Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


Débat du mois : Services publics, bien public en Afrique au Sud du Sahara

 

Sommaire :


Editorial : L'Afrique à l'aube du troisième millénaire

 

Le passage à l'an 2OOO nous donne l'occasion de jeter un coup d'oeil un peu plus distancié que d'habitude sur l'actualité africaine. Aujourd'hui, dans la lumière des festivités du nouveau millénaire, l'Afrique nous apparaît dans une grande détresse, sevrée des espérances des indépendances et des plans de développement, harassée par son endettement et par la corruption, ensanglantée par plusieurs guerres, menacée dans sa jeunesse par la progression du sida. Où est la renaissance africaine que Thabo M'beki appelle de ses voeux.

Ce sombre tableau ne doit pas nous faire oublier que le siècle qui s'achève a vu l'Afrique s'émanciper de ses colonisateurs, se doter d'États-nations et d'institutions régionales, entrer dans le monde moderne, s'urbaniser et s'ouvrir à l'économie mondiale, exporter ses ressources naturelles et importer les biens et les services du monde industrialisé. Il n'est pas surprenant que l'ampleur et la brutalité des mutations qui ont bouleversé les sociétés africaines ne leur aient pas encore permis de répondre aux besoins et aux aspirations d'une population qui a doublé en quarante ans. Un défi d'une ampleur qu'aucun continent n'a connu dans l'histoire relève plus du temps long que de l'horizon à court terme d'hommes politiques impatients et d'experts pressés. Il sera le fait des Africains eux-mêmes et non de leurs conseillers européens et américains.

Est-ce à dire que l'Afrique doit être laissée seule en face de ses défis ? Non, certainement pas. Car s'il appartient aux Africains , et d'abord à leurs gouvernements, de reconquérir par plus de démocratie et d'efficacité, une autre légitimité que celle des indépendances ou de la guerre, il revient aux pays riches de rénover les modalités de leurs relations avec ce continent. L'Afrique souffre encore d'une économie de subsistance et de traite, elle subit depuis vingt ans les conditionnalités d'un système financier international et d'une pensée unique mis au point par les pays riches, inspirées par une logique de marché qui sert d'abord leurs intérêts. Les aides et l'assistance technique des politiques publiques de la coopération n'ont pas atteint tous les résultats escomptés. Ce n'est pas une raison suffisante pour qu'elles disparaissent. Elles doivent être repensées pour plus d'efficacité et de pertinence, mais aussi pour un recentrage sur les plus pauvres et les plus démunis qui se sont réfugiés dans une économie populaire extrêmement vigoureuse. Cette nouvelle coopération que tout le monde appelle de ses voeux et que certains nomment "partenariat", "développement local", devra s'inspirer d'une vision positive de l'Afrique et des Africains et s'inscrire dans une perspective de dialogue interculturel. Faisons confiance à l'Afrique !

Ce sont les objectifs que poursuit la CADE et qu'elle a essayé de faire partager à ses amis européens lors du colloque de Bruxelles du 13 décembre dernier. Ce sont ceux que le Conseil d'administration d'Enda Tiers-monde qui fêtera bientôt ses trente ans d'existence, vient de réaffirmer les 17 et 18 décembre à Rabat. Puissions-nous, chers amis de la CADE, contribuer, ensemble, avec vous, à nous en rapprocher.

Bonne et heureuse année !

Le bureau de la CADE


Services publics, bien public en Afrique au sud du Sahara

(Compte-rendu de la rencontre-débat du 15 décembre 1999)

 

Cette rencontre-débat était la troisième du cycle "L'Etat, la chose publique, la société civile en Afrique au sud du Sahara". Elle avait pour objet d'essayer de comprendre les concepts pré-coloniaux correspondants à la notion occidentale de "chose publique" et de "bien public", comment ils se sont heurtés aux concepts "importés" par le colonisateur, et comment les élites des Etats se sont appropriés ces derniers.

Deux intervenants ont ouvert le débat : J.F.Médard, professeur, chercheur au CEAN de Bordeaux, Charles Nanga, fonctionnaire camerounais, ancien sous-préfet, actuellement en stage à l'ENA.

 

Jean François Médard

J.F Médard choisit de centrer son exposé sur "la gestion de la chose publique". Il déclare partager l'approche faite en introduction par la CADE (ndlr : le document d'invitation diffusé avec la Lettre n°32 ). Elle lui paraît permettre de dépasser le débat qui oppose notamment J.F.Bayart et V.Badie, lorsqu'ils parlent de l'Etat en Afrique. Le second se réfère au modèle européen de l'Etat, alors que le premier considère qu'il y a Etat dès lors qu'il y a organisation politique d'une société. L'intervenant estime que les deux notions doivent être prises en compte pour une bonne compréhension : ce qui revient à considérer la notion d'Etat par rapport à une norme qui, elle, peut varier. Il attache une importance essentielle à l'institutionnalisation du pouvoir par l'Etat, qui permet d'établir une distinction entre un pouvoir abstrait et les personnes qui l'incarnent, et d'établir des normes qui vont bien au-delà des personnes. Cette institutionnalisation de l'Etat aboutit à sa forme la plus puissante. Il n'est pas étonnant que ceux qui en ont hérité aient cherché à se l'approprier. Mais les acteurs restent toujours des acteurs humains, avec leurs caractéristiques et leur environnement propre. Il convient donc de préciser comment ils peuvent envisager la "chose publique" en survolant trois périodes : pré-coloniale, coloniale, post-coloniale.

 

La période pré-coloniale

Le sociologue nigérian Peter Ekeh opposait, en 1962, le "public primordial" et le "public civique". La notion pré-coloniale de chose publique serait alors tout le contraire de la notion de "public civique". Cependant, cette notion de "public primordial" n'est pas très claire, car elle renvoie à la communauté supposée de base, sans que l'on sache très bien s'il s'agit de la grande famille, du village, de la chefferie... On constate néanmoins que, quelqu'en soit le niveau, pour qu'il y ait "bien public", il faut qu'il y ait moyen de l'entretenir et de le développer. Or, comme le fait remarquer le sociologue Olivier de Sardan, il n'y a pas en Afrique pré-coloniale l'équivalent de la notion communale, pilier en Europe de la prise en charge des travaux ou des services publics. Il existe certes des tributs, qui n'ont pas exactement le même caractère que l'impôt, et l'on constate que pratiquement aucune des structures politiques pré-coloniales n'a été à même de prélever des tributs suffisants pour prendre en charge des services publics.

Sur un autre plan, le "politique" apparaît en tant que tel lorsque l'on dépasse le niveau familial, c'est à dire lorsque le commandement s'exerce sur des non-parents. Or, la loyauté va toujours à la parenté, et ce phénomène subsiste dans les structures élaborées des royaumes africains : il y a toujours tension entre la royauté et la parenté. Dès lors, le pouvoir est exercé plutôt sur le mode de la parenté, donc sur un mode patrimonial. La richesse et le pouvoir doivent se légitimer par des formes de redistribution des biens et des services, donc par la constitution de clientèles et des responsabilités à leur égard que cela implique.

Les Etats pré-coloniaux ont toujours eu du mal à contrôler leurs populations. Ils étaient économi-quement fragiles, et ne disposaient pas des capacités nécessaires à la gestion du "public civique".

 

L'époque coloniale

Il convient de souligner que l'Etat colonial est radicalement différent de l'Etat métropolitain, malgré l'exportation par ce dernier de ses critères et de ses outils (frontières, organisation territoriale, fonction publique). On en relève le caractère essentiellement administratif, donc contraignant, très proche de l'Ancien Régime : il n'existe pas de responsabilité politique au niveau local. Il n'y a par conséquent pas de responsabilité institutionnalisée vis-à-vis des populations. Il y a également décalage entre la vision qu'a l'administration coloniale de sa mission et la réalité, en raison notamment de la faiblesse de ses moyens. Les populations ne s'identifient pas à cet Etat, qui doit s'adapter à ses insuffisances en réinventant des pratiques d'Ancien Régime : corvées, tournées sur le terrain pour maintenir le contact, confusion des pouvoirs. Il est obligé de recourir à des médiateurs indigènes et de passer avec eux des compromis. Sa base économique reste très faible, elle est extravertie, rentière.

 

L'Etat post-colonial

L'indépendance permet de "rapatrier" le politique. Mais elle suppose l'identification du pouvoir et de la population, d'où une première ambiguïté. On a en effet dans la période précédente confondu anti-colonialisme et nationalisme : vouloir la fin de la colonisation ne signifiait pas obligatoirement vouloir l'émancipation d'une nation, mais tout le monde s'y est trompé. Alors que l'Etat n'existait qu'en pointillé, qu'il restait à construire, on lui a assigné des tâches démesurées : construction de la nation, dirigisme et planification de l'économie pour l'orienter vers des processus de développement, création d'un capitalisme d'Etat pour pallier l'insuffisance de l'épargne locale et la méfiance des investisseurs étrangers...

Le nouvel Etat s'est bureaucratisé pour faire face à ces missions, mais il s'est aussi "patrimonialisé". La "patrimonialisation" correspond à la confusion du public et du privé. L'autorité publique est "privatisée" au profit de ceux qui l'assument. On peut également dire que le pouvoir se personnalise à tous les niveaux et qu'il s'organise en réseaux de clientèle, car il assure sa stabilité en redistribuant partie de ce qu'il prélève. Quand on parle de corruption dans ce contexte, il faut bien comprendre que ses produits sont redistribués dans des réseaux complexes qui peuvent concerner une large part de la population.

Ceci pose le problème de la reproduction de cet Etat et de la durée de ceux qui le détiennent. Plusieurs Etats ont su se stabiliser à partir d'une croissance en partie redistribuée, et pas seulement dans l'ethnie majoritaire au pouvoir. D'autres se sont montrés purement prédateurs, leur seule stratégie étant la survie du prédateur, ce qui conduit dans la plupart des cas à l'instabilité, même si des exceptions existent, tel le Zaïre de Mobutu pendant une longue période. Dans les cas les plus extrêmes, la privatisation conduit à la disparition de fait de l'Etat au sens institutionnel. L'intervenant rappelle que dans certains cas, comme celui du Botswana, l'Etat africain fonctionne bien et de façon moderne.

 

Charles Nanga

Ch.Nanga se propose d'apporter un témoignage de fonctionnaire africain, d'acteur dans le cadre de l'Etat. Il constate qu'il est difficile de s'entendre sur le sens des mots. Pour lui, la notion d'Etat doit être entendue au sens occidental du terme : c'est bien de cet Etat qu'il s'agit. Mais on doit aussi comprendre qu'il se différencie en Afrique, car il se trouve dans un environnement non occidental, auquel il doit s'adapter. L'intervenant a bien interprété le thème de la rencontre comme concernant le "service public", synonyme de son point de vue d'administration, et le "bien public" comme toute chose opposable à tous, au citoyen comme à la société. Il aboutit ainsi à la même approche que J.F.Médard.

Il va donc analyser la fonction du service public en rapport avec le bien public. Il s'appuie sur l'exemple du Cameroun, mais pense qu'il est généralisable.

 

L'analyse de la conformité des missions de service public

Le monopole de l'Etat n'a pas été contesté pendant la colonisation et pendant les deux ou trois décennies qui ont suivi. Le secteur public était légitime, face à une société muselée. La contestation n'est apparue qu'au début des années 90 : il y a alors eu un flot de dénonciations de la mauvaise gestion des biens publics. Mais les Africains ont peu insisté sur l'un de ses aspects, le gaspillage : en réalité, les gouvernants n'avaient pas de projet de société : ils ont donc pratiqué une administration sans lignes de force et sans réelle stratégie, dans la lignée de l'administration coloniale.

Les choses ont changé de nature avec la mondialisation, et les administrations se sont trouvées confrontées aux ambiguïtés de la libéralisation économique. Sous la pression de l'extérieur, l'Etat a été menacé de disparition, et en tout cas les services publics ont été dessaisis de nombreuses fonctions sans bien comprendre en vertu de quelles règles du jeu, définies ailleurs et par d'autres.

 

Vers la définition d'une stratégie

Il n'existe pas de réponse très claire à cette question, mais on peut partir d'un principe : il faut réformer l'Etat et les services publics pour en faire les instruments d'un intérêt commun général, redéfini par rapport à la réalité africaine.

L'Etat n'a pas évolué, alors que les sociétés se transformaient et lui échappaient. De nouveaux acteurs sont apparus dans son champ d'action, et l'Etat doit dorénavant composer avec une "société civile" encore difficile à cerner. En outre, on constate un repli de la société vers les structures de base, essentiellement les ethnies. Il est indispensable de trouver l'équilibre entre ces diverses tendances.

Il convient tout d'abord d'identifier les domaines qui doivent rester “bien public” par rapport à ceux qui peuvent être transférés à d'autres, par exemple les collectivités décentralisées. Pour l'intervenant, le "bien public" concerne tout ce qui est de nature à assurer le bien-être collectif et qui se situe dans la sphère non marchande. Il insiste ensuite sur la nécessité de redéfinir l'identité citoyenne, dont l'un des critères essentiels est constitué par l'assujetissement à l'impôt. Il constate qu'en Afrique, lorsque la société civile (organisée ou pas) manifeste, elle s'attaque d'abord aux équipements collectifs, signe qu'elle ne s'en estime pas propriétaire.

 

En conclusion

Ch.Nanga estime que la tâche des responsables africains est de redéfinir de nouveaux services publics au service d'un “bien public” également redéfini, essentiellement en ce qui concerne la dignité et la sécurité des citoyens ainsi que l'éducation. En dehors de ce noyau du "bien public", les autres responsabilités traditionnellement assurées par l'Etat peuvent être partagées avec d'autres acteurs, ou leur être transférées. C'est le défi actuel auquel sont confrontés les politiques et gouvernants africains que de trouver des solutions africaines concrètes à l'énoncé de ces principes.

 

 

Le débat

Ouvert par M. Levallois, qui considère qu'aux critères présentés par Ch.Nanga, il conviendrait d'ajouter celui du droit et du rôle de l'Etat dans la constitution des règles de droit, le débat porte d'abord sur la notion d'Etat, dont l'un des participants estime que, dans son acception large, elle existait avant la colonisation. Un autre participant fait allusion à un récent séminaire organisé par l'USAID, au cours duquel des ministres africains ont évoqué la "recomposition" de l'Etat à partir des collectivités locales.

Ch. Nanga confirme que le rôle de base de l'Etat est bien d'assurer le droit, mais que cela doit s'inscrire dans une vision statégique de la société. J.F.Médard revient sur la définition de l'Etat, assurant qu'il ne conteste pas la définition de J.F.Bayart, mais que celle-ci ne rentre pas vraiment dans le cadre de la présente discussion, qui concerne bien l'Etat institutionnalisé d'aujourd'hui. Il rappelle que certains pays ont pu hériter de leur propre histoire comme de la colonisation une administration efficace et disciplinée (exemple du Burundi), mais que cela n'exclut pas la nécessité d'impliquer de plus en plus d'autres acteurs. Cela peut conduire cependant à des succès comme à des échecs : l'exemple réussi du Botswana doit être rapproché de l'échec du Lesotho, pourtant construits au départ sur le même modèle.

Un participant s'inquiète de ce que l'on n'ait pas évoqué les responsabilités de l'Etat dans le domaine économique et financier, un autre s'interroge sur les motivations et les modalités des privatisations. Ces points ne seront pas développés dans la discussion, qui s'oriente très vite sur les questions de décentralisation.

On s'interroge sur le financement de la décentralisation, des respon-sabilités nouvelles ou transférées aux collectivités locales supposant qu'elles disposent de moyens. On se demande également si la décentralisation est susceptible de mieux répondre aux attentes des paysans. Un participant rappelle que si l'Etat a ignoré longtemps les structures locales, ce n'était pas seulement par méfiance, mais aussi en raison de leur inadaptation aux contraintes d'une gestion moderne. De même qu'il a promu un capitalisme d'Etat pour remédier aux aux insuffisances de l'épargne locale et à la crainte que les investisseurs étrangers soient motivés plus par le souci d'une rentabilité rapide que par celui du développement du pays hôte. Un autre participant pense que la notion de “bien public” existait avant la colonisation, puisque la propriété était collective. Mais il comprend mal que l'Etat décentralise et privatise, parce que c'est du pouvoir qui disparaît sans que l'on soit assuré des finalités et des modalités. Ce n'est pas l'avis de la personne qui intervient ensuite pour souligner combien les structures locales sont mieux à même que l'Etat de faire face à des services de base comme les soins de santé primaire. Mais le problème est que le rôle de l'Etat évolue inéluctablement, qu'il doit dorénavant beaucoup plus négocier qu'imposer, et faire l'apprentissage de la tutelle dont il maîtrise mal l'exercice.

Ch.Nanga commente certaines des questions soulevées. La question du financement de la décentralisation est extêmement délicate : il ne faut pas inventer des impôts nouveaux, alors même que la fiscalité existante est de faible rendement ; quant au partage des impôts existants, il soulève des questions techniques pour lesquelles les solutions doivent encore être mises à l'épreuve. Il partage les réflexions sur la difficulté de transition que connaît l'Etat, qui doit "piloter" des transferts de responsabilité alors même que sa tradition est très centralisatrice.

Le temps imparti à la rencontre-débat n'a pas permis aux intervenants de répondre à d'autres questions venues de la salle, l'une portant notamment sur la place et le rôle de l'éthnisme dans les transitions en cours.

 

Les commentaires de la CADE

Trois courtes rencontres-débats sur des sujets aussi vastes et complexes que ceux abordés au cours du dernier trimestre 1999 ne peuvent prétendre au mieux qu'à un survol. Il n'est donc pas question d'esquisser une synthèse savante de ces discussions sur l'Etat en Afrique, sur le service public et le bien public, sur les acteurs autres que l'Etat. On peut néanmoins dégager quelques idées qui sont réapparues, sous diverses formes, tout au long des discussions.

La première d'entre elles résulte de la constatation que l'Etat, tel qu'il se définit dans les relations internationales d'aujourd'hui, tel qu'il apparaît dans son rôle de régulateur de la vie sociale, économique et politique, est bien un "produit d'importation" (ou d'exportation par l'Occident, pour reprendre la formule de J.F.Médard), qui, lorsqu'il n'a pas écarté les formes pré-coloniales d'organisation politique, les a soit ignorées, soit marginalisées, soit confinées dans des sphères restreintes de pouvoir.

Cet Etat issu de la colonisation n'a pas été renié, bien au contraire, par les dirigants de la période post-coloniale. Ils se sont appropriés ses finalités, ses instruments, ses attributs, souvent par conviction et parce qu'ils l'estimaient indispensables à la construction de nations, elles-mêmes concept "importé". Ils se les sont aussi souvent appropriés parce que cet Etat, qui transcende les ethnies, les personnes est paradoxalement un puissant instrument d'appropriation et de pérennisation, par des individus ou des groupes, du pouvoir.

Mais que l'Etat ait su assurer une certaine stabilité, voire dans certains cas garantir une gestion moderne et efficace du bien public, ou qu'il ait au contraire dérivé vers une fonction de simple prédation, il semble qu'en général, il n'ait pas su comprendre que les sociétés africaines évoluaient, se complexifiaient, inventaient de nouvelles solidarités, sans pour autant renier les solidarités traditionnelles. Bref, pour citer Ch.Nanga, l’Etat africain n'était pas porteur d'un projet de société, partant n'avait pas d'autre stratégie que de prolonger une administration contraignante quoique dépourvue de moyens, de se plier de bon ou de mauvais gré aux injonctions des bailleurs de fonds, et dans de nombreux pays, de "privatiser" le pouvoir.

Nul n'a cependant contesté, dans les exposés comme dans les débats, le caractère incontournable et les capacités d'adaptation de l'Etat africain. Plusieurs intervenants africains ont clairement revendiqué l'appropriation de ce modèle "importé" de l'Occident ; mais aucun participant aux débats n'a été en mesure d'analyser de façon précise et cohérente les adaptations et les réformes à lui apporter. Il y a eu, cependant, accord général pour considérer que l'Afrique au sud du Sahara devait, et était souvent en train de le faire, inventer son modèle de l'Etat, à travers de nouveaux partages de responsabilités dans la gestion du bien et des services publics, à travers également un meilleur équilibre entre les solidarités traditionnelles, notamment eth-niques, et la citoyenneté.

Ces trois rencontres-débats invitent à la modestie et à la retenue dans le jugement que peut porter toute personne s'intéressant à l'Afrique de demain. Les discussions ont en effet montré que les difficultés de l'Etat africain, que l'absence apparente dans bien des cas de claire compréhension de ce qu'est le “bien public”, ne sont pas des phénomènes "folkloriques" et superficiels, mais traduisent l'ampleur des mutations en cours. Seules les sociétés africaines sont en mesure de mener à bien ces mutations, et l'exemple du passé montre qu'aucun modèle imposé de l'extérieur ou importé sans adaptation, sans "naturalisation", n'est en mesure de le faire.


Les Jeunes Africains refusent l'afro-pessimisme
Ils croient en eux-mêmes

C’est ce qui ressort d'une étude approfondie menée par la publication Planète Jeunes et relayée par le Journal La Croix du samedi 27-dimanche 28 novembre 1999. Cette étude et les enquêtes approfondies qui lui ont servi de base ont été menées à Bamako, Abidjan et Douala depuis plusieurs mois auprès de 6000 jeunes Africains.

Ces jeunes croient en l'Afrique (77%), ils espèrent vivre mieux que leurs parents (71%), ils rêvent à une réussite professionnelle (65%), à la paix (62%), à la famille (42%), à l'amour, la religion et l'éducation (30/35%).

L'argent (28%) et l'amitié (22%) viennent en dernier.

Ils font peu confiance aux hommes politiques, à l'armée, à la police, aux syndicats. Par contre ils font beaucoup et assez confiance aux ONG, aux institutions religieuses, à l'aide des pays étrangers, aux journalistes, à l'école et à l'université (84%) et avant tout en eux-mêmes (88%).

Les inquiètudes des jeunes sont : les études (75%), le sida (58%), les guerres civiles (45%), la situation économique (40%), le chômage (37%), la criminalité (34%), l'instabilité politique (24%), la surpopulation (9%), la pauvreté (2%).

Il ressort de ces réponses que les jeunes Africains comptent avant tout sur eux-mêmes, et que leur problème n°1 est constitué par les études et l'espoir de réussite professionnelle par l'école, l'éducation arrivant toujours en tête, avant même le sida.

Il est important de noter que la pauvreté qui, aux yeux de l'opinion occidentale, aurait tendance à résumer l'Afrique, n'apparaît qu'à la toute dernière place de l'opinion des jeunes : peut-être est-ce la conséquence de la très grande importance, dans les pays concernés, de l'économie populaire, qui est un rempart efficace contre la pauvreté telle que nous, occidentaux, la considérons. Il faut peut être en conclure que cette pauvreté n'est pas subie comme une malédiction, et que les jeunes Africains conservent des raisons d'espérer et d'agir. Ils donnent une leçon de fierté, qui est très encourageante. Ils se montrent amarrés à leurs racines, mais ouverts sur le monde extérieur.

Citons, pour conclure et résumer ces opinions, celle d'un jeune informaticien de Brazzaville, ville frappée par une longue guerre civile : "Pendant la guerre civile, indique Donatien, 25 ans, informaticien, les populations ont su s'entraider, et cela en dépit de la diversité des ethnies : c'est cela qui me pousse à croire en l'avenir de mon pays et du continent noir ".


LE CENTRE DE DEVELOPPEMENT de L'OCDE

Monsieur JORGE BRAGA de MACEDO, 52 ans, éminent économiste et ancien Ministre des Finances du Portugal, est devenu, à compter du 25 octobre 1999, le huitième Président du Centre de Développement de l'OCDE : il succède à Jean BONVIN, de nationalité suisse, après trois français, un canadien, un norvégien et un hollandais.

Cet organisme spécialisé de l'OCDE, a été investi en 1962 d'un large mandat en vue de rassembler les connaissances et données d'expérience en matière de développement économique, d'adap-ter ces connaissances et données aux besoins concrets des pays en développement, mettre ces résultats à la disposition des pays intéressés, contribuer à une meilleure compréhension au sein de l'OCDE des problèmes du développement.

Pour ce faire , le Centre de Développement de l'OCDE est un lieu de rencontre et de dialogue entre les pays en développement et les économistes du Centre, ainsi que tous les acteurs, publics et privés, du développement. Il organise des conférences, des séminaires et des ateliers.

Il publie plus de 50 ouvrages et documents chaque année, la Bibliothèque du Centre (une des plus riches en Europe dans la spécialité du développement) comprend 50 000 ouvrages, 1200 annuaires et 1000 périodiques. (catalogue en ligne et impression). Elle est ouverte aux chercheurs extérieurs, un groupe de chercheurs travaillent en permanence sur l'interdépendance mondiale, l'intégration des pays pauvres, et le développement des ressources humaines pour la lutte contre la pauvreté.

Adresse :
94, rue Chardon-Lagache 75016 PARIS
Téléphone : 01 45 24 82 00
Télécopie : 01 45 24 79 43
Site web : WWW.OECD.ORG/DEV/CENDEV


Installation du Haut Conseil de la coopération internationale

 

Dernière pièce de la réforme de la coopération décidée par le gouvernement en février 1998, le Haut Conseil a été "installé" le 26 novembre dernier en présence du Premier Ministre et s'est réuni le 30 novembre pour définir ses objectifs, ses méthodes de travail et de communication, sélectionner les thèmes prioritaires de ses travaux, constituer des commissions qui en seront chargées et former son bureau. La lecture du décret du 10 février 1999, qui crée le Haut Conseil, suscite quelques interrogations quant aux finalités et aux modalités des missions qui lui sont confiées : il ne précise pas que cette création est liée à la réforme de la politique de coopération, alors que cela était explicitement prévu dans la communication du gouvernement de février 1998 ; il n'est constitué que de représentants du secteur non gouvernemental, ce qui pose la question de la définition de ses interlocuteurs de l' Etat ; il a parmi ses vocations celle de "favoriser l'adhésion du public aux actions publiques ou privées", ce qui suppose que ses éventuelles critiques et suggestions auront au préalable été prises en compte, mais ce n'est pas précisé. Ces diverses interrogations ne sont pas de la CADE, mais du Haut Conseil lui-même dans ses travaux préparatoires :

Le Haut Conseil envisage d'inscrire son travail dans "un triple horizon" : le moyen-long terme, les trois années de son mandat, le calendrier à court terme (négociations autour de l'OMC, présidence française de l'Union Européenne).

On relèvera que parmi les soixante membres de cet organisme, figurent quelques sympatisants ou acteurs de la CADE: J.Bugnicourt, S.Brunel, G.Winter, J.J.Gabas, J.M.Fardeau.

Il sera intéressant de suivre les travaux de ces "représentants du secteur non gouvernemental" et surtout le poids qu'ils sauront acquérir dans la réflexion préalable à la définition et à la mise en oeuvre des politiques de coopération internationale. Il n'est ni imprudent ni impudent de dire que cela n'est pas gagné d'avance.


LA CREATION ARTISTIQUE ET LE DEVELOPPEMENT EN AFRIQUE

 

Florence ALEXIS d'Afrique en création, nous a communiqué ses impressions sur la Conférence “La Culture Compte", organisée par la Banque Mondiale et le gouvernement italien, à Florence, en Novembre 1999.

La culture est une chose vivante

Il est important de sauvegarder et de réhabiliter les diverses formes de patrimoines artistiques et culturels qui fondent les identités dans lesquelles chaque société peut se reconnaître, non pour ressusciter artificiellement un passé toujours révolu, mais pour en conserver la richesse. Il est tout aussi important d'encourager et d'accompagner la création d'aujourd'hui, les échanges féconds, les innovations comme les réinterprétations.

L'art africain ne se trouve pas seulement dans les musées et chez les antiquaires.

Comme n'importe quelle manifestation d'autres civilisations anciennes, les arts africains traditionnels méritent d'être sauvegardés, restaurés, réinterprétés, réappropriés. Les sociétés qui ont créé les arts traditionnels n'existent plus, les sociétés qui leur succèdent les réinterprètent, et surtout elles inventent "en continu" de nouvelles formes de culture, d'arts, qui puisent dans l'héritage, mais aussi qui innovent, qui s'adressent à d'autres publics (ces publics seront majoritairement urbains dans moins d'une génération, très ouverts sur le monde extérieur, et différemment formés que les générations de l'indépendance qui ont connu pour l'essentiel un monde rural et relativement clos). Ces nouvelles formes tendent également à participer à un mouvement d'expansion des cultures au niveau du monde. Bien des artistes africains, dans tous les domaines, s'adressent tout autant à l'Europe, à l'Amérique et au reste du monde qu'ils ne le font pour leur public immédiat.

Coopérer avec l'Afrique dans le domaine de la culture n'est pas un élément marginal de la coopération au développement. C'est qu'en effet, le "développement" passe tout autant par l'émergence et la consolidation de véritables intelligentsia, capables d'exprimer les attentes, les inquiétudes et les bonheurs de leurs sociétés, que par la seule croissance de leur production. En fait, l'un ne peut aller sans l'autre et "réciproquement".

La CADE consacrera, le 3 mai prochain, une rencontre-débat à la question de la création artistique en Afrique, dans une perspective à la fois historique et actuelle.


Plate-forme “l’Europe autrement pour l’Afrique autrement”

L'ULB de Bruxelles a accueilli le 13 décembre une journée de débats sur le thème évoqué par le titre ci-dessus.

On rappellera qu'il s'agit d'une initiative lancée il y a plus d'un an, formellemnt inscrite dans le programme de la CADE, tel qu'il a été discuté en Assemblée Générale et en Conseil d'administration : avec d'autres associations françaises et européennes, en particulier avec l'OPCF, Survie, le Forum européen pour un contrat de génération nord-sud, porter au niveau des pays européens la réflexion pour un autre regard sur l'Afrique.

Cette rencontre, dont la résolution finale figure ci-après, a été à la fois un succès et un échec:

- succès, parce qu'elle a montré que cette réflexion paraissait nécessaire bien au-delà d'un horizon parisien, et qu'elle a suffisamment intéressé M. Jaquim Miranda, Président de la commission du développement et de la coopération du Parlement européen pour que ce dernier accepte de parrainer une prochaine réunion ;

- échec, car seuls les français et les belges se sont retrouvés à discuter, avec un certain nombre d'africains majoritairement francophones.

Cela implique que des démarches soient entreprises sans délai auprès d'autres mouvements associatifs de l'Union européenne pour assurer une plus large audience à la prochaine rencontre. Celle ci pourrait du reste déboucher sur une structuration plus déterminée des associations ou groupements qui s'intéressent à "l'Afrique de demain" et souhaitent la faire connaître aux opinions publiques comme aux "décideurs".

Nous aurons certainement l'occasion, dans les prochaines Lettres, de développer cette approche.
Bruxelles, ULB, 13 décembre 1999

Résolution finale :

Au terme de cette journée de débats à l'Université Libre de Bruxelles dont un groupe d'associations françaises et belges a pris l'initiative, les participants

Constatent

1. Le renforcement, dans les opinions publiques européennes, d'un désintérêt à l'égard de l'Afrique conduisant à ne plus retenir qu'une vision catastrophiste et dévalorisée de ce continent ;

2. La nécessité de dépasser les coopérations bilatérales mais aussi le caractère très insatisfaisant du dispositif communautaire de coopération au développement ;

3. Une réelle aspiration à dépasser ces obstacles pour aller vers de nouvelles relations entre Europe et Afrique.

Proposent

1. De diffuser le plus largement possible la synthèse de cette journée, ainsi que le texte de la plate-forme qui en a justifié la tenue ; chacun veillera à mobiliser ses réseaux nationaux et européens, de sorte que l'on puisse lancer, au cours du 1er semestre 2000, un programme européen réellement mobilisateur ;

2. De prendre d'ores et déjà les contacts utiles à l'organisation d'un forum de lancement que pourrait abriter le Parlement européen ;

3. De réfléchir au type d'organisation en réseau européen qui pourrait sortir de ce forum. Un tel réseau s'assignerait quatre grands objectifs :

- diffuser l'information sur l'Afrique ;

- analyser cette information conformément à l'esprit de la plate-forme ;

- consolider l'articulation entre le réseau et les partenaires africains ;

- exercer une influence sur les choix politiques.


Le baromètre de la CADE (fin de siècle)

“N’as-tu pas honte de tirer d’une gaine d’ivoire un glaive de plomb ?” Diogène Laërce

Les articles du mois de novembre 1999 recueillis dans la presse quotidienne hexagonale ont permis de mesurer l'ampleur des inquiétudes suscitées par les troubles survenus en Côte d'Ivoire ; les événements du mois de décembre 1999 en ont confirmé le bien-fondé. La CADE a réuni 150 articles concernant 22 pays d'Afrique noire parus au mois de novembre 1999

 

"Démocratie" à l'ivoirienne
(Le Monde, éditorial du 15/11).

Après que "les cadres de l'opposition ivoirienne [ont été] déférés en justice" (Le Monde, 11/11) puis "condamnés à la prison" (Le Monde, 15/11), de multiples voix au timbre parfois dissonnant se sont fait entendre : si l'on a pu parler de "repli nationaliste" (Le Monde, 23/11), "de chasse aux burkinabés" (Libération, 25/11), consécutifs au conflit foncier d'essence rurale intervenu par suite de l'adoption d'un nouveau code d'accès à la propriété en 1998, ou encore de démocratie "illusoire", de "vacillant miracle ivoirien" (Le Monde, 15/11), scellant ainsi le sort du pays : "la Côte d'Ivoire n'est plus que l'ombre de la vitrine de la France en Afrique" (La Tribune, 03/12), on a également entendu dénoncer "l'ingérence" (Le Figaro, 25/11) manifeste dont ont fait preuve les pays du Nord dans les affaires intérieures ivoiriennes. En témoigne cette interrogation de B. Debré, ancien Ministre de la Coopération, dans les colonnes du Figaro (25/11) : "au nom de quoi les Occidentaux s'autorisent-ils à exiger des autorités ivoiriennes une candidature à l'élection présidentielle non conforme à la Constitution ?".

D'autres analyses ont été menées, considérant notamment le versant économique de la rivalité politique opposant A. Ouattara à H. Konan Bédié : "La pression exercée par la présidence pour un paiement régulier des salaires est telle que cela se fera au détriment du règlement de la dette extérieure. Du coup, Abidjan ne pourra bénéficier de l'initiative de Lyon sur l'effacement de 80% de sa dette extérieure. Or ce coup d'ardoise magique reste le principal argument électoral du président sortant face à son principal adversaire" (La Tribune, 15/11). "Il s'agit d'une affaire politique et une affaire politique n'a pas de solution juridique" (Le Monde, 30/10). En l'occurrence, la solution fut militaire...Il s'agit là de l'information la plus amplement développée au mois de Novembre au fil de plus d'une trentaine d'articles.

En dehors de la Côte d'Ivoire, aucun pays ne s'est retrouvé sous les projecteurs. Par conséquent, nous avons choisi ce baromètre pour relever le nom de quelques personnalités ayant favorablement pris parti pour l'Afrique en Novembre.

 

L'Economie africaine bouge
(La Tribune, 22/11)

Citons en premier lieu Mike Moore, Directeur Général de l'OMC, puisque l'actualité nous le suggère. Ce dernier a ainsi "lanc[é] un appel aux ministres pour qu'ils annoncent à Seattle leur intention de supprimer tous les obstacles aux importations en provenance des pays les moins avancés" (Le Monde, 25/11) ; et d'ajouter avec dépit : "les droits de douane moyens appliqués par les pays riches aux produits des pays les plus pauvres sont plus lourds que ceux qu'ils perçoivent sur les produits d'autres pays riches" (Ibid) ; et de conclure : "il s'agit d'un problème moral autant qu'économique" (Ibid).

"L'économie africaine commence à bouger" retient pour sa part Alex Taylor, "même si ce ne sont pas toujours les Européens qui en profitent" (La Tribune, 22/11). Il constate cependant "l'eurocentricité" des relations avec les états d'Afrique; or "il y a un dicton africain selon lequel il faut chercher de nouveaux amis tout en conservant les anciens". Il semble, conclut The African Business Magazine, "qu'il faudrait [aux africains] surtout se consacrer à en trouver de nouveaux" (Ibid).

C'est enfin J. Boissonnat, dans un article à Ouest-France (30/11) sur les "enjeux du grand marchandage" qu'est selon ses propres termes le sommet de l'OMC, qui rappelle cette sentence de Montesquieu : "partout où il y a des moeurs douces, il y a du Commerce ; et partout où il y a du Commerce, les moeurs sont douces”…

 

Les jeunes rêvent leur Afrique
(La Croix, 28/11)

La Croix a consacré la première page de l'un de ses numéros et un dossier complet aux "rêves d'une génération" de jeunes africains. Sans doute s'agit-il là du plus grand signe d'afro-optimisme qui a été recensé par la CADE depuis la création du Baromètre. On y retrouve en effet des jeunes soucieux de "partager la culture africaine" (La Croix, 28/11) et qui ont fait "le choix d'une africanité ouverte sur le Monde" (Ibid). Un sondage montre par ailleurs que si les études, le sida et les guerres civiles figurent aux premiers rangs de leurs inquiétudes, ils font confiance à l'Ecole/l'Université, aux ONG et surtout à eux-mêmes pour y remédier.

Il faut néanmoins souligner qu’un tiers des titres des articles réunis et la moitié de leur contenu demeurent afro-pessimistes…

 

Le Baromètre de la CADE

Nous retiendrons enfin, en guise d'encouragement pour le prochain millénaire, que ceux qui s'associent au projet porté par la CADE ont bonne presse : ainsi, avec la publication, le 26/11, d'un article en faveur d' "une coopération plus transparente", Stéphane Hessel a-t-il été cité pour être le premier qui eut l'idée du Haut Conseil de la Coopération, cet organisme associant la société civile à la définition des grands axes de la politique française d'aide au développement. De même, c'est relativement à la formulation d' "un pacte d'humanité" qu'a été invité P. Engelhard à s'exprimer dans L'Humanité du 03/12.

Nicolas FONTANG


En bref

 

Conseil d’administration d’Enda Tiers-Monde
L'assemblée générale et le conseil d'administration d'ENDA Tiers-Monde se sont réunis à Rabat les 17 et 18 décembre 1999, sous la présidence de Cheikh Hamidou Kane. L'engagement militant d'ENDA auprès des plus pauvres, en priorité dans les villes d'Afrique, a été réaffirmé. Il a été demandé que l'organisation bâtisse avec ses partenaires du monde associatif, à partir de son expérience bientôt trentenaire, "une alternative crédible à la fabrication de la pauvreté" susceptible d'être mise en oeuvre au niveau régional, voire national, et d'être proposée aux gouvernements et à la coopération internationale. Cette question fut débattue au cours d'une table ronde à laquelle participait madame Aminata Traoré Ministre de la Culture et du Tourisme du Mali, sur les stratégies et les alliances pour contrer la pauvreté. L'engagement d'ENDA pour la prévention du sida en Afrique a été confirmé. Sur la proposition de Jacques Bugnicourt et à l'issue d'un long processus de réflexion et de consultation au sein de l'organisation, il a été décidé de créer auprès de lui, deux secrétaires exécutifs pour la coordination et l'international. Youba Sokona et Emmanuel N'Dione ont été nommés à ces fonctions.

 

Afropessimisme et renaissance africaine fut le sujet de la conférence faite par Michel Levallois le 10 décembre dernier lors d'un séminaire organisé à Nancy par le Forum IRTS de Lorraine, sur le thème Passerelles d'Afrique et auquel participaient plusieurs associations africaines et de solidarité internationale de la région.

 

Chez nos partenaires :

Monsieur Souleymane SECK, recteur de l'université Senghor d’Alexandrie, a reçu de Monsieur Maurice Druon les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur pour son travail à la Direction de cette institution consacrée à la formation et à la gestion des cadres supérieurs africains. Depuis la première promotion de 1990, plus de six cents auditeurs y ont été accueillis.

 

A lire :

La revue Croire aujourd'hui avait demandé à la CADE un article pour son dernier numéro du millénaire consacré à "Un autre regard sur l'Afrique". Il vient de paraître avec un excellent article de Jean Nemo sur "les perspectives de l'Afrique de demain" -

Contact :
Croire Aujourd'hui-Autorisation 13
75803 PARIS CEDEX 08 - FRANCE
Tél. : (33-1) 44 21 60 99

 

A voir :

Mobutu, Roi du Zaïre. Ce film remarquable que nous avons signalé dans la lettre de Novembre (n°32) a malheureusement quitté l'affiche à Paris. Son réalisateur, Thierry Michel, que nous avons rencontré à Bruxelles, nous a dit qu'il était encore projeté en Belgique et qu'en Afrique les foules se pressent pour le voir. Pour ceux qui voudraient organiser une projection, il faut s'adresser à :

Films d'ici
12, rue Clavel 75019 PARIS
Tél. : 01 44 52 23 23
Fax : 01 44 55 23 24

 


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