Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°40 - Novembre 2000

Débat du mois :

L'Afrique et la compétitivité

 Sommaire :


Editorial : La CADE, cinq ans déjà ! Et après ?

Conçue et fonctionnant d'abord comme un programme de l'Organisation internationale pour l'environnement et le développement, ENDA Tiers-Monde, la CADE a organisé le 26 février 1996, sa première rencontre-débat sur "l'afropessimisme, regard du Nord ou réalité du Sud". En 1999, la CADE s'est transformée en association de la loi de 1901 et s'est donné les moyens financiers et administratifs d'un fonctionnement autonome, grâce à l'appui de la Fondation de France et à la fidélité des abonnés de La Lettre de la CADE qui ont permis de réduire, l'appui financier d'ENDA Tiers-Monde, qui reste le premier partenaire de la CADE. La CADE a aujourd'hui à son actif 41 rencontres-débats et autant de lettres qu'elle envoie à 150 abonnés et qu'elle diffuse à un millier de responsables, dans les médias, les ONG, le secteur public, auprès des chercheurs et des universitaires qui s'intéressent à un titre ou à un autre à l'Afrique d'aujourd'hui.

Ni atelier de chercheurs, ni cercle d'universitaires, la CADE a cherché à s'informer sur l'Afrique et à en comprendre les évolutions, dans une démarche qui se veut politique et citoyenne. Car nous sommes persuadés que l'avenir de nos relations avec les Africains du sud du Sahara en dépend, pas seulement celui de la coopération pour le développement, mais celui de nos relations avec ce continent en profonde, et souvent tragique, mutation.

Nous n'irons pas jusqu'à dire que nous avons atteint nos objectifs ce qui serait dérisoire face à une question de cette gravité et de cette ampleur. "L'afropessimisme" qui nous a mobilisés ces cinq dernières années n'a évidemment pas disparu, même si les journaux n'ignorent plus les embellies de certaines économies africaines, saluent les progrès de la démocratie, et évoquent, plus souvent que par le passé, les richesses et les ressources de la créativité africaine, sans se limiter aux seuls activités artistiques.

Nous pensons néanmoins avoir prouvé qu'il était possible de tenir sur l'Afrique un discours informé, qui ne soit ni simpliste ni afropessimiste, sans tomber dans un optimisme béat. Nous pensons aussi avoir découvert que ce discours intéressait et qu'il était attendu par de nombreux acteurs de la coopération, trop engagés dans l'action pour avoir le temps d'élaborer eux-mêmes ces analyses, mais très conscients de sa nécessité.

La question qui se pose à nous aujourd'hui est donc simple. Faut-il continuer ? Dans quelles conditions et avec quels moyens ? Nous avions déjà posé cette question en 1999. Il y avait été répondu par la transformation de la CADE en association. Nous la reposons aujourd'hui, car la poursuite des activités de la CADE, au delà du cycle qui s'achèvera à la fin de l'année 2001, nécessite la mise au point, dès maintenant, d'un nouveau projet pour deux ou trois ans. Ce projet devra préciser les objectifs, les modes d'action, les financements de la CADE. Il permettra à ceux d'entre nous qui adhéreront à une nouvelle ambition de la CADE, de s'y engager résolument 1.

Michel LEVALLOIS

1. Voir le baromètre de la CADE en fin de document


L'Afrique et la compétitivité
(
rencontre-débat du 8 novembre 2000)

Cette rencontre faisait suite à celle que le CADE avait consacré, le 24 mai dernier, à la compétitivité future des économies africaines. Il était en effet apparu à certains, au cours des débats, que la compétitivité était analysée dans une optique de concurrence ou d'avantages comparatifs au niveau des échanges mondiaux. Cette analyse paraissait négliger l'importance et les spécificités des marchés intérieurs ou régionaux, ainsi que des pans entiers des économies réelles africaines.
Certains intervenants s'étaient plus particulièrement inquiétés de savoir si ce qu'il est convenu d'appeler "l'économie populaire" avait un rôle à jouer dans la quête de la compétitivité, dans le développement des marchés intérieurs et dans l'émergence d'un véritable "entreprenariat".

 

Des exposés aux thèses divergentes

L'Afrique fait fausse route en privilégiant comme instrument de développement ses exportations vers le reste du monde.
Dans une longue présentation du débat, Michel Levallois précise comment, de son point de vue et de celui de plusieurs économistes et responsables d'ONG, se pose le problème. Il convient de distinguer d'une part les questions relatives à la compétitivité sur les marchés mondiaux, dans lesquels il constate, comme beaucoup, que, malgré quelques succès ponctuels, l'Afrique occupe une place décroissante. Il estime, au reste, que la priorité de l'Afrique ne devrait pas être d'organiser son économie en fonction de filières d'exportation de matières premières. Il faut, d'autre part, développer les marchés régionaux, et non pas seulement les reconquérir (il signale, au passage, que les marchés africains sont souvent victimes de pratiques assimilables à du dumping de la part de pays exportateurs d'autres continents) : la consommation intérieure de biens produits localement constitue un moteur puissant de croissance et d'élévation de niveau de vie, et trop miser sur des produits d'exportation, au demeurant pas ou peu transformés, conduit à détourner les efforts vers la conquête ou le maintien de marchés intérieurs de ressources en hommes, en capitaux et en investissements qui auraient un effet de levier significativement plus important s'ils étaient orientés prioritairement vers la satisfaction des besoins locaux. En résumé, il considère que c'est une grave erreur que de privilégier la recherche de compétitivité pour garder ou conquérir des marchés d'exportation extra-africains, et que la priorité première est de consacrer les ressources disponibles au développement des marchés intérieurs et régionaux en fonction, essentiellement, des besoins des consommateurs africains.

Le vrai moteur du développement serait donc de se consacrer au développement des marchés intérieurs, et l'instrument à privilégier est l'économie populaire.

Il estime, par ailleurs, que c'est à travers l'économie populaire que la mobilisation de ces ressources peut être la plus efficace, car elle fait déjà vivre la majorité des populations urbaines et périurbaines, elle est proche des besoins les plus urgents du plus grand nombre de consommateurs, c'est-à-dire ceux qui se situent au seuil de pauvreté ou en dessous.

Dominique Gentil, chercheur à l'IRAM (Institut de Recherche et d'Applications des Méthodes de développement) qui a dirigé l'étude sur la "lutte contre la pauvreté" (juin 2000) commandée par la Direction Générale de la Coopération Internationale et du Développement au Ministère des Affaires Etrangères, rend compte de travaux récents sur l'économie informelle, qui est un des phénomènes majeurs de l'économie de l'Afrique de ces dernières années. Cette économie comprend deux économies qu'il ne faut pas confondre : "l'économie de l'ombre" (pour reprendre la formule de Achille M'Bembe dans le livre "de la post-colonie", KARTHALA, 2000) et l'économie populaire.

Il rappelle les difficultés à disposer de chiffres officiels raisonnablement crédibles pour évaluer les réalités économiques : les flux commerciaux entre le Bénin et le Nigeria peuvent varier du simple au centuple, selon que l'on utilise les statistiques douanières de l'un et de l'autre pays, des enquêtes spécifiques ou des données monétaires. Il en va de même lorsque l'on cherche à évaluer, à l'intérieur des frontières, des secteurs d'activité qui échappent à la saisie, voire aux catégories, des statistiques officielles.

 

La micro-finance

Un exemple de mécanisme économique qui ne correspond pas aux "normes" habituelles, mais qui touche un grand nombre de petits acteurs de la vie économique : la "micro-finance".
D. Gentil choisit de centrer son exposé sur la "micro-finance", en s'appuyant sur des expériences et des études menées en Guinée au Burkina et au Bénin.

En Guinée, le modèle de référence est celui de la Grameen Bank, active depuis la fin des années soixante-dix au Bangladesh. Dans d'autres pays ce sont les coopératives d'Epargne et Crédit. La micro-finance joue un rôle intermédiaire entre le système bancaire classique, auquel ne peut accéder que la partie la plus aisée de la population, et les systèmes traditionnels ou informels, tels que les tontines, les usuriers, les solidarités familiales, qui sont soit très coûteux, soit inadaptés à des opérations micro-économiques conduites sur initiative individuelle. Il s'agit de systèmes décentralisées qui vont à la rencontre de leurs clients. Ils consentent des crédits de très faible montant, pour des équipements de base rudimentaires ou des fonds de roulement réduits et qui reposent en partie sur des garanties mutuelles.

Les secteurs bénéficiaires concernent l'agriculture (extension des superficies et intensification), la transformation, la commercialisation, le petit artisanat. Il cite la fabrication de farines, de pâte d'arachide, d'alcool à partir de vin de palme, d'utilisation de décortiqueuses et de moulins.

 

Ses effets induits

Les principaux effets de ces micro-systèmes bancaires sont de permettre une autonomie accrue des petits producteurs, un élargissement des réseaux de commercialisation, une augmentation du niveau de vie par affectation de tout ou partie des surplus de recette aux dépenses courantes, une augmentation des capacités d'investissement et, en conséquence, le développement des activités.

On constate également une transformation des relations sociales et familiales, mais aussi économiques et financières, en permettant une moindre dépendance et l'encouragement à l'initiative. La situation des femmes à qui ce financement donne une plus grande liberté d'entreprendre, en est particulièrement modifiée.

Pour les pays concernés, on estime que le nombre des participants à ces systèmes de macro-finance est au moins dix fois supérieur à celui des personnes titulaires d'un compte dans le système bancaire institutionnel. Mais le montant des crédits accordés par ce secteur ne représente que 3 % du montant total du crédit.

En réponse à une question de M. Levallois, D. Gentil a cité quelques chiffres représentatifs de l'importance de ce secteur de la micro-finance : au Bénin, 270. 000 adhérents à la Fececam, 20 milliards de francs CFA et 15 milliards de crédit. Au Burkina, 200 000 membres, en Guinée, 5,5 milliard de francs guinéens et 2,5 milliards de crédit (220 francs guinéen = 1 francs français).

 

L'exemple asiatique

Ce n'est pas l'économie populaire qui a "tiré" le développement, mais un secteur industriel performant, positionné sur des créneaux à forte compétitivité et largement tourné vers l'exportation.
Jacques Giri, auteur de plusieurs ouvrages sur les économies des pays en développement en Afrique, au Sahel et en Asie, conteste d'abord plusieurs points de l'exposé de Michel Levallois, puis traite de l'exemple des pays d'Asie, plus particulièrement d'Asie du Sud-Est. Il constate d'abord que les produits manufacturés importés en Afrique, notamment par l'Asie, ne font pas l'objet d'un quelconque dumping, et que de ce point de vue, l'Afrique n'est pas en état de les concurrencer par ses propres productions, non compétitives pour de nombreuses raisons objectives. D'autre part, l'essentiel des exportations africaines n'est pas constitué seulement de produits agricoles, pétroliers mais aussi, dans une moindre mesure, de produits manufacturés, en Afrique du Sud, notamment.

Le développement de l'Asie du Sud-Est n'a pas été "tiré" par l'économie populaire, fort peu tournée vers l'exportation, mais essentiellement vers la satisfaction de besoins très

locaux : sa faible productivité, par conséquent une compétitivité insuffisante, ne lui permettaient pas, il y a trois ou quatre décennies, de jouer un rôle moteur. Cependant, si l'on prend la Thaïlande et la Côte d'Ivoire du début des années soixante, on constate que le PIB par tête de la première était sensiblement inférieur à celui de la seconde, rapport qui s'est totalement inversé depuis, en raison, notamment, d'une industrialisation réussie, parce qu'elle s'adressait autant à l'exportation qu'au marché intérieur et qu'elle entraînait une partie de l'économie populaire dans son sillage ; réussie également parce qu'elle était très protégée, ce qui lui permettait une stratégie agressive à l'exportation. A l'inverse, les importants investissements des années soixante et soixante-dix en Afrique n'ont pas réussi à créer des industries compétitives.

Entre un secteur industriel très performant et le secteur informel (celui-ci étant certainement plus productif que son homologue africain), on trouve, en Asie, un tissu de PME performantes, en grande partie parce que sous-traitantes des grandes entreprises. Ces entreprises intermédiaires ont tiré l'ensemble de l'économie vers le haut.

Il conclut en soulignant que l'économie populaire peut avoir un impact sur l'amélioration du niveau de vie de certaines couches de la population, mais qu'elle n'est pas naturellement portée à tirer l'ensemble de l'économie vers le haut.

Il n'y a pas d'exemple de développement qui n'ait été tiré par le commerce avec l'extérieur. Le problème, en Afrique, vient de ce qu'une part importante de ce commerce apporte peu de valeur ajoutée localement, et de ce que les secteurs économiques tournés vers l'exportation et ceux connus sous le nom d'économie populaire sont cloisonnés.
Philippe Hugon, professeur de science économique à l'Université de Paris X Nanterre, estime que la question posée est difficile. Elle concerne l'équilibre ou la part respective de deux données des économies africaines : les relations de l'Afrique avec le reste du monde, d'une part, et, d'autre part, les dynamiques internes.

 

La marginalisation de l'Afrique

Il rappelle une évidence : la marginalisation de l'Afrique dans les échanges et l'économie mondiale. En réponse à Dominique Gentil, il précise qu'il est possible de saisir des chiffres raisonnablement fiables en s'appuyant sur les statistiques d'importation en provenance d'Afrique, qui confirment cette marginalisation. On constate également une faible capacité de l'Afrique à attirer des capitaux. En ce qui concerne, en revanche, "l'économie de l'ombre", elle se montre très rentable dès lors qu'elle s'intègre dans des réseaux internationaux.

Sur la question de la relation entre le commerce avec l'extérieur du sous-continent (les exportations vers le reste du monde et les importations qui en proviennent) et la dynamique des marchés intérieurs, plusieurs constatations :

a) il n'existe historiquement pas d'exemple de développement économique qui n'ait été tiré par le commerce avec l'extérieur ;

b) l'Afrique n'a pas modifié les structures de ses échanges, elle continue à exporter des produits pas ou peu transformés, à faible valeur ajoutée mais à effet de rente, ce qui explique son manque de compétitivité.

Il faut donc que l'Afrique se positionne sur des créneaux d'exportation à forte valeur ajoutée et qu'elle investisse chez elle les ressources ainsi dégagées.

 

Le rôle de l'économie populaire

Son rôle dans le long terme est d'être un lieu d'apprentissage, de constitution d'un marché et d'innovation et de productivité. Mais elle ne génère pas de gains significatifs de productivité. De ce point de vue, Philippe Hugon rejoint Jacques Giri : le problème repose sur l'absence de liens entre l'économie informelle et l'économie performante (celle qui accroît la productivité et dégage des plus-values importantes). Il faut donc chercher des solutions permettant de créer et de développer des liens entre les deux secteurs.

Le développement économique ne repose pas nécessairement sur la spécialisation, mais plutôt sur la construction et la valorisation des avantages comparatifs (ce qui a été la politique active, voire volontariste, des pays d'Asie). Ceci est-il transposable à l'Afrique ?

La "maîtrise de l'ouverture" est une nécessité, les pouvoirs publics africains en ont-ils actuellement les moyens ?

La réponse n'est pas évidente, et il subsiste bien des incertitudes à ce sujet.

Philippe Hugon conclut son intervention en disant qu'on ne peut opposer, comme l'a fait Michel Levallois, le développement du commerce avec l'extérieur et le développement des marchés intérieurs. Tout dépend de l'utilisation qui est faite des produits de l'exportation, de la nature des importations et de la capacité à décloisonner des secteurs d'activité qui ont, aujourd'hui, peu de rapports entre eux.

 

Le débat :

Les divergences ne sont pas résolues

Michel Levallois réitère ses doutes sur l'efficacité d'économies africaines trop orientées vers la satisfaction des besoins du reste du monde en produits peu ou pas transformés, qui, en conséquence, décourage le développement de marchés intérieurs et de leur principal instrument, l'économie populaire. Il ne pense pas, contrairement à la Banque Mondiale ou au FMI, que le développement du commerce extérieur crée la croissance et permette de réduire la pauvreté.

 

Economie populaire, économie de survie ou tremplin pour le décollage ?

Un intervenant estime que l'économie populaire est une économie de survie, mais qu'elle peut servir de tremplin à la construction d'une véritable économie à forte productivité et, par conséquent, compétitive. Mais c'est une affaire de long terme.

Pour Philippe Hugon, l'économie populaire permet de financer des investissements décentralisés mais ne permet pas de se substituer à l'Etat pour le financement des investissements d'intérêt général ; ceux-ci ne peuvent être financés que par l'impôt, or il y a une évasion fiscale considérable en Afrique, notamment à travers l'économie informelle.

Un intervenant s'étonne de ce que l'on ait insuffisamment traité des aspects "compétitivité" et des conséquences de la dévaluation du CFA, non plus que de la formation, condition indispensable de tout développement (le taux de scolarisation en Afrique serait inférieur au taux nécessaire au "décollage").

Sur cette dernière remarque, un point de vue opposé se manifeste: il existe en Afrique des savoir-faire et des apprentissages manuels qui permettent la fabrication de produits de consommation locale très compétitifs, bien que les artisans concernés soient illettrés (exemple de fabricants d'armes dans le Nord de la Côte d'Ivoire).

 

Démocratisation et développement

Un intervenant s'interroge sur la nature du pouvoir, considérant que la démocratisation politique est un préalable indispensable au développement, ce qui devrait entraîner le renouvellement d'élites trop prisonnières de comportements rentiers.

La question de la démocratisation donne lieu à une discussion : il est indiqué que plusieurs pays asiatiques ont entamé leur développement sous des régimes qui n'avaient rien de démocratique, et que l'existence de régimes raisonnablement démocratiques en Afrique (Mali, Bénin) n'y a pas pour autant provoqué de décollage économique, ni même de transformation des structures de production et d'échange. Pour Jacques Giri, on doit se demander, en Asie, si l'apparition de classes moyennes grâce au développement n'a pas été le facteur de démocratisation : celle-ci serait alors plus une conséquence probable qu'un préalable nécessaire. Il n'y a donc pas de corrélation évidente entre démocratie politique et développement, même si, à partir d'un certain stade, la démocratie peut devenir une condition essentielle de la poursuite du développement.

Un intervenant, prenant l'exemple des Comores, souligne qu'un Etat dont le budget national est dix fois inférieur au montant des investissements extérieurs ne peut avoir la maîtrise de son développement.

Nathalie Dupont (CCFD) s'étonne du caractère théorique du débat, de l'absence de propositions de solutions "opérationnelles" et se demande pourquoi il n'y a pas eu d'analyse, dès les indépendances, des problèmes de création et de financement des entreprises. Philippe Hugon répond qu'il n'y a pas eu de constitution de véritables marchés intérieurs ou régionaux, et que l'on peut constater de nombreux dysfonctionnements dans la mise sur pied et la gestion des entreprises industrielles, ce qui a, du reste, conduit à financer une "désindustrialisation".

À l'exception de l'Afrique du Sud, l'Afrique n'a donc pas réussi son industrialisation. Quant aux solutions, elles sont concevables dans leurs principes, plusieurs ont été tentées au cours des dernières décennies, aucune n'a encore fait la preuve par ses résultats.

Dans sa conclusion, Michel Levallois regrette que les questions qu'il avait soulevées dans sa présentation n'aient pas véritablement reçu de réponses, et il maintient qu'en répondant aux besoins locaux et en s'appuyant sur l'économie populaire, plutôt qu'en encourageant l'exportation de matières premières, on assurera un véritable développement et une lutte efficace contre la pauvreté.

 

Quelques commentaires

Les débats savants entre spécialistes n'aboutissent pas souvent à de véritables consensus. Ils traduisent parfois de profondes divergences. La confrontation permet cependant de faire avancer la "science". Par nature, les rencontres-débats de la CADE, traitant en quelques dizaines de minutes de vastes sujets ne sont pas des débats entre experts : ils se maintiennent à un niveau de généralité et de vulgarisation qui ne permet pas d'approfondir la discussion, dès lors qu'elle est contradictoire. On doit donc se demander quelle est la bonne formule : ou bien la CADE donne l'occasion à ses sympathisants d'entendre divers points de vue, éventuellement parfaitement contradictoires, et leur laisse le soin d'en discuter et de former leur propre jugement, ou bien elle affiche clairement une position (qui laisse de toutes façons sa liberté de jugement à tout un chacun).

La rencontre-débat dont il est ici rendu compte illustre bien la nature de la question. Une problématique a été posée, il y a été répondu selon des approches, partant des analyses différentes.

Sans vouloir porter des jugements de Salomon, on peut supposer que cette divergence dans les approches a conduit à une divergence dans les conclusions à tirer.

 

Y a t-il réellement une alternative : marché local ou exportation ?

Il n'est pas possible de présenter la question du développement en Afrique subsaharienne comme une alternative entre un modèle fondé sur des filières d'exportation de produits à faible valeur ajoutée locale et un modèle fondé sur une économie populaire créatrice d'emplois, susceptible de répondre de façon adaptée aux besoins de consommation intérieure. La réalité est, heureusement ou malheureusement, bien plus complexe. Il est sans doute exact qu'une économie qui ne participe pas activement aux échanges internationaux est condamnée à la marginalisation, donc à une certaine stagnation : elle n'est pas en mesure de tirer profit de ses avantages comparatifs, et elle ne peut tirer parti de biens ou de services proposés à meilleurs coûts que les siens propres. Il est sans doute tout aussi exact que la structure des échanges extérieurs ne correspond pas toujours, et c'est bien le cas de l'Afrique, à la meilleure allocation des avantages comparatifs, non plus qu'à la meilleure affectation des biens et services importés. Pour être un catalyseur de développement, le commerce extérieur doit porter, à l'exportation, sur des biens et services plus ou moins diversifiés, pour lesquels le pays exportateur dispose d'avantages comparatifs naturels ou construits, à valeur ajoutée importante et, à l'importation sur des biens et services correctement affectés à la consommation qui ne peut être satisfaite par les ressources locales et à l'investissement productif. Il convient, en outre, que les revenus des exportations soient utilisés à bon escient, par une redistribution équitable en pouvoir d'achat et en investissements productifs . A l'évidence, l'Afrique n'a pas réussi cet exercice, au cours des dernières décennies. Il ne suffit pas de dire que les différents acteurs n'ont pas joué le bon jeu, il faut essayer de comprendre pourquoi ils sont restés sur un schéma directement hérité de la période coloniale.

 

Les mots "économie populaire" et "économie informelle" recouvrent des réalités différentes

Le scénario d'une économie populaire qui offrirait une solution alternative et mieux adaptée repose sur au moins deux présupposés qu'il convient d'éclaircir. Le premier concerne le contenu même de cette économie.

De même que les mots "économie informelle" recouvrent des réalités diverses sous une seule appellation (informel signifie que l'on échappe à la fiscalité, à la réglementation du travail, des procédures comptables et à la saisie statistique : sont concernés une bonne partie de l'économie rurale, l'économie populaire, la fraude - y compris celle pratiquée par le secteur "formel" - les trafics maffieux, et quelques autres), de même les mots "économie populaire" recouvrent des entités qu'il convient d'identifier : une économie de survie, substitut de systèmes de redistribution défaillants ou inexistants des revenus, qui consiste pour l'essentiel en l'émiettement du travail pour le redistribuer au plus grand nombre ; une économie qui occupe des créneaux laissés vacants par l'économie "formelle", permettant ainsi de satisfaire une partie des besoins élémentaires ; une micro-économie, creuset de formation de micro-entrepreneurs, d'accumulation modeste de capital et de savoir-faire, de diversification des activités, que l'on doit dès lors considérer non comme une fin en soi, mais comme une préparation à une économie plus formelle. Les différentes facettes de l'économie informelle et de l'économie populaire se recoupent sans doute assez souvent, ce qui explique la difficulté à les saisir et à les analyser. En ce qui concerne l'économie populaire, ses différents aspects ne permettent pas de penser qu'elle est d'une grande productivité, même si elle recèle des potentialités importantes. Il est probablement vrai, en revanche, que l'on sous-estime gravement son poids dans l'économie générale.

 

Des marchés intérieurs et régionaux

Le deuxième présupposé concerne l'existence d'un marché intérieur ou régional qui serait spontanément porteur de croissance, pour autant qu'il ne soit pas anesthésié par les diktats du commerce mondial et par l'orientation de la production vers la seule satisfaction de ces diktats. La réalité est plus complexe et plus nuancée. Au moment des indépendances, à la différence des pays d'Asie et, dans une moindre mesure, des pays d'Amérique latine, on ne peut pas dire qu'il existait de véritables marchés intérieurs en Afrique : une faible densité sur de vastes espaces mal aménagés, une population majoritairement rurale, largement autarcique, une faible population urbaine à bon niveau de revenu par tête, ne donnaient pas les éléments suffisants pour constituer un marché solvable pour une production diversifiée de biens et de services locaux.

D'autre part, il y a eu balkanisation économique autant que politique. L'échec de bien des investissements d'industries "d'import-substitution" réside au moins autant dans cette situation que dans les erreurs de conception des "éléphants blancs".

La croissance urbaine, les mutations sociales, économiques et professionnelles qu'elle entraîne et, malgré les échecs des systèmes d'enseignement, l'élévation générale du niveau de formation, les tentatives de constitution d'ensembles économiques régionaux, sont autant de facteurs qui sont en train de permettre la constitution de véritables marchés locaux. Mais il s'agit d'une évolution de long terme, qui est fort loin d'avoir atteint le seuil critique de décollage.

D'autre part, lorsqu'on parle de marginalisation de l'Afrique, c'est très généralement par rapport aux autres continents. On oublie que le commerce intra-continental est, aussi, pour chaque pays, un commerce extérieur. Mais ce commerce reste mal connu, de même que le marché qu'il satisfait.

Ces quelques commentaires, inachevés, n'ont aucune prétention à conclure le débat : ce serait du reste contradictoire avec la déclaration qui les a introduits. Ils ont pour seul objectif de tracer quelques pistes de discussions, si le sujet paraissait suffisamment intéressant pour que ces discussions soient organisées.

 

Jean NEMO

 

Réaction de Dominique Gentil après la rencontre-débat

Il est dommage que la rencontre-débat ait été seulement une succession de trois exposés, avec très peu de liens entre eux, et quelques confusions. Je voudrais attirer l'attention sur quelques points.

 

 

 


Stratégie de développement axée sur les petits producteurs

"Une approche de production axée sur les petits producteurs, suivant les exemples de la République de Chine et de Taiwan (Chine), est essentielle pour remplir les conditions minimales nécessaires et suffisante pour un décollage des pays de l'Afrique subsaharienne. Cette politique permettrait à la région d'exploiter l'énorme potentiel qui existe dans les vastes secteurs informels urbain et rural qui dominent pratiquement chaque économie africaine. Ce secteur est, pour l'heure, en marge de l'essentiel de l'effort du développement entrepris dans de nombreux pays. La recherche des indicateurs de stabilité macro-économique uniquement dans le secteur modernisé ne suffira pas pour mettre en œuvre le renforcement de la compétitivité et de la croissance équitable. La négligence du secteur informel et la concentration sur les investissements de grande envergure dans le secteur moderne de ces économies demeurent une source importante d'injustices dans la création et la distribution des richesses. Les politiques d'exploitation des potentiels existant dans le secteur informel ont beaucoup à faire pour garantir que la vaste majorité du peuple, jusque là marginalisée, enfermée dans le secteur informel, commence à recevoir l'attention qu'elle mérite. Les acteurs du secteur informel doivent être intégrés dans le tissu économique et affranchis pour accroître leur productivité et exploiter leur créativité au travers d'une modernisation systématique".

Extrait de Cadre macro-économique pour la croissance et l'équité en Afrique de Samuel Olofin in : La compétitivité future des économies africaine, sous la direction de Alioune Sall (KARTHALA - 2000-)


Les petites entreprises africaines

Depuis les débuts de la CADE en 1996, nous nous sommes intéressés à ce qui nous paraissait être une réalité africaine méconnue, c'est à dire la petite et la moyenne entreprise.

Au fil de nos rencontres, nous nous sommes aperçus de trois choses :

1. La PME africaine recouvre une réalité beaucoup plus large qu'en France : entreprises unipersonnelles, artisanales, micro-entreprises, etc... dont un grand nombre sont en marge de la législation et des statistiques, et que l'on appelle informelles.

2. Ces entreprises ont également la caractéristique particulière, d'être étroitement liées au contexte social dans lesquelles elles fonctionnent, par les emplois qu'elles créent, les financements qu'elles mobilisent, les réseaux commerciaux et les besoins auxquels elles répondent.

3. Les incertitudes sémantiques que traduisent les termes de PME, de "secteur informel", d'"économie populaire", expriment la perplexité des statisticiens et des économistes. Elles manifestent l'actualité du débat sur les politiques à mettre en œuvre.

Le pari fait sur un développement généré par la croissance des exportations de produits primaires, agricoles, miniers et pétroliers, même mieux et plus transformés qu'ils ne le sont aujourd'hui, suffira-t-il à répondre aux besoins d'une population qui va doubler dans les prochaines années pour atteindre quelques 800 millions d'habitants ? N'est-il pas dérisoire de croire que l'ouverture des marchés américains et européens aux produits africains et l'ouverture des marchés africains aux produits d'importation sera le moteur de la croissance et du développement ? La priorité ne devrait-elle pas être de mettre l'accent sur la production, la transformation des ressources locales, pour desservir les marchés locaux ? L'échec si souvent invoqué des industries de substitution sur lesquelles il y aurait beaucoup à dire, n'est pas un argument suffisant pour condamner les productions locales.

Nous nous sommes posés cette question à la CADE, et les débats de nos dernières rencontres du 24 mai et du 8 novembre sur la productivité nous confirment qu'il nous faut continuer à l'approfondir. Car nous n'avons qu'une connaissance très insuffisante du tissu "industrieux" africain, de ses modalités de fonctionnement, des besoins qu'il satisfait, de ses capacités de développement.

Nous nous proposons donc d'ouvrir un atelier sur ce thème : la petite et moyenne entreprise africaine au défi. Défi économique, social, mais aussi sémantique, statistique. Défi politique enfin, car il est urgent de se demander si la lutte contre la pauvreté qui est devenue l'objectif et la pierre de touche de toute politique d'aide internationale n'implique pas pour les pays les plus pauvres, une autre politique que celle du libre-échange généralisé ?

Les ONG ont été souvent les premières, avec quelques chercheurs à découvrir ce chaînon manquant des économies africaines. Nous les convions donc, très amicalement, à nous rejoindre pour éclaircir ce qui nous semble être la voie encore cachée, sinon niée et refusée, d'un autre développement africain.

Michel LEVALLOIS


Pauvreté, développement et crédit en Afrique

Ces dernières semaines, la Banque Mondiale, la CNUCED et la FAO ont insisté sur la nécessité d'une "volte-face contre la misère" (Banque Mondiale, titre d'un article de Libération du 13/09/2000), d'un nouveau "pacte en faveur des pays les moins avancés" (CNUCED, titre du Monde du 31/10/2000), et de la nocivité de certaines mesures douanières (FAO) sur des pays fragiles (Libération du 14/10/2000).

Constatant que l'écart entre pays riches et pays pauvres a doublé depuis 1960, la Banque Mondiale, dans son rapport publié le 12 septembre et intitulé "Combattre la pauvreté" rappelle que quatre milliards d'habitants de la planète vivent avec moins d'un à deux dollars par jour (statistique financière qui heureusement ne rend compte que d'une partie de la réalité) et prend ses distances avec le discours euphorisant sur les bienfaits de la mondialisation. L'économiste en chef de la Banque pense que de nouvelles politiques doivent permettre aux pauvres de bénéficier directement de la croissance dans la santé, l'éducation et les infrastructures.

La Banque amorce un virage vers une certaine reconnaissance du cas par cas, de l'expertise locale, de la décentralisation : vive le "penser petit" (micro-économie, micro-crédit) avec l'arbitrage de l'Etat, dont le rôle est réhabilité. La Banque souligne l'importance du niveau des dépenses sociales, trop souvent bradées par les plans d'ajustement structurels du FMI. Mais, elle ne remet pas en cause la voie libérale, même si elle dit que la croissance ne suffit pas (ce qui entrouvre une porte)

La politique d'aide conduite par la Banque Mondiale et le FMI est contestée par la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement), qui demande un nouveau pacte en faveur des pays les moins avancés (PMA) : la troisième conférence des Nations Unies sur les PMA se tiendra à Bruxelles au printemps 2001. Le rapport 2000 de la CNUCED considère que l'initiative conjointe FMI - Banque Mondiale d'allègement de la dette des pays pauvres très endettés ( PPTE ) repose sur un diagnostic erroné et qu'un New Deal dans le domaine de la coopération internationale pour le développement est nécessaire : rendez-vous à Bruxelles.

Enfin, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) critique un projet du FMI sur le sucre au Mozambique : il s'agit d'éliminer les droits de douane sur le sucre importé, alors que le Mozambique, quatrième producteur mondial avant son indépendance en 1975, dispose de six usines sucrières, qui procurent 20 000 emplois à la population. Même si ces usines sont très compétitives, la suppression des droits sur le sucre importé menacerait ces emplois, comme ont été détruits déjà 10.000 emplois dans l'industrie de la noix de cajou !

Ces prises de position, dans l'air du temps, pourraient inciter à un très relatif optimisme, mais ne peuvent cacher que la solution du développement n'est pas d'abord dans la compétitivité externe, mais dans la productivité endogène. Citons Henri Guaino, ancien commissaire au plan (La Croix du 6 novembre 2000) :

"L'économiste américain Paul Krugman a eu raison de dire un jour qu'un pays, à la différence d'une entreprise, ne produit pas pour vendre mais pour consommer, et que ce n'est pas la compétitivité mais la productivité qui détermine le rythme de la croissance et la hausse du niveau de vie. La querelle n'est pas que théorique : on peut détruire les bases du développement et de la productivité en sacrifiant tout à la productivité".

Ce qui nous ramène à la rencontre-débat du 8 novembre sur la compétitivité en Afrique et en particulier au rôle que joue la micro-finance dans le soutien au développement endogène mis en œuvre par les micro-entreprises, selon les exemples cités par M Gentil au Bénin, et en Guinée. Ces exemples sont encourageants. Ce n'est certes pas la seule voie, mais c'est une voie essentielle. Il est intéressant qu'elle retienne l'attention de la Banque Mondiale.

Bernard MONNIER


Programme de la CADE en 2001

L'intitulé de chacun de ces thèmes est donné à titre indicatif et sera précisé ultérieurement.

1. Thème du premier trimestre : Eglises et religions en Afrique

17 janvier : Les églises chrétiennes

28 février : L'islam

28 mars : Les religions Africaines

 

2. Thème du deuxième trimestre : Les infrastructures en Afrique

25 avril : Routes

30 mai : Chemins de fer

27 juin : Ports. Aéroports

 

3. Thèmes du troisième trimestre :

26 septembre : L'Ethiopie et l'Erythrée

07 novembre : L'Afrique et l'histoire

12 décembre : L'Afrique et la philosophie

 

Nous souhaitons vivement que vous nous fassiez part de vos réactions à ce programme, ce qui nous aidera à préparer et à cadrer les sujets à traiter, à réfléchir et à contacter les intervenants, voire à constituer un dossier qui pourrait faire l'objet d'une diffusion spéciale.

Nous vous signalons la dernière livraison de Politique Africaine (n°77) : Philosophie et politique, ainsi que deux ouvrages parus aux éditions KARTHALA : Afrocentrismes sous la direction de FX Fauvelle, JP Chretien et CL H Perrot, ainsi que La nouvelle évangélisation de l'Afrique de Kä Mana.


Une recherche africaine pour le développement

Aire-développement, agence pour l'investissement dans la recherche à l'étranger, est un groupement d'intérêt scientifique qui a été crée en 1994 à l'initiative de huit organismes de recherche scientifique français, afin de construire et de constituer des pôles de compétence scientifique dans les pays en développement. Les journées organisées à Poitiers les 16, 17 et 18 novembre qui ont réuni les responsables des 20 équipes sélectionnées et appuyées par Aire développement, ont permis de prendre la mesure du chemin parcouru depuis 1994, en particulier en Afrique où l'on compte 18 équipes réparties dans huit pays. Ces équipes mobilisent 244 chercheurs et 115 ingénieurs, techniciens, doctorants. Elles travaillent sur des programmes qui intéressent l'environnement, le climat et le régime des pluies, les écosystèmes littoraux et ruraux, les matériaux locaux, argile et bois, la nutrition et l'alimentation, certaines pathologies. Une équipe de l'Université de Yaoundé poursuit des recherches particulièrement remarquables sur ce que l'on appelle le calcul parallèle qui est utilisé dans le traitement des données informatiques, ce qui rend les plus grands services dans les domaines de l'hydraulique et de la climatologie.

Les délégués des équipes présentes à Poitiers n'ont pas caché les considérables difficultés de leur travail et le besoin qu'ils ont de l'aide financière et de l'appui scientifique de leurs collègues du Nord. Mais ils ont surtout apporté le témoignage qu'il est des pays d'Afrique où les chercheurs Africains n'ont pas renoncé à travailler dans et pour leur pays, où la recherche scientifique faite par des équipes africaines sur des programmes africains relève le défi de l'excellence et celui de sa valorisation technique et économique et parfois financière.


Le page économique

Nous abordons une nouvelle approche de la vie du continent africain : sa composante économique. Nous nous efforcerons de faire apparaître les grandes lignes de son évolution : tant les événements marquants que les manifestations plus discrètes qui contribuent à sa structuration.

Pour un moratoire dans les négociations avec l'OMC

Au cours de leur rencontre à Libreville du 15 au 18 novembre, les ministres africains du commerce ont élaboré une position commune en vue des prochaines négociations dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce ( OMC ).

Ils se sont inspirés de la résolution adoptée en octobre par la nouvelle assemblée parlementaire ACP/UE.

Elle remplace l'ancien "Parlement" et n'est désormais constituée que de représentants de parlements nationaux élus. Elle témoigne d'un nouveau pas dans la voie de la démocratie. Ses membres ne veulent plus être seulement un forum de discussions, ils veulent contribuer à faire émerger les préoccupations de la société civile dont ils sont les porte-parole.

Ils se sont donc fait l'écho des inquiétudes africaines face à la mondialisation. Un rapport du Lesotho en présente tous les aspects. Elle aidera certainement à "améliorer le niveau de vie dans certains pays, mais elle rendra la vie plus difficile dans ceux incapables de faire face au changement". Le "premier problème est son irréversibilité".

Le commissaire européen au commerce, Pascal Lamy, "partage largement ces préoccupations…Mais n'adhère pas à toutes les conclusions". L'UE négociera la libéralisation des pays ACP en tenant compte de leurs spécificités et de leurs capacités d'adaptation. Pour lui, les discussions dans le cadre de l'OMC et l'Accord de Cotonou vont de pair.

Pour faciliter l'adaptation de ces Etats, la France a versé un million d'Euros au Fonds d'assistance technique de l'OMC.

 

Un label vert pour les bois tropicaux

L'insertion dans l'économie mondiale peut se faire par secteur de production. C'est ainsi que le 19ème sommet régional de l'Organisation Africaine du Bois (OAB) a décidé de lancer un système de certification des bois tropicaux africains. Réunis à Brazzaville du 11 au 13 octobre, les onze pays participants ont retenu les "Principes, critères et indicateurs" (PCI) pour la gestion durable des forêts. Synthèses de test réalisés depuis plusieurs années dans des sites forestiers des Etats membres, ces PCI permettent l'élaboration de plans d'aménagement sur lesquels se fonde la certification. Mieux intégrée régionalement, la forêt africaine sera mieux défendue au niveau international.

Le souci de protéger l'environnement et d'assurer la pérennité de l'exploitation forestière a amené, depuis la conférence de Rio en 1992, producteurs et consommateurs à élaborer ces "labels verts". Ils garantissent une exploitation ordonnée des arbres et des conditions correctes pour les travailleurs.

Mais plusieurs systèmes de certification coexistent dans le monde. Il y en a trois en Europe, premier client du bois africain, qui doit faire reconnaître sa spécificité.

L'Afrique exporte surtout des grumes, qui, à chaque étape de leur transformation en bois ouvré doivent pouvoir être suivies, au milieu d'autres essences relevant de label différents.

L'exigence de certification va inciter Etats et producteurs à transformer leur bois sur place, afin d'exporter des produits de plus en plus finis.

 

Partenariat Etats Unis/Afrique

Est-ce un monde à part ?
Lors de sa visite dans six pays africains en mars 1998, le Président Clinton avait promis d'intensifier les relations commerciales entre son pays et le continent noir. La loi sur la "croissance et les possibilités économique en Afrique" mettant en œuvre ces promesses n'a été promulguée qu'en mars 2000 et c'est seulement le 2 octobre dernier que la liste des 32 Etats bénéficiaires a été connue : Afrique du Sud, Bénin, Botswana, Cap Vert, Cameroun, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Gabon, Guinée, Guinée Bissau, Kenya, Lesotho, Madagascar, Malawi, Mauritanie, Maurice, Mozambique, Namibie, Niger, Nigeria, Ouganda, RCA, Congo, Rwanda, Sao Tomé et Principe, Sénégal, Seychelles, Sierra Léone, Tanzanie, Tchad, Zambie.

Les 14 autres Etats de l'Afrique subsaharienne ne remplissent donc pas les conditions d'un accès privilégié au commerce avec les Etats Unis, essentiellement : accepter l'économie de marché et le pluralisme politique, supprimer les obstacles au commerce et aux investissements américains, réprimer la corruption, faire reculer la pauvreté, protéger les droits de l'homme…En présentant ce partenariat comme "créant de nouvelles opportunités économiques pour les travailleurs et les investisseurs américains", Bill Clinton a su obtenir l'accord d'un Congrès à majorité républicain et peu ouvert à ces facilitations commerciales. Il appartiendra au nouveau Président, dont le rôle personnel est déterminant dans l'application de la loi, de la faire entrer dans la réalité.

Robert GINESY

NDLR : L'essentiel des informations reprises dans cette page est puisé dans l'hebdomadaire "Marchés Tropicaux et Méditerranéens".


Le baromètre de la CADE

"La félicité demande deux choses : pouvoir ce que l'on veut, vouloir ce qu'il faut" - Saint Augustin

En raison des récentes réflexions sur l'avenir de la CADE après 2001, c'est à l'actualité de la Coordination elle-même que nous sommes convenu de consacrer ce baromètre. Les développements qui suivent renvoient au rapport d'évaluation de la CADE rendu et débattu par le bureau en octobre 2000. Voici la synthèse des principaux constats et des principales recommandations qui en émanent.

Les membres du bureau se sont interrogés en premier lieu sur la stratégie de la CADE et les modalités de coordination du réseau.

 

Objectifs

Partant des convictions des membres, de l'objet social de l'association et du discours véhiculé par le biais de ses différents supports, il nous est apparu nécessaire de préciser ce que recouvre la notion de "vision politique argumentée" proposée par la CADE (conclusions et orientations du séminaire du 28/11/98) et d'engager toutes les actions nécessaires auprès des instances concernées pour que cette vision soit effectivement prise en compte.

 

Cibles

Il se dégage de l'approche retenue par la CADE, une typologie des publics auxquels elle s'adresse : les journalistes, les associations, les entreprises, les collectivités territoriales, les Conseil Généraux, les Conseils Régionaux, les membres du HCCI, les parlementaires, les pouvoirs publics, les institutions internationales, les chercheurs, etc… (fichier des abonnés et bénéficiaires de la Lettre). Il est nécessaire de préciser, d'une part, les modes d'actions que nous devons retenir auprès de certains d'entre eux tout en mesurant l'impact de ces actions (Union Européenne, journalistes, pouvoirs publics,...), et, d'autre part, de définir le cadre d'un véritable partenariat pour les organisations avec lesquels cela est possible (chercheurs, associations, Africains...).

 

Partenaires

La CADE, depuis sa création, a collaboré, à différentes étapes de son développement, avec plusieurs organisations et selon diverses modalités (sondage avec l'European Center for Development Policy ; convention avec le CFSI ; cycle d'enseignement avec l'AFVP ; plate-forme avec l'OPCF, etc...). Il convient aujourd'hui de développer des partenariats formalisés dans la durée avec les organisations qui poursuivent les mêmes objectifs que la CADE et de jouer le rôle de coordination qui fait partie intégrante de l'objectif de l'association (ndlr : Coordination pour l'Afrique de demain).

 

Membres

Les Lettres de la CADE et les statuts ont, dès les origines, été l'occasion de rappeler la condition sine qua none au fonctionnement de la Coordination : l'engagement de chaque membre ou sympathisant du réseau (Lettre n°4), la présence de membres actifs en son sein. La participation des membres est, en effet, une priorité pour démultiplier nos actions, assurer notre développement au travers de partenariats, s'assurer que notre point de vue est pris en compte afin, en somme, de remplir les objectifs que nous nous sommes assignés.

En second lieu, c'est au fonctionnement de la CADE et à l'utilisation des outils de communication que se sont attachés les membres du bureau.

 

Lettre de la CADE

La Lettre de la CADE occupe une place originale au sein du paysage médiatique franco-africain (approche pluridisciplinaire, politique, etc...) et présente des avantages comparatifs certains (tourné vers les questions de fond plutôt que l'actualité, accessible au public des non initiés...). Il convient désormais de cartographier sa diffusion afin d'accroître encore la portée de notre discours et nous réorienter vers les publics susceptibles d'interagir, de rendre celle-ci plus participative afin d'associer nos partenaires à notre réflexion.

 

Rencontres-débats

Les rencontres débats, dans leur forme comme dans leur contenu, remportent l'adhésion des membres. Il s'agit désormais d'en faire le réel incubateur de la stratégie de développement de la CADE en permettant des échanges qui feront émerger des actions, des projets qui renforceront et démultiplieront notre action (Lettre n°0) : les rencontres doivent être l'occasion de réunir (audience) ou d'amener à s'exprimer (intervenants) des publics auxquels nous envisageons de proposer un partenariat ou des cibles auprès desquelles nous envisageons de faire connaître notre discours.

 

Site Internet

Le site doit être le reflet des axes définis plus haut : il doit devenir l'un des portails français de référence en matière d'information objective, accessible et pluridisciplinaire sur l'Afrique. Cela suppose de prolonger les partenariats conclus de partenariats Internet (transmission de trafic), de rendre le site plus participatif en l'enrichissant d'un forum et de le faire référencer auprès des grands moteurs de recherche après y avoir porté quelques améliorations de forme.

Les leviers dont dispose la CADE, si elle parvient à définir un plan d'action, à remobiliser ses membres et mesurer ses progrès, sont importants. Il revient aux membres de les actionner.

 

Nicolas FONTANG


Informations rapides

L'Assemblée Générale annuelle de la CADE se réunira le lundi 11 décembre à 18h45, dans ses locaux au 5, rue des Immeubles Industriels 75011 PARIS. A l'ordre du jour, le rapport moral et financier, le budget 2000, les prévisions 2001 et les perspectives pour la CADE à partir de 2002.

 

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