Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


Débat du mois :
Autorités traditionnelles. Collectivités locales et décentralisation

 

Sommaire :


Editorial : Les collectivités locales en Afrique

La coopération décentralisée a pris ces dernières années une ampleur qui l'a fait reconnaître par les pouvoirs publics comme une composante majeure de la coopération française. Cette coopération est mise en oeuvre par les associations mais aussi par les communes, les départements et les Régions qui financent des projets qu'ils mettent en oeuvre directement ou par l'intermédiaire d'associations.

Cette coopération qui concerne principalement les pays de l'Afrique subsaharienne francophone monte en puissance alors que ce sous-continent traverse depuis une trentaine d'années une série de crises d'une ampleur exceptionnelle. Elles sont donc concernées par les questions que se posent, aux niveaux national, européen et international, les responsables politiques et économiques des pays riches et des organisations mondiales ou régionales, et auxquelles nous essayons de répondre à la CADE :

- Quelles sont les raisons de l'échec apparent, à tout le moins de l'insuffisance des résultats de l'effort consenti, depuis des décennies, en faveur des pays en voie de développement?

- Y-a-t-il lieu de poursuivre cet effort, et d'autres mécanismes que l'aide ne seraient-ils pas mieux aptes à favoriser le développement?

L'image de l'Afrique est, à tout le moins, brouillée dans l'opinion publique, en particulier celle qui compte au niveau des collectivités locales et des associations de solidarité. Elle fait trop souvent place à l'information immédiate et met en exergue les évènements dramatiques (guerres civiles, violations des droits de l'homme, catastrophes naturelles, épidémies...) ou scandaleux, (concussion, détournements, dictatures...), qui, pour être bien réels, ne constituent certainement pas la totalité des réalités africaines, faites aussi d'évolutions profondes, de progrès incontestables dans de nombreux domaines, à commencer par celui de la démocratie.

Ces lacunes dans la connaissance et la compréhension des problèmes de développement des pays "moins favorisés", d'une part, de la réalité africaine, d'autre part, peuvent conduire, dans une hypothèse pessimiste, à une désaffection des acteurs "civils" de la coopération et, dans une hypothèse plus optimiste, à des approches condescendantes, voire paternalistes, même si elles traduisent une grande bonne volonté. Or, la coopération ne peut plus être "octroyée" : elle n'a aujourd'hui de sens et d'avenir que si elle correspond à un partenariat véritable, dans lequel le partenaire qui reçoit plus qu'il n'apporte doit pouvoir s'exprimer librement. Le partenariat lui-même devrait devenir de plus en plus contractuel, ce qui signifie que celui qui apporte plus peut refuser son appui s'il n'est pas convaincu par l'argumentaire qui lui est présenté, mais aussi qu'il ne peut imposer son propre point de vue.

L'information sur ces questions existe : elle est le plus souvent affaire de spécialistes qui ne savent pas communiquer à des non spécialistes (ce n'est du reste pas leur première fonction!), ou elle est affaire de journalistes, qui privilégient, à juste titre, la description immédiate des évènements et la présentation des analyses instantanées de leurs causes.

C'est pourquoi la "Coordination pour l'Afrique de demain" (CADE) a décidé de proposer aux collectivités locales et aux organisations de solidarité internationale oeuvrant en province de s'associer à sa démarche pour élaborer une information objective et réaliste sur l'Afrique subsaharienne.

La CADE


Autorités traditionnelles. Collectivités locales et décentralisation

(compte-rendu de la rencontre-débat du 3 novembre 1999)

La deuxième rencontre-débat du "cycle" consacré au cours de ce dernier trimestre 1999 à "l'Afrique et l'Etat", a été introduite respectivement par S.E. le Larlé Naaba Tigré, député à l'Assemblée nationale du Burkina-Faso, ministre de l'Empereur des Mossi, et par François Gaulme , rédacteur en chef d’Afrique Contemporaine.

Présenté par M. Levallois et Cl. H. Perrot, le premier intervenant devait apporter le témoignage raisonné d'un acteur de premier plan d'un empire vieux de cinq siècles qui se perpétue dans le cadre d'une république beaucoup plus jeune, acteur soucieux de concilier tradition et modernité. Le second intervenant avait quant à lui à décrire, à partir de quelques exemples, l'héritage et les expériences de cohabitation entre stuctures traditionnelles et Etat moderne en Afrique anglophone. Après s'être félicité de l'occasion qui lui était donnée de s'exprimer sur des sujets qui lui paraissent très importants, S.E. le Larlé Naaba rappelle que les sociétés africaines avaient évidemment, avant la colonisation, leur organisation politique et administrative.

 

JS.E le Larlé Naaba :

La centralisation coloniale : un héritage sans inventaire

Au Burkina Faso coexistaient deux types d'organisations : à l'Est, les sociétés à organisation centralisée et fortement hiérarchisée (mossi, peulhs, gourmantchés) ; à l'Ouest, les sociétés acéphales (dont les gourounsi, les bobo, les samo, les lobi-dagari) où le pouvoir était diffus, distribué entre les chefs de clans en l'absence d'un centre unique de décision, d'animation et d'impulsion de la vie sociale.

Pour les besoins de son administration, le colonisateur français avait divisé chaque territoire de l'Afrique de l'Ouest en cercles, le cercle en subdivisions, la subdivision en cantons, le canton en villages. Ce régime de centralisation ne fut atténué que par la loi-cadre, notamment avec l'érection des centres urbains en communes de plein exercice, de moyen exercice (loi du 22 Novembre 1947 et la loi du 18 Novembre 1955) et en communes mixtes, administrées par des fonctionnaires-maires.

Sous l'autonomie interne, certains territoires, comme le Burkina Faso, le Bénin et le Niger, avaient maintenu les découpages coloniaux. D'autres, comme la Côte d'Ivoire et le Togo, avaient remplacé les cercles par des départements et des régions.

Au lendemain des indépendances, le Larlé Naaba estime que l’on aurait pu s'attendre à une succession administrative du colonisateur sous bénéfice d'inventaire. Il n'en a rien été. Les premières constitutions post-indépendance prévoyaient le principe de la décentralisation (article 68 de la constitution Burkinabé du 30 Novembre 1960), mais pour des raisons de haute politique, la décentralisation ne fut pas effective, en dépit de la création de départements et de communes aux statuts mécaniquement calqués sur ceux de la métropole.

Avec la lutte des peuples dans les années 1990 pour la démocratie, et aussi sous l'impulsion des bailleurs de fonds qui veulent que désormais, l'aide touche plus directement les communautés, la décentralisation territoriale est de nouveau à l'ordre du jour mais elle soulève les mêmes problèmes qui attendent des solutions adaptées.

 

L’échec partiel de la décentralisation

La décentralisation, en tant que système permettant à des groupements humains, dotés de la personalité juridique, de s'administrer eux-mêmes et de gérer les affaires d'intérêt local au moyen d'autorités et de ressources financières et matérielles propres, est un facteur incontournable de développement. Développement politique d'abord en ce qu'elle favorise l'apprentissage de la démocratie ; développement économique ensuite en ce qu'elle pousse les groupements humains à se prendre en charge. Dans le contexte de nos jeunes Etats, la décentralisation influe donc sur les comportements individuels et collectifs et réalise la transformation indispensable des mentalités.

Mais la décentralisation est restée lettre morte en Afrique en général, et au Burkina Faso en particulier, pour de nombreuses raisons dont les plus fondamentales ont été, par ordre d'importance :

- la volonté des pouvoirs d'exercer un contrôle large et permanent sur toutes les structures administratives du pays. En effet, les frontières des nouveaux Etats ayant été tracées à l'équerre, des ethnies différentes ont été regroupées de force dans une même entité étatique, voire dispersées dans plusieurs Etats. Pour créer l'unité nationale, il s'imposait d'écarter l'idée de centres secondaires de décision :

- l'absence de démocratie. Les impératifs d'unité nationale et de développement économique et social harmonieux expliquaient et justifiaient l'exercice autoritaire, autocratique, du pouvoir démocratique proclamé par les constitutions. Dans ces conditions, accorder une autonomie aux collectivités territoriales risquerait d'accoucher d’un pluralisme innommé. C'est dans ce sens que la décentralisation a été contournée et détournée sous la première République Burkinabé : avant même la proclamation de l'indépendance, les autorités de l'époque, par une loi du 2 février 1960, avait créé des collectivités rurales, jouissant de la personalité juridique et de l'autonomie administrative et financière ; l'élection des membres des organes délibérants de ces collectivités rurales (conseils de collectivité) eut lieu le 4 Décembre 1960 au suffrage universel direct ! Mais les collectivités rurales avaient été conçues pour être des caisses de résonance, des courroies de transmission du parti unique de fait :

les élus locaux étaient les responsables locaux de ce parti. Les populations étaient ainsi parfaitement encadrées, embrigadées, contrôlées. Aussi, à la chute du régime le 3 Janvier 1966, le gouvernement Militaire Provisoire s'empressa de dissoudre les organes de ces collectivités rurales et de les remplacer par des délégations spéciales :

- la peur de la chefferie traditionnelle. La chefferie traditionnelle, au Burkina, avait lutté aux côtés des leaders syndicaux et politiques pour revendiquer la décolonisation et l'indépendance. Les chefs, entre 1946 et 1959, avaient pris part aux luttes partisanes. En imposant le parti unique au lendemain de l'accession à l'indépendance, l'autorité politique avait muselé l'opposition, donc de nombreux chefs ayant des sensibilités politiques différentes. Ces chefs (chefs de village, de clan, de cantons, rois et empereurs) exerçant une autorité morale considérable sur leurs sujets, la décentralisation territoriale aurait eu pour résultat de placer les organes du pouvoir local sous la tutelle directe des chefs considérés comme de sérieux et dangereux contre-pouvoirs. En d'autres termes, il ne fallait pas donner une occasion quelconque au pouvoir traditionnel de s'immiscer dans les affaires politiques et administratives du Nouvel Etat :

- la modicité des ressources de l'Etat. Par exemple, la loi 61-84 du 10 Avril 1961 avait institué les départements en Côte d'Ivoire en prévoyant des conseils généraux élus au suffrage universel et une commission départementale comme en France. Un an plus tard, soit en mai 1962, au préfet du département du Sud-Est qui demandait au ministre de l'intérieur l'application de cette loi, il fut répondu que "des raisons d'ordre matériel et financier empêchent d'assurer un fonctionnement rationel des assemblées et de leur permettre d'exercer, avec efficacité, la plénitude de leurs compétences".

Au total, la décentralisation n'a pas été voulue pour prévenir le partage du pouvoir, notamment avec les chefs coutumiers. La démocratisation étant à l'ordre du jour, il faut réaliser enfin la décentralisation en impliquant la chefferie coutumière dans l'action administrative locale.

 

Réussir la décentralisation avec les autorités traditionnelles

La décentralisation, a poursuivi le Larlé Naaba, doit tenir compte de deux réalités ; l'existence des ethnies dans la même entité étatique et l'importance réelle de la chefferie coutumière.

Compter avec les éthnies
Concernant ces ethnies, c'est une erreur que de feindre d'ignorer l'existence de groupements humains naturels qui demeurent attachés à leur spécificité socioculturelle. Le processus d'intégration et d'homogénéisation sociale présuppose une large décentralisation au profit des différentes communautés humaines qui y trouveront le ressort de leur “auto-promotion” économique.

En effet, l'intégration sociale requiert, non pas l'uniformisation, mais la synergie des différences et des richesses socioculturelles, laquelle synergie n'est possible que si les porteurs de ces richesses ont une autonomie d'organisation et d'expression. Pour ce faire, il conviendrait d'opérer le découpage territorial en vertu du principe de l'unité socioculturelle. En accordant à ces groupes et sous-groupes ethniques l'autonomie de gestion sous surveillance générale de l'Etat, on sauvegarde leur spécificité culturelle dans l'interdépendance nationale et on les stimule à prendre en mains leur développement économique et social : l'action administrative locale étant mieux comprise dans ses buts et dans ses moyens, la participation des administrés est facilement requise.

Il reste entendu que le mouvement séculaire de brassage des populations, des groupes socio-culturels et ethniques est une réalité dont il faut tenir compte et qu'il faut encourager à travers les valeurs traditionnelles d'acueil et d'hospitalité. C'est en cela que la chefferie traditionnelle tient un rôle central, servant de ciment à l'unité et à la cohésion sociale, de même qu'elle joue un rôle de médiateur en toutes circonstances.

Associer les chefs traditionnels au Développement
Ainsi le pouvoir moderne à beaucoup plus d'intérêt à impliquer la chefferie dans ses missions qu'à l'exclure ou à l'isoler. Nos Etats sont en transition entre la tradition et la modernité. Les changements de mentalités et de comportements préalables au processus de développement ne se feront pas en l'absence des chefs traditionnels qui sont les dépositaires et les interprètes du patrimoine sacré de la coutume.

Ainsi, c'est en vain que les pouvoirs publics luttent contre les feux de brousse, l'excision, la polygamie, la dot, le don de fille en mariage, les funérailles ruineuses, etc... Comment les populations peuvent-elles enfreindre la coutume, la tradition et les usages séculaires en des domaines sans craindre la colère des ancêtres dont les chefs traditionnels sont les continuateurs ? La collaboration s'impose de raison. Elle pourrait prendre corps avec l'admission des chefs comme membres de droit dans les assemblées locales.

Ainsi, au Burkina, le village a l'autonomie administrative ; son organe délibérant est le conseil de village dont les membres sont élus ; le chef de village ou son représentant pourrait être admis dans ce conseil, ne serait-ce qu'à titre consultatif. La même chose pourrait être envisagée pour le conseil départemental (le département étant au Burkina une simple circonscription administrative) dont les membres sont nommés par le pouvoir central et pour le conseil principal (la province est une collectivité décentralisée).

L'implication des chefs faciliterait la résolution des problèmes agraires et fonciers.

En conclusion, la mise en oeuvre effective de la décentralisation est devenue une nécessité impérieuse. Mais dans ce domaine comme dans tant d'autres, il faut éviter les transpositions mécaniques. Le pouvoir moderne doit accorder au pouvoir traditionnel la place qui lui revient dans la phase actuelle de "refondation" de la société. C'est la condition sine qua non de la mobilisation de toutes les populations autour des impératifs du développement.

 

François Gaulme :

Les monarchies et les chefferies dans la sphère anglophone

Le rédacteur en chef d’Afrique Contemporaine apporte ensuite un éclairage sur la sphère anglophone. Il s'appuie notamment sur un article de Joël Bertrand ( "Des rois en République", Afrique Contemporaine, avril-juin 1997), et un article à paraître (dans la même revue) sur les chefferies en Afrique du Sud).

Il distingue les monarchies traditionnelles et les chefferies traditionnelles ; les premières étaient au nombre de trois seulement au moment des indépendances (Burundi, Lesotho et Swaziland) à faire correspondre un Etat avec une royauté. Partout ailleurs, les nouveaux Etats sont pluriethniques, et ils intègrent plus ou moins bien des chefferies correspondant à des royaumes anciens et/ou à des structures plus diffuses ou recomposées par le colonisateur.

 

Le Ghana et l’Ouganda

Même si la réalité n'était pas aussi tranchée, il est admis que le colonisateur anglais s'est reposé sur une administration indirecte, alors que le colonisateur français aurait directement administré ses territoires. De fait, la tradition anglaise est plus familière de la monarchie traditionnelle et de la séparation des pouvoirs ; elle a beaucoup plus respecté les chefferies et royaumes qu'elle a trouvé sur place que ne l'a fait le colonisateur français, au point d'installer des "chambres de chefs" avec de véritables compétences, en parallèle aux institutions représentatives de type moderne. Cela se retrouve dans le comportement des gouvernants actuels : au Ghana, le président Rawlings s'est fortement impliqué dans le règlement de la succession du roi ashanti récemment décédé. La nouvelle constitution sud-africaine reconnait le rôle des chefs traditionnels, qui de plus sont "fonctionnarisés".

En Ouganda, la mainmise coloniale a commencé par un protectorat imposé au royaume du Buganda, le plus important de la région, dont l'administration est restée active et efficace. Au moment de l'indépendance, en 1962, ce royaume constitue un élément capital pour l'équilibre du pays. Mais le Président n'en a jamais été originaire : Milton Obote, Idi Amin Dada étaient des nilotiques, Museveni est originaire d'un royaume du sud.

Le premier a été à l'origine d'un coup de force contre le Kabaka (roi du Buganda) en 1966, qui s'est traduit par l'exil de ce dernier et la mise en sommeil du royaume. Il a fallu attendre la prise de pouvoir de Museveni pour assister à une réhabilitation des royautés, à commencer par celle du Buganda (couronnement traditionnel du nouveau Kabaka en 1993). Cependant, les anciennes royautés n'ont pas toutes été rétablies : les royaumes du Sud, dont la structure sociale est proche de celle des anciens royaumes du Rwanda et du Burundi (avec une césure de type "Tutsi/Hutu"), bien qu'ils aient appuyé la rébellion de Museveni, ne sont pas encore restaurés. On peut donc dire qu'il y a une "gamme" de situations, allant de la reconnaissance complète au refus de prise en compte.

 

L'Afrique du Sud

Le cas sud-africain est beaucoup plus complexe. En premier lieu, les populations concernées sont plus nombreuses (40 millions d'habitants contre une quinzaine en Ouganda) ; le pays est physiquement et climatiquement contrasté ; les populations y sont très diversifiées ; il a connu les deux seules colonisations anciennes en Afrique, rivales pendant des décennies , et au 19ème siècle les bouleversements de la période "Tchaka", enfin, un demi-siècle d'apartheid.

Ce dernier régime s'est beaucoup appuyé sur les chefferies traditionnelles, en raison même de sa finalité, qui était de faire évoluer séparément les communautés et d'assurer la suprématie de la communauté blanche.

La fin de l'apartheid n'a pas conduit à la remise en cause de l'existence des chefferies, même si elles auraient pu être considérées comme "collaborationnistes". Elles sont bien au contraire reconnues par la constitution, hiérarchisées. Leur reconnaissance formelle est plus poussée qu'en Ouganda, elles bénéficient de listes civiles, elles constituent un conseil national des leaders traditionnels, elles interviennent aussi au niveau des provinces (la constitution a mis en place une décentralisation poussée).

Cette même constitution est cependant fondamentalement démocratique et écarte toute discrimination. Comment concilier cette contradiction implicite ? La reconnaissance de la chefferie équivaut-elle à la reconnaissance de ses valeurs ? En fait, celles de ces valeurs qui ne sont pas en contradiction avec les valeurs de la démocratie sont retenues, et l'on constate des évolutions (par exemple en ce qui concerne le statut des femmes, puisque celles-ci commencent à siéger dans les conseils de chefferie).

De ce point de vue, le modèle britannique est complètement dépassé. La synthèse actuelle doit beaucoup à Nelson Mandela, lui-même Xhosa d'origine aristocratique.

 

Le débat

Un intervenant congolais estime que les colonisateurs ont écarté les chefferies, par conséquent les populations rurales, de la gestion des territoires coloniaux. Les Etats qui leur ont succédé ont eu le même comportement. Il se pose donc la question de savoir comment on peut associer les populations rurales à la gestion de la chose publique. F.Gaulme rappelle que Museveni a beaucoup insisté sur le développement de la démocratie au niveau local, qui lui parait une première étape indispensable, ce qui l'a conduit à écarter le régime des partis ; d'une certaine façon, cela revient à associer les chefs à cette démocratie locale, mais de façon très informelle. Le Larlé Naaba confirme que dans son pays les chefs sont informellement associés, même si officiellement la chefferie n'est pas reconnue par la constitution ; il insiste sur son rôle de "facilitateur" et de médiateur, seul susceptible d'entraîner l'adhésion des populations.

Le Lesotho et le Swaziland ne sont-ils pas des créations récentes et artificielles ? F.Gaulme pense que le Lesotho est d'origine déjà ancienne en relation avec l'action de missionnaires français au siècle dernier, que la personnalité des deux pays est réelle, y compris sur le plan géographique, et que leur indépendance n'est pas menacée.

Un intervenant malien déclare que les exposés et les précédentes questions ont bien posé les problèmes. Le Burkina-Faso a été l'un des premiers pays à avoir institué la démocratie. Depuis l'indépendance, sauf entre 1983 et 1987, les autorités n'ont pas réellement entravé les chefferies. Il se pose cependant la question de savoir s'il y a compatibilité et possibilité de cohabitation entre quelques chefferies structurées et fortes et les nombreuses populations de l'ouest qui n'ont pas connu et ne connaissent pas de véritable chefferie. Le Larlé Naaba répond que toutes les communautés sont retenues, et qu'il n'y a pas de prétention de la part des chefferies structurées à dominer le système : dans les sociétés qu'il a qualifié "d'acéphales", il existe d'autres formes de représentation de la tradition, qui peuvent s'exprimer à leur manière.

A une autre remarque selon laquelle l'Etat moderne aurait tendance à faire disparaître les autorités locales (la Révolution française les aurait ainsi éliminées), F.Gaulme répond qu'il n'est pas possible de comparer le cas français avec celui de l'Etat colonial, puis de l'Etat indépendant qui lui a succédé : c'est la royauté qui a supprimé les "chefferies" féodales, et non pas la Révolution, qui a organisé un Etat déjà centralisé.

La discussion revient sur la situation dans l'ouest du Burkina-Faso : comment peut-on imaginer une décentralisation dans des régions à sociétés dites "acéphales", où cependant, du fait des migrations, la population d'origine mossi est souvent devenue majoritaire? Les "autorités acéphales" traditionnelles (chefs de terre par exemple) sont contestées par les jeunes en raison même de cette situation. Le déroulement du débat n'a pas permis d'apporter d'éléments de réponse à cette question.

Pour l'un des intervenants, la question n'est pas de savoir quelle place il conviendrait de faire à la chefferie, mais de déterminer comment l'Etat post-colonial peut se "pluraliser" et se différencier. De ce poit de vue, la légitimité se trouve plus au niveau traditionnel qu'au niveau de l'Etat. Le Larlé Naaba rappelle qu'il n'a pas posé le problème en termes d'antagonisme ou de revendication, mais en termes de complémentarité.

Un participant commente le débat en indiquant que les détenteurs légitimes du droit, i.e. les chefferies ou les porte-parole de la communauté ont été écartés du pouvoir, alors que l'Etat accaparait ce pouvoir sans réelle légitimité, ce qui expliquerait sa faillite. Un autre intervenant estime que les notions et les modalités de la décentralisation ont été tout autant "parachutées" que la notion d'Etat, et que cela pose un vrai problème. Pour le Larlé Naaba, il n'y a pas lieu de calquer mécaniquement des modèles importés, mais d'utiliser des solutions africaines pour inventer une décentralisation proprement africaine.

 

Les commentaires de la CADE

Les exposés et les discussions ont montré qu'il n'y avait pas forcément antagonisme entre une tradition qui sait s'adapter et la "modernité". De ce point de vue, les expériences très variées rapportées par les conférenciers semblent indiquer que la chefferie (terme dont on rappellera qu'il est générique et qu'il recouvre des réalités variées) peut avoir un grand rôle dans le processus de désaisissement de fonctions de l'Etat vers la "société civile". La chefferie peut jouer un rôle dans l'inter-médiation entre des populations, pour lesquelles les structures traditionnelles ont encore du sens et constituent des repères accessibles, d’une part et, d’autre part un Etat moderne qui, comme le colonisateur, a eu trop tendance, pour s'imposer ou construire la "Nation", à "plaquer" des modes de gouvernement ignorants ou peu sensibles aux réalités sociales, ethniques ou religieuses.


La Grande-Bretagne, la France et l'Afrique

Le Ministre Adjoint du Foreign and Commonwealth Office, Monsieur Peter HAIN, a fait un exposé très remarqué lors d'un colloque à Wilton Park, le 13 Septembre 1999.

Voici quelques extraits de ses déclarations, qui sont encourageantes pour l'avenir des relations franco-britanniques concernant l'Afrique.

"Je suis un fils de l'Afrique, né à Nairobi, élevé à Prétoria. Mes parents se sont battus pour la liberté en Afrique du Sud. Maintenant, je suis décidé à bâtir un partenariat authentique entre le continent où je suis né et ma patrie d'adoption ".

"Le colonialisme n'était pas une bonne chose, mais il a pris fin voici 40 ans. Les progrès accomplis depuis lors sont à porter au juste crédit des Africains eux-mêmes. Mais les Africains doivent assumer la responsabilité de la corruption du continent, des abus des droits de l'homme et de la violence omniprésente".

“Nous nous sommes mis d'accord avec les Français pour travailler ensemble en Afrique. Nous avons maintenant les mêmes objectifs".

“Lorsque Robin COOK et Hubert VEDRINE se sont rendus ensemble en Afrique cette année, ce fut un évènement authentiquement historique, car il marquait la fin de plus de 150 années d'une rivalité qui n'était bonne pour personne ".

"Nous ne financerons pas la répression ni la dictature. Ces maux ont mis l'Afrique en échec".

Mr Peter HAIN énumère les enjeux auxquels nous sommes confrontés en Afrique dans l'ordre de priorité suivant :

1 - La guerre

2 - Le Sida

3 - La dette

4 - Le commerce et l'investissement

5 - le mauvais gouvernement.

"La politique africaine de la Grande-Bretagne est claire, transparente et sans équivoque. Nous apporterons notre soutien à la réussite de la démocratie et des droits de l'homme, de la réforme des économies, de la lutte contre la pauvreté, de la renaissance de l'Afrique".


"Pan sur le bec", l'Afrique Noire a-t-elle sa place dans la nouvelle économie mondiale ?

Nous devons des explications à nos lecteurs pour avoir, dans notre Lettre n°31 (octobre 1999), page 8, publié une "brève", reprise de Jeune Afrique du 20/09/99 dont nous rappelons le court texte : "à l'évidence, la quasi-totalité de l'Afrique Noire n'a pas sa place dans la nouvelle économie mondiale : la plupart des produits de base sont désormais inutiles et sous-payés, la main d'oeuvre insuffisamment qualifiée et les administrations locales trop inéfficaces et corrompues". Nous ajoutions : "voilà le genre de propos absurde qu'on ne devrait plus lire." Nous accompagnions la lettre d'un erratum, précisant que la citation n'était pas imputable à Jeune Afrique, mais au sociologue américain Manuel Castells, cité par Jeune Afrique.

Or, la revue Croissance nous a alerté, pour nous informer que cette citation tronquée et déformée, isolée de son contexte, était extraite d'un interview de 5 pages du sociologue américain par Sandrine Tolotti (Croissance n° 429 de Septembre 1999).

Nous avons donc jugé nécessaire de replacer cette citation dans son contexte.

Manuel Castells, professeur de sociologie et de planification à l'Université de Berkeley, et considéré comme le meilleur théoricien de la société de l'information, rappelle que nous sommes entrés dans l'ère de l'information, "qui n'est rien d'autre que le mode de développement dans lequel nous entrons du fait de la révolution des nouvelles technologies de l'information". Il s'agit d'un événement historique au moins aussi capital que la révolution industrielle du 18ème siècle". Toute notre société est bouleversée. Nous passons d'une société où toutes les institutions étaient centralisées à une société organisée en réseaux". Bien que cette société en réseaux soit "excluante", cette exclusion peut être contrée par la politique. Mais, ceci dit, les réseaux ont tendance à écarter tout ce qui n'a pas de valeur productive ou de marché, et l'on voit ainsi "se dessiner une nouvelle géographie de l'inégalité sociale, qui dépend de l'appartenance ou de la non appartenance à un réseau. Cette dynamique inclusion/exclusion est mouvante, elle traverse l'ensemble des pays, quoique dans des proportions très diverses. A l'évidence, la quasi-totalité de l'Afrique Noire est exclue par la logique de la nouvelle économie globale : la plupart des produits de base sont désormais inutiles et sous-payés, les marchés trop étroits, l'investissement trop risqué, la main d'oeuvre insuffisamment qualifiée, l'infrastructure des communications manifestement inadéquate, la politique trop aléatoire, et les bureaucraties gouvernementales trop inefficaces et corrompues".

Ici, il faudrait évidemment nuancer, car les produits de base ne sont pas tous sous-payés et ils ne sont pas inutiles, car ils sont encore recherchés. De même, il faut atténuer largement les autres affirmations, car l’Afrique évolue.

En conclusion de cet interview, Manuel Castells, estime que "l'ère de l'information peut aussi bien être une ère d'exclusion sociale que de transformation sociale égalitaire ; tout dépend du modèle de développement que nos sociétés adopteront...: un modèle basé sur des valeurs éthiques, écologiques, égalitaires..." pouvant déboucher sur une solidarité nationale et internationale.

Nous avons jugé nécessaire de rétablir le contexte général de la citation rappelée en début de cette note et qui prend évidemment une toute autre signification dans ces réflexions sur l'économie globale et la révolution informatique.

Bernard MONNIER


A propos du livre d'Ahmadou Kourouma En attendant le vote des bêtes sauvages (Editions du Seuil-Livre Inter 1999)

Un de nos lecteurs et amis, Louis SANMARCO, nous fait part de ses réactions : il qualifie ce livre de pamphlet, appuyé de quelques données historiques exactes et d'humour, mais débouchant sur une vision désespérante et désespérée de l'Afrique. Il nous écrit notamment que, de ce livre, "l'on peut conclure qu'il n'y a pas trace de la moindre possibilité de voir un jour une Afrique rationnelle et libre entrer dans la voie du développement...: l'afro-pessimisme absolu ; et le public français d'applaudir, les auditeurs de France-Inter allant jusqu'à plébisciter l'ouvrage. Cette lecture engendrerait notre pessimisme à nous coloniaux sans complexe de culpabilité, si notre bonne conscience n'était entretenue non pas tant par cette vision "a contrario" de l'Afrique actuelle, que par la confiance et l'amitié d' Africains de tous bords, vieux qui se souviennent ou jeunes ardents, bien formés et qui inspirent confiance. Mais pessimisme tout de même sur la culture historique dispensée par nos médias, et sur l'état de l'opinion métropolitaine, aussi méprisante à l'égard de l'Afrique d'aujourd'hui que de notre action d'hier".

Nous comprenons la réaction de notre ami, mais nous estimons qu'il est très positif que les Africains aient le courage de critiquer les puissants de leur continent et qu'ils le fassent avec talent. Et nous avons bien aimé l'interview, dans Jeune Afrique (N°2023/2024 du 19 Octobre au 1er Novembre 1999) d'Ahmadou Kourouma, qualifié de Voltaire Africain, qui, à la question " Pensez-vous que l'Afrique a évolué ou régressé ? " a répondu :

"Mais ce sont les gens qui ne connaissent pas l'Afrique qui disent que tout va mal. Il y a cent ans, c'était l'esclavage, il y a cinquante ans, la colonisation et les travaux forçés. Il y a vingt cinq ans, la dictature ; Aujourd'hui, la situation s'est nettement améliorée, et nous allons dans le sens de la liberté".

Donc, KOUROUMA ne prêche pas la désespérance...


Le baromètre de la CADE (Octobre 1999)

"Ce que nous faisons n'est jamais compris mais toujours seulement loué ou blâmé" (F. Nietzsche, Le gai savoir, § 264)

Dès le 1er octobre, une dépêche parue dans Le Monde précisait : "K. Annan a exhorté le Conseil de Sécurité à ne pas tomber dans l'afro-pessimisme et a affirmé que sa crédibilité ser[ait] jugée sur le soutien qu'il donner[ait] aux efforts pour mettre fin aux conflits". Le baromètre de ce mois s'appuie sur 158 articles parus dans la presse quotidienne française et relatifs à 26 pays d'Afrique noire.

 

Extranéité (Le Figaro,08/10)

C'est la Côte d'Ivoire, cet état présenté comme " le pays le plus avancé d'Afrique de l'Ouest " (La Tribune, 15/10) qui, par le nombre d'articles dont il fait l'objet, constitue le premier sujet d'actualité développé par nos quotidiens (23 articles). Les prémices des élections présidentielles qui auront lieu l'an prochain suscitent dès à présent "une nouvelle montée des tensions politiques" (Les Echos, 29/10). Le "procès d'extranéité" (Le Figaro, 08/10), intenté à l'encontre du candidat A. Ouattara a, il est vrai, provoqué des "émeutes" ( Libération 29/10). Dans une interview accordée à Libération (12/10), H.K. Bédié, président en exercice de la Côte d'Ivoire, estime que "la démocratisation s'est faite trop vite". En outre, "le retour d'une mission du FMI est vue par certains comme un appui de la communauté internationale à HK. Bédié face à A. Ouattara" (La Tribune, 07/10). Quoiqu'il en soit, ces événements ont provoqué des "turbulence[s]" (Le Monde, 08/10) ; "la rivalité entre Bédié et Ouattara pourr[ait] [en effet] être lourde de menaces politiques, techniques et religieuses pour le pays et pour l'Afrique de l'Ouest, la Côte d'Ivoire étant l'un des garants de sa stabilité" (La Croix, 29/10)

 

Conférence de paix (Le Figaro, 28/10)

Tandis que l'Ouganda, ce "modèle écorné" (Libération, 17/10), "dev[ait] comparaître devant la Cour de Justice Internationale le 19/10" (La Croix, 07/10), que l'on évoque le "Grand Rwanda" s'agissant de "l'expansion territoriale" de ce pays (La Croix, 06/10) et que le Zimbabwe doit "justifier ses dépenses" militaires, sur demande du FMI, pour le concours apporté au gouvernement de Kinshasa, "la société civile congolaise [quant à elle] demande la paix" (La Croix, 20/10). Si "l'idée d'une conférence de paix sur les Grands Lacs apparaît comme la seule plate-forme possible, elle ne séduit pas [pour autant] Washington" (Le Figaro, 28/10). Même si la visite en RDC du Ministre Délégué à la Coopération, C. Josselin, marque les "retrouvailles Paris-Kinshasa" (Le Figaro, 23/10) et que "Paris et Bruxelles veulent coordonner leur politique" (Le Monde, 29/10) sur cette zone "victime d'incessants conflits" (La Croix, 06/10), le Congo, où "Kinshasa et les rebelles s'accusent mutuellement de préparer une offensive générale" semble à nouveau emprunter le "sentier de la guerre" (Le Monde, 11/10)… 20 articles sont consacrés à ces évolutions au mois d'octobre.

 

Intransigeance sud africaine (Le Figaro, 29/10)

Bien que l'Afrique du Sud fasse rarement la une des colonnes de nos quotidiens à l'occasion d'un unique événement comme ce peut être le cas pour les pays en conflit, c'est pour l'essentiel à l'accord de libre-échange avec l'Union Européenne que se sont intéressés les 19 articles relatifs à cet Etat austral. Cet accord obtenu "à l'arraché" (Les Echos, 12/10), considéré comme un "acquis capital pour l'Afrique du Sud" puisqu'il concerne 40% des échanges de ce pays (contre 1,5% des échanges de l'UE) à de nouveau été "bloqué" (La Tribune, 28/10). L'Afrique du Sud, n'ayant pas présenté de garanties suffisantes sur le volet vins et spiritueux de l'accord, a été taxée, en la circonstance, d'intransigeance. Reste que ces négociations permettent à l'UE "d'expérimenter un accord qui dessine, par l'inclusion des produits agricoles et par sa réciprocité, les contours de l'après-Lomé" (La Tribune, 12/10)

 

Le nouvel ordre africain (La Croix, 27/10)

Notons que "le Conseil de Sécurité s'est félicité du bon déroulement" des présidentielles en Centrafrique (Libération, 01/10), que "le Niger renoue avec la démocratie par une présidentielle à 7 candidats" (La Croix, 19/10) et que J. Savimbi, chef de file de l'Unita, "a proposé une trève" (Le Monde, 08/10) dans le conflit qui l'oppose au gouvernement angolais. Retenons de plus l'envoi de troupes onusiennes de maintien de la paix en Sierra-Leone (Le Monde, 25/10) et le repentir des chefs de la rebellions, F. Sankoh et JP. Koroma qui "ont imploré le pardon de la population" (Le Monde 06/10).

Au total, un peu plus d'un article sur trois peut être considéré comme afro-pessimiste. Par rapport au mois précédent qui comptait le même le nombre d'articles et une proportion similaire d'articles signés, on constate donc une sensible amélioration.

 

Processus d'adaptation (Le Figaro, 18/10)

"Le chassé croisé franco-américain en Afrique" (Le Figaro, 18/10) engendré par les visites concomitantes des Ministres et secrétaires d'état respectifs de la France et des Etats-Unis en Afrique noire francophone, anglo-phone et lusophone, ont mis en évidence la volonté de chacun de ces états d'exercer "une influence globale en Afrique". "Si le voyage de Mme Albright est placé sous le signe de l'intégration de l'Afrique à l'économie mondiale, de la promotion du commerce et de l'investissement, de la démocratie, des Droits de l'Homme et de la résolution des conflits, celui de C. Josselin vise à mieux se positionner pour développer l'influence de la France sur le continent". Et un communiqué de préciser que "Paris est en plein processus d'adaptation" (Le Figaro, 18/10). Rappelons que, s'il y a deux ans, l'Afrique centrale ne jurait que par les Etats-Unis, "grand ordonnateur du nouvel ordre africain" (La Croix, 27/10), "la France reprend dorénavant pied dans l'Afrique des Grands Lacs" (Ibid). Soulignons enfin que la France associera l'Afrique aux négociations de l'OMC. En effet, la France "a besoin de l'Afrique pour soutenir l'exception culturelle" (Le Figaro, 12/10) au sommet de Seattle.

Nicolas Fontang


En Bref

A Lire
Pétrole et éthique une conciliation impossible ? Le rapport de la mission parlementaire d'information sur le rôle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et son impact social et environnemental est fort intéressant. Les trois députés de la mission livrent là le résultat d'une enquête passionnante sur les pratiques des multinationales et sur les complicités et passivités dont elles ont bénéficié au nom des intérêts suprêmes de la nation. L'Afrique n'a pas été épargnée par ces pratiques qui ont fait rimer production pétrolière avec non-développement, atteintes à l'environnement, concussion, achats d'armes et guerres civiles. Gageons que la mise en lumière de ces pratiques et leur dénonciation par une commission parlementaire inciteront la nouvelle société née de la fusion ELF-TOTAL à se montrer plus respectueuse des règles de l'éthique et de la morale.

Ce rapport qui a été diffusé à la presse, par l'Assemblée Nationale, sera prochainement édité par la Documentation Française.

 

A Voir
Mobutu, roi du Zaïre à l’Espace St Michel. Ce film remarquable retrace à partir de documents d’archives la longue marche vers le pouvoir absolu d’un homme intelligent et ambitieux qui a su incarner la fierté d’un peuple qui venait de recouvrer sa dignité avec l’indépendance. Mais qui n’a pas su échapper au piège de la richesse et de la toute-puissance, avec la complicité intéressée et sous l’oeil amusé des grands de ce monde. Un chapitre d’histoire et une tragédie shakespearienne.

 

Chez nos partenaires

 

 

 

 

 

 


Présentation générale | Activités et partenariats | Les Lettres de la CADE | Contacter la CADE | Liens