Coordination pour l'Afrique de Demain

 

Bulletin  mensuel  d'information,   d'analyses  et  de  débats  -  Novembre   1997- n° 15

Sommaire:
  • Sur un vote du parlement européen
  • Rwanda, Zaïre, Burundi:à la croisée des chemins
  •  

    Débat du mois

    Les conflits en Afrique: la région des Grands Lacs

     

    Sur un vote du Parlement européen

     

    Le jeudi 2 octobre 1997, le Parlement européen a adopté une résolution sur l'avenir des relations entre l'Union européenne et les pays ACP*. Ce vote est passé presque inaperçu de la presse française. Et pourtant, les dix sept attendus et les cent articles de cette résolution préparée par les travaux de la commission du Développement et de la coopération, esquissent les traits de ce que pourrait être la Convention de Lomé au-delà de l'an 2000. Et cette esquisse est forte et ambitieuse.

    L'engagement de l'Europe à l'égard des pays ACP, et en particulier de l'Afrique subsaharienne, la volonté de poursuivre en la renforçant la coopération pratiquée afin d'en faire un «partenariat d'intérêt réciproque» balaient les doutes et les tentations d'abandon et de désengagement. A l'heure de la mondialisation et du libéralisme, l'Europe n'entend pas mettre fin à sa coopération avec le Sud ni tourner le dos à des partenaires de vingt cinq ans.

    Mais fidélité ne veut pas dire immobilisme, car le Parlement européen a prévu de profonds changements dans les objectifs, dans les instruments et dans les procédures de la coopération ACP-UE. Moins de commerce mais plus de politique, moins de projets mais plus d'appui aux initiatives et aux capacités du Sud, moins d'automatismes et plus de contrats, moins d'uniformité mais plus de différenciation selon les pays, les régions et les performances.

    Mais l'innovation principale est politique : le futur accord prendra en compte la prévention des crises et la gestion des conflits, le soutien à la démocratie et à l'État de droit, la bonne gouvernance. L'Union européenne devra, elle, renforcer sa politique africaine et veiller à sa cohérence.

    Deuxième innovation : la priorité donnée à la lutte contre la pauvreté et au développement durable qui devra renouveler les pratiques et les objectifs de l'aide publique, pour s'adresser aux groupes de base, aux femmes, s'ouvrir à de nouveaux champs d'action tels que l'économie populaire, la recherche scientifique faite au Sud par des chercheurs du Sud, utiliser de nouveaux instruments tels que les technologies de première ligne, le micro-crédit.

    En un mot, cette résolution et le rapport de M. Wilfried Martens méritent une lecture attentive et une grande diffusion. Car pour que ce texte soit accepté par les gouvernements et retenu par la Commission comme base de discussion avec les pays ACP, il faut qu'il soit appuyé par nos opinions publiques. C'est ce qu'il faut faire, nous qui croyons à un avenir partagé entre l'Afrique et l'Europe.

    Michel Levallois

    * Pour obtenir le procès-verbal de la séance du jeudi 2 octobre, s'adresser au Parlement européen Centre de Documentation 288 Boulevard St. Germain, 75007 Paris (Téléphone :01 40 63 40 00)

     

    Les conflits en Afrique : la région des Grands Lacs

    Kinshasa, mai 1997. Les parti­sans et sympathisants de l'Alliance des Forces démocratiques pour la libération du. Congo (AFDL) acclament Laurent Désiré Kabila qui accède à la magis­trature suprême, «son» mouvement ayant vaincu par les armes le régime de Mobutu.

    Quelques années plutôt, en juillet 1994, par la même force des armes, le Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé s'emparait du pouvoir à Kigali, provocant la déroute des Forces armées rwandaises (FAR) du régime de Juvénal Habyarimana.

    Des années de troubles. Des cen­taines de milliers de morts et de réfu­giés. Dans cette région des Grands Lacs africains, les drames et les bouleverse­ments géopolitiques interpellent plus d'une personne.

    Pour tenter de mieux cerner les nou­veaux enjeux géopolitiques dans cette région et apporter un éclairage sur ces drames, en tenant compte de la volonté de reconstruction affichée ça et làt la CADE a organisé, le 4 novembre à Paris, un débat sur Les conflits en Afrique : la région des Grands Lacs.

    Cette rencontre a vu notamment la participation de Gassana Ndoba, membre de la coordination du Comité pour le respect des droits de l'homme et de la démocratie au Rwanda, François-Xavier Verschave, président de l'asso­ciation Survie, et Colette Braeckman, journaliste au Soir de Bruxelles.

    Gilbert Lam Kaboré

     

     

    Rwanda, Zaïre, Burundi : à la croisée des chemins

    La guerre qui a éclaté en 1994 au Rwanda avec l'assassinat du président Habyarimana a entraîné la mort de plusieurs centaines de milliers de Rwandais et l'exode de plusieurs milliers d'autres. Elle a modifié la donne géopolitique dans la région des Grands Lacs, et favorisé la naissance d'une coalition qui a vaincu le régime de Mobutu. Aujourd'hui, même si la stabilité et la paix ne sont pas encore totalement acquises dans la région, au Rwanda, l'heure est à la reconstruction. Dans ce pays, nombreux sont ceux qui attendent également que le Tribunal pénal international fasse toute la lumière sur les circonstances du génocide de 1994.

    Ce mardi 4 novembre à l'IIAP, près d'une centaine de per­sonnes ont pris part au débat organisé par la Cade sur le thème, Les conflits en Afrique - la région des Grands Lacs. Une forte participation qui en dit long sur l'impact de la crise survenue dans cette région sur les opinions publiques. Ainsi que le dit Michel Levallois, délégué d'ENDA Tiers Monde pour l'Europe et animateur de la Cade, «le géno­cide rwandais de 1994 a été le paroxysme d'une crise qui secouait la région des Grands Lacs depuis plu­sieurs décennies, depuis les années 1960 au moins, impliquant notam­ment le Kivu - l'est du Zaïre – le Rwanda et le Burundi». Les événe­ments du Rwanda ne devraient-il pas justifier un procès similaire à celui de Nuremberg et le lancement d'un plan Marshall pour redresser le pays ainsi que le disent les analystes ? Sans doute. Mais Michel Levallois constate que «c'est la gêne qui prédomine». Michel Levallois qui a effectué fin août un séjour au Rwanda en compagnie de Michel Rocard, président de la commission Développement et coopé­ration du Parlement européen, inter­roge : «Si tout ne va pas mieux pour le Rwanda aujourd'hui, peut-on dire que tout aille bien, ici, dans nos têtes, dans notre regard, dans notre discours sur le Rwanda ? »

    II nous faut essayer, dit le délégué d'ENDA, d'y voir plus clair sur trois points : «la réalité du génocide, mais aussi ses causes, c'est à dire les cir­constances et les responsables de ce drame ; la prise en compte de nouvelles réalités politiques qui sont en conflit avec les priorités de l'aide humanitaire et les exigences du respect des droits de l'homme ; la reconstruction morale et politique du Rwanda sur des bases non ethniques».

    Le génocide de 1994

    II importe de se souvenir, dit Colette Braeckman, journaliste au Soir de Bruxelles et auteur de Rwanda - his­toire d'un génocide (1), de juillet 1994, date de la prise du pouvoir par le Front patriotique rwandais (FPR), «essen­tiellement composé de militaires tutsis qui s'étaient réfugiés en Ouganda, en fait les descendants de ceux qui avaient été chassés du pays dès 1959 par ce que l'on a appelé la Révolution sociale hutu -qui reposait sur un pari ethnique et sti­pulait en substance: le Rwanda est le pays des Hutus, les vrais citoyens du pays ; les Tutsis sont des étrangers». Avec la mort du président Rwandais Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994 - dont l'avion a été abattu sur les hau­teurs de Kigali -, la répression contre les Tutsis et les Hutus modérés, la défaite des Forces armés rwandaises (FAR) et leur repli en territoire zaï­rois, la guerre a été portée dans le pays du défunt Mobutu - le Zaïre, rebap­tisé République démocratique du Congo par son tombeur. Il fallait s'y attendre, disent les intervenants au débat, «la poudrière que constituait le Kivu n'attendait qu'une étincelle pour exploser».

    L'embrasement de la région

    Le Rwandais Gassana Ndoba, membre du Comité pour le respect des droits de l'homme et de la démocratie au Rwanda (association basée à Bruxelles) explique l'engagement des Banyamulenge (2) du Kivu aux côtés de l'Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) de Laurent Désiré Kabila par «l'os­tracisme dont cette communauté faisait l'objet dans l'ex-Zaïre».

    Les Banyamulenge - qui sont des Banyarwanda, donc des gens origi­naires du Rwanda historique, à ne pas confondre avec le territoire actuel de la République du Rwanda - poursuit-il, habitent cette région du Kivu depuis deux siècles au moins pour les lignages les plus anciens. Ils ont été longtemps maintenus loin des avan­tages du progrès social tel qu'il était représenté par l'école, les mis­sions, les dispen­saires et les autres services sociaux qui étaient réservés aux populations des «régions utiles» pour le colonisateur. Les Banyamulenge sont restés en dehors de toute action politique. C'est avec la «rébellion muléliste» de 1963 (3) qu'on entendra parler d'eux. En effet, au départ ils ont combattu les rebelles qui menaient des incur­sions dans leur région. Progressive­ment, les Banyamulenge ont quitté leur montagne et gagné les plaines, s'établissant dans des grandes villes comme Kinshasa. Certains d'entre eux ont été recrutés dans l'armée de Mobutu.

     

    Les causes  de la  guerre au Zaïre sont essentiellement liées à la question rwandaise.

     

    Or la loi de 1981 sur la nationalité zaïroise les exclut de la dite nationalité comme s'ils étaient des étrangers. «L'un des aspects essentiels des conflits actuels, analyse Gassana Ndoba, c'est la manipulation de l'ethnicité, la mani­pulation de l'identité».

    Pour Colette Braeckman, les causes de la guerre au Zaïre sont essentiel­lement liées à la question rwandaise. Les camps de réfugiés rwandais au Zaïre présentaient une menace de reprise de la guerre au Rwanda, ce qui a contraint le Rwanda à renforcer son armée et à prévoir une parade.

    Ces camps ont apparemment contribué à renforcer le régime de Mobutu, qui a pu refaire surface sur la scène internationale, mais ils ont aussi contribué à l'affaiblir. Car d'abord confiné dans les camps de réfugiés, le «virus ethnique» s'est propagé dans l'ensemble du Kivu, une région très fragile sur le plan des équilibres ethniques, où les Banyarwanda étaient déjà en conflit avec les populations locales d'origine congolaise.

    A cause de cette présence de réfugiés et de l'action de l'armée de Mobutu qui multipliait les trafics d'armes et les complicités avec les autorités des camps, la situation au Kivu s'est dégradée et les Tutsis du Kivu se sont retrouvés en proie à des persécutions d'origine ethnique. Autant de faits qui ont conduit le Rwanda à prendre des mesures pour régler le problème des camps.

    Il y a eu aussi depuis le territoire zaïrois, explique Colette Braeckman, des actions de déstabili­sation contre l'Ou­ganda voisin, ce qui explique en partie le soutien apporté au Rwanda par ce pays. Le Rwanda obtiendra par la suite le soutien d'autres pays comme l'Angola, la Zam­bie, etc. Avec la crise du Kivu, tous les pays voisins du Zaïre ont pris conscience que ce pays glissait len­tement vers le chaos, et risquait de constituer une menace pour leur sta­bilité et pour l'équilibre régional. Cette prise de conscience a favorisé la naissance de l'AFDL, alliance com­posée de différents mouvements : des groupes tutsis, formés et entraînés au Rwanda, des troupes d'obédience lumumbiste qui se trouvaient en Ouganda, auxquels se sont joints de façon plus spontanée des opposants de l'intérieur du pays. Alors que le régime de Mobutu était miné de l'intérieur, son armée s'est effondrée face à l'avancée des forces de Kabila. Pour Colette Braeckman, il ne fait aucun doute que l'on a assisté à une «guerre rwando-rwandaise» en territoire congolais. Par ailleurs, on a assisté à une «guerre-gigogne». La première guerre était menée par Kabila, qui, au départ, était le porte-parole de forces hétéroclites, et dont le principal objectif était de marcher sur Kinshasa et de renverser le «dic­tateur Mobutu». Derrière cet objet proclamé par Kabila et auquel adhé­rait en gros la population congolaise, se cachait une autre guerre, celle menée par le FPR au pouvoir à Kigali.

    Une guerre-gigogne

    Pour le FPR, il s'agissait de démante­ler les camps de réfugiés rwandais (situés dans l'est du Zaïre), de provo­quer le retour au Rwanda du plus grand nombre de réfugiés civils dont on disait qu'ils étaient tenus en otage par les forces politiques et militaires de l'ancien régime. Par ailleurs, le FPR menait une guerre contre les ex-FAR, qui avaient trouvé refuge au Congo. A ces protagonistes, se sont ajoutés les mercenaires et les soldats de l'Unita de Savimbi qui ont prêté main forte à l'armée défaillante de Mobutu. Mais, note Colette Braeckman, «ce sont les seules ex-FAR, qui se sont bat­tues durement pour défendre leur sanc­tuaire du Kivu qui risquait de tomber». Selon la journaliste belge, l'opération française Turquoise, qui a permis de créer à la frontière du Zaïre une zone de sécurité où, dans un premier temps, les cadres (militaires, politiques et administratifs) de l'ancien régime rwandais ont pu se réfugier, a été lourde de conséquences. Car à l'abri dans cette zone, ces cadres ont pu reconstituer leurs forces et mener leur propagande auprès des réfugiés civils. «C'est un acte politique qui a été posé au vu et au su de la communauté inter­nationale. Celle-ci s'est retranchée der­rière l'urgence de l'aide humanitaire -somme toute nécessaire -, mais elle a refusé d'analyser les conséquences politiques de l'intervention française». «En se privant de cette analyse poli­tique, en se privant des moyens politiques et militaires qui auraient abouti à l'application correcte de la Convention de Genève - à savoir séparer, dans les camps de réfugiés, les hommes en civil des hommes en armes  qui prépa­raient une contre-offensive contre le nou­veau pouvoir rwandais, la communauté internationale a entretenu un abcès de fixation et a posé les jalons d'un nouveau conflit, d'une nouvelle guerre qui allait éclater, voici exac­tement un an, à l'inté­rieur même du territoire congolais».
    Au-delà l'ambiguïté de l'opération Tur­quoise, François-Xavier Verschave, président de l'association Survie, se
    demande quelles ont été les raisons
    de l'engagement de la France au Rwanda et de son implication dans ce
    drame. Il y voit le dysfonctionnement de la coopération française, ce qu'il appelle la «Françafrique».

    Les responsabilités étrangères

     

    Pour l'auteur de Complicité de géno­cide ? - La politique de la France au Rwanda (4), la politique de la France en Afrique n'est plus ce qu'elle était du temps où Jacques Foccart avait été chargé par le président de Gaulle de veiller au maintien de la présence fran­çaise en Afrique. Les traités de coopé­ration militaire ou civile qui ont été signés par la France avaient été pré­parés dans le cadre d'une Commu­nauté, qui excluait l'indépendance. La Communauté est mort-née, mais ces traités ont été mis en place après l'in­dépendance des pays africains, prati­quement sans modifications. D'une certaine manière, la coopération fran­çaise a mis en place une tutelle finan­cière, monétaire, politique, écono­mique et militaire, qui a fait que ces pays ont évolué sous la bannière de «pays amis de la France». Ce système pyramidal répondait à une raison d'Etat qui était de maintenir un certain rôle de la France en Afrique. «Jacques Foccart veillait à toutes les nominations et s'appuyait sur un clientélisme de chefs d'Etat et de chefs d'en­treprises, qui a favorisé la prébende et la dilapidation des ressources des pays concernés

    En l'espace de trente ans, on a assisté à une dégradation de l'Etat et du service public, à leur clanisation,  à l'échec d'une certaine politique.

     

    En l'espace de trente ans, explique François-Xavier Verschave, on a assisté à une dégradation de l'Etat et du service public, à leur «clanisation» et donc à l'échec d'une économie tota­lement basée sur la rente des matières premières et sur celle de l'aide publique au développement. Cette politique a maintenu ces pays dans une position fœtale et a pourri toute leur évolution politique. Cette situation a trouvé son corres­pondant en France où l'on est passé du système centralisé qui était celui de Foccart à un système éclaté en une quinzaine de réseaux qui fonction­nent avec leurs propres micro-straté­gies. C'est ainsi, dit en substance Fran­çois-Xavier Verschave, que la politique de coopération de la France est faite par des groupes financiers, industriels ou commerciaux. Cette politique, comme on le voit aujourd'hui au Congo-Brazzaville, est menée par des acteurs qui n'agissent pas officielle­ment. Ce qui permet de proclamer que la France est neutre. Or, tout le monde sait que la plupart des acteurs de la «Françafrique» ont agit massivement en faveur de Denis Sassou Nguesso. On entend dire que la France n'a rien fait au Congo-Kinshasa l'année der­nière, mais ce sont ces réseaux non-officiels qui ont aidé le président Mobutu à recruter des mercenaires serbes.

    Pour François-Xavier Verschave, «c'est le réseau proche de l'ancien président Mitterrand et le lobby militaro-africaniste qui sont intervenus au Rwanda». Le président Habyarimana a fait appel à la France lors de la première attaque du FPR en 1990. Il y a donc eu dès 1990, explique le président de Survie, un engagement de la France dans cette guerre civile qui s'amorçait. «Enga­gement auquel se sont voués corps et âmes un certain nombre de grands mili­taires français, pour diverses raisons». Il y a dans cet engagement, fait obser­ver François-Xavier Verschave, «les effets de ce que l'on appelle le syndrome de Fachoda: une obsession permanente du complot anglo-saxon contre la visée des intérêts français en Afrique». Même si les visées des Anglo-Saxons en Afrique sont évidentes, «au lieu de penser à une politique propre dans tous les sens du terme, les décideurs français pensent toujours de manière réactive».

    Vue de Paris,l'attaque du FPR en1990 a été perçue comme une attaque des Anglo-Saxons, notamment de l'Ouganda anglophone, contre «nos amis Rwandais francophones». Elle a été perçue comme «un coup de frein à l'expansion franco-africaine et les militaires français, dans une mission mystique de croisés, ont volé au secours de l'armée rwandaise; une armée qui était de plus en plus clanique, soutenant un régime corrompu et en voie de criminalisation».

    Haine exterminatrice

    Même si à partir de 1994 on sentait les prémisses du génocide, personne n'imaginait l'horreur de ce qui allait se passer. «Par conséquent, le drame de la responsabilité française, note le président de Survie, ce n'est pas ce quelle a fait avant. Ce qui est terrible et que l'on élude, c'est ce que l'on a fait pen­dant et après. A partir du moment où le génocide s'est déclenché et où l'horreur qui couvait s'est révélée, on a vu les mêmes militaires français, par solida­rité avec leurs frères d'arme - ceux qu'ils avaient formés, et pour ne pas se renier - poursuivre leur aide». Tout comme Colette Braeckman, Fran­çois-Xavier Verschave constate que «l'opération Turquoise a servi en grande partie à couvrir le repli de l'ensemble des éléments de l'ancien régime qui ont participé au génocide». En somme dit-il, «c'est le champ de liberté que les militaires français se sont arrogé ou que le pouvoir leur a laissé prendre en Afrique qui a permis ces complicités». Il a par ailleurs évoqué le rôle de la Belgique, l'identification entre les Fla­mands et les Hutu, celui de l'Eglise qui a changé son fusil d'épaule - elle a soutenu les Hutus, population «numériquement majoritaire», après avoir soutenu les Tutsis par le passé. Ce qui lui semble important aujourd'hui, «c'est l'analyse des méca­nismes de construction de la haine exter­minatrice, la complexité d'un méca­nisme qui fait qu'un Etat devient criminel et qu'une idéologie devient meur­trière».

    De l'avis de Colette Braeckman, la vic­toire du FPR en juillet 1994 n'est pas seulement une victoire militaire, elle marque un tournant politique impor­tant dans la mesure où «elle a fait sauter le premier maillon de la chaîne des pays de l'Afrique francophone». C'est le premier pays où un mouve­ment «rebelle» est arrivé au pouvoir sans avoir la permission ou le soutien des anciennes puissances coloniales. Mais «si la France s'est engagée aussi activement du côté du régime d'Habyarimana, ce n'est pas pour soutenir les génocidaires ; c'est parce qu'elle ne vou­lait pas qu'il soit dit qu'un pays qui a conclu un accord, une alliance avec Paris, a été abandonné par la France». «La victoire du FPR est un exemple de décolonisation, le Rwanda a voulu se libérer de la tutelle post-coloniale» dit la journaliste belge. Du reste, «le fait colonial, au Rwanda tout comme au Burundi, a été aussi une agression contre l'histoire et contre la culture de ces pays. Le regard de l'autre, le regard du colo­nisateur a accentué les divisions et les incompréhensions entre les deux prin­cipales communautés de ces pays, les Hutus et les Tutsis».

    La victoire du FPR et le nouveau régime

    En 1994, le Rwanda est un pays détruit à la fois sur le plan humain et sur le plan économique. Des centaines de milliers de mort. Des centaines de mil­liers de réfugiés poussés vers les pays voisins. Bref, «un pays physiquement et mentalement détruit». Le projet mis en place en juillet 1994 par le nouveau régime rwandais, explique Colette Braeckman, vise trois principaux objectifs : reconstruire l'unité de la nation - transcender cette notion ethnique qui a mené le Rwanda pratiquement jusqu'à l'autodestruction -, reconstruire l'économie et l'Etat.

    Alors où en est-on, sachant que de nombreuses maisons et infrastructures ont été détruites, que les cadres de l'ancien régime ont fui avec l'argent du pays et que de nombreuses archives administratives ont été perdues? Selon Colette Braeckman, le défi de refaire fonctionner l'Etat a été celui qui a peut-être le plus facilement été relevé.

    Selon elle, le nouveau régime a fourni un important effort pour vite recons­truire les infrastructures d'Etat. Sur le plan économique, les échanges ont repris. Mais la situation est aujour­d'hui très critique à cause du retour des réfugiés.

    Le défi le plus important est assurément la reconstruction du Rwanda sur une base non-ethnique.

     

    Le défi le plus important est assuré­ment la reconstruction du pays sur une base non-ethnique. Un effort d'éducation a été fait au auprès de la jeunesse. Dans les écoles on enseigne aux enfants qu'ils ne sont plus des Hutus ou des Tutsis, mais des citoyens rwandais. Cela dit, tempère Colette Braeckman, bien de problèmes res­tent posés. Tout le monde vit aujour­d'hui avec la peur dans la tête. Dans les ministères les nominations se font moins en fonction de l'appar­tenance à une ethnie que de la compétence des postulants ; ce qui n'em­pêche pas certains de penser que les personnes proches du pouvoir sont favorisées.

    En dépit de la volonté politique de transcender le clivage ethnique, il y a encore beaucoup d'ambiguïté. «Le cas du Rwanda est assez exceptionnel, voir unique dans l'histoire récente. Nul part ailleurs les bourreaux et les vic­times ont été obligés de cohabiter, de partager le pouvoir alors que les vic­times n'étaient pas encore enterrées, que les blessures étaient toujours fraîches et que la guerre n'était pas terminée». Le risque d'une explosion de ven­geance aveugle restait grand. Mais là aussi, Colette Braeckman est catégo­rique : «Le pire ne s'est pas produit. L'Etat a essayé de canaliser cette vio­lence latente, en mettant sur pied un système de justice ainsi qu'un système de sécurité collective. Néanmoins on constate des bavures - des assassinats, des cas d'empoisonnements mortels, etc. »

    La sécurité n'est pas encore garantie pour tout le monde, en particulier dans certaines régions du pays qui sont loin du pouvoir central et qui sont proches de la frontière où se trou­vaient les camps de réfugiés. Dans ces contrées, les attaques menées par les opposants au régime provoquent des opérations de représailles de l'armée. Ces poches de violence pourraient déborder et avoir un effet de conta­gion dans l'ensemble du pays. Le retour des réfugiés constituait éga­lement un point fort du programme du nouveau régime. Un volet émi­nemment sensible car les causes qui ont poussé les uns et les autres à l'exil sont nombreuses, sans oublier que la question des réfugiés est devenue une affaire régionale intimement liée à la stabilité dans les Grands Lacs. Le «pari congolais» engagé par les pays de la région est-il en passe d'être gagné? Ce pari reposait notamment sur la stabilité du Congo, l'équilibre régional - le présupposé était que le régime Mobutu était en bout de course et constituait une menace de déstabi­lisation pour toute la région - et le redressement économique.

    Le pari congolais

    Pour Colette Braeckaman, il est trop tôt pour tracer un véritable bilan. La sécurité aux frontières n'est pas acquise. Certains réfugiés civils ont été massacrés. D'autres sont en fuite dans pratiquement l'ensemble du ter­ritoire congolais, au Gabon, au Congo-Brazzaville, en Centrafrique. Tous les militaires de l'ex-FAR n'ont pas été mis hors d'état de nuire. Certains groupes armés militaires sont rentrés au Rwanda, et ont relancé la guerre dans la province du Kivu. Même si à Kigali, les militaires se disent convain­cus que «c'est un problème ponctuel qui va être réglé d'ici la fin de l'année», Colette Braeckman estime que la situa­tion est alarmante. Car à la frontière avec le Zaïre, la guerre revêt mainte­nant l'aspect d'une guérilla intérieure dont les actions entraînent la répres­sion de l'armée. Ce sont les civils qui, une fois encore, sont pris en tenaille, ce que stigmatisent les organisations de défense des droits de la personne humaine. Si l'on en croit Colette Braeckman, «cette situation extrême­ment dangereuse pourrait aboutir à un glissement sécuritaire du Rwanda, un glissement comparable à ce que l'on a vu au Burundi voisin - même si au Rwanda, ce n'est ni le projet de départ ni le projet d'aujourd'hui, ce glissement est pos­sible».

    La stabilité à Kinshasa est-elle acquise ? Le régime de Kabila bénéfi­cie encore d'avoir été le «tombeur» de Mobutu et de son clan. Mais, à long terme, la journaliste belge n'ose pas parier sur la stabilité du régime car le rééquilibrage interne n'est pas encore terminé.

    Il y a peu, on reprochait au régime l'omniprésence des Tutsis dans l'en­tourage du président Kabila dont on disait à Kinshasa qu'il était l'otage d'étrangers et de pays étrangers. Aujourd'hui, constate Colette Braeckman, on n'entend plus de tels reproches car une grande partie de l'armée tutsie n'est plus visible. Les sol­dats tutsis seraient rentrés au Rwanda où ils ont fort à faire pour contrer les attaques des ex-FAR. Au Congo même, les conseillers tutsis ont été progressivement mis à l'écart et rem­placés par des Katangais.

    Politique fluctuante

    Mais, en définitive, analyse-t-elle, Kabila n'est pas l'otage des pays de la région, contrairement à ce que l'on avait cru au départ. En manifestant des velléités d'indépendance, Kabila pourrait irriter les pays de la région qui l'ont soutenu. Mais cette attitude peut être jugée positive par les Congo­lais soucieux de l'indépendance de leur pays. Reste que la politique du président Kabila demeure fluctuante. Dans la région des Grands Lacs, le fait ethnique revêt un caractère particu­lier. Les tensions ethniques ont conduit au génocide au Rwanda, pro­voqué des violences au Burundi, désta­bilisé le Zaïre. Si la chute du régime de Mobutu est vécue par beaucoup comme un soulagement, il ne demeure pas moins vrai que le clivage ethnique a contaminé le Kivu et essaimé à l'in­térieur du Congo. Selon Colette Braeckman, «la manipulation eth­nique, dont on a vu les résultats en Afrique de l'Est, est en train de conta­miner l'ensemble du Congo». Elle constate que de nombreux membres de l'ancienne opposition à Mobutu n'ont pas été cooptés par le nouveau régime de Kabila. «Au lieu de combattre le nouveau régime sur le plan purement politique, certains membres de l'opposition interne ont recours à des arguments ethniques, au point de créer une jonction avec les anciennes forces de Mobutu.» Le mécontentement de certaines forces politiques, de certaines populations - mécontentement qui peut s'expliquer par des raisons poli­tiques objectives ou par des questions économiques objectives - s'exprime maintenant sur des thèmes ethniques et l'on retrouve dans une certaine presse l'opposition entre les Bantous et les Nilotiques.

    Tous les regards sont tournés vers la justice locale et le Tribunal pénal international.

     

    Au Rwanda, tous les regards sont tournés vers la justice. Pour Gassana Ndoba, les protagonistes de ce conflit au niveau rwandais sont d'un côté les auteurs directs et les complices du génocide et des massacres de 1994, ou de 1990 à 1994 et même, dans cer­tains cas, des génocides et massacres commis à partir de 1959 - de l'autre les victimes survivantes ou les proches des victimes décédées. Selon Gassana Ndoba, «l'enjeu réside dans la recon­naissance des torts subis par les vic­times, la désignation des coupables, le châtiment des coupables et la réparation des torts subis par les victimes».

    Aujourd'hui, explique-t-il, la justice est en cours même si les débuts ont été lents. Une loi organique détermine les modalités de jugement des res­ponsables du génocide et de crimes contre l'humanité commis à partir d'octobre 1990. C'est la date qui a été retenue officiellement par les autori­tés rwandaises comme point d'appli­cation de cette loi. Au 22 mai 1997 - le ministère de la Justice rwandais n'a plus publié de statistiques à ce sujet depuis lors -168 affaires avaient été jugées ou étaient en cours de jugement. Les affaires jugées avaient donné lieu à 46 condamnations à mort, 23 condam­nations à un emprisonnement à per­pétuité, 19 peines d'emprisonnement de durée variable, 6 acquittements alors que 74 affaires étaient encore en jugement. Y a-t-il eu ou non défense des accusés? C'est une question que l'opinion internationale pose souvent. Selon Gassana Ndoba, parmi les 46 condamnés à mort, 13 n'auraient pas eu d'avocats ; les autres ont bénéficié de l'assistance d'avocats - essentiellement mobilisés par l'association Avocats sans frontières basée à Bruxelles. A côté de ces 168 affaires, il y en a  d'autres. On ne peut donc pas parler de bilan. Il y a environ 120 000 personnes arrêtées et qui attendent d'être jugées. Le défi est immense. Mais, observer Gassana Ndoba, «la justice internationale est compétente puisqu'un génocide a été commis. L'ONU est garant de la prévention et la répression du crime de génocide».

    Les lenteurs de la justice

    Le Tribunal pénal international pour le Rwanda a été créé en novembre 1994 dit-il, mais il a commencé à fonctionner il y a un an et demi environ Il a produit très peu de résultats jusqu'en février 1997, au point que l'ONU elle-même a créé une commission d'enquête pour déterminer les causes de ces lenteurs. «Le rapport de cette commission, publiée en février 1997, est affligeant», commente  Gassana Ndoba. Il montre des carences au niveau du secrétariat général de l'ONU et des dysfonctionnements au sein des organes du tribunal - d'une part au niveau du bureau du procureur basé à Kigali et d'autre part au niveau bureau du greffier basé à Arusha. Depuis lors, et le greffier et le procureur adjoint ont été remplacés. Les choses se sont sensiblement améliorées. Gassana Ndoba note avec satisfaction qu'un certain nombres d'Etats qui ne voulaient pas coopérer avec le tribunal dans la région des Grands Lacs  ont  commencé  à  le   faire. «A savoir, la République démocratique du Congo, le Kenya et le Gabon depuis peu. L'attitude du Cameroun res tant mitigée

    21 personnes sont internées aujourd'hui à Arusha sur une trentaine de personnes inculpées. En comparaison, le tribunal pour l'Ex-Yougoslavie a inculpé 75 personnes à la date d'aujourd'hui et environ 12 personnes sont détenues.

    Cela dit, Gassana Ndoba fait observer que l'ONU et le Rwanda ne sont pas les seuls responsables de ce qu'il faut faire en matière de justice au Rwanda.

    Hélas, beaucoup d'Etats ne font pas ce qu'ils devraient faire. Quatre per­sonnes considérées comme respon­sables du génocide et de crimes contre l'humanité ont été arrêtées en Bel­gique ; d'eux d'entre elles ont été défé­rées à Arusha et les deux autres libé­rées provisoirement. Les victimes et leurs proches ont le sentiment qu'après un premier mouvement la justice s'est grippée en Belgique. En France, dit Gassana Ndoba, le résul­tat est décevant aux yeux des victimes et des justiciables rwandais. «Un débat juridico-juridique sur la compétence des tribunaux français abouti à la paralysie, alors que dans le domaine des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre, la compétence uni­verselle est en principe acceptée».

    Pour un Tribunal permanent

    Pour François-Xavier Verschave, «l'ac­tion du Tribunal pénal international sur le rwandais est capitale si l'on veut faire toute la lumière sur le génocide survenu au Rwanda d'une part et les crimes qui ont été commis dans l'ex-Zaïre d'autre part - sans pour autant confondre ces deux faits». Il estime qu'il est essen­tiel aujourd'hui de mettre en place un tribunal permanent indépendant. «Sinon, on jugera au détriment du plus faible du moment ; ce sera toujours une justice du vainqueur : ce qui est intolé­rable.»

    Gassana Ndoba a rappelé opportuné­ment qu'un conflit oppose la com­munauté internationale à l'Etat et aux citoyens rwandais. Selon lui, en 1993, lorsque la mission militaire de l'ONU est arrivée au Rwanda, un accord a été signé entre le gouvernement rwandais de l'époque et l'ONU prévoyant la créa­tion d'une commission habilitée à recevoir des plaintes au cas ou des infractions auraient été commises par des fonctionnaires onusiens, ceux-ci bénéficiant de l'immunité diploma­tique. Or elle n'a jamais vu le jour. En 1996, à l'initiative de citoyens rwan­dais, le gouvernement de ce pays a demandé à l'ONU la mise sur pied de la commission, mais il s'est heurté à une fin de non-recevoir. «L'ONU, com­mente Gassana Ndoba, ne veut pas que l'on revienne sur ce litige, sur le fait que des centaines de milliers gens ont été abandonnés à eux-mêmes, que des vies humaines ont été perdues. Les respon­sabilités de l'ONU et de la Belgique – en tant que fournisseur de troupes, ce pays a décidé du retrait brutal de son contin­gent - sont aussi engagées, puisque les militaires onusiens ont quitté le Rwanda au début du drame de 1994». Retrait stigmatisé par de nombreux observateurs. Moshen Toumi, expert principal auprès des organisations du système des Nations unies et auteur d'un rapport intitulé Opération des Nations unies - Leçons de terrain, impute ce retrait à l'inertie du secré­tariat général de l'ONU - Boutros Bou-tros-Ghali faisait face aux critiques virulentes de l'administration améri­caine - et à l'attitude de certains hauts responsables de l'ONU, plus préoccu­pés à l'époque par leur réélection que par la question rwandaise. Selon lui, en raison de la stabilité non encore acquise dans le vaste Congo, de la gué­rilla en Ouganda et de la guerre au Soudan, la vigilance est de rigueur et rien ne permet de dire que «les pro­blèmes sont derrière nous».

    Ce 4 novembre à l'IIAP, les ressortis­sants de la région des Grands Lacs ont donné de la voix. La loi organique rwandaise n'évoque-t-elle pas les crimes commis à partir de 1990 ? Cer­tains Rwandais ne cachent pas leur révolte, convaincus que l'on devrait faire toute la lumière sur les crimes commis depuis 1959, date de la «Révolution sociale hutu» qui a poussé à l'exil de nombreux Tutsis.

    Le défi de la mémoire

    D'autres, sans avancer d'arguments, ont manifesté par des propos hostiles leur rejet des analyses faites par les intervenants à la tribune, en se réfé­rant aux victimes de ce qu'ils appel­lent le «deuxième génocide», celui que les Tutsis perpétueraient à bas bruit au Kivu et au Rwanda depuis la victoire et la prise du pouvoir du FPR en 1994.

    Gassana Nodoba, lui, préfère insister sur «le défi de la mémoire». Avec la polémique suscitée par le procès de Maurice Papon en France (l'ancien préfet de police de la Gironde sous Vichy est accusé de complicité de crimes contre l'humanité), Gassana Ndoba fait observer que «les mémoires des événements peuvent être conflic­tuelles et contradictoires au sein d'une même population». Au Rwanda, «l'un des défis majeurs est et va être de gérer des mémoires différentes que les citoyens rwandais ont du génocide». Qui est citoyen rwandais? Qu'est-ce que cela signifie? Qui est l'héritier de quoi? Qu' a été la «révolution de 1959»? Qui est propriétaire de quoi? Quels crimes ont été commis? Quels actes d'autodéfense ont été posés? Autant de questions auxquelles on doit répondre estime Gassana Ndoba, «si !'on veut refaçonner la mémoire col­lective et instaurer durablement une cul­ture de paix».

    Un autre regard sur l'Afrique

    De ces échanges, Michel Levallois pro­pose de retenir trois idées fortes :

    • Les tragédies que vit la région des Grands Lacs appellent une analyse politique rigoureuse dont l'action humanitaire et la croisade pour le res­pect des droits de l'homme ne peu­vent faire l'économie. La prévention de nouveaux conflits et la construc­tion de la paix passent par des déci­sions politiques tant des gouverne­ments africains que des coopérations étrangères et ne relèvent pas des seules ONG.

    • C'est une nouvelle Afrique qui est en train de naître dans la région des Grands Lacs et il nous faut prendre la mesure des bouleversements poli­tiques, culturels, économiques qui en résultent, ainsi que des changements qu'ils impliquent dans leurs relations avec les pays européens et leurs coopé­rations.

    • II est essentiel que nous sachions, nous Européens, «désethniciser» nos analyses et nos comportements à l'égard de l'Afrique. Il nous faut condamner l'utilisation des différences dites «ethniques» à des fins poli­tiques. Ce qui implique que la justice passe sur les responsables du géno­cide de 1994 au Rwanda, et que l'aide apportée aux nations déchirées par la guerre civile contribue à leur recons­truction morale et politique sur les bases de la citoyenneté et non de l'ethnisme.

    Gilbert Lam Kaboré

    (1) Ed. Fayard, 1994.

    (2) Manyamulenge au singulier.

    (3) Leader de la rébellion, Pierre Mulele se réclamait du «lumumbisme». Il revendi­quait l'héritage politique de Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant, assassiné par les sbires de Mobutu..

    (4) Ed. La Découverte, 1994.

     

     

    I N I T I A T I V E S

    Forum Afrique-Europe

           Cette association organise un col­loque au Centre français du Com­merce extérieur à Paris, le jeudi 11 décembre, sur le thème. Pourquoi, comment organiser en Afrique la synergie des aides financières publiques et des investissements privés?

    Forum   Afrique-Europe   fait   le constat suivant : Les aides publiques sont assez déconsidérées. L'impor­tance des sommes qui y ont été consacrées s'est peu transcrite en progrès économique et social. Elles sont toutefois en train de retrouver leur justification dans la mesure où elles peuvent faciliter les investissements privés d'origine africaine, européenne ou mondiale. L'épa­nouissement des entreprises privées étant le moteur du développement de l'Afrique, il est indispensable qu'il y ait synergie entre aides publiques et investissements pri­vés.

            Renseignements : 14, rue Vernet, 75008 Paris. Tél.: 01 40 70 75

     

    A l'attention des lecteurs de La Lettre de la CADE

    Si vous souhaitez toujours recevoir La Lettre de la CADE, vous voudrez bien, à moins que vous ne l'ayez déjà fait, nous adresser votre abonne­ment pour l'année 1997, Par ailleurs, nous vous invitons à songer d'ores et déjà à renouveler votre abonne­ment pour l'année 1998.             

    Tarif normal : 150 FF                   Tarif étudiant : 50 FF      Abonnement de soutien : 300 FF

    Michel Levallois, directeur de la publication

     

     

    L'AGENDA     DE   LA   CADE

    ● Mercredi 3 décembre

     Les conflits en Afrique: Congo-Brazzaville, Libéria, Sierra Leone                        

    avec notamment la participation de Dominique Decerf, diplomate qui a été en posteen afrique del'Ouest pendant de nombreuses années, François Gaulme, ancien rédacteur en chef de Marchés tropicaux.

             De 18 à 20 heures; à l'Institut International d'Administration Publique (IIAP),

    2, av. de l'Observatoire, 75006 Paris.

    ● Mercredi 28 janvier 1997

     La prévention des conflits et la construction de la paix en Afrique.

     

     

     

     

    Bibliographie commentée

    FRANCHE (Dominique) : Rwanda - Généalogie d'un génocide ; Ed. Milles et une nuits ; février 1997.

    • ADAM (Bernard), et al. : Les conflits en Afrique : analyse des crises et pistes pour une prévention; Complexe, Bruxelles; 1997.

    L'Afrique des Grands Lacs : Annuaires 1996/1997. Ed. Centre d'étude de la région des Grands Lacs d'Afrique. Dir. Stefaan Maryse, Filip Reyntjens ; Paris, Harmattan, 1997.

    • «LAfrique des Grands Lacs: les défis de l'action et de la prévention». Dos­sier. Le Trimestre du Monde, 34, 2e trim. 1996.

    • BANGOURA (Dominique) : Violence et insécurité au Rwanda. Défense natio­nale, août-septembre 1995.

    • BARRY (Mamadou Aliou) : La pré­vention des conflits en Afrique de l'Ouest. Paris, Karthala, 1997.

    • BRAECKMAN (Colette) : Terreur afri­caine - Burundi, Rwanda, Zaïre : les racines de la violence. Paris, Fayard. 1996.

    • CHRETIEN (Jean-Pierre) : La crise politique rwandaise, Genève-Afrique, XXX-2, 1992.

    DECRAENE (Philippe) : Burundi : l'ethnocratie tutsi en question. L'Afrique cen­trale, 2e éd., Paris. CHEAM, 1995.

    • DESTEXHE (Alain) : Rwanda - Essai sur le génocide. Ed. Complexe. Bruxelles, 1994.

    La Diplomatie pyromane. Entretiens avec Stephen Smith : par Ahmedou Ou!d Abdallah. Calmann-Lévy. 1996.

    • Dossier : Rwanda. Afrique contemporaine, n°174, 1995

    • GAULME (François) : Les nouveaux dominos africains. Etudes, oct. 1997.

    Génocides et violences dans l'Afrique des Grands Lacs- six propositions pour une réforme de la coopération internationale. Réseau coopération internationale pour la démocratie économique et sociale, c/o Solagral, Montpellier. Juin 1997.

    • SOUDAN (François) : «Congo-Kinshasa - Histoire secrète de la chute de Mobutu». Jeune Afrique, n° 1910-1911, 13-23 août 1996.

    • UW1ZEYIMANA (Laurien) : «Popu­lation, territoires et conflits en Afrique lacustre». Historiens et géographes, 358. juillet-août 1997.

    • W1LLAME (Jean-Claude) : L'ONU au Rwanda (1993-1995) . la «Communauté internationale» à l'épreuve d'un génocide. Paris. Ed. Maisonneuve et Larose, 1996.

    • Zaïre, 92/96 : Chronique d'une transi­tion inachevée. Table ronde de concer­tation sur les droits de l'homme au Zaïre. 1997.

    N.B.:

    Bibliographie rassemblée par Anne Malécot, CHEAM, avec la collaboration de Véronique Bodin de l'équipe d'ENDA.

     

     

     

     

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    Directeur de publication : Michel Levallois • Comité de rédaction: Michel Levallois, Gilbert Lam Kaboré (Mel: enda.cade.kabore@globenet.org, Tél.: 01 44 93 87 44)

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