Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


N°38 - Septembre 2000

Débat du mois :

Le Nigeria

 

Sommaire :


Editorial : Et si l'Afrique était en train de redécouvrir le développement ?

 

"Can Africa claims XXIth century ? Qu'on le traduise par "L'Afrique peut-elle revendiquer sa place dans le XXI ème siècle" ou, plus brutalement, "peut-elle prétendre au XXI ème siècle ?", ce titre du rapport que la Banque Mondiale vient de rendre public au nom des diverses institutions qui l'ont rédigé, a pu paraître scandaleux à certains. Ce fut leur première réaction lorsqu’ils eurent pris connaissance des commentaires que nous avons lus dans la presse. L'Express présentait à ses lecteurs un tableau illustré "des 10 plaies du continent africain" dans sa livraison du 1er juin tandis que, le lendemain, le Figaro de l'économie titrait "Afrique: le grand bond en arrière". Même l'article au titre pourtant sympathique, "L'Afrique et nous" de Jean- Claude Casanova du Figaro du 23 juin, restait très pessimiste et faisait plus appel aux bons sentiments qu'à la raison pour défendre l'accroissement de l'aide occidentale à l'Afrique.
La lecture du résumé analytique de ce rapport nous a permis de comprendre que ce titre était surtout provocateur et destiné à introduire l'idée que l'Afrique peut effectivement revendiquer sa place dans le siècle nouveau, à certaines conditions toutefois. En fait, ce rapport apporte de l'air frais dans les poumons des coureurs de fond du développement, alors qu'ils étaient sur le point de succomber à l'asphyxie pour avoir respiré pendant vingt ans un air de plus en plus pauvre, réduit à la croissance et à l'économisme, vicié par des relations inégales. Que lit-on, en effet ?

D'abord ceci :

"Le nouveau siècle offre à l'Afrique des opportunités exceptionnelles et il s'ouvre sous les auspices de trois facteurs positifs en sa faveur. Le premier est l'intensification de la participation politique en Afrique qui favorise une plus grande responsabilisation et un nouveau discours sur le développement. Deuxièmement, la fin de la guerre froide peut aider à faire de l'Afrique non plus un champs de bataille stratégique et idéologique, mais une nouvelle destination pour les milieux d'affaires, pour les activités de commerce et de développement. Troisièmement, la modernisation ainsi que la technologie d'information et de communication constituent des moyens exceptionnels pour l'Afrique de brûler certaines étapes du développement."

Ce diagnostic est suivi d'un programme d'action pour l'avenir dont la présentation en quatre "cercles concentriques de causalité cumulative", va bien au delà de cette énonciation un rien prétentieuse.

Jugez-en:

- Améliorer la gestion gouvernementale et eviter les conflits.

- Investir dans le capital humain.

- Accroître la compétitivité et la diversification des économies.

- Réduire la dépendance à l'égard de l'aide et renforcer les partenariats.

Ainsi la croissance n'est plus le seul moyen de le réaliser l’objectif du développement. Nous sommes loin des analyses et des remèdes qui ont conduit à des plans d'ajustement structurel de faible efficacité.

Nous avons enfin été frappés par l'insistance mise dans le rapport sur les besoins considérables de financement pour réaliser les investissements indispensables ainsi que sur la nécessité d'un appui durable des bailleurs de fonds et du maintien d'une aide importante venant s'ajouter aux mesures d'allègement de la dette. La récente réunion à Paris de la conférence européenne de la Banque Mondiale sur l'économie du développement ouverte par le premier ministre français et le directeur de la Banque Mondiale, est venue confirmer que le dogme libéral de la croissance, le consensus de Washington avaient cessé d'être le credo des institutions financières internationales

Ainsi le développement dans toute sa complexité, est peut-être en train de refaire surface. Avec cet élément nouveau et extrêmement important toutefois, c'est qu'il appartient maintenant aux Africains eux-mêmes d'en être responsables, de le prendre en charge à tous les niveaux local, national, régional et international. "Un rééquilibrage du pouvoir est nécessaire" conclut le rapport.

La CADE


Le Nigeria d'Olesugun Obasanjo : une nouvelle transition ?
(compte-rendu de la rencontre-débat du 07 juin 2000)

M. Levallois rappelle que le Nigeria a déjà été le thème d'une rencontre-débat en juin 1997 avec la participation de Michèle Maringues, de Daniel Bach et de Yann Lebeau. Il se dit heureux d'accueillir aujourd'hui Marc-Antoine Pérouse de Montclos, chercheur à l'IRD et l'un des rares spécialistes français de l'Afrique Anglophone, afin de faire le point sur la transition démocratique dans ce pays.

Marc-Antoine Perouse de Montclos a d'abord rappelé l'importance stratégique de ce pays dont la population représente le cinquième de la population du sous-continent au sud du Sahara, et dépasse, à elle seule, la totalité de celle des pays francophones, qui produit 3% du pétrole mondial et qui possède 2% des réserves de gaz. C'est une véritable puissance régionale.

Depuis son indépendance le 1er octobre 1960, le Nigeria a connu une série d'alternances à la tête de l'Etat entre civils et militaires. Cette alternance qui avait marqué la vie politique de ce pays depuis les années 60 a été rompue par la pratique du pouvoir du général Abacha et par les conditions dans lesquelles s'est déroulée la transition démocratique qui a débouché sur l'élection en 1999 de l'actuel président, Olusegun Obasanjo.

La nouveauté de cette transition par rapport au cycle habituel des alternances précédentes sera le premier point de l'exposé de M-A Pérouse de Montclos. Le second portera sur une analyse critique les aspects positifs et négatifs de l'arrivée au pouvoir suprême du président Obasanjo .

 

L'alternance des civils et des militaires, une tradition nigérianne

L'histoire du Nigeria depuis son indépendance le 1° octobre 1960 a été ponctuée de coups d'états militaires. La présidence Azikiwe, celle de la première République, a sombré en 1967 dans la guerre du Biafra, qui a fait, il faut le rappeler, un million de morts. Les militaires ont pris le pouvoir et l'ont conservé jusqu'en 1979. La deuxième République dura jusqu'en 1983 lorsque les militaires revinrent au pouvoir et que le général Babangida le conserva pendant huit ans. Une troisième République vit le jour en 1992 mais son existence fut brève, car le général Ibrahim Babangida annula les élections qu'avait remportées le riche homme d'affaires du nord, Moshood Abiola. Le 17 novembre 1993, le général Sani Abacha prenait le pouvoir et installait un régime de terreur et de corruption sans précédent. Sa mort subite, le 8 juin 1998, mit fin à la dictature. Désigné pour éviter la vacance du pouvoir, le général Abdusalam Aboubakar restaura le rôle traditionnel de l'armée en préparant les élections, en ne s'y présentant pas lui-même et en remettant le pouvoir à son ancien collègue, le général Olusegun Obasanjo, élu en février et installé le 29 mai 1999. La mort en prison de Moshood Abiola, président civil régulièrement élu en 1993, faillit mettre en péril la transition démocratique mais servit, finalement, la candidature du général Obasanjo.

 

La nouveauté de la dernière transition démocratique :

Le mariage de "l'agbada et du kaki" avait généré une distribution des rôles et des avantages entre les régions et les partis. En fait, civils et militaires avaient pris l'habitudre de se ménager et de gouverner les uns avec les autres. Le président Abacha a rompu cette association en brisant deux tabous.

Le premier en s'en prenant aux militaires et en instaurant une dictature très dure. Il a emprisonné le général Obasanjo qui avait été au pouvoir entre 1976 et 1979. Tout le monde se souvient de la mort du poète Ken Saro Wiva qu'il a fait pendre en novembre 1995, s'excluant du Commonwealth et se mettant au ban de la communauté internationale. La mort violente du général-président Sani Abacha mit fin à cette alternance binaire, cyclique, entre civils et militaires qui était devenue, au fil des années, le processus normal de l'accès au pouvoir au Nigéria.

Le président Sani Abacha avait brisé un autre tabou en se présentant aux élections présidentielles et en se faisant élire avec l'appui de partis à sa solde, ce qui mettait fin au rôle de garant de l'unité nationale que l'armée avait toujours revendiqué et ce qui avait suscité l'opposition d'une partie de l'armée.

 

La personnalité du nouveau président

La personnalité du nouveau président contribue également à l'originalité de la transition nigériane. Car Olusegun Obasanjo qui a été élu démocratiquement est en quelque sorte un militaire "recyclé". Lorsqu'il avait été porté au pouvoir en 1976, dans le sillage d'un général qui avait été éliminé parce qu'il prétendait lutter contre la corruption, il n'avait pas ménagé les militaires, il avait pratiqué une répression féroce et mis en place avec la NNPC les moyens d'une corruption importante dans le secteur du pétrole. C'est à cette époque que le chanteur Fella, aujourd'hui décédé, intenta un procès contre le gouvernement.

Le fait qu' en 1979, le général Obasanjo ait quitté le pouvoir en le remettant à un civil et qu'il passa ensuite plus de trois années en prison firent oublier ses années de dictature et lui valurent un capital de sympathies internationales. Devenu membre de Transparency international, il put apparaître après la mort de l'ancien président élu mais destitué, Moshood Abiola, comme un bon candidat, puis comme un président régulièrement élu par un scrutin relativement honnête.

Ce général dictateur devenu président élu au suffrage universel se comportera-t-il en démocrate? Sera-t-il l'homme-passerelle entre l'armée et les civils? Aura-t-il la capacité de résoudre les très fortes tensions qui menacent l'unité de ce pays et de mettre fin à des pratiques de corruption qui ont ruiné l'économie du pays? Telles sont les questions auxquelles le conférencier tenta d'apporter des éléments de réponse.

 

Les tensions régionales

Depuis sa création et son accession à l'indépendance, cet immense pays de plus de cent millions d'habitants en proie à des tensions régionales qui ont souvent provoqué des conflits, celui du Biafra fut le plus grave. Mais ces tensions ont été jusqu'à présent canalisées par un système qui a permis de maintenir un État fédéral au prix de la multiplication des États, il y en a aujourd'hui trente six, et d'une redistribution entre ces États des redevances pétrolières. Il n'en reste pas moins que la très grande diversité culturelle, linguistique et religieuse de ce pays, les très grandes inégalités sociales, peuvent toujours dégénérer en conflits identitaires.

Le séparatisme Ibo du Sud-Est qui a été au coeur de la guerre du Biafra ne semble plus être aujourd'hui une menace dans la mesure où cette population très nombreuse, très active et très entreprenante a tout intérêt à conserver les débouchés immenses que lui assure son appartenance au système fédéral.

Les populations côtières du sud ont un très grave contentieux avec le pouvoir fédéral qui porte sur les effets de la pollution et de l'exploitation du pétrole dont elles pâtissent et dont elles estiment qu'elles ne récupèrent pas leur juste part.

Les populations du pays Yoruba qui sont très actives dans la finance et la banque ne se reconnaissent pas dans le président Obasanjo qui est pourtant ressortissant de cette région. Elles le perçoivent comme un homme du nord compromis avec ce qui est appelé la "mafia militaire de Kadouna".

Les populations du nord ont du mal à accepter que le pouvoir ne soit pas entre les mains de l'un des leurs, comme la tradition s'en était établie. Il se peut que les émeutes qui ont éclaté à propos de l'adoption de la charia dans certains États musulmans de cette région et qui ont fait plusieurs centaines de morts ces dernières semaines, aient été inspirées par des militaires désireux de se donner la possibilité de jouer leur rôle traditionnel de garants de la paix et de l'ordre. Il ne faut pas perdre de vue que l'islamisme est aussi une forme de réaction des plus démunis contre une certaine élite musulmane enrichie et laïcisée.

Ainsi le président Obasanjo va-t-il devoir composer avec les civils et les militaires, avec les puissances ethno-économiques qui se sont partagées le "national cake". Il va devoir se constituer une clientèle politique tout en luttant contre la corruption. En prenant ses fonctions , il a annulé les licences d'exploitation pétrolières abusivement attribuées et il a mis une centaine d'officiers à la retraite. Pourra-t-il refuser longtemps de pratiquer une politique de prébendes ?

M-A P. de Montclos termine son exposé en soulignant l'immensité de la tâche qui attend le nouveau président qui va devoir transformer les pratiques du pouvoir.

 

Le Débat

M. Levallois remercie M-A P. de Montclos pour la qualité et la clarté de son exposé et il ouvre le débat en posant au conférencier une question sur le rôle de la presse. Il lui est répondu qu'il existe au Nigeria une tradition de liberté d'expression, de nombreux journaux et une centaines d'imprimeries à Lagos. Sous Abacha, la presse a fait preuve d'une grande ingéniosité pour déjouer la vigilance du State Security Service, le " SSS" et d'un grand courage, n'hésitant pas à publier des formules très dures à l'encontre du président-dictateur qualifié de "Bloody Dictator".

A un assistant qui rappelle que le pays traverse une crise constitutionnelle due à un conflit entre l'éxécutif et les présidents des deux chambres, M-A P. de Montclos répond que ce conflit est ancien. Il ajoute que l'application de la charia qui est demandée dans certains États du nord ne concerne que les musulmans et qu'il n'est pas question de l'appliquer aux non-musulmans.

Madame Cornevin précise que l'on parle de la "mafia de Kadouna" parce que c'est dans cette ville que se trouve l'Académie militaire et que siégea le quartier général de l'armée.

Henri Senghor pose la question de l'influence du Nigeria sur ses voisins qui sont concernés par le projet d'oléoduc Ghana-Togo-Bénin et par les projets d'organisation régionale de la CEDEAO.

Madame de Saivre demande que l'on évoque la place des artistes nigérians. M-A P. de Montclos évoque les grandes figures de Chinua Achébé, éxilé sous Babangida, de Gabriel Okara et de Wole Soyinka, prix Nobel de littérature en 1986, exilé sous Abacha, l'assassinat du poète ogoni Ken Saro Wiva. Ils illustrent le rôle politique que les artistes ont toujours joué et la vitalité de la société civile.

 

Des raisons d'espérer

M-A P. de Montclos apporte ensuite quelques informations sur la société civile nigériane qui compte 783 collectivités territoriales, une classe entrepreunariale très nombreuse, une bourgeoisie d'affaires très active. On a vu exploser le nombre des banques commerciales dans les années 1970. Dans ce pays immense, aux activités multiples, il est évident que l'État ne peut tout contrôler, tout accaparer. Le secteur informel représente au moins 50% de l'activité.

Il ajoute que la situation du Nigéria s'est améliorée du fait de la remontée des prix du pétrole, du déblocage de 2 milliards d'euros par l'Union Européenne et de la décision des États-Unis de considérer ce pays comme l'une des quatre démocraties africaines à consolider.

Un intervenant qui a longtemps travaillé au Nigeria s'inscrit en faux contre deux idées trop facilement reçues: il affirme que l'économie informelle n'est pas une économie mafieuse. Défiscalisée oui, mais mafieuse, non, car elle n'est qu'une réponse à la capacité de détournement des autorités publiques, ce que confirme Tom Amadou Seck.

Quant à l'insécurité, il rappelle que le nombre des Blancs dans ce pays a toujours été infime, que le tourisme y est inexistant bien qu'il recèle des trésors culturels et qu'il est tout à fait possible d'y vivre et de s'y déplacer en prenant quelques précautions.

M-A P. de Montclos émet un avis plus réservé. Il rappelle que le PIB par habitant est de l'ordre de celui du Tchad, qui n'a pourtant pas encore de pétrole, et que cette pauvreté rend les villes invivables. Les expatriés y touchent les primes d'expatriation les plus élevées d'Afrique et où ils y vivent dans des maisons fortifiées. Il revient sur la question de l'économie informelle pour ajouter qu'à son avis, il s'agit d'une économie de survie qui ne peut conduire au développement... Encore faudrait-il définir le développement.

Le président clôt le débat en rappelant que cette question qui est un thème récurrent de la CADE sera reprise lors de la rencontre du 8 novembre.


La compétitivité future des économies africaines :
quelques pistes de réflexion suite au Forum de Dakar et à la Table Ronde de la CADE

La compétitivité apparaît de plus en plus comme une question clé pour les pays africains. Cette question a été débattue à l'occasion du Forum de Dakar en mars 1999 à l'initiative du Projet Futurs Africains. Les actes de ce forum ont été publiés sous le titre "La compétitivité future des économies africaines" par les éditions Karthala. La table ronde organisée par la CADE le 24 mai 2000 avait pour objet non seulement de faire connaître au moins une partie des apports du Forum de Dakar, apports très riches et abordant des aspects très divers du problème, mais aussi de prolonger la réflexion sur ce thème majeur pour l'avenir de l'Afrique. On trouvera ci-après, suite aux exposés et aux débats du 24 mai, quelques pistes pour la suite de cette réflexion.

 

La compétitivité nécessaire

Il faut distinguer entre compétitivité sur les marchés intérieurs et compétitivité à l'exportation.

L'abaissement des barrières protectionnistes a conduit au cours de ces dernières années à ce que l'on a appelé parfois une invasion des marchés africains par des produits importés. Le Forum de Dakar a souligné combien le maintien de mesures protectionnistes en faveur des producteurs nationaux serait difficile à l'avenir. La reconquête des marchés nationaux est nécessaire et, faute de protection généralisée et durable, possible, celle-ci ne pourra se faire que par la compétitivité. Cela dit, il ne s'agit pas seulement de reconquerir les marchés intérieurs. Ceux-ci sont aussi à développer. La (faible) croissance de ces dernières décennies s'est faite à inégalités croissantes ; les marchés intérieurs n'ont pas connu de ce fait l'expansion qu'ils ont connu dans les pays d'Asie qui ont décollé et où la croissance a été en général moins inégalitaire. Compétitivité et expansion des marchés intérieurs sont évidemment liés : atteindre la compétitivité sera plus facile sur des marchés qui atteindront des tailles plus importantes.

 

Le constat de la marginalisation de l'Afrique sur les marchés mondiaux est facile à faire, encore qu'il faille souligner que l'Afrique est toujours présente et donc compétitive sur certains créneaux et qu'il lui est même arrivé de gagner des parts de marché, comme en témoigne le remarquable succès de la culture du coton dans certains pays francophones. La recherche de la compétitivité sur les marchés extérieurs pose une question de fond : l'Afrique doit-elle adopter un modèle de développement basé sur le développement des exportations, comme l'ont fait certains pays d'Asie, et faire de la recherche de cette compétitivité une priorité ? Certains avancent que les pays africains, où une large majorité de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, où les maladies endémiques et notamment le SIDA frappent une part importante de la population, devraient avoir une autre priorité : celle d'élever le niveau de vie des plus pauvres et donc de développer et de satisfaire les marchés intérieurs. A cela d'autres repondent que, pour élever les niveaux de vie, l'importation de biens d'équipement sera de toute façon nécessaire. Certains biens actuellement importés pourront certes être avantageusement fabriqués en Afrique (et mieux adaptés aux conditions locales ) mais, à échéance prévisible, il est évident que beaucoup de biens d'équipement ne pourront pas être fabriqués en Afrique à des coûts compétitifs (on peut citer le cas des ordinateurs) : les économies africaines doivent exporter et exporter bien plus qu'elles ne le font maintenant pour pouvoir importer des équipements dont elles auront besoin pour élever de façon significative les niveaux de vie.

 

La compétitivité hier et demain

Pourquoi les pays africains n'ont-ils été jusqu'à présent compétitifs que sur certains créneaux ? Il ne s'agit pas de s'étendre complaisamment sur le passé mais un minimum d'analyse rétrospective est nécessaire pour préparer l'avenir. On notera d'abord que les créneaux de compétitivité sont toujours occupés par des produits agricoles et minéraux peu ou pas transformés et que très rares sont les produits manufacturés et les services pour lesquels l'Afrique est compétitive. Le basculement de l'exportation de matières premières vers celle de produits manufacturés que l'on constate dans d'autres parties du monde ne s'est pas produit en Afrique. Des efforts ont été faits pour accroître substantiellement la productivité et donc améliorer la compétitivité d'un certain nombre de matières premières exportées par les pays africains (le coton par exemple), mais des efforts analogues n'ont pas été faits dans les secteurs secondaires et tertiaires et l'Afrique reste aujourd'hui compétitive presque uniquement sur les produits pour lesquels elle bénéficie d'avantages naturels. Comme les créneaux porteurs sur les marchés mondiaux sont de plus en plus les produits manufacturés et surtout les services et de moins en moins les matières premières, la crise des économies africaines provient en grande partie de cette spécialisation à contre-courant.

Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer cet état de fait.

Certaines tiennent aux politiques macro-économiques qui ont été mises en oeuvre et qui ont constitué le cadre dans lequel les entrepreneurs ont agi ou, si l'on veut aller voir ce qui a été déterminant dans le choix de ces politiques, à la nature même des Etats africains.

Certaines tiennent évidemment aux entrepreneurs eux-mêmes et aux ressources humaines dont ils ont disposé.

Et on peut se demander aussi si certaines ne tiennent pas au type des rapports qui se sont instaurés entre entrepreneurs et détenteurs du pouvoir. Si les uns et les autres ont souvent conclu des alliances pour se partager les rentes, naturelles ou artificiellement créées par les pouvoirs publics, peu d'alliances ont été conclues pour améliorer la productivité (comme cela a été le cas dans certains pays d'Asie). Lorsque des gains de productivité ont été obtenus (le cas de la filière coton déjà évoqué), ceux-ci n'ont-ils pas été dus à l'action des agences d'aide plus qu'à celle des gouvernements?

Plusieurs pistes paraissent ouvertes pour atteindre demain la compétitivité, pistes au sujet desquelles on peut poser quelques questions propres à alimenter de futurs débats. La table ronde du 24 mai a été l'occasion d'en évoquer quelques unes que l'on trouvera ci-dessous, mais il y en a certainement d'autres.

A l'instar de ce qu'on fait les pays d'Asie, la recherche de la compétitivité doit porter prioritairement sur certains créneaux. Mais quels créneaux l'Afrique devra-t-elle choisir ? Faut-il choisir des créneaux dans le secteur secondaire comme l'on fait la plupart des pays d'Asie ou faut-il choisir des créneaux dans le secteur des services, en particulier dans le domaine de la "nouvelle économie" qui sera très probablement demain le plus porteur ? Il serait évidemment tout à fait inadapté pour les Africains de se préparer pour demain à la guerre du passé, à celle que certains Asiatiques ont gagnée. L'évolution fulgurante des techniques doit être prise en compte. Ne risque-t-on pas cependant de poursuivre un mirage technologique, faute d'avoir bien pesé les avantages et les handicaps de l'Afrique dans ces domaines ?

En particulier, si la priorité est donnée à de tels créneaux, le problème de la formation des hommes et en premier lieu de la scolarisation, ne sera-t-il encore plus crucial demain qu'il ne l'a été dans le passé ? Que peut-on faire pour le résoudre ?

Par ailleurs, y a-t-il dans leurs cultures des éléments qui confèreront demain aux Africains des avantages comparatifs pour être compétitifs sur certains créneaux ? Ont-ils quelque chose de spécifique à apporter aux pays industrialisés en quête de nouveaux modes de vie ?

Une autre question est celle du rôle que l'économie populaire aura à jouer dans la quête de la compétitivité. Elle joue un rôle de plus en plus important dans la vie quotidienne d'une majorité d'Africains, mais jusqu'à présent elle demeure un lieu de basse productivité. Peut-elle constituer une "troisième voie" pour le développement de l'Afrique ? Comment peut-on accroître significativement sa productivité ?

Jacques GIRI


Penser le développement

Penser le développement, tel était le programme de la Conférence européenne de la Banque Mondiale qui se réunissait pour la deuxième fois à Paris du 26 au 28 juin. Lionel Jospin a parlé du développement comme une libération, comme un accès à beaucoup d'autres choses que les biens matériels : la sécurité, la santé, le travail, le savoir, la participation aux décisions. Il a également insisté sur le fait que la justice sociale était sur le long terme un facteur favorable à la croissance économique. Il a plaidé pour une intervention forte des gouvernements et de l'Europe, afin de renforcer la régulation de l'économie mondiale et l'ouverture démocratique des institutions financières internationales. Quant à l'aide, le premier ministre français a confirmé l'annulation de la totalité des dettes bilatérales publiques sans imputation sur les autres financement de l'aide au développement. Il a salué la mobilisation des ONG dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités mais il a rappelé le rôle irremplaçable des États pour garantir les chances de chacun à l'intérieur des États et pour réguler la mondialisation.

James Wolfensohn a fait part de son accord total avec les propos du premier ministre. Il a cité la formule d'Amartya Sen, le développement des droits, qui selon lui, est plus pertinente que les statistiques de la croissance. Et il rappelle qu'il a proposé à la Banque de pratiquer une approche globale du développement.

Amartya Sen a centré son propos sur la mondialisation pour rappeler qu'elle a toujours été un facteur de progrès et que ce n'est pas la mondialisation en soi qui fait problème mais la pauvreté et les inégalités. Le rôle de la croissance est essentiel dans la lutte contre la pauvreté. Mais, aussi bien à l'intérieur des nations qu'entre les nations , il faut que des institutions non marchandes interviennent pour corriger les insuffisances du marché. Car la pauvreté n'est pas seulement la privation ou l'insuffisance du revenu. Elle est l'asservissement à la faim, à la maladie, à l'exclusion sociale, à l'insécurité, à la privation des droits politiques. Il constate que le monde a beaucoup changé depuis la création des institutions de Bretton Woods : il ne faut pas se comporter comme la grenouille qui voit le monde du fond de son puits, mais comme les membres actifs d'une communauté inter-nationale à construire et à faire vivre.


Une grande enquête de La Croix : l'Afrique bouge

La Croix a publié du 18 avril au 28 mai 2000, plus d'une centaine d'articles sur l' Afrique, dans le cadre d'une longue enquête. Cet évènement journalistique est remarquable, car peu de grands journaux s'impliquent à ce point dans l'observation des évolutions de ce continent. Ces articles sont inévitablement un survol, mais ils ont permis aux lecteurs de se confronter à l'Afrique telle qu'elle est : "magie" du quotidien, villes en explosion, foisonnement des religions, création artistique, esprit d'entreprise dont nous allons donner plusieurs exemples:

Comme l'écrit Yann Mens (La Croix -9/5/00) : "Il faut une énergie de tous les instants pour créer une activité industrielle au sud du Sahara. Mais contrairement aux clichés, les sociétés africaines sont souvent compétitives. (...) Certes, le monde des affaires africain a piètre réputation (...) De grandes entreprises du continent ont en effet englouti plus de crédits qu'elles n'ont créé d'emplois et de richesses. Il n'est d'ailleurs pas certain que les privatisations d'aujourd'hui, suscitées par le FMI, soient vraiment plus transparentes que la gestion étatique d'hier. Mais pour la corruption, il faut être deux. Ceux qui, en échange de pots-de-vin, ont vendu à l'Afrique des usines hors d'usage ou lui ont acheté à vils prix des matières premières, seraient mal venus de lui donner des leçons de morale économique."

Cet esprit d'entreprise apparaît dans la série d'enquêtes de La Croix :

Au Cameroun, Mathias Youngoua 44 ans, "roi du matelas de mousse" à la tête d'une jeune entreprise florissante, rêve d'une Afrique entreprenante, qui reconcilierait la force de ses traditions avec la modernité économique.

("Batoula" le groupe dont dépend sa société, a démarré en 1975 avec un capital de 10 millions CFA, obtenu par une tontine)

En Afrique du Sud, Don Ncube, 60 ans, ancien de l'Anglo American, créateur et dirigeant d'une société d'assurance à capitaux noirs, RAIL (Reel Africa Investment LTD), très performante, finance et préside une association communautaire dans la township très pauvre d'Alexandra, près de Johannesbourg, donnant un exemple de citoyenneté à une communauté noire sud-africaine souvent exaspérée par l'égoïsme des nouveaux golden-boys.

En Côte d'Ivoire, Léopold Diant, 70 ans, PDG d'Enicoprot (Exportation de produits tropicaux) et vice-président de la Fédération des petites et moyennes entreprises (FIPME), a commencé en 1970 dans les réparations mécaniques et électriques (en économie populaire) et exporte maintenant dans le monde entier pili-pili, sésame, fruits séchés et autres produits tropicaux. Outre ces activités, Léopold Diant forme, encadre et finance des chefs de petites entreprises : il est au coeur de la jonction entre l'économie populaire et le secteur moderne. "A la question “Comment concilier les techniques modernes de gestion aux spécificités culturelles propres à l'Afrique?”, le secteur informel a peut-être, pour un temps, répondu." (Anne Boher, La Croix du 10/2/00)

A Madagascar, Daniel Metzger, électronicien de 45 ans, est venu en 1998 près d'Antananarivo, pour diriger une filiale d'Electra Technologies. L'usine de 110 personnes (Daniel Metzger est le seul expatrié), qui fabrique des capteurs de niveau et des protecteurs thermiques, a l'objectif "zéro défaut, zéro rebut" - Et ça marche.

A Dakar, Mankeur Thiam a une entreprise d'usinage et de maintenance industrielle, Techniques Industries. A Thourville-la-Rivière, près de Rouen, Alain Carrié est le PDG de la Société Cattoire (mécanique générale). Il est contacté par l'IPAD (Institut de promotion des activités de développement), dépendant de la chambre de Commerce de Rouen, pour réaliser un audit, dans le cadre d'un compagnonnage industriel, de l'entreprise de Mankeur Thiam. Les choses se passent tellement bien entre Alain Carrié et Mankeur Thiam qu'une synergie s'amorce entre les deux entreprises et que, finalement Techniques Industries, Cattoire et deux autres entreprises normandes, fondent à Dakar une société de négoce, QI International, qui intégrera un bureau d'études, branché par Internet sur le bureau d'études de Cattoire.

Ce compagnonnage heureux a été réalisé grâce à l'opération "100 projets de partenariat industriel avec l'Afrique et la Méditerranée", lancée en 1994 par le réseau Entreprises et Développement, qui regroupe l'IPAD de Rouen avec cinq structures régionales liées à des collectivités locales. Ce programme est appuyé par le gouvernement français et le CDI de Bruxelles.

A signaler que ce partenariat entre PME françaises et africaines permet de trouver des financements pour des projets industriels modestes, de l'ordre de 50 à 600.000 francs que ne couvrent pas les grands organismes type Banque Mondiale.

Alain Carrié, contrairement à nombre de ses confrères qu'il croise dans les cercles de management français, est un afro-enthousiaste, tendance réaliste.

"Certes, dit-il, il faut prendre le rythme. Les africains de l'Ouest se pressent lentement, mais j'ai été très surpris par le niveau de qualification des sénégalais que j'ai rencontrés. Ce sont des gens qui savent travailler. Je suis persuadé que l'Afrique avancera très très vite."

A Bamako, une agence de voyages africaine, Bani, s'est développée depuis 5 ans (elle a reçu le Ciwara d'excellence, qui récompense les meilleures entreprises). Par Internet, on peut contacter Bani qui a un site sur le Web (www.nbolo.com et info@ banivoyages.com). Le portail d'accès MBOLO signifie BONJOUR.

On estime à 1.500.00 environ, les utilisateurs d'Internet en Afrique (les 2/3 en Afrique du Sud). Mais les infrastructures (électricité, téléphone) sont encore insuffisantes. Pour Alain Clerc, qui a organisé à Bamako les premières rencontres Internet en février 2000, le nombre des internautes africains va exploser.

La Croix conclut la partie de son enquête relative aux entreprises (15/05/00) par quelques aperçus sur la présence française en Afrique : cette présence s'amplifie. De 1500 à 2000 entreprises françaises y sont implantées, surtout en Afrique francophone. Selon Jean-Louis Terrier, président de Crédit Risk International, l'Afrique demeure la deuxième destination des PME françaises, derrière les pays européens, et maintenant les implantations en Afrique anglophone et lusophone se développent. L'ensemble de ces informations permet de constater que l'Afrique bouge, selon le titre de l'enquête de La Croix.

D'ailleurs, une fois n'est pas coutume, le FMI fait preuve d'un soupçon d'optimisme pour l'Afrique : dans les perspectives économiques pour l'année 2000, il prévoit un taux de croissance de 4,4 % en moyenne pour l'ensemble du continent. Le FMI se hasarde même à prévoir 4,5 % pour 2001!

Citons pour conclure, ces quelques lignes de jacques Giri écrites en 1986 (L'Afrique en panne - Karthala - p. 194) :

"Alors, s'il est à peu près inévitable que l'Afrique continue à s'enfoncer au cours des prochaines années, s'il est vraisemblable qu'entreprendre la reconstruction des économies africaines sur des bases nouvelles sera long et difficile, je dirai que, au-delà de cette période où les difficultés de tous ordres ne manqueront pas et dont on ne peut prévoir la durée, l'avenir de l'Afrique est ouvert. Et l'on pourra alors dire : ...demain l'Afrique".

Nous y sommes.

Bernard MONNIER


Des auteurs africains au chevet du Rwanda

Nocky Djedanoum, écrivain tchadien et directeur artistique de Fest'Africa, le festival littéraire de Lille a eu l'idée d'organiser une "résidence d'écriture" à Kigali en 1998. Deux ans après, entre le 27 mai et le 5 juin, les huitièmes rencontres artistiques de Fest'Africa ont eu lieu à Kigali et à Butare au Rwanda. Quatre-vingt intellectuels africains se sont retrouvés pour la présentation au public des premiers ouvrages écrits "par devoir de mémoire", soit une dizaine de livres et une pièce de théâtre dont la première a eu lieu à Kigali. Pour en savoir plus, lisez le n° 2633 de Télérama, Le Monde Diplomatique de juillet, Jeune Afrique n° 2059. La pièce de Koulsy Lanko sera jouée à Lille lors du Fest'Africa en Novembre prochain.


Le baromètre de la CADE (mai 2000)

Que faut-il donc faire, parler de loin ou bien se taire ? - J. de La Fontaine

Une centaine d'articles ont été collectés parmis les quotidiens hexagonaux en mai 2000 ; le baromètre constitue la synthèse de ce qui a transparu des réalités africaines dans les colonnes du Monde Diplomatique, du Figaro, du Monde, de Libération, de La Croix, des Echos et de La Tribune au cours de ce mois.

Pax Britannica (Libération, 15/05)

"Grâce en soit rendue aux troupes de sa majesté : la situation en Sierra-Leone s'est améliorée" note l'éditorialiste du Monde (22/05). La Grande-Bretagne mène en effet dans cet "infortuné pays de la côte ouest-africaine" (Ibid) sa plus vaste opération militaire depuis les Malouines" (Le Monde, 25/05). Cependant, par delà l'intervention de l' "ex-puissance tutélaire" (Le Figaro, 10/05) dans ce qui fut un "paradis touristique (…) où se mêlent culture britannique, (...) créole - celle des esclaves affranchis - et africaine" (Ibid), c'est l' "échec de l'ONU" (La Croix, 10/05) qui a suscité le plus de commentaires. Car il en va de l'organisation internationale comme de la Grande Bretagne : il s'agit là de "sa plus grande opération de maintien de la paix" (Le Monde, 05/05). La prise en otage de casques bleus par la rébellion a cependant conduit la presse à dresser un bilan inverse quant à la capacité de l'ONU à "imposer la paix en Sierra-Leone" (La Croix, 22/05).

 

Vox populi (Libération, 19/05)

A travers ce regrettable camouflet, c'est "la responsabilité collective des grandes puissances" (Le Monde, 10/05) ou, plutôt, leur "irresponsabilité" (La Croix, 10/05) qui a été mise à l'index. Interroge-t-on A. Wade, président en exercice du Sénégal, à l'occasion de sa visite en France courant mai, quant à la pertinence de laisser "L'Afrique aux Africains", il rétorque que "c'est un prétexte pour ne pas intervenir et fuir [ses] responsabilités" et ajoute que "pour certains pouvoirs africains, c'est un moyen commode de pérenniser une dictature sans risque" (Le Monde, 25/05). S'en remet-t-on à K. Annan, il renvoit dos à dos Etats membres et Etats africains : ainsi a-t-il "publiquement reproché aux Occidentaux leur refus de s'engager en Afrique" et "n'a pas non plus épargné les Africains qui, estime-t-il, ont contribué au désarroi de la Minusil en y participant avec des soldats mal préparés" (Le Monde, 17/05). Désormais, "des voix s'exprimant au nom du réalisme (…) suggèrent de négocier une troisième fois" avec le chef de la rébellion, M. Sankoh. "L'histoire dit-on, n'est qu'un perpétuel recommencement" annonce La Croix (18/05), résignée ; Le Monde (22/05) estime, de son côté, que "ce serait une terrible erreur"…Reste enfin "la rue, [qui] crie vengeance" (Libération, 19/05)…Une trentaine d'articles sont consacrés à ce sujet dans notre échantillon.

 

Statu quo ante (Le Figaro, 29/05)

"Les combats ont repris [entre l'Erythrée et l'Ethiopie] malgré les appels à la paix lancés par l'OUA et l'ultimatum qu'avait fixé le conseil de sécurité de l'ONU" (Libération, 17/05) : c'est ce que reflète la dizaine d'articles signés qui couvrent l'événement. "La plus grande guerre du monde a lieu en Afrique" titrait Le Figaro (18/05). Il est vrai, "cette guerre là ne ressemble à aucune autre : elle n'est ni éthnique ni religieuse" (La Tribune, 17/05). De l'avis de La Tribune (Ibid), elle consiste en "l'affrontement de deux nationalismes". Si l'on en croit Libération (28/05), "un règlement à l'amiable est encore impensable" entre l'Erythrée qui aspire encore à devenir un "Singapour africain" (Ibid) et l'Ethiopie qui "n'enten[d] pas se contenter d'un retour au statu quo ante" (Le Figaro, 29/05).

 

Mythe fondateur (Libération, 30/04)

La situation est telle, au Zimbabwe, que le pays "figure désormais en tête des priorités diplomatiques du gouvernement britannique" (La Croix, 17/05). La presse britannique, peu optimiste, présage que "le chemin du Zimbabwe aujourd'hui est celui de l'Afrique du Sud de demain" (The Spectator, Londres, 05/05) ; c'est en effet à l'extension possible du conflit que la presse s'est le plus attachée, rappelant que "dans toute l'Afrique australe, le problème du partage de la terre comme celui des tensions raciales sont des questions explosives" (Libération, 05/05). Dix articles en font état. L'occupation des terres par les anciens combattants, ces "héros en guenilles" qui "appartiennent au mythe fondateur du Zimbabwe" (Libération, 30/04), n'a pas créé, en juin, les conditions propices au déroulement des éléctions législatives à l'issue desquelles une mission de l'UE, "déléguée par les Ministres des Affaires étrangères" (La Croix, 10/05) a émis des réserves. C'est ainsi que "l'image d'instabilité [que produit le Zimbabwe] pénalise aussi les pays vertueux [et] détruit les années d'efforts de certains pays pour montrer qu'il y a des pays stables en Afrique" (La Croix, 15/05).

 

Un vent d’afro-pessimisme (La Tribune, 29/05)

"Un vent d'afro-pessimisme souffle sur les marchés boursiers africains" (La Tribune, 29/05) et, serions-nous tentés d'ajouter, sur les feuillets de la presse dans son ensemble. Ainsi a-t-on pu lire ça et là, s'agissant de l'avenir du continent noir, "Le grand bond en arrière" (Le Figaro, 02/06), "Afrique à l'abandon" (Les Echos, 24/05), "Afrique sans espoir" (The Economist, 17/05), "L'Afrique entre crimes et guerres" (Le Figaro, 18/05). Seule exception notable : les dossiers de La Croix.

"Ce continent connaît [pourtant] des changements sur lesquels les gros titres de la presse européenne ne s'attarde guère" retient M. Rocard dans un article au Monde (30/05). Et d'énumérer "l'axe de transit de Maputo, entre le Mozambique et l'Afrique du Sud, le gazoduc ouest-africain et le projet d'exploitation pétrolière et d'oléoduc Tchad-Cameroun" considérant que ces grands travaux sont "une chance pour l'Afrique" (Ibid) ; avis partagé semble-t-il par l'éditorialiste du Monde Diplomatique qui cite en exemple ces mêmes ouvrages dans le Bimensuel Manière De Voir (mai-juin 2000) tout entier consacré aux "Afriques en renaissance" et auquel A. Seck et P. Engelhard, membres du Conseil d'Administration de la CADE, ont collaboré. Est-il en sus nécessaire de rappeler que "80% des Africains vivent en paix" (Le Monde, 30/05) ?

Tonneau des Danaïdes (Les Echos, 24/05)

"Le processus d'abandon - Le Monde parle de "guerres orphelines" - a conduit, relèvent Les Echos (24/05), à ne plus verser de fonds dans ce qui faisait figure de tonneau des Danaïdes. Réintégrer l'Afrique dans la communauté mondiale, renchérit-il, n'est possible que si l'on cesse de confondre la mondialisation avec la soumission à un modèle uniforme. Cela voudrait dire que l'on accepte que le développement économique de l'Afrique emprunte des voies originales, que l'on renonce à aligner l' "homo africanus" sur notre conception de l' "homo oeconomicus", que l'on sache utiliser toutes les richesses de la culture et de la sociabilité africaines pour inventer un autre type d'économie et de société. Ne pas abandonner l'Afrique n'exige pas tant un accroissement des subventions et des ingérences qu'une reconnaissance de ce qu'elle a de spécifique. On n'aidera les Africains qu'en les accompagnant dans leur effort pour réaliser leur vocation propre : introduire la diversité dans la mondialisation"...

Nicolas FONTANG


En Bref

 

Le 28 juin dernier, Michel Rocard, président d’Afrique Initiatives a dressé le premier bilan des activités de la société qu'il a créée il y a un an. Il a rappelé qu'Afrique Initiatives veut être un outil complémentaire pour le développement de l'Afrique, en soutenant les initiatives locales destinées à répondre aux besoins des Africains, sur un mode rentable et donc pérenne. En fonction de cet objectif, la stratégie de la société s'est orientée vers le capital-risque pour le développement et la création d'activités industrielles et de service. Cinq domaines d'intervention ont été privilégiés : la santé, l'alimentation, l'éducation, l'accès à l'eau et à l'énergie et les nouvelles technologies de communication. La société a retenu les règles d'intervention suivantes : la taille des projets doit être comprise entre 500.000 et 5.000.000 FF, les projets doivent apporter des réponses locales à des besoins locaux ou régionaux, le porteur doit nécessairement être basé en Afrique, impliqué dans le montage, le financement et la gestion future du projet.

Parmi les réalisations de ces treize premiers mois d'existence, Afrique Initiatives a lancé avec une société sud-africaine un projet de production d'un composé de céréales locales très bon marché, à Madagascar un projet de production industrielle de médicaments naturels proposé par la Fondation Imra. Au Sénégal, l'usine de production d'un aliment à base de produits locaux, Ruy Xalel, sera inaugurée le 21 juillet.

Un projet de réseau Internet à Saint-Louis du Sénégal, (St Louis@net) est en cours de montage. Enfin, le "portail" qu'Afrique Initiatives a ouvert sur le net, Africa21, recueille une audience croissante.

Pour l'année à venir, Afrique Initiatives espère engager et, si possible, faire aboutir une douzaine de nouveaux projets correspondant à ses ambitions initiales.

 

Le protocole de partenariat entre les pays ACP et l'UE destiné à prendre la suite des accords de Lomé a été signé officiellement à Cotonou le 23 juin dernier. Il engage les signataires dans un accord de partenariat de dix années dont le contenu renouvelle en profondeur la coopération entre l'Union Européenne et les partenaires du sud.

Première innovation : le marché protégé qu'offrait l'UE à ses partenaires du sud devra être remplacé d'ici 2020 par des zones de libre échange entre l'UE et les "sous-ensembles" ACP.

Deuxième innovation : l'intégration régionale.

Troisième innovation : la refonte des instruments financiers, Stabex, Sysmin, et la création d'une Facilité d'investissement, gérée par la Banque européenne d'investis-sements (BEI) destinée à la promotion du secteur privé.

Quatrième innovation : la convention de Cotonou introduit dans le partenariat ACP-UE la bonne gestion des affaires publiques, l'immigration, le respect des droits de l'homme et l'Etat de droit.

 

Le désarroi Camerounais : l'épreuve de l'économie-monde. Cet ouvrage est le fruit d'une aventure intellectuelle et partenariale lancée par Georges Courade, directeur de recherche à l'IRD et du travail collectif poursuivi sous son impulsion, au sein d'un réseau de quatre observatoires de terrain (OCISCA, puis GRIOT). Les données de terrain collectées pendant dix ans permettent de dire ce que furent pour ce pays, pourtant riche en hommes et en ressources naturelles, la descente aux abîmes et la réaction d'une société victime de la gestion erratique des ressources du pays et de la thérapie de choc de l'ajustement structurel. (Editions Karthala).

 

Michel Levallois s'est rendu à Lyon le 14 juin à l'invitation de Bernard Husson, professeur au CIEDEL, pour examiner les modalités d'un partenariat entre la CADE et le CIEDEL. A cette réunion, ont participé Nick Haaren, professeur au CIEDEL et Lahsen Abdelmalki, maître de conférences à Lyon 2 ( GATE ).

Le projet consisterait à bâtir un cycle de rencontres-débats sur l'Afrique noire destiné aux étudiants du CIEDEL et de Lyon 2, ouvert aux milieux du développement et de la coopération internationale, aux associations et aux collectivités locales.


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