Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°42 - Février 2001

Débat du mois :

Les églises chrétiennes en Afrique

 

 Sommaire :


Editorial

Titre curieux, pour un éditorial de la Lettre de la CADE. Les plus âgés des amis de la CADE se rappelleront sans peine que c'était le titre évocateur et accusateur d'un livre pamphlet de René Dumont, dirigé contre ceux, anciens colonisateurs et nouveaux gouvernants africains qui, selon lui, se trompaient dans les voies du développement. Seul le titre de l'ouvrage est resté dans les mémoires, et il est depuis, interprété comme le slogan d'une malédiction existentielle de l'Afrique et des Africains.

C'est aussi le gros titre d'un récent article de La Vie, dont les intertitres ne sont pas plus rassurants. Le nom du signataire de cet article attire cependant l'attention et intrigue : il s'agit d'un connaisseur, depuis des décennies, des réalités africaines. Du coup, le lecteur pressé prend le temps de lire l'article même, et constate que, sans indulgence mais sans délectation morose, l'auteur a une analyse raisonnablement objective de la situation de l'Afrique et ne fait pas porter le poids des difficultés du continent sur un péché originel et irréparable des Africains.

Mais que garde à l'esprit le lecteur pressé qui s'est contenté, comme tout lecteur de journal, du titre et des intertitres ?

Il est entendu que la France, du moins la France officielle, ne peut avoir que des rapports douteux avec l'Afrique, du moins celle de ses dirigeants. La "couverture" par une partie de la presse nationale du récent sommet franco-africain est imprégnée de cet a priori. Elle passe alors à côté de réflexions et d'analyses intéressantes : on ne trouve aucun commentaire du texte de politique africaine publié par le gouvernement français, qui en vaut pourtant la peine, qu'on approuve ou que l'on désapprouve. On remarque les absents, sans se poser la question de ce qui attire les présents, qui pourrait bien être que jusqu'à présent, ces sommets sont l'une des rares instances de rencontre euro-africaines.

L'Afrique Noire n'est pas mal partie. Elle n'est pas, pour autant, bien partie. Un peu plus de modestie, de respect, un peu moins de suffisance post-coloniale devraient faire comprendre et accepter que l'Afrique est partie sur son chemin, qu'il dépend d'elle de le bien ou de le mal parcourir. Un peu plus de respect et d'attention devraient lui être accordés. Derrière l'afro-pessimisme, l'afro-mépris n'est pas loin.

Jean Nemo


Les églises chrétiennes en Afrique

Compte-rendu de la rencontre-débat du 17 janvier 2001

La première des trois rencontres-débats de la CADE relatives à la place et au rôle de la religion dans l'Afrique d'aujourd'hui a été consacrée aux Eglises chrétiennes. Comme il avait été annoncé, il ne s'agissait ni d'histoire, ni de philosophie des religions, encore moins de théologie. L'objectif était plus précisément d'entendre plusieurs points de vue sur le rôle des Eglises dans les sociétés civiles africaines, sur leur enracinement dans les cultures, les esprits, enfin sur la façon dont elles se situaient au sein de leurs familles religieuses au niveau mondial. Pierre Diarra, responsable des "Suppléments" de la revue "Mission de l'Eglise", Claire-Lise Lombard, actuellement au DEFAP-Service protestant de Mission, et René Luneau, dominicain, directeur de la collection "Chrétiens en liberté" (Karthala), se sont successivement exprimés et ont animé le débat.

 

Les interventions

Pierre Diarra a construit son exposé en s'appuyant sur une approche concrète du terrain et de l'expérience des personnes et des communautés, notamment au Mali. Il l'a orienté dans trois directions : la place et le rôle des communautés chrétiennes ; le rôle des responsables de l'évangélisation dans la société ; le rôle politique et socio-économique des chrétiens.

 

Des communautés catholiques vivantes à la base, actives dans leur milieu, en bonne relation avec leur clergé

Concernant la place et le rôle des communautés chrétiennes, il constate, après une longue absence hors d'Afrique, entrecoupée de séjours, dont un récent, au Mali, des changements dans les villes comme dans les campagnes : au niveau de l'habitat, des moyens de communication, des relations hommes-femmes, du besoin d'éducation et de santé.

Il présente le cas d'une communauté villageoise catholique du Mali qui, s'appuyant sur les religieuses et les prêtres, s'efforce de prendre conscience de ses problèmes et de les traiter de façon responsable (gestion d'une école communautaire, collecte de fonds pour investir dans un moulin à bras et autres équipements ou moyens de travail). Ces changements ne sont certes pas dus au seul catholicisme, mais on peut noter que, là où la communauté est importante et vivante, il y a une différence nette avec des villages voisins. Elargissant et généralisant cet exemple au Burkina Faso, à la Côte d'Ivoire, au Sénégal, il constate que les communautés chrétiennes s'impliquent dans la politique et prennent en charge un certain nombre de transformations socio-économiques, et de plus en plus, leur avenir. Cette démarche est parfois accompagnée d'une formation catéchistique, qui ne se limite pas à la formation spirituelle (préparation au mariage, groupes de prière ou de formation biblique etc.), mais inclue les aspects socio-économiques de la vie des individus et de leur communauté.

Il souligne à travers deux exemples de personnes comment le désir de vivre l'Evangile au quotidien peut transformer la relation homme-femme, dans le sens d'un respect mutuel, d'une communauté de prière qui débouche sur une réflexion partagée sur la vie de couple, d'une transformation des rapports traditionnels (il cite notamment le cas d'un homme ayant "délégué" à sa femme la gestion financière du ménage, en reconnaissant ses capacités dans ce domaine, mais aussi pour lui donner un rôle effectif dans le couple, ce qui n'est pas habituel dans la société villageoise africaine).

Pierre Diarra tient ainsi à souligner qu'il y a étroite relation entre la foi, pour ceux qui souhaitent la vivre réellement, et les initiatives socio-politiques qui contribuent à faire évoluer la société. Il souligne également que ceci se passe en étroite liaison avec les prêtres et les évêques.

 

Des communautés et un clergé qui jouent un rôle actif dans leur société et dans la vie socio-économique, même si leur Eglise n'a pas su contribuer à éviter les drames

Cette dernière remarque le conduit à aborder le rôle des responsables de l'évangélisation dans la société. Les Evêques et leurs collaborateurs ont évidemment une responsabilité spirituelle. Au-delà, ils accompagnent aussi, au quotidien, les catholiques, mais aussi des politiques ou des adeptes d'autres religions, qui leur demandent souvent conseil dans d'autres domaines que le domaine religieux. C'est ainsi que le message de nouvel an des évêques, dans de nombreux pays, est souvent attendu avec impatience. Si l'on consulte les documents des conférences épiscopales, on constatera que les évêques s'impliquent effectivement dans la transformation des sociétés africaines. L'annonce de la Bonne Nouvelle est souvent perçue par eux comme une libération des pauvres et des opprimés. Ils proclament la venue du Royaume et cette mission évangélisatrice inclut la solidarité avec tous les pauvres et la participation à l'effort de ceux qui luttent pour une libération pleine, le progrès spirituel, culturel, socio-économique et la justice. Ils participent donc à la lutte des Africains pour se libérer de toutes les formes d'aliénation. La manière d'être et d'agir doit être celle du Christ, à savoir éprouver pour les hommes les sentiments qui furent les siens, résumés en un mot, l'amour.

Il ne convient pas de nier que l'Afrique traverse des drames (par exemple le Rwanda), et que l'amour y laisse souvent la place à la violence, aux coups d'Etat, à la guerre. Ces drames, qui interpellent gravement les Eglises, ne doivent pas faire oublier les nombreux progrès, les initiatives, les transformations de fond, ce que les médias ne voient pas : même les grandes traditions (mariage, héritage, modalités traditionnelles de réconciliation) sont évaluées, critiquées et transformées à la lumière de l'Evangile. Les familles chrétiennes sont encouragées par leurs pasteurs à jouer leur rôle dans la société.

Ils y sont invités, notamment, à jouer un rôle politique et socio-économique. Des évêques comme le Cardinal Malula ont eu une grande influence non seulement auprès de certaines catégories de leurs ouailles (les Mamans catholiques), mais aussi auprès des responsables politiques, qu'ils embarrassaient parfois. De nombreux évêques, au Bénin, au Congo, en Côte d'Ivoire, au Cameroun, au Mali, au Burkina-Faso, ont joué un rôle important dans les transformations des sociétés africaines et, parfois, dans les moments difficiles de transition politique, en particulier vers la démocratie.

Claire-Lise Lombard : mieux connaître la place et le rôle des institutions chrétiennes sur le continent, tel pourrait être l'intitulé de son exposé, qui concerne les Eglises protestantes. Elle rappelle tout d'abord son engagement personnel : spectatrice, mais pas de l'extérieur, elle se sent très concernée par ce qu'elle considère comme une famille d'accueil, un lieu d'engagement (et même, jusqu'à un certain point, un employeur). Après plusieurs années d'engagement sur le terrain, sa position actuelle au DEFAP-Service Protestant de Mission lui permet cependant d'avoir plus de recul dans sa vision de ces Eglises, partenaires avec lesquelles il y a partage d'une histoire commune.

Des Eglises protestantes, nombreuses, œcuméniques qui cherchent à s'organiser au niveau continental

Quelles sont ces Eglises dont on parle, qui sont au nombre de centaines et qui regroupent des centaines de millions de croyants à l'échelle du monde? La question de la typologie est incontournable, mais inépuisable. Il faut donc bien établir des catégories, et il sera pour l'essentiel question des Eglises "mainline", historiques, issues des sociétés missionnaires européennes et américaines des 19ème et 20ème siècles (Anglicans, Presbytériens, Luthériens, Méthodistes, Quakers, Baptistes), dites aussi œcuméniques, car s'inscrivant dans la mouvance du mouvement œcuménique. On peut de ce point de vue les distinguer des Eglises évangéliques. Il faut cependant éviter de considérer qu'il existerait en Afrique deux ou trois blocs hermétiques les uns aux autres : il existe de nombreux recoupements et contacts.

Pour présenter une vue d'ensemble, Claire-Lise Lombard s'appuie principalement sur un organe de rassemblement spécifiquement africain d'Églises protestantes et souvent nationales, à tendance œcuménique, la CETA, née en 1963, dont le siège se situe à Nairobi. Si elle n'est qu'une institution parmi d'autres, elle a le mérite de constituer un bon indicateur de tendances, et de donner à plus de 150 Eglises de 38 pays une plate-forme et un lieu de solidarité.

 

Des Eglises protestantes qui s'interrogent sur leurs responsabilités dans le destin du continent

À l'occasion d'une rencontre Jubilé 2000, le Pasteur ghanéen Kwesi Dickson, président de la CETA a posé les termes d'un diagnostic courageux : "Il ne suffit plus de parler de croissance de l'Eglise en Afrique pour être satisfait. Si on regarde aux fruits, aux résultats, aux faits....il faut impérativement se poser la question de la qualité des chrétiens que nous avons et de la qualité de l'Evangile que nous leur donnons comme nourriture .Qu'en est-il de l'engagement réel de ces chrétiens? Quel est leur impact en proportion du nombre que nous représentons? Are we making a difference in the society ?" Cela témoigne d'une prise au sérieux des situations dans lesquelles les Eglises se trouvent placées avec et en solidarité avec la société, mais, plus fondamentalement de la prise au sérieux des responsabilités qui leur incombent, ici et maintenant.

 

Le thème qui avait été retenu pour la 7ème Assemblée Générale de la CETA en 1997, "Troublés mais non abattus", montre bien que, dans le contexte de l'époque (drames du Rwanda et des réfugiés au Zaïre et en Tanzanie, mais aussi premières élections non raciales en Afrique du Sud), il fallait prendre acte d'un sentiment de désarroi et tirer un bilan, ou plutôt des leçons ; il fallait surtout prendre acte d'une faillite : les Eglises, composantes de la société civile, n'avaient pas su empêcher cela et, pire, elles y avaient participé par leur silence et leur incapacité. Quel aurait du être leur rôle ?

Trois ans plus tard, on s'aperçoit que la crise n'est pas surmontée, malgré les réflexions, la volonté d'évaluer. Mais cela traduit la prise de conscience forte d'une grave responsabilité. Le pasteur Dickson constate : "Au cœur même de la culture africaine réside le respect de la vie... Comment des chrétiens africains en sont-ils arrivés à tuer leur frère, leur prochain?.. Pourquoi un tel mépris de la justice ?". Ce questionnement démontre que les Eglises africaines prennent leur part de la responsabilité de cette faillite, qu'elles ne rejettent pas, ou plus seulement la faute sur les autres. Il s'agit bien de la prise en main de son propre destin. Citant Kä Mana (voir bibliographie in fine) : "Si l'Africain contemporain est cause et agent de sa propre crise, il en est totalement responsable et doit rendre compte de cette responsabilité devant l'histoire", Claire-Lise Lombard souligne cependant que les Eglises protestantes, de par leur organisation démocratique, ont plus de difficulté que l'Eglise catholique à prendre des positions "officielles".

Si les Eglises ont failli à leur "Mission", elles n'en ont pas pour autant perdu leur pertinence sociale, aussi paradoxal que cela puisse paraître, et loin de les déserter, les gens y sont revenus. Ils les attendent dans le rôle de ciment social et spirituel devant tout ce qui déshumanise, déstructure, désagrège. La question que se posent aujourd'hui ces Eglises est de savoir comment faire mieux que la société environnante pour avoir un modèle à offrir, alors que la tendance du passé était de calquer.

Dans l'agenda actuel des Eglises, on trouve donc les grandes questions de fond du moment : justice économique, remise de la dette, bonne gouvernance, démocratie et responsabilité, paix, réconciliation et droits de l'homme. C'est une Eglise africaine qui se cherche, culturellement, spirituellement, moralement mais aussi matériellement africaine, et sans jeu de mot, l'Eglise du futur plutôt que le futur d'une Eglise.

 

Le Père René Luneau, tout en rappelant que ses propos toucheront surtout l'Eglise catholique, souhaite, après les deux interventions précédentes, faire deux remarques de fond. La première concerne la structuration interne des Eglises locales, la seconde, leur fragilisation au moment où elles devraient prendre confiance en elles-mêmes.

 

Une situation des Églises qui n'est pas satisfaisante, en termes d'autonomie

La situation n'est pas satisfaisante :

1) L'autonomie de gouvernement n'est pas suffisante, car si l'épiscopat est en général autochtone, il reste sous une large tutelle de la Congrégation de l'évangélisation des peuples (Propaganda fide), et la formation du clergé dépend pour l'essentiel de Rome, qui ne tient pas suffisamment compte de la diversité des cultures.

2) L'autonomie des ressources est limitée, les Eglises vivent largement "sous perfusion", car elles ont, en particulier, hérité de la période précédente de biens immobiliers qui dépassent largement leurs ressources.

3) Alors que les Eglises africaines ont su envoyer sur d'autres continents des missionnaires, elles restent encore sous tutelle en ce qui concerne les rites (il aura fallu quinze ans pour que soit reconnue la liturgie zaïroise, comme "rite romain à l'usage des Eglises du Zaïre...").

On a parfois l'impression que les Eglises africaines vivent en meublé, et l'inculturation est pour, le moment, restée une utopie. La CETA, dont il vient d'être question, avait envisagé, en 1974, le moratoire dit "de Lusaka", à savoir "lâcher la main" pendant cinq ans, mais personne n'a réellement voulu le faire. Le Synode africain de 1994 a émis le vœu d'un droit propre aux Eglises d'Afrique, une "délatinisation" qui se fera difficilement.

 

Une situation de fragilité des Eglises, alors qu'elles devraient prendre confiance

Cette situation les fragilise, alors que leur poids va se faire sensible au cours des années à venir, ne serait-ce qu'en raison d'une démographie défavorable aux pays occidentaux (alors qu'aux environs de 1980, les catholiques occidentaux représentaient environ la moitié du total, ils sont au, début du siècle, bientôt moins d'un tiers). "L'Occident n'a plus de pertinence pour le catholicisme", mais il a de la peine à s'en persuader, comme on peut le constater à certains traits révélateurs : le catéchisme de l'Eglise catholique de 1992 ne fait référence aux Eglises du Tiers-Monde qu'une fois. La foi continue de s'exprimer, sinon en latin, du moins en fonction de la culture gréco-latine qui l'a portée pendant deux millénaires. Cela ne pourra durer longtemps, et dès 1971 le théologien, futur cardinal Ratzinger, indiquait que l'Eglise ne pourrait donner plus longtemps l'image d'un Etat centralisé, mais devait admettre l'existence de fonctions directives indépendantes, "seule la foi étant indivisible, ainsi que la fonction unificatrice de la primauté qui lui est subordonnée". Les questions, parmi lesquelles celle d'un droit propre aux Eglises africaines, demeurent et il faudra bien y répondre.

 

Le débat

Les questions et les commentaires des différents intervenants peuvent se regrouper, sans trop d'arbitraire, en plusieurs ensembles : celles qui relèvent de "l'anthropologie" et de "l'inculturation", celles qui sont relatives aux relations Sud/Nord, les problèmes de dépendance et d'autonomie, les questions de relation avec la société civile et politique.

Une participante s'étonne de ce qu'aucun intervenant n'ait évoqué la polygamie qui, à son sens, pose un vrai problème d'appropriation de la foi chrétienne ou, du moins, des principes qui l'accompagnent, de vie et de relations entre les individus. Alors qu'un autre participant lui répond qu'en raison de l'évolution des esprits et des mentalités, ce n'est plus vraiment un problème, d'autres ont une approche plus nuancée. Il est rappelé que, replacée hors contexte religieux et au niveau anthropologique, la polygamie n'avait pas que des aspects négatifs, car le mariage n'était pas dans les cultures africaines une affaire des individus, mais un élément des relations sociales et économiques entre familles. Il n'est pas acceptable pour un chrétien, mais il n'y a pas de solution instantanée ni de court terme : il s'agit d'une évolution de long terme, qui implique l'évolution du rôle et de la place de la femme dans la vie sociale et économique, de l'appropriation par les individus, mais aussi par leur milieu, d'une morale fondée sur les valeurs chrétiennes. Il est même indiqué que, plus généralement, c'est cette appropriation qui est le meilleur instrument "d'inculturation".

À propos "d'inculturation", René Luneau cite une réflexion d'Éric de Rosnay, qui estimait que certaines guérisseuses du Sud Cameroun préparaient le chemin de "l'inculturation" en adaptant leur approche traditionnelle à la demande de leurs patients, dans un contexte où cette demande correspondait à des problèmes personnels et familiaux actuels.

Une interrogation sur l'émergence des sectes en Afrique et la position des Eglises reste sans réponse, faute de temps.

Deux grands édifices religieux, la mosquée de Casablanca et la basilique de Yamoussoukro, sont évoqués, l'interrogation formelle du participant étant de savoir ce qu'en pensent les intervenants. La question aurait pu d'ailleurs avoir un autre sens (ce n'était pas celui retenu par l'auteur de la question) : n'y aurait-il pas de choses plus urgentes à faire pour les croyants d'un continent pauvre? Il est répondu à cette remarque implicite que notre monde aime la complexité, que le Président Houphouët-Boigny a laissé à la Côte d'Ivoire un monument qui est utile et utilisé à de nombreux points de vue, alors que le Président Mobutu n'a rien laissé à son pays. Le rédacteur du présent compte-rendu prendra la liberté d'ajouter que les grandes cathédrales de l'ancienne Europe, et quelques monuments civils également prestigieux, n'ont pas forcément été construits dans un contexte de richesse, ni même d'aisance populaire. Il n'est donc pas facile de faire la part du nécessaire et du contingent, lorsque ce dernier contribue à l'affirmation et à la manifestation de la foi.

La dépendance des Eglises donne lieu à plusieurs échanges de vue : pour un participant africain, cette dépendance était à l'origine une dépendance anthropologique, économique et intellectuelle : le moment est venu d'en sortir et d'avoir un "homme debout pour une Eglise debout". L'Africain a longtemps été complexé, il ne doit plus l'être, ce qui implique qu'il se prenne en charge. René Luneau évoque la nécessaire sensibilisation des chrétiens du Nord à un véritable partenariat, à plus de partage dans le respect entre égaux. Il rappelle que les questions de coopération sont dorénavant traitées d'égal à égal dans les structures de liaison entre Eglise de France et Eglises africaines. Claire-Lise Lombard regrette, de son côté, la disparition prochaine de la coopération du service national, car les jeunes qu'elle mobilisait revenaient porteurs de quelque chose, ils recevaient autant qu'ils avaient pu apporter, et pouvaient le transmettre dans leur milieu.

Dans le domaine des rapports entre les Eglises et les sociétés civiles, les échanges de vue portent sur la question de savoir si les premières constituent des éléments forts des secondes. Il faut des interlocuteurs ancrés dans les sociétés africaines, et cela intéresse-t-il les Eglises de contribuer par ses éléments de proposition aux débats ? Par des réponses rapides, les intervenants rappellent le rôle, parfois très officiel, parfois beaucoup plus discret, de l'épiscopat africain dans la résolution d'un certain nombre de crises ou de mutations de la société, de l'Etat ou des relations conflictuelles entre pays.

Quelques commentaires

C'est une image contrastée de la situation des Eglises chrétiennes en Afrique qui ressort de la rencontre-débat. L'image multiple de communautés finalement très diverses, qui s'interrogent et parfois qui doutent, non pas seulement sur leur avenir propre, mais sur celui qu'elles sont capables de proposer aux sociétés dans lesquelles elles sont immergées. L'image, encore, de pasteurs et de fidèles qui commencent à prendre leur part des échecs et des horreurs qu'ils n'ont pas su éviter, ni même condamner clairement et en temps utile. Mais c'est aussi l'image d'Eglises enracinées, de fidèles qui trouvent dans leur foi les raisons de la réflexion et de l'action pour faire évoluer leur milieu.

On retire également du débat le sentiment que les Eglises chrétiennes d'Afrique vivent, difficilement mais réellement, leur émancipation et leur "inculturation". On relève au passage que les difficultés rencontrées ne sont pas seulement les leurs, mais aussi celles des grandes "familles" religieuses auxquelles elles appartiennent, qui manifestent parfois réticence et crainte à accepter cette émancipation et à en accorder les moyens.

De façon peut-être un peu simpliste, on ne manquera pas de faire le parallèle avec les difficultés d'une décolonisation, depuis longtemps achevée au plan formel, mais encore inachevée dans les esprits, les relations économiques et politiques. La plupart des crises que traverse l'Afrique trouvent une partie de leur explication dans cet état de fait, mais il est clair qu'elles ne seront plus résolues, dorénavant, que par la volonté responsable des Africains.

Cela peut encore prendre du temps, mais cela est aujourd'hui inévitable. Ce temps est celui de la prise en charge par les individus et par leurs sociétés des questions fondamentales qui les concernent. Le témoignage de Pierre Diarra est, de ce point de vue, précieux : c'est le témoignage de ce qui se passe dans les communautés de base.

Jean Nemo

Quelques éléments de bibliographie pour ceux qui souhaitent prolonger leur information et leur réflexion :

- CONSTANTIN, François et COULON, Christian, (sous la direction de) : RELIGION ET TRANSITION DÉMOCRATIQUE EN AFRIQUE. Paris, Karthala, 1997.

- KÄ MANA, LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION EN AFRIQUE. Paris, Karthala et Yaoundé, Clé, 2000.

- KÄ MANA, FOI CHRÉTIEN-NE, CRISE AFRI-CAINE ET RECONSTRUCTION DE L'AFRIQUE (Sens et enjeux des théologies africaines contemporaines). Lomé (Haho), Yaoundé (Clé), 1992

- LUNEAU René, Paroles et Silence du Synode africain. Paris, Karthala.

- TERRAS, Luc, PETIT ATLAS DES ÉGLISES AFRICAINES. Lyon, Golias, 1994.


Entretien avec Ahmadou Kourouma

Ahmadou Kourouma, n'est pas un auteur qui publie à un rythme accéléré mais chacun de ses livres est un événement et chacun d'entre eux a reçu un prix. Le dernier paru au Seuil "Allah n'est pas obligé" a reçu le prix Théophraste Renaudot.

Dès "Le soleil des indépendances", son premier roman, on se trouve confronté à une double signification qui déstabilise un peu le lecteur. Cet effet est accru dans "Monné, Outrages et Défis" et atteint un paroxysme dans "En attendant le vote des bêtes sauvages" où le lecteur est parfois mis à une dure contribution pour identifier les personnages réels qui sont habilement déguisés.

Dans son dernier livre cité plus haut, l'histoire est racontée par un jeune enfant soldat de culture malinké. Celui-ci fait appel pour écrire en français, au dictionnaire Larousse, au Petit Robert, au Harrap's et à l'Inventaire Lexical du français en Afrique noire, ce qui confère une irrésistible drôlerie au texte qui, par ailleurs, relate des événements odieux et des situations désespérées. En ce qui concerne son remarquable style, l'auteur le dit lui-même, ce n'est pas la tradition orale qui peut empêcher un écrivain de s'exprimer par écrit en français. Aussi, lorsqu'elle influence le texte en donnant une impression de simplification, c'est déjà une complexification par laquelle il s'exprime au deuxième degré, ce qui lui permet de se distancer.

Nous avons eu la chance de rencontrer Ahmadou Kourouma à Paris entre deux de ses voyages et d'avoir un échange avec lui. A cause d'un temps trop court, nous lui avons envoyé nos questions par écrit et il y a répondu de même. Nous publions l'ensemble du texte ci-après.

Etant donné une certaine difficulté, pour ceux qui ne connaissent pas l'Afrique à pénétrer dans cet univers, pour qui écrivez-vous ?

J'écris pour des africains, des intellectuels africains et les nombreux européens qui connaissent l'Afrique, qui connaissent la société africaine.

 

Votre originalité de style ne présenterait-elle pas, en elle-même un obstacle ?

Ce qu'on appelle mon originalité, c'est la difficulté de pénétrer la société africaine. Nous sommes animistes et vous êtes chrétiens.

Au fur et à mesure de vos livres, l'inquiétude du "Soleil des Indépendances", se transforme en critique de plus en plus acerbe, de plus en plus violente où aucun espoir ne semble plus permis. Est-ce ainsi que vous le voulez ?

C'est à un moment et ce sont des pays particuliers. Je présente les années de la guerre froide et les années de la guerre tribale au Liberia et en Sierra Leone. Je suis très optimiste pour l'Afrique. Ce sont des moments difficiles à passer.

Nous sommes de ceux qui ne pensons pas que vous soyez afro-pessimiste. Certains pensent autrement. Pourriez-vous nous expliquer cette confusion ?

La confusion vient du fait que mes lecteurs prennent un temps, un moment pour l'éternité, qu'ils prennent ce qui se passe dans deux pays, pour l'ensemble de l'Afrique.1

Propos recueillis par Denyse de Saivre

 

1. Ahmadou Kourouma fait ici allusion à son dernier livre "Allah n'est pas obligé".


Bon anniversaire !

Les éditions Karthala et Politique Africaine ont soufflé leurs vingt bougies le 30 janvier dernier, sous la somptueuse rotonde de la Bourse du commerce de Paris. Le bureau de la CADE est heureux d'avoir participé à cette réunion où se pressait un public de qualité, chaleureux et varié, et de nombreux adhérents et amis de la CADE. Du débat ouvert par Jean-François Bayard "quelle politique africaine pour la France ?", nous avons retenu ce que Jean-Michel Severino a dit de la nécessité de refonder la politique française de développement en direction du Sud sur de nouvelles bases sociales, culturelles et politiques sur la conquête des biens publics globaux.

Le propos de Mario Gido, de la communauté de Sant'Egidio nous a beaucoup intéressés. Cet italien, européen, ambassadeur de la paix, et donc quelque peu mondialiste, a tenu des propos qui nous ont paru très remarquables sur la place de l'Afrique dans l'avenir de la France et de l'Europe. La Françafrique, a-t-il dit, est beaucoup plus qu'un espace économique et financier à la réputation ternie par les affaires. Il est aussi un espace culturel, le produit d'une histoire métisse. Cette "grammaire du monde" que la France est la seule à pratiquer est une grande chance pour notre pays et pour notre continent européen à la recherche de sa place dans un monde qui s'américanise en se globalisant.

Répondant à une interrogation afro-pessimiste sur les tragédies africaines, Mr Gido a rappelé les défis gigantesques auxquels l'Afrique est confrontée et les progrès réalisés ces quarante dernières années. Nous avons relevé ces trois remarques qui iront au cœur des amis de la CADE : "Il faut parler de l'Afrique en d'autres termes que l'aide au développement". "L'Afrique doit faire partie de la culture citoyenne". "Regarder l'Afrique autrement" furent ses derniers mots. On ne peut pas mieux résumer l'action de Karthala, de Politique Africaine…et de la CADE.

Michel Levallois


L'image de l'Afrique au sud du Sahara en Occident, est peut être en train de changer

On sait l'audience qu'a la revue britannique The Economist non seulement dans les milieux d'affaires mais dans les milieux cultivés anglophones du monde entier. Elle avait publié en tête de son numéro du 13 mai 2000 un article intitulé : "A hopeless continent", un continent sans espoir, faisant du Sierra Leone un condensé des maux qui frappent aujourd'hui ou qui menacent le continent tout entier. Dans son numéro du 9 décembre 2000, elle consacre deux articles à l'Afrique subsaharienne.

Le premier article concerne la guerre au Congo. Il constate que la guerre au Congo est la plus importante du monde actuel, affectant au moins dix pays et des millions de gens, et il s'interroge : peut-on faire quelque chose ?

A cette question, il donne une réponse qui peut paraître décourageante. Les accords de Lusaka signés à la mi-1999 entre le gouvernement, les trois mouvements rebelles et les cinq nations étrangères intervenant dans le conflit, ont été, dit-il, sans effet, aucun des signataires n'avait vraiment l'intention de les respecter, mais personne n'a un meilleur plan de paix à proposer et la guerre peut encore durer des années, voire des décennies.

La seule chose que l'on puisse faire est d'aider les victimes, d'essayer de comprendre ce qui se passe et surtout de ne pas rendre les choses encore pires.

L'assassinat de Laurent Kabila et la venue au pouvoir de son fils Joseph changeront-ils la donne ? Il est trop tôt pour le dire mais il est permis d'en douter : de quel pouvoir disposera le nouveau président alors que les troupes du Zimbabwe et de l'Angola, censées le soutenir, ne cessent de se renforcer et contrôlent des points stratégiques ?

Mais l'article de l'Economist souligne aussi combien la situation de cette partie du continent est particulière : un pays aussi grand que l'Europe occidentale avec des communautés humaines dispersées à la périphérie d'une vaste zone quasi vide et sans liens entre elles, et d'immenses ressources naturelles qui sont des proies faciles et qui attirent non seulement les voisins mais aussi tous les prédateurs du monde.

Il rappelle que le drame actuel s'enracine dans l'histoire, peut-être dans l'histoire anté-coloniale, celle des chasseurs d'esclaves, sûrement dans celle de la colonisation, du royaume privé que s'était taillé le roi Léopold et qui avait été le théâtre, il y a un siècle, de pillages accompagnés de répressions sanglantes, et dans l'histoire post-coloniale, celle du régime Mobutu qui, en digne successeur de Léopold, a considéré le pays comme sa propriété personnelle.

Aussi le second article souligne-t-il que l'on ne saurait assimiler le Congo et le reste de l'Afrique et que la situation dans les autres parties du continent, si dramatique soit-elle parfois, n'est pas aussi décourageante.

En analysant sans complaisance la situation du bassin du Congo, mais en ne l'extrapolant pas à l'ensemble de l'Afrique, ne donne-t-on pas une image plus conforme à la réalité que celle du continent sans espoir ?

L'article paru dans Newsweek du 1er janvier 2001 s'inscrit davantage dans l'afro-pessimisme ambiant. Il détaille les nombreuses raisons pour lesquelles 2000 a été pour l'Afrique une nouvelle annus horribilis : non seulement la guerre persistante au Congo et l'extension du SIDA, mais l'échec de la mission des Nations Unies au Sierra Leone, l'anarchie croissante dans deux pays qui semblaient les plus stables du continent, le Zimbabwe et la Côte d'Ivoire, etc.

Il prévoit que l'Afrique aura moins à attendre de la nouvelle administration Bush que de la précédente : le candidat George W. Bush n'a-t-il pas déclaré que "l'Afrique n'avait pas sa place parmi les intérêts stratégiques de l'Amérique"? et la nomination de responsables de la politique étrangère américaine, qui ont certes du sang noir mais aucun attachement au continent africain, n'est en aucune façon le signe d'un intérêt pour cette partie du monde.

Mais l'article souligne aussi que ce qui est le plus important pour l'avenir, ce sont les efforts faits par les leaders africains pour résoudre les problèmes du continent et il en cite quelques uns : la fin de la guerre entre l'Ethiopie et l'Erythrée, la prise de conscience que tous les Etats doivent s'unir pour mener ensemble la lutte contre le SIDA, l'annonce d'un Millenium Africa Recovery Plan, présenté par l'Afrique du Sud, l'Algérie et le Nigeria pour faire sortir le continent de la crise économique.

Et il conclut que, que l'on porte ou pas un intérêt à l'Afrique, celle-ci pourrait bien se rappeler rapidement à l'attention des dirigeants du monde.

Parce qu'elle s'enfoncera davantage ou parce qu'elle aura la volonté d'émerger ?

Newsweek ne le dit pas.

Jacques Giri


Le Cameroun doit faire face à une série de problèmes…pas nouveaux… et pas propres à ce seul pays, mail il avance

Dans la Lettre N°41, nous avons évoqué l'évolution positive des relations du Cameroun avec le FMI et la Banque Mondiale.

Nous avons rappelé néanmoins que la corruption reste vivace, et qu'elle a fait l'objet d'interventions vigoureuses des autorités religieuses.

Il est important, car ces problèmes existent dans de nombreux pays du sud du Sahara, de rappeler que cette corruption prend de nombreuses formes, des plus modestes aux plus importantes : dans les domaines de la justice quotidienne, de la délivrance des documents administratifs, des contrôles de toutes sortes, des attributions de marchés, des formalités douanières, des vérifications fiscales etc…

Un de nos amis, sur place, pense que la voie principale de la lutte contre la pauvreté est la création d'emplois. Les tracasseries administratives s'opposent souvent à cette création et les créateurs camerounais dynamiques se mettent souvent en situation "informelle", situation qu'à la CADE nous appelons celle de l'économie populaire, dont le tissu, très important au Cameroun, permettra de déboucher peu à peu sur une économie générale harmonieuse, mais le facteur "temps" ne peut être éliminé.

Actuellement, les secteurs modernes de production ne peuvent à eux seuls assurer l'emploi au niveau nécessaire pour permettre un développement durable.

L'économie populaire urbaine et rurale doit continuer à assurer le relais : c'est elle qui fait vivre la grande majorité de la population, et cela ne se mesure pas aux 1 ou 2 dollars par jour résultant des statistiques officielles.

D'ailleurs, la consultation des statistiques de production pétrolière, agro-industrielle et industrielle du Cameroun montre, quand on les compare à ce qu'elles étaient dans les années 70, que ce pays avance, mais il doit assainir peu à peu son administration, essentiellement fiscale, douanière et juridique.

Bernard Monnier


La page économique

Un plan Marshall pour l'Afrique

Le président Sud-Africain Thabo Mbeki a choisi le Forum économique mondial de Davos fin janvier dernier pour faire connaître le Programme du Millénaire pour l'Afrique (MAP) co-réalisé par les présidents nigérian Olusegun Obasanjo et algérien Abdelaziz Bouteflika.

Présenté par la presse sud-africaine comme le "plan Marshall pour l'Afrique". Il a été élaboré "par des Africains pour des africains" avec le soutien de la communauté internationale. Il veut coordonner les efforts des différents pays pour gérer et négocier le remboursement de la dette, augmenter le niveau des investissements, améliorer les infrastructures et la formation.

Il a reçu l'appui du président Clinton et des premiers ministres japonais et britanniques.

Le MAP vise à renforcer l'axe Alger, Abuja, Prétoria, l'une des priorités de la politique sud-africaine.

 

L'Europe pousse à un rapprochement inter-maghrebin

Lors de sa visite en Afrique du Nord du 12 au 15 janvier 2001, Romano Prodi, président de la commission européenne, a voulu rassurer ses interlocuteurs en affirmant que la Méditerranée était "une forte priorité" pour l'Europe, malgré les perspectives d'élargissement à l'est.

Mais il a voulu aussi les persuader que cet intérêt Nord-Sud supposait un accroissement des échanges commerciaux entre les trois pays. Ils représentent actuellement moins de 6% de leur commerce extérieur. Et l'on sait les difficultés d'existence de l'Union du Maghreb Arabe (UMA).

Cette visite est la première manifestation spectaculaire de la volonté européenne de revitaliser sa politique méditerranéenne. C'est la suite concrète de la conférence ministérielle du 6 novembre 2000 à Marseille, comme suivi du processus lancé à Barcelone en 1995.

Sa timide mise en œuvre suscite beaucoup de scepticisme. Les raisons en sont multiples. Il y a bien sûr la persistance de la tension au Moyen-Orient. Il y a aussi toutes les résistances naturelles, tant au Nord qu'au Sud, à tout changement. Il y a aussi et pour beaucoup la crainte de l'impact social de la libéralisation en Afrique du Nord. Cette crainte rend, notamment le Maroc, très attentiste. Dans l'immédiat et pour répondre à des urgences, M. Prodi a signé des accords de financement pour un montant de 150 millions d'Euros environ dans des domaines aussi divers que l'éducation, le développement rural, les télécommunications, la police, les journalistes, la santé, la pêche, les professions financières, le logement social. De cette énumération ne ressortent pas les lignes de force d'une véritable volonté politique. D'autant que jusqu'alors les engagements européens sur des projets retenus n'ont été mis en œuvre qu'à 26%!

Mais pour la première fois quand même, une conférence du secteur pétrolier des trois Etats et de l'Egypte s'est tenue en Tunisie du 5 au 8 février. Les dirigeants des entreprises publiques, des hommes d'affaires ont discuté du potentiel énergétique de la zone par rapport au marché européen.

Robert Ginesy

NDLR. L'essentiel des informations reprises dans cette page est puisé dans l'hebdomadaire "Marchés Tropicaux et Méditerranéens"


Le baromètre de la CADE

A propos de la Démocratie africaine : "Le soleil se lève-t-il à l'Ouest ?" - Le Messager, Cameroun

Un siècle s'efface et le 21ème siècle est en ébauche. Serait-ce le moment qu'a choisi l'Afrique pour esquisser de nouveaux contours ? Si l'on considère l'actualité des mois de décembre 1999 et janvier 2000, une chose est certaine ; les choses évoluent et doivent nous conduire à envisager l'Afrique autrement, sous le sceau de la modernité.

Dans cette perspective, la conclusion d'un accord de paix entre l'Erythrée et l'Ethiopie, l'entame de négociations entre le gouvernement sénégalais et les indépendantistes de Casamance (15/12), l'adoption d'une nouvelle constitution dans ce même pays, le renouveau suscité par l'élection présidentielle au Ghana, et l'appel à un gouvernement d'union lancé par le président kenyan (19/12) ont été remarqués par les quotidiens hexagonaux à juste titre.

Dans le même esprit, Le Monde relève la nomination d'un Sénégalais à la tête de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, traditionnellement présidée par des Français et "réunie pour la première fois dans un pays arabe" (Ndr : le Maroc)…

Fêtes de fin d'année
(Le Figaro, 09/01)
"Les Ivoiriens redoutaient un coup d'Etat pour les fêtes de fin d'année. A une semaine près, leurs craintes n'étaient pas infondées" constate Le Figaro (09/01) concernant le putsch manqué à l'encontre du président L. Gbagbo. Celui-ci déplore qu'"une nouvelle journée de travail [ait été] perdue pour l'économie" (Le Figaro, 10/01). "Du côté des bailleurs de fonds, l'attentisme est de rigueur" (Les Echos, 09/01). L'événement clos, les rivalités ethniques, politiques et confessionnelles sont-elles pour autant désamorcées ? Seul l'avenir nous le dira… En attendant, le prix Nobel de littérature W. Soyinka interroge le bien fondé des tensions dans le pays : "Il va de soi que cette histoire d'ivoirité ne tient pas debout. Elle est d'autant plus fausse que les frontières des pays africains sont artificielles. Valider un tel argument, c'est perpétuer l'héritage colonial" conclut-il (Jeune Afrique L'intelligent, 20/12). De son côté, le Parlement Européen formule une demande de réexamen de la Coopération avec la Côte d'Ivoire…

Confusion au Congo
(Le Figaro, 17/01)
La mort de L.D. Kabila a barré la une des principaux quotidiens français. L'annonce a d'ailleurs occulté l'ouverture, le même jour, du 21ème sommet France-Afrique. La Croix (23/01) retient des obsèques de Kabila : "Les successeurs de L.D. Kabila aimeraient faire passer pour une victime l'homme fort du Congo Kinshasa : ce serait grandement manquer de mémoire". D'autres préfèrent y voir "une chance pour la paix" (Le Figaro, 24/01).

Une chance pour la paix
(Le Figaro, 24/01),
Malgré la succession assurée officiellement par Joseph Kabila, Le Monde (24/01) fait remarquer que le pouvoir en RDC reste contrôlé par les proches de Kabila père. Outre-Atlantique, le Herald Tribune, dans sa page éditoriale, affirme que "la situation en Afrique Centrale est un défi urgent pour le leadership américain [et ajoute]: Washington est mieux placé que quiconque pour s'attaquer au problème de la paix dans cette région". "Les défis de Joseph Kabila" titre encore Le Figaro (31/01) pour appréhender l'ampleur de la tâche qui incombe désormais au "plus jeune chef d'Etat du monde". La leçon du Congo, affirme un point de vue publié par le Herald Tribune, est que "les frontières coloniales de l'Afrique sont en voie de dissolution".

Plan Marshall
(Le Figaro, 24/01)
Tandis que La Croix consacre un long dossier au sommet France-Afrique, Le Figaro ouvre le débat : "la France peut-elle maintenir une relation privilégiée avec l'Afrique tout en tournant le dos à l'affairisme et au clientélisme" (17/01) ? L'actualité française récente, "l'Angolagate" notamment, selon la terminologie du Monde, appelle évidemment ce type de réflexion ; au point que certains ironisent en se demandant si ce 21ème sommet n'est pas le dernier de la "Françafrique" (Jeune Afrique L'intelligent, 24/01). C'est en effet, une refondation, un "plan pour la renaissance de l'Afrique" (Le Monde, 30/01) qu'il s'agit de lancer de façon à rompre avec les anciennes pratiques et "projeter une autre image du continent" (Ibid).

Fracture africaine
(L'Humanité, 30/01)
"La fracture africaine fait irruption à Davos" scande L'Humanité qui rend compte des propos du numéro un sud-africain, T. Mbeki, lors du sommet de Davos : "la marginalisation continue de l'Afrique face au processus de la mondialisation constitue une menace sérieuse à la stabilité sociale mondiale". Le quotidien relève également que le président sénégalais Wade a proposé, lors du même forum un "plan de relance des économies du continent par la construction de grands travaux". Autant d'initiatives que La Tribune (30/01) analyse comme une difficulté pour les Africains à "élaborer un projet commun".

Au sommet de Porto Alegre explique La Croix (29/01), une annonce par les présidents T. Mbeki et O. Obasanjo devait pourtant confirmer la ferme intention des Africains de présenter les grandes lignes d'un plan de redressement pour le Continent.

Nicolas Fontang


En bref

Les bibliothèques de la Ville de Paris se mettent à l'heure de l'Afrique
"Littératures d'Afrique noire - De l'écriture à la lecture"
Rencontres avec des écrivains, éditeurs, libraires et bibliothécaires, le lundi 26 février 2001, de 9h à 17h30. Pour tout public, sur inscription.
Auditorium Saint-Germain.
4, rue Félibien (face au 93, rue de seine)
75006 PARIS.
Métro : Odéon

 

Au kiosque des revues :

 

Des nouvelles d'Afrique :

Achille Mbembe nous écrit :

"J'ai été ravi de recevoir l'ensemble de la documentation envoyée à la suite de notre conversation à Poitiers. J'avais profité de mes vacances de fin d'année pour les lire. Je viens d'en terminer la lecture et je suis fasciné par l'immense travail que vous avez engagé. Je me demande comment, d'ici, on pourrait le relayer.

Merci pour la lettre N° 41. Je suis sur le point de départ pour trois mois à l'université de Berkeley en Californie. Je serai de retour au Cap au mois de mai. Si, par hasard, je passe par Paris, je ne manquerai pas de vous le signaler.

Bonne année et mes meilleurs vœux pour 2001"

Achille Mbembe

 

Chez nos partenaires :
le 24 février à 14h : Place du Panthéon, manifestation à l'appel de Survie pour soutenir FX Verschave en procès contre trois dictateurs africains.

Des nouvelles de la CADE :
Jean-Louis Waissmann a invité Michel Levallois à exposer le regard de la CADE sur l'Afrique au déjeuner hebdomadaire de son Club Rotary Paris-Sud le 5 février dernier. Le président du Club a proposé que le texte de l'intervention soit publié dans le journal Rotary de l'Ile de France.

L'Afrique et le Cirque :
Le cirque appartient en Afrique, notamment en Egypte, à une tradition plusieurs fois millénaire, et il est présent dans de nombreux pays. L'Afrique du Sud, le Burkina Faso, l'Egypte, l'Ethiopie, le Gabon, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Maroc et le Sénégal, participent à CIRCAFRICA, "premier festival d'art acrobatique africain", qui se produit en février au Cirque d'Hiver-Bouglione à Paris.


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