"Les Afriques qui se font" s'expose à la Bellevilloise: tout un symbole!

Le 24 novembre dernier, la Coordination pour l’Afrique de Demain, la CADE pour les initiés, avait convié le public à venir « vivre ensemble » l’aboutissement d’un projet au développement duquel son équipe travaille avec enthousiasme depuis plus de deux ans. C’est dans le cadre des Cafés cartographiques, qui se tiennent dans ce lieu mythique qu’est La Bellevilloise, que les 27 panneaux de l’exposition « Les Afriques qui se font » ont en effet été présentés pour la première fois. Les gens présents ont visiblement été séduits, tant par la qualité et la richesse du contenu que la manière dont il s’affiche sur chacun des panneaux. Une très belle « mise en images » pour une Afrique, ou plutôt « des Afriques qui se font » qui va désormais prendre la route. Itinérante, cette exposition, qui se veut avant tout un outil pédagogique, souhaite en effet partir à la rencontre des jeunes et de tous ceux qui désirent mieux connaître ce continent fascinant mais trop souvent mal connu.

Sûr que les fondateurs de La Bellevilloise, première coopérative parisienne fondée en 1877, au lendemain de la Commune de Paris, auraient apprécié de voir ce lieu qui, en ce milieu d’automne frileux, semblait s’être paré des couleurs de l’Afrique. Ces hommes n’avaient-ils pas en effet pour projet de permettre aux gens, et notamment aux classes sociales les plus modestes, l’accès à l’éducation et à la culture. Il y avait donc chez eux l’envie de transmettre, de faire comprendre et d’expliquer au plus grand nombre à travers une démarche pédagogique. Démarche pédagogique dans laquelle s’est lancée la CADE avec cette exposition « Les Afriques qui se font ». L’idée est née il y a un peu plus deux ans. L’équipe de cette association utilisait alors « Quand l’Afrique s’éveillera... », une exposition que lui avait prêtée la Cité des Sciences et de l’Industrie. Or devant l’intérêt rencontré par cette démarche auprès des collèges, des lycées et des associations culturelles de la diaspora africaine, la CADE a donc pris la décision de concevoir son propre outil pédagogique.

Il s’agissait là d’un véritable défi à relever pour cette association. Certes, la connaissance, voire la longue pratique de ce continent qu’est l’Afrique, par certains de ses membres, constituait son principal atout dans cette aventure. Mais encore fallait-il pouvoir la financer. D’où un long travail, réalisé auprès des acteurs institutionnels et de plusieurs fondations, qui au passage a permis à la CADE et à ses membres de mieux faire connaître le travail qui est mené inlassablement depuis 16 ans, auprès des jeunes et de la diaspora africaine. Ainsi au fil des mois, le projet a pris forme. Les textes des premiers panneaux ont été ébauchés et ont fait l’objet d’âpres discussions. Car si les hommes et les femmes qui oeuvrent au sein de cette association partagent un même objectif pour cette Afrique qu’ils aiment et qui les passionne toujours autant après, souvent, des décennies de « vie commune » avec ce continent, ils n’hésitent pas pour autant à débattre et à confronter leur avis sur des points précis. D’où ce résultat d’une exposition originale et joliment mise en page pour laquelle les auteurs des 27 panneaux n’ont pas ménagé leurs efforts, tout comme l’équipe qui a coordonné l’ensemble du projet.

Dès la sortie des premiers panneaux, la CADE a souhaité les tester auprès de différents publics et en particulier de jeunes dans plusieurs établissements scolaires et universitaires. Des tests qui ont été des formidables encouragements à poursuivre l’aventure et ont donné à ce projet toute sa légitimité. Ainsi, les 19 et 20 mars 2012, à l’Université de Cergy-Pontoise, 9 panneaux présentés ont reçu un bel accueil de la part d’étudiants de diverses disciplines.

Pour s’en convaincre, il suffit de feuilleter le Livre d’Or sur les pages duquel beaucoup de ces jeunes ont tenu à s’exprimer et à laisser des témoignages, ce qui constitue un bel hommage rendu à la CADE quand on sait qu’à cet âge on n’est pas forcément enclin à se livrer à cet exercice. « Exposition très intéressante qui nous ouvre les yeux sur un monde plein d’espoir mais qui nous présente aussi une réalité difficile », a écrit Geoffrey, un étudiant de 1ère année de Langues Etrangères Appliquées (LEA) Anglais-Chinois. « C’est super de sensibiliser les gens », a ajouté Lee, étudiant dans la même discipline. « J’espère que ça va nous (Européens) ouvrir les yeux », lâche Shanice. « Une exposition qui permet d’effacer certains préjugés sur l’Afrique », déclare Abdoul, étudiant en deuxième année d’Economie-Gestion. « Exposition très intéressante, riche en connaissances », estime Elisa qui est en Master 1 de Commerce International. « Un authentique regard sur le continent africain et ses réalités », « une fois que l’Afrique a été montrée sous uPour n autre jour et d’une façon positive » … la liste des témoignages est longue.

Samedi 24 novembre, dans la grande salle de La Bellevilloise, c’était un peu le même son de cloche, d’autant plus qu’entre temps un livret * explicatif a été écrit pour accompagner l’exposition. Il suffisait de tendre l’oreille pour se rendre compte que l’Afrique fait partie de ces sujets qui intéressent, voire passionnent le public et suscitent échanges et débats. Le problème est que les médias, comme trop souvent, ne s’y intéressent qu’à l’occasion d’événements tragiques. D’où cette « image pesante » à laquelle « Les Afriques qui se font » vient tordre le cou et avec quel brio ! Certes les problèmes existent, il serait absurde de le nier. Mais il serait tout aussi stupide d’affirmer que l’Afrique est définitivement mal partie. Pour s’en convaincre, il suffit de porter un autre regard sur son histoire, son développement, ses savoir-faire, ses compétences, sa créativité, et l’observer vivre dans son milieu à la manière d’un entomologiste et non vouloir l’autopsier à la lueur des projecteurs des médias. C’est ce qu’a souhaité faire la CADE à travers les 27 panneaux de cette exposition itinérante. Et elle semble y être parvenue, séduisant au passage les publics réputés les plus difficiles. « J’ai beaucoup appris sur l’Afrique, j’ai appris sur sa population, sur son développement. Tout ça m’a permis de regarder ce continent d’un autre oeil plus intéressé », a déclaré un élève de 5ème du Collège Jules Verne, situé à Paris, où plusieurs panneaux de l’exposition ont été présentés du 7 mai au 21 juin 2012. N’est-ce pas là le plus beau compliment pour l’équipe de la CADE ? ■

Jean-François Desessard

* Le livret est disponible à la CADE au prix de 10 euros.
 
Si cette exposition vous séduit et que vous souhaitez l’utiliser dans le cadre d’un événement ou dans un lieu précis, veuillez prendre contact avec le secrétariat de la CADE cade@afrique-demain.org
ou vous rendre sur le site http://www.afrique-demain.org/presentation-les-afriques- qui-se-font afin de prendre connaissance des conditions.