Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


Débat du mois :

L'Art Africain contemporain et la créativité de l'Afrique

 

Sommaire :


Editorial : Zimbabwe, Sierra-Leone, Corne de l'Afrique...

 

La CADE s'intéresse à une Afrique dont on parle peu, et sur laquelle il faut apprendre à porter un regard informé et attentif, car elle se transforme, elle évolue en profondeur, et il faut savoir le comprendre et en évaluer les éléments positifs aussi bien que les éléments négatifs, trop souvent seuls à intéresser l'opinion. Cependant, l'actualité peut parfois être têtue, et nous rappeler que l'Afrique des conflits et des désastres humanitaires est, elle aussi, une réalité.

La guerre civile au Sierra-Leone, atroce, mal éteinte, a été réglée par la communauté internationale et les adversaires en présence à travers un compromis qui ne tient aucun compte des régles élémentaires de la justice et de l'équité ; ce compromis n'a d'ailleurs pas résisté aux démons de la discorde, aux appétits prédateurs et à la soif de pouvoir, disqualifiant ainsi les parties qui avaient voulu faire croire que l'on pouvait asseoir la pacification sur l'ignominie, au motif que la fin justifie les moyens et que la paix mérite quelques sacrifices humains.

Une guerre des pauvres, néanmoins moderne et sans merci, vient de se rallumer dans la corne de l'Afrique, chaque adversaire ayant eu le temps de réarmer et de refaire provision de chair à canon, depuis le premier épisode meurtrier de l'année dernière.

Au Zimbabwe, un président décidé à ne pas abandonner le pouvoir, mais peu confiant dans le verdict des urnes, agite, comme le font d'autres, dans d'autres régions du continent, l'épouvantail des ennemis du peuple et n'hésite pas à exciter à l'anathème, au racisme et à l'exclusion, les couches sociales qu'il n'a pas su ou voulu, pendant vingt ans, sortir de leur misère.

Au début du 21ème siècle, on ne peut plus chercher l'explication des malheurs de l'Afrique dans le seul traumatisme colonial, non plus que désigner comme coupable essentiel l'horrible colonisateur. Ce n'est plus parce qu'ils sont pauvres et encouragés par les grandes puissances que les Ethiopiens et les Erythréens se battent aujourd'hui sans rémission, mais parce que leur géopolitique et leur nationalisme les conduisent à remettre en cause des équilibres péniblement acquis, et qu'ils disposent de l'appui de leur population, du moins de celle qui n'est pas en danger immédiat de mourir de faim. La rébellion sierra-leonaise n'est pas une révolution des misérables contre les puissants et les riches, mais la manifestation de la querelle de clans mafieux au sein d'un Etat qui n'a pas résisté à ces tensions. Même s'ils représentent un mode de propriété et de production inévitablement appelés à se transformer, les fermiers blancs du Zimbabwe n'ont sans doute pas de responsabilité directe et objective dans la situation des moins favorisés de leurs concitoyens, avec lesquels ils partagent la même nationalité, par choix volontaire. Ils paient le prix des errements d’un gouvernement qui ne s’est pas donné les moyens de régler cette question.

La "communauté internationale" reste perplexe, velléitaire et néanmoins prudemment interventionniste, si prudemment qu'elle y perd sur tous les tableaux. Elle n'a pas ou plus de "grille de lecture", elle sait qu'elle ne peut rester à l'écart, elle sait aussi qu'elle ne peut recoloniser, et que l'espace dont elle dispose est donc singulièrement difficile à définir. Il faut souhaiter que les Africains sachent surmonter leurs contradictions et leurs conflits, et que la "communauté internationale" se dote rapidement d'une doctrine plus claire et plus opérationnelle : l'aide au développement passe aussi par l'aide à la sécurité et à l'équité. Il n’y a pas de fatalité historique ou existentielle qui condamnerait l’Afrique aux guerres et aux massacres.

La CADE


Le séminaire du 15 avril

 

Nous étions une dizaine, ce dernier samedi des vacances scolaires, pour débattre des perspectives d'avenir de la CADE. Cette réunion avait été préparée par deux notes , l'une rappelant les objectifs et le travail de la CADE, l'autre esquissant les contours d'une CADE électronique.

La légitimité de l'action de la CADE a été affirmée avec la plus grande netteté par les participants, et en particulier par M. l'ambassadeur Stéphane Hessel qui estime que la Cade a un rôle très utile à jouer pour dresser et diffuser une autre image de l'Afrique que celle d'un continent impuissant, ignorant et déchiré. Il est en effet essentiel de rappeler aux opinions publiques du nord et aux acteurs de la solidarité internationale que les réalités africaines ne se limitent pas aux catastrophes naturelles ni aux tragédies guerrières. Il suggère que des contacts soient établis, en particulier, avec le nouveau HCCI (Haut Conseil de la Coopération Internationale), avec la Coalition globale pour l'Afrique.

La pertinence de l'action de la CADE a ensuite été évoquée par Jean Clauzel qui se demande si les objectifs de la CADE n'ont pas changé depuis les débuts de son action en 1996.

La discusssion confirme que la CADE s'adresse toujours à un public qui connait l'Afrique et qui s'y intéresse, auquel elle propose une information, des analyses et des tentatives de synthèse sur les réalités africaines d'aujourd'hui. Cette approche se veut citoyenne, c'est à dire différente de celle des chercheurs, des uni-versitaires et des hommes d'affaires. Elle ne sert aucun militantisme sinon pour refuser le cynisme, le mépris et l'égoïsme.

La nécessité d'un renouvellement des méthodes de la CADE est néanmoins reconnue. Il faut en effet atteindre de nouveaux publics, hors de Paris, hors de France dans les pays de l'Union européenne.

Il faut également associer des Africains à la collecte d'informations et à l'analyse des réalités africaines. François Gaulme confirme l'intérêt de l'utilisation d'Internet pour poursuivre de tels objectifs.

Le Conseil d'administration de la CADE se réunira le 6 juin et décidera des démarches à entreprendre pour mettre en oeuvre ce programme.


L'Art Africain Contemporain et la créativité de l'Afrique

(Compte-rendu de la rencontre-débat du 3 mai 2000)

L'art africain contemporain traduit une créativité artistique qui n'est pas contestée. L'objet de la rencontre-débat était de mieux comprendre la nature et les orientations de cet art, son positionnement par rapport aux expressions traditionnelles, sa place dans les différentes manifestations de la création artistique au niveau mondial, ses apports et ses emprunts. Il était aussi nécessaire de savoir quel était le public de cet art africain. C’est à Nicole Guez, journaliste, sociologue, auteur du premier guide de l’art africain comtemporain, que la CADE a demandé de dresser l’inventaire de ce que recouvre la notion d’art africain. Pour cette spécialiste de la création africaine comtemporaine, c'est au moment de la décolonisation, que l'on commence à parler d'un art africain contenporain. Jusqu'alors, l'art "tribal" seul était largement reconnu, comme si, inconsciemment on avait voulu enfermer l'Afrique dans le passé, lui refusant l'accès à la modernité.

 

Nicole Guez :

A la fin des années 60, un mouvement s'amorce :

La Harmon Foundation, publie aux Etats-Unis, un petit livret de 130 pages intitulé "Africa's contemporary Art and artists" qui recense 300 artistes, surtout, des pays africains anglophones.

Les noms de certains des "pères fondateurs" de l'art africain contemporain y figurent déjà :

Skunder Boghossian qui enseigne aujourd'hui à Harvard, Bertina Lopez, formée à l' Ecole des beaux arts de Lisbonne et Malagantana Valente, un extraordinaire autodidacte, tous les deux du Mozambique, Uche Okeke et Bruce Onobrakpya, du Nigeria, Iba N'diaye, fondateur de l' Ecole des beaux-arts de Dakar, le sud africain Gérard Sekoto, mort à Paris voici une dizaine d'années, ainsi que de nombreux artistes de l' Ecole de Karthoum, au Soudan...

En 1967, en Allemagne, Ulli Beir dans un livre "Art in Nigeria", appellera l'attention sur l'émergence, dans cet immense pays, d'une expression contemporaine puissante. En France, à peu près à la même époque, Michel Leiris et Jacqueline Delange, accueilleront au Musée de l'Homme l'exposition "Oeuvres africaines nouvelles" présentant des artistes du Nigeria et de l'Afrique de l'est.Mais il faudra attendre le début des années 90 pour que soit reconnue l'existence, dans les pays africains, d'un art contemporain, dans toute son effervescence créative. On ne peut pas dire, aujourd'hui encore, en dépit de réussites spectaculaires comme celles du sculpteur sénégalais Ousmane Sow, que l'art africain contemporain ait réussi sa percée en direction du grand public et des collectionneurs. L'art africain contemporain se caractérise actuellement par sa vitalité, l'extrême diversité des ses formes ainsi que par la variété de la formation des artistes. Les pratiques artistiques qui coexistent aujourd'hui dans les pays sont si différentes les unes des autres que les artistes semblent parfois oeuvrer dans des "temps" différents. Certains artistes sont autodidactes, d'autres ont été formés dans des écoles. Certains s'enracinent dans leur propre culture, d'autres ont élargi leur horizon aux dimensions du monde. Partout, l'art populaire coexiste avec l'art académique, l'art brut avec l'art savant. Certains artistes ne sont connus que de quelques spécialistes, d'autres sont déjà entrés dans de grandes collections ou dans des musées. Devant ce foisonnement multiforme, certains créateurs s'inquiètent du danger d'un amalgame entre les artistes professionnels et les amateurs, les oeuvres d'art et l'artisannat. C'est en effet un des écueils. Mais l'autre danger serait, selon Nicole Guez, de s'enfermer dans une vision si restrictive de l'art qu'elle conduirait à ne considérer comme artistes que ceux qui ont reçu le label des académies en Afrique ou à l'étranger. Certains créateurs radicaux, aux individualités fortes, autodidactes, passent au travers des classifications de ce genre. En réalité, qu'est-ce qu'un artiste sinon quelqu'un qui crée des oeuvres d'art quel que soit son parcours ou sa formation ? On peut considérer comme artiste tout créateur qui vit de son art (qui a participé à des expositions personnelles ou collectives, dont les oeuvres figurent dans des collections privées ou publiques) et surtout dont l'oeuvre produit du "sens" pour celui qui la regarde. Jean Hubert Martin, lors de l'exposition "Les magiciens de la terre" avait proposé une définition de l'oeuvre d'art à la fois précise et subtile :

"Les oeuvres d'art, écrivait-il, ont en commun d'avoir une aura. Ce ne sont pas de simples objets ou outils à usage fonctionnel ou matériel. Elles ont en commun d'être les réceptacles de valeurs métaphysiques. Elles communiquent un sens."

Ceci évacue d'emblée du champ, l'artisanat, l'art d'aéroport et les autres productions "éxotiques" à l'usage des touristes.

Dans l'art africain contemporain, on peut shématiquement discerner deux grands courants:

- l'art brut issu de la créativité spontanée d'autodidactes.

- l'art savant qui est le fruit d'une transmission par une formation ou un apprentissage.

Mais il faut mettre ces deux courants en synergie avec les pratiques des artistes si l'on veut rendre compte de la très grande diversité des situations.

Pour esquisser à grands traits un panorama de l'art africain contemporain, Nicole Guez distingue :

- L'art traditionnel.

- L'art populaire.

- L'art académique.

 

L’art traditionnel

L'art traditionnel est celui des artistes qui sont restés dans la lignée de la tradition créatrice africaine. Cet art traditionnel n'est pas éteint, il n'est pas figé. Certes, il s'inscrit dans un ensemble de codes transmis de générations en générations mais il change, il évolue et assimile en permanence une quantité d'innovations :

Après avoir utilisé dans le passé, les clous, les miroirs, les artistes traditionnels continuent à intégrer ce qui leur convient dans les apports venus d'ailleurs. Ainsi, ils n'hésitent pas à utiliser, aujourd'hui, des vernis, des laques industrielles, des pièces plastiques.

Traditionnel, leur art est donc totalement vivant et contemporain.

Ces artistes produisent toujours pour leur communauté des oeuvres destinées aux cultes et aux rituels mais ils ont aussi une clientèle de collectionneurs. C'est le cas d'Amidou Dossou, qui sculpte des masques guélédé à Cové au Bénin. Ses masques, sur lesquels on reconnait sa facture, sont des "oeuvres" authentiques, qui n'ont rien à voir avec les mauvaises copies d'art ancien proposées aux touristes sur les trottoirs ou dans les aéroports."Je travaille seulement, dit Amidou Dossou. Je ne peux pas définir ce que vous appelez l'art. Je suis né comme ça, je n'ai pas appris."

C'est aussi le cas de Cyprien Tokoudagba, qui sculpte et peint à Abomey, l'ancienne capitale du royaume des Fon, de saisissantes pièces d'art vaudou.

Tokoudagba travaille pour des commandes de sa communauté, mais ses oeuvres ont aussi rencontré l'interêt des collectionneurs.

"L'art, dit-il, est un travail fait à la main par soi-même, sans l'avoir appris chez quelqu'un. L'artiste c'est celui qui fait sa propre recherche et par soi même et par la main".

On peut aussi citer le malgache Effiambelo qui sculpte des piliers funéraires en utilisant de la peinture acrilique et en intégrant de nouveaux motifs comme le taxi brousse et l'avion à côté des grands oiseaux traditionnels.

 

La deuxième catégorie est celle qui relève d'une veine populaire

Parlant de ces artistes, Pierre Gaudibert écrit dans son livre "L'art africain contemporain"

"On a tendance à les nommer "naïfs" mais ce terme est impropre. Alors inspirés, instinctifs ? C'est peut-être "maitres populaires de la réalité" qui conviendrait le mieux" ?

C'est une catégorie qui regroupe naturellement les expressions très diverses d'une nouvelle culture hybride.

On compte parmi eux :

Des artistes comme Cheri Samba (tranches humoristiques de vie ), Moke, Bodys Isek Kingelez du Zaïre (maquettes extrêmes), Frédéric Bruly Bouadre de Côte d'Ivoire (philosophe autant qu'artiste dont les créations sont de petits cartons portant des dessins au stylo à bille ou au crayon de couleur entourés d'un texte narratif), ou Helen Sebidi d'Afrique du sud.

Autodidactes, ces artistes s'affirment comme d'authentiques professionnels à la tête d'une oeuvre d'une grande liberté de style et d'expression. Certains ont été découverts par des conservateurs de musées étrangers de passage, d'autres par des responsables de centres culturels ou des coopérants et se sont frayé un chemin sur le marché local d'abord, international ensuite comme Romuald Hazoumé au Bénin. L'image que le public étranger prête à l'art africain contemporain colle souvent au travail de ces artistes qui est actuellement le plus médiatisé et le plus recherché par les collectionneurs. N. Guez classe aussi dans la categorie de l'art populaire le "nouvel art fonctionnel" qui s'est développé dans certains pays de l'Afrique de l'ouest. Avec par exemple : les cercueils en bois peints de Kane Kwei au Ghana et les sculptures funéraires de ciment de Jack et Aniedi Akpan à Calabar au Nigeria. Né en 1924 au Ghana, Kane qui était charpentier, sculpta pour son oncle son premier cercueil en forme de bateau. Le deuxième eut la forme d'une Mercedès qui eut un énorme succès auprès du public. Sa gloire dépassa le cadre local lorsque ses créations intéressèrent le conservateur du musée d'art Moderne de New York où elles figurent maintenant en bonne place...De même pour les monumentales sculptures de ciment de style naturaliste peintes dans des couleurs vives, de deux maçons Sunday Jack Akpan et Aniedi Oron Akpan, travaillant à Calabar, dans le sud ouest du Nigeria et révélées par Jacques Soulillou.

N. Guez compte aussi parmi ces "maitres populaires de la réalité" certains artistes qui sortent d'écoles ou d'ateliers privés non directifs comme les artistes de l'école de Poto Poto ouverte par Pierre Lods en 1951 dans un parc des faubourgs de Brazzaville ou les artistes nigerians rassemblés (au milieu des années 60) autour de Suzanne Wenger au sein de l'atelier Mbari Mbayo d'Oshogo. Certains comme Twins Seven Seven, qui s'inspire de la mythologie yorouba dans ses compositions, ont atteint une renommée internationale, les sculpteurs sur pierre du Zimbabwe. N. Guez rappelle l'existence de tout un art urbain, de qualité inégale, extrêmement vivace, produit pour les besoins de la clientèle locale mais qui intéresse aussi les collectionneurs. Ce sont les fixés sous verre (ceux des sénégalais Gora Mbengue ou Alexis Ngom, dont on trouve des oeuvres au Musée d'Art naïf Max Fourny, à Paris), la photographie, les peintures d'enseignes. Elle mentionne enfin, au passage, un "art de la rue" plus spontané, qu'Enda connait bien, puisqu'il est celui des jeunes qui ont fait parler les murs à Dakar en 1991 avec Set Setal.

 

La troisième catégorie est celle de l'art académique

Les artistes qui en relèvent se définissent eux mêmes comme "des artistes ayant fréquenté des Ecoles des beaux-arts ou suivi une formation académique en Afrique ou à l'étranger et ayant exposé comme artistes professionnels dans des galeries d'art, des musées ou des manifestations internationales reconnues. On trouve parmi eux le meilleur et le pire. Le pire, c'est lorsque l'inspiration s'est enfuie, que la créativité s'est prise au piège de "l'assimilation", et qu'ils imitent la technique des fauves, cubistes,expressionnistes et autres constructivistes. Le meilleur c'est évidemment, lorsque forts d'une technique maitrisée, les artistes se révoltent contre les modèles, comme à l'université de Zaria au Nigeria, ou à l'école des beaux arts d'Abidjan avec le mouvement Vohou Vohou et s'aventurent à la recherche de l'expression qui leur est propre.

 

Mais, au delà de ces catégories que N. Guez utilise pour leur commodité dans le cadre d'un exposé rapide, il reste l'essentiel. L'essentiel, c'est ce que l'oeuvre d'un artiste, africain ou non, donne à voir, ce qu'elle recèle, les cheminements par lesquels on y pénètre pour approcher ce qu'elle retient. L'essentiel, c'est la pratique des artistes africains qui ont échappé au piège de l'assimilation et à celui de l'archaïsme. Ceux là nourrissent librement leur création non seulement de la richesse symbolique de l'Afrique mais aussi de toutes les icônes que suscite la modernité occidentale. Traditions réinventées, nouvelle figuration, détournement d'objets, arrangements provisoires, installations, ce qu'ils nous donnent à voir au travers les oeuvres qu'ils exposent, est à l'évidence, autre chose qu'un ensemble de références identitaires. Ils sont africains, leur travail est contemporain, c'est évident. Leur art est-il pour autant à enfermer dans une catégorie qui serait celle de l'Art Africain Contemporain ? La question alimente actuellement un débat passionné. Pour sa part, Nicole Guez estime que le travail de ces artistes est tout simplement l'une des composantes de l'expression créatrice de notre temps "post moderne". Les Malinké disent "Au lieu de te perdre dans le regard de l'autre, essaye de t'y retrouver. En le regardant bien tu peux te voir dans ses pupilles."

Après cet exposé de Nicole Guez, deux artistes africains ont témoigné de leurs parcours personnels, de leurs expériences et de leurs attentes.

 

Godefroy Kouassi :

Godefroy Kouassi, togolais, de formation académique qui enseigne à l'école d'Art d'Annecy. Il a exposé dans de nombreuses villes de France et remporté plusieurs concours. Mr Kouassi a présenté en diapositives quelques unes de ses toiles de la série "la misère entourée d'or ", sacs de jute enduits d'argile et trempés dans du marc de café, ponctués de grains de café et rythmés de motifs inspirés de la géomancie arabe. Il a ensuite montré des diapositives de "Lagba ", ensemble complexe et fier, qu'il a conçu pour la ville de Villa-Grand, Haute Savoie : une pyramide de terre et d'eau surmontée d'une stèle de granit et de trois obélisques d'inox. Pour Mr Kouassi, il n'y a pas d'art africain mais des artistes africains qui cherchent à atteindre la beauté dans les métamorphoses de l'art, animés de la force primordiale de l'Afrique et reconnus par le regard des autres, de l'univers entier.

 

Aboudramane

Aboudramane est un jeune sculpteur autodidacte de 40 ans. Né en Côte d'Ivoire, ayant reçu une formation d'ébéniste, il a quitté l'Afrique pour suivre une carrière de footballeur professionnel. En Italie, puis en France, il a découvert sa véritable vocation. Aboudramane expose depuis 10 ans à Paris, Bruxelles, Tokyo, Stuttgart, Cologne, Berlin, Baltimore (dont il est citoyen d'honneur). S'exprimant avec brièveté et modestie, ne s'estimant pas orateur, il a fait circuler ses catalogues dans l'assistance. Son témoignage de jeune artiste africain qui a choisi délibérément, à ses risques et périls, de se lancer dans une carrière de création a fait ressortir le fossé qui sépare un certain artisanat qualifié d'art africain des créations des véritables artistes.

 

Le débat

Plusieurs intervenants s'interrogent sur la limite ou la frontière entre "l'ancien" et le "contemporain", s'agissant de ce que la conférencière a appelé "art africain traditionnel", ainsi que sur la nature du regard que porte le public occidental. Pour N.Guez, il s'agit d'une question de base : beaucoup voudraient ne considérer l'oeuvre que sous l'angle esthétique. Mais l'art a aussi une dimension politique, sociologique : c'est pour cela que l'on peut parler d'art traditionnel contemporain, car il n'y a pas de concept figé dans ce domaine. Pour G.Kouassi, l'art contemporain est ce qui se fait maintenant, le traditionnel est ce qui a été fait autrefois. Même dans l'art d'inspiration "traditionnelle", les artistes d'aujourd'hui utilisent des matériaux et des techniques occidentaux, leur inspiration est métisse. D'autre part, les artistes doivent se nourrir comme tout un chacun : on ne peut parler d'art sans parler d'économie et de politique, et les artistes ne peuvent ignorer le milieu dans lequel ils vivent non plus que le public pour lequel ils créent.

Pour M. Loutou, président d'Afrique en créations, l'important n’est pas de bâtir des cloisons ou des classifications mais de se placer dans le mouvement de la création.

Le débat rebondit à l'occasion de l'intervention de la représentante d'une association vouée au commerce équitable et à l'appui aux artisans africains. On constate qu'il s'agit d'un autre débat, pour au moins deux raisons: la production artisanale en question n'est pas créative, mais répétitive et stéréotypée, tournée vers une clientèle bien particulière, soucieuse de satisfactions touristiques et exotiques, pas forcément de satisfactions esthétiques ; la défense d'un commerce équitable n'a pas de relation directe avec la réflexion sur les conditions de la création artistique. Il est fait remarquer, à ce sujet, que la question posée par l'intervenante n'est pas propre à l'art et à l'artisanat africains, et qu'on la retrouve ailleurs : il y a une frontière entre ce qu'il est convenu d'appeler l'artisanat d'art et la création artistique, même si aux abords de cette frontière, les limites peuvent paraître parfois floues, et si l'on doit s'interroger sur le statut de l'objet dès lors qu'il reproduit, imite, copie une authentique création, ou qu'il s'en inspire.

 

Les commentaires de la CADE

La dernière intervention dans le débat montre bien le risque de confusion entre l'analyse du processus de création (qu'elle soit d'inspiration "traditionnelle", sociologique, politique ou contestataire, ou encore qu'elle participe d'une créativité transfrontalière ou transcontinentale) et l'analyse des processus de "consommation" esthétique. De ce point de vue, si les problématiques africaines ont leurs spécificités, elles ne sont pas fondamentalement différentes de ce que l'on trouve ailleurs : qu'il s'agisse du chromo pieux ou des PTT, ou d'oeuvres marquées par le talent ou le génie de véritables créateurs, le public cherche à satisfaire des besoins esthétiques complexes, dont les limitations ou l'ouverture sont fonction des capacités économiques, de l'éducation et de la culture, des effets de mode, de la contestation ou du consensus sociaux.

La rencontre-débat a permis de dresser ou de préciser plusieurs constats :

- La créativité artistique africaine a su se manifester dans le passé à travers des oeuvres d'art qui, malgré des "canons" ou des "codes" stricts, ont montré que la création pouvait émerger de façon éclatante d'une production stéréotypée ; ces oeuvres d'art, dont la première finalité n'était souvent pas artistique, ont également démontré que la création et le regard aboutissaient aussi à l'émotion esthétique. C'est pourquoi l'art africain traditionnel a produit des chefs-d'oeuvre à l'égal d'autres cultures, d'autres civilisations ;

- l'Afrique, les artistes africains ont maintenu, vivaces et actuelles, l'inspiration et la créativité issues de leurs traditions ;

- pour autant, l'Afrique, les artistes africains, ne se sont pas restés enfermés dans ces traditions : ils se sont ouverts d'autres horizons, participant activement aux mouvements, aux agitations, aux débats et aux interrogations dont les artistes modernes sont les porteurs, indépendamment de leur origine, mais en y apportant leurs richesses et en empruntant celles que d'autres pouvaient leur inspirer ;

- l'Afrique, les artistes africains ont su également exprimer ou refléter les inquiétudes, les goûts, les aspirations des sociétés au sein desquelles ils vivaient.

 

En d'autres termes, la richesse de l'art africain est d'avoir su répondre aux attentes de publics très diversifiés, d'avoir su participer par la création artistique aux évolutions locales, nationales, continentales et mondiales ; les artistes africains ont su, pour les meilleurs d'entre eux, affirmer leur personnalité tout en se métissant. Même si la reconnaissance par les Occidentaux de la qualité et de l'importance de l'art africain ne s'est que tardivement manifestée, il n'y a plus de doute ni de contestation sur ses qualités et sa créativité. Si cet art reste évidemment tributaire, comme tout autre et peut-être plus que tout autre, de sévères contraintes économiques, il traduit la vitalité et les capacités du continent africain, et annonce la place grandissante qu'il occupera dans le concert des nations.


Non, l'afropessimisme n'est pas mort !

Certains l'avaient pourtant cru, ces derniers temps. Des indices de croissance positifs, la dévaluation du franc CFA digérée, la succession du président Mandela assurée sans heurts, le Nigeria entré à nouveau dans une transition démocratique, ces bonnes nouvelles avaient fait fleurir ces dernières années, des appréciations optimistes sur l'Afrique. Il apparaît malheureusement que l'optimisme était aussi peu réaliste, aussi mal fondé que l'était le discours des pessimistes.

Car l'actualité africaine de ces dernières semaines a fait resurgir des appréciations sur l'Afrique que l'on croyait dépassées. Le Herald Tribune du 12 mai titre en première page: a continent is seething: no remedy for Africa. L'article fait état de la déception des sept membres du Conseil de sécurité qui ont accompagné Richard Holbrooke dans une tournée africaine de neuf jours. Ils étaient partis optimistes, ils seraient revenus accablés et déçus. Les chefs d'État sur lesquels ils avaient compté pour voir l'Afrique changer sont devenus des chefs de guerre. La revue The Economist fait sa couverture d'une carte d'Afrique servant de cadre à un homme qui, souriant et sûr de lui, brandit une mitrailleuse, avec cette légende "The hopless continent". L'article rappelle les maux qui frappent ce continent: violence, despotisme et corruption, qui ne sont pas spécifiques à l'Afrique mais auxquels la société africaine serait plus spécialement sensible. Dans la première page de Jeune Afrique du 16 au 22 mai , François Soudan dénonce "ces clichés réducteurs". Quant au Nouvel Observateur, du 18 mai, il n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat en titrant ainsi sa page 94 : Après la déroute des Nations -Unies en Sierra Leone, ONU: que les Africains se débrouillent!

L'actualité africaine de ces dernières semaines est surchargée de guerres qui se poursuivent ou qui reprennent, au Sierra-Leone, en RDC, en Éthiopie, ou qui commencent, puisque l'Ouganda et le Rwanda n'ont pas trouvé d'autre moyen que le recourir aux armes pour se partager les dépouilles de l'est du Congo. La crédibilité de l'ONU a subi un revers majeur en Sierra-Leone, et les médiateurs ont vu le prix que les belligérants attachaient à des accords de cessez-le feu.... Ce n'est pas parce que la guerre est devenue une réalité indiscutable de l'Afrique d'aujourd'hui que l'on doit se laisser emporter par le besoin de jeter l'anathème sur ce continent et sur ses habitants. C'est le moment de rappeler que l'Afrique est immense, que ses 55 États ne sont pas tous en guerre, que ce continent poursuit une mutation formidable dont ses populations et ses dirigeants ne contrôlent ni la nature, ni les modalités, ni le rythme. Mondialisation, libéralisation, dans ces jeunes nations qui ont du mal à vivre au jour le jour, les armes circulent aussi bien que l'argent et les prises de guerre.

En conclusion, nous estimons que seules des analyses rigoureuses et appronfondies permettent d’appréhender et de comprendre les réalités africaines.


Tam-tam-djembé-couleur café : le tiers monde nouveau est arrivé

 

Tam-tam-djembé-couleur café : le tiers monde nouveau est arrivé, tel est le titre du 148° numéro d'Antipodes, consacré à la diffusion et à l'utilisation par nos sociétés du nord de l'image, ou des images, qu'elles construisent du sud. Cette publication d'ITECO, ONG appuyée par la Communauté Wallonie-Bruxelles a retenu toute notre attention parce que nous y avons trouvé un passionnant exposé des questions auxquelles la CADE s'efforce d'apporter une réponse pour ce qui a trait à l'Afrique noire.

Point de départ de la réflexion, un diagnostic: l'image n'est pas un problème mineur mais un enjeu fondamental en termes d'économie et de contrôle idéologique. Elle l'est en particulier pour ce qui concerne l'Afrique noire dont les images qui nous sont montrées échappent rarement soit à l' écueil du misérabilisme soit à celui de l'optimisme de commande, " l'hédonisme de l'exotisme ou la complaisance de l'apitoiement". Cette imagerie qui se sert de l'Autre, quant bien même elle l'instrumentalise pour son "bien", conforte les clichés et les mythes de l'infériorité du Noir, inapte au développement et à la démocratie. Elles préparent mal le Français ou l'Européen à voir dans l'Africain un partenaire et à le traiter comme tel. Il faut donc travailler à changer les attitudes et les comportements des citoyens européens du nord à l'égard des pays du sud. C'est pourquoi l'éducation au développement ne doit pas se limiter aux seuls aspects économiques et financiers de la coopération et de l'aide au développement. Elle se doit également de changer les perceptions et les mentalités pour créer plus d'ouverture plus de respect et de solidarité. À la CADE nous disons qu'il faut porter "un autre regard sur l'Afrique noire" et que la formation à ce nouveau regard doit devenir un objectif transversal de tous les modules de l'éducation au développement .

"Il faut donc prendre en compte la dimension culturelle du développement", à condition de ne pas se contenter de dénoncer le racisme, ni d'encourager les relations interculturelles, qui s'accommodent si bien d'angélisme et d' exotisme. Pour faire disparaitre les stéréotypes afropessimistes qui vicient le partenariat, Annick Honoré, experte à la Commission européenne préconise de ne pas se contenter d'action culturelle, si bien intentionnée soit-elle, mais de traiter le problème au fond, en apprenant à analyser les mécanismes qui produisent les inégalités, à débusquer les pouvoirs dominants. Nous ajouterons à son propos que les stéréotypes afropessimistes peuvent et doivent être combattus par une meilleure information et par un effort pour comprendre les réalités et les évènements africains en les replaçant dans leur histoire, une histoire d'hommes et de femmes luttant pour ou contre le pouvoir, une histoire tragique comme celle de tous les peuples de la terre, une histoire qui n'a pas commencé avec la colonisation au XIX siècle, une histoire qui concerne un monde où la majorité a moins de 15 ans et dont la population va doubler au cours des trente prochaines années.

Et les médias? "Pourquoi se concentrent-ils sur les guerres , les famines, la violence et les dirigeants corrompus?"
C'est Nadine Gordimer qui répond à cette "question naïve" , mais inévitable, qui a été posée aux 45 journalistes réunis à Tombouctou en décembre dernier à la conférence internationale sur les moyens de communication et l'image de l'Afrique. L'Afrique n'échappe pas à la première loi du genre qui veut que les medias rendent compte de ce qui se passe; à la seconde qui exige qu'ils en rendent compte dans les délais les plus brefs, ce qui laisse, aux journalistes de moins de moins de temps pour analyser les évènements, et accompagner le compte-rendu qu'ils en font d'explications approfondies. C'est ainsi que les guerres africaines sont toutes devenues des guerres tribales ou ethniques. La troisième loi du genre veut que ce soient les mauvaises nouvelles qui font vendre les journaux.

“Comment faire pour que les succès liés au développement attirent autant l'attention qu'une situation catastrophique? " Il fut répondu à cette question que cela se produira lorsque l'Afrique pourra présenter ses propres images, lorsqu'elle pourra entrer dans le réseau.

 

L’avis de la CADE

Cela ne suffira pas car il faudra toujours que la presse continue à rendre compte de ce qui va mal en Afrique. Selon une image qui nous est chère, celle de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine, ce n'est pas en juxtaposant ligne à ligne, des "success stories" aux drames de l'Afrique que l'on fera reculer l'afropessimisme. Que peut-on opposer au génocide du Rwanda, aux guerres de Sierra-Leone, d'Angola, d'Érythrée, aux morts du paludisme et du SIDA? Peu de choses, malheureusement. Non, il nous semble que c'est en recherchant les causes des évènements, les mobiles des acteurs, que l'on se débarrassera de l'image défavorable de l'Afrique noire que chacun porte en soi plus ou moins consciemment. L'Afrique n'est plus un continent colonisé, elle est devenue majeure. Elle ne pèse pas lourd dans les statistiques du commerce mondial, mais l'Europe, le Japon, les USA, ne sont pas indifférents au formidable potentiel de ce continent dont la population va bientôt doubler, et qui possède les dernières grandes réserves naturelles, hydrauliques, minières et pétrolières. Contrairement à ce que l'on entend dire trop souvent, l'Afrique est devenue un véritable enjeu international. Elle est entrée dans l'histoire du monde et elle n'en sortira pas de si tôt. C'est un immense chantier qui est ouvert au sud du Sahara, où l'on démolit ce que l'ordre colonial avait imposé, par la contrainte et aussi par la persuasion. Aucun domaine n'échappe à la fureur des démolisseurs, institutions, infra-structures, procédures, politique économie, société. Mais les ruines sont aussi les fondations de reconstructions, qui sont maintenant l'affaire des Africains eux-mêmes. C'est cela qu'il faut chercher à voir , à deviner, et surtout à accepter. Car c'est cela la renaissance africaine.

Michel Levallois


Le Baromètre de la CADE - Avril 2000

"La philosophie occidentale a été le plus souvent une ontologie : une réduction de l'autre au même" - Emmanuel Levinas

L' actualité du Continent noir au cours du mois d'avril 2000 telle qu'elle apparaît au travers de 110 articles signés des quotidiens Le Monde, Le Figaro, Libération, La Croix, La Tribune, Les Echos et Le Monde Diplomatique fait principalement état des événements survenus au Zimbabwe et du sommet Europe-Afrique.

 

Modus Vivendi (Le Monde, 19/04)

C'est une "nouvelle guerre" (Figaro, 17/04) qui s'est engagée au Zimbabwe, entre les fermiers blancs, "les ennemis" (Le Figaro, 19/04) selon les propres termes du Président zimbabwéen, et "les vétérans noirs" (Le Monde, 18/04) pour lesquels il s'agit là d'une occasion de "montrer que, dans leurs esprits, la guerre de libération ne s'est pas terminée avec l'indépendance du pays" (Ibid). Si certains "fermiers essayent de trouver un modus vivendi avec ceux qui occupent" (Le Monde, 19/04) leurs terres, le pays semble bel et bien emporté dans "une spirale de violence" (Libération, 19/04) à laquelle il n'est pas certain que le président, suspecté de "jouer avec le feu" (La Croix, 06/04) et "poussé par la faillite économique du pays dans une fuite en avant éperdue", (Le Monde, 13/04) veuille mettre un terme. La question foncière est "considérée comme le dernier problème colonial du pays" (Libération, 19/04). En effet, les accords de Lancaster (ndlr : 1979), [conclus entre le Zimbabwe et la Grande-Bretagne] prévoyaient une aide internationale à la redistribution des terres pouvant aller jusqu'à 2 milliards de dollars. [Or] Londres n'a pour l'instant contribué à la réforme qu'à hauteur de 70 millions de dollars. C'est à ces textes que le président fait aujourd'hui référence (…): il considère qu'il est toujours du devoir de l'ancien pouvoir colonial de dédommager ses sujets" (Figaro, 17/04). Mais, à l'évidence, "la question des terres n'est pas seulement une question raciale", elle aussi éminemment politique. Si "l'injustice était patente et socialement explosive" constate l'éditorialiste du Monde (26/04), on éprouverait plus de sympathie pour la cause [des vétérans], si le contexte était différent".

 

Amalgame (Le Monde, 13/04)

Les réactions ne se sont pas faites attendre. Le leader de l'opposition zimbabwéenne déplore que le président "donne raison aux afro-pessimistes qui pensent que l'Afrique est vouée à la destruction" (Libération, 21/04) et "l'attitude des pouvoirs publics est condamnée par la communauté internationale" (La Tribune, 20/04). Cependant, "L'Afrique du Sud est le seul pays africain à réagir au milieu du fracassant silence émanant des pays de la Communauté de développement d'Afrique Australe" (Les Echos, 20/04). "Pour la plupart des analystes (…), le risque d'amalgame [avec les pays voisins] existe" (Le Monde, 13/04), notamment avec l'Afrique du Sud où les risques de contagion apparaissent les plus forts en raison de la mise en oeuvre tardive de la réforme agraire" (Le Monde, 13/04). Enfin, pour une fermière blanche interrogée sur les troubles actuels, "les africains ont une autre notion du temps et de l'avenir" (Libération, 26/04)…

Plus d'une trentaine d'articles ont été consacrés à ce sujet en avril.

 

Choc des cultures (Le Figaro, 05/04)

"L'Afrique ne repart pas bredouille du Caire" conclut La Tribune (05/04) à l'occasion du récent sommet Europe-Afrique. Les européens qui "veulent aider l'Afrique à s'adapter à la mondialisation" (Le Monde, 05/04) ont ainsi accepté d' "éponger les dettes africaines" (Libération, 05/04) ; ceci en particulier car "les Africains ont réussi à inverser les priorités et à imposer les questions économiques" (Ibid) à l'agenda du sommet. Sur ce plan en outre, "la surprise n'est pas venue d'Europe mais d'Afrique [puisque] le roi Mohammed VI a annoncé que le Maroc avait décidé d'annuler l'ensemble des dettes des pays africains les plus pauvres vis à vis de Rabbat" (Le Monde, 05/04). L'Afrique a pris le parti d' "un tout nouveau franc parler entre partenaires" (Ibid) qui l'a notamment mis en position de "reprocher au vieux continent de ne pas parler de guerre religieuse en Irlande ou du retour des vieux démons tribalistes dans les Balkans alors que tous les poncifs seraient bons pour rendre compte des conflits en Afrique" (Ibid). S'il est indubitable, peut-on lire dans la revue de presse de La Tribune (04/04), que "l'UE enjoindra le continent noir à devenir de plus en plus libéral (…) pour que l'Afrique s'intègre à l'économie globale", la presse européenne s'accorde cependant pour reconnaître que "la recette est bien trop générale pour un continent aussi étendu et divers " (Ibid).

"Le président français s'est [d'ailleurs] félicité qu'un certain nombre de participants européens qui connaissaient mal l'Afrique [soient] repartis avec une idée beaucoup plus claire de ce qu'est le continent" (Figaro, 05/05). Cette remarque vient à point nommé quand on sait que "la réalité africaine ne fait pas toujours bon ménage avec les conceptions européennes" (Ibid)…Le "saut qualitatif" voulu par l'Europe dans ses relations avec l'Afrique serait-il en passe de s'accomplir ? Le sommet a été couvert par près d'une quinzaine d'articles.

 

Leçon universelle (Libération, 05/05)

"Le paradoxe du nouveau siècle, c'est de se jouer de l'immémoriale sauvagerie de la nature pour mieux buter sur celle des hommes" (Libération, éditorial, 21/04) a-t-on pu lire concernant la préfamine dans la corne de l'Afrique dont on dit qu'elle est "plus victime de la guerre que de la sécheresse" (Le Monde, 20/04). A ce sujet, Sylvie Brunel (Comité de Pilotage CADE) retient qu'il est désormais temps d' "investir dans un certain nombre de secteurs de base que l'on appelle de plus en plus des biens public à l'échelle mondiale" (Figaro, 13/04). Cet investissement est d'autant plus nécessaire ajoute-t-elle que "l'indifférence est (…) un mauvais calcul, car elle nous prive de véritables partenaires dans les relations nord-sud" (Ibid).

En conclusion aux événements survenus en Ouganda le mois dernier, l'éditorialiste de Libération (05/04) précise qu'il n'est "pas un continent qui soit à l'abri, pas même ceux qu'un niveau de développement élevé devrait prémunir" contre le phénomène de secte. "Ce que démontre l'exemple ougandais, c'est la conséquence tragique de la démission de l'Etat (...). Loin d'être un énième massacre exotique, c'est une leçon universelle" (Ibid).

Enfin, Le Président d'Afrique Initiatives (voir Lettre de la CADE n°36) amené à s'exprimer dans les pages de La Croix (17/04) note que "les meilleurs projets sont ceux qui conjuguent harmonieusement des aspects traditionnels, les modes de vie existants et les technologies modernes"…

Nicolas Fontang


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