La Lettre

de la

CADE

Coordination pour l'Afrique de demain

Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE - avril 1996 - n° l

 

Sommaire
  • Editorial
  • L'Afrique de l'Ouest à l'horizon 2020
  • Etude WALPTS

  •  

    E D I T O R I A L

    Lors de la seconde conférence-débat organisée par la Cade, Jean-Marie Cour, membre du Club du Sahel, ne pouvait pas dans le temps très bref qui lui était imparti, selon la règle que nous nous sommes imposés, expliquer pourquoi la poussée démographique et en particulier la poussée urbaine que l'Afrique a connu ces trente dernières années et qu'elle va encore connaître au cours des prochaines décennies, est un facteur de progrès et un préalable au développement. Un événement que je viens de vivre à Dakar me permet d'apporter ici un élément de réponse .

    Le 13 avril dernier a eu lieu l'inauguration de la première Ecopole de l'Afrique de l'Ouest par les présidents Abdou Diouf du Sénégal et Alpha Omar Konaré du Mali Cette usine désaffectée installée au cœur d'une banlieue populaire de Dakar est à la fois un centre des techniques et des inventions populaires, une pépinière d'artisans et d'entreprises, et un centre de formation. Ces artisans qui recyclent le plastique, les pneus, les boîtes de conserves, qui fabriquent des vêtements, des chaussures, des meubles, répondent aux besoins du plus grand nombre. Il leur arrive d'innover, de créer et d'exporter. Ils créent des emplois et font vivre des milliers de personnes. Cette activité, que les chercheurs nomment "secteur informel", constitue l'entrée en économie des plus pauvres des citadins, de ceux qui ne sont ni fonctionnaires, ni salariés. Elle leur donne l'accès au marché de la production et de la distribution des biens et des services. L'Afrique est en train de sortir du modèle économique néo-colonial basé sur les agriculteurs et les fonctionnaires et administré par l'Etat. Avant de générer des fabriques, puis des usines modernes, les pays européens ont généré des entrepreneurs. Ce sont ces entrepreneurs qui sont en train de naître dans les villes africaines. Cette formidable expression de création populaire n'est-elle pas l'accession du plus grand nombre et des plus pauvres à l'économie de marché ? N'est-elle pas la seule issue pour que ce continent sorte d'une pauvreté qui doit plus aux hommes et aux sociétés qu'à la rareté des ressources naturelles et à l'ingratitude des climats ?

    L'inauguration de l'Ecopole de Dakar est la reconnaissance politique de cette mutation de l'économie africaine. Une génération d'entrepreneurs populaire relève le défi de la modernité et de la pauvreté, à sa façon, avec ses moyens matériels et culturels.

    Michel Levallois, membre du Comité de pilotage

     

    La Cade est un réseau d'hommes et de femmes qui veulent porter un autre regard sur l'Afrique.

    Comité de pilotage:

    Claude BAEHREL, Secrétaire Général du CCFD -  Sophie BESSIS, Historienne et journaliste - Claire BRISSET, Directrice de l'Information du Comité français UNICEF – Sylvie BRUNEL, Directeur scientifique à l'AICF – Jacques CHAUMONT, Sénateur de la Sarthe – Jean CLAUZEL, Préfet honoraire – Georges COURADE, Directeur de recherche à l'ORSTOM – Mamadou DEMBELE, Associé-Gérant à SODIFEX – Eric DEROO, Réalisateur de Télévision – Patrice DUFOUR, Responsable des relations extérieures à la Banque Mondiale – Xavier de FRANSSU, membre de EGE et Eau Vive – François GAULME, Rédacteur en Chef de Marchés Tropicaux – Gilbert Lam KABORE, Journaliste à ENDA Tiers Monde – Michel LEVALLOIS, Préfet honoraire , Délégué d'ENDA Tiers Monde – Madeleine MUKAMABANO, Journaliste à RFI – Gérard WINTER, Ancien Directeur Général de l'ORSTOM .

    L'un des principaux objectifs de la CADE, un réseau ouvert à toute initiative novatrice, c'est d'alerter les médias, les décideurs et l'opinion publique sur la diversité de l'Afrique, un continent où l'effervescente vitalité des populations est souvent masquée par les idées reçues.

     

    Secrétariat: Jacqueline ROUBY,  tous les après-midi de 14 h à 18 h - 5, rue des Immeubles industriels, 75 011 Paris. Tel: 43 72 19 70/43 72 09 09 - Fax: 43 72 1681

     

    R E N C O N T R E

     

    L'Afrique de l'ouest à l'horizon 2020

    Une étude de prospective régionale

    La seconde rencontre-débat de la Code donnait la parole à Jean-Marie Cour, membre du Club du Sahel et responsable d'une étude prospective sur l'Afrique de l'ouest. Un travail qui rejoint les préoccupations de notre réseau : il se fonde sur le long terme, en dépassant les frontières nationales et les barrières linguistiques, et aboutit à une vision surprenante, parfois décalée et souvent optimiste de l'avenir africain.


    L'étude part d'un constat démographique simple. L'Afrique est une terre en voie de peuplement. Sa population a décuplé en un siècle, et son doublement d'ici trente ans est quasiment certain. Et cet accroissement de la population s'accompagne de la rencontre avec le monde moderne contemporain et de la connexion aux marchés mondiaux. C'est donc une histoire brutale que l'Afrique a vécue, et à laquelle elle a du s'adapter rapidement.

    Pour répondre à ces contraintes, les populations africaines ont fait preuve d'une grande mobilité, provoquant notamment un afflux massif vers les villes. Contrairement aux idées reçues, l'Afrique n'est déjà plus majoritairement rurale, et elle continue à être de plus en plus urbaine. L'exode rural a eu, c'est indéniable, des effets néfastes : les villes n'étaient pas préparées à un mouvement d'une telle ampleur et d'une telle rapidité. Mais de nouveaux comportements sont nés, créateurs d'emplois pour les migrants, et de débouchés pour les produits locaux.

    L'urbanisation constitue un facteur essentiel de structuration du peuplement, grâce notamment à son relatif équilibre : les grandes villes côtières atteignent la taille de mégapoles (6 villes millionnaires en 1990, et probablement une trentaine d'ici 2020), mais les villes petites et moyennes se développent également. Parallèlement, la population rurale continue de croître, et voit sa répartition se modifier... autour des villes, lieu d'écoulement des productions et de recherche d'un revenu de contre-saison.

    On devine les enjeux qui se dessinent derrière cette évolution. La ville va continuer à accueillir pendant les trente prochaines années un flux continu de migrants. La demande en alimentation, en soins, en logements, en services divers (hygiène, transport), en travail... va croître en proportion.

    Pour cela, l'Afrique de l'ouest semble nettement mieux armée qu'au début des années soixante. Elle a accumulé depuis un immense capital urbain (maisons, infrastructures publiques, routes, marchés...), estimé à 300 milliards de dollars, dont les deux tiers proviendraient de l'investissement privé. La région a aussi acquis une expérience concrète de la vie dans ce milieu. Le secteur informel a créé de très nombreux emplois. La participation du milieu urbain à l'activité économique de la région ne cesse d'augmenter (de 38 % en 1960 à 66 % en 1990).

    La ville va-t-elle être capable de relever le défi ? Le mode de fonctionnement urbain, rentier et inégalitaire, ne risque-t-il pas de bloquer toute avancée ? Les auteurs de l'étude sont optimistes : la société civile s'organise ; l'économie évolue, s'adapte aux contraintes internationales ; une classe d'entrepreneurs commence à émerger... La ville représente un immense potentiel de croissance, y compris pour l'agriculture, et pour les échanges inter-régionaux. Elle crée les conditions de création d'un tissu de marchés. Progressivement, des zones rurales reculées s'intègrent à l'économie de leur pays.

    Il faut cesser de voir dans l'Afrique de l'ouest une région rurale. La ville est désormais le lieu de concentration de la population et de la richesse.

    Les auteurs de l'étude ne sombrent pas pour autant dans un optimisme naïf. Ils sont conscients des difficultés qui guettent la région, et des limites de leur étude. Ils cherchent seulement à souligner les points positifs des évolutions actuelles, et à en déduire des pistes d'action tant pour les Africains que pour leurs partenaires.

    La salle a réagi, parfois avec vigueur. De nombreuses interventions ont souligné le manque de nuances du discours (le Nigeria est-il vraiment un modèle à suivre ? Peut-on rester optimiste en traversant les villes africaines ? etc...). Mais il est vrai que l'ampleur de l'étude et la brièveté du temps imparti ont obligé l'orateur à aller à l'essentiel.

    D'autres remarques concernaient les parti-pris de l'étude. La hausse du peuple ment et la concentration urbaine ne sont pas nécessairement facteur de développement. L'affirmer serait faire preuve de déterminisme. D'autre part, les villes ont aussi constitué un pôle aspirant, et accéléré ainsi l'exode rural alors qu'elles n'étaient pas prêtes à absorber le flot de migrants. La population de N'djamena, capitale du Tchad, a triplé en vingt-cinq ans, détériorant la situation urbaine.

    La majorité des critiques concerne le rôle accordé à la ville. L'étude n'aurait-elle pas totalement sous-estimé la modernisation de l'agriculture (les rendements ont quintuplé, les systèmes de caisses de crédit se sont diffusés...) ? La confiance dans un processus de modernisation et d'industrialisation lié à la croissance urbaine n'est-elle pas également trop simple, niant par exemple les effets pervers liés à l'ouverture sur les marchés mondiaux ?

    L'enquête présentée par Jean-Marie Cour appelle des réactions. Elle cherche des raisons d'espérer là où tant de monde voit justement les preuves de la mauvaise santé africaine. Elle est critiquable, mais garde la force de présenter les réalités sous un angle nouveau. Et souligne le défi colossal que l'Afrique de l'ouest a déjà commencé à relever : celui d'un accroissement démographique rapide, d'une urbanisation accélérée et d'une modernisation brutale, dans un contexte d'ouverture au marché mondial. Une situation complexe inédite dans l'histoire.

     

     

     

    Etude WALTPS Pour préparer l'avenir de l'Afrique de l'ouest: une vision à l'horizon 2020 - publiée par l'OCDE, la Banque africaine de développement, et le Comité permanent inter-états de lutte contre la sécheresse dans le Sahel -décembre 1994 - 65 pages.

    A commander à

    CIRAD / CIDARC - Service IST

    Avenue du Val de Montferrand

    BP 5035 10-5

    34032 Montpellier Cedex

    Tel: 67 61 58 00

    Une étude comparable avait déjà donné lieu à un débat il y a une dizaine d'an­nées. On trouve dans un numéro de 1988 d'Afrique contemporaine la présenta­tion d'une étude prospective sur l'Afrique au sud du Sahara (l'Afrique à l'horizon 2010) dirigée, déjà, par Jean-Marie Cour. Voici le texte de présentation directement extrait de la revue :

    «L'étude sur "une image à long terme de l'Afrique au sud du Sahara" (ILTA) a été réali­sée en 1983. Elle avait trois grands objectifs : montrer que la perception de la situation et des problèmes de l'ASS et l'évaluation des performances passées (1950-1980) sont singulièrement déformées par des systèmes explicatifs inadaptés aux caractéris­tiques des pays en voie de développement ; souligner que les prévisions alarmistes généralement formulées sur l'avenir à long terme de la région ne sont pas justifiées et sont de nature à aggraver la crise et à décourager les initiatives; inciter les décideurs, en Afrique et dans le monde, à exprimer leur vision de l'avenir sous la forme d'images à long terme (régionales ou natio­nales) et montrer comment construire et utiliser de telles images. L'étude a fait et conti­nuera à faire l'objet de nombreux débats et controverses, tant pour des raisons méthodologiques, que par suite de la faible fiabilité des informa­tions fournies. G. Duruflé voit dans ILTA une occasion manquée ; dans sa réponse, Jean-Marie Cour considère que l'éclairage nouveau apporté constitue au contraire un  "exercice salutaire" ».

    L'étude, critiquée, n'avait connu qu'une diffusion restreinte de la part de la CEE.

    L'ensemble de la revue est consacré à un regard de prospective vers les Afriques en l'an 2 000.

    Afrique contemporaine n°146, 2ème trimestre 1988

    Numéro spécial «Les Afriques en l'an 2000, pers­pectives économiques», sous la direction de Philippe Hugon

     

     

     


    Agenda

    Les 13 et 14 mai se tiendra à Bordeaux la Convention Euro-Africaine «Vers une meilleure intégration de l'Afrique dans l'économie mondiale de marché ?» Elle réunira des chefs d'entre­prises des deux continents, et des chercheurs, politiques,... à La Cité Mondiale.

    Contact : Sylvie Tallec Tel 56 79 50 74 - Fax 56 79 52 65

    Nathalie Raymond Tel 56 73 50 16 - Fax 56 795001

     

     

    I N I T I A T I V E S

    L'AGENDA DE LA CADE

    Mercredi 24 avril : L'Afrique noire en France                   -

     avec Jacques Barou, chargé de recherche au CNRS et Ruth Padrun directeur de l'IRFED Europe.

    Mercredi 29 mai : Du secteur informel à l'économie populaire urbaine.       avec Jacques Bugnicourt, secrétaire exécutif d"ENDA Tiers Monde.

    Mercredi 26 juin* ; L'Afrique des innovations sociales

    avec Bernard Husson, rédacteur en chef de Histoire de développement (CIEDEL)
    IIAP. 2, av. de l'Observatoire,75006 Paris. (*26 juin : salle à préciser)
                                                  Prochaine réunion du Comité de pilotage mercredi 30 avril


     


     

    Lectures

    L'Afrique qui réussit, publié par La Fondation pour le Progrès de l'Homme et les éditions Syros, ne trahit pas son titre. II s'agit du récit (par un animateur guinéen et un coopérant) du combat d'un leader paysan guinéen et des actions de développement agricole menées dans un village situé au coeur du Fouta Djalon. On y trouve l'analyse des blocages qui entravent les initiatives de production. Mais aussi la preuve que la détermination, l'honnêteté et le courage de quelques-uns peuvent révolutionner une région. Il reste maintenant aux paysans à s'organiser pour se faire entendre et respecter - ce que les paysans d'Europe n'ont commencé à faire qu'au siècle dernier.

    La décolonisation de l'Afrique,de Jean Clauzel, dans la collection Optique de Hatier) offre une présentation et une explication de ce mouvement historique qui en moins d'un siècle a vu se créer une Afrique aux couleurs de l'Europe, et naître quelques 50 états indépendants. Deux conclusions fortes ressortent de ce petit ouvrage : la décolonisation a été beaucoup plus un changement dans la nature des relations qu'une rupture définitive entre Européens et Africains. Et il reste à inventer et à construire les relations qui permettront à ces deux continents si liés et si proches "d'affronter solidairement les enjeux d'aujourd'hui et de demain.

     

    Vie du Réseau

    Le Comité de pilotage de la Cade réuni le 3 avril a pris les décisions suivantes :

    - demander aux membres du réseau une participation financière de 150 francs pour soutenir l'envoi des invitations aux rencontres-débats -300 envois environ- et la parution de la Lettre.

    - Rechercher des partenariats afin de donner à la Cade la plus grande efficacité. Outre ENDA, la Cade a d'ores et déjà comme partenaire l'IIAP qui accueille les rencontres-débats, participe à la confection des dossiers, la bibliothèque du CHEAM. Des contacts ont été pris avec Marchés Tropicaux, le CFSI, le CRID, Aminter, Afrique expansion. Un contact sera pris avec Afrique contemporaine de la Documentation française.

    Le but recherché est d'améliorer la circulation de l'information entre les institutions qui travaillent sur et avec l'Afrique, et qui partagent la vision de la Cade sur ce continent.

    Images et mémoires se consacre depuis 20 ans à la collecte et à la valorisation de l'iconographie ancienne, en particulier les cartes postales sur l'Afrique. Depuis 1995, l'association diffuse un bulletin dont le numéro 2 vient de paraître, qui montre l'importance du travail accompli, en particulier lors d'expositions à Dakar, Abidjan. Bamako, Saint-Louis, et l'ambition des projets pour 1995-1996. Il est notamment question de réaliser un CD-ROM sur les cartes postales ouest-africaines avec l'UNESCO.

    L'association lance également un appel à contribution pour retrouver les images du Palais de la Reine à Tananarive, et celles du marché rose de Bamako, car elles seront susceptibles d'aider à la reconstitution de ces bâtiments aujourd'hui disparus.

    Pour tout contact : Philippe David. 14 rue des Messageries, 75010 Paris / Tel : 47 70 31 32 - ou : G. Mourillon, tel et fax : 42 63 46 36.

     

    Abonnement de soutien à La Lettre de la CADE :
    Nom :                                        Prénom :
    Adresse :
    Code postal :                   Ville ;

    □ Je désire recevoir pendant un an (9 numéros) La Lettre

    de la CADE et ainsi soutenir l'activité du réseau. Chèque de 150 francs à verser à l'ordre d'ENDA Tiers-Monde.

     

    La Lettre de la CADE

    CADE, 5, rue des Immeubles industriels, 75 011 Paris, France. Téléphone : 43 72 19 70. Fax : 43 72 16 81.

     E-mail : endaparis@gn.apc.org • Directeur de publication : Michel Levallois • Comité de rédaction : Gilbert

    Lam Kaboré ; Lucas Patriat • Impression : L'Internationale Reprographie, 21 ter, rue Voltaire 75 011 Paris.