Bulletin  mensuel  d'information  sur  les  activités  de  la   cade  -  février   1998  - n°17


Sommaire:
  • Edito
  • Un tableau sans concession
  • Une possible évolution vers la paix
  • La réflexion sur la prévention des conflits doit-elle être politique ou économique?
  • La tension entre Tanzanie et Burundi
  • Pour en savoir plus
  • Débat du mois : la prévention des conflits et la construction de la paix en Afrique

    Edito

    L e conseil des ministres a décidé de supprimer le Secrétariat d'État à la coopération et de confier au ministère des affaires étrangères la responsabilité des rapports politiques avec les anciens pays du « champ », tandis que la Caisse française de développement assurerait la gestion de la coopération et des projets de développement, se voyant ainsi confier un rôle d'agence de développement.

    Nous ne pouvons que nous réjouir de cette réorganisation qui répond à l'attente de tous ceux qui depuis plusieurs années appelaient de leurs vœux une mutation, voire une refondation d'une politique de coopération à bout de souffle, avec les pays de l'Afrique subsaharienne.

    Ces décisions étaient devenues indispensables. Mais elles ne suffiront pas à modifier en profondeur nos rapports avec l'Afrique, si les acteurs et l'opinion publique continuent à voir ce continent réduit à la carte des pays francophones, résumé aux indicateurs globaux des organismes internationaux, réduit aux interventions de l'aide et de la générosité internationale, caricaturé par les simplifications ethniques des crises et des conflits. Il faut un autre regard et un autre discours sur ce qui se passe en Afrique.

    Deux exemples pour illustrer mon propos. Le major Paul Kagamé, vice-président du Rwanda s'est rendu à Bruxelles les 20 et 21 janvier dernier à l'invitation de Michel Rocard, Président de la Commission du développement du Parlement européen, ce qui lui a donné l'occasion de s'exprimer devant le parlement, la presse belge et même de rencontrer des ONG qui travaillent au Rwanda. Le Soir de Bruxelles a couvert cette visite qui était importante par les contacts et par les rencontres qu'elle a permis. Elle le fut plus encore par les propos tenus par le Vice-Président du Rwanda. La presse française n'en a pas soufflé mot alors que, dans le même temps, le Figaro publiait une série d'articles sur les responsabilités françaises dans le drame du Rwanda. L’autre illustration qu'il se passe en Afrique des événements importants et significatifs dont nous ne prenons pas toujours la mesure, la réunion à Abidjan du premier forum des Cités africaines « Africités » organisée par J-P Élong Mbassi, secrétaire général du Programme pour le développement municipal. Cette manifestation montre que la démocratie commence à s'implanter au niveau local et que les États ne sont plus les seuls acteurs dans ce continent.

    Il est plus que jamais nécessaire que se poursuive l'effort de renouvellement du regard et du discours sur l'Afrique entrepris par la cade. Il doit l'être dans notre pays, mais il doit l'être aussi au niveau de l'Union européenne, car c'est là que vont se situer les véritables enjeux de nos relations avec l'Afrique. Nous nous y employons et nous vous tiendrons informés.

    Michel Levallois

    « Burundi, processus de paix dans l'impasse », « Rwanda, aucun espoir sans une intervention étrangère », « Angola, Savimbi et Dos Santos entament la guerre d'usure », ces titres glanés dans les dernières livraisons de l'hebdomadaire L'autre Afrique nous rappellent que nous ne pouvons pas prétendre réagir contre l'afropessimisme en portant « un autre regard sur l'Afrique », et refuser de voir les conflits internes et les guerres civiles qui ont ravagé, qui ravagent encore ou qui menacent plusieurs pays de ce continent. C'est pourquoi nous avons consacré nos deux précédentes rencontres-débats à la crise des Grands Lacs et du Zaïre, puis au Congo, au Libéria et en Sierra-Leone.

    Mais, il fallait également regarder du côté des chances de la réconciliation et des diplomaties de la paix, car l'explosion de ces violences s'est accompagnée depuis la fin de la guerre froide et la remise en cause ou la chute de nombreux régimes de parti unique, d'une prise de conscience et d'un renouvellement des acteurs africains, ainsi que d'une évolution des politiques des grandes puissances et des pratiques des institutions internationales. Le rôle que commence à jouer Nelson Mandela sur le continent est à cet égard emblématique. Moshen Toumi et Stéphane Hessel ont accepté d'apporter à la cade leur témoignage et leurs analyses sur la gestion des conflits et la construction de la paix en Afrique.

    M. L

    La Lettre de la Cade n° 17 – Février 1998 – page 1

     

    La prévention des conflits et la construction de la paix en Afrique

    Un tableau sans concession

    Soixante-dix personnes s'étaient déplacées ce mercredi 28 janvier à L'IIAP pour cette première rencontre de l'année 1998 et la troisième et dernière du cycle de « L'Afrique des conflits ». A cette occasion, la CADE avait invité Mohsen Toumi,Tunisien, professeur et chercheur dans plusieurs universités et institutions francophones et anglophones; il se consacre depuis plusieurs années à des missions de terrain en Afrique subsaharienne pour le compte des agences des Nations Unies en qualité d'expert principal, mais ses propos n'engagent ici que lui-même. Il a notamment publié « Infrastructures et plans d'évacuation en Afrique des Grands lacs » et « Remarques de terrain sur l'action de l'ONU » au Rwanda. Sa réflexion sur les crises africaines est celle d'un praticien qui a vécu au contact des agents du système international et des forces armées, forces régulières et milices. Elles sont aussi celles d'un Africain.

     

    Les conflits : état des lieux

    Le nombre des conflits en Afrique a éclaté entre 1988 et 1997, malgré l'action des organisations internationales. En illustrant son propos par la comparaison de deux cartes faisant état des conflits latents et ouverts, Moshen Toumi l'a bien démontré.

    Fin 1988, le Burundi, l'Angola, le Mozambique, l'Afrique du Sud (avec les actions de l'ANC) et le Tchad étaient le théâtre de conflits armés ouverts. Il existait un conflit latent au Soudan.

    Fin 1997, à côté des guerres ouvertes au Sénégal (en Casamance), au Mali et au Niger, on remarque des conflits latents au Libéria et en Sierra Leone (malgré la présence de troupes sous l'égide des Nations Unies). Un différend oppose en outre depuis quinze ans le Cameroun au Tchad et au Nigeria à propos d’îlots situés sur le Lac Tchad. De plus, le Rwanda, le Burundi, l'ex-Zaïre, le Congo Brazzaville et l'Angola peuvent être également considérés comme des zones de conflits latents.

    Les bombes à retardement

    Enfin, se référant aux nombreuses missions de terrain qu'il a effectuées, Moshen Toumi nous a décrit des zones de conflits moins médiatisés, rampants, ce qu'il appelle « de véritables bombes à retardement ». Il en a citées trois, de nature totalement différente.

    Le Nord de la Tanzanie tout d'abord, où la pression exercée par la présence massive de réfugiés venus de la Corne de l'Afrique, du Mozambique, du Rwanda et du Burundi crée une concurrence entre populations autochtones et réfugiées pour l'accès à la terre, l'eau et l'espace ; cette région est en outre le théâtre de trafics d'armes vers les pays avoisinants.

    Il y a aussi la Zambie, où, après la mise en résidence surveillée de l'ancien président Keneth Kaunda, on assiste à une remise en cause de la notion de légitimité politique, telle qu'elle avait été définie par l'administration coloniale et les pères fondateurs des nations africaines. Enfin, dans le Nord de l'Ouganda la situation se dégrade avec la présence de « mouvements intégristes » de toutes confessions et les relations mauvaises de ce pays avec le Soudan. Bien que différentes, ces situations ont pourtant un point commun selon Moshen Toumi : « ce sont des pays déjà pauvres qui consacrent une grande partie de leurs ressources à faire la guerre ».

    Le manque d'infrastructures peut en partie expliquer l'âpreté des conflits et la difficulté à les éteindre.

    La majorité des conflits en Afrique ne sont pas une lutte entre pays souverains mais sont des conflits internes, dont Moshen Toumi a dressé une typologie : ils opposent soit un pouvoir et une armée constitués à des mouvements insurrectionnels, ou deux armées régulières, ou encore des mouvements de guérilla civils spontanés mus par des partis politiques.

    Loin de souscrire à une lecture ethnique de ces conflits, Moshen Toumi propose plutôt de s'intéresser à la gestion de la chose publique par les États africains.

    La lettre de la Cade n° 17 – Février 1998 – page 2

    La comparaison entre les pourcentages du budget national consacrés à la défense, la santé et l'éducation est éclairante puisqu'elle révèle que, dans certains pays, « il n'existe qu'un médecin pour 150 000 habitants » alors que le budget de la défense est énorme et volontairement sous-estimé par les États (la construction de chars est du domaine de l'industrie par exemple). Cette gestion déplorable entraîne un manque d'infrastructures qui alimente alors les conflits. En effet, la population se retrouve « otage » non seulement des divers partis en conflit pour le pouvoir, mais aussi du manque d'infrastructures, qui, si elles existent, sont souvent détruites par l'armée. Par ailleurs, les conflits ne peuvent être médiatisés à l'échelle nationale, régionale ou internationale et ainsi provoquer un « réveil des consciences » puisqu'il n'existe que très peu de moyens de communication et notamment « une très faible densité de lignes téléphoniques » (0,002 par habitant en Afrique en moyenne).

    En ce qui concerne l'armée, le manque d'infrastructures entraîne un déficit de communication et une intendance défaillante, c'est pourquoi les militaires pratiquent souvent le pillage, générant ainsi des vagues de réfugiés.

    Les pays africains doivent assumer leur responsabilité

    Les ressorts de ces conflits ne sont plus aujourd'hui à chercher du côté de « l'héritage du colonialisme ou du communisme » (comme le pensent trop souvent les dirigeants africains selon Moshen Toumi). Il estime qu'il est au contraire temps que les pays africains assument leur responsabilité dans « le malheur de leur peuple, dans l'instabilité de leur régime, dans la pauvreté et dans la détérioration de leur image ».

    Car les conflits ont des causes endogènes : Moshen Toumi parle là de « la bombe à retardement que représente ce qu'ont produit et négligé les premiers gouvernements » (par exemple les constructions inutiles ou les carences en matière d'éducation, qui peuvent devenir des facteurs de guerre).

    Les ingérences économiques : « on en revient à une société de production »

    Sans renier les responsabilités et ingérences politiques des anciennes puissances coloniales (les interventions en Somalie, ou au Rwanda en sont une illustration), Moshen Toumi précise que les ingérences extérieures sont désormais avant tout de nature économique. Dans un contexte où la puissance n'est aujourd'hui plus déterminée par la capacité financière (comme la crise asiatique le prouve), mais par la détention des moyens de production, les grandes sociétés s'intéressent de plus en plus à l'Afrique, qui est « l'une des grandes bases de la planète de notre production industrielle ».

    Dans ce contexte, ces compagnies étrangères, quelle que soit leur nationalité, ont leur part de responsabilité dans les conflits. Il semble qu'elles les programment, signent des contrats avant leur déclenchement et fournissent des armes.

    Il est nécessaire d'insister sur ces nouveaux acteurs, qui étaient déjà présents, mais qui « fondent désormais sur l'Afrique comme un vol de gerfauts hors du charnier natal » : la JCI (compagnie sud-africaine à capitaux noirs), la compagnie De Beers ou la Milonbo luxembourgeoise qui font commerce de diamants, la Denke.co suédoise qui produit du cobalt, l'American minéral fields

    (qui était à Goma avant l'arrivée de Laurent Désiré Kabila) ou l'Onglo Val sud-africaine. Des banques aussi interviennent, comme la Banque Internationale canadienne ou l'Office Chérifien des phosphates marocain ou la Delta gold australienne. Moshen Toumi nous a apporté une autre preuve de la responsabilité des puissances étrangères dans les conflits : les deux principales sources d'armement en Afrique (qui alimentent notamment le Soudan et la Zambie) sont d'une part la guerre du Golfe parce qu'il s'est avéré moins cher de laisser les armes sur place que de les rapatrier aux États Unis, et d'autre part la décomposition de l'Empire soviétique, qui a provoqué l'arrivée de mercenaires.

    Les perspectives

    Moshen Toumi constate l'échec du HCR et de l'ONU, qu'il impute surtout à l'incompétence non pas du « staff », mais du « middle management », ces cadres moyens qui ont tendance à « gommer les angles pour montrer qu'ils n'ont pas échoué ». Dans ce contexte, les perspectives sont désormais économiques. Le PIB global par habitant est inférieur à 300 dollars par an sauf en Afrique du Sud et au Maghreb, et l'essentiel est dilapidé, l'alimentation est en grande partie importée ou provient de l'aide alimentaire, bien qu'à l'intérieur des pays on constate une grande disparité en fonction de la classe sociale. Certes, la communauté internationale intervient, par l'APD, mais cette aide reste bien en deçà de ce qui vient par exemple d'être donné à la Corée du Sud.

    Malgré ce tableau sans concession, Moshen Toumi a terminé son intervention par une note optimiste, qui réaffirme la nécessité de regarder l'Afrique telle qu'elle est : « mais l'Afrique existe » !

    Propos recueillis par Céline Mazars

    La Lettre de la Cade n° 17 – Février 1998 – page 3

    Une possible évolution vers la paix

    Stéphane Hessel est un ami et un assidu des rencontres de la CADE. « Plus je vieillis, plus l'Afrique m'est nécessaire. », a-t-il écrit dans son livre de souvenirs de cinquante années de diplomatie principalement consacrées à renforcer la paix dans le monde. L'Afrique lui avait déjà répondu qu'il était nécessaire au Burkina, puis au Burundi, puis à ses émigrés en France... Qui mieux que lui pouvait nous donner un vision lucide mais non pessimiste ni réductrice des drames africains, nous proposer des raisons d'espérer?

    Stéphane Hessel a décidé de se placer à un autre niveau, plus politique, en consacrant son intervention à « la recherche des éléments sur lesquels on pourrait appuyer un effort pour plus de paix » en Afrique. Les principaux acteurs de ce changement sont selon lui les dirigeants africains et la communauté internationale.

    Il a souhaité affirmer sa conviction que l'Afrique est « une terre dans laquelle la paix a toujours eu des porte-paroles, des hommes et des femmes convaincus de la maintenir », et a rappelé que beaucoup de problèmes paraissant insolubles ont pu être résolus non pas grâce à l'action des

    organisations internationales, mais parce que « les Africains avait mis sur pied des façons de travailler et de coopérer particulières ». En insistant sur les aspects positifs, Stéphane Hessel veut nous donner des raisons d'être confiants. Il souligne par exemple que l'OUA, si souvent décriée, a su maintenir les frontières des États africains. De même, s'il existe aujourd'hui aussi peu de conflits entre États, c'est aussi parce que « les gouvernements ont eu la sagesse de ne pas transformer les conflits internes en conflits internationaux et d'essayer de trouver des solutions ».

    Les organisations internationales doivent mettre l'accent sur l'étude des sociétés

    Dans la recherche d'amorces de solutions face aux conflits intérieurs, les grandes organisations internationales ont un rôle à jouer, mais il leur est difficile d'agir efficacement lorsqu'un conflit a déjà éclaté. Dans ce contexte, « il faut que la Communauté Internationale concentre ses efforts sur la construction la paix », sur laquelle avait insisté Boutros Boutros Ghali. La prévention des conflits exige une meilleure connaissance « des situations de sociétés » et pas seulement de l'économie, notamment parce qu'il existe des conflits de groupes incorporés dans des nations dont la légitimité n'est pas historiquement établie.

    Dans un contexte où « les sociétés africaines sont en train de se chercher, le rôle des organisations internationales est aussi de les aider dans cette tâche », de les étudier, mais ce travail n'aura de sens que si les Africains s'engagent eux-mêmes « sur

    la voie de la prévention, pour la solidarité et la lutte contre l'extension des conflits ».

    « La première base pour construire la paix est un pouvoir légitime décidé à maintenir une vie socialement, militairement et économiquement plus stable »

    Après les indépendances, les dirigeants étaient davantage légitimés par l'extérieur que par les populations elles-mêmes, ce qui explique les coups d'État et l'instabilité politique de cette époque. Mais aujourd'hui, l'espoir principal réside aussi dans l'émergence dans les pays africains d'hommes d'État ayant de nouvelles conceptions de leur légitimité. Faire germer la légitimité est certes un phénomène long, précise Stéphane Hessel, mais il remarque aussitôt que la nouvelle donne internationale accélère ce processus et qu'il existe désormais une volonté de se rendre légitime chez beaucoup de dirigeants africains, même chez ceux ayant pris le pouvoir par les armes, qui en ont besoin pour se maintenir au pouvoir. Cette volonté passe par la démocratie, vue non comme une structure institutionnelle à importer, mais comme une légitimité venant du peuple, « un pouvoir appuyé par le démos ». Si un homme tel que Nelson Mandela a participé activement au renouvellement de la figure de l'homme d'État africain, il en existe d'autres qui tentent aussi de considérer le pouvoir non comme un attribut défendu à tout prix « pour n'être partagé qu'avec ses amis », mais comme un mandat qui implique de « tenir compte de la diversité des populations ». Le rôle de ces

    La Lettre de la Cade n° 17 – Février 1998 – page 4

    nouveaux hommes d'État est aussi de prendre des mesures « pour que les sociétés dont ils ont la responsabilité s'engagent dans une voie nouvelle ». En effet, s'il existe des « dirigeants de grande valeur et une population courageuse à sa base », on remarque entre les deux une administration défaillante et un déficit d'efficacité technique, dus en partie à l'insuffisance des ressources allouées à l'éducation.

    Pour une plus grande confiance

    Loin de souscrire aux théories qui ne focalisent que sur « l'impossible évolution vers la paix », l'Ambassadeur Hessel préfère parler de « possible évolution vers la paix », dont la responsabilité revient à la fois aux Africains et à chacune des instances internationales telles que la Communauté Européenne, qui doivent « accorder plus de confiance aux Afri­cains et insister davantage sur la recherche de tout ce qui peut les sortir des conflits ».

    Il est en cela indispensable de se sentir solidaire : « les dépenses militaires qui creusent la dette des pays africains et augmentent la misère, devraient être insupportables pour nous aussi ».

    Propos recueillis par C.M.

     

    À propos du fonctionnement de la démocratie africaine

    Partant du constat que le type de pouvoir tel qu'on l'a importé en Afrique fonctionne sur la règle de la majorité (la totalité du pouvoir revient au parti qui a obtenu la majorité), Michel Levallois se demande s'il ne serait pas plus approprié d'adopter une autre approche en Afrique : la démocratie aurait pour fonction de « gérer les oppositions et finalement nécessiterait un partage du pouvoir », à l'exemple de ce qui se passe en Afrique du Sud. Stéphane Hessel rappelle que « ce dont un État a besoin, c'est la participation du plus grand nombre de ses composantes au partage du pouvoir », mais il précise qu'une minorité peut accepter que la majorité régisse le pouvoir à trois conditions : il faut que « les sociétés soient intégrées dans la conduite des affaires, qu'il existe des règles et des lois contre les excès et une structure qui permette à la minorité de vivre ». Mais ce type de démocratie est difficile à appliquer dans « des pays composites ». L’Ambassadeur Hessel refuse néanmoins d'adopter une lecture ethniciste qui attribuerait les dysfonctionnement de la démocratie en Afrique à la nature même des États, considérés comme des agrégats de tribus.

    En effet, fort de sa longue expérience de terrain, il pense que le problème est plutôt le sentiment d'exclusion de certaines parties de la société, car « des composantes ne se sentent pas égales dans la répartition des responsabilités ».

    Il remarque néanmoins que, parmi la nouvelle génération de dirigeants africains, on trouve des personnalités soucieuses d'associer les divers éléments de la société à la gestion du pays, et ce type d'homme d'État replace au centre de leur mode de fonctionnement la notion de « vertu », la « virtus » romaine, selon laquelle il faut « servir les autres avant de se servir soi-même ». Les médiations en Afrique reposent sur ces personnes, et c'est grâce à cette vertu qu'elles sont considérées comme dépositaires d'une autorité. La démocratie africaine, ce serait finalement « d'associer à la gestion des affaires tous ceux pouvant exercer une influence modératrice ».

     

    Deux axes de réflexion pour réhabiliter le rôle de la Communauté internationale

    II existe des soubassements économiques dans chaque conflit au Rwanda et au Burundi, on payait les gens pour faire la guerre »). L’une des actions de la communauté internationale pourrait donc être de réorienter la coopération pour qu'elle profite plus aux populations. L’un des pivots de l'État de droit est la notion de justice : il est nécessaire que la communauté internationale (en l'occurrence l'ONU) réponde favorablement à un pays tel que le Burundi qui souhaite que les criminels de guerre soient jugés.(d'après Léonard Nzitunga)

     

    Légitimité de l'audace ou légitimité constitutionnelle?

    Moshen Toumi se veut réaliste en rappelant qu'il est des cas où le pouvoir s'est installé par les armes comme cela s'est produit au Congo et dans l'ex-Zaïre. On peut invoquer une sorte de « légitimité de l'audace » si « c'est un point de départ vers quelque chose de moins mauvais, vers la constitution d'une véritable unité nationale juste et fraternelle » et que ce n'est pas une revanche. Cette acceptation du moindre mal, la « pire des solutions à l'exception de toutes les autres », pour paraphraser Churchill parlant de la démocratie, n'a pas fait l'unanimité dans l'assistance. Selon un étudiant de Paris I, Léonard Nzintunga, « la destitution par les armes d'un dirigeant arrivé au pouvoir par les urnes » est un acte très grave qui constitue un «fâcheux précédent ». C'est pourquoi l'une des actions à mener pour prévenir les conflits serait de réfléchir à une procédure qui définirait comment destituer constitutionnellement les présidents africains

    La Lettre de la Cade n° 17 – Février 1998 – page 5

    La réflexion sur la prévention des conflits doit-elle être politique ou économique?

    L’intervention de Stéphane Hessel, qui réfléchit à la prévention des conflits en s'appuyant sur les concepts de communauté internationale et de pouvoir légitime, contraste avec celle de Moshen Toumi qui met en accusation le rôle d'intérêts économiques et financiers. Le public de la conférence, par ses interventions, s'est donc positionné par rapport à ces deux points de vue.

    La réflexion sur la prévention des conflits renvoie en effet nécessairement à une analyse des moteurs de ces conflits, et touche par là même à un sujet beaucoup plus vaste. Car les acteurs des crises ne sont plus exclusivement les États : il existe aussi de nouveaux acteurs, économiques et financiers.

    Dès lors, s'il paraît clair que l'on ne peut plus adopter un raisonnement purement politique ignorant la présence d’acteurs économiques et financiers, il s'agit de savoir quelle est la place du politique afin de déterminer les actions en faveur de la prévention des conflits.

    Le politique n'a-t-il qu'un rôle de régulation des forces économiques ? N'est-il qu'un garde-fou, qui agit à la marge pour limiter les dégâts du capitalisme mondial ou a-t-il un réel pouvoir de définition ? Comment réconci­lier l'aspiration à plus de démocratie et la dictature des marchés financiers ?

    Pour agir efficacement en faveur de la paix, l'enjeu est finalement de savoir qui, dans le rapport de force entre puissances financières et pouvoir politique, sera en mesure de décider du devenir des sociétés.

     

    « L'Afrique, c'est des minerais »

    Partant de ce constat, Thérèse Pujolle, de la Commission Coopération Développement, plaide pour plus de réalisme : elle ne partage pas l'optimisme de Stéphane Hessel, qui propose des solutions politiques aux conflits. Elle admet qu'« on voudrait encore croire au droit (...), à la démocratie, à la citoyenneté », mais selon elle, comme l'a souligné Toumi, « ce sont les multinationales qui sont les nouveaux maîtres du monde ». En Afrique, « elles entretiennent les guerres (...) et cherchent à décomposer politiquement les régions » pour conserver leur monopole ; en Europe aussi, les puissances financières mettent à mal les pactes citoyens.

    Les deux approches sont complémentaires

    Stéphane Hessel admet que « dans le devenir de l'Afrique l'action de l'économie mondiale est au moins aussi importante en Afrique que pour nous tous », mais il réaffirme que « de même que pour nous défendre nous avons besoin de gouvernements légitimes et fortement soutenus par les populations, les Africains ne se défendront contre (...) les puissances financières que s'ils constituent une force capable d'être en dialogue utile, constructif, et pas à leur merci ». Dans ce contexte, « nous devons aider les Africains à combattre ces puissances ».

    L'intervention des puissances économiques n'est pas un mal en soi

    « On diabolise les puissances économiques internationales, notamment minières », lui répondra Serge Jacquemond, du réseau Aminter. Or, selon lui, « il n'est pas néfaste que les puissances étrangères possèdent ces mines si les populations locales en tirent profit ».

    Il rajoutera que c'est aux hommes politiques d'assumer la fonction de contrôle.

    Le politique doit répandre le progrès économique

    Nicholay Nvan Praay de la Banque Mondiale, souhaite « ne pas mettre l'accent que sur les points sombres » de la situation africaine. En effet, « le taux de croissance de beaucoup de pays africains est fort, l'investissement dans le secteur privé est une chance pour l'Afrique, il existe une nouvelle génération d'hommes politiques ». Selon lui, il s'agit donc aujourd'hui de lancer « un grand débat au niveau local sur la politique et les institutions pour répandre ce progrès ».

    Elf et le conflit au Congo...

    Libération, dans un article du 4 février, nous a fourni une illustration de la responsabilité des multinationales étrangères dans les conflits en Afrique. Le journal révèle que, durant le conflit congolais, la Fiba, établissement bancaire contrôlé par Elf, a servi d'intermédiaire entre Pascal Lissouba et un trafiquant d'armes, entretenant par là cette guerre qui a provoqué la mort de milliers de civils.

    Si, d'un point de vue légal, on ne peut reprocher à une banque de débiter un compte lorsque la demande lui en est faite, on peut s'interroger sur le statut ambigu d'Elf qui extrait la majeure partie de la production congolaise et tient en même temps les caisses du pétrole. Après l'avènement du nouveau régime, la banque a changé les titulaires de ces comptes, et Philippe Jaffré, PDG d'Elf a été reçu par le Général Sassou Nguesso le lendemain de sa victoire. « Elf et sa banque sont toujours gagnantes »... constatent A. Glaser et S. Smith.

    Propos recueillis par C. M..

    La Lettre de la Cade n° 17 – Février 1998 – page 6

    La tension entre Tanzanie et Burundi

    Moshen Toumi a évoqué un conflit qui menacerait les régions nord de la Tanzanie notamment en l'expliquant par le fait que l'État tanzanien ne contrôlerait que très peu ces secteurs éloignés de la capitale et peu accessibles faute d'un véritable réseau routier. Il paraît nécessaire à Jean-Pierre Chrétien d'aller plus loin dans l'analyse politique.

    250.000 réfugiés...

    Les régions concernées par l'afflux de quelque 250.000 réfugiés, essentiellement burundais, n'ont rien à voir avec les zones de « semi-nomadisme » ou de la plaine massaï. Il s'agit du Nord-Ouest tanzanien, qui se distingue par des secteurs bien arrosés et agricoles, notamment vers Bukoba et Kigoma, près des bords du Victoria ou du Tanganyika. Ces régions ont un peuplement culturellement très proche des Rwandais (les Bahaya etc.) ou des Burundais (les Baha, etc...). Depuis 1959 les vagues successives de réfugiés, Tutsi rwandais puis Hutu burundais, ont été plutôt bien accueillies. Beaucoup se sont fondus dans la population, d'autant que la politique tanzanienne a été la plus généreuse de toutes en matière de naturalisations. Les faibles densités (quelques dizaines d'habitants au km2), contrastant avec la fourmilière humaine du Rwanda et du Burundi (plus de 200 au km2), ont sans doute facilité cette cohabitation. Il faut attendre la crise de 1993-1994 pour que la situation se détériore vu le caractère massif, rapide et politiquement encadré de l'exode de Hutus burundais et rwandais vers la Tanzanie.

    devenus un enjeu de politique intérieure...

    L’affaire est devenue un enjeu de la politique intérieure tanzanienne. Des groupes en ont fait un cheval de bataille qui, dans un contexte de graves difficultés économiques, semblait facile à manipuler. L’ancien ministre Malecela s'est illustré il y a quelques mois par des propos racistes surprenant : « il faut donner des bâtons aux Hutus pour qu'ils puissent frapper le serpent tutsi » (Le Monde, 25/26.8.1996). Autour de lui un groupe très influent au sein du parti dominant, le CCM, joue à fond la carte anti-burundaise, c'est-à-dire anti-Buyoya et pro-CNDD. Cela se traduit par l'installation à l'ambassade du Burundi à Dar-es-Salaam de représentants de la rébellion hutu, par la complaisance à l'égard des actions armées et des entraînements dans les camps de réfugiés installés de Kigoma à Ngara entre 15 et 30 kilomètres de la frontière burundaise, comme naguère au Zaïre : du sud au nord, les camps de Mtabila, Muyovosi, Mkugwa, Nduia, Kanembwa, Mtendeli et Lukale (HCR, septembre 1997).

    et une menace contre le Burundi.

    Dans une situation où peu à peu un certain calme revenait au Burundi au cours de l'année 1997, les attaques se sont multipliées venant précisément de ces camps. A deux reprises, en septembre et octobre 1997, des accrochages ont eu lieu entre les armées des deux pays. La rumeur de guerre était entretenue par l'idée que Dar-es-Salaam pouvait être tenté de réitérer l'intervention naguère menée contre l'Ouganda de Idi Amin en 1979. Une délégation parlementaire ougandaise venue au Burundi en décembre dernier a souligné le caractère dangereux de cette situation.

    Il s'y ajoute des épurations ethniques dont notre presse n'a pas parlé mais qui étaient très commentées au Rwanda et au Burundi à la mi-novembre dernier. Les victimes étaient notamment des familles tutsi installées dans ces régions parfois depuis plusieurs générations et traitées de « Banyamulenge » (sic) dont la nationalité était contestée comme dans le Zaïre de Mobutu, le tout accompagné de violences, de pillages et de viols. Plus de 1900 personnes ont ainsi été refoulées et le gouvernement rwandais a demandé des explications à ce sujet en décembre 1997, lors d'une réunion interministérielle tenue à Ngara.

    Une médiation contestée

    La position de l'ancien président Julius Nyerere, soucieux après son échec intérieur, de jouer un rôle international dans la ligne de son action ancienne sur « la ligne de front », semble peu claire dans tout cela. Il adhère depuis sa visite à Bruxelles en mai 1996 aux thèses du « peuple majoritaire autochtone » qui ont dévoyé la « démocratie » de la façon que l'on sait dans cette région. La Tanzanie est en pointe dans l'imposition de l'embargo qui enfonce le Burundi dans le dénuement, dans l'économie maffieuse et dans l'extrémisme. Pourtant, les deux tiers du carburant burundais arrivent en fraude de Tanzanie. La Communauté africaine ne devrait-elle pas pousser un Mandela ou un Toumani Touré à s'investir dans cette région plutôt qu'un leader trop impliqué lui-même? En tout cas, on ne peut se contenter de dire que la région est mal contrôlée par l'État faute de routes, dans un pays qui a longtemps été le plus policier de l'Afrique de l'Est et qui a inventé dans les années 60 le système des cellules dites nyumbakumi qui encadraient les populations d'un maillage serré. Le recours croissant en Afrique à un discours de « purification » : « Bantous » contre « Hamites » et plus généralement « autochtones » contre « allochtones » conduit à une logique de pogromes. Il serait regrettable que la Tanzanie, dont les efforts dans le sens d'une authentique construction nationale ont longtemps fait figure de modèle, adhère à cette « idéologie de temps de disette » (Achille Mbembe).

    Jean-Pierre CHRÉTIEN, Centre de recherches africaines, (CNRS - Paris)

    La lettre de la Cade n° 17 – Février 1998 – page 7

    Réaction

    Evacuation ou condamnation de l'ethnisme ?

    Jean-Pierre Chrétien a trouvé un peu court noire condamnation de l'ethnisme el notre appel à regarder les crises africaines comme des enjeux de pouvoir, des crises politiques. - Dont acte - Nous sommes comme lui convaincus qu'il ne suffit pas d'évacuer l'ethnisme comme une idéologie dépassée, mais qu'il faut condamner le racisme qu'il camoufle et les crimes qu'il a couverts.

    Départs et arrivées

    • Merci à Lam Kaboré qui a assuré la rédaction de la plus grande partie des Lettres de la CADE. Sa plume et ses connaissances de l'Afrique nous manqueront. Nous espérons qu'il gardera un bon souvenir du chemin fait avec nous.

    • Merci également à Jacqueline Rouby pour sa collaboration.

    Céline Mazars sera désormais votre interlocutrice.

    • André Sassé, professeur d'économie et Madeleine Bonnamour nous ont proposé leur concours que nous avons accepté avec enthousiasme, pour la préparation des prochaines rencontres-débats.

    Ouvrages reçus

    Vous pourrez lire des commentaires sur ces ouvrages dans la prochaine Lettre de la CADE.

    Regards sur l'Afrique (1996-1997), Sous la direction de J.-P. Doumenge et de J.-F Lionnel, CHEAM, 13 rue du Four, 75006 Paris.

    Autrepart, Orstom, 1997.

    Faire reculer la pauvreté en Afrique subsaharienne, Banque mondiale. Washington, 1997.

    • Sahel ; les paysans dans les marigots de l'aide, M.-C. Gueneau et B.-J. Lecomte, L’Harmattan, Paris, 1998.

     

    Pour en savoir plus

    • ADAM (Bernard), et al. : Les conflits en Afrique : Analyse des crises et pistes pour une prévention. La communauté internationale : quelles responsabilités? Bruxelles, Ed. Complexe, 1997.

    • ADEJUMOBI (Said) : "The Organisation of African Unity and conflict resolution in Africa." Foreign Affairs Reports, 44 (3), mars 1994, 12 p.

    "L’Afrique face aux conflits." Numéro spécial. Afrique contemporaine, 180, octobre-décembre 1996. 256 p.

    • BALENC1E (Jean-Marc), LA GRANGE (Arnaud de), dir. : Mondes rebelles : acteurs, conflits et violence politiques, I : Amérique, Afrique. Paris, Michalon. 1996.

    • BARRY (Mamadou Aliou) : La prévention des conflits en Afrique de l'Ouest. Paris, Karthala, 1997. (Gens du Sud)

    • BOUTROS-GHALI (Boutros) : Agenda pour la paix 1995. New York, Nations-Unies, 1995.

    Conflits en Afrique : Analyse des crises et pistes pour une prévention. Bruxelles, GRIP, Complexe, 1997.

    • "Les conflits en Afrique." Dossier. Relations internationales et stratégiques, 23, automne 1996, pp. 178-196.

    • COPSON (Raymond W) : Africa's Wars and Prospects for Peace. Armonk, N.Y., M.E. Sharpe. 1995.

    • "Guerres et conflits en Afrique noire." Guerres mondiales et conflits contemporains, 46(181), printemps 1996, pp. 3-124,

    • "Les modes alternatifs de règlement des conflits." Dossier. Revue internationale de droit comparé, 49 (2), avril-juin 1997, pp. 313-435.

    • LORNE MOONEY (Terrance), dir. : Un défi : le développement en zone de conflit armé, OCDE, 1995.

    • MINEAR (Larry), GU1LLOT (Philippe) : Soldats à la rescousse : les leçons humanitaires du Rwanda, OCDE, 1996.

    • MONIER (Claude) : "Evolution du concept américain de maintien de la paix en Afrique." Défense nationale, juillet 1997, pp. 160-163.

    • "Politiques internationales dans la région des Grands Lacs." Dossier. Politique africaine, 68, décembre 1997, pp. 3-92.

    • REMY (Jean-Philippe) ; "Que faire des armées africaines?" L’Autre Afrique, 30, 17 décembre 1997, pp. 8-19.

    • SMOUTS (Marie-Claude) : L'ONU et la guerre : la diplomatie en kaki. Bruxelles, Complexe, 1994 (Espace international)

    • TOURE (Amadou T.) : "De la prévention des conflits en Afrique de l'Ouest." Afrique 2000, 26, janvier-mars 1997, pp. 43-47,

    • ZORGBIBE (Charles) : La France, l'ONU et le maintien de la paix. Paris, PUF, 1996. (Perspectives africaines)

    Anne Malécot. Véronique Bodin, avec la collaboration de l'Équipe d'ENDA

     

    L'Agenda de la cade

    • Mercredi 4 mars 1998

    L’Afrique du pétrole, avec la participation d'O. Vallée, consultant et journaliste, et de R. Pourtier, géographe.

    • Mercredi 1er avril 1998

    L’Afrique des Mines, avec la participation de M. Sémama, professeur à l'École des mines de Nancy.

     

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    La Lettre de la CADE- Directeur de publication : Michel Levallois.

    Comité de rédaction : Michel Levallois, Céline Mazars. Maquette : Anabelle Chapô.

    Impression : L’internationale Reprographie. 2l ter. rue Voltaire 75011 Paris.

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    La Lettre de la Cade n° 17 – Février 1998 – page 8