Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE


Débat du mois : Nations et Etats. Peuples et frontières

 

Sommaire :


Editorial

Le récent accident survenu aux chemins de fer britanniques à ouvert un débat passionné sur le caractère indispensable du rôle de l'Etat dans nos sociétés démocratiques et nos pays développés. Celui-ci reste en définitive le seul garant de leur sécurité, sécurité extérieure, évidemment, mais aussi sécurité intérieure, celle des citoyens dans tous les actes de leur vie quotidienne. Or dans la plupart des pays africains, la sécurité sous toutes ses formes est une tâche que l'État remplit mal, ou même plus du tout. La capacité de l'État à remplir ses missions est donc au cœur des problèmes auxquels sont confrontées les populations africaines et la communauté africaine.

Sa refondation devrait être une priorité. Et pourtant, L'Etat africain a mauvaise presse, précisément parce qu'il ne remplit pas ses tâches premières. C'est se tromper de cible que de mettre en cause les nations africaines aux motifs que leurs frontières seraient arbitraires et leurs peuples composés d'ethnies. La question qui se pose aujourd'hui est de savoir comment faire fonctionner l'État en Afrique, sur quelles bases politiques, pour quelles missions, avec quels moyens financiers et humains. Tâche immense mais essentielle que la Banque mondiale et le FMI ont parfaitement reconnue en imposant la bonne gouvernance. Le succès de ce terme franglais ne doit pas nous dispenser d'y réfléchir et d'en prendre toute la mesure dans nos relations avec l'Afrique.

Parmi les tragédies que vit l'Afrique aujourd'hui, les guerres et la réapparition des grandes endémies, la menace du Sida, sont la conséquence de la mal gouvernance et de la pauvreté, qui sont les manifestations les plus graves du sous-développement.

Que faire ? A une certaine indifférence des partenaires étrangers des pays africains attachés aux vertus du dialogue bilatéral, il faut opposer une politique plus exigeante. En effet, on ne peut ignorer le non respect de la loi, le non respect des droits de l'homme, l'impossibilité pour bon nombre d'acteurs de la société et de l'économie africaine et des Etats africains de s'exprimer et de prendre part aux décisions qui les concernent.

La récente décision de la "De Beers" d'arrêter tout achat de diamant en provenance d'Angola afin de mettre fin au financement de la rébellion de l'Unita est une illustration des responsabilités extra-africaines dans les conflits africains dont les achats d'armes sont financés par les ventes de pétrole, de minerai, de pierres précieuses, de bois. Mais les embargos et les boycotts ne peuvent à eux seuls faire fléchir des gouvernants installés dans le pouvoir et qui entendent bien y rester le plus longtemps possible. Il faut une forte poussée de la société civile, en fait une mobilisation politique, ayant une très large assise populaire et capable de pousser au premier plan et d'appuyer des hommes nouveaux et des pratiques nouvelles.

C'est bien notre rôle que d'essayer de comprendre cette situation et de chercher en quoi nous pouvons contribuer à cette évolution de l'Afrique : notre première rencontre-débat consacrée à l'État en Afrique a montré que la mondialisation, l'ouverture des frontières et des marchés rendent urgente et nécessaire la refondation des États africains. Leurs missions devront être redéfinies et leur organisation articulée sur une société civile vivante, parfois sur des autorités traditionnelles, car l'heure n'est plus aux facilités et aux illusions du tout-Etat. Cela passe d'abord par un Etat qui laisse une place aux collectivités territoriales, aux organisations socioprofessionnelles, aux associations de citoyens et qui sache motiver et rendre efficace une administration au service du bien commun.

La CADE


Etats, nations, peuples et frontières en Afrique

(Compte-rendu de la rencontre-débat du 06 octobre 1999)

Quelle est la réalité et l'actualité des notions que recouvrent les mots d'Etat, de nation, de peuple et de frontière dans le cas de l'Afrique au sud du Sahara? Les deux premiers termes ont été "importés" depuis à peine cent ans, ils n'ont une dimension et une reconnaissance internationales que depuis une quarantaine d'années. Les deux derniers avaient dans l'Afrique précoloniale un sens très différent de ce qu'il est aujourd'hui, dans une approche "moderne", fortement influencée par des concepts occidentaux.

Deux intervenants ont ouvert le débat : le premier d'un point de vue théorique, en le replaçant dans la durée et en le situant par rapport à l'évolution actuelle de ces concepts au niveau mondial, le second en "praticien" ayant vécu les premières heures de l'accession des pays africains à la souveraineté internationale, puis ayant exercé pendant de nombreuses années des responsabilités politiques ou régionales.

Bertrand Badie, professeur des Universités, auteur de L'Etat Importé (1994), de la Fin des Territoires (1995) et d'Un monde sans souveraineté (1999), est intervenu le premier. Il s'est tout d'abord attaché à clarifier le sens des mots : dans son acception la plus large, "système politique organisé", l'Etat est un phénomène universel, géographiquement et dans le temps.

 

L'Etat-nation, produit de l'histoire

L'Etat dont on parle le plus couramment est le système politique tel qu'il a été conçu et organisé en Occident : il a une histoire spécifique, qui remonte au début de l'ère moderne, il est lié à une culture et à l'évolution politique, sociale et économique des sociétés d'Europe de l'Ouest ; il est issu d'un mouvement d'émancipation du roi face aux féodaux, à l'empereur et au pape en même temps qu'il est un instrument d'adaptation à des économies rurales et marchandes affranchies des tutelles féodales. Il prend modèle sur la théorie et la pratique du centralisme et de la souveraineté de l'Eglise romaine. Il est enfin théorisé (cf. le "Léviathan" de Thomas Hobbes) : l'Etat est décrété inévitable, parce que fonctionnel et rationnel, et fondé sur un contrat, dans la mesure où il suppose un abandon de liberté individuelle en échange de la sécurité.

Cet Etat fait actuellement l'objet de réflexions, voire de remises en cause, car l'on assiste à l'affaiblissement et à la disparition progressive de la souveraineté, qui est l'un de ses attributs traditionnels.

C'est également cet Etat, ce modèle qui a été exporté dans d'autres sociétés, dans d'autres cultures. Ce qui appelle à s'interroger sur la pertinence de ce transfert.

Aussi bien de façon générale que dans le cas de l'Afrique, on doit donc se poser la question de savoir si la création de l'Etat est la seule réponse au besoin de contrat social et de sécurité. L'Etat n'est légitime et incontournable que s'il se prétend universel. Or il existe d'autres réponses rationnelles : la démarche communautaire, qui repose sur d'autres solidarités (le clan, la famille, l'ethnie, différentes formes d'association...) peut apporter des réponses éventuellement satisfaisante ; on la voit, de fait, se manifester de façon dynamique dans beaucoup de régions où l'Etat est en situation d'échec. On constate également, au moins dans certaines régions telles que l'Amérique du Nord, que des stratégies d'association, de coalition sont compatibles avec un certain degré d'individualisme.

 

L'Etat-nation, produit d'exportation

Pour en venir à l'Afrique, l'Etat, tel qu'il vient d'être évoqué, appartient à un passé éminemment récent.

"L'exportation" de l'Etat est un mode de "clientélisation". Mais sans "importateur", il n'y a pas "d'exportateur". Il importe donc de comprendre la sociologie et la psychologie des élites africaines "importatrices", séduites par l'idéologie occidentale ou par sa contestation marxiste (ce qui revient au même en ce qui concerne le concept même de l'Etat "importé").

Outre que la stratégie d'importation obéit à cette attirance pour le "modèle", elle devient, de fait, une stratégie de clientélisation sur le plan interne, dans la mesure où elle donne une légitimité à la prétention des dirigeants à diriger, puisqu'ils sont les premiers, voire les seuls, à savoir l'utiliser. Mais il apparaît des risques considérables de dysfonctionnement : le "client" qui ne comprend pas peut faire confiance au "patron", il peut aussi se réfugier dans le refus ou dans l'évasion vers d'autres solidarités ; le "patron" doit alors faire jouer des réseaux de substitution (népotisme, confiscation et redistribution partielle de la rente prélevée sur l'Etat ou sur l'économie...) ; il se sent en tout cas justifié à refuser dans l'immédiat toute forme de démocratie et à la reporter à une "après transition" lointaine. D'où des raisons supplémentaires pour les "assujettis" de se transférer dans d'autres cadres, d'autres substituts de solidarité ou de communauté que l'Etat (la religion, l'ethnie...), plus porteurs d'une identité compréhensible.

Ces phénomènes sont aggravés par le sous-développement et la dépendance des pays vis-à-vis du reste du monde.

Actuellement, les bailleurs de fonds, notamment la Banque Mondiale, réhabilitent l'Etat à travers des recommandations de "bonne gouvernance", qui consistent non pas à le rétablir dans son omnipotence, mais à lui faire jouer son rôle de régulateur.

De fait, il a fallu six siècles à l'Europe pour construire l'Etat, alors qu'elle avait la maîtrise de son histoire. L'Afrique a commencé sa construction de l'Etat il y a à peine quarante ans, alors qu'elle court après une histoire qu'elle ne fait pas. En outre, cette évolution se produit dans un contexte où la mondialisation conduit à l'interdépendance ; les problèmes de développement, d'environnement, de droits de l'homme sont de plus en plus considérés comme relevant d'une responsabilité collective devant laquelle les Etats doivent s'incliner. C'est d'ailleurs ce qu'ont bien compris de nombreux Etats du "tiers-monde" dès après Bandoung, en formulant des messages de coopération autant que de souveraineté et d'indépendance.

 

M.Paul Kaya a exercé peu après l'indépendance de son pays et tout récemment des respon-sabilités ministérielles ; il a été pendant de nombreuses années secrétaire général du Fonds de Garantie du Conseil de l'Entente (organisation régionale regroupant la Côte-d'Ivoire, le Burkina-Faso, le Niger, le Togo et le Bénin).

 

Des frontières coloniales aux frontières nationales

Après s'être félicité de participer à ce débat et avoir encouragé la CADE à poursuivre son action, il se propose de traiter le thème de la rencontre tel qu'il l'a vécu. Il rappelle que les frontières africaines, arbitrairement fixées en 1885 au Congrès de Berlin, sont depuis lors restées intangibles entre les colonisateurs, sauf quelques ajustements dans les années qui ont précédé la première guerre mondiale. En revanche, à l'intérieur de ces grands cadres, les colonisateurs ont dessiné des circonscriptions administratives en fonction de considérations d'abord administratives. Dans le cas de la France, seules les grandes Fédérations de territoires (A.O.F, A.E.F., Madagascar) ont conservé leurs frontières, à l'intérieur desquelles le nombre et la délimitation des circonscriptions ont pu varier. Les populations africaines ne pouvaient donc guère comprendre ces frontières artificielles et restaient attachées à d'autres valeurs, comme celle de l'ethnie.

Cependant, l'école, en particulier celle qui formait les cadres moyens (William Ponty, par exemple), a apporté à ceux qui en sortaient une nouvelle conscience de l'organisation du territoire, d'autant plus qu'ils étaient appelés à servir hors de leur pays d'origine, sur l'ensemble des Fédérations.

 

Un parcours du combattant

L'intervenant rappelle que lui-même et ses parents ont d'abord été des "sujets" français, puis qu'ils sont devenus citoyens de l'Union Française. Mais le processus de fixation des Territoires et leur accession à une ébauche d'organisation politique interne débouchant sur l'autonomie ont inversé la tendance. Il y a eu d'une certaine façon un renfermement sur les questions de gestion locale et sur la satisfaction des besoins les plus proches. C'est dans le cadre des anciens Territoires que se sont créés les Etats autonomes, puis indépendants.

Ces Etats sont vulnérables, parce que les solidarités sur lesquelles ils reposent sont incertaines et que d'autres présentent plus de réalités pour les populations (l'ethnie, dont il a déjà été question, mais d'autres plus inattendues : l'intervenant rappelle le rôle du sport dans la construction "identitaire").

Vulnérables aussi, parce qu'ils sont absents des endroits où se prennent les décisions à l'heure de la mondialisation, qu'ils subissent plus qu'ils n'en bénéficient.

Pour Paul Kaya, les responsables politiques savent ce qu'est gouverner un pays moderne. Il leur manque les outils nécessaires, tant sur le plan interne que dans le contexte international.

 

DISCUSSION

Une première question concerne l'intérêt ou les risques, pour l'Afrique, avec ou sans Etat, de la mondialisation.

La notion de mondialisation ne saurait se limiter à sa seule dimension économique ; elle est plus vaste et, en ce sens, porteuse d'effets positifs. Elle abolit la distance, par là même elle enlève à la fonction politique son rôle de médiation nécessaire : les individus, les groupes peuvent communiquer directement entre eux, alors qu'auparavant l'intermédiation de l'Etat était indispensable. L'Afrique peut gagner beaucoup à cette "immédiateté" : une grave crise africaine peut avoir des effets rapides dans le "quotidien" des populations d'autres régions du monde, et cela se sait rapidement. Cette nouvelle solidarité transnationale peut favoriser des associations partenaires qui trouvent à s'y insérer.

La mondialisation a, de ce point de vue, des effets positifs. La grande question qu'elle soulève, la "bataille" actuelle, concerne son "institutionnalisation". L'OMC, par exemple, n'est pas d'abord un instrument du libéralisme échevelé : il vise à "contractualiser" la mondialisation.

 

Un autre participant s'interroge sur le rôle de la régionalisation par rapport à la mondialisation.

La construction régionale est certainement un élément d'équilibre et de régulation, mais elle n'est cependant pas sans risque de conflits d'intérêts et de priorités. Dans le contexte actuel, elle ne parait pourtant crédible et viable que dans les espaces économiquement les plus développés. Dans le cas de l'Afrique, seule la SADC pourrait préfigurer un rassemblement régional de même nature que ce que l'on voit à l'œuvre en Europe ou en Amérique du Nord ou du cône Sud, en raison de la présence de l'Afrique du Sud. Ailleurs sur le continent, même le Nigeria ne parait pas disposer de la capacité de constituer le noyau d'un regroupement régional.

Pour M. Kaya, l'intérêt premier de la régionalisation est de permettre la création de marchés intérieurs importants, ce qui la rend nécessaire. Cependant, il lui faut une "locomotive". Il cite l'exemple de la CEAO, qui peut s'appuyer sur la Côte-d'Ivoire et le Sénégal.

Un participant rappelle qu'il ne peut y avoir de régionalisation sans la construction préalable de l'Etat, point de vue partagé par Bertrand Badie. L'Afrique a besoin d'une réforme institutionnelle profonde. Il n'y a pas de raison de considérer le processus de détérioration politique, trop fréquente sur ce continent, comme une fatalité à laquelle il faudrait se résigner. Mais ceux qui tiennent les clefs de cette réforme sont souvent ceux qui en ont peur.

Un intervenant demande ce qu'il faut penser des acteurs locaux dont les logiques font pièce à celles de l'Etat ainsi qu'on le voit dans l'économie populaire et dans le renoncement à une fiscalité officielle. M. BADIE répond que l'innovation ne peut pas seulement venir "du bas", et que c'est bien, à tout le moins, de complémentarité qu'il faut parler. En effet, s'il n'y a pas régulation au niveau de l'Etat, voire si celui-ci ne joue pas son rôle d'impulsion, les "logiques" des acteurs locaux se brisent sur le mur du politique. La politique et donc l'état ne peuvent pas être mis entre parenthèses.

Un participant, qui a, comme P. Kaya, vécu la création de "l'Etat-Nation" en Afrique, se reconnait dans son exposé. Il estime qu'un organisme centralisateur moderne est nécessaire, mais qu'il reste à combler un fossé entre lui et les structures traditionnelles. Il pense que les dirigeants ont commis une faute lourde lorsqu'ils se sont abrités derrière le tribalisme ou lorsqu'ils l'ont utilisé. L'ethnie reste d'actualité au moment où les Etats doivent gérer la mondialisation.

 

CONCLUSIONS

Une rencontre-débat sur un sujet aussi vaste ne peut avoir l'ambition de l'épuiser ni d'apporter de certitudes définitives. On retiendra cependant que c'est bien l'Etat dans sa conception occidentale qui a été importé dans une Afrique autrefois organisée sur des bases totalement différentes. Si cette importation a d'abord été imposée, elle a rapidement été acceptée par les nouvelles élites, formées à l'école des colonisateurs, qui se la sont appropriée au moment des indépendances et qui ont cru souvent que l'Etat serait l'instrument privilégié du développement de leur pays, ainsi que le gage de la construction des nouvelles nations.

La communauté internationale est elle-même construite sur des rassemblements d'Etats, seules entités reconnues comme détentrices de la souveraineté des peuples. A moins de s'isoler de cette communauté (ce qui n'est guère possible dans le contexte actuel de mobilisation), la seule façon d'y participer est de passer par l'Etat.

La crise que connaît celui-ci n'est pas de même nature selon les continents et le niveau de développement. Dans le cas de la plupart des pays développés, il s'agit de définir une répartition nouvelle des rôles, notamment dans le domaine économique et au sein de regroupements régionaux plus vastes : cela appelle des redéfinitions de la souveraineté et des lieux de décision, mais ne remet pas en cause le principe même de l'Etat. Dans le cas de l'Afrique, la crise semble plus profonde : elle est soumise à des contraintes similaires, mais elle n'a pas achevé son appropriation, sa "naturalisation" de l'Etat importé ; celui-ci n'a pas encore trouvé le bon équilibre entre l'exercice de la souveraineté internationale, son rôle de "régulateur" de la vie sociale et économique et l'indispensable autonomie des acteurs de celle ci, seul véritable critère d'une vraie démocratie. Les dirigeants des Etats africains ont commis à tout le moins des erreurs (qui, malheureusement, ont conduit dans de nombreux cas à la perversion de la notion même d'Etat et à sa faillite) : peut-être aussi les sociétés concernées n'étaient-elles pas suffisamment préparées à rentrer dans ce cadre.

Il n'y a pas lieu pour autant de décréter la "mort" de l'Etat africain, ne serait-ce que parce qu'il ne parait pas exister de solution alternative crédible. D'autre part, un retour sur l'histoire de l'Etat, par exemple en Europe, montre qu'il ne se crée pas rapidement et qu'il est facilement remis en cause. Il serait donc peu équitable de ne pas laisser le temps aux peuples africains de s'approprier leur version africaine de l'Etat. Ceci dit, comme l'a fait remarquer l'un des intervenants, le temps est compté, il impose à l'Afrique un rythme auquel elle ne peut échapper si elle veut survivre et prendre toute sa place dans le monde moderne.


Nations et Etats, Peuples et Territoires en Afrique - Bibliographie

 

- Afrique, la fin du Bas Empire. No spécial. Limes, 3, 1997.

- Afrique : Les identités contre la démocratie ? No spécial. Autrepart, 10, 1999.

- Afrique : regards croisés, regards pluriels. No spécial. Diogène, 184, 1998.

- Besoin d'Etat. Dossier. Politique africaine, 61, mars 1996.

- AMSELLE, Jean-Loup, M'BOKOLO, Elikia, dir. : Au cœur de l'ethnie : Ethnie, tribalisme et Etat en Afrique. La Découverte, 1999 (Poche)

- BADIE, Bertrand : Un monde sans souveraineté. Fayard, L'Espace du politique, 1999.

- BADIE, Bertrand : La fin des territoires. Fayard, 1995.

- BAYART, Jean-François : L'Etat en Afrique. Fayard, 1989.

- BAYART, Jean-François : L'illusion identitaire. Fayard, L'espace du politique, 1996.

- CHRETIEN, Jean-Pierre, PRUNIER, Gérard, dir. : Les ethnies ont une histoire. Karthala, ACCT, 1989.

- DALOZ, Jean-Pascal, QUANTIN, Patrick, ed. : Transitions démocratiques africaines. Karthala, 1997.

- GEMDEV : Les avatars de l'Etat en Afrique. Karthala, 1997.

- IGUE, Ogunsola John : Le territoire et l'Etat en Afrique: Les dimensions spatiales du développement. Karthala, 1995.

- MAPPA, Sophie : Pouvoirs traditionnels et pouvoir d'Etat en Afrique : L'illusion universaliste. Karthala, 1998.

- MARTIN, Denis-Constant, dir. : Nouveaux langages du politique en Afrique orientale. Karthala, IFRA, 1998.

 

Anne Malécot

 


Le parcours du combattant des élites africaines

Au cours du débat du 6 Octobre 1999 sur les Etats en Afrique, le ton humain et chaleureux de l'intervention du Ministre Paul Kaya a frappé les participants. C'était le "cri du cœur" d'un enfant de l'Empire français, né sujet français au Congo Brazzaville, devenu après la guerre 1939-45, citoyen de l'Union Française (une Union qui faisait siéger des députés africains à l'Assemblée Nationale française).

"Entre 1945-46 et 1958-60, je pouvais, disait-il, envisager de faire une carrière de Brazzaville à Dakar ou Abidjan, à l'intérieur de la Fédération de l'AOF" : cette courte période s'est terminée en 1958-60, par les autonomies (Loi Cadre et Communauté française), puis les indépendances : l'enfant né dans l'Empire français, devenait citoyen de son seul "Territoire" devenu Etat-Nation.

On peut deviner les énormes efforts d'adaptation et de recherche de leur identité que ces élites ont dû faire pour s'adapter à un monde qui a évolué très vite, aux tribulations successives de la formation des Etats, et aujourd'hui, à "l'irruption" de la mondialisation.

Il n'est pas inintéressant que Monsieur KAYA ait cité le sport, activité, que d'aucuns pourraient juger mineure, comme ayant joué un rôle considérable dans la construction des identités nationales, et donc de celles des élites.

Aujourd'hui, ces cadres africains, au bout de leurs parcours professionnels, se retrouvent sur la touche, soit pour des raisons politiques, soit pour des raisons de réduction d'effectifs, alors qu'ils ont la conviction qu'ils pourraient rendre d'utiles services à leur pays.


La 9ème Conférence générale de l'EADI

La 9ème Conférence générale de l'EADI Association européenne des instituts de recherche et de formation en matière de développement s'est tenue à Paris du 22 au 23 septembre dans les locaux des Universités de Paris à la Seine Saint-Denis . Ce grand rendez-vous des chercheurs et des universitaires européens auxquels se sont joints des experts, des responsables politiques et administratifs, des représentants des ONG, a été accueilli par le GEMDEV dont les récents travaux sur les relations nord-sud avaient en quelque sorte préparé la conférence dont le thème était : L'Europe et le Sud à l'aube du 21ème siècle : enjeux et renouvellement de la coopération.. Cette conférence de l'ÉADI a été l'occasion de faire le point de l'état des connaissances, des idées, et des politiques de développement. Au moment où la France réforme les structures de sa coopération publique, où l'Union européenne renégocie avec les ACP un accord appelé à remplacer les accords de Lomé, alors que chacun s'interroge sur le bien fondé et l'efficacité des politiques d'aide au développement et plus particulièrement sur l'aide à apporter à l'Afrique subsaharienne, cette revue était la très bienvenue.

Les exposés introductifs de Jean-Jacques Gabas, de Helen O'Neil et de Pierre Lesourne ont donné la mesure des changements intervenus dans le domaine des relations internationales et dans la théorie et la pratique du développement et de la coopération au cours des dix dernières années. Les décolonisations et la fin de la guerre froide ont ouvert le jeu international par la multiplication et la complexification du jeu des acteurs internationaux traditionnels que sont les États, par l'apparition de nouveaux acteurs que sont les grandes entreprises, les ONG, les mafias, les médias et l'opinion publique. L'ouverture des économies et des marchés, la concurrence, les privatisations redessinent un nouvel ordre économique, un nouveau système dont les chercheurs, les États et les ONG tentent de comprendre les règles et d'apprécier les effets. La centaine de communications qui furent présentées dans les 25 groupes de travail ateliers et les dix conférences semi plénières ont abordé la plupart des questions auxquelles sont confrontées les politiques du développement et de la solidarité internationale : la paix et la prévention des conflits, la mondialisation économique et financière, les migrations, la société civile et la coopération décentralisée, la recherche et la documentation. Nous attendrons d'avoir la totalité des interventions pour identifier les grandes questions auxquelles tentent de répondre les chercheurs du développement.

D'ores et déjà une remarque : la très discrète participation des chercheurs français. Il est surprenant et regrettable qu'à l'exception des universitaires du GEMDEV, les chercheurs des organismes publics, et en particulier de l'IRD, aient été si discrets.

Un thème a retenu notre attention, celui de la société civile en Afrique, qui a fait l'objet d'une communication fort riche d'un chercheur domicilié en Autriche sur la lutte pour l'espace politique au Zimbabwe. L'auteur pense que le concept de société civile est devenu opératoire en Afrique, moyennant une élargissement de son rôle. La société civile a rempli au Zimbabwe le vide laissé par l'absence d'opposition active dans un régime autoritaire à parti unique. Aujourd'hui, la société civile dépasse très largement la sphère politique et elle remplit des fonctions sociales très variées, qui la font dépendre de financements provenant de l'étranger et/ou qui lui font courir le risque d'être utilisée ou récupérée par l'État.


L'Afrique du Sud après Mandela

Il est bien difficile de se faire une opinion sur ce qui va se passer en Afrique du Sud dans les mois et les années à venir tant est encore prégnante l'image exemplaire que le Président MANDELA a donné de son pays, devenu par son charisme et par les vertus de l'ANC un modèle de transition démocratique.

La journée d'étude organisé par le CERI le 6 Octobre dernier a confirmé cette impression. Denis Constant Martin a montré de façon très convaincante que les élections du 2 Juin 1999 qui se sont passées dans des conditions tout à fait satisfaisantes de participation et de transparence, n'avaient pas réellement offert de choix aux électeurs, étant donné l'héritage historique de ce parti et de son poids politique et gouvernemental. Il interprète quant à lui cette victoire massive de l'ANC qui a remporté 194 sièges sur 400 et qui contrôle 7 régions sur 9, comme un vote de mécontentement contre les lenteurs du programme RDP de rattrapage social, contre l'échec de la politique économique libérale, qui a fait disparaître 500 000 emplois, contre l'insécurité, la corruption et les nouveaux privilèges.

En fait, la grande inconnue est la capacité de l'ANC à relever ces défis que le corps électoral lui a rappelés et à accepter un débat démocratique en son sein ou au sein de l'Alliance, sur la politique économique, sur la politique de l'éducation, et sur bien d'autres sujets sensibles, comme l'éducation ou l'administration de la justice. Malheureusement, les intervenants Sud-Africains qui ont eu ensuite la parole ont beaucoup plus énoncé leur foi dans la nouvelle Afrique du Sud qu'apporté des arguments de nature à la faire partager. Il faudra sans doute attendre encore un peu, et peut-être se mettre à l'écoute d'autres voix, pour savoir ce qui se trame derrière la toute puissance de l'ANC et le lyrisme de la renaissance africaine de Thabo Mbeki.

P.S. : La Cade consacrera sa rencontre-débat de janvier 2000 à ce même sujet.


Les relations franco-britanniques en Afrique

 

"Nous nous sommes mis d'accord avec les Français pour travailler ensemble en Afrique. Nous avons maintenant les mêmes objectifs"

"Lorsque Robin Cook et Hubert Védrine se sont rendus ensemble en Afrique cette année, ce fut un événement authentiquement historique, car il marquait la fin de plus de 150 années d'une rivalité qui n'était bonne pour personne"

(Extrait d'une allocution de Peter Hain, Ministre Adjoint du Foreign and Commonwealth Office, lors d'un colloque à Wilton Park, le 13 septembre 1999).

Nous reviendrons sur ce discours dans une prochaine Lettre de la CADE.


Le baromètre de la CADE

(septembre 1999)

Le baromètre du mois de septembre qui marque, selon la latitude, le début de l'automne ou la fin de la saison des pluies, totalise 160 articles : il s'agit du mois de l'année au cours duquel, jusqu'à présent, il a le plus été question de l'actualité africaine.

"N'oubliez pas l'Angola" titre un article du Monde (04/09) : c'est à coup sûr une prescription que les principaux quotidiens français ont suivi puisque c'est au conflit qui oppose les forces gouvernementales angolaises aux rebelles de l'Unita que le plus grand nombre d'articles est consacré ce mois-ci (une quinzaine). En effet, il est fait état des "revers" (Le Monde, 04/09) essuyés par l'Unita qui, sujette aux "assauts de l'armée" (Libération, 28/09) est "menacée en son fief" (Le Figaro, 30/09). Tandis que l'organisation rebelle "alimente [illégalement] le marché du diamant à Anvers" afin d'entretenir son artillerie (Le Monde, 19/09) le gouvernement, quant à lui, devrait envisager le financement de ses opérations militaires avec plus de sérénité (!) si l'on considère la manne pétrolière off-shore de près de "3 milliards de barils" (Le Figaro, 29/09), "l'équivalent de 3 gisements de Lacq" (Le Monde, 29/09) que TotalFina Elf a localisé en Angola…Le Figaro (30/09) rapporte que "l'Angola se trouve une nouvelle fois dans l'impasse" ; Libération (02/09), de son côté, estime que "la guerre civile va durer".

 

"Etats Savane" (Libération, 31/08)
Sur le plan politique, ce sont les élections présidentielles en Centrafrique - qui se sont déroulées "dans le calme" (Le Monde, 21/09) et le cessez-le-feu auquel sont parvenues les diverses factions de la rébellion en RDC - "un [véritable] espoir pour l'Afrique" (La Croix, 02/09) - qu'a retenu la presse quotidienne hexagonale. L'information judiciaire ouverte, en Côte d'Ivoire, à l'encontre de Alassane Ouattara a elle aussi suscité de nombreux commentaires. Cette "querelle de sang" (Le Figaro, 18/09) qui oppose ce candidat à la magistrature suprême, au président en exercice ne devrait cependant pas remettre en cause "l'accalmie politique" (Le Monde, 19/09) dans le pays.

Nous retiendrons aussi que "les ONG quittent la Somalie" (Le Monde, 22/09) suite à l'assassinat d'un médecin et que "la Banque Mondiale a suspendu l'ensemble de ses crédits au Niger" (Le Figaro, 27/09).

Un article de fond relatif à la "tragédie congolaise" (Libération, 31/08) rappelle que "la colonisation pas plus que le tribalisme ne suffit à expliquer les troubles qui minent [parfois] la politique africaine contemporaine" et que, par conséquent, les "états savane", le déclin de l'Etat ou "l'après culture" ne sont pas de leur seul fait…

 

"La première maladie d'Afrique" (Le Monde, 15/09)
En Septembre, les grands quotidiens se sont surtout attelés à des considérations qui dépassent les frontières des seuls états. C'est ainsi que l'on compte une dizaine d'articles relatifs au sommet extraordinaire de l'OUA ; il en est de même sur l'étendue du Sida en Afrique à ceci près qu'il s'agit souvent, concernant le Sida, d'articles d'une page et plus. On parle à ce sujet de "déroute" (Le Figaro, 15/09) ; le Sida est en effet "devenu la première cause de mortalité en Afrique" (Le Monde, 14/09) susceptible selon les dires "d'anéantir les rares acquis du développement en Afrique" (Le Monde, 16/09) ; et Libération (15/09) d'ajouter: "Africains, les damnés du Sida".

 

"Les Etats-Unis d'Afrique du XXI siècle" (M. Kadhafi)
Pour sa part, le sommet de l'OUA semble avoir marqué les esprits tout autant pour son objet, en l'occurrence le réexamen de la charte de l'Organisation, que pour le projet d'"union africaine" (Les Echos, 10/09) porté par M. Kadhafi. Une fois de plus, cet événement est l'occasion de remarquer combien les ensembles africains, d'un côté et de l'autre du Sahara, sont parfois mus par de communes aspirations…

Globalement, un article sur deux (soit 80 articles) reste pessimiste quant à l'avenir du Continent noir.

 

"Les atouts méconnus de la nouvelle Afrique" (Le Monde)

L'Afrique connaît pourtant une "augmentation des flux de capitaux" (Les Echos, 03/09). A titre d'exemple, "l'aide française s'allie aux capitaux américains" (Le Figaro, 30/09) dans le cadre de l'American Infrastructure fund ; "ce financement [privé] se fait à l'échelle du continent ce qui permet de réfléchir à des projets transrégionaux" (Le Figaro, 30/09). Dans le même ordre d'idée, on retiendra l'accord portant sur "la libéralisation de 90% des échanges commerciaux entre les 15 et l'Afrique du Sud" qui sera mis en application au début de l'an 2000 (Le Monde, 19/09) et l'accord de coopération sur l'investissement signé par les Etats-Unis d'Amérique et la SADC (Le Figaro, 30/09).

Les quotidiens ont parfois relevé que la France appuie les initiatives d'inspiration africaine en titrant notamment : "Paris veut constituer un front commun avec la zone franc" (Le Figaro, 22/09) pour le prochain "round" de l'OMC. Durant la réunion de la zone franc, Les Echos ont précisé que "les autorités françaises plaident pour un renforcement de l'intégration régionale et une meilleure coopération entre l'UEMOA et la CEMAC".

 

Reste que, selon les prévisions, "la croissance africaine va continuer de ralentir en 1999" (La Tribune 20/09) : "Cette décélération économique africaine - alors que la conjoncture du monde industrialisé reste bien orientée - prouve que le système financier international apporte bien peu de choses aux pays en développement" (La Tribune, 20/09) comme semblent en témoigner la fin des contingentements au profit de tarifs douaniers différenciés pour les importations de Bananes dans l'UE (La Tribune, 09/09), la chute des cours du cacao sur lequel les traders ont des "vues pessimistes" (La Tribune, 08/09) ou encore le "plan social" (La Tribune, 21/09) annoncé dans la filière nigérienne de l'Uranium (le Niger est le troisième producteur mondial d'uranium).

 

Nicolas FONTANG


L'UNESCO et l'Afrique

Tout le monde ne sait pas qu'il existe à l'UNESCO une sous-direction générale chargée du Département Priorité Afrique et animée par Monsieur TIDJANI - SERPOS.

Cette Sous-Direction organisait à Paris du 5 au 7 Juillet 1999 la 3ème réunion du Comité international de suivi des Assises de l'Afrique.

Madame GRAÇA MACHEL, Présidente du Comité (Mozambique) a souligné, les principaux défis auxquels l'Afrique devra faire face au tournant du siècle : faire cesser les guerres - promouvoir la place des femmes et des jeunes, alléger ou effacer le fardeau de la dette, etc...

Ces idées ont été reprises par le Comité en débat général. On a dégagé finalement dix défis principaux :

1/ La paix : les guerres entravent le développement

2/ Le développement : un nouveau modèle est nécessaire

3/ Le défi de la démocratisation et des droits de l'homme

4/ Le défi de la dette : les efforts consentis sont insuffisants

5/ Les jeunes : leur responsabilisation et leur mobilisation

6/ La condition de la femme et son rôle

7/ L'éducation et la formation professionnelle, la science et la technologie

8/ Le développement africain de la société de l'information

9/ La multiculturalité, le dialogue interculturel et le dialogue inter-religieux

10/ L'intégration et le panafricanisme : l'O U A

Nul doute que le rappel de ces défis arrive à point, à l'heure où l'Unesco devra élire son nouveau Directeur Général pour remplacer Monsieur Fédérico MAYOR.


En bref

Avec nos partenaires :
Agir ici, le Forum Nord-Sud, le CRID et l'Observatoire Permanent de la Coopération Française lancent un projet intitulé "l'Afrique autrement". Cette initiative souhaite réunir des chercheurs et des représentants associatifs pour conduire une analyse critique des systèmes de coopération et d'aide au développement et porter un autre regard sur l'Afrique. Une première rencontre aura lieu à l'Université Libre de Bruxelles le 13 Décembre. Pour toute information, contactez Samira Daoud, OPCF.
Tél./Fax 01 43 22 42 95.
E-mail : opcf@globenet.org

 

Agir ici lance une campagne "Accès aux médicaments et lutte contre le VIH/sida dans les pays du Sud" avec Act Up, Aides, Médecins du Monde, Médecins sans frontières et ReMeD. Pour plus d'informations, contactez Marie-Line Ramackers, Tél. : 01 40 35 07 00.

 

Du pratico-pratique :

La CADE est toujours 5 rue des Immeubles Industriels, accueillie par la Délégation Enda-Tiers-Monde. Elle a troqué son unique bureau contre deux bureaux plus vastes. Marie-France PARIS qui a remplacé Céline MAZARS, y travaille les Mardi, Mercredi et Jeudi. Le bureau s'y retrouve tous les mardis à 12 heures.

La campagne d'abonnements a permis de doubler le nombre des abonnés qui atteint aujourd'hui les 200, dont plusieurs abonnements de soutien.

Il faut poursuivre l'effort...

 

Remarqué dans Jeune Afrique du 20 septembre 1999 :
"A l'évidence la quasi-totalité de l'Afrique noire n'a pas sa place dans la nouvelle économie mondiale : la plupart des produits de base sont désormais inutiles et sous-payés, la main d'oeuvre insuffisamment qualifiée et les administrations locales trop inefficaces et corrompues." Manuel CASTELLS, sociologue américain

Voilà le genre de propos absurde qu'on ne devrait plus lire.


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