre Afrique qui s'invente. C'est de celle-là qu'il faut parler. Les Africains qui sont ici, en Europe en particulier, sont en quelque chose des chargés de mission. Je suis impressionné quand je compare les nouvelles générations d'aujourd'hui à celles des années 50, celles dont je parlais tout à l'heure à propos d'Alioune Diop, (voyez tout le travail qu'il a fait avec la revue Présence africaine )

Lui et ses compagnons ont changé le regard des Occidentaux sur l'Afrique. Ils ont fait comprendre que l'Afrique n'était pas un monde primitif, mais riche de cultures et de civilisations. Pour cela, ils se sont associés à des Européens. Dans l'équipe de Présence africaine autour d'Alioune Diop, vous trouviez des gens comme Jean Paul Sartre, Victor Monod, Georges Balandier, Albert Camus, ces intellectuels qui ont adhéré à ce que faisaient ces jeunes intellectuels africains, et qui les ont appuyés considérablement. Cela a changé beaucoup de choses. Ceux qui sont ici à l'heure actuelle en Europe ont des responsabilités pour qu'on apprenne à regarder l'Afrique autrement. Cela veut dire qu'il faut investir les espaces de communication pour produire d'autres savoirs sur le continent africain.

Nous avons mission de libérer les gens d'ici de l'ignorance qui est entretenue par les milieux qui ont intérêt à ce qu'on n'apprenne pas a penser l'Afrique de façon plus objective, je dirais même plus scientifique.

L'Africain : Comment voyez vous l'avenir de l'Afrique ? Pensez vous qu'il y a des pistes qui se dégagent pour une nouvelle Afrique ?

Jean Marc Ela : L'esprit d'entreprise des jeunes Africains m'impressionne. Au niveau de l'économie par exemple, et pas seulement informelle, il y a de nouveaux acteurs socio-économiques qui émergent sur le continent africain. Cela m'apparaît comme un potentiel énorme pour l'avenir . Cette émergence de nouveaux acteurs peut être pour nous une sorte de pari qu'il faut gagner. Il est important que les Africains prennent conscience d'eux-mêmes et qu'ils aient confiance en l'efficacité des valeurs qui sont les leurs, mais qu'ils ne les gardent pas pour eux-mêmes. Les valeurs africaines sont un bien pour l'humanité. C'est pour cela que nous devons les cultiver, les promouvoir, les vivre et les porter avec nous-mêmes.

Source : L'Africain 39ème année. n°3 mars 2001. n°198.

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E- mail :
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L'abbé Jean Marc ELA est Camerounais et professeur de sociologie à l'Université du Québec.


La page économique

Interrogations à propos des organismes régionaux

La mise en place d'organismes structurant les grandes régions africaines est reconnue comme la voie d'accès du continent au commerce mondial.

D'ici 2002 l'Afrique doit se préparer à être admise à l'organisation Mondiale du Commerce (OMC) en coopération avec l'Union Européenne (UE). De multiples rencontres à tous niveaux seront nécessaires : un calendrier doit être établi.

C'est dans ce but que se sont retrouvés les 10 et 11 avril 2001 à Johannsbourg les 18 ministres ACP (pays d'Afrique, Caraïbes, Pacifiques) en charge de ces préparatifs : trois par zone d'Afrique Sud, Est, Centre, Ouest, Caraïbes, Pacifique. Une seconde réunion s'est tenue en mai à Bruxelles. Sur le continent le lieu n'a pas été choisi au hasard.

En effet, l'Afrique du sud pose question. Quoique ACP, elle entretien avec l'Europe des relations spécifiques, car elle représente 50 % du PIB Sud Sahara.

Les négociations pour un accord commercial ont commencé en 1995. Quatre ans après, un texte a été signé "à titre intérimaire"… Il est toujours en vigueur, essentiellement en raison des réticences européennes. Le gouvernement sud africain serait donc fondé à abandonner cette voie sans issue pour se rattacher à l'accord de partenariat économique régionalisé (APER) qui couvrira sa zone.

Mais est ce bien le moment ? Actuellement ces APER aussi posent question.

Les accords de partenariat

D'une part leur mise en place suppose, pour chaque pays, une bonne connaissance de son économie, des études d'impact pour mesurer les conséquences de l'ouverture des frontières douanières et l'élaboration de scénarios imaginant leur évolution probable. A cette fin l'Europe avait promis à Cotonou, en juin 2000, une assistance technique de 20 millions d'Euros. Rien n'est encore versé et les préparatifs prennent du retard. D'autre part l'initiative européenne de libéralisation commerciale avec les PMA (Pays les Moins Avancés), baptisée "tout sauf les armes" quoique pas encore entrée en vigueur sur le terrain, agit sur les esprits. L'expression par elle-même a beaucoup de succès dans l'opinion. Elle risque de mettre à mal l'unité des ACP en créant deux catégories de pays ACP "plus " ou "moins" avancés.

Dans chacune, des regroupements pourraient intervenir hors régionalisation. A Bruxelles le vocabulaire a déjà évolué : on parle d'APE sans le "R" de la composante régionale.

Quoiqu'il en soit, pendant que les APER aux limites encore floues, se créent péniblement, les organismes régionaux existant mènent leur vie propre, réagissant aux vicissitudes économiques internes et externes. Ainsi la hausse du PIB du pétrole contribue au 6% de hausse du PIB en Afrique centrale, productrice, et au seulement 1% en Afrique de l'ouest, consommatrice. De son côté, Washington a décidé de s'appuyer sur ces structures. Lors de sa visite dans quatre pays africains (Afrique du sud, Kenya, Ouganda, Mali) le secrétaire d'Etat Colin Powel l'a dit avec force. Il y voit la meilleure formule pour résoudre les conflits et promouvoir l'intégration économique.

Robert Ginesy

NDLR : l'essentiel des informations reprises dans cette page est puisé dans l'hebdomadaire "Marché Tropicaux et méditerranéens".


La face cachée de l'APD

Le 11 mai dernier le comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE a décidé de "délier" l'aide bilatérale aux PMA pour les projets d'équipement, l'aide sectorielle, le soutien aux importations, mais pas pour l'assistance technique. Cette mesure touchera cinq milliards de dollars sur les huit apportés par les membres du CAD.

L'aide en sera ainsi plus efficace, car les achats financés dans le cadre d'une aide liée coûtent 20 à 25 % plus cher que lorsque la concurrence internationale joue. Mais elle ne représente plus que 16 % en moyenne des apports publics, avec de grandes variations d'un pays à l'autre : de 75 % à pratiquement 0 %. Cette réduction potentielle du retour de l'aide pourrait amener certains donateurs à réduire leurs financements. Le risque toutefois n'est pas grand. Liée ou pas l'aide française à l'Afrique (bilatérale et multilatérale) revient pour environ 80 % sous forme de commandes de fournitures, matériels, travaux générant emplois et taxes. Avec la Banque Mondiale le phénomène est plus discret, parce que purement comptable. Elle place ses liquidités (28 milliards de dollars) en bons du Trésor libellés en dollars, euros et yens, et les Etats prêteurs encaissent les intérêts.

Par ailleurs en 1999/2000 la France a versé 520 millions comme souscription et a obtenu 8,6 milliards de dollars de contrats. Ce rapport de 16,5 % entre investissements financiers et commandes aux entreprises est sensiblement le même qu'en Grande Bretagne et au Japon, plus qu'aux Etats Unis (12,5%) et moins qu'en Allemagne (27%)

Robert Ginesy


Notes de lecture :
Les Fous d'Afrique de Jean de la Guerivière

Si l'on s'en réfère aux titres et au contenu des ouvrages "grand public" des deux dernières décennies, il ne paraît pas possible de traiter de l'Afrique au bénéfice de citoyens, désireux de s'informer mais ne voulant ou ne pouvant devenir spécialistes, sans se positionner sur le terrain affectif, dans les marécages du scandale, les brouillards de la désespérance ou le sanguinolent des journaux télévisés.

Entre les "Afrique à cœur", "Pour l'Afrique" et autres "noirs desseins", et sauf le respect dû à des auteurs certainement convaincus de livrer la bonne parole ou de dénoncer les vraies turpitudes, le lecteur non spécialiste que je suis, mais peut-être raisonnablement informé et naïvement convaincu que rien n'est jamais tout noir, tout rose ou tout blanc, finit par éprouver une certaine méfiance devant les rayonnages des libraires consacrés aux dernières parutions. Ceci explique le regrettable retard pris à la lecture du dernier livre de Jean de la Guérivière,

"Les Fous d'Afrique", le titre m'ayant fait craindre un nouveau plaidoyer généreux et peu convaincant ou une charge sans nuance. Mal m'en a pris, et je m'empresse d'en recommander la lecture.

Journaliste au Monde , ayant longtemps "couvert" le continent africain, l'auteur éprouve manifestement pour les hommes et les choses d'Afrique (j'entends par là aussi ceux et celles qui se sont fait africains) une sympathie sans complaisance, un profond intérêt, mais pas d'illusion, de l'indulgence sans complicité, et une admiration qui sait ne pas être dupe des petitesses.

On regrettera peut-être le survol trop souvent rapide des cent cinquante dernières années de relations ambiguës entre l'Afrique et ses conquérants. Le regret devient vite véniel dès lors que l'on constate la capacité de l'auteur à ne pas se laisser aveugler par la passion, à regarder sous tous les angles et à essayer - avec un certain succès - de faire partager à son lecteur les diverses perspectives selon lesquelles on peut analyser les choses. Savoir, comme le fait l'auteur, reconnaître que la colonisation a apporté de bonnes choses aux colonisés sans verser dans le panégyrique, montrer quel a été pour les intéressés le très lourd prix à payer sans écrire pour autant de réquisitoire vengeur, c'est une science et un talent que l'on aimerait voir plus répandu.

Il y a fort à parier que les lecteurs de la Cade seront sensibles à la manière mesurée et néanmoins sans fard dont Jean de la Guérivière justifie le titre de son ouvrage : pour le meilleur comme pour le pire, les relations des Français avec le continent africain et ses habitants ont été marquées d'un grain de folie.

Jean Nemo

Les Fous d'Afrique de Jean de la Guerivière. Editions du Seuil.


La revue des revues

 

Elle est particulièrement riche et intéressante en cette fin d'année scolaire car très axée sur l'actualité :

Politique africaine publie un numéro 81 consacré au Zimbabwe, l'alternance ou le chaos, et à l'Angola, la guerre sans fin.

Afrique contemporaine, dans son numéro 197 de janvier-mars, traite aussi de l'Afrique centrale, du Zimbabwe, de l'Angola, et de l'Union africaine.

Autrepart, collection des sciences sociales de l'IRD (ex ORSTOM) sort un numéro sur Des Écoles pour le Sud édité par Marie-France Lange.

La jaune et la rouge, revue des anciens élèves de l'Ecole Polytechnique mérite une mention spéciale pour le dossier Congo qui occupe l'essentiel de sa livraison de mai 2001. Il y est évidemment question du pétrole angolais et gabonais, du Congo- Brazzaville, et du Congo- Kinshasa. Certains feront la fine bouche devant le tableau optimiste d'une Afrique " off-shore ", qui ignore la misère des populations de l'intérieur et les réalités de pouvoirs dictatoriaux. Mais les contributions sur les transports, sur la croissance de Kinshasa et sur les réalisations d'AgriSud sont intéressantes et nous avons été agréablement surpris par le ton résolument positif de ce dossier et particulièrement par l'éditorial. La Cade peut faire sien le refus d'un certain regard sur l'Afrique.

Défis Sud, publication des associations Action pour le développement de Belgique et du Luxembourg consacre à la pauvreté et au commerce un excellent dossier, à l'occasion de la Conférence des Nations unies sur les pays les moins avancés qui s'est tenue à Bruxelles du 14 au 20 mai et à la proposition du Conseil européen "Tout sauf les armes". Notons en particulier les entretiens avec Albert Tévoèdjre et Honorat Haguessy sur l'emploi du mot pauvreté, avec Pascal Lamy et un résumé du dernier ouvrage du prix Nobel Amartya Sen, L'économie est une science morale.

Foi et développement, du Centre Lebret nous livre une analyse de Roland Colin sur L'Afrique du nouveau siècle, de l'ambiguïté à l'espérance. Rappel de la modernisation coloniale et de l'accession brutale des populations africaines à la modernité depuis la seconde guerre mondiale, critique des inégalités insoutenables générées par les logiques contradictoires de l'assimilation et de la marche vers l'autonomie puis vers les indépendances, constat des éclatements issus de ces tensions, la réflexion de Roland Colin débouche sur l'analyse des dynamiques profondes qu'il a connues et soutenues tout au long de son engagement africain et de celui de sa femme, qui sont à l'œuvre aujourd'hui et qui sont l'espoir de demain.

L'Afrique en chantier est le numéro 7 de la revue Agir, animée par Eric de la Maisonneuve, qui comporte notamment d'intéressants articles de Abdoulaye Wade, Pierre Messmer, Michel Rocard, Philippe Engelhard, Jacques Bugnicourt, Paul Fokam et de nombreux autres.

Agir,
63, avenur de Villers
75017 Paris.


En bref

Pour vos agendas

Le 19 Juin, une journée pour l'annulation de la dette organisée par la plate-forme d'information et d'action sur la dette des pays du sud.

Chez nos partenaires

Sophie Bessis, historienne et journaliste, vient de publier à La Découverte, L'Occident et les autres, histoire d'une suprématie. Le temps et la place nous manquent pour donner ici un compte-rendu de cet ouvrage qui "s'attaque" par l'analyse historique et politique, à ce "noyau dur" de la conscience occidentale dans son rapport à l'Autre, et en particulier avec le Sud, qui est le sentiment de sa supériorité. Un puissant renfort intellectuel dans le combat que mène la Cade.

F-X Verschave et L. Beccaria ont réussi le tour de force de faire paraître moins d'un mois après le jugement, Noir procès, offense à chefs d'État, le compte-rendu intégral de leur procès devant la 17° chambre du tribunal de grande instance de Paris. Henri Senghor avait rendu compte de la portée juridique et politique de ce jugement dans la dernière Lettre de la CADE. La lecture des compte-rendus d'audience révèle le sérieux du travail de Survie et la gravité des pratiques mafieuses que dénonce l'association Survie.

A voir

Little Sénégal, un film de Rachid Bouchareb. Alioune travaille comme guide à la Maison des Esclaves de l'Île de Gorée, au Sénégal. Il décide de partir à la recherche de ses lointains cousins, descendants des esclaves jadis déportés en Amérique. Le sujet est passionnant et la réalisation de Rachid Bouchareb, sobre et classique, est au service des personnages. Le rôle principal est tenu par le grand acteur africain Sotigui Kouyaté, complice habituel de Peter Brook.


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